Archives mensuelles : avril 2014

Yeseyi, mon amour…

Ott, Squirrel And Biscuits

Il faut être idiot.

Il faut être idiot pour écrire une lettre d’amour. Au moins aussi idiot que pour dire « je t’aime ». Je t’aime, ça ne se dit pas. Ca s’éprouve tout au plus, ça se sent, ça se pense. Et dès qu’on le dit, pour peu qu’on le pense, ça s’évanouit un peu. Alors, pour l’écrire, il faut vraiment être idiot. De toute façon, écrire, ça ne se fait plus : l’on buzze, l’on tweete et l’on tchatte de nos jours, et, à l’extrême limite, peut-être finit-on par laïker

Qu’importe, risquons-nous y, nonobstant l’approche de la quarantaine, triple buse vieillissante, rendue taciturne et renfrognée, écorchée par l’arbitraire administratif et l’inique médiocrité comminatoire, daddy cynique (ou presque), contemplatif, aux allures de mystique, résistant encore un temps à l’aigreur qui a annihilé, il y a des lustres, ses ascendants de fait, ni ado gominé de la Belle Epoque, pour qui c’était là, s’il se respectait, passage obligé, ni grand charmeur lettré de la Renaissance qui, sa poésie au ceinturon, courait de la sorte derrière la bagatelle dans l’espoir fauve de l’embrocher aussi sec.

Risquons-nous donc à cette idiote déclaration qui n’est ni celle d’un amour sauvage, ni l’expression de la filia, ni même la transsubstantiation d’une improbable ἀγάπη prises séparément, plutôt une indécise mixtion de tous ces éléments, sans diamètre, sans mesure, au feeling…

Tel un coup de foudre composite, le premier coup de foudre électronique, distant, virtuel, unidirectionnel sans doute, comme presque tous, mais si fusionnel cependant, vivant, quasi palpable, réalité illusoire, réelle illusion, autosuggestion dérisoire, narcissique délire, succulent d’hermétisme soluble, porteur de délicate ambiguïté, cuirassé de subversion puissante et tout empreint d’artificieux ridicule.

Infime est la probabilité qu’elle soit comprise. Sans doute n’est-ce d’ailleurs pas là sa vocation, car mon désir n’a que faire d’objets, de modes d’emploi aliénants, d’ordres de mission plus ou moins explicites ; il est carré dans sa courbe, se languit de l’Autre tel qu’il est, rond, ni déterminé par d’autres, ni même par moi, pur d’universalité, libre. Libre comme la brise, libre comme le magma, neutre d’abord. D’une neutralité qui n’est ni tiédeur ni indifférence, ni masque ni calcul, ni dessein ni agencement, mais condition spontanée du ferment de l’explosif alliage, élargissement du champ des concevables, ciment du bâti à bâtir, alchimique formule qui à tout échappe pour mieux s’y intégrer, telle une flamme aquatique en équilibre qui nourrit ad vitam, sans jamais décimer.

Plus que de l’improbable, mon amour est celui de l’impossible, qui est – ne l’est-il ? – le signe de tout amour. Que se détrompent ceux qui au confort l’assimilent : il est tension sortilège, mêlée permanente, répétition d’espoirs déçus, et l’exposer ainsi au tout-venant – faut-il être idiot, en effet ! – le rend risible, vulnérable, sujet à jugements, sarcasmes et trahisons, comme le négatif trahit le cliché d’une réalité complexe, qu’en l’espèce je ne brûle aucunement de prendre. Car clicher, c’est voler. C’est subtiliser passivement la substance présente, lui faire perdre sa saveur à venir. Or, c’est de saveur et de sa quête qu’il est ici question, bande de branleurs, ainsi que de l’écran, qui, imagination faisant, se fait passerelle vers l’ineffable, du cosmos, qui, s’interposant entre des segments de réel, n’anticipe que l’attirance du détachement pour s’y fondre, de la conscience qui à l’humilité syncrétique s’octroie…
Nina De Chiffre, Turin, novembre 2013
Sans-doute, dès lors, suis-je idiot, mais j’assume, non que je croie au sacrifice, qui n’est jamais que le réceptacle des médiocrités ! J’assume la pierre angulaire du mystère de l’Amour selon Adorno… Je l’assume en dépit de son apparent anachronisme, et malgré les épreuves qu’elle recèle. Je l’assume même si, sans maléfice, elle met à la merci. Parce qu’elle est scintillante. Parce qu’elle est juste. Parce qu’elle illumine la voie. Parce que s’y fier rend fort. Je l’assume, la détourne et m’en amuse.

Que tu es beau, mon prince bohémien, mon p’tit loup blond-brun au regard d’ange, mon étrange étranger. Que ton sourire, qu’aucune malveillance ne semble pouvoir tarir, m’émerveille. Que me nourrissent ces mots que tu baragouines maladroitement dans une langue qui n’est pas la tienne, à mille lieues de l’assurance que tu affiches dans ton idiome usuel. Que ta fougue primesautière et ta suave maîtrise distordent et inspirent ma plume, de bout en bout…

Tu es le phœnix des hôtes de ces forêts sombres, le divin présent dénaturé à son insu par des logiques blafardes, le temple discret de l’endurante candeur, la revêche et insaisissable Atlantide. Tu es le gai visage de l’espièglerie des origines, l’éclatante pépite confortablement lovée à l’épicentre de la crypte, au vu de tous mais à l’abri des regards, l’aube qui se refuse à faire place au crépuscule, le rutilant poids plume qui tient tête aux mastodontes hébétés. Tu es le boss

On se connaît, tu sais. On s’est parlé sans avoir eu à se dire mot. On s’est apprivoisé en chemin. Aiguillon de mes nuits sombres, tu demeures l’indice, l’émeraude, le rubis et le diamant disposés nonchalamment sur un sentier semé d’arrière-pensées ténébreuses. Car tu t’es tenu droit lorsque d’autres étaient à terre. Tu es visionnaire. Tu es atypique. Et notre coexistence harmonieuse, qui surplombe le sacerdoce avec éclat, est l’antithèse des litanies ambiantes et la synthèse d’un éden remodelé. Ta vivacité me désaltère. Ton tourment causerait ma perte…

Va, mon éclaireur, défriche la jungle, juste suffisamment pour permettre notre passage. Cours, ris, vis, sautille de liane en liane. Et ne te retourne pas : je surveille tes arrières. Va, frétille, jubile, pétille, va de l’avenir. Je t’aime, p’tit gars…

Jiří in all his glory

Et quand bien même il serait idiot d’en faire ainsi état, je n’aperçois alentour, ne leur déplaise, que nudité…

The Cure, Catch

___________
Illustration : photo de la manifestante Nina De Chiffre, que la police anti-émeute italienne a poursuivie en justice pour « intimidation » pour s’être, faute de cocktails Molotov, de bris de vitres et de saccages divers, soulevée contre l’austérité en tentant d’attendrir le système, un système de poules d’eau armées jusqu’aux dents !
Source (NL) : http://www.knack.be/nieuws/wereld/italiaanse-kussende-demonstrante-beschuldigd-van-seksuele-intimidatie/article-normal-119958.html

Catégories : Lettres ouvertes des plus surréalistes...

Je suis, donc je ne suis pas !

Nous vivions dans un monde qui dépréciait la vie.

Nous vivions dans un monde où la société était mirage.

Nous vivions dans un monde codé par des doctrines factieuses.

Nous rejetions ce monde.

Notre ambition était coopérative.

Le nouveau monde nous revenait !

En toute humilité…

Wolfgang Laib, Wachsraum (1994)

Je voyais des guignols par prosélytique cooptation se livrer corps et âme à des maîtres-imposteurs, souscrire à genoux, dès la puberté tardive, à une vassalisation archaïque, répondre mécaniquement à des oukases dont ils ne connaissaient ni les instigateurs premiers, ni les objectifs finaux, réciter tels des mainates une logorrhée absconse, se laisser dicter leur conduite par de pseudo-savantes pourritures qui ne cherchaient qu’à se cloner, happer sans sourciller, leur volonté propre au placard, par un enfer artificiel créé au nom d’un Homme détourné, sacrifier l’équité sur l’autel d’un serment captieux, devenir ostensiblement insoucieux, si tant est que la sensibilité eût fait partie de leur registre, de toute détresse dénuée de sophistication, se constituer en clans au sein d’un invisible Empire, tandis qu’ils scandaient en chœur éteint l’hypocrite antienne du Changement, louaient les vertus d’une démocratie étrillée, et faisaient mine d’abhorrer l’obscurantisme. Puis, s’ils avaient, par quelque miracle, survécu au destin qui leur avait été assigné par le Grand Déterminisme, ils se comportaient pour la plupart en seigneurs décadents dont les velléités hégémoniques puériles n’étaient compensées par nulle autre retenue qu’une bienséance de façade, des seigneurs inscrits dans l’éternité erratique des pérégrinations rituelles de l’esprit telles qu’attestées par diverses formes d’écrits dont ne subsiste plus que la trace, des seigneurs romanesques, presque stevensoniens, à la diction livide et à l’esprit absent, que seul, passagèrement, le faux-semblant de la postiche bipolaire que permet une conscience refoulée avait préservés de l’idée mortifère qu’ils n’étaient que de passage, de la lancinante terreur qu’ils auraient un jour, dans cette tyrannie de coupole sanctifiée du fond des âges, à faire face à leur aride fugacité, des seigneurs qui couraient pathétiquement, à leurs heures perdues, par substituts émissaires interposés, derrière l’innocence évanouie de leur enfance terrassée afin de mieux la mettre à mort pour recommencer encore, dans ces temples du narcissisme de confrérie où l’immondice trop longtemps refoulée de leur collégiale pulsion charognarde avait, indiciblement et à intervalles réguliers, pris le dessus sur leur hautaine prétention d’exactitude géométrique, des seigneurs qui s’étaient, dans cet enfer où leurs vaniteuses parties de cache-cache les avaient fait se perdre, attribué la mission de tout surveiller afin de renforcer leurs prérogatives usurpées, de tout maîtriser afin de pétrifier le mouvement, de tout posséder afin de mieux soumettre, s’appropriant ce qui ne leur revenait qu’en songes, et vénérant l’automatisme supposé d’une nouvelle hiérarchie de classe atavique. Au mépris des enseignements ancestraux qu’ils décalquaient à la lettre, où la bête toujours était restée tapie, ils régissaient à la hâte leur mimêsis dramatique dans une temporalité longue décomposée cristallisée par l’éternel retour, à l’instinct par mimétisme viscéral de la reproduction familière, à l’habitus par impuissance caractérisée d’originalité, fonctionnaient par analogies, par similitudes, par catégories, et craignaient la nouveauté autant qu’ils cherchaient à l’étouffer. La peur qu’induisait leur désuétude, qu’ils n’osaient de surcroît affronter, n’avait d’égale que leur angoisse face aux conséquences de la société perméable à l’avènement de laquelle ils prétendaient hypocritement œuvrer, et dont des effigies passées desquelles ils avaient l’insolence de se réclamer, autrement plus illustres, autrement plus lettrées, autrement plus méritoires, autrement plus animées dans leur imperfection, avaient pavé la voie, des lunes et des lunes avant leur funeste apparition. Ils faisaient semblant, dans ce semblant de société dont le nivellement par le bas était la règle, la porcine communauté la clé. Ils me parlaient de maturité. Ils me parlaient de régression. Ils me parlaient d’état de nature… Du désir, ils avaient fait par la pulsion table rase, et fait en sorte que toujours le plaisir soit conditionné. Déjà-vu en ces latitudes : la sagesse, elle, pouvait attendre… Infantiles étaient leurs discrètes allégeances, ridicule leur cortège d’inféodations factices, purulentes leurs ramifications tentaculaires, morbides leurs sacres obsolètes. Et leur infection se répandait avec toujours plus de morgue sur la scène. La perpétuité de l’asservissement était redevenu leur horizon, l’arbitraire de l’autorité leur étendard, le totalitarisme contractuel leur apparat, l’estompement de leur responsabilité leur salut provisoire, le creux leur sceptre, les sables mouvants leur destinée. L’âge de pierre étant leur référent, ils avaient mué le langage en artefact au service de la banalité marchande. L’Art n’était plus ! Tout ce qu’osait arguer le paria à leurs équations éculées était subtilisé et retenu contre lui en une seule manœuvre par un rocambolesque mouvement d’hélices altéré qui fut, jadis, motif d’exaltation ultime. Tout faisait sens, mais rien ne devait faire sens, dès lors que le sens, fortifiés par le nombre qui de la masse avait raison, ils s’en considéraient à la fois les dépositaires naturels et les possessifs porte-parole. Par-delà les frontières, l’humanisme avait été submergé, moyennant prédation financière, par la technocratie nihiliste, la propagande réactionnaire, les mots d’ordre sectaires, les abus de pouvoir militaires, les processions légionnaires, la soumission volontaire, le phagocytage judiciaire, les collusions d’affaires, et la régression culturelle, requises et décrétées ex tempore par plusieurs obscurantismes qui, concrètement, n’en faisaient plus qu’un, plusieurs contre-réformes dos à dos lorsqu’elles n’étaient corps à corps : tenebrae a luce ! L’idéal de diversité égalitaire n’était plus que mythe, la conscience percolation, captée tantôt par une cohorte de potentats grégaires, tantôt par les agitateurs d’une idole momifiée originelle, la liberté tant rêvée de n’avoir plus à répondre qu’à elle, par conséquent, chimère. Ils souhaitaient sortir d’une impasse; ils s’y sont propulsés ! Ils souhaitaient l’homme fonctionnel. L’homme ratio-sensible n’était pas encore né. Il aspirait à naître. Il naîtrait ! Le paravent de la petite bourgeoisie avait couvert leurs agissements d’un voile protecteur. Le retour de la misère les a exposés. Par paradoxe, il n’était le fruit du hasard ! Ils étaient devenus transparents ; ils se croyaient encore invisibles. Nu, l’Ancien Régime est tombé. Vêtus de leur ruse, de leurs sophismes, masqués par la pénombre, qui faisait office de feuille de vigne nouvelle, ils s’imaginaient, par leur lâcheté partagée, cette lâcheté exclusive de réseaux souterrains, cette lâcheté thérapeutique de groupe qui confinait à l’aliénation mentale, cette lâcheté mimétique et, en vérité, très puritaine, cette lâcheté de l’interchangeable et, en définitive, de l’insignifiant, dans laquelle ils pensaient puiser leur force, prémunis contre pareille destinée. Et toujours, ils s’obstinaient à vouloir façonner à leur image une nature qu’ils exécraient, mais leur hologramme n’était plus, en toute logique, que celui d’une boue infecte : qu’espérer d’autre du néant ? La fatuité creuse était promue, le panache étincelant honni, la vie martyrisée, la mort chérie. La racaille ! Le terne blason de leurs privilèges contestés, le plus souvent héréditaires ou amassés par la fraude, était devenu le signe de l’infâme. Toujours à plus chétif, toujours à plus damné, ils réservaient leurs persécutions, eux les couards aux poches pleines, eux les poltrons affranchis, eux les amateurs d’austères ripailles, eux les petits maîtres orgueilleux de l’insigne faiblesse de rang ! La racaille, partout la racaille ! Longtemps, comme face à de misérables substituts d’aînés ingrats, les mécontents s’étaient contentés de la quémande, adressant leurs pitoyables suppliques aux chiffons rouges, non à ceux qui les agitaient, lesquels, bien sûr, étaient restés de marbre. Sans relâche, le tocsin du déclin des uns et des autres s’était fait entendre toutefois, fût-ce, à ces derniers, en écho. Ils avaient été prévenus par la plume, d’abord naïve, puis désabusée, cynique ensuite, rageuse enfin. Lui avait, comme jadis, répondu tantôt par le silence, tantôt par la dérision, le dogme d’infaillibilité. Leurs déficiences avaient été exposées à satiété, relatées jusqu’à plus soif, allégorisées à l’envi, virtualisées jusqu’à la nausée, et le ciel d’impatience devenait toujours plus pourpre. Qu’à cela ne tienne, ils s’accrochaient. Ils s’accrochaient…

