La fin nécessaire de l’anti-modèle anglo-saxon !

Lorsqu’un enfant est pris la main dans le pot de confiture, il risque peut-être de se voir privé de dessert, mais il est sûr qu’il la jouera profil bas. Il n’a pourtant, ce faisant, violé aucune loi, se contentant d’enfreindre une certaine bienséance, une certaine moralité. Lorsque de gigantesques corporations sont prises la main dans le sac, elles se permettent, au contraire, de donner des leçons…

En parallèle à la mafia bancaire, KPMG, E & Y, PWC et Deloitte, les Big Four de l’audit d’entreprise,  illustrent parfaitement ce renversement éthique. C’est le dernier de ces parasites corporatistes que je m’apprête à éradiquer par le verbe.

En avril 2009, tandis que les membres du Grand Vain, tonitruaient à qui mieux mieux que l’ère des paradis fiscaux touchait à sa fin, le premier ministre du Luxembourg, aujourd’hui en ballotage, face au tir nourri dont son pays faisait, parmi d’autres, principalement européens, l’objet, renvoyait la balle outre-Atlantique : « Delaware, Delaware, est-ce que j’ai une gueule de Delaware ? »… (1)

Le Delaware, cet Etat minuscule des Etats-Unis, n’a jamais vu, en effet, ses politiques de dumping fiscal mises en cause durant ce débat. Il y a échappé au nom d’une conception du fédéralisme selon laquelle le président des Etats-Unis, quand bien même il souhaiterait agir (ce qui reste à démontrer), est, en vertu du principe de subsidiarité, littéralement impuissant face aux législations qui dépendent des Etats. Or, de larges pans de la fiscalité dépendent de telles législations.

Quatre ans après la grand-messe des chefs d’Etat qui ont la plus longue, les mêmes ou presque ont décidé d’automatiser l’échange de données bancaires relatives à des ressortissants ou des entreprises qui possèdent des comptes bancaires ou des avoirs à l’étranger (2). En optant pour ce compromis boiteux, ils ont nolens volens fourni à des entités telles que le Delaware un blanc-seing pour poursuivre leurs activités nuisibles. Gageons, en effet, que ce n’est pas pour rien que « plus de 50 % de toutes les entreprises cotées des Etats-Unis, en ce compris 64 % [des 500 entreprises aux revenus les plus élevés] ont choisi le Delaware comme siège social » (3), la plupart d’entre elles s’y servant de sociétés-écrans (4).

Si l’on inclut aux paradis fiscaux offshore et autres tax havens bien connus ce type de détournement de fonds organisé, toléré, voire promu par certains Etats en leur sein même, ce seraient environ, blanchiment d’argent sale y compris, 20 billions de $ qui échapperaient à l’impôt au niveau mondial ! (Ibid.) Vous avez dit dettes souveraines ?…

Entre autres avantages et privilèges, l’Etat où Deloitte et toutes ses entités ont élu domicile offre à ses résidents corporate la certitude d’un impôt local nul, d’importants aménagements législatifs qui permettent notamment la mainmise d’un petit groupe d’investisseurs sur une entreprise de la taille d’une corporation (3), ainsi que, paraît-il, un système judiciaire largement favorable à la loi du plus fort.

Dans une interview prototypique de la minable et basique anti-culture de la gagne, l’actuel président dudit conglomérat, un certain B. Salzberg, enjoint à ses employés  « d’être conscients des dynamiques à l’œuvre au sein des pouvoirs publics, tout en s’abstenant d’entrer dans le jeu eux-mêmes. Regardez cela de haut », ajoute-t-il, « restez fidèles à vos valeurs et conformez-vous aux plus hauts standards éthiques. » (5)

N’étaient cette hypocrite référence aux valeurs, qui résonne fort outre-Quiévrain, et la mention de l’éthique dans le chef d’une multinationale prédatrice, voilà qui résume parfaitement, en effet, l’opportunisme de la mafia corporatiste : le business, supposé dénué d’idéologie, est au-dessus de tout.

