Archives mensuelles : octobre 2013

P. Peraita, un exemple de pourriture…

Affiche sur borne électrique

« Le peuple romain ne donnait le consulat et les autres principales magistratures de la république qu’à ceux qui les demandaient. Cette institution était excellente dans son principe, parce qu’il n’y avait que les citoyens qui s’en croyaient dignes qui les sollicitassent, et que c’était une honte d’être rejeté ; de sorte que, pour les mériter, chaque citoyen s’efforçait de bien faire. Mais cette méthode, lorsque la cité vit ses mœurs se dégrader, devint extrêmement pernicieuse ; les magistratures furent briguées non par les plus vertueux, mais par les plus puissants ; et les citoyens sans crédit, quoique doués de toutes les vertus, n’osèrent les demander, dans la crainte d’être refusés. […] Plus tard, on descendit encore de ceux qui avaient un plus grand crédit à ceux qui avaient le plus d’autorité ; de sorte que, par ce vice des institutions, les hommes de bien se trouvèrent exclus de toutes les dignités. » (1)

L’opulente Florence du XVIe n’est certes pas la nécessiteuse Bruxelles du XXIe, mais certains des enseignements de Machiavel (encore lui !) font mouche ici aujourd’hui comme jadis là : après « l’addiction à l’argent » (dixit la dauphine) d’un patron de télécoms nationales de facture PS, voilà que la vénalité et l’attitude dépensière d’une autre grande patronne d’identique extraction font l’objet d’une attention toute particulière. Et cette affaire-là est bien plus emblématique encore d’un délabrement de la vertu au sein d’un parti qui, plus que jamais, face à la perte post-soviétique de ses repères traditionnels, à la droitisation ambiante, à un avenir institutionnel incertain mais aussi à son appétit du pouvoir toujours renouvelé, se cherche idéologiquement…

Il va de soi que les révélations relatives au train de vie de Peraita, la directrice du SAMU social bruxellois, s’inscrivent dans le show politique habituel, dans lequel la prochaine démission supposée de l’actuel bourgmestre de la ville, prédite avec grand fracas par la presse début septembre mais démentie par l’intéressé lui-même (2) et les manœuvres diverses qui ne manqueraient de s’ensuivre jouent sans conteste un rôle majeur.

Mais qu’importe : les faits sont là ! Et, dans le contexte nauséeux d’austérité prolongée qui est le nôtre, après l’enchaînement d’affaires de corruption qui ont fait valser, ici et ailleurs, des vendus et des salopards de toutes étiquettes, lesquelles affaires s’inscrivent, comme chacun sait, dans une très longue tradition, ces faits pèsent lourd, tant dans la réalité qu’ils reflètent que dans les amalgames d’apparences qu’ils projettent !

Peraita semble, en effet, être à son mentor, l’ancien président du centre public d’aide sociale de la ville aujourd’hui député fédéral et pressenti pour prendre la relève du maïorat bruxellois qu’un nom prédestiné lui faisait sans doute convoiter, ce que la sulfureuse Concetta était au patron de télécoms : une confidente complice, une protégée…

Alors que plusieurs (anciens) sans-abri dénoncent à présent, outre le dirigisme de ses cadres (qui a trouvé sa résonance il y a peu dans la plaidoirie dudit protecteur en faveur d’un internement  (psychiatrique) obligatoire des SDF), les moyens de fortune et les économies de bouts de chandelle auquel recourt le SAMU social (4), et alors que des équipes de collaborateurs courageux sillonnent inlassablement les rues de la capitale à la recherche de la misère extrême, en échange de salaires eux aussi de misère (lorsqu’il ne s’agit pas de bénévolat), la présidente de la célèbre institution supposée venir prioritairement en aide aux plus démunis se pavane du haut de son salaire annuel de top manager, d’un montant étourdissant de plus de 192.000 €, fait établir ce qui ressemble furieusement à de fausses factures, ignore la législation sur les marchés publics, et se paie, aux frais de la princesse, de relaxantes villégiatures sous les palmiers (5).

Mais qu’elle se rassure : le socialiste potentat local auquel elle doit son poste veille sur sa socialiste carrière : « je trouve ce salaire parfaitement normal », a ainsi l’effronterie de déclarer le prétendant au maïorat (6)… Quant à l’intéressée elle-même, elle donne, telle la blanche colombe noircie que n’atteint aucune bave, le sentiment de ne pas s’en faire pour un sou : par communiqué, elle se contente de faire savoir, en effet, ne pas être au courant de l’existence du rapport de l’Inspection des Finances qui pointe ces divers dysfonctionnements ! (5)

« […] Les hommes habitués à une manière de vivre n’en veulent point changer, surtout lorsqu’ils ne voient pas le mal en face et qu’on ne peut le leur montrer que par des conjectures. » (1)

Qu’après la nomination de présumés pédoprédateurs notoires au sein de conseils d’administration d’organismes internationaux de protection de l’enfance (Suivez mon regard, qui pointe vers le nord…), une pimbêche s’enrichisse sur le dos des éclopés révèle à quel point la religion dite néolibérale a infesté jusqu’aux derniers bastions de la solidarité sociale.

Si l’homme (la femme, en l’occurrence) est par nature à la mort voué(e) – voilà le raisonnement fallacieux – autant qu’à sa pourriture déterminée corresponde la pourriture de ses principes et de sa conscience. Autant, en d’autres termes, en profiter, les bases mêmes de l’architecture sociale dussent-elles en payer le prix !

« […] On doit être persuadé que jamais les réformes ne se feront sans danger ; car la plupart des hommes ne se plient pas volontiers à une loi nouvelle, lorsqu’elle établit dans la cité un nouvel ordre de choses auquel ils ne sentent pas la nécessité de se soumettre ; et cette nécessité n’arrivant jamais sans périls, il peut se faire aisément qu’une république périsse avant d’avoir atteint à un ordre parfait. » (7)

Et qu’espérer d’autre de la part de celles et ceux qui évoluent confortablement dans un tel cloaque de la pensée sinon qu’ils traquent impitoyablement ceux qui les ont démasqués ? Une prise de conscience ? Mais que voilà une belle chimère : du rapport de forces face à la droite, naguère, ces déchets n’ont gardé aujourd’hui que la vanité suffisante du principe d’autorité, érigée comme un pilier fondamental dans des sables mouvants !

« […] A bien examiner les choses, on trouve que, comme il y a certaines qualités qui semblent être des vertus et qui feraient la ruine du prince, de même il en est d’autres qui paraissent être des vices, et dont peuvent résulter néanmoins sa conservation et son bien-être. » (8)

Il se trouvera bien, en outre, quelqu’Elizabeth Levy pour crier au loup et encenser la corruption au nom du pire auquel pourrait mener la lutte pour son éradication… Après tout, notre nature même est corruptrice…

« Deux raisons s’opposent à ce que nous puissions […] changer : l’une est que nous ne pouvons vaincre les penchants auxquels la nature nous entraîne ; l’autre, que quand une manière d’agir a souvent réussi à un homme, il est impossible de le persuader qu’il sera également heureux en suivant une marche opposée. De là naît que la fortune d’un homme varie, parce que la fortune change les temps, et que lui ne change point de conduite. » (9)

 En outre, …

« La haine est autant le fruit des bonnes actions que des mauvaises ; d’où il suit […] qu’un prince qui veut se maintenir est souvent obligé de n’être pas bon ; car lorsque la classe de sujets dont il croit avoir besoin […] est corrompue, il faut à tout prix la satisfaire pour ne l’avoir point contre soi ; et alors les bonnes actions nuisent plutôt qu’elles ne servent. » (10)

Enfin, et surtout, …

« On doit surveiller avec soin les actes des citoyens, parce qu’il arrive souvent que les commencements de la tyrannie se cachent sous une action vertueuse. » (11)

Combien de Peraita, de Cahuzac, de Demmink, tapis dans l’ombre et la luxure jusqu’à leur tour d’échafaud, l’avenir devra-t-il encore contenir pour que ces exemples de pourriture revendiquée et tous les maîtres qui les entourent se rendent compte que le temps est de nouveau aux dragons et aux Don Quichotte ? Combien de temps encore avant la houle monumentale qu’aura suscitée l’indifférence intéressée de tous ces corrompus à des degrés divers, supposés combattre les assauts, de jour en jour plus féroces, lancés contre l’Etat-Providence ?

