Manning, c’est Dreyfus, mais à quoi bon accuser : tous les dreyfusards sont morts !

« […] faire que les enfants soient sages comme de grandes personnes et faire que les grandes personnes demeurent suffisamment puériles pour qu’elles se contentent de bavarder. » (1)

***

Ne leur dites pas. Ils pourraient s’en offusquer. Ne dites surtout pas aux internationalistes renfrognés que le Reich est aussi mouvant que les sables, que la pointe distinctive des casques d’hier s’est faite plurielle, ornant désormais, sur sa circonférence entière, le frêle faîte de la figurine géante issue de la première Commune, qui, réduite à l’état de ces mannequins faméliques dont le beau monde use et abuse, terrorise ainsi la sphère entière, à son corps défendant.

Abstenez-vous de surligner les parallèles courbes entre le capitaine d’il y a un siècle et le trouffion contemporain si vous ne tenez à ce qu’ils exhibent avec ostentation leur chapelet d’incroyants sur fond d’acrimonieux cantiques pour laïques grégaires, déclamés au son de la foudre insondable avec la foi que s’autorisent les incultes. Vous excéderiez leur cahier de charges…

Délestez-vous, au contraire, comme ils vous y enjoignent, de cette postdiluvienne Humanité sur l’autel de la raison du plus fort, celle du simulacre de procès de la victime passée, dépouillée de ses droits, trucidée dans sa singularité, haïe jusque dans les tréfonds parce qu’elle était telle, écœurante de vulgarité impuissante, fuie subconsciemment pour les besoins de la cause. Et vous serez uns !

Que Dreyfus n’a-t-il été prussien ? Cela n’aurait-il simplifié le tableau ? Il eût bel et bien, dans ce cas, communiqué, sous le boisseau, ses si diplomatiques secrets, bientôt publiés dans La Vie française d’Avant, et le compte du Mal, définitivement démasqué, peu de temps après, par de nouvelles révélations saisissantes sur l’étendue de la germaine barbarie, eût été bon. A moins, bien sûr, qu’entre-temps, le Prince, cherchant, avec l’assentiment d’un empereur toujours discret, à parfaire l’union de son Empire, qui n’était encore dans les faits, quelques années auparavant, qu’une confédération, ne mît la main sur l’importun, le livrant au peloton pour – voyons voir –  espionnage, collusion avec l’ennemi, haute trahison.

Dans pareil cas, der Fürst eût assurément promulgué, dans la foulée, les édits nécessaires à son maintien. Sous la forme d’amendements aux articles 74 et 75 de la constitution impériale de 1871, ceux-ci auraient stipulé que quiconque était vaguement soupçonné de porter de quelconque manière assistance à Marianne ou à ses acolytes réels ou présumés, sans que ces derniers n’eussent à être précisément identifiés – un Manneken Pis qui aurait retourné sa veste eût suffi –  se serait vu, sujet à un enfermement militaire secret d’une durée indéfinie (si besoin en Autriche-Hongrie), privé de tout droit à un procès d’apparence équitable.

Conforté, sinon par l’acclamation, en tout cas par l’indifférence complice des cercles de l’élite intellectuelle présumée de la Germanie, tout feu tout flamme dans les cafés de commerce mythiques aux noms d’antiques déesses d’abondance comme sur les plateaux-agoras sertis de mille bougies au chatoiement perçant, et toujours plus accointée avec les puissants qu’avec les misérables, mais aussi par la perfidie intéressée de la distante Britannie, pour laquelle toutes les alliances étaient bonnes aux fins de contrer les Gaulois, le Prince eût alors, en quelques coups de baguette rigide, étendu la mesure à « toute offense commise par parole, écrit, impression, signes, représentation par image ou autrement » contre le Reich, l’un de ses membres, ou contre toute autorité, tout fonctionnaire public de l’Empire infantiphage dans l’exercice de ses fonctions, que cet exercice ressortît à la torture, au crime organisé ou au mensonge d’Etat, préservant ainsi – loué soit l’Architecte ! – l’essentiel des valeurs et vertus que renfermait le parchemin fondateur.

Vénus s’offrant en songes, telle une fée des jours derniers, à son enveloppe d’argile, Dreyfus aurait ainsi croupi dans quelque geôle clandestine, sa bravoure et ses exploits salués par une Frââânce qui, bien qu’apathique et pusillanime lorsque telle attitude lui sied, se fût à jamais sentie redevable en esprit, jusqu’au jour où, gaillards et conquérants, les manants pacifistes, coalisés par-delà les frontières et délestés de leur impérialiste tutelle, fondraient dans les rues tels d’indomptables torrents déchaînés par la Conscience, au cri de « A FEU LES PRISONS DE L’EMPIRE » !…

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(1) Jean-Claude Milner, Existe-t-il une vie intellectuelle en France ?, Ed. Verdier, Paris, 2002

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Documents législatifs connexes :

Constitution de l’Empire allemand de 1871 : http://mjp.univ-perp.fr/constit/de1871.htm

National Defense Authorization Act (NDAA) augmenté de 2012 (lire en particulier la section 1021) :

http://www.lawfareblog.com/wp-content/uploads/2011/12/NDAA-Conference-Report-Detainee-Section.pdf

Explications de texte : http://www.policymic.com/articles/22288/ndaa-2013-allows-indefinite-detention-of-u-s-citizens-by-president

Catégories : Expérimentations diverses non catégorisées, Politique / Société | Tags: , ,

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