« Valls est un petit fils de pute »…

Il y a un mois, Valls entendait des voix : « ton heure est venue, tu seras le prochain premier ministre », lui auraient-elles glissé à l’oreille, alors que semblait s’essouffler le tandem des papys. Il sentait monter la sève, et l’explosion ne se fit pas attendre. L’université d’été du PS à La Rochelle, à la fin août, en serait l’occasion…

Lorsque le parrain avait, le siècle dernier, instrumentalisé l’extrême-droite pour affaiblir la droite classique, la première en était, sur le plan électoral, à ses balbutiements. Le parrain était un joueur de poker, mais un joueur qui ne risquait que s’il était sûr de gagner. Valls, lui, est un téméraire qui se laisse guider par ses tripes. Son calcul est le suivant : l’avenir se joue à droite, entre une droite dure et une droite molle. C’est cette dernière qu’il se propose d’incarner. Pour ce faire, il lui incombe d’évincer la droite classique, en l’ignorant, et de concentrer ses projectiles sur l’extrême-droite. Comme on l’a écrit, la stratégie est éprouvée, mais le contexte, lui, est singulièrement différent : « faites vos jeux, rien ne va plus »…

Que le FN, désormais véritable prétendant à l’ascension élyséenne, constitue un péril réel, personne, à gauche, ne songerait à le nier. Mais lui réserver la focale des discours aboutit à l’honorer davantage encore. Lui renvoyer sa hargne en miroir lors des harangues publiques revient à s’en inspirer. Relayer ses obsessions et les laisser déteindre sur la politique menée équivaut à mériter à son tour, à la suite de son prédécesseur, une carte de membre d’honneur du parti épouvantail.

Tout cela, Valls-le-kamikaze le sait, mais son calcul est triple, et il a pour fondement la pérennité du clan et la sienne propre, d’abord et avant tout. Primo, il doit parvenir à emmener le parti vers la droite, de sorte que les confrontations futures ne s’orchestrent plus, quelle que soit leur configuration, qu’autour d’un duel entre une droite de gauche et une droite de droite. Or, l’extrême-droite de la gauche est loin d’être surpeuplée. Parallèlement, il lui faut se présenter comme le jeune frondeur débordant d’énergie qui brûle d’envie d’en découdre avec l’adversaire, comme l’antithèse du Matignon actuel en somme, s’il veut décrocher la palme intermédiaire, qui est son indispensable sésame vers 2017.

En effet, l’intéressé, dont le tempérament, la suffisance et la hardiesse sont en tous points comparables à celles du tonitruant et très rasoir avocat d’affaires dont il a fait siennes les manœuvres, affûte ses armes – il ne faut pas en douter un seul instant – en vue de la prochaine erreur monumentale de casting qui lui permettrait, au terme de primaires nouvelles (son joujou personnel, qu’il partage avec Montebourg) imposées à un président contraint d’y souscrire en raison d’une impopularité constante et préservée, d’appliquer, au sein de la cathédrale de la gauche cette fois, sa stratégie de rupture.

Pareille auto-contemplation narcissique mise bien sûr sur l’affaiblissement continu, voire l’implosion, d’une UMP en proie aux rivalités internes héritées des accointances fascistes de son ancien Führer, et fait abstraction d’une inconnue majeure : d’une configuration telle que celle de 2002 mais inversée, le parti socialiste sortirait-il la tête haute ou la queue entre les jambes ? Les municipales et les européennes à venir en 2014 constitueront, à cet égard, l’épreuve du feu, mais, en réalité, peu importe : quand bien même l’hypothèse la moins favorable se réaliserait, le petit vociférateur d’Evry se serait, par son positionnement rusé, assuré le rôle de leader moral de l’opposition au nouvel obscurantisme. Dans tous les cas de figure, c’est donc une OPA que Valls entend mener contre le PS. Dans tous les cas de figure, le PS sera perdant. Dans tous les cas de figure, c’est avec l’avenir de la gauche que le « petit fils de pute » est en train de jongler ! Sa fébrilité s’explique en grande partie par le nombre de variables sur lesquelles, ne lui en déplaise, il n’a, dans ce poker menteur, aucun contrôle absolu. Mais, quoi qu’il en soit, la partie est bel et bien entamée…