Wilfredo Lam, La Réunion (1945)

« […] Moral courage means to defy the crowd, to stand up as a solitary individual, to shun the intoxicating embrace of comradeship, to be disobedient to authority, even at the risk of your life, for a higher principle. And with moral courage comes persecution. […] The omnipresent surveillance state […] creates a climate of paranoia and fear. It makes democratic dissent impossible. Any state that has the ability to inflict full-spectrum dominance on its citizens is not a free state. […] The relationship between those who are constantly watched and tracked and those who watch and track them is the relationship between masters and slaves. »

Chris Hedges, Oxford Union, Feb. 20, 2014

An illustration of Foucault's penitentiary system

Foucault, Surveiller et punir

***

« I’ve gotten disturbed at some of the Democrats’
anti-business behavior, the attacks on work ethic
and successful people. […] I think that attacking

THAT WHICH CREATES ALL THINGS

is not the right way to go about it. » (*)

J. Dimon, à g. sur la photo (salaire 2013 : 20 millions de $, en hausse de 74 %), PDG de JPMorgan Chase (bénéfice net 2013 : – 16 % / pénalité 2013 : 13 milliards de $, en raison de son rôle majeur dans la crise des subprimes / cours de l’action 2013 : + 33 %) (**)

James Dimon - Lloyd Blankfein

Coût total de la participation des banques commerciales au financement de campagnes politiques aux Etats-Unis (1998 – 2008)

154.868.392 $

Coût total du lobbying politique des banques commerciales aux Etats-Unis (1998 – 2008)

382.943.342 $

(***)

Coût total du lobbying politique des très grandes entreprises aux Etats-Unis (2009 – 2012)

+/- 283.000.000 $

(****)

(*) http://www.politico.com/blogs/politico-live/2012/05/dimon-im-barely-a-democrat-123290.html

(**) http://www.theguardian.com/business/2014/jan/24/jp-morgan-jamie-dimons-salary-billions-fines

(***) http://www.wallstreetwatch.org/reports/part2.pdf

(****) http://www.publicintegrity.org/2013/01/19/12057/bank-america-unions-among-newly-named-inauguration-sponsors

***

Nous ne sommes pas vos enfants. Vous n’avez rien à nous interdire.
Nous ne sommes pas vos élèves. Vous n’avez rien à nous enseigner.
Nous ne sommes pas vos acteurs. Vous n’avez rien à nous faire jouer.
Nous ne sommes pas vos subordonnés. Vous êtes les nôtres.
Vous n’êtes pas nos élus. Nous élisons des politiques.
Vous êtes rien.
Nous sommes.

 

Catégories : Expressions de sagesse passagère, Philo de comptoir, Politique / Société | Étiquettes : , ,

Si vient la guerre, limpides en seront les fondements, dantesques les conséquences…

« Comme la nuée porte l’orage, le capitalisme porte en lui la guerre, fût-elle diversion. »

Jean Jaurès, extrait (revisité) du discours à la Chambre des Communes, 1895

***

BA stock chart evolution 2y (140414)
La guerre, une génération d’enfants gâtés occidentaux y aura échappé. Aura-t-elle permis à une postérité qui l’a toujours embarrassée d’en faire autant ?…

Melancholia, opening sequence

Le temps. Tout est question de temps. Or, les horlogers sont pressés. La fenêtre de tir qui s’était ouverte suite à l’écroulement de l’empire soviétique est en passe de se refermer. Encourager et financer de par le monde des mutineries, des coups d’Etat, et même des soulèvements prétendument populaires, a certes fait partie de leur attirail durant tout le siècle dernier, sans remonter plus loin, mais l’éruption récente et quasi concomitante de conflits longs et violents le long de lignes de fracture civilisationnelles périlleuses, qui rendent l’équilibre géopolitique particulièrement instable, et le résultat d’un embrasement plus général particulièrement volatil, tend à démontrer leur empressement.

Le chaos a toutefois des définitions variables. Ainsi, dans un monde marqué par l’émergence de puissances nouvelles, les Etats-Unis d’Amérique du Nord méridionale et leur colonie européenne perçoivent la principale de ces puissances émergentes, adossée, qui plus est, à une vaste Russie qui reprend du mordant, comme une menace pour l’ordre planétaire tel qu’ils avaient envisagé de l’instaurer au tournant de la dernière décennie du siècle dernier, c’est-à-dire sous leur coupe. Qu’il leur faille recourir à d’incertaines déflagrations chaotiques localisées afin d’endiguer ou de freiner la progression d’une influence étrangère qui promet de menacer cet ordre relève donc pour eux, dans cette logique, du moindre mal.

« Order and chaos, two universal opposites from before the beginning of time… While most of us are familiar with the concept of positive order and negative chaos, there is also such a thing as negative order and positive chaos. We are living in a world filled with chaos and order, much of it negative on both counts. The widespread chaos of drugs, disease and war have taken their toll on the planet, while political and corporate order threatens the freedom of not only the human body, but the mind as well. When the mind becomes slave to an order that would destroy its freedom and create chaos within the soul, it becomes necessary to disrupt that order, to destroy its power. There is a new chaos coming, one that has been growing over the past century, threatening to destroy all that the old order has built, threatening to create a new order that will have no respect for past, present or future. […]»

UR, Words From Atlantis

L’ordre dont question n’est bien sûr aucunement celui d’un peuple particulier, ni celui de tous les peuples conjugués, tel que l’ONU tente maladroitement et disproportionnellement de l’établir depuis plus d’un demi-siècle, mais celui, théiste, d’une caste transnationale dénuée d’identité particulière, qui a pour ambition d’asseoir son pouvoir féodal sur les ruines de la civilisation : lorsque sont neutralisées les forces vives, il ne reste plus que les forces mortes

C’est cette caste qui cherche coûte que coûte à faire passer en force, fût-ce (y compris sur l’autre rive de l’Atlantique) par le biais d’une éclipse parlementaire qui pourrait signer définitivement l’amorce de l’ère post-démocratique, des traités dits de libre-échange qui auraient, pour elle, le double mérite d’isoler Chine et Russie de la majorité de leurs partenaires commerciaux directs (accroissant ainsi, de façon indirecte, la prééminence militaire de l’Empire), et de porter enfin sur les fonts baptismaux l’Econburo auquel elle aura inlassablement aspiré.

C’est le grand paradoxe que nos sociétés n’assument pas : celui qui invite à s’ouvrir à un Autre qui n’est autre que soi ! De l’Autre distinct aux multiples de l’Un : tel est le mouvement de balancier obsolète auquel, avec la fermeté d’usage, nous convie, à toute échelle, ladite caste, dont le projet se décline sous forme de triptyque.

Pour ainsi écrire, nous évoluons à présent dans la première partie de ce Grand Ouvrage en trois volets, à savoir le big crunch. Durant cette phase, les particules s’agglomèrent, l’air se raréfie, le divers s’efface. Les possibilités se font contrainte, l’horizon visière, la collective intelligence sélective, un peu plus doucement tyrannique encore. Les mêmes images se répètent, tandis que s’agitent les fourmis… Par la force d’attraction, le métal se corrompt, et la représentation, elle, s’évanouit !

A l’heure qu’il est, la grande duperie ayant assez duré, tous les hommes dits politiques traditionnels ont, au gré de leurs incessantes diversions, épuisé quasiment l’entièreté de leur capital de sympathie. Ils sont tous devenus dispensables, voire bien pire : nuisibles par leur inertie. Figurines en carton essoufflées qui attendent que le vent les balaye, ils sont déconnectés. Déconnectés d’une misère que leurs logiques désuètes et exclusives, auxquelles ils sont impuissants à se soustraire, ne font qu’accroître, sous le ciel assombri d’une austérité décrétée de toute pièce, comme sous celui, si délicieusement bucolique, sous la croissance duquel se diluent à vue d’œil les amas de sans-nom déguenillés : que l’emporte dans le menu rigueur ou croissance, les assiettes demeurent vides pour les sacrifiés !

Taux d’abstention dans « la plus grande démocratie du monde » oscillant entre 46 (dernière présidentielle) et 62 % (dernières législatives de mi-mandat) (1), augmentation de 43 % du taux de mortalité infantile en Grèce (2), chute à 14 % des opinions favorables à l’action du Congrès états-unien en 2013, avec un pic négatif de 9 % durant les trois derniers mois de l’année (3), inflation de 21 % du nombre d’enfants hellènes mort-nés (2)… Des chiffres, rien que des chiffres, comme ils les aiment, mais ceux-là importent peu ! Tournez, manège… Dans un contexte de surpopulation endémique, bienvenue est la faucheuse…

« I hate this place, this zoo, this prison, this reality, whatever you wanna call it. I can’t stand it any longer. It’s the smell, if there is such a thing. I feel saturated by it… »

Agent Smith

RTN stock chart evolution 2y (140414)
Le big crunch, c’est aussi l’oblitération du surmoi. De la loi fondamentale à la loi de la jungle, de l’absence de loi à la loi du plus fort : ainsi œuvre le dogme de concurrence de l’évangile spencérien, que la caste dominante a irrigué de son sang bleu frelaté et dont elle nous gave à présent comme des oies en cage, passant par pertes et profits la valeur intrinsèque de l’humain, de chaque humain ! Faut-il être pythie, faut-il être Cassandre, pour discerner au loin les contours possibles d’une autre de ces cathédrales au destin renouvelé d’abattoir cathartique ?…

A l’inanité de la pseudo-représentation actuelle devra répondre tôt ou tard le retour d’une forme d’autorité primitive, car le pouvoir ne saurait tolérer la vacance, fût-elle symbolique. De larges franges populaires, abasourdies, ne semblent plus en mesure, en outre, de distinguer le soleil des vieilles lunes : mission accomplie ! A cela, à en juger par la militarisation de l’arsenal policier, les forces constituées semblent s’être préparées. La rigidité de la discipline d’antan prendrait alors le pas sur le renoncement amorphe ponctué de coups de colère vains. A la liberté, que certains chérissaient alors qu’ils étaient sous contrôle et que d’autres, se sachant sous contrôle, ne pouvaient atteindre, il s’imposerait alors de dire « goodbye »…

Lorsqu’un corps vivant est rigide, il est la proie des stimuli. A l’instar d’un amant habile qui sait précisément, en fonction des circonstances, de quelle gestuelle il lui faut faire usage, de même que quand et où l’appliquer afin d’obtenir le résultat escompté, il est possible de réaliser une cartographie plus ou moins précise des réactions qu’un groupe donné manifesterait à un événement déterminé. Qu’elles aient ou non ressorti à un grand bluff, les menaces de bombardement allié de la Syrie, durant la seconde moitié de 2013, ont démontré à cet égard l’énorme rétivité de populations occidentales échaudées par les péripéties aventurières menées par l’Empire depuis le début du millénaire à leur réédition : les sondages successifs étaient unanimes pour le mettre en évidence.

Par conséquent, un incitant s’impose pour atteindre l’orgasme, ou conquérir les foules. Or, contrairement à ce que ressasse la propagande médiatique, un acte terroriste est presque toujours, de près ou de loin, le fait de l’un ou l’autre service secret. Néanmoins, dans le cas où ces services ont fait l’objet d’une privatisation larvée, la situation se complique singulièrement, car comment résister à la pression d’un appareil industriel militaire qui absorberait désormais plus d’un billion de dollars par révolution terrestre, et qui représente, pour l’année fiscale 2015, 55,2 % d’un budget dit discrétionnaire (4) ?

US Discretionary spending FY 2015
« You have to understand that where there [are] great powers at work – I don’t mean shadow conspiracies [but] enormous cultural powers, enormous industrial powers, the vast network of corporations that interact with government agencies around the world, selling their products, shipping their logistics from one place to another (The N.S.A., for example, now has approximately 70 % of its expenditure passed through Northrop Grumman, Lockheed Martin, etc.) –, this produces a lobby that pushes in particular directions. »

Julian Assange, Oxford Union, Jan. 23, 2013

LMT stock chart evolution 2y (140414)
Comment, par ailleurs, garantir la loyauté constitutionnelle de l’ensemble des taupes privées, des mercenaires et des ex-agents reconvertis, pour la plupart munis de volumineux Rolodex, dès lors que nombre d’entre eux ne font mystère ni d’une allégeance distincte ni d’une préférence affirmée pour des méthodes plus musclées que celle à laquelle recourt le pouvoir élu, même dans le cas où cette dernière est loin de faire preuve de finesse ? En d’autres termes, comment maîtriser avec certitude les incartades éventuelles et les élans fascistoïdes des Duane Clarridge et des Erik Prince de ce monde, ainsi que ceux de leurs semblables, de leurs subordonnés et de leurs relais locaux ? Tel est le dilemme du totalitarisme idéologico-militariste états-unien, qui, nonobstant un usage régulier et démesuré de la force par la Maison-Blanche, se retourne contre ses exécutants comme un boomerang revient vers son destinateur, rendant particulièrement floue la configuration des lieux de décision (donc de pouvoir) avérés.