« […] Presque tous, frappés par l’attrait d’un faux bien, ou d’une vaine gloire, se laissent séduire, volontairement ou par ignorance, à l’éclat trompeur de ceux qui méritent le mépris plutôt que la louange. » (12)

Et combien d’imposteurs bien entourés continueront-ils d’ériger la corruption individuelle, corollaire du déclin démocratique, en valeur fondamentale à la soumission de laquelle tout investissement dans la Cité est conditionné !?

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(1) Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre XVIII, 1512 – 1517 (version Louandre, Charpentier, 1855)

http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_politiques_de_Machiavel_%28Louandre%29/Discours_sur_la_premi%C3%A8re_d%C3%A9cade_de_Tite-Live/Livre_1

(2) Source : http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/freddy-thielemans-apprend-par-la-presse-qu-il-va-demissionner-522dd41035702bc05f0c2d99

(3) Lire, à titre indicatif : http://www.rtbf.be/info/economie/detail_belgacom-didier-bellens-met-un-terme-au-contrat-de-concetta-fagard?id=6759633

… ainsi que : http://archives.lesoir.be/didier-bellens-un-homme-experimente-mais-sur-la-sellett_t-20110728-01HM1Q.html

(4) Source : VRT, Ter Zake, 28 octobre 2013

(5) Source : http://www.lalibre.be/actu/belgique/un-salaire-de-top-manager-au-samusocial-5268953235708def0d922a32

(6) Source : http://www.demorgen.be/dm/nl/5036/Wetstraat/article/detail/1729779/2013/10/26/Toploon-voor-hoofd-daklozenopvang-192-705-euro-per-jaar.dhtml

(7) Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre II, 1512 – 1517

(8) Machiavel, Le Prince, Chapitre XV, 1515 (Ed. du groupe Ebooks libres et gratuits)

(9) Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre III, chapitre IX, 1512 – 1517

(10) Machiavel, Le Prince, Chapitre XIX, 1515

(11) Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre III, chapitre XXVIII, 1512 – 1517

(12) Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre X, 1512 – 1517

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La fin nécessaire de l’anti-modèle anglo-saxon !

Lorsqu’un enfant est pris la main dans le pot de confiture, il risque peut-être de se voir privé de dessert, mais il est sûr qu’il la jouera profil bas. Il n’a pourtant, ce faisant, violé aucune loi, se contentant d’enfreindre une certaine bienséance, une certaine moralité. Lorsque de gigantesques corporations sont prises la main dans le sac, elles se permettent, au contraire, de donner des leçons…

En parallèle à la mafia bancaire, KPMG, E & Y, PWC et Deloitte, les Big Four de l’audit d’entreprise,  illustrent parfaitement ce renversement éthique. C’est le dernier de ces parasites corporatistes que je m’apprête à éradiquer par le verbe.

En avril 2009, tandis que les membres du Grand Vain, tonitruaient à qui mieux mieux que l’ère des paradis fiscaux touchait à sa fin, le premier ministre du Luxembourg, aujourd’hui en ballotage, face au tir nourri dont son pays faisait, parmi d’autres, principalement européens, l’objet, renvoyait la balle outre-Atlantique : « Delaware, Delaware, est-ce que j’ai une gueule de Delaware ? »… (1)

Le Delaware, cet Etat minuscule des Etats-Unis, n’a jamais vu, en effet, ses politiques de dumping fiscal mises en cause durant ce débat. Il y a échappé au nom d’une conception du fédéralisme selon laquelle le président des Etats-Unis, quand bien même il souhaiterait agir (ce qui reste à démontrer), est, en vertu du principe de subsidiarité, littéralement impuissant face aux législations qui dépendent des Etats. Or, de larges pans de la fiscalité dépendent de telles législations.

Quatre ans après la grand-messe des chefs d’Etat qui ont la plus longue, les mêmes ou presque ont décidé d’automatiser l’échange de données bancaires relatives à des ressortissants ou des entreprises qui possèdent des comptes bancaires ou des avoirs à l’étranger (2). En optant pour ce compromis boiteux, ils ont nolens volens fourni à des entités telles que le Delaware un blanc-seing pour poursuivre leurs activités nuisibles. Gageons, en effet, que ce n’est pas pour rien que « plus de 50 % de toutes les entreprises cotées des Etats-Unis, en ce compris 64 % [des 500 entreprises aux revenus les plus élevés] ont choisi le Delaware comme siège social » (3), la plupart d’entre elles s’y servant de sociétés-écrans (4).

Si l’on inclut aux paradis fiscaux offshore et autres tax havens bien connus ce type de détournement de fonds organisé, toléré, voire promu par certains Etats en leur sein même, ce seraient environ, blanchiment d’argent sale y compris, 20 billions de $ qui échapperaient à l’impôt au niveau mondial ! (Ibid.) Vous avez dit dettes souveraines ?…

Entre autres avantages et privilèges, l’Etat où Deloitte et toutes ses entités ont élu domicile offre à ses résidents corporate la certitude d’un impôt local nul, d’importants aménagements législatifs qui permettent notamment la mainmise d’un petit groupe d’investisseurs sur une entreprise de la taille d’une corporation (3), ainsi que, paraît-il, un système judiciaire largement favorable à la loi du plus fort.

Dans une interview prototypique de la minable et basique anti-culture de la gagne, l’actuel président dudit conglomérat, un certain B. Salzberg, enjoint à ses employés  « d’être conscients des dynamiques à l’œuvre au sein des pouvoirs publics, tout en s’abstenant d’entrer dans le jeu eux-mêmes. Regardez cela de haut », ajoute-t-il, « restez fidèles à vos valeurs et conformez-vous aux plus hauts standards éthiques. » (5)

N’étaient cette hypocrite référence aux valeurs, qui résonne fort outre-Quiévrain, et la mention de l’éthique dans le chef d’une multinationale prédatrice, voilà qui résume parfaitement, en effet, l’opportunisme de la mafia corporatiste : le business, supposé dénué d’idéologie, est au-dessus de tout.

Le CEO de la filiale belge de la boîte, un certain R. Vanpeteghem, l’a bien compris, qui a envoyé au feu ces jours derniers, deux de ses lieutenants afin de pleurnicher sur l’abrogation possible de tout ou partie des intérêts notionnels, ces cadeaux fiscaux faits aux multinationales qui s’implantent en Belgique, n’y paient aucun impôt mais auxquelles le peuple devrait être reconnaissant qu’elles autorisent une partie de la main d’œuvre disponible sur le satané marché de l’emploi à s’y faire exploiter, avant de se faire allègrement renvoyer parce le pays d’à côté propose des conditions encore plus alléchantes…

ARCELOR MITTAL  > Taux d’imposition 2011 : 0 % > RISTOURNE : 474.062.269 €

« Il faut diminuer les dépenses de l’Etat. »

GDF SUEZ > Taux d’imposition 2011 : 0,19 % > RISTOURNE : 251.969.263 €

« Si nous réduisons le montant des allocations de chômage, c’est pour garantir la viabilité de la sécu. »

EXXONMOBIL > Taux d’imposition 2011 : 0 % > RISTOURNE : 1.417.485.847 €

« Nous ne pourrons assurer la subsistance de notre modèle de pensions qu’en augmentant l’âge de la retraite. »

La liste presque complète de ces cadeaux fiscaux aux plus grosses entreprises, qui organisent la faillite de l’Etat, est disponible dans cet article antérieur : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/09/28/stop-a-lassistanat-aux-entreprises-en-belgique/

Lire aussi :

https://yannickbaele.wordpress.com/2013/04/04/offshore-leaks-nouvelle-tempete-dans-un-verre-deau/

« [La Belgique] ne peut pas simplement supprimer tous les régimes de faveur […]. Il se trouve que la réalité européenne répond à une logique de concurrence fiscale », chiale P. Vandendriessche, l’un de ces mercenaires de Deloitte Belgium, dans une très récente interview à un quotidien flamand (6). Et d’avertir, à la manière de la grognasse du MEDEF, qui avait appelé les entreprises à quitter la France au cas où l’impôt augmenterait : si le taux effectif d’imposition des multinationales étrangères dépasse 5 ou 6 %, ces dernières « iront ailleurs, et il nous restera 0 % de revenus ».