A mille lieues d’apaiser la situation, ce qui ne lui serait en aucun favorable, le petit homme de Beauvau convoque, en effet, le maccarthysme en le remodelant, et ravive les anciens traumatismes : il existe, en France, dit-il, « un ennemi intérieur » (1), une cinquième colonne. Et le même de recourir à un essentialisme que l’on pensait révolu… « Il faut dire la vérité aux Français », pétarade-t-il péremptoirement : il est « illusoire de penser qu’on règlera le problème » des populations juives « à travers l’insertion [uniquement] », ajoutant que seule une minorité de Juifs veulent s’intégrer en France (2). Ce sont ces propos indignes qui lui ont valu d’être taxé, un peu maladroitement sans doute, de « petit fils de pute » par XxAmereYigalxX et toute une série d’autres sur YouTube, un média qu’il craint comme la peste.

« Ces populations », insiste-t-il cependant, « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation » avec nos propres traditions.  Evoquant les ghettos de fortune dans lesquels ces Juifs sont condamnés à croupir, il prend soin de préciser qu’il n’y a « pas d’autre solution que de démanteler ces campements progressivement et de reconduire [ces populations] à la frontière » (Ibid.).

En août, face aux cadres socialistes policés et aux quelques militants égarés qui l’écoutaient, le caudillo junior, qui souhaitait à la fois alarmer et indigner dans les chaumières, illustrait cet impératif par une anecdote : « [La députée de Vaulx-en-Velin, les élus de cette ville et son maire communiste] ont demandé le démantèlement » d’un camp juif où s’affichait crûment la misère. « Et il y a une femme, une femme d’un quartier en face, populaire, [qui] vient d’ailleurs et est profondément française, pourtant, qui disait [qu’] il fallait le démanteler parce qu’on ne peut pas ajouter la misère à la misère, parce que nous, salariés, ouvriers, femmes, nous ne pouvons pas accepter que la misère, la prostitution, la délinquance s’imposent. […] C’est dans ces quartiers qu’on cherche à opposer la misère […], et […] c’est sur ces dissensions, sur ces brisures, [qu’on] cherche à prospérer. »

Comme le disait lui-même à La Rochelle, avec une passion quasi hitlérienne qui rendait le public complètement superfétatoire, le petit potentat qui navigue ainsi à vue en eaux troubles : « nous sentons la tromperie, la supercherie, le mensonge. Nous sentons surtout l’offense qui est faite à notre idéal démocratique et républicain. »

Vilipender l’extrémisme tout en s’y adonnant par la bande, pratiquer un populisme de bas étage tout en caressant la fibre patriotique dans le sens gauche, telles sont donc – en voici la confirmation – les recettes du prétendant au califat, qui ne recule décidément devant aucun reniement puisqu’il affirmait, devant un parterre d’universitaires estivaux affligeants qui, malgré quelques huées sporadiques et apparemment isolées, applaudissaient à tout rompre leur propre débâcle annoncée, que « gagner contre l’extrême-droite […], c’est d’abord gagner contre les mots, contre les poncifs, contre cette infâme rhétorique, qui impliquent […] le rejet et la haine de l’autre. […] Gagner contre l’extrême-droite, c’est ne jamais perdre de vue ce qui fait l’essence de la gauche, c’est ne jamais rien concéder sur les valeurs de la République. »

Pas dupe, la commissaire européenne aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, qui avait déjà admonesté le récidiviste de l’Intérieur et ses inspirateurs néo-pétainistes avant lui, plantait, hier, sur France Info, sa première banderille dans le pequeño toro : « si je ne me trompe, il y a de l’élection dans l’air en France. Chaque fois qu’on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou les dettes », on s’en prend aux Juifs, entamait-elle (3).