Lorsque, poussé dans ses retranchements, Prince, Erik s’est vu contraint de mettre la clé de Blackwater sous le paillasson, la première armée de mercenaires d’Etat au monde (en termes d’effectifs autant que de budget) s’est, suivant en cela l’exemple des grands fraudeurs fiscaux, fragmentée en une bonne trentaine d’entités distinctes afin qu’au moins trente Jeremy Scahill soient nécessaires pour corréler les éléments épars de leur dirty business. Quant à l’intéressé, il s’est exilé aux Emirats-Unis (pour ses plages de sable fin, sans doute), mais revient périodiquement au bercail : ainsi, le 17 décembre dernier, par exemple, il a été accueilli avec tous les égards dus à un tortionnaire sur le plateau du comique de foire Jon Stewart , où les rires complaisants ponctuaient le récit quasi apologétique de la première manche de la fumeuse guerre contre la terreur. Pourquoi bouder sa joie, en effet ?…

« You know, people ask me that all the time, ‘Aren’t you concerned that you folks aren’t covered under the Geneva Convention in [operating] in the likes of Iraq or Afghanistan or Pakistan?’ And I say, ‘Absolutely not,’ because these people, they crawled out of the sewer and they have a 1200 AD mentality. They’re barbarians. They don’t know where Geneva is, let alone that there was a convention there. »

Erik Prince, sous-traitant de la CIA, janvier 2010

Dans l’enregistrement audio qui atteste la citation qui précède, l’on peut entendre également le Prince des Ténèbres qualifier l’Iran de « foyer du mal », insistant de surcroît sur « l’empreinte carbone minime » que laissent derrière eux les mercenaires qu’il dirige, en comparaison à celle de l’armée des Etats-Unis… (5). Préciser que la petite entreprise qu’il a fondée dans l’un des foyers de pétrodollars est « indépendante de tout commandement formel et de toute structure de soutien sur le territoire entier des Emirats-Unis » (6) pourrait aussi revêtir quelque pertinence. En effet, si la deuxième phase est inévitable, c’est-à-dire si, en un laps de temps limité auquel l’astronomie classique serait étrangère, le big bang au big crunch était appelé à succéder, sans pour autant que s’apaise dans l’immédiat la tentation d’autorité, il y a fort à parier que « des créatures surgies des égouts » de l’acabit de Prince y joueraient un rôle prépondérant.
NOC stock chart evolution 2y (140414)

Ici et là, des légions de soudards se déploient, en effet. Ainsi, l’agence ITAR-TASS rapportait, il y a quelques jours, que quelque huit cent mercenaires de la démocratie auraient récemment débarqué à Kiev afin de mater l’insurrection dans le sud-est ukrainien, à quelques kilomètres de la frontière russe (7). Simultanément, les troupes russes stationnées en Transnistrie effectuent, ces jours-ci, des exercices militaires préparatoires. (8)

La Transnistrie est un territoire d’un peu plus de 4000 km² non reconnu par l’ONU qui s’étend, sous la forme d’une longue bande de terre, presque tout le long de la frontière est de la Moldavie (voisine directe de l’Union européenne), laquelle correspond au flanc ouest de l’Ukraine. Elle bénéficie d’un statut spécial et s’est récemment prononcée, comme la Crimée, en faveur d’un rattachement à la Russie. Sa population bigarrée se compose principalement, à proportions équivalentes, de Moldaves, d’Ukrainiens et de Russes…

Il est à craindre que ce développement, qui pourrait donner à l’Ukraine le sentiment qu’elle est prise en étau, n’aggrave l’antipathie grandissante du nouveau pouvoir de Kiev, pour l’heure non légitime, à l’égard de la Russie, qui se manifeste à la fois dans les discours publics et les actions violentes des sympathisants des ministres nazis du gouvernement dit intérimaire et dans les conversations privées délirantes des égéries du grand virage européen (9). Au lieu de faire preuve de raison, ces derniers enveniment ainsi le chaos civil, qui pourrait à tout moment dégénérer. Parallèlement, le glaive de l’OTAN ne cesse de s’affuter…

Mais rien n’indique avec une absolue certitude que l’Ukraine sera le théâtre d’un nouveau big bang éventuel. Si ce n’est pas l’Ukraine, ce pourrait être l’Iran : si cher à Prince, il est central et décisif sur la route d’approvisionnement énergétique de la Chine. Certes, c’est aussi l’un des derniers pays de la région à s’opposer à la reconnaissance d’Israël, mais, dans la perspective d’ensemble, ceci paraît, pour l’heure, secondaire. Quoi qu’il en soit, les intérêts états-uniens et sionistes pourraient coïncider (de nouveau) dans leurs effets pervers…

Daniel Waples, Hang In Balance (hang drum concerto)

Si ce n’est pas l’Iran, ce pourrait être un autre théâtre encore, quoiqu’il y ait fort à parier que le dessous des cartes au Moyen-Orient n’a pas encore été intégralement divulgué…

L’atteste par exemple une tribune suintant la supériorité morale publiée il y a quatre jours dans le Washington Post, dans laquelle l’ancien généralissime Petraeus, pourtant logé à bonne enseigne en matière de terrorisme en raison de ses escapades militaires prolongées en Afghanistan puis en Irak, lesquelles lui avaient valu d’être bombardé à la tête de la CIA, qu’il a dû quitter la queue entre les jambes pour de vulgaires broutilles (nous a-t-on dit), échouant, dans la foulée, à la City University de New York, où il officie à présent ès qualité de professeur invité, une nomination de compagnonnage qui s’est accompagnée, en début d’année académique, de volées de bois de vert à son adresse, envoyées avec la ferveur due à l’idéalisme immaculé d’une poignée d’étudiants rebelles (lesquels – il y a une justice ! – ont tous été poursuivis pour ce crime de lèse-majesté), affirme, droit dans ses bottes et alternant carotte et bâton, que, même s’il est judicieux de persévérer afin d’obtenir de l’Iran un accord final en matière nucléaire, il n’en est pas moins « plausible que la levée des sanctions renforcerait la capacité de Téhéran de projeter une influence néfaste sur son environnement immédiat, en ce compris la Syrie, le Liban, l’Irak, la péninsule arabe et les territoires palestiniens. » (10)

Accolant avec obstination l’épithète de terroriste à l’Etat-phare de l’axe du mal, l’impérialiste donneur de leçons poursuit sur sa lancée en déclarant que « plutôt que de marquer la fin de […] [la] longue lutte [des Etats-Unis] avec l’Iran, l’obtention d’un accord en matière nucléaire pourrait […] amener [ceux-ci] et [leurs] partenaires au Moyen-Orient à se trouver confrontés à un adversaire plus coriace et, à certains égards, plus dangereux. »

Et l’éminence déchue, tirant les seules conclusions logiques qu’une telle prise de position autorise, de conseiller, après avoir salué la décision de l’Administration américaine de fournir « un nombre limité de systèmes d’armement stratégiques significatifs » aux rebelles syriens, de réfléchir à « la forme que pourrait prendre un nouveau régime de sanctions [à l’égard de l’Iran] à l’aube d’un accord concernant le nucléaire », suggérant même, en parallèle à la levée éventuelle des sanctions liées à la suprême menace, de « maintenir en l’état les pénalités liées au terrorisme, et [d’] envisager d’en instaurer de nouvelles afin d’empêcher les entreprises, les banques et les individus liés à des activités de déstabilisation régionale » de crier victoire.

Et, comme il serait futile de s’abstenir de capitaliser sur dix ans d’errance militaire, l’ancien haut gradé défroqué conclut en soulignant que « plutôt que de permettre à Washington de réduire sa présence au Moyen-Orient et de concentrer son attention ailleurs, il est probable qu’un accord nucléaire avec Téhéran […] contraigne [les Etats-Unis] à intensifier [leur] présence militaire, diplomatique et de renseignement dans la région afin d’aider [leurs] partenaires à contrebalancer la puissance croissante de l’Iran ».

Quoi que Petraeus prétende dans la presse, si vient la guerre, d’éminents haut-parleurs de la basse parole en auront annoncé la nécessité ou, en tout cas, le caractère quasi inéluctable. En effet, polymorphe dans son appréhension, celle-ci serait destinée, selon eux, à répondre à un besoin supérieur : celui de relancer une économie stagnante qui pourrait à tout moment piquer du nez, le champ de bataille n’étant plus alors qu’un moyen, malléable dans son utilisation et variable dans sa localisation première, de rectifier l’incurie des quinze dernières années, dont un autre président dit démocrate avait donné le coup d’envoi par l’abolition du Glass-Steagall act, laquelle a précipité le déclin dont nous savourons chaque jour l’amertume. Certes, le scénario serait enjolivé pour répondre à la tout aussi impérieuse qu’impériale nécessité de dissocier les bons des méchants, et de présenter les premiers comme ceux qui auront, la main sur le cœur, tenté, jusqu’à la vingt-quatrième heure, d’empêcher le pire, tout en affublant les seconds des pires desseins démoniaques. Mais les faits, têtus, ainsi que les vérités d’hier, jamais bonnes à entendre, demeureraient, néanmoins, gravés dans le marbre, grâce à Jaurès en soit rendue…

« [Une nouvelle crise] aura lieu. Est-ce qu’elle aura lieu en 2014 ? Je ne [le] crois pas. Est-ce qu’elle aura lieu en 2016 ou 2017 ? On ne peut pas savoir, mais regardez les chiffres : partout, la dette publique augmente, partout la planche à billets fonctionne, [nulle part] les moteurs réels de la croissance, qui devraient être [stimulés par] le progrès technique, ne fonctionnent […]. […] On risque soit une crise d’hyperinflation, soit une guerre qui viendrait remplacer l’inflation comme moteur de croissance. […] Ca peut être une tension militaire très forte entre la Chine et le Japon, qui entraînerait les Etats-Unis par le jeu des alliances, comme en 1914. Ou ça peut être bien d’autres choses, mais celle-là est l’hypothèse la plus vraisemblable. […] Je pense qu’il y aura une forte tension quelque part pour créer les conditions d’une sorte d’économie de guerre, qui viendrait permettre d’avaler la dette publique. »

J. Attali, Grand rendez-vous Europe 1 / i-Télé / Le Monde, 29 décembre 2013

3 monkeys (revisited) (par Chemis, à  Benesov, CZ)

Catherine Wheel, Ferment

Sans doute la véritable fin visée par le moyen que serait la guerre, que nous prédisent donc mondiale certains joueurs de flûte, est-elle plus noble, toutefois. Peut-être le conflit final contient-il, en sourdine, la promesse d’une propulsion dans la troisième phase du triptyque, celle, décisive pour nos maîtres, du règne sempiternel de l’indéboulonnable aristocratie théiste nouvelle, à laquelle les manants, incultes décidément, n’auront pu se résoudre qu’au prix de l’anéantissement programmé, car ne dit-on pas, en effet « ordo a chao », ajoutant d’habitude, sur le vert de l’espoir que l’on nous somme d’abjurer, « e pluribus unum » ?…

A cadence militaire s’entamerait, dans ce cas, au nom de l’efficacité mathématique, la dernière étape de l’inexorable automatisation des choses nommées humains naguère qu’entama la révolution industrielle, qui irait de pair avec une glaciation des rapports sociaux destinée à consacrer la fin définitive de l’histoire : fin des nations, fin des pays, fin des continents politiques, fin des idéologies, fin des cultures, fin de la création. Tout agrégat de matière profane qui aurait survécu au cataclysme ou qui lui serait postérieur serait destiné à un usage déterminé, et neutralisable sur simple suggestion. Fin de l’individu. Les éléments les plus prometteurs ou les plus subversifs seraient intégrés au système. Et, enfin, la perfection serait atteinte. Fin de la guerre, fin de la maladie, fin du hasard, fin du risque. Pour Pharaon et son Présidium fasciste, en tout cas, qui pourraient alors, en toute quiétude, savourer pendant mille ans le big chill. Fin de la mort, en attendant la redistribution promise par le prochain trou noir…

Mais il reste au moins, dans ce schéma, une grande inconnue de départ, à savoir celle de la dimension civile d’une nouvelle guerre de grande ampleur, dont les conflits irakien, syrien et libyen, ainsi que certaines ébauches de conflit ukrainien, nous fournissent déjà un aperçu. Quel serait, en d’autres termes, l’impact d’un tel événement sur des populations occidentales dont les leaders supposés ont, dans une large mesure et depuis près de vingt ans, tournant la page de la guerre froide et tenant compte de la dimension dévastatrice de nouvelles armes de destruction massive qui ont relégué les tranchées dans la préhistoire, entrepris de démilitariser la chair à canon ? Dès lors qu’il est devenu impossible, dans les sociétés industrielles postmodernes, de fédérer les peuples – en particulier les équivalents contemporains des trouffions d’hier – autour d’une haine commune traductible dans les faits, à quels nouveaux exutoires ceux-ci auraient-ils recours, a fortiori si un pays donné était directement pris pour cible depuis l’étranger ?

A grands traits, deux scénarios se dessinent. Le premier serait celui de « la guerre de tous contre tous » (mentionné, sur base d’une citation non moins illustre que la précédente, dans l’un des articles antérieurs renseignés ci-dessous). Ne nous voilons pas la face : il est le plus réaliste, car il est celui qui correspond le plus à la structure sociale actuelle, faite d’émeutes épidermiques et d’explosions de violence irrationnelles qui répondent à l’abrutissement médiatique. Ce scénario, celui des chats qui dansent lorsque les souris s’entre-tuent, dans lequel l’action de sections d’assaut nouvelles pourrait être utilisée par le système, serait bénéfique à la réalisation de la prophétie surréaliste ci-dessus esquissée. Seul le second scénario, celui d’une violence réfléchie et efficace dirigée contre les instigateurs de la violence première, permettrait de la faire échouer, c’est-à-dire d’éviter l’absolutisme globalisé !

