Le prépuce : l’indice du malaise ambiant…

Article 3

1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale.

Article 12

1. Les Etats parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

2. A cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale.

Article 16

1. Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes illégales à son honneur et à sa réputation.

2. L’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 19

1. Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant contre toute forme de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié.

Article 24

3. Les Etats parties prennent toutes les mesures efficaces appropriées en vue d’abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants.

Article 36

Les Etats parties protègent l’enfant contre toutes autres formes d’exploitation préjudiciables à tout aspect de son bien- être.

http://www.humanium.org/fr/convention/texte-integral-convention-internationale-relative-droits-enfant-1989/

Que Ce Soir ou jamais n’est plus que la pâle copie de l’émission qu’elle était naguère est visible au premier coup d’œil : s’y succèdent les débats superficiels où sont légion les redites et les insignifiances, tandis que, de toute évidence, le panel d’invités s’est vu assorti de discrets anathèmes particuliers répondant à la mécanique rôdée de la liste noire établie entre gens de bonne compagnie dans quelque tour d’ivoire dont il est aisé de deviner les contours (1). Comme le précisait, lors du transfert récent de l’émission de la 3 à la 2, celui qui, tel un avatar peyreffitique contemporain, fut préposé directement par le petit président au sommet de l’audiovisuel public français, Ce Soir ou jamais est « une marque ». Or, pourquoi cette marque-là échapperait-elle davantage que les autres à la contrefaçon ?…

Parmi les sujets plus polémiques proposés hier, le prépuce figurait au menu, ce petit bout de chair ingrat à la mystique que le non-sémite (au sens plein et entier du mot) ne soupçonne pas, et dont les lamentations (2) ont fini, contre toute attente, par résonner comme des sirènes dans les cénacles feutrés du Conseil de l’Europe. Courageuse, son Assemblée s’est penchée cette semaine, en effet, sur le sort fait au petit capuchon de plaisir par quelques archaïsmes coutumiers débiles qui n’ont, en l’occurrence, rien à s’envier réciproquement, et a conclu, à une très large majorité, via une vive recommandation adressée à ses Etats membres, à la nécessité « de prendre des mesures législatives et politiques qui contribuent à renforcer la protection des enfants » contre ce qu’elle qualifie noir sur blanc de « violations de l’intégrité physique des enfants », parmi lesquelles la circoncision de (très jeunes) garçons. (3)

Il n’en a pas fallu davantage pour qu’en une chorale indignation de circonstance, une alliance objective propice à émouvoir même le plus chevronné des guerriers, montent au créneau le président de l’Etat d’Israël, le président du Consistoire de France (l’un de ses délégués, en quelque sorte) et le président de l’Observatoire national (français) contre l’islamophobie (4). Haro, tempêtent-ils à l’unisson, contre une immixtion déplacée dans le droit millénaire que nous nous sommes arrogés en matière de mutilation infantile, contre la subordination de nos rites antédiluviens à la Convention de l’ONU relative aux droits de l’Enfant, contre la primauté de l’Humanité sur les religions ! (5)

A en croire le premier de ces indignés, dont l’argumentaire est identique à celui du troisième larron évoqué, énumérer dans une même phrase l’excision, ô combien épouvantable, et la circoncision pour les clouer également au pilori « relève au mieux d’une ignorance profonde, au pire de la diffamation et de la haine religieuse. » Avant que n’éclose, du côté de la Cité de la Paix, la brillante idée d’utiliser, dans les pays réfractaires à l’archaïque vain, les ambassades en qualité d’officines religieuses dans lesquelles se pratiquerait dorénavant, dès le plus jeune âge, le sacrifice rituel du Beau et du plaisir qui l’accompagne, le chef du gang juif français des Raboteurs de Queue, un certain Mergui, était même, pour sa part, allé plus loin que Peres en déclarant que « si la circoncision venait à être interdite, cela signifierait la fin d’une présence religieuse juive en Europe ». Qu’Hitler n’y avait-il pensé ?

Odieuse ironie que celle contenue dans cette dernière remarque ? Certes, mais en aucun cas volontairement blessante, car que penser de pareille instrumentalisation victimaire dans le cadre du sujet ici abordé ? Que penser de religions tétanisées face au progrès des mœurs et de la conscience ? Que penser de l’embarras et du mutisme de l’ensemble des invités d’un plateau de télé autour de ladite problématique, tous, à une notable exception près, s’emberlificotant les pinceaux (circoncis ou intacts) dans une logorrhée tout de conditionnalité prudente et un effacement de la valeur de l’enfance devant la torture rituelle au nom de Dieu. Pathétique spectacle d’impuissance collective française à affranchir tout sujet relatif au judaïsme, jusqu’au plus dérisoire, de l’extermination de masse d’hier, seul et unique élément du tableau à mériter la sacralisation ! Pathétique détournement d’une souffrance intime infligée souverainement à des marmots réduits à l’état d’objets, à travers le leurre, cette fois avéré, de la phobie religieuse, supposée ainsi couvrir même les pires exactions ! Pathétiques exorcistes dont les religions tiendraient à un minuscule bout de chair, celui qui, précisément, ouvre une fenêtre de dialogue entre la maturité individuelle et la plénitude !…

« Nous sommes un groupe de Juifs éduqués et éclairés qui se rendent compte que la pratique barbare, primitive, torturante et mutilante de la circoncision n’a aucune place dans le judaïsme moderne », lit-on sur le site des Jews against circumcision, en guise d’entrée en matière. Mais sans doute ce sombre groupuscule sera-t-il mu par « une ignorance profonde [ou par] la haine religieuse »… Quant au principal ouvrage de référence de tout musulman, n’établit-il pas qu’Allah a « certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite » (7) ? Monsieur Zekri chercherait-il à concurrencer le Suprême pour le titre de « plus sage des juges » ?

Pour l’Inquisition, la circoncision était un indice d’hérésie. Aujourd’hui, elle est indicative d’un malaise social grandissant, y compris dans les nations les plus développées, qui traduit la question fondamentale de notre temps : sommes-nous favorables au changement ou irrémédiablement conditionnés par des rites ancestraux que la Raison rejette ? Recroquevillement ou jouissance : dans notre réponse se jouera bien davantage que l’avenir de la circoncision…

____________

(1) Qu’on me comprenne bien : je ne plaide pas ici pour une quelconque banalisation de l’extrémisme, mais en faveur d’un renversement paradigmatique dont sortirait vainqueur le chomskysme démocratique, l’un des plus beaux héritages (poli mais intègre) des Lumières passées, que les néons blafards du temps présent n’ont de cesse de mépriser…

(2) Lire Shalom Auslander, La lamentation du prépuce, Belfond, 2008 (traduction)

(3) Source : http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/X2H-Xref-ViewPDF.asp?FileID=20174&lang=fr

Comme il le rappelle sur son site, le Conseil de l’Europe est « la principale organisation de défense des droits de l’homme du continent. Sur ses 47 États membres, 28 sont aussi membres de l’Union européenne. Tous les États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit. »

(4) Source : http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Juifs-et-musulmans-denoncent-une-resolution-du-Conseil-de-l-Europe-sur-la-circoncision-2013-10-06-1034847

(5) Il n’y a – cela a toujours été mon avis – aucune religion plus puissante et plus légitime que l’Humanité.

(6) Source : www.jewsagainstcircumcision.org

(7) Coran, 95:4

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