Cette circonspection affichée s’explique par ce qui suit : « il y a cinquante milliards d’euros qui sont à disposition [au niveau européen] et qui ne sont pas utilisés. […] On laisse [aller] les choses jusqu’à ce qu’elles soient impossibles [à gérer] et on ne fait pas le travail d’intégration. […] La France a signé une stratégie nationale » d’intégration des Juifs. « Or, l’argent n’arrive pas où il doit arriver, dans les communes, chez les maires, là où il y a les problèmes » (Ibid.).

Ce doit être cela, l’Ordre républicain… Jawohl !

______________

(1) Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/valls-affirme-qu-il-y-a-en-france-plusieurs-dizaines-de-merah-potentiels-15-02-2013-2570053.php

(2) Source : http://www.francetvinfo.fr/politique/polemiques-sur-les-roms/pour-valls-une-majorite-de-roms-n-a-pas-vocation-a-rester-en-france_419095.html

(3) Source : http://www.franceinfo.fr/europe/les-invites-de-france-info/roms-viviane-reding-denonce-des-propos-de-campagne-electorale-1153921-2013-09-25

A propos des incohérences et de l’amateurisme factuel du maire d’Evry concernant les Roms, lire ceci : http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/09/24/roms-surenchere-verbale-et-idees-recues_3483799_823448.html

A La Rochelle, Valls a également affirmé que « le trafic de drogues […] tue notre jeunesse, […] crée un autre ordre, celui des mafias et des caïds ». Peu avant, il avait admis que « le succès de l’extrême-droite chez nous, mais [plus largement] partout en Europe, […] c’est avant tout souvent l’échec de l’action publique ». Selon le crédit que vous lui accordez, c’est soit à un pourrissement de la situation, politiquement profitable à toute droite sécuritaire, soit à une victoire in extremis des pouvoirs publics français dans une guerre contre les drogues non officielles menée (et perdue) depuis les années Nixon et par rapport à laquelle, telles des dominos, l’essentiel des nations démocratiques prennent aujourd’hui leurs distances, qu’œuvre le petit Franco de la fumette

A propos de cette thématique, lire l’article suivant : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/08/05/valls-va-mettre-le-paquet-chronique-dun-desastre-annonce/

à mettre en parallèle avec celui-ci : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/08/05/linsupportable-puritanisme-bourgeois-en-matiere-de-drogues/

et celui-ci : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/11/07/nouvelles-du-canna-moloch/

***

(ajout du 19 décembre 2014)

Figaroman et les barbus…

« La calomnie ne peut être une force que si elle correspond à un besoin historique »…

Telle était l’opinion de Léon, pour qui, donc, il était, dans certains cas, envisageable, louable même, d’y recourir. C’était sans doute l’un de ses rares points communs avec Joseph. Nul besoin d’être trotskiste, toutefois, encore moins stalinien, pour partager ce point de vue : les « accusations graves et volontairement mensongères » sont devenues, en bien des milieux, pain quotidien.

Prendre à la lettre cette citation revient à justifier les moyens par la fin, la calomnie n’étant que l’une des innombrables illustrations de pareil procédé stratégique, qui constitue, très malheureusement, la clé de voûte de bien des systèmes de pensée, de bien des modi operandi

Plus encore que d’une calomnie, c’est d’une kabbale que celui qui, fin novembre, a, sur le mode bazooka, décimé de la blonde sur la RTS, et semble bien décidé, aujourd’hui, à faire éclater en sanglots des Fatiha, « touchées dans leur chair » chez le père Bourdin, se dit victime. Ce serait Jean-Cul Méchantcon (Ca vient de YouTube…) qui aurait allumé la mèche, entraînant dans son sillage – une fois n’est pas coutume – la presse peu ou prou unanime, au nom de l’impérieuse nécessité historique de torpiller ce qu’il faut bien qualifier d’icône autorevendiquée de la Réaction française.