La transformation actuelle, au pas de charge, de nos cadres de vie en Etats policiers de surveillance totalitaire vise notamment à empêcher ce second scénario de se réaliser. C’est que, voyez-vous, les marchés, ceux que l’on invoque si souvent de manière psychagogique, le marché de la dette en particulier, n’y sont pas trop favorables…

Qu’elle soit ou non mise en scène, qu’elle soit ou non diversion, la guerre, aidée en cela par des tambours médiatiques qui jamais ne se taisent,  a, en effet, pour première fonction de mater les manants, dans leurs enclos respectifs…

On croit mourir pour la patrie. On meurt pour des industriels

(documentaire Investig’Action, 2014)

« Nous pensions que c’était impossible. »

____________

(1) Source : http://elections.gmu.edu

(2) Source : http://www.independent.co.uk/news/world/europe/tough-austerity-measures-in-greece-leave-nearly-a-million-people-with-no-access-to-healthcare-leading-to-soaring-infant-mortality-hiv-infection-and-suicide-9142274.html

(3) Source : http://voiceofrussia.com/2014_01_11/America-loses-confidence-in-Congress-as-economy-goes-down-expert-8249/

(4) Les dépenses prévues au budget américain se distinguent en deux catégories : il y a d’une part les dépenses fixes (entitled), qui se composent d’enveloppes déterminées à dépenser selon des critères fixés préalablement par le Congrès sujettes, le cas échéant, à révision ponctuelle, et, d’autre part, les dépenses variables d’année fiscale en année fiscale, dites discrétionnaires (discretionary), soumises à l’approbation régulière de la même Assemblée. Ces dernières représentent près d’un tiers du budget total.

Pour davantage d’informations à ce propos, lire : http://greenplug.nu/the-us-budget-explained/

Les dépenses en matière de défense se partagent entre ces deux catégories. Or, le flou entretenu jusqu’à présent autour de la véritable affectation d’une partie de ces budgets, qui devrait être partiellement levé à la faveur de la crise dans laquelle les révélations d’Edward Snowden ont plongé la NSA, que certains membres du Congrès ont mise à profit pour souligner qu’il leur était impossible de contrôler efficacement l’action de l’Exécutif et des services secrets, notamment quant à d’éventuelles redondances dans leurs activités et le financement qui est attribué à celles-ci, tend à accréditer une sous-estimation du budget réel de la Défense, fixé pour l’année fiscale 2015 à 820,2 milliards de $ (soit 4,73 % du PIB).

Source : http://www.usgovernmentspending.com/year_spending_2014USpn_15ps2n_30#usgs302

En effet, le professeur Robert Higgs estimait, en 2010 déjà, que ledit budget pour l’année en cours avoisinait le billion de $ (soit mille milliards de $), comme l’indique le graphique ci-dessous…
US Inflation adjusted defense spending (Robert Higgs)
Lire aussi, pour une mise en perspective mondiale de la course à l’armement contemporaine : http://www.globalissues.org/article/75/world-military-spending

(5) Source : http://www.thenation.com/video/blackwater-owner-caught-tape

(6) Source : http://www.upi.com/Business_News/Security-Industry/2013/06/07/Colombia-worries-as-troops-join-Arab-mercenary-force/UPI-90811370626017/

(7) Lire : http://en.itar-tass.com/world/725211

(8) Source : http://www.ibtimes.com/russia-conducts-military-exercises-moldovas-breakaway-region-transnistria-near-ukraines-western

(9) Lire : http://rt.com/news/tymoshenko-calls-destroy-russia-917/*

(10) Source : http://www.washingtonpost.com/opinions/us-needs-to-plan-for-the-day-after-an-iran-deal/2014/04/09/056ff992-bf4b-11e3-b195-dd0c1174052c_story.html
________________
Les lecteurs assidus de ce blog pourraient également trouver un intérêt à lire les articles précédents suivants, en rapport avec le sujet traité ici :
https://yannickbaele.wordpress.com/2013/06/26/concentration/
https://yannickbaele.wordpress.com/2013/11/18/why/
_________________
N.B. : cet article a été révisé et complété le 15 avril 2014 quant à son contenu relatif à la crise en Ukraine, et complété une nouvelle fois les 17 et 19 avril quant à sa conclusion.

_________________
(ajout du 29 avril 2014) Pour obtenir de plus amples informations quant au dessous des cartes géostratégiques du conflit ukrainien et criméen, les articles suivants peuvent s’avérer utiles :

http://www.ft.com/cms/s/0/2dd0ffae-9a7b-11e1-83bf-00144feabdc0.html

http://www.rosneft.com/news/pressrelease/171220132.html (signature d’une joint-venture entre Rosneft et ExxonMobil pour l’exploitation de nouveaux puits de pétrole en mer profonde (Mer Noire, à quelques encablures de la Crimée), dans l’Arctique et en Sibérie, ainsi que pour l’extraction de gaz de schiste (Sibérie). Au 29 avril 2014, Rosneft était toujours exemptée des sanctions imposées à la Russie par l’Ouest. La firme britannique BP (responsable de l’une des plus importantes marées noires de l’histoire des Etats-Unis) détient près de 20 % des actions du géant de l’énergie Rosneft, le solde étant entre les mains de l’Etat russe…

Lectures complémentaires :

http://en.wikipedia.org/wiki/Rosneft

http://www.bloomberg.com/news/2014-01-02/exxon-s-russia-ambitions-show-drilling-trumps-obama-putin-spats.html

http://www.bloomberg.com/news/2014-02-25/ukraine-economy-hangs-on-investments-from-exxon-to-shell.html

http://www.forbes.com/sites/christopherhelman/2014/03/20/will-exxons-bromance-with-the-kremlin-help-keep-putin-in-check/

http://www.huffingtonpost.com/steve-horn/exxon-mobil-inauguration-donation_b_2520018.html

_________________
(ajout du 1er mai 2014) A propos des visées états-uniennes en Chine, le Tibet peut certes jouer un rôle crucial, mais il est aussi d’autres moyens. Les Philippines semblent être l’un de ceux-ci : http://globalnation.inquirer.net/103246/edca-will-make-make-ph-the-biggest-us-military-base-in-the-world

_________________

(modification du 27 mai 2014) Un paragraphe supplémentaire a été ajouté en toute fin d’article. Le paragraphe qui précède celui-ci a été complété.

***

(added September 17, 2014)

Endgame : Damas…

The two greatest beneficiaries of the policy that president Obama outlined [yesterday], in my opinion, are military contractors, mercenaries, and Bashar al-Assad. I mean, Assad was probably sitting there watching that speech thinking : “wow, I’ve just bought myself a lot more time in office” […].

Jeremy Scahill, MSNBC, Sep. 11, 2014

In the beginning were two distant countries ruled with an iron fist. One was brought to its knees from the outside by eagles of death metal, the other subverted from the inside, with outside supervision. Still, the latter refused to capitulate…

Then, out of these connecting vessels of chaos, came ISIS. And, as a stormy fury unchaining all four elements, it served its purpose well.

In Iraq, it was fueled neither by the illegitimate war itself, nor by the ouster of the dictator, but by a hastily drafted policy resulting in a systemic purge destined to cut all Ba’athist elements from power : if Hussein was Hitler (a classic !), the strategy adopted towards his right hands and followers after his (quite literal) downfall had nothing to do with the recycling of promising nazi elements…

Indeed, while former PM al-Maliki is often cited overseas as being responsible for the sectarian discord in Iraq, the cornerstone of the neo-Mesopotamian chaos lies in the decision by proconsul Bremmer and Washington to disband the Iraqi military, sending about 400,000 well-trained (overwhelmingly Sunni) troops home, on May 23, 2003. How many explosions in heavily crowded areas took place since then, leaving Western opinions as well as Western warlords indifferent ?

At first, this chaos was merely a projection of the Greater Chaos the lords have been implementing globally, articulated as follows : quick benefits without regard to long-term consequences. Recently, however, it somehow seems to have become… smart-powered.

The ISIS abscess had to be able to grow large enough for Damas to be unable to withstand its sight any longer, because, as much as the Islamic inquisition has been feeding on Iraqi frustrations, it is Syria, after all, not Iraq, that gave birth to the imperfection. And, if the new Iraqi government does what is expected of it, namely strive for a more inclusive society that would be mature enough, ten years after the debacle, to turn its back to political fragmentation and revengeful tribal domination, an intensive bombing campaign is likely to encourage ISIS fighters to return to their roots, along with all the military equipment they’ve stolen from the Iraqi army in the meantime (read : the US heavy weaponry and some tanks). Oh supreme irony : the creature Assad had initially been relying on to help him defeat the so-called moderate rebels is coming back to daddy with a surprise, courtesy of the CIA…

How to best tackle ISIS ? Such was the theme of the international conference held in Paris the day before yesterday. Precisely one year ago, France was at the forefront of the aborted punitive expedition against Assad. A coincidence, no doubt. No “Friends of Syria” in the vicinity this time, only people of good will determined to stabilize Iraq. Please believe it. But what these people have done, with Obama as their standard-bearer, is nothing else than providing Damas with a choice amounting to an ultimatum : Syria or Assad.

Either Assad, who has come to crystallize the rage of both the local opposition and the fundamentalist version of the black flag (rendering any mitigation effort whatsoever impossible while he remains in place) steps down, in which case we help you get rid of the barbarians : give some, keep some. Or your Lider Maximo remains hooked on power like a statue of Saddam, and the barbarians will probably overthrow your whole regime, which really isn’t our preferred option : lose all.

In the best case scenario, you’ve got a few years to think about it while we train our new recruits, but waste no time whatsoever : the maniacs have become very fond of mass killings of Syrian soldiers, after humiliating them for YouTube posterity, and our airstrikes might actually drive them farther south, where they would then strengthen the same kind of guerilla warfare that has been consuming Bagdad for the past then years, thereby forcing us to intervene directly in your capital. Furthermore, Hillary’s hiding behind the bush, and who knows what we’d be capable of, should you retaliate against our planes if we bomb your cities without either your official consent or a UN mandate, or worse, should you take private Ryan hostage…

All the ingredients, as you see, have been combined for a breathtaking poker game, with a possible 500 million $ stake (10 % of the special budget Obama is requesting from congress) labeled as training bribes for the fastest players, as well as a nuclear incentive for Iran as a broker… But whereto with the fallen despot ? Crimea, perhaps ?…

Speculation ? Maybe, but no less relevant than what the mainstream media have been able to come up with, with the usual war poodles on one side, and – great novelty ! – the circumspect goats on the other. What if our weapons fall into the wrong hands ? these seemingly naïve goats ask. What if we’re as successful in training the good guys in Syria on such short notice as we were in training the Iraqis for the past ten years ? What if our tactics towards ISIS produce the same results as our tactics towards the Taliban ? Wake up, people ! With all these beside the point ‘what ifs’, one could put Paris into a bottle, n’est-ce pas ?

But even outside the MSM, valiant journalists who couldn’t be suspected of rimming the system’s crack, macho men with field experience, seem to be falling for the official narrative, as if stupidity and hubris were compatible when it comes to Obama (and a philharmonic orchestra of about forty countries). Is it really possible no one grasped the lords’ actual level of strategic cynicism (on which some partners of this unusual alliance should shed a crude light) ? Is it possible anyone considers Syria (and its reported 3 million refugees, according to recent UNHCR figures, not to mention the dead), even without chemical weapons, to be less of a burden and a source of instability than thirty to fifty thousand black altar boys ? Could anyone still be thinking, after the Saddam episode, the rumored tacit alliance between the West and Assad on this particular front isn’t as easily and swiftly reversible as the US support for the late Iraqi dictator, under the big wheel of ever adapting western interests and strategies in the Middle-East ?…

The war against Syria didn’t sell well. The war against ISIS does, for now. Beyond these labels, beyond these angles, the objective remains the same : remove the black king in the hope this will break the spell, this time by using the symptom (or consequence) to get rid of the primary cause, even if the PR program tells otherwise.

As to the Peshmerga, if they were, after a decisive contribution to the war effort, to decree they want their own state at last, and to rally their Kurdish brothers from Syria, Iran and Turkey around their call, they would only get one answer : sufficient unto the day is the evil thereof… Insha’ Allah !

***

(added July 20, 2014)

Malaysia Airlines : rationality versus conspiracy theory…

As Prof. Em. Stephen Cohen, who just wrote a very interesting piece about the untold scenario of the Ukrainian conflict (1), pointed out yesterday on Democracy Now!, there are quite a few similarities between Gaza and Eastern Ukraine, the most obvious of them being that the scale of the merciless oppression aimed at the “terrorists” has everything to do with Washington’s unconditional support to the oppressors…

But, whereas all Western governments seem more or less in sync when it comes to reiterating their misplaced loyalty to Israel, shedding only a few crocodile tears when confronted with the massacre of hundreds of innocent Palestinians, there seems to be quite some trouble brewing (In French, we say : il y a de l’eau dans le gaz…) on the Ukrainian matter between the centre of the Empire and what a former US Defense secretary used to call “the old Europe”… As a matter of fact, there seems to be a whole range of issues on which the latter begs to differ…

One thing is beyond doubt, however : in a European perspective, Ukraine is a horrendous fiasco, and Poroshenko a hostage of neo-nazis and nationalistic madmen : in which democratic country would basic, legitimate demands for federalism be met with tanks, ensuring escalation ? But saying that isn’t saying much about the Malaysia Airlines plane that went down a few days ago, or is it ?…

Shortly after the tragedy, Kiev published al-Qaeda-like evidence that is supposed to prove not only the rebels were the ones being the attack, but also Moscow was directly involved. And all the Western Pavlovian TV experts shouted : “woof” ! It is true no one with the slightest common sense can believe any longer Russia isn’t aiding the insurgents,  one way or another. The Russian president threatening Kiev with “irreversible consequences” after a Russian civilian was killed by a missile on the border with Ukraine, a week or so ago, is an established fact. And, knowing their relation is what it is, one indeed wonders why Putin took the initiative to call Obama minutes after the plane was targeted. But the objections formulated by the Russian ministry of Defense can’t be neglected either : for instance, knowing the rebels have no air force, why did Kiev deploy long-distance surface-air missile launchers ? And where were the Ukrainian army’s aircrafts positioned at the time of the explosion ? One might add : what exactly is Poroshenko’s level of control over the Ukrainian army, considering his rather strange bedfellows, and the probability of far-right infiltration ? And how exactly have the 400 US (Blackwater) mercenaries dropped in the east of Ukraine last May been spending their time since then ?…

Questions at will, very few answers… Here and there, on social media, pessimists are already setting the tone : “it’s like 9/11, we’ll never know the identities of all parties involved”. Insofar as any comparison with 9/11 is any pertinent, there is a huge difference, though : this time, terrorism struck on more or less neutral ground, which implies no single party can write history on its own, and the ultimate truth will be a matter of either compromise or conflicting scenarios.