Le clown a parlé ! Et peu lui chaut que la confiture dégouline de ses mains ! Et peu lui chaut que presque partout en Europe les sales gosses de son calibre soient en train de nous préparer le grand retour de l’immonde ! N’appartient-il pas, en effet, aux winners de Deloitte de rester au-dessus de la mêlée politique, ou, au moins, d’en donner les apparences ? Libéraux, fascistes, socialos, e tutti quanti : tout est bon à prendre ! Quand le business va, tout va !

Pourtant, « LA CIVILISATION ne fonctionne que si ceux qui jouissent de ses bénéfices sont prêts à payer leur part de ses coûts. C’est pour cette raison que les individus et les entreprises qui éludent l’impôt sont impopulaires lorsque la situation économique est à son mieux; il n’est donc pas surprenant que lorsque les gouvernements et les individus sont à la ramasse pour payer leurs factures, les flèches se dirigent vers les paradis fiscaux et ceux qui en font usage. »

Ce n’est pas moi qui l’écris, mais The Economist  !!! (4)

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(1) Source : http://www.lefigaro.fr/impots/2009/04/02/05003-20090402ARTFIG00513-l-etat-du-delaware-le-paradis-fiscal-americain-qui-irrite-le-luxembourg-.php

(2) Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/890346-g8-la-fin-des-paradis-fiscaux-ce-n-est-pas-pour-demain.html

(3) Source : http://www.corp.delaware.gov/aboutagency.shtml

(4) Source : http://www.economist.com/news/leaders/21571873-how-stop-companies-and-people-dodging-tax-delaware-well-grand-cayman-missing-20

(5) Source : http://www.linkedin.com/today/post/article/20130809162901-27058877-does-your-company-culture-resemble-jungle-warfare?id=careers

(6) Lire : http://www.standaard.be/cnt/dmf20131028_00813175

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Pourquoi le « totalisme » cher à J. Attali est bel et bien un totalitarisme…

« Approchez, Messieurs-Dames, n’ayez pas peur. Oui, il a l’air impressionnant, mais il est pas bien méchant. A-a-a-pprochez ! En exclusivité mondiale et pour la première fois depuis la semaine dernière au moins, le Grand Jacques va vous montrer ses talents de cracheur de feu. Par ici, Monsieur. Par ici, Madame… Dix sous ! »

Comme un enfant sur une marelle, Attali (Jacques, de son prénom) sautille d’émission en émission de télé. Il devrait être ce soir l’invité de CSOJ, après deux mois au moins d’absence prolongée – un bagne ! Celui dont le très instructif documentaire de Yannick Kergoat et Gilles Balbastre relatif à la télé-propagande qui ne dit pas son nom a comptabilisé (1), en l’espace de six ans (de 2002 à 2007, pour être précis), pas moins de 572 apparitions médiatiques ne s’y exprimera pas au sujet du monde de demain tel qu’il le conçoit. C’est dommage…

C’est dommage car il aurait pu développer la notion de « totalisme » qu’il y a pondue la saison dernière en explicitant en quoi celle-ci se distingue du totalitarisme. La subtilité, en effet, échappe aux moins finauds d’entre nous.

En réalité, le socle de la vision du conseiller des princes est simplissime, à l’exact opposé de son caractère : où que le sort nous ait propulsé sur Terre, il est des problématiques auxquelles tous nous avons à faire face et à la résolution desquelles il est donc indiqué que nous nous attelions ensemble. Wilson était parvenu au même constat, les initiateurs de l’ONU aussi…

Pour Attali, pas de demi-mesure : le gouvernement mondial est inscrit dans les astres, et qu’il se réalise par la raison ou sous la contrainte d’une nouvelle guerre mondiale, nul n’y échappera. C’est, à peu de choses près, le rêve de Rockefeller et des siens, et ce que Rockefeller veut, Dieu ne le veut-il point ? « Rockafellah fo evah », aurait pu chanter Jacques. La scène n’eût pas manqué de piment, mais Jay Z le charlatan l’a devancé !

Une certaine objectivité oblige à préciser, toutefois, que c’est plutôt du pseudo-repenti Soros et du si débonnaire Buffett, celui qui cherche périodiquement à attendrir le bon peuple après avoir serré affectueusement la main moite de Blankfeyn, tantôt en évoquant la lutte des classes sous l’angle de la dictature du patronat, tantôt en proclamant une fiscophilie d’apparat intéressée, que le Machiavel français, celui dont la veste est toujours du bon côté – au nom, sans aucun doute, de la concrétisation pragmatique de ses idéaux – doit se sentir le pus proche. Car il y a finance et finance : la finance prédatrice qui s’assume d’un côté, la finance prédatrice faux-cul de l’autre. C’est de ce dernier camp que Jacquot-la-fripouille est, en France, le cerbère et le guide.

Comment, Jacques, que dites-vous ? Nous serions des Bisounours nourris au lait d’une utopie déraisonnable ? Nous devrions nous réveiller et regarder le réel en face ? Mais il y a surdose, Jacques. Il y a surdose de réel frelaté, de pravda remodelée à la sauce capital-corporatiste. Allez, tendez votre joue, gros nigaud : smack ! Copains ?…

Non, nous ne sommes pas des Bisounours, Monsieur Attali, pas à tous égards en tout cas. A vrai écrire, nous nous inquiétons. Nous nous inquiétons que des gens comme vous, qui ont pignon sur plateau, semblent n’avoir tiré aucune leçon de la crise financière, si « grotesquement psychologique » qu’elle ait pu être perçue par quelques-uns, plutôt Richelieu que Machiavel pour le coup, depuis leur fauteuil Louis XV. Nous nous inquiétons, par exemple, lorsque nous vous entendons affirmer qu’ « on a une mutation qui commence à apparaître [à savoir] qu’il y aura une distinction entre ceux pour qui le logement pourra être un élément du patrimoine – ce sont ceux qui auront atteint un certain niveau de revenus et de fortune, qui pourront, par leur épargne, constituer ou se léguer de génération en génération quelque chose qui ressemble à un patrimoine […] – et tout le reste de la population mondiale [pour lequel] le logement [sera] un bien de consommation, et plus un élément du patrimoine. [Celui-ci sera « conceptuellement »] propriétaire [par exemple] de 50 m² […] indépendamment d’un lieu. […][et] il y aura une bourse d’échange [gérée] par les institutions financières spécialisées. » (2)

Nous nous inquiétons, Monsieur Attali, lorsqu’un visionnaire de votre trempe passe outre la lame de fond de la civilisation contemporaine qu’est le développement durable (précisément l’un des défis que nous sommes tous appelés à relever collectivement) en prétendant que les « immeubles qui ont une durée de vie de vingt ans » (Ibid.) sont l’exemple à suivre…

Vauban Reel Estate  présente…

Mais ce qui nous inquiète le plus – vous l’aurez compris – c’est la nature de ce gouvernement mondial dont vous êtes l’un des thuriféraires. Si le modèle démocratique parlementaire grand-breton du XIXe a séduit tant d’éminents penseurs, y compris de très socialistes, c’est sans doute parce que, sur le papier au moins, le bicaméralisme qui l’incarnait avait prévu un degré de recours, terreau d’une contestation éventuelle. N’est-ce pas d’ailleurs, à quelques notoires exceptions près, sur un principe similaire qu’a été érigée toute notre architecture judiciaire ?…

« Tandis que les lois d’une cité sont modifiées afin de se conformer aux circonstances, ses institutions ne changent que rarement, voire pas du tout, d’où il résulte que l’introduction de nouvelles lois est sans incidence aucune, dans la mesure où les institutions, de nature invariable, les corrompent », affirmait Machiavel (3). Or, en quoi un gouvernement mondial de l’acabit de celui que vous imaginez, plus ou moins statique en ses fondamentaux idéologiques, ne fût-ce que pour que son exercice coïncide avec l’impératif de fin de l’Histoire, échapperait-il à pareille logique si même nos institutions actuelles y pataugent ? Quels garde-fous permettraient-ils à une telle Babel régénérée, ultra-hiérarchique et distante, de demeurer la garante des droits fondamentaux de sa base, de son « reste », si l’on préfère ?… Par quels moyens l’exigence de transparence des pouvoirs publics (Le seraient-ils encore ?) trouverait-elle à se concrétiser ? Est-il question d’institutionnaliser l’opacité prototypique des réunions feutrées du Bilderberg ou d’autres cénacles ? Et, si oui, sur quelles bases démocratiques ?