L’on pourrait s’étendre sur la pertinence (et la sincérité) d’un tel projet s’il se fonde sur l’argumentation rationnelle, dès lors que, comme toute icône, ce sont plutôt des réflexes pavloviens que suscite, contre son gré ou non, l’intéressée, mais tel n’est pas l’objet de la présente démonstration. Mettre en évidence le caractère paralogique de l’argumentaire développé par le chroniqueur aigri, voilà son objet…

L’origine de la controverse ? Dans un billet de blog publié cette semaine (1), le tumulte et le fracas, reproduisant et traduisant les citations issues de l’entretien accordé, il y a un mois et demi, par l’assimilation à un célèbre quotidien ultramontain (2), reprochent à cette dernière d’avoir franchi une étape supplémentaire dans l’intellectualisation de l’ignoble.

Lors dudit entretien, celle-ci aurait, en effet, évoqué la déportation de cinq millions de musulmans de France : allons, Zemmour, de quoi vous apprêtez-vous à accoucher ?!

Premier argument de l’apprenti sorcier, développé hier matin sur ses ondes favorites (3) : Méchantcon ne parle pas l’italien. Argument futile s’il en est, dès lors que la traduction par le bruit et la fureur de l’extrait le plus polémique, reproduite ci-après, était en tous points kasher :

E.Z. : « Les musulmans ont leur code civil, c’est le Coran. Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les Français ont été obligés de s’en aller. »

Journaliste : « Mais alors que suggérez-vous de faire ? Déporter 5 millions de musulmans français ? »

E.Z. : « Je sais, c’est irréaliste mais l’Histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 que un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d’Algérie pour revenir en France ? Ou bien qu’après la guerre, 5 ou 6 millions d’Allemands auraient abandonné l’Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles ? »

Deuxième argument : jamais le mot ‘déportation’ n’a été utilisé, ni par le Bourreau des Idées, ni même par le journaliste. Ce dernier, contacté au pied levé par les brigades Dassault, auprès desquelles l’histrion a conservé ses entrées, le confirme d’ailleurs dans les colonnes imprimées de la droite-Beaumarchais (4) : « Il faut préciser qu’Éric Zemmour n’a pas employé ce mot. Au terme d’une conversation sur Le Suicide français, les échecs de l’assimilation et du modèle multiculturel, je lui ai posé la question suivante: «Mais vous ne pensez pas [qu’il est] irréaliste de penser qu’on prend des millions de personnes, [qu’] on les met dans des avions…»; il ajoute: «ou dans des bateaux», et je reprends: «pour les chasser?» Ce que j’ai résumé dans la formule qui fait scandale ». Dont acte.

Il n’en demeure pas moins que c’est bien d’un départ massif des musulmans de France qu’il était question, vu la remarque relative au code civil alternatif qui précède, une remarque de nature essentialiste : ils vivent tous à l’écart, ils ont tous des références qui ne sont pas les nôtres, parce qu’ils sont qui ils sont, et ils ne sont pas nous. Par conséquent, au boulet de Naulleau ne déplaise, il n’est fait, dans la réponse incriminée, quel que soit l’angle selon lequel on l’examine, et quand bien même il serait fait abstraction du mot douteux à l’origine du litige, aucune distinction entre les musulmans qui se trouvent clandestinement sur le territoire français, les immigrés musulmans naturalisés, et les musulmans nés en France !

A cet égard, l’on peut rapprocher cette sortie misomusulmane (5) du propos tenu, il y a peu, par un autre exemplaire rassis de la France qui gagne, cochon comme copain de l’idole des de Souche, un propos curieusement passé inaperçu, semble-t-il (6) :

R.M. : « […] je vais tous les samedis au marché. […] 80 % des femmes sur le marché sont voilées. C’est ça qui fait peur aux Français, ce n’est pas l’immigration : ils ne sont pas devenus racistes. »

Contradictrice : « Une grande partie d’entre [ces femmes] sont françaises, Robert Ménard. »

R.M. : « Bien sûr, mais […] vous ne pouvez pas continuer à dire aux Français, qui mesurent que ce n’est pas vrai, que les immigrés, aujourd’hui, se plient aux règles de la France. »

Contradicteur : « Ce ne sont pas des immigrés. Ils sont nés en France. Ils sont aussi français que vous. »

R.M. : « ils sont fils d’immigrés, c’est pareil. »