But whatever the official conclusion(s), everyone can agree on this : there are but two possibilities. Either the missile was fired by mistake (by the rebels) on a civilian airplane, or it was deliberate. If we rule out the former, we’re left with only three options :

1/ Kiev and/or the extreme nationalists (who are part of the government), getting tired of the resistance’s vivacity, decided to precipitate its downfall through an event with international repercussions. Perhaps it’s useful to remind the skeptics of Ukraine’s neo-nazis’ equal hatred towards Russia and the West…
a/ It came as a surprise to the US.
b/ A few US circles (not the White House itself though, because, despite the Clapper jurisprudence, plausible deniability at the highest level must be preserved to allow the president to survive a hypothetical congressional hearing.) at least knew about it.

2/ The rebels knew what they were doing, namely putting Putin under pressure to force Russia to intervene militarily.
a/ No one within the Russian army knew about it.
b/ Some elements within the Russian army risked their careers assisting them.

3/ The Kremlin directly ordered the attack.

At this stage, each reader will be the sole judge of the respective plausibility of these various options, but all should bear in mind that if we do rule out a blunder of huge proportions, two out of these three options involve sacrificial state-sponsored terrorism against the West, one between Western countries…

It should also be noted options 1 and 2 aren’t necessarily antithetical. Indeed, the matter of MH17’s flight path is key to understanding the whole picture. In Europe, flight path diversions are rare. Did the Dutch air traffic control authority (and Eurocontrol, the FAA’s European counterpart) know that plane would be flying over a war zone ? If so, why did they allow it ? Or did some obscure Ukrainian administration modify its flight path for one reason or another ? If so, which one ? Were the communication channels between ground control and the cockpit hijacked in any way (2) ? And when exactly did the Western intelligence agencies find out the rebels had laid their hands on a BUK missile launcher, as they now claim ? When they did, did they subsequently warn Eurocontrol about the potential danger to civilian aircrafts ? If they didn’t, shouldn’t the countries they answer to be held accountable for their lack of foresight ? Were there any (US and/or Russian) drones flying in the vicinity of the airliner ? (3) Once again, asking these unusual questions does not amount to paranoia, knowing the actors involved in the Ukrainian conflict, and knowing Ukraine is a country where massacres (like the one that took place in the Odessa union building) are covered up, and even the most moderate (or considered such) among (former) prominent political figures seem to be contemplating using ethnocidal tactics to wipe out the archenemy (be it only during private phone conversations or not). No, paranoia would consist in elaborating about Malaysia Airlines’ serial misfortune…

Whoever is to blame – and for whatever motive –, Europe is offered yet another opportunity to assert itself as a world power, what’s more, in its very backyard… or to remain Washington’s puppet for a while longer, Ukraine, in that case, being nothing more than another pawn on the US chessboard. Obama is actually right : what happened is indeed a wake-up call for the EU. It is time for us to press Poroshenko to halt all hostilities towards civilians (a reality our mainstream media remain awfully quiet about, as Prof. Cohen stresses) and to negotiate a Ukrainian federalism in line with our own and with the UN’s protection of minorities. If Poroshenko wants the European taxpayer’s money, that should be the indisputable price for him to pay, which would at the same time be our distinguished answer to Mrs. Nuland : “fuck the US ” !


________________

(1) Read : http://www.thenation.com/article/180466/silence-american-hawks-about-kievs-atrocities

(2) FYI : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/13/military-blamed-planes-vanish-europe-air-traffic-control-radar

(3) Though it might be beside the point, are there any US drones operating above Belgium, home to NATO’s headquarters (without the Belgian Parliament’s knowledge, let alone the people’s) ? If so, how many, and do they have dedicated air traffic lanes ? Is any Belgian (European) official monitoring their activity ? Do they only have defense capabilities, or are they also performing surveillance tasks ? In the event of force majeure, can they carry out an attack without the Belgian government’s explicit (prior) approval ?…

________________

The paragraph about MH17’s flight path was added on July 24, 2014, the second footnote on August 13, 2014.

***

(ajout du 8 septembre 2014)

Sables mouvants de l’Est…

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

« Le moment est venu d’ajouter à la masse de nos réserves et de nos recrues, élément principal de la résistance nationale, mais lente à réunir et lourde à mettre en œuvre, un instrument de manœuvre capable d’agir sans délai, c’est-à-dire permanent, cohérent, rompu aux armes. […] Il est de fait, dorénavant, que sur terre, sur mer et dans les airs, un personnel de choix, tirant le maximum d’un matériel extrêmement puissant et varié, possède sur des masses plus ou moins confuses, une supériorité terrible. Je citais Paul Valery : « on verra se développer les entreprises d’hommes choisis agissant par équipes, produisant en quelques instants, à une heure, dans un lieu, imprévus, des événements écrasants ». […] Partant de là, je fixais le but à atteindre : six divisions de ligne et une division légère, motorisées tout entières, blindées en partie, constitueront l’armée propre à créer l’événement. La composition qu’il convenait de donner à cette armée était nettement précise. Chacune des divisions de ligne devait comporter : une brigade blindée à deux régiments, l’un de chars lourds, l’autre de chars moyens, et un bataillon de chars légers ; une brigade d’infanterie, comprenant deux régiments et un bataillon de chasseurs et portée en véhicules tous terrains ; une brigade d’artillerie, pourvue de pièces tous-azimuts, formée de deux régiments servant respectivement des canons courts et des canons longs et complétée par un groupe de défense contre avions. Pour seconder ces trois brigades, la division aurait encore : un régiment de reconnaissance ; un bataillon du génie ; un bataillon de transmission ; un bataillon de camouflage ; des services. La division légère, destinée à l’exploration et à la sûreté éloignée, serait dotée d’engins plus rapides. En outre, l’armée elle-même disposerait de réserves générales : chars et canons très lourds, génie, transmissions, camouflage. Enfin, une forte aviation d’observation, de chasse et d’assaut serait organiquement attachée à ce grand corps : un groupe pour chaque division, un régiment pour le tout, sans préjudice des actions d’ensemble que mènerait l’armée mécanique de l’air en conjugaison avec celles de l’armée mécanique au sol. Mais, pour que l’armée de choc fût à même de tirer le meilleur rendement possible du matériel complexe et coûteux dont elle serait équipée, pour qu’elle puisse agir soudain, sur n’importe quel théâtre, sans attendre des compléments, ni procéder à des apprentissages, il faudrait la composer d’un personnel professionnel. Effectif total : 100 000 hommes. La troupe serait donc formée d’engagés. Servant six ans dans le corps d’élite, ils se trouveraient, pendant ce temps, façonnés par la technique, l’émulation, l’esprit de corps. Ils fourniraient, ensuite, des cadres aux contingents et aux réserves. »

De Gaulle Charles, Mémoires de guerre, L’Appel : 1940-1942, Plon, 1954, extrait de Guerres et Paix, Les plus grands textes d’Homère et Sun Tzu à De Gaulle, CNRS Editions, Collection L’anthologie du Savoir, 2011, pp. 551-553

Lorsque les pontes de l’Atlantique-Nord, nos maîtres en feu, sont convenus, bouillonnants, de convoquer le spectre de la Froide Guerre, avaient-ils lu Charlie ?…

Au printemps de 1934, dans la foulée de l’avènement de Dolf-la-Moustache, le visionnaire homme de guerre avait déjà laissé entendre, par écrit, que l’armée française, comme certaines gloires de la NBA, était trop centrée sur la « deee-fence », alors que la stratégie que ne manquerait pas de mettre à profit le Reich verrait la capacité offensive de ce dernier se décupler en raison des progrès des techniques de destruction. De Gaulle se fit donc l’avocat de la constitution d’un corps d’armée de métier, apte à intervenir comme l’éclair sur quelque théâtre qui lui fût désigné : « ah ça, gredin, tu t’en prends aux Sudètes ! Mate donc ce que je vais faire de ta Ruhr » ! Telle était, en substance, la mise en garde que le futur chef d’Etat se proposait d’adresser à ce dont l’Histoire ferait le premier Axe du Mal… Las ! Plusieurs facteurs, dont l’éparpillement et le manque de volonté politiques n’étaient pas les moindres, concoururent à faire avorter la recomposition militaire préconisée : au départ, les grands hommes se sentent toujours très seuls…

Le régiment d’intervention rapide que l’OTAN s’engage à déployer aux confins orientaux de la zone afin de faire pièce à Vlad-le-Terrible, c’est bien, alors ? s’interroge Suzanne la guêpe au micro de Jean-Jacques Bourdon. Mais, petite, le réfractaire Général s’en fût esclaffé ! Oh, mais que vous êtes pessimiste ! Réaliste, chérie, réaliste… Regarde : quand bien même l’OTAN se mettrait elle aussi au régime Blackwater, quand bien même, partant, chaque unité desdites spetsnaz serait pourvue du mental de Rambo, quatre mille de ces unités (1) équivalent, dans le jardin de Russie, à un masque de carnaval. Oui, mais, et le nucléaire ? Ah, là, tu m’intéresses, Suzanne…

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

En effet, en ces temps peu sûrs de containment de la prolifération, le deux poids, deux mesures des gardiens de la Toison est de mauvais augure : « what to do with Europe’s secret nukes ? » s’interrogeait Time en janvier 2010, rapportant qu’outre la Belgique (secret de polichinelle), les Pays-Bas, l’Italie, et même l’ancienne patrie du nazisme, servaient d’hôtes plus ou moins consentants à près de deux cents ogives B-61 à gravité thermonucléaire, assez, en somme, pour plusieurs valses avec l’au-delà. Demain, la Pologne et l’Estonie, à défaut de la Géorgie et de l’Ukraine, cette chienlit limitrophe de l’Europe ?…

Si la crise des missiles de Cuba a éclaté, en 1962, c’est parce que les Etats-Unis savaient que cette proximité géographique réduisait d’autant leur réactivité à l’égard d’adversaires lointains, en dépit de leurs sous-marins nucléaires présents un peu partout autour du globe. A quel jeu malicieux s’adonnent-ils donc aujourd’hui, avec la complicité forcée de l’Europe, ce maillon faible du NOM que pas même une crise financière ne sera parvenue à unir, aux portes d’une Russie qui ne demandait visiblement qu’à vivre en paix son apparente autarcie ?

La stratégie mise en avant par De Gaulle répondait au souci de contrer un envahisseur potentiel qui ne cessait de démontrer son caractère impérialiste. L’annexion de la Crimée par la Russie aux termes d’un coup d’Etat honteux qui a plongé l’Ukraine dans le chaos (comme ceux qui, dans les cercles initiés, connaissent la physionomie de cette dernière l’avaient sans aucun doute anticipé) ne suffit pas à faire de la deuxième un empire belliqueux. C’est, au contraire, l’Atlantique-Nord-Ouest qui ne cesse de faire bouger les lignes : un simple coup d’œil à son logo suffit, à l’ONU ne déplaise, à percevoir son ambition globale, totalitaire : ce sont bel et bien les Nations-Unies et leur équilibre certes imparfait et quelquefois léthargique, mais non moins essentiel, que l’OTAN cherche à enterrer par la répétition, tantôt brutale, tantôt plus raffinée, du même type de faits accomplis qui étaient venus à bout de la SDN ; c’est la branlante République mondiale qu’elle entend, avec son Empire, supplanter. Un zeste de mauvaise foi permettrait même d’alléguer que, suite à la bérézina libyenne, à la déroute afghane et à la branlée irakienne, trois Vietnam pour le prix d’un, il était vital, pour les Etats-Unis et leur rottweiler grand-breton, de faire émerger un contentieux – appréciez l’euphémisme – avec la puissance mondiale la plus en mesure de contester leur hégémonie finissante, les discours grandiloquents et les alliances de façade avec une Ligue arabe exsangue, sur une scène plus méridionale (3), ajoutant au déni de réalité.

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

Même en faisant fi de cette dernière spéculation, c’est là une double négation de la configuration gaullienne, puisqu’en toute objectivité, si la peur des chars russes envahissant Paris en 1981 relevait d’un délire savamment orchestré, la crainte d’une nouvelle annexion de la Pologne et des pays baltes par Poutine ne peut être conçue, quant à elle, que dans le cadre d’un très bad trip, et puisque, par ailleurs, la France, et, par extension, l’Europe, avaient, à l’estime de Charlie-le-non-aligné, vocation à faire office, entre l’Est et l’Ouest, de point fixe (donc central) du pendule.

Une telle crainte, de nature à reproduire à l’est de l’Europe, les réseaux Gladio de sinistre mémoire (4), est néanmoins vouée à produire certains effets, et c’est à la fois sur base de l’anticipation et de l’observation de ceux-ci que l’on peut spéculer quant à la logique à l’œuvre : jamais l’union de l’Europe n’a-t-elle tant progressé que lorsque les détenteurs de grands capitaux sentaient le souffle chaud de l’ours à ses frontières. Jamais la Grande-Bretagne ne peut-elle espérer, sans l’appui prononcé de quelques alliés conjoncturels d’Europe de l’Est, infléchir à sa faveur la bureaucratie de Bruxelles (5), à l’aube d’un potentiel référendum qu’elle est sûre de perdre. Jamais les Etats-Unis ne peuvent-ils escompter, sans incitant extérieur, faire avaler tels quels les diktats de leur marché transatlantique, par lesquels l’euro lierait irrémédiablement son destin à un dollar moribond.