Rockefeller nous renseigne quant à cette dernière question : « je ne me rappelle pas avoir dit – et je ne pense pas que quiconque soit d’avis – que nous requerrions un gouvernement mondial. Nous avons besoin d’une plus grande collaboration entre les gouvernements du monde. Mais je ne puis concevoir qu’un seul gouvernement élu par tous les habitants de la planète soit probable, ou même souhaitable », précisait-il en 2007 (4). Les projets de traités commerciaux transcontinentaux qui chavirent les uns après les autres sous la pression des peuples sont-ils supposés préfigurer ce Nouvel Ordre mondial, cette Planète Finance composée de mafieux parvenus, de boursicoteurs sans scrupules, d’avocats véreux et d’hommes de théâtre politiques, tous qui à la solde, qui à la tête, de l’oligarchie, ou s’agit-il simplement de renforcer le rôle de l’ONU ? Ce nouvel Ordre ancien s’imposera-t-il au prix de nouvelles guerres de colonisation ou d’efforts diplomatiques occidentaux visant à mettre en selle des régimes aussi démocratiques que n’ont pu l’être celui de Pinochet, dans cette frange de « l’arrière-cour » si prisée par la grande bringue, ou encore le Nouvel Ordre de Suharto, en Indonésie (5) ?

Quoi qu’il en soit, les contours de votre « totalisme », néologisme barbare et amphigourique, apparaissent très ténébreux. Inscrite dans un despotisme éclairé qui se cherche un nouveau souffle face à la résistante des restes, cette étrange philosophie pourrait même être porteuse d’un nouvel obscurantisme imposé aux masses et aux individus de basse extraction par une nouvelle race de seigneurs dynastiques omnipotents. C’est en tout cas ce que la nature de vos propositions, en matière de logement comme en matière de puces RFID par exemples, laisse craindre. Mais pour qui a foi en l’Humanité, ce qui n’était pas le cas de Machiavel, jamais le moindre système d’asservissement, si élaborés soient les outils techniques qu’il tient à sa disposition, ne parviendra à maintenir éternellement sous sa coupe la majorité de la population mondiale. C’est là motif de réjouissance !…

« Le spectacle vous a plu, ma petite dame ? Une nouvelle représentation est prévue pour la semaine prochaine. Venez nombreux, Messieurs-Dames… »

Le passé dans l'avenir, un avenir radieux !

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(1) Les nouveaux chiens de garde, 2011 [53:56]

(2) L’émission Conversations d’Avenir sur Public Sénat est entièrement consacrée au maître. Ces propos en sont extraits. Assortis des commentaires désabusés et acerbes d’un internaute, ils peuvent être écoutés ici : http://www.youtube.com/watch?v=DExA8X0uXcQ

(3) Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre XVIII, 1512 – 1517 (version Louandre, Charpentier, 1855)

(4) Interview de D. Rockefeller par Benjamin Fulford, le 14 novembre 2007, visible ici : http://www.youtube.com/watch?v=opX5s4Zp3qk

(5) Voir, à ce propos, « The New Rulers of The World », documentaire de John Pilger, 2001 : http://www.youtube.com/watch?v=1uW1qJoWYPg

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Dès que j’écris Ton Nom, ne voilà-t-il pas qu’il s’efface ? (slam)

Tu n’es pas de leur sérail

Tu n’es d’aucun sérail, d’ailleurs

Et à ta charge, tu n’entends même en être

Mais d’où est-ce que tu parles, bon Dieu ?

Mais d’où est-ce que tu viens, que diable !

Et voilà qu’ils te fuient…

T’affublent d’étranges attributs

Führer Queen, Psycho Man, Jésus Superstar !

Te noient sous de curieuses épithètes

Jaloux, Narcisse, branleur !

N’en doute pas : ils savent…

Eux ne doutent pas : ils savent

Ils savent que tu n’es pas des leurs

N’être pas des leurs, n’est-ce pas suspect

Forcément suspect

L’anguille est là, c’est sûr

Ne reste plus qu’à soulever la roche

Et s’il n’y a rien dessous

Il y aura quelque chose quand même !

Point ne t’est besoin de parler

Puisqu’ils savent…

Ne te répondent-ils pas, d’ailleurs

Par le biais, toujours par le biais

En face leur écorcherait la gueule

Et te donnerait des raisons de l’ouvrir

Tais-toi, mais tais-toi donc !

Mugis, mais mugis donc !

Avance et grogne !

Tais-toi et marche…

Qu’irais-tu dire qu’ils ne sachent déjà ?

Tête haute, Rémi !

Point de doute en toi, voilà la voie !

Ein zwei, ein zwei

Ein Schwein !

Tausende von Schweinen !

« Mehr Licht », dis-tu ?

T’apprêterais-tu à prendre congé

Pappa, Pappa, déjà ?

Mais ces affinités électives dont tu désespères

D’entr’apercevoir la lumière ?

Couché ! Assis !

Là, pirate, là !

Sous les claviers, la plage…

Libertés ! Liberté…

Catégories : Expérimentations diverses non catégorisées

L’UE, une immonde cathédrale expiatoire ?…

Gaudi, Sagrada Familia (Barcelone)

« Un Anneau pour les dominer tous, un Anneau pour les dénicher

Un Anneau pour les assembler, et dans les ténèbres les lier

Dans le pays de Mordor, où reposent les ombres… »

Aujourd’hui, c’est pleine Lune ! Apercevez-vous votre chat fixer intensément du regard d’inquiétants ectoplasmes qui échappent au vôtre ? Vous sentez-vous maître de la Terre ? Sentez-vous monter la fièvre ? Témoignez-vous d’une inspiration inhabituelle, même pour vous ? Vos voisins s’apprêtent-ils, dans la discrétion de rigueur, à goûter aux hosties impies maculés du sang de quelque proie à peine pubère ? Percevez-vous les esprits malins, qui essaient vainement d’accentuer leur désagréable pression ? Ils attendent quelque chose de nous, c’est certain, mais quoi donc ? La fin peut-être…

Les forges de Mordor ne sont pas loin. De temps à autre s’en échappe machinalement, au terme d’un spasme de machine fumigène, une épaisse fumée blanche qui contient des nuées de suceurs d’âmes qui s’approchent périlleusement de la vôtre, à présent, d’abord curieux et rétifs, puis affamés et pressés. Retro, vade ! Retro, vous dis-je !

De quoi NWO est-il le NOM ? WOTAN était en quête de l’anneau parfait; UETAN en a présomptueusement fait son emblème. Mais l’horrible structure inachevée sur laquelle elle a fondé son assise n’a rien du cercle, rien de la rondeur. Il s’agit là, bien plutôt que d’un exercice expiatoire, d’un arrogant et difforme défi tout d’agrégats verticaux néo-gothiques lancé à la Providence. La Renaissance ? Elle attendra…

'What a wonderful world it would be'

Peut-être, à bien y regarder, s’agit-il d’un cercle, toutefois… De celui, vicieux, par lequel, en souhaitant du néant prendre nos distances, nous y retournons furieusement. Faire abstraction de tout ce qui a été, brûler en bloc les époques et ceux qui ont eu le tort de s’y mouvoir, recourir au manichéisme pour imposer une seule voie – une seule voix, à terme, peut-être – dans l’espoir las d’unir par le vide ce que l’entier voulait divers, maintenait épars, pour mieux l’assembler : notre sagesse a divagué…

Et la vague amertume, et les vagues de reproches, nous invitent aujourd’hui, dans une collégialité de mauvais aloi, à l’expier également… Autre cercle ! Tandis que de l’Orient nous parvient péniblement cet écho : attache-toi sans t’attacher, tangue si besoin, mais ne romps point…

Anneau européen

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société

CETA / TAFTA : we demand a European referendum, or BASTA !