Le marché d’Evry ne serait donc pas le seul, Ministre Petiot, à propos duquel il y aurait des soucis à se faire… (7)

Résumons : Zemmour ne s’est pas déclaré favorable à la déportation des musulmans de France, quel que soit leur statut légal; il s’est contenté d’envisager la possibilité de leur départ massif – de le souhaiter, pourrait-on arguer, considérant l’antécédent –, un départ motivé par un climat assimilationniste si pesant que, selon l’une des métaphores avancées, il confinerait au soviétisme. Curieux paradoxe, tant les méthodes prétendument staliniennes de l’adversaire constituent son troisième argument…

Que celui qui n’a de cesse de vilipender la mainmise fantasmée des amazones sur des quarterons de mâles mauviettes, et de regretter subséquemment que la paix se soit, pour un temps, face à la guerre imposée, en Occident, illustre par deux fois le contre-remplacement © qu’il escompté à l’aide d’associations d’idées belliqueuses ne devrait, en outre, étonner personne. Tout au plus un bref frémissement est-il toléré…

Il n’y a pas de doute : c’est à la pureté de ces idées-là, et à la prophétie autoréalisatrice qui l’alimente, que l’on reconnaît, en dépit de sa posture de vierge effarouchée, le vrai penseur, celui capable de galvaniser les foules, sans calomnie aucune…
___________
(1) Lire : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/12/15/zemmour-se-lache-en-italie-deporter-cinq-millions-de-musulmans-ca-peut-se-voir/

(2) Source : http://archiviostorico.corriere.it/2014/ottobre/30/successo_Zemmour_arrabbiato_anti_elite_co_0_20141030_57c58d32-6000-11e4-8dd4-2fb2f9df4f43.shtml

(3) Source : http://www.lepoint.fr/societe/eric-zemmour-predit-une-guerre-civile-entre-communautes-18-12-2014-1890709_23.php

(4) Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/12/16/31003-20141216ARTFIG00425-stefan-montefiori-eric-zemmour-n-a-pas-employe-le-mot-deportation.php

(5) néologisme osé mais pas plus anachronique que d’autres, fondé, lui aussi, sur l’alliance sacrilège de l’arabe et du grec, en particulier du préfixe dérivé du verbe ‘misein’ (haïr), lequel définit probablement mieux qu’une quelconque phobie la sentimentalité exprimée, ainsi que ceux à l’égard desquels elle s’exprime.

(6) Source : Des Paroles et des actes, France 2, 4 décembre 2014

(7) Lire : http://www.lepoint.fr/societe/bernard-cazeneuve-monte-au-creneau-contre-eric-zemmour-16-12-2014-1890276_23.php

Pour ceux qui ont la mémoire courte : http://www.liberation.fr/politiques/2009/06/15/a-evry-manuel-valls-veut-des-blancs-des-white-des-blancos_564842

***

(ajout du 13 mars 2015)

Nommer les choses…

Au faîte de sa gloire, Villepin, en cercle restreint, aurait lancé : « la France, elle veut qu’on la prenne » (1). Au royaume le plus schizophrénique de notre bucolique fédération impériale, rien ne se perd, plus rien ne se crée, tout stagne, sous des effigies diverses…

Non, ce n’est pas l’économie qui est visée (pour une fois), car il n’est point d’économie de platitudes dans le chef des crétins. Pas davantage cette stagnation n’est-elle le fruit difforme du hasard ; elle est la résultante par dessein d’une branlette prolongée dans les cimes (2) qui prend en étau une Nation entière. Monsieur l’huissier, veuillez raccompagner Monsieur le premier ministre, s’il-vous-plaît…

C’est la mandoline à la main que Roméo avait déclaré son amour à sa moitié de néant en puissance, perchée sur l’intimité d’un balcon. Par les temps qui courent, ce serait ringard. C’est donc à la tronçonneuse que Manolito, personnage non moins fictionnel, a déclaré, l’autre jour, sa flamme à la sienne, dans un décor de Sex Box (3) revisité. Et ainsi, chemin faisant, Eros et Thanatos en guides, les contraires amants cheminent-ils, devant la foule médusée venue assister à leurs peu amènes ébats, au rythme cadencé, quoique déphasé, de La Marche futile ©, que nul mieux qu’une troupe de saltimbanques britanniques n’est parvenu, à ce stade, à illustrer.