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide. Ou un truc dans le style…

'Divine' symbolique

_____________
(1) Source (EN) : http://www.theguardian.com/world/2014/sep/01/nato-high-readiness-spearhead-force-counter-russian-threat

(2) Source (EN) : http://content.time.com/time/world/article/0,8599,1943799,00.html

(3) Lire (EN) : http://www.theguardian.com/world/2014/sep/07/obama-isis-iraq-syria-arab-league-coalition-extremists

(4) Pour information : https://en.wikipedia.org/wiki/Counter-Guerrilla#mediaviewer/File:FM_31-15_figure_3.png

(5) … c’est-à-dire en tournant le dos à toute harmonisation fiscale et sociale vers le haut, nuisible aux financiers de la City.

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Le hurlement sourd

Caisse (collage littéral spiralé, 06-04-14) - VERS 1Caisse – Vers. 1 (collage littéral spiralé), 06/04/14

***

(added January 18, 2015)

« I’m gonna bomb the Champs-Elysées »

Fuck the police ! Fuck France ! Police son of a whore ! […] The Kouachi brothers and Coulibaly were right. They’re good guys. I am a terrorist ! Allahu Akbar ! I’m gonna bomb the Champs-Elysées !

Thus spoke Ossama, an illegal immigrant from Algeria who has been living in Germany lately, and claims he has been visiting France as a tourist for the past ten days. He also threatened a Jewish nurse, telling her Hitler hadn’t “finished the job”.

Last November, the French Parliament passed a bill repressing the act of praising terrorism. The fifth article of the new law states : “direct incitement to commit terrorist acts or publicly justifying these acts shall be punished by a prison sentence of five years and a € 75,000 fine. When these acts are committed through an online communication service for the public, the sentence shall be a prison term of seven years and a € 100,000 fine. […]” (1)

Last Thursday, after an immediate summary trial, Ossama was sentenced to an effective fifteen-month prison term. Since the Charlie Hebdo attack, French courts, following an injunction from the minister of Justice, have ruled on similar cases, many of which seem to have involved alcoholics or mentally ill people, with utmost intransigence. The French Human Rights League is appalled by both the heaviness of the sentences and the hastiness of the trials (2). And so is Amnesty International (3).

In the US, there has been a debate about what exactly “supporting terrorists” meant. The applicable laws overseas in that regard are 18 U.S. Code § 2339A (“Providing material support to terrorists”) (4) and, of course, section 1021 of the 2012 National Defense Authorization Act (“Affirmation of authority of the Armed Forces of the United States to detain covered persons pursuant to the Authorization for Use of Military Force”) (5).

The former states that “[w]hoever provides material support or resources or conceals or disguises the nature, location, source, or ownership of material support or resources, knowing or intending that they are to be used in preparation for, or in carrying out, a violation of [follows a list of sections] or in preparation for, or in carrying out, the concealment of an escape from the commission of any such violation, or attempts or conspires to do such an act, shall be fined under this title, imprisoned not more than 15 years, or both, and, if the death of any person results, shall be imprisoned for any term of years or for life […]”.

As for the latter, it covers “[…] [any] person who planned, authorized, committed, or aided the terrorist attacks that occurred on September 11, 2001, or harbored those responsible for those attacks” as well as “[any] person who was a part of or substantially supported al-Qaeda, the Taliban, or associated forces that are engaged in hostilities against the United States or its coalition partners, including any person who has committed a belligerent act or has directly supported such hostilities in aid of such enemy forces”.

Both these laws are clearly addressing any and all forms of concrete support to terrorists. And both are controversial, but for different reasons :

– Section 1021 of the NDAA is only applicable to individuals suspected of having indeed, at some level, “substantially” collaborated to a terrorist attack which took place : how could there be a criminal if there is no crime ? But, at the same time, for the suspects, it explicitly entails the possibility of a suspension of what is probably the cornerstone of both the US and the French Criminal Code, namely habeas corpus (6) : the right to a trial, fair or not, can simply be rescinded by a sovereign decision from the Executive branch, a fait du prince. In other words, some individuals are no longer tried; they are « duly processed » (7), as under any authoritarian rule.

– 18 U.S. Code § 2339A, on the other hand, doesn’t question that right, but not only does it criminalize events that haven’t yet taken place (“in preparation of”) in the same way a 1996 French counterterrorism law does (8), it also allows a very broad interpretation of the notion of “support to terrorists”, which no longer needs to be substantial : as the Tarek Mehanna case indicates, simply translating an al Qaeda document into English is enough to be indicted… and convicted ! (9)

In a way, the new French piece of legislation is going even further than that. Indeed, even without (being suspected of) giving terrorists any kind of material support, and even without (being suspected of) belonging to any terrorist network, any French citizen can now be sent to prison for simply stating an opinion, however outrageous. Of course, refraining from publicly supporting nihilistic criminals shouldn’t be that hard, but one wonders a/ whether this is really a matter for the judiciary to settle; b/ what the government is hoping to gain by confining such forms of speech to the underground; c/ whether it isn’t thwarting the very purpose of the surveillance complex; d/ whether even more repression won’t exacerbate tensions rather than alleviate them.

Terrorism is also a wonderful excuse to crack down on Internet dissent. For years, old-school intellectuals have been complaining about social media. Rather than adapting and focusing on their positive side, they’ve helplessly been trying to turn the clock back. This law might prove useful in that nostalgic attempt, at least for a while, although it has been established the virtual web wasn’t responsible for the Kouachi brothers’ radicalization.

This week, I posted a vitriolic comment beneath the video of a debate about the Charlie Hebdo events. It was a short answer to someone posting another comment saying, in reference to the latest attack on Gaza : “why are French Muslims always getting so agitated about Israel’s every fart, ten thousand kilometers away ?” The next day, both that comment and my answer had been deleted, while all my other comments under the same thread, as well as Mr. Humanism’s, had been left untouched. Was the cleaner YouTube France, the news site that posted the video, or even the web police ? Who knows : I haven’t received any notification. Oh yes, I forgot : I had called the other guy a stinking scumbag, which, while being totally justified in his case, indeed constituted a formal breach of the platform’s rules of conduct. But, however that may be, and in spite of the fact there wasn’t any hope of bringing even an ounce of reason to that debate, someone somewhere had decided to suppress speech. And speech suppression is exactly what the new law is all about.

Until now, only a few well-documented historical events about which French society had reached a consensus fell under the law restricting freedom of speech. Though one might argue the latter ought to be paramount under all circumstances, as did Noam Chomsky, decades ago, when, without sharing his views for an instant, he supported a French revisionist’s right to oppose the Holocaust’s official narrative (10), it is understandable – though subject to debate – that, WWII having been a European battleground and not a US one, both sides of the Atlantic don’t share the same opinion when it comes to the interpretation of the 1st amendment provisions here and there, certainly not France, which was, after all, overtly collaborationist, and hasn’t stopped apologizing for it for the past two decades.

From now on, the French State is equipped with the tool allowing it to define what is historically accurate and morally right as history goes. Isn’t it ironic socialists, of all people, came up with this ? Isn’t it ironic that, although they’ve willy-nilly become the financial lobby’s allies, they are implementing laws which might be used to define what is real, in the very same way Soviet realism defined the truth (or Pravda) for all ?…

You think I’m exaggerating ? What if a documentary maker were to suggest in one of his videos 9/11 would never have happened had there not been half a century of US military invasions, plots and bombings in the Middle East prior to it ? Would that be justifying terrorism ? What if a famous French intellectual were to say : “[o]nce again we have quite extensive human rights reports, quite extensive documentation […] from Human Rights Watch, from Amnesty International and so forth, that Israel [routinely] targets civilians for death. So at that level, again, there seems to be, pretty much, an equivalence between the actions of Hamas and the actions of the State of Israel” (11) ? Would that amount to justifying the alleged terrorist acts committed by an organization mentioned on both the US and the European terrorism watchlist ? Subsequently, would that intellectual be sent to prison, according to the new law ? Would he, knowing international law, under strict conditions, foresees the possibility of belligerent reprisals “in reaction to a prior serious violation of international humanitarian law” (12) ? Next time Israel decides to bomb Gaza – because there will, there must, be a next time ! –, will all French demonstrators expressing their support for Hamas (for the right or the wrong reasons, and provided they’re allowed to demonstrate), be in turn sentenced to a five-year prison term and a € 75,000 fine ? Due to the arbitrary nature of the way it will be enforced, this law is like Pandora’s Box…

Never bomb what you once loved : in May 2013, while former ICC chief prosecutor Carla Del Ponte was pointing her finger at Syrian rebels during the first UN enquiry on chemical attacks in the country (13), and months before the famous “red line” event, French minister of Foreign Affairs Fabius requested the al Nusra Front (al Qaeda’s operatives in Syria) be placed on the European terrorism watchlist (14). Yet, in December 2012, he was quoted as saying this would be a bad idea because “they’re doing a good job on the ground” (15). Were he to utter that same statement today, would he too be put behind bars ?…

____________
(1) Source : Loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=5F7F2085D4B28888D7948120B9336BA3.tpdjo08v_1?cidTexte=JORFTEXT000029754374&categorieLien=id

(2) Source : http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/16/apologie-terrorisme-justice-exemplaire-dexception-257145

(3) Source : http://www.amnesty.org/en/news/france-faces-litmus-test-freedom-expression-dozens-arrested-wake-attacks-2015-01-16

(4) Source : http://www.law.cornell.edu/uscode/text/18/2339A

(5) Source : https://www.govtrack.us/congress/bills/112/hr1540/text

(6) Read : https://en.wikipedia.org/wiki/Habeas_corpus

(7) In that regard, read AG Holder’s famous interpretation of the US Constitution : http://www.thewire.com/national/2012/03/holder-due-process-doesnt-necessarily-mean-courtroom/49509/

(8) Source : French Criminal Code, article 421-2-1 / Loi n°96-647 du 22 juillet 1996

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006149845&cidTexte=LEGITEXT000006070719

(9) Source : http://www.salon.com/2012/04/13/the_real_criminals_in_the_tarek_mehanna_case/

(10) To a lot of opportunistic and subservient members of the so-called French intelligentsia, all thinking about their careers, it has since then become vital to depict Chomsky as a bête noire par excellence, in other words to use him as a scapegoat. Last month, on Mediapart, a left-wing anthropologist had this to say about him : “Chomsky is indeed a revisionist and a negationist [= a Holocaust denier]. […] Being Jewish and anti-Semite is not incompatible.

Source : Alter-Egaux, Mediapart, Dec. 9, 2014

(11) Source : http://normanfinkelstein.com/2006/11/04/finkelstein-on-hamas-current-crisis-lebanon-hezbollahburlington-vt-09302006/

(12) Source : https://www.icrc.org/customary-ihl/eng/docs/v1_rul_rule145

(13) Source : http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/uns-carla-del-ponte-says-there-is-evidence-rebels-may-have-used-sarin-in-syria-8604920.html

(14) Source : http://www.english.rfi.fr/france/20130509-fabius-seeks-label-al-nusra-terrorist-group

(15) Le Monde, December 14, 2012

Le Monde, 14 décembre 2012____________
This article was edited January 20, 2015, to better reflect the fundamental flaws of both section 1021 of the NDAA and 18 U.S. Code § 2339A.

***

(ajout du 12 janvier 2015)

Onfray et l’Etat policier… de gauche !

Avez-vous entendu l’Onfray récemment ? Nous, oui. Et il n’était pas beau à entendre. C’était chez Laurel & Hardy, pas plus tard que vendredi dernier. Le topic du jour ? Les suites à accorder au Sept-Janvier, bien sûr, au One-Seven

Pour ceux qui l’ignoreraient, Onfray a une suite. Comme d’autres célébrités people, il peut compter, en effet, même si ce n’est sans doute pas lui qui tire directement leurs ficelles, sur une petite légion de redresseurs de torts électroniques qui, sitôt que vous avez publié le moindre commentaire tant soit peu critique ou nuancé à son propos, vous assènent, d’un ton peu amène, leurs quatre vérités, aussi carrées que l’objet de leur extase : vous ne comprenez pas le Maître. Le Maître ne se trompe pas. Le Maître est atypique. Le Maître est un bol d’air frais dans un PAF vicié. Le tout se terminant parfois par une ferme invite : suivez donc le Maître, inculte !

Mais nous le suivons, mes braves ! Pas de la même manière que vous, c’est-à-dire pas comme des idolâtres du grand pourfendeur des idoles, plutôt par curiosité intellectuelle. Et nous avons constaté qu’il n’est pas une émission à laquelle il ait récemment pris part lors de laquelle il n’ait, de manière aussi furtive qu’énigmatique, vanté les mérites des services de renseignement. Tout indique, entre eux et lui, l’éclosion d’une nouvelle idylle et, comme toujours, il vaut mieux, au début, ne pas trop en dire, se targuât-on de philosopher : cela pourrait compromettre la lune de miel…

Onfray : « je pense qu’il faut repenser la question de la Défense nationale à partir du service secret, à partir de l’information. On ne peut vraiment s’en sortir que si on prévient, pour empêcher que [des attentats aient] lieu. […] Ce sont des gens qui se connaissent tous, qui fréquentent les mêmes mosquées, qui connaissant les mêmes imams, qui sont dans les mêmes quartiers. Il y a une espèce de relation incestueuse entre tous ces individus. […] Moi, je suis [favorable à] ce qu’on puisse intercepter un certain nombre de conversations. Je ne suis pas contre ça, moi. »

N (de Z & N) : « un Patriot Act, en fait ? »

Onfray : « oui, sauf que, quand c’est le Patriot Act de Bush, on voit bien ce que ça veut dire : c’[était] aussi une façon pour Bush de maintenir son pouvoir en place et […] de vendre des armes, puisque [la guerre d’Irak] était nécessaire pour pouvoir entretenir le complexe militaro-industriel. […] Il faudrait une vraie pensée de gauche sur la question du service secret. »

A la décharge de l’anarchiste libertaire, qui dit s’inspirer de Proudhon – « parce que, selon Proudhon, une place importante, dans l’organisation anarchiste, est dévolue à l’Etat » (1) –, et pour faire taire sa horde de pitbulls de poche, précisons qu’avant de proposer une sortie de crise par une surveillance étatique accrue, Onfray avait dit tout le mal qu’il pensait des aventures guerrières des dernières décennies au Moyen-Orient, et très largement imputé le marasme actuel aux relations troubles entretenues par feu Mitterrand avec le parti de l’Infréquentabilité. Soit écrit en passant, il aurait pu y ajouter le double jeu cynique qui avait consisté à faire miroiter à une jeunesse paupérisée, marquée ethniquement, des lendemains qui chanteraient, à travers la fumeuse Marche des Beurs notamment, en n’ignorant pas que les promesses seraient, pour le moins, difficiles à tenir, et que, dans le meilleur des cas, l’embourgeoisement d’une clientèle électorale quasi privative n’augurerait rien de bon…

Cette incise conclue, revenons à nos moutons.

« Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ». Après s’être longtemps frappé le torse suite à son camouflet historique de 2002, la gauche n’a cessé, depuis lors, visant quelque tardive rédemption, de se profiler à son tour sur le terrain sécuritaire, jurant ses grands dieux qu’on ne l’y reprendrait pas. La conséquence logique d’un tel aggiornamento est incarnée aujourd’hui dans toute sa rutilante mais creuse superbe par un premier ministre de gauche plus à droite que jamais, bombardé à son poste on ne sait trop comment (Cinq petits pourcents aux primaires suffirent, apparemment, à déplacer des montagnes.), qui, après avoir ressorti du garage, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, la vieille machine rouillée de la Guerre contre la Drogue, recycle aujourd’hui, comme un vieux 33-tours rayé, la sempiternelle, l’infernale, l’asphyxiante logorrhée de la Guerre contre la Terreur, qui, en effet, a brillé par son succès. L’escalade dans l’anachronisme suit ainsi la même trajectoire que l’ascension politique de l’intéressé, dont les livres d’histoire, pour autant qu’ils s’attardent sur lui, n’auront aucune peine à décrire la vaine fourberie : que serait-il sans ses « ennemis de l’intérieur » ?… (2)

Selon Onfray, il appartiendrait désormais à la gauche, à l’aune du One-Seven, de s’enfoncer davantage dans la gadoue, quitte à y perdre définitivement l’ectoplasme de son âme. Que l’on ne vienne surtout pas nous taxer de bisounourserie : à défaut de leur appliquer la logique de dissuasion nucléaire, dont chacun  sait qu’elle a rendu le monde plus sûr, les services secrets ont, en effet, un rôle à jouer en démocratie, à la condition expresse, bien sûr, que ce soit aux intérêts de la démocratie, et non à ceux de quelque phalange, fût-elle élue, qu’ils se proposent de veiller…

Or, à cet égard, l’ambiguïté du discours d’Onfray fait froncer les sourcils, lui qui affirme par ailleurs qu’ « on ne [lui] fera pas croire que les services secrets n’étaient pas au courant ». En l’occurrence, il serait ardu de nier que cette affirmation contient sa dose de fraîcheur dans le contexte docile du relai univoque de la Parole d’Etat, auquel, en marge de Charlie Hebdo, nous ont drillé les détenteurs de privilèges. Sa potentielle causticité pourrait même aller jusqu’à remettre en cause la compétence du dénommé Calvar, qui préside aux destinées de la DGSI, et au patronyme duquel il ne manque que deux voyelles, comme avait été mise en cause celle d’un certain Tenet, lui aussi actif dans le métier, naguère. Comment donc : ils savaient et ils n’ont rien fait ? Comment expliquer pareil attentisme ? La nécessité de revoir certains budgets à la hausse ? Celle de muscler l’Etat face la débandade, le traité transatlantique en toile de fond ? Celle de rendre légales des pratiques jusque-là confinées au flou juridique ? Nous sommes en démocratie, Monsieur !

L’ambiguïté est la suivante : si les services secrets savaient, comme Onfray l’affirme, c’est-à-dire s’ils avaient, il y a quelques mois, cessé de pister les mouvements des nouveaux barbares en parfaite connaissance du danger que ceux-ci feraient courir à la société, voire – pire encore – s’ils ont continué de les pister, en quoi les outils de surveillance et d’interception d’ores et déjà à la disposition desdits services, que ce soit en vertu de la dernière loi de programmation militaire (3) ou de l’équivalent de ce que l’on présente, en Belgique, sous l’euphémisme de « méthodes particulières de recherche » (4), leur étaient-ils insuffisants ? En toute logique, dans l’hypothèse avancée, c’est d’une déficience qu’il a été question, d’un « dysfonctionnement », comme on disait au moment de l’affaire Dutroux, non pas d’un manque de moyens, ni d’un cadre législatif inadapté.

S’ajoute à cela qu’au moment où l’interview d’Onfray était enregistrée, les auteurs présumés des faits (5) étaient en cavale. Leur parole, qui aurait pu être instructive pour ceux qui cherchent à comprendre sur base de faits, à jamais, depuis, s’est éteinte, jetant un voile sur les possibles ramifications de leur éventuel réseau, en France et à l’étranger. Or, comment, dans ces conditions, faire le portrait exact de l’ennemi ? Partant, comment proposer des remèdes à un mal indéfini ?

Malgré l’indépendance qu’il se ménage, Onfray est un personnage public. Il est étonnant que, du côté du miroir qui est le sien, le côté où l’on dit aux autres, par opposition à celui où l’on s’entend dire, il ne se rende pas compte de la profonde inconséquence de son raisonnement. Un événement que les services secrets auraient pu, selon lui, empêcher, sans excéder leurs prérogatives actuelles, devrait ainsi, à l’écouter, donner lieu au même type de profilage racial (6) que celui dont s’émeuvent, depuis deux ans, les musulmans des Etats-Unis (7). Ne serait-ce pas prendre l’une des causes du malaise pour sa solution ?

La France requiert-elle l’instauration de cours FISA (8), qui, loin de leur objet originel (à savoir se prémunir contre l’espionnage étranger), sont devenues, d’injonctions secrètes en remises en cause du contradictoire de la procédure, le symbole même de la négation du principe de Justice ? La France doit-elle introduire dans son droit une section 1021 du NDAA (9), qui officialiserait la détention ad vitam d’individus, sans autre forme de procès ? Incombe-t-il à la France, si tant est qu’elle ne le fasse déjà, de collecter et de consigner en masse, à l’instar de la NSA, l’ensemble des informations échangées par ses citoyens ? Voilà, parmi tant d’autres, quelques effets du Patriot Act voté, sous Bush, par le Congrès états-unien, avant d’être renforcé par Obama. Onfray songe-t-il à des mesures de ce type, lesquelles ont, depuis longtemps, excédé le cadre strict de la lutte contre le terrorisme, ou celles-ci ne sont-elles pas suffisamment de gauche, pas suffisamment anarchistes, pas suffisamment libertaires à son goût ?…

Au riant pays de la liberté d’expression brièvement réexhumée, l’on entendra, dans les semaines et les mois qui viennent, les pires sottises, les pires excès. La Bonne Parole économique de nouveau retentira dans les chaumières. En l’absence de nouvelle surprise, les manifestants d’hier auront tôt oublié ce pour quoi ils avaient manifesté. Les doux rêveurs qui, feignant de ne pas comprendre l’éphémère de l’iconographie des nouvelles, ou incapables de se faire à l’idée du précipice, se seront bercés de douces illusions quant à l’éternité de la grâce surfaite qui semble imbiber, pour l’heure, les esprits, en seront, bien entendu, pour leurs frais. Les philosophes de l’urgence continueront de tenir, sur le vif, des propos décousus. Et il ne viendra à l’idée de personne de donner enfin des couleurs aux médias, au Parlement, à la Justice.

Mettre les services secrets sous stéroïdes, quitte à en faire une pieuvre administrative aussi pléthorique qu’aux Etats-Unis, où près de six millions de personnes sont directement ou indirectement liées aux diverses agences de renseignement ? En faire un nouveau mammouth ingérable, donc dangereux en soi ? Ce qui a explosé à la gueule de la France, mercredi dernier, ce n’est pas le rejet de sa devise, mais le cruel rappel de ce que ses pseudo-élites en ont fait. Qu’est devenu le pays de Cocagne qui prenait le temps de vivre ? Est-ce à lui ou à un pays parallèle que la racaille était invitée à s’assimiler ? Qu’est devenu l’esprit frondeur ? Qu’est devenu l’esprit critique ? Peut-être le philosophe devrait-il, plutôt que de laisser libre cours à une éjaculation précoce, s’atteler à répondre en priorité à quelques questions qui ressortissent du temps long…
___________
(1) il s’agit ici d’une citation approximative, mais la pensée n’est pas tronquée.

(2) Sources : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20121012.FAP0401/terrorisme-valls-met-en-garde-contre-l-ennemi-interieur.html
http://www.liberation.fr/societe/2013/02/15/valls-evoque-des-dizaines-de-merah-potentiels-en-france_881982

(3) Lire : http://www.nextinpact.com/news/91534-le-decret-l-article-20-lpm-publie-on-fait-point.htm

(4) Lire : http://www.liguedh.be/2005/424-methodes-particulieres-denquete-un-projet-de-loi-dangereux-pour-les-droits-fondamentaux
http://editionslarcier.larciergroup.com/titres/31404_2/les-methodes-particulieres-de-recherche-et-quelques-autres-methodes-d-enquete.html

(5) Sans jeter nécessairement la pierre aux forces de l’ordre, qui n’avaient sans doute d’autre option que de neutraliser les suspects, il importe de garder à l’esprit que si notre justice n’est pas celle des cowboys, c’est parce qu’il y a des motivations légales et rationnelles à cela. En l’occurrence, la présomption d’innocence qui régit l’Etat de droit est sans doute avant tout sémantique. Mais le fait que les intéressés aient été tués à leur tour ne saurait faire oublier que cette présomption se fût appliquée à eux si tel n’avait pas été le cas. Par ailleurs, de très nombreuses zones d’ombre continuent de planer, tant sur les motivations précises des attentats, que sur leur élaboration. Et un seul coup de fil (précipité) de BFMTV à l’un des intéressés ne suffit pas davantage à nous donner les indications suffisantes pour éclaircir les premières (Faudrait-il le croire sur parole ? Dans quelles conditions l’entretien a-t-il été réalisé ? En quoi le flux médiatique en a-t-il influencé le contenu ?) que la revendication par la Base de Données (al Qeada) dans la Péninsule arabique, deux jours après les faits et uniquement après d’initiaux messages de soutien aux origines diverses, ne suffit à écarter la possibilité d’une ratification a posteriori, l’implication d’autres commanditaires, ou, au contraire, un acte purement isolé, auquel se serait, pour le pire, adjoint un autre.

https://firstlook.org/theintercept/2015/01/09/alwaki-paris/

(6) ‘Communautariste’, diraient les puristes du langage, mais, dans la pratique, les deux notions se confondent, en l’occurrence…

(7) Source : http://www.theatlantic.com/politics/archive/2013/03/the-horrifying-effects-of-nypd-ethnic-profiling-on-innocent-muslim-americans/274434/
https://firstlook.org/theintercept/2014/07/09/under-surveillance/

(8) Lire : https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Foreign_Intelligence_Surveillance_Court

(9) Lire : https://en.wikipedia.org/wiki/National_Defense_Authorization_Act_for_Fiscal_Year_2012

***

Gérard Longuet, sénateur UMP : « il y a un sujet qui n’a jamais été évoqué […], c’est l’internement administratif. On ne peut pas le faire aujourd’hui. L’étape d’après, s’il y a vraiment un problème majeur, c’est la prévention par l’internement administratif. Aujourd’hui, personne n’en a parlé. »

Vanessa Burggraf, journaliste France 24 : « c’est-à-dire, l’internement administratif ? »

Longuet : « eh bien, ça consiste à prendre des gens susceptibles de…, et de leur dire : « désolé, vous êtes susceptible de…, et donc on vous met [dans un camp militaire] pendant six mois, et on attend que ça se passe [comme cela avait été fait pour les Harkis]. »

Burggraf : « on les incarcère, en fait sur [base de] soupçons… »

Longuet : « euh, [sur base d’] une présomption, oui. Le sujet n’a pas été évoqué ; il est lié à l’état d’urgence et à l’article 16, mais il est possible juridiquement. »

Roger-Georges Querry, ancien directeur de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT) : « c’est un acte administratif qui peut faire l’objet d’un contrôle judiciaire. »

Burggraf : « ça vous paraît une bonne idée […] ? »

Querry : « on n’est pas mûrs aujourd’hui. »

Longuet : « ce n’est pas une nécessité aujourd’hui. »

France 24, Le débat, 22 janvier 2015

***

(ajout du 11 janvier 2015)

Non !

Non, il ne faut pas que nous suivions tous béatement le mouvement de l’émotion qui nous est distillée, que nous laissions notre humanité se faire prendre en otage par des desseins qui nous échappent, notre raison s’agenouiller devant la gravité de l’instant !

Parce que, sans renoncer à l’harmonie qu’après l’orage l’instant rend propice, être soi représente le plus digne des hommages.

Parce qu’il faut faire sans courber l’échine devant qui que ce soit, sinon ne pas faire du tout.

Parce qu’une soumission vaut l’autre, et qu’aucune ne vaut quoi que ce soit.

Parce que maintenant, c’est debout ! Parce que maintenant c’est libres, parce que maintenant c’est égaux, parce que maintenant c’est fraternels, que nous dirons ce qui bon nous semble ! Et si le système en suffoque, qu’il aille donc prendre l’air…

Non, il ne faut pas que nous échangions soudain la témérité pour l’insipidité, l’adversarisme pour l’unanimisme, le fielleux pour le mielleux ! Parce que tel n’était pas l’esprit de ceux dont nous pleurons la perte !