When the West had to prove itself to its citizens towards the USSR, it used freedom of speech and civil liberties : honey catches more flies than vinegar. Europe, today, is applying the same strategy in a different context. It is supposed to be a beacon of enlightenment for minorities and persecuted individuals of all kinds. There’s nothing wrong with that, of course – far on the contrary – as long as such commendable principles are not simply a disguise left behind once the enemy has disappeared, or once Member States have been reduced to the state of submissive pawns…

The latter objective still hasn’t been completely fulfilled, however, though it is well underway, thanks to the authoritarian takeover of national budget checks by an unelected clique of mostly corrupt and certainly incompetent penpushers who have lost all contact with real life, most of whom were sent to the Brussels Commission because they weren’t worth a cent in national politics : just look at the European commissioner for Social Affairs, or have a glimpse at his colleague in charge of economic and monetary affairs, both afflicted with a major speech impediment and endowed with the charisma of a cockroach.

Another example of this European decadence is the little opportunist who’s been presiding said Commission for the past nine years, the merry friend of Greek billionaire Latsis (his next employer ?), on whose yacht he spent his first holiday while in office, an innocent gift he’d amply prove to have deserved a few years later by helping Latsis’ late investment bank remain afloat thanks to European taxpayer money.

Many have accused him of lacking vision. But, actually, this friend of the rich is at the exact image of what Europe has become : a set of key account managers surrounded by the void in the continent of intellectualism par excellence. The destruction of the worldwide emblem of democracy to which the world owes a great deal of its philosophers, though not directly ascribable to him, perfectly reflects the anti-project the man from Portugal heading the Berlaymont troops for a few more months is carrying.

His is of course an anti-liberal project, often seen as liberal nonetheless. Said project is the supremacy of the giant corporations, the only ones assured to benefit from the draft trade treaty signed today in Brussels between the Canadian oil industry’s middleman and ourselves, which is supposed to be the prelude to an identical effort between the EU and the US currently negotiated in the customary secretive environment.

Charest, the deposed PM of Québec against whose explosive raise of student tuition fees thousands and thousands of students had rallied, applauded with both hands. He is a liberal, while Harper is a conservative, but both share a love for oligarchs going far beyond these inconsistent labels. Probably even a few German socialists and the French incumbent president also share their optimism…

This is democracy, people, from the Greek ‘demos’, people : a vast array of political choices and ideologies always driven by what’s best for you… without you being able to do anything about it, except elect a bunch of greedy MEP’s who are in their majority as colorless as a black hole and who can only dream of having the constitutional powers their national equivalents enjoy, every five years.

What is there to be applauded in CETA ? A breakthrough for German car manufacturers in the land of the maple leaf ? The announced victory of the major drug companies over generic drugs ? The privatization of drinking water ? Who will tell ? Only the headlines of the deal have been made public up to now; the rest remains to be finalized in discrete alcoves, as usual, so we are told.

But aren’t we told a load of crap ? The document having been intensely negotiated for the past decade, isn’t the two years delay before the final treaty could be signed a way to buy off the few Member States remaining reticent to some of its provisions, and to coax the European Parliament (behind the scenes) into accepting this new section of the already obsolete NWO, in order to avoid a new edition of the ACTA-clash, whereby the movie and music majors had in vain mandated the European Commission to cast its freedom-destroying shadow over the internet ?

Aren’t we also regularly told we’re living in States subject to the rule of law, while at the same time the so-called liberal internationalists are doing everything in their power to limit its spectrum to international trade courts that would be run by corrupt puppets of the oligarchs, alternatively playing the attorney’s part and wearing the robe ? And aren’t these courts the Trojan horse the NWO is expecting to use in order to dismantle all social and environmental legislations left standing ?

I say : enough ! I say : relocalize the economy and spare the energy costs by doing so ! I say : the Euro-Canadian friendship between the people deserves better than this deal concocted by and for the corporations ! I say : water is a public good ! I say : generic drugs over big business ! I say : you’d better start listening to the desire for democracy, you moronic gadgets, or you could end up with a bullet in your heads ! I say : anti-liberal corporatism belongs to the past !

But, hey, who am I, right ? Let’s just vote ! We’re all adults, aren’t we ? We’re all Europeans, aren’t we ? We all cherish democracy, don’t we ? We all dream of a more perfect Union, don’t we ? TIME TO PROVE IT !!!

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Eclaircissement intermédiaire

C’est très probable, mais comment en être entièrement sûr ? Je ne sais si le grand cataclysme des prophéties aura eu lieu. Mais qu’il ait eu lieu ou non, l’avenir paraît très sombre…

Si vous le lisez à présent, c’est que ce blog lui aura résisté, le cas échéant, qu’il aura résisté à la censure, qu’il aura résisté au dépérissement, et je vous y souhaite la bienvenue. C’est en pensant à vous que je l’ai écrit, en pensant à l’Humanité, telle que je la conçois.

barreaux contemporains

Si vous vous demandez comment vous en êtes arrivés là, vous en tant que collectivité humaine, vous y trouverez certainement quelques réponses, celles que j’ai humblement glanées au fil de mes pérégrinations médiatiques, de mes recherches électroniques, de mes envolées lyriques parfois benoites, de mes échappées cosmiques, de mes rêves déchantés et de mes espoirs vivaces, illustrés par des musiques amies selon un donnant-donnant désinteressé. Ici, je suis nu et cette nudité me sied.

Le moi – et non l’ego – qui s’y exprime n’a rien d’un héros. Il est un homme ordinaire qui a défendu, défend et défendra ad vitam – et par-delà – sa conception de la Vie, qui se décline ici en autant d’apostrophes indignées, de clins d’œil complices, d’allusions cryptées, de paraphrases et de métaphores parfois subtiles, de tentatives proto-poétiques. Ces dernières se logent comme de singulières bouffées d’air frais au milieu de sujets pestilentiels qui reflètent notre décadente époque et ne pouvaient être passés sous silence.

Rien de ce que vous trouverez ici n’a pu s’exprimer ailleurs, car cet ailleurs-là est cloisonné comme il l’a rarement été. Et s’il a eu lieu, ce sont ces cloisons qui ont mené au cataclysme, et elles sont de tous ordres. Leurs origines et leurs motivations sont diverses, mais répondent toutes aux mêmes objectifs, que les hommes d’avant se disputaient : la tutelle des idées, le contrôle des ressources, l’asservissement des personnes.

Ils avaient les moyens de vous faire comprendre que vous les gêniez, les petits, les très petits d’en-haut. Procès tronqués, insultes, tentatives d’humiliation, déni, suffisance : les basses cours étaient prêtes à tout, sauf à se regarder dans le miroir, ce miroir qui les enlaidissait sans avoir jamais besoin de les déformer. Leur barre, voyez-vous, ils se l’étaient fixée très bas, et ils entendaient que chacun baigne avec eux dans le grand bain lugubre de la médiocrité publique post-élitaire, celle par laquelle ils s’étaient fait piéger naguère et qu’ils ont entretenue depuis lors, celle à laquelle, par conséquent, ils ne pouvaient tolérer que d’autres échappent. Mais lorsque la victoire sur le fond est assurée, que reste-t-il de civilisé à vos adversaires pour vous mater ?