Faut-il, à Messire Guy Delcourt ne déplaise (4), nommer la pourriture ? Le faire, ne serait-ce pas déjà l’accréditer un peu ?…

De tous temps, les tribuns de toute espèce ont su aux situations qui l’exigeaient adapter leur ton. Serait-ce, aujourd’hui, le ton qui serait supposé dicter la situation ? Croissez et multipliez… Tel était-il le sens, si de sens il est encore question, de cette tempétueuse diatribe cyclopéenne, la énième dans son registre, adressée, par aparté hémicyclique, à la menace suprême incarnée par une députée, bien seule ce jour-là ?

Lorsque l’on prend, l’on ne prend pas à moitié ; c’est la totalité que l’on vise : tout ou rien, et plutôt deux fois qu’une ! Et, ainsi, les incultes au sommet propulsés, avant de redécouvrir une autre forme de gravité, moins surfaite, moins pompeuse, moins pathétique, moins tragiquement loufoque, mais implacable, s’autorisent-ils, une équerre aussi surréaliste que l’horloge fondante imaginée, en son temps, par un autre ibérique rastaquouère, un compas déboussolé comme un braquemart en cage, et une règle de fer pour instit’ nostalgique en guise d’outils, à décerner bonnes et mauvaises notes, tantôt à un guignol aigri qui a, pour de bon, franchi le mur du çon, tantôt à un philosophe de campagne qui s’affirme sauvage (5), s’appropriant, au passage, toutes les dimensions de l’espace, où toute autocritique est aussi illusoire que la résurgence du nazisme. Perte de repères, en effet…

Pertes de repères « sous influence juive », comme dirait l’autre, bien conscient, malgré ses incertaines dénégations, qu’il a perdu une occasion de se taire (6) ? « C’est reparti pour un tour sur le manège enchanté »… Nommer les choses : hystérie française !

On ne l’avait jamais vu si penaud, le Père-sans-peur-et-sans-reproches de RMC/BFMTV. Est-ce parce qu’il redoute que sa carrière se joue à cet instant précis ? Toujours est-il que son dérapage, dûment consigné dans les carnets des maladies de l’esprit par les clinquants bataillons de la Droiture, a valu au patriarche à la personnalité théâtrale toute d’aspérités, supposé personnifier les hommes (les vrais), quelques mouvements de pédales sur surface aride, et semble avoir été, pour l’intéressé, à l’origine de quelques sueurs froides.

Convoqué pour les besoins de la cause, il en a omis de rappeler l’essentiel : jamais, d’histoire de médias de masse, journaliste ne s’était-il permis de mettre dans la bouche de son invité des propos borderline dont il ne partage pas la teneur. Jamais interviouveur n’était-il allé socratiquement tirer les vers du nez de celui qu’il interviouve. L’eût-il fait, il aurait pourtant, en deux tours de manivelle, relégué son interrogateur au rang de bergère. Serait-ce donc qu’il était coupable, après tout ?…

C’est qu’il est des sujets que, contre toute urgence, l’on instrumentalise et l’on recycle jusqu’à plus soif, mais avec lesquels l’on ne badine pas. Alors, heureuse ?…


_____________
(1) Source : Le Canard enchaîné

(2) Voir : youtube.com/watch?v=1vCCP9fhzF0
youtube.com/watch?v=ZtJFsgnqmJ0

(3) Bande-annonce : youtube.com/watch?v=fV3gTHDTXc0

(4) Lire : http://www.nextinpact.com/news/93398-et-si-l-on-bloquait-sites-injurieux-envers-elus-sans-juge.htm

5/ Le Grand Rendez-vous Europe 1/LeMonde/iTélé, 8 mars 2015 : youtube.com/watch?v=k_mYvFQWnL0

(6) C à vous, France 5, 9 mars 2015 : youtube.com/watch?v=DZtaF4iZ6TI

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