Le CEO de la filiale belge de la boîte, un certain R. Vanpeteghem, l’a bien compris, qui a envoyé au feu ces jours derniers, deux de ses lieutenants afin de pleurnicher sur l’abrogation possible de tout ou partie des intérêts notionnels, ces cadeaux fiscaux faits aux multinationales qui s’implantent en Belgique, n’y paient aucun impôt mais auxquelles le peuple devrait être reconnaissant qu’elles autorisent une partie de la main d’œuvre disponible sur le satané marché de l’emploi à s’y faire exploiter, avant de se faire allègrement renvoyer parce le pays d’à côté propose des conditions encore plus alléchantes…

ARCELOR MITTAL  > Taux d’imposition 2011 : 0 % > RISTOURNE : 474.062.269 €

« Il faut diminuer les dépenses de l’Etat. »

GDF SUEZ > Taux d’imposition 2011 : 0,19 % > RISTOURNE : 251.969.263 €

« Si nous réduisons le montant des allocations de chômage, c’est pour garantir la viabilité de la sécu. »

EXXONMOBIL > Taux d’imposition 2011 : 0 % > RISTOURNE : 1.417.485.847 €

« Nous ne pourrons assurer la subsistance de notre modèle de pensions qu’en augmentant l’âge de la retraite. »

La liste presque complète de ces cadeaux fiscaux aux plus grosses entreprises, qui organisent la faillite de l’Etat, est disponible dans cet article antérieur : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/09/28/stop-a-lassistanat-aux-entreprises-en-belgique/

Lire aussi :

https://yannickbaele.wordpress.com/2013/04/04/offshore-leaks-nouvelle-tempete-dans-un-verre-deau/

« [La Belgique] ne peut pas simplement supprimer tous les régimes de faveur […]. Il se trouve que la réalité européenne répond à une logique de concurrence fiscale », chiale P. Vandendriessche, l’un de ces mercenaires de Deloitte Belgium, dans une très récente interview à un quotidien flamand (6). Et d’avertir, à la manière de la grognasse du MEDEF, qui avait appelé les entreprises à quitter la France au cas où l’impôt augmenterait : si le taux effectif d’imposition des multinationales étrangères dépasse 5 ou 6 %, ces dernières « iront ailleurs, et il nous restera 0 % de revenus ».

Le clown a parlé ! Et peu lui chaut que la confiture dégouline de ses mains ! Et peu lui chaut que presque partout en Europe les sales gosses de son calibre soient en train de nous préparer le grand retour de l’immonde ! N’appartient-il pas, en effet, aux winners de Deloitte de rester au-dessus de la mêlée politique, ou, au moins, d’en donner les apparences ? Libéraux, fascistes, socialos, e tutti quanti : tout est bon à prendre ! Quand le business va, tout va !

Pourtant, « LA CIVILISATION ne fonctionne que si ceux qui jouissent de ses bénéfices sont prêts à payer leur part de ses coûts. C’est pour cette raison que les individus et les entreprises qui éludent l’impôt sont impopulaires lorsque la situation économique est à son mieux; il n’est donc pas surprenant que lorsque les gouvernements et les individus sont à la ramasse pour payer leurs factures, les flèches se dirigent vers les paradis fiscaux et ceux qui en font usage. »

Ce n’est pas moi qui l’écris, mais The Economist  !!! (4)

___________

(1) Source : http://www.lefigaro.fr/impots/2009/04/02/05003-20090402ARTFIG00513-l-etat-du-delaware-le-paradis-fiscal-americain-qui-irrite-le-luxembourg-.php

(2) Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/890346-g8-la-fin-des-paradis-fiscaux-ce-n-est-pas-pour-demain.html

(3) Source : http://www.corp.delaware.gov/aboutagency.shtml

(4) Source : http://www.economist.com/news/leaders/21571873-how-stop-companies-and-people-dodging-tax-delaware-well-grand-cayman-missing-20

(5) Source : http://www.linkedin.com/today/post/article/20130809162901-27058877-does-your-company-culture-resemble-jungle-warfare?id=careers

(6) Lire : http://www.standaard.be/cnt/dmf20131028_00813175

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