Oui, j’ai joui de ma dose de science infuse, comme tout le monde, comme chacun. J’ai tenté ici, par médiations, de lui rendre honneur en fonction de mon jeune âge. Et ce que je reproche aux médiocres n’est pas tant le fait qu’ils le soient, mais le fait qu’ils se plaisent à l’être. Car personne n’a vocation à demeurer médiocre…

petite chose accroupie

Je suis venu, j’ai vu et j’ai vomi. J’ai vomi sur le matérialisme sordide véhiculé par des légions blafardes volontairement à la solde d’un diable de pacotille. J’ai vomi copieusement sur toutes ces créatures à l’âme difforme qui ont tourné le dos à une humanité que leurs prédécesseurs s’étaient employés à élever. J’ai vomi sur l’accaparation, le monopole, la concentration. Mais ce vomi, elles l’ont dégusté comme un mets savoureux, et elles ont continué de plus belle : la destruction du monde devait inconsciemment, pour elles, répondre à l’annihilation de leur être. C’est pourquoi ce cataclysme déjà évoqué était quasiment inscrit dans les astres.

J’ai vu ! J’ai vu des rois assassiner des éléphants et poser fièrement devant leur dépouille. J’ai vu des cohortes de sangsues sanguinolentes s’adonner aux pires exactions sous le couvert de l’autorité que leur avaient conférée d’autres restes d’humanité. J’ai vu la Nature en état de siège, la noblesse du lion sud-africain réduite à la vanité de ceux qui s’accaparaient sa peau, la robustesse du rhinocéros dérobée au nom de ses cornes, la fierté de l’ours polaire réduite à l’état de carpette de luxe pour possédants dégénérés. J’ai vu les espèces s’éteindre les unes après les autres dans l’allégresse et l’indifférence générales. J’ai vu les derniers îlots d’équilibre entre nature et homme souillés par ce dernier au nom d’une économie d’imagination toujours plus fertile, les sols pollués par des substances chimiques, des forêts gigantesques déboisées, des rivières dévastées, les océans nucléarisés presque autant que l’air. J’ai même vu de petits Napoléon ambitionner d’éteindre le Soleil !

Jusqu’au dernier, je les ai vus s’entredécimer, rôtir la chair dans des attentats, exporter leurs outils de mort par milliards, pendant que les crève-la-faim trépassaient la bouche ouverte sans même mériter leur regard. Je les ai vus, en somme, au nom de leur religion, gérer et vendre la matière comme si sa valeur croissait à mesure qu’elle était soumise, inerte. Je les ai vus et j’ai vomi : ils ne soupçonnent pas l’étendue de mon mépris pour eux. Au Diable leur diable ! A l’égout leur bassesse !

Décadence de l'humain

La Nature était féroce, aride, sans pitié. Ces qualités, ils les ont reprises à leur compte, mais, en cours de route, ils ont perdu l’empathie qui est pourtant l’unique clé de sa compréhension. Il nous fallait bien une place, certes, mais pas l’ensemble ! Car de cet ensemble, notre place dépend ! Dieu, que j’eusse aimé que cette note soit plus positive, mais nous laissent-ils le choix ? Tout ce que le futur contiendra d’abject, ils l’auront mérité mille fois ! Puissent-ils en avoir été les uniques victimes !…

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société

A girl with superpowers : an unbreakable faith, a message of unity and an unbelievable discipline…

John Trudell quote

Due to circumstances, some people grow faster than others, as if some superior power had invested them with the faculty of vision, a vision that is meant to bridge the gaps : between communities, between countries, between the past and the future, all in the name of values going back as far as humanity itself…

I knew that girl, she sat in my classroom, and look at her now”, a lot of Pakistani youngsters must have thought when they stared with stupefaction at Gandhi’s granddaughter, Benazir Butto’s hidden child, as she peacefully conquered international stage after international stage, prestigious award after prestigious award. To my knowledge, the world recognition she garnered has no contemporary equivalent for someone that young.

Without fully realizing it, the bright new ambassador of (quality) education for all has herself embarked upon an educational odyssey kids her age usually follow on screen. Visiting the White House today, the young victim of brutal patriarchal force in her home country even concluded her worldwide plea with master class by – so a few online newspapers are reporting (1) – addressing the very delicate subject of illegal and unwarranted US drone killings in Pakistan, while the State Department contortionist is (coincidentally ?) facing growing protest around this issue in yet another of his backyards.

That girl, soon to be a young woman, has become a symbol. This status forged her newly acquired aura and hopefully granted her a secure future in her country. As for the numerous book and movie contracts that will ensue, they will probably guarantee her economic subsistence for the rest of her life. But such a status can (and most certainly will) also turn out to be a burden for her because it comes with a huge weight, an unimaginable insight such frail shoulders cannot yet carry.

When the praises will progressively start turning into indifference, when the next big thing will be propelled onto the stage, when the crackling of the flashes from the photo ops will end, there will still be a girl. It is that girl who should never be forgotten. It is that girl who revealed the strength of her soul. It is that girl who deserves to be loved as such. It is that girl who accomplished it all…

Time… Time is on your side. Time is of the essence. Don’t rush it. Slowly but surely, understand the play you are now a part of, the impact of your part in it, as well as the interests you are unconsciously serving, and remember you’re only young once. As your childhood is slowly drifting away, realize your battle is (unfortunately) one of decades, if not centuries: Which goals do you expect the next child heroes to reach if you do it all by yourself ? Wouldn’t it be boring ? Seriously, young Force of Nature : enjoy, live, child. You’ll still have plenty of time to become a symbol later on… RESPECT !…

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(1) Read : http://thinkprogress.org/security/2013/10/14/2777441/malala-yousafzai-obama-drones/

Catégories : Lettres ouvertes des plus surréalistes..., Musiques | Étiquettes :

Rien n’échappe au grand œil au milieu du phare : une nouvelle mise en garde d’Edouard…

Nulle industrie cinématographique au monde n’intègre si abondamment et si vraisemblablement la scène et le dessous des cartes politiques qu’Hollywood. La collusion entre les deux milieux est énorme, et elle l’est davantage encore lorsque les intimes interconnexions entre l’Exécutif et les producteurs de ce que les ringards nommaient autrefois la pellicule doivent se comprendre comme un retour sur investissement électoral…

Le Pouvoir souhaite-t-il préparer et acquérir les esprits à une énième invasion d’un pays étranger ? Aussitôt apparaissent à la canonnière sur les écrans les habituels gladiateurs sans peur et sans reproche munis de tout leur attirail de saison. Mais la caverne californienne peut également faire office de subtile boîte à révélations, conditionnée, certes, par une politique réactionnaire et ringarde en matière de copyright (1) qui restreint drastiquement le champ de réception de l’information (c’est-à-dire le nombre de spectateurs potentiels), ainsi que par un enchaînement déchaîné, une accélération inouïe du rythme du turn-over des projections dans les salles obscures, lequel rend extrêmement éphémère la mémoire de tel ou tel film en particulier, et empêche toute consécration durable comparable à celle dont ont pu jouir des classiques tels que The Wizard of Oz, Gone With The Wind ou encore A Streetcar Named Desire, tous inscrits – pour les générations passées, au moins – dans un inconscient collectif indélébile.

Lorsqu’il se fait hybride, le film revêt en quelque sorte un habit de presse, dans la mesure où il met sous le feu des projecteurs des informations secrètes certes connues des journalistes traditionnels (parfois depuis belle lurette), mais tantôt soumises à un embargo par les rédactions elles-mêmes, au nom d’une certaine idée de la protection des institutions démocratiques, tantôt impossibles à publier, faute d’éléments probants pour les étayer. Dans les deux cas, la fiction qui n’en est pas vraiment une endosse alors un rôle éminemment pervers : celui d’informer le public quant à des évolutions de l’agora qui le concernent directement, sans autoriser toutefois la moindre contestation effective, dès lors que les écrans sont réputés colporter du virtuel pur. A titre d’exemple, personne n’imagine que le prédécesseur de Madame Roussef, le Président Lula, aurait pu annuler un dîner d’Etat avec Bill au motif qu’un héros de film d’action l’y eût encouragé…

Lorsqu’en 1998 sortit Enemy Of The State, thriller paranoïaque dans lequel un Will Smith poussé dans ses derniers retranchements par une faction phalangiste de la NSA qui a du sang sur les mains et n’hésite pas à filer le héros au moyen du nec plus ultra des méthodes de surveillance moderne, feu le réalisateur dudit opus avait déclaré que la source qui lui avait prodigué les informations techniques nécessaires à la crédibilité du film lui avait affirmé que les renseignements qu’il lui avait transmis reflétaient en fait l’état de la technique dix ou quinze ans auparavant. En d’autres termes, l’incroyable sophistication des moyens qui y sont mis en œuvre pour traquer un Smith dépositaire malgré lui d’un enregistrement hautement compromettant était déjà d’un autre âge. Or, entre-temps, quinze nouvelles années se sont écoulées, qui ont été le théâtre, à la faveur des secousses secondaires provoquées par l’effondrement des tours, d’une augmentation astronomique des budgets consacrés aux agences de renseignement, la NSA en tête.

C’est à peu près simultanément à la sortie du film – deux ou trois ans auparavant, en fait – que furent prononcés les premiers discours politiques visant à réglementer le web, et le débat sur la liberté des bits n’a cessé de faire rage depuis lors. Or, dans ces conditions, quel utilisateur régulier d’Internet peut-il affirmer aujourd’hui, suite à la série de révélations d’Edward Snowden, qu’au fond de lui, il ne se doutait pas même un peu du fait que ses communications étaient épiées, contrôlées, comparées, par Big Brother, la liste de ses contacts électroniques recoupée et fichée ?

Forts de cette intime conviction, d’aucuns vous diront que l’ancien employé du contractant de défense privé (!) Booz Allen Hamilton n’est rien d’autre qu’un bouc émissaire inutile, qui a crié dans le haut-parleur ce dont chacun, déjà, discutait par messe basse. Ils ont tort, car le jeune analyste a fait d’une pierre trois coups, tout d’abord, bien sûr, en informant le public à une échelle plus large, mais là n’est pas l’essentiel : Snowden a permis à la presse (non asservie) et à d’autres Etats de préparer une riposte solide et élaborée à l’espionnite US, et le rôle de partie tierce assumé par l’intéressé a permis aux services de renseignement de ces Etats de rester dans l’ombre.

Néanmoins, ses révélations n’ont pas effacé le décalage temporel ci-dessus abordé. Subséquemment, les cris d’orfraie largement surfaits poussés ici et là, depuis plusieurs mois à présent, résonnent en réalité dans le lointain, à l’instar d’une sonde spatiale qui renvoie à la Terre les informations précieuses qu’elle à récoltées, ces dernières n’atteignant leurs destinataires que plusieurs années ou décennies plus tard. Le bras de fer engagé aujourd’hui autour de PRISM et consorts est donc soit symbolique, soit d’arrière-garde, soit tout simplement hypocrite : pourquoi les opaques accords de coopération électronique renforcée avec les Etats-Unis (dans le domaine de la lutte contre la criminalité), des accords qui mettent l’accent sur « des mécanismes spécifiques » qui relèvent de « techniques de pointe » (2), s’empileraient-ils, sinon ?

Pour autant, rectifier des abus de pouvoir criants est toujours salutaire, même s’il manque au tableau le sage démiurge qui ferait la part des choses. Les positions des uns et des autres sont clichées, en effet, caricaturales, et principalement de l’ordre du pari : d’un côté, les représentants impériaux, lorsqu’ils ne mentent pas éhontément (Clapper, Alexander) ou ne s’enfoncent pas dans un arrogant mutisme pré-autistique (Obama), brandissent l’argument de l’intérêt supérieur, celui d’éviter tout doublon de la tabula rasa tragique du début du siècle, tant celui-ci pourrait s’accompagner d’une plongée définitive des Etats-Unis dans les abysses. C’est dans cet impératif que le donnant-donnant tacitement consenti (sécurité collective contre restriction des libertés individuelles) trouverait, selon eux, sa légitimité absolue.

De l’autre côté, les pirates de tous les océans électroniques du monde soutiennent bien sûr l’inverse, clamant – un peu hâtivement, peut-être – que même cent complexes à la Bluffdale ne suffiraient pas à rendre le bouclier intérieur suffisamment résistant, voire qu’ils provoqueraient l’effet inverse. Additionnellement, la présence, au sein des diverses agences de renseignement, de taupes, d’agents doubles et de groupes radicaux tels que celui mené par un Jon Voigt tout aussi dénué de scrupules dans le film qu’il n’est remonté contre l’administration US actuelle dans la vie réelle, rendrait illusoire l’impartialité et l’intégrité du système de stockage, indispensables à la réalisation efficace de l’objectif assigné.

Cet affrontement en chiens de faïence fondé sur des techniques dont la genèse conceptuelle remonte quasiment, en langage informatique, à Mathusalem, nous ferait presque oublier les développements les plus récents, qui se déroulent sous nos yeux et portent en eux des présages autrement plus angoissants encore.

Les caméras CCTV, qui surveillent les mouvements de la circulation publique (piétonne et automobile), les caméras planquées plus ou moins discrètement derrière de minuscules vitres teintées dans tous les appareils de distribution de billets, les caméras sur le lieu de travail, dans les magasins, celles disposées (systématiquement, désormais) dans les transports publics, les I-cams intégrées aux ordinateurs portables, et la probabilité que toutes soient accessibles à tout moment aux sbires voyeuristes de l’espionnage professionnel, mais aussi les puces RFID traçables à distance, qui envahissent de plus en plus les cartes d’identification personnelle (la carte d’identité, par exemple) et les objets usuels (GSM, électroménager, etc.) : tout cela s’ajoute à l’objet des révélations de Snowden au rayon de ce que nous savons ou, a minima, suspectons.

Mais il est une évolution qui, plus que toute autre dans ce domaine, mérite une vigilance de tous les instants : Google Glass. En toute transparence, l’entreprise de Moutain View annonçait, en effet, il y a quelques mois, une période de gestation (de neuf mois) durant laquelle cette petite révolution serait testée in concreto par quelque neuf cent volontaires soigneusement sélectionnés : les geeks et autres nerds de tous acabits, qui ne se distinguent pas par leur esprit critique à l’égard des dernières innovations techniques, étaient ravis !…

Pendant ce temps, personne ne semble s’inquiéter des retombées de cette dernière trouvaille en date, à savoir l’accaparation totale de l’espace public par des clones d’espions par milliers, qui tous seraient en mesure de filmer n’importe qui à son insu. Faudra-t-il attendre dix ans de plus et la réalisation d’Enemy of The State – The Sequel, si cet outil si socialement funeste sous sa forme actuelle qu’il n’est luxueusement inutile venait à gagner la rue, pour que les premières craintes y relatives, d’abord refoulées, ne trouvent un écho virtuel, suivi, à quinze années d’intervalle, de la défection providentielle de l’un des cinq millions d’agents de l’industrial surveillance complex (dix, d’ici là ?), dont les révélations donneront lieu à des scandales diplomatiques en série, y compris dans le chef de la toute nouvelle présidente chinoise ?

Il est établi que Google coopère, au même titre que les autres entreprises high-tech, à la collecte forcenée de renseignements privés menée par la NSA. Il est même apparu récemment que ces entreprises se faisaient rémunérer par le gouvernement états-unien en échange de leurs bons et loyaux services. Il est établi aussi, comme l’ont indiqué les fortes présomptions dont faisait état, il y a peu, un haut gradé de la police belge (qui a quitté son poste entre-temps) quant à son propre laptop professionnel, que les caméras intégrées sont des outils d’espionnage qui peuvent être enclenchés à distance, y compris à travers le réseau wi fi. Dès lors, quelles sont les garanties que tout ce qui aura été filmé par les légions de béni-oui-oui qui se seront ruées sur Google Glass comme autant de mouches à merde sur leur plat préféré ne sera pas illico transféré à Bluffdale bis ?

Lors de sa première interview, Edward Snowden déclarait : « je ne puis permettre au gouvernement des Etats-Unis de détruire la vie privée et les libertés fondamentales ». Continuerons-nous longtemps encore, en dépit du fait que nous disposons – au préalable, cette fois – de tous les éléments nécessaires pour prendre position, de noyer le poisson, de refuser de regarder en face un paramètre crucial de l’architecture sociale liberticide qui s’édifie à la vitesse grand v ? Laisserons-nous une fois encore le business restreindre nos libertés ? Mènerons-nous une fois de plus  les pseudo-débats a posteriori ?…

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(1) Est-il rationnel que, dans les conditions évoquées ci-après, des œuvres demeurent si longtemps sous le sceau d’un copyright qui empêche le public de se les approprier, même lorsqu’elles sont d’intérêt… public ?

(2) Lire : http://www.justice.gov/opa/pr/2011/September/11-ag-1212.html

… ainsi que : http://www.dhnet.be/actu/belgique/des-fichiers-belges-vers-les-usa-51b768bfe4b0de6db97bbc88

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Le prépuce : l’indice du malaise ambiant…

Article 3

1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.

Article 12

1. Les Etats parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

2. A cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale.

Article 16

1. Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation.

2. L’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 19

1. Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.

Article 24

3. Les Etats parties prennent toutes les mesures efficaces appropriées en vue d’abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants.

Article 36

Les Etats parties protègent l’enfant contre toutes autres formes d’exploitation préjudiciables à tout aspect de son bien- être.

http://www.humanium.org/fr/convention/texte-integral-convention-internationale-relative-droits-enfant-1989/

Que Ce Soir ou jamais n’est plus que la pâle copie de l’émission qu’elle était naguère est visible au premier coup d’œil : s’y succèdent les débats superficiels où sont légion les redites et les insignifiances, tandis que, de toute évidence, le panel d’invités s’est vu assorti de discrets anathèmes particuliers répondant à la mécanique rôdée de la liste noire établie entre gens de bonne compagnie dans quelque tour d’ivoire dont il est aisé de deviner les contours (1). Comme le précisait, lors du transfert récent de l’émission de la 3 à la 2, celui qui, tel un avatar peyreffitique contemporain, fut préposé directement par le petit président au sommet de l’audiovisuel public français, Ce Soir ou jamais est « une marque ». Or, pourquoi cette marque-là échapperait-elle davantage que les autres à la contrefaçon ?…

Parmi les sujets plus polémiques proposés hier, le prépuce figurait au menu, ce petit bout de chair ingrat à la mystique que le non-sémite (au sens plein et entier du mot) ne soupçonne pas, et dont les lamentations (2) ont fini, contre toute attente, par résonner comme des sirènes dans les cénacles feutrés du Conseil de l’Europe. Courageuse, son Assemblée s’est penchée cette semaine, en effet, sur le sort fait au petit capuchon de plaisir par quelques archaïsmes coutumiers débiles qui n’ont, en l’occurrence, rien à s’envier réciproquement, et a conclu, à une très large majorité, via une vive recommandation adressée à ses Etats membres, à la nécessité « de prendre des mesures législatives et politiques qui contribuent à renforcer la protection des enfants » contre ce qu’elle qualifie noir sur blanc de « violations de l’intégrité physique des enfants », parmi lesquelles la circoncision de (très jeunes) garçons. (3)

Il n’en a pas fallu davantage pour qu’en une chorale indignation de circonstance, une alliance objective propice à émouvoir même le plus chevronné des guerriers, montent au créneau le président de l’Etat d’Israël, le président du Consistoire de France (l’un de ses délégués, en quelque sorte) et le président de l’Observatoire national (français) contre l’islamophobie (4). Haro, tempêtent-ils à l’unisson, contre une immixtion déplacée dans le droit millénaire que nous nous sommes arrogés en matière de mutilation infantile, contre la subordination de nos rites antédiluviens à la Convention de l’ONU relative aux droits de l’Enfant, contre la primauté de l’Humanité sur les religions ! (5)

A en croire le premier de ces indignés, dont l’argumentaire est identique à celui du troisième larron évoqué, énumérer dans une même phrase l’excision, ô combien épouvantable, et la circoncision pour les clouer également au pilori « relève au mieux d’une ignorance profonde, au pire de la diffamation et de la haine religieuse. » Avant que n’éclose, du côté de la Cité de la Paix, la brillante idée d’utiliser, dans les pays réfractaires à l’archaïque vain, les ambassades en qualité d’officines religieuses dans lesquelles se pratiquerait dorénavant, dès le plus jeune âge, le sacrifice rituel du Beau et du plaisir qui l’accompagne, le chef du gang juif français des Raboteurs de Queue, un certain Mergui, était même, pour sa part, allé plus loin que Peres en déclarant que « si la circoncision venait à être interdite, cela signifierait la fin d’une présence religieuse juive en Europe ». Qu’Hitler n’y avait-il pensé ?

Odieuse ironie que celle contenue dans cette dernière remarque ? Certes, mais en aucun cas volontairement blessante, car que penser de pareille instrumentalisation victimaire dans le cadre du sujet ici abordé ? Que penser de religions tétanisées face au progrès des mœurs et de la conscience ? Que penser de l’embarras et du mutisme de l’ensemble des invités d’un plateau de télé autour de ladite problématique, tous, à une notable exception près, s’emberlificotant les pinceaux (circoncis ou intacts) dans une logorrhée tout de conditionnalité prudente et un effacement de la valeur de l’enfance devant la torture rituelle au nom de Dieu. Pathétique spectacle d’impuissance collective française à affranchir tout sujet relatif au judaïsme, jusqu’au plus dérisoire, de l’extermination de masse d’hier, seul et unique élément du tableau à mériter la sacralisation ! Pathétique détournement d’une souffrance intime infligée souverainement à des marmots réduits à l’état d’objets, à travers le leurre, cette fois avéré, de la phobie religieuse, supposée ainsi couvrir même les pires exactions ! Pathétiques exorcistes dont les religions tiendraient à un minuscule bout de chair, celui qui, précisément, ouvre une fenêtre de dialogue entre la maturité individuelle et la plénitude !…

« Nous sommes un groupe de Juifs éduqués et éclairés qui se rendent compte que la pratique barbare, primitive, torturante et mutilante de la circoncision n’a aucune place dans le judaïsme moderne », lit-on sur le site des Jews against circumcision, en guise d’entrée en matière. Mais sans doute ce sombre groupuscule sera-t-il mu par « une ignorance profonde [ou par] la haine religieuse »… Quant au principal ouvrage de référence de tout musulman, n’établit-il pas qu’Allah a « certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite » (7) ? Monsieur Zekri chercherait-il à concurrencer le Suprême pour le titre de « plus sage des juges » ?

Pour l’Inquisition, la circoncision était un indice d’hérésie. Aujourd’hui, elle est indicative d’un malaise social grandissant, y compris dans les nations les plus développées, qui traduit la question fondamentale de notre temps : sommes-nous favorables au changement ou irrémédiablement conditionnés par des rites ancestraux que la Raison rejette ? Recroquevillement ou jouissance : dans notre réponse se jouera bien davantage que l’avenir de la circoncision…

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(1) Qu’on me comprenne bien : je ne plaide pas ici pour une quelconque banalisation de l’extrémisme, mais en faveur d’un renversement paradigmatique dont sortirait vainqueur le chomskysme démocratique, l’un des plus beaux héritages (poli mais intègre) des Lumières passées, que les néons blafards du temps présent n’ont de cesse de mépriser…

(2) Lire Shalom Auslander, La lamentation du prépuce, Belfond, 2008 (traduction)

(3) Source : http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/X2H-Xref-ViewPDF.asp?FileID=20174&lang=fr

Comme il le rappelle sur son site, le Conseil de l’Europe est « la principale organisation de défense des droits de l’homme du continent. Sur ses 47 États membres, 28 sont aussi membres de l’Union européenne. Tous les États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit. »

(4) Source : http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Juifs-et-musulmans-denoncent-une-resolution-du-Conseil-de-l-Europe-sur-la-circoncision-2013-10-06-1034847

(5) Il n’y a – cela a toujours été mon avis – aucune religion plus puissante et plus légitime que l’Humanité.

(6) Source : www.jewsagainstcircumcision.org

(7) Coran, 95:4

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