Parce que l’insipidité n’a jamais imprimé le moindre changement, parce qu’elle était déjà là, partout, suintant la médiocrité, le factice et l’exigence de premier degré, et qu’il importe plus que jamais qu’à défaut de faire enfin place à la consistance, elle n’envahisse pas tout, même le plus antinomique.

Parce que l’unanimisme est le contraire d’une vertu démocratique, un contraire voué à s’évanouir si le corps est vivant, un contraire qui n’a jamais été et ne saurait être un programme de société, un contraire qui tourne le dos à la dispute qui a fondé et qui caractérise l’esprit républicain, une dispute qui, aujourd’hui, se doit certes d’être pacifique, mais dont l’énergie ne saurait se tarir face aux incessantes insultes adressées aux peuples comme aux individus.

Parce que le mielleux a sa place dans l’intime, pas dans l’arène politique, où la validité et la puissance des arguments devraient seules régir la scène.

Non, il ne faut pas exiger de chaque musulman(e) de France qu’il ou elle sorte du bois comme si le seul fait qu’il ou elle appartienne à une communauté particulière le ou la rendait plus proche des meurtriers que les autres Français !

Parce que ce serait une négation des principes de liberté individuelle et d’indivisibilité de la République, qui maintiennent vivace la flamme de l’identité nationale, que certains peinaient tant à cerner.

Parce que ce serait aussi du temps perdu, tant la montée du péril si redouté par d’autres ne saurait être contenue par la Raison vainement escomptée de la part de la souche ainsi proclamée de l’arbre tricolore, et moins encore, regrettablement, par une quelconque symbolique rituelle sensible.

Non, il ne faut pas permettre aux charognards de la technocratie internationale, déjà réunis en toute hâte pour cueillir les fruits de la tragédie, d’instiller leur poison homéopathique en se prétendant les détenteurs du remède !

Parce qu’ils se considéreraient mandatés par des foules immenses pour fouler au pied plus encore les droits de ceux et celles qui les composent.

Parce qu’ils détricoteraient plus encore, en notre nom mais à notre encontre, le délicat maillage de fils dorés qui constitue notre Toison.

Parce qu’au nom de la vertu, ils s’armeraient de quantité de nouvelles lois d’exception, qui ne mèneraient qu’au vice de l’arbitraire.

Parce qu’ils s’immisceraient plus encore dans nos vies, dans lesquelles ils sont moins que jamais les bienvenus !

***

(added March 21, 2015)

Here comes the Frenchiot Act…

1/ No judicial approval / oversight needed for invasive surveillance techniques

The executive branch is the only power left : there’s no longer any need to separate it from the rest ! Are judges hindering terrorism investigations ? Huh, nope, we just find it more straightforward that way !

2/ Intelligence services shielded from complaints / lawsuits

So you thought you had rights, huh ? Silly motherfucker !

3/ “Threatening economic interests” = ending up on the intelligence services’ watchlist

– Where are you going, honey ?

– I’m going to the anti-TTIP demonstration, mom !

– Oh my God, my son’s a terrorist…

4/ Imsi catchers and other tracking devices allowed, wiretaps / cameras in a person’s home / car as well

Even better than Chaturbate : Govturbate. Try it for free now !

5/ National security letters sent to the ISPs

Vi have ze means to make you shut up !

6/ ISPs forced to upload a special algorithm meant to monitor people “WITH A DEVIANT BEHAVIOR” (SIC !)

– Popo, popo ! Hide the stash !

– Relax, man, they’re only France Telecom technicians…

http://www.liberation.fr/societe/2015/03/19/projet-de-loi-l-extension-du-domaine-du-renseignement_1224379

***

(ajout du 5 avril 2015)

Ca y est, on peut le dire : Valls est un « Mussolini à moitié trisomique »…

Pas plus que les juifs ne sont responsables de ce qu’ils sont, les personnes trisomiques ne sont-elles tributaires de leur état. Quand bien même, cependant, les abaisser au rang de premier ministre serait leur faire fort peu d’honneur, le tribunal correctionnel de Paris a avalisé la métaphore, pour ces motifs :

« que l’on apprécie ou non le ton de l’auteur, son propos est l’expression d’une opinion politique, visant un personnage public, dont les choix amènent tant à solliciter les suffrages qu’à se soumettre à la critique. »

http://www.francetvinfo.fr/societe/justice/dieudonne/dieudonne-relaxe-dans-pour-avoir-qualifie-valls-de-mussolini-moitie-trisomique_857589.html

Amis lecteurs trisomiques, réjouissez-vous avec nous de ce formidable progrès pour la liberté d’expression, qui laissera sans nul doute dans les palais du pouvoir un goût amer que celui-ci ne manquera pas d’entreprendre de conjurer !

Mussolini, The Doctrine of Fascism, 1932 (audio book)

***

Pour une séparation entre l’Eglise et l’Etat… enfin !

« […] »Si Alain pense qu’être sarkozyste est utile et cohérent, il en a le droit« , balayait Valls il y a quatre ans, « l’amitié transcende les clivages politiques (…]. On se retrouve sur la sécurité et, globalement, on est toujours en phase. » […]

Les strauss-kahniens Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe Cambadélis, François Kalfon, Anne Hommel et Jean-Jacques Urvoas se rendent donc sans l’ami Valls chez Drouant retrouver les PDG invités par Stéphane Fouks. Antoine Frérot, le patron de Veolia, est venu avec son communicant Laurent Obadia –un intime d’Alexandre Djouhri, le mystérieux intermédiaire en cour sous la Sarkozye. Autour des nappes blanches, on trouve aussi tout le réseau policier d’Alain Bauer – son « canal historique », dit l’un d’eux : le criminologue Xavier Raufer, formé à la droite extrême, le commissaire André-Michel Ventre, le secrétaire général du syndicat Alliance Jean-Claude Delage…

Les « frères » se saluent d’une table à l’autre : avec Philippe Guglielmi, pas moins de deux anciens grands maîtres du Grand Orient de France, que Alain Bauer a présidé de 2000 à 2003, sont du happening de Drouant. On offre des livres rares, des alcools forts millésimés. Les « anciens » de Tolbiac, les « copains d’avant », ont aussi préparé pour chacun des hôtes un reportage photo : des clichés sépia qui racontent la genèse d’une amitié « de plus de trente ans ». »

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/11/26/valls-bauer-fouks-le-pacte-de-tolbiac_1795920_823448.html

« Un réseau d’auteurs promouvant une vision du monde catastrophiste et une conception policière de la science, tout en faisant des affaires »

[…] Ainsi les outils de la conquête du monopole étatique de la production légitime de connaissance sur la sécurité se mettent-ils progressivement en place. Reste à mettre au jour la ligne intellectuelle et politique qui les guidera dans leur action. Pour cela, en deçà des orientations politiques du gouvernement français, il faut aussi connaître la conception de la recherche scientifique et de la « criminologie » que se font les acteurs du réseau qui porte et anime ces nouvelles institutions.

Prenons comme point d’entrée un article récent intitulé « Une vocation nouvelle pour la criminologie », signé par trois auteurs : Alain Bauer, Xavier Raufer et Yves Roucaute. Alain Bauer se présente comme « criminologue, enseignant à Paris I, II, V, à l’ENSP, à l’ENM-formation permanente, au CESG ; enseignant associé au John Jay College of Criminal Justice de New York et à l’Université de droit et science politique de Beijing (Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé) » ; pas moins de huit affiliations de type universitaire pour masquer le fait que l’auteur – qui, on l’a vu, se fera créer par la suite une « chaire de criminologie » au CNAM – est le leader de l’Observatoire national de la délinquance, conseiller du président Sarkozy ainsi que propriétaire depuis 1994 d’une société de sécurité privée (AB Associates) qui a beaucoup profité de l’ouverture d’un marché du conseil en sécurité auprès des municipalités dans la deuxième moitié des années 1990. Quant à Xavier Raufer, ancien journaliste et ancien militant d’extrême droite de premier plan, auteur de très nombreux ouvrages sur le terrorisme et les « nouvelles menaces », il est chargé de cours à l’Institut de criminologie de Paris mais se présente comme « directeur des études et de la recherche, Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines, Institut de criminologie de Paris, Université Paris II ». Dans le magazine Valeurs actuelles (où il est chroniqueur régulier) en date du 20 novembre 2008, M. Raufer signe même une tribune en tant que « professeur de criminologie à l’Université Paris II », ce qui constitue une usurpation de titre. Enfin, le troisième signataire du texte, Yves Roucaute, est le seul véritable professeur des universités (à la faculté de droit et de science politique de l’Université Paris X). Ancien journaliste lui aussi (il a été membre de la direction de la chaîne publique France 3), ancien membre de plusieurs cabinets ministériels de droite, défenseur de la guerre en Irak en 2003, chroniqueur sur le site Internet « La droite libre », soutien de Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale de 2007, il a ainsi été nommé directeur des Cahiers de la Sécurité, la revue de l’Institut national des hautes études de la sécurité (INHES), organisme public dépendant du ministère de l’Intérieur. Cette revue était devenue une « revue de sciences sociales » (c’était son sous-titre) dans les années 1990 et au début des années 2000 ; mais elle a fait l’objet d’une forte évolution idéologique fin 2006, conduisant à l’éviction de nombreux chercheurs (la plupart des membres du comité éditorial ont démissionné) et à un retour à une production intellectuelle où dominent les orientations politiques actuelles et où s’expriment beaucoup plus les hauts responsables policiers.

De manière plus générale, c’est l’ensemble de l’INHES qui a fait l’objet d’une reprise en main politique fin 2006. Pierre Monzani, un préfet proche des cercles politiques présidentiels a été nommé directeur dans ce but. Cette nomination avait un caractère sulfureux : proche de l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua (il fut son conseiller pour la sécurité au ministère de l’Intérieur en 1994-1995), M. Monzani avait en effet été mis en examen par la justice pour « complicité de blanchiment d’argent » en 2004. Membre important du réseau déjà évoqué « La droite libre », ses opinions sur la délinquance n’en sont pas moins radicales dès lors qu’il s’agit des « voyous » que sont les « jeunes immigrés » des banlieues. Sans surprise, le nouveau directeur a prolongé et amplifié la politique de ses prédécesseurs depuis 2002, consistant à éviter les recherches sur la police pour les recentrer uniquement sur les phénomènes de délinquance. Le comité scientifique prévu par le décret de création de l’institut n’a jamais été réuni. Enfin, le nouveau directeur a supprimé la division « Recherche » de cet institut (dont la responsabilité était confiée à un chercheur) pour la fusionner avec le service des « Études » dirigé par un commissaire de police proche du pouvoir et dont le staff est composé essentiellement de policiers. D’un point de vue organisationnel et idéologique, la « vocation nouvelle » de la criminologie est donc déjà assez claire dans ce réseau d’acteurs : c’est une vocation policière. Et la lecture du texte est là pour le confirmer de façon du reste assez explicite.

Ainsi, pour les auteurs de cet article sur la « vocation nouvelle pour la criminologie », il n’existe aujourd’hui en France qu’une « criminologie sociale » s’intéressant aux « déviances individuelles » et « visant à enrichir ou infléchir des politiques publiques (sociale, ou “de la ville”) », ignorant ainsi « ce qui est stratégique aujourd’hui : les formes collectives de criminalité (crime organisé, terrorismes) ; les formes transnationales de criminalité (cartels, mafias, etc.) ; les formes criminelles propres à l’état présent du monde (la “face noire” de la mondialisation) ». Ils appellent ainsi « à une large révision des représentations et des significations dominant aujourd’hui le champ phénoménal de la criminologie », qui requiert par ailleurs l’ouverture de la criminologie d’une part aux relations internationales, d’autre part aux « sciences dures » (chimie, biologie, physique). Enfin, cette criminologie embrassant désormais toutes les sciences préexistantes a très clairement les allures de ce que l’on pourrait appeler une science policière, définissant les menaces et les personnes ou les groupes à risque qu’il vaudrait traiter. Ainsi, « la criminologie nouvelle devra d’abord observer les phénomènes criminels dans un esprit de décèlement précoce ». Il s’agit de repérer les « nouvelles menaces » pour les stopper à temps. Le but de cette « criminologie refondée » serait « d’abord de répondre aux questions fondamentales : qui sont aujourd’hui les criminels (et comment évoluent-ils) ? Où sont-ils ? Combien sont-ils ? Que font-ils et pourquoi ? ». Cette « nouvelle criminologue » semble donc s’apparenter au travail des Renseignements généraux. Ainsi conçu, le criminologue travaille pour le policier qui, derrière lui, viendra interpeller les criminels ainsi identifiés. Dans cette conception de la « vocation nouvelle de la criminologie », cette dernière devient au fond une branche de la police scientifique.

Telle est donc la doctrine qui sert de cadre intellectuel global à toutes ces entreprises et qui est emblématique de la pensée sécuritaire telle qu’elle domine dans une partie des milieux politiques, policiers et militaires et s’exprime au grand jour depuis la fin des années 1990, notamment à travers le slogan de la « tolérance zéro ». Il s’agit fondamentalement d’un type de pensée sécuritaire mettant l’accent sur le lien entre les « menaces » intérieures et extérieures. Ce terme de « menaces », directement repris du langage militaire, constitue une pierre angulaire autour de laquelle tournent travaux et institutions. Ainsi le centre créé par X. Raufer à l’Université Paris II vise-t-il à étudier les « nouvelles menaces contemporaines », régulièrement décrites dans un langage catastrophiste. Par exemple, écrit après les attentats du 11 septembre 2001, l’ouvrage intitulé La guerre ne fait que commencer est ainsi présenté :

« Nébuleuses clandestines, structures tentaculaires, attentats-massacres, réseaux financiers, fanatisme, faillite du renseignement, fragilité de la mondialisation, désarroi des populations, inefficacité du système militaire classique : la destruction du World Trade Center est bien l’acte fondateur du siècle nouveau. Sans précédent ni comparaison, une guerre planétaire le marquera. Elle sera terroriste. Et n’épargnera ni l’Europe, ni la France où des formes virulentes de violences urbaines et de criminalité peuvent demain évoluer vers un pur et simple terrorisme. »

À l’intérieur du livre, l’analyse du terrorisme est pourtant indigente et ne s’appuie sur aucune méthodologie scientifique et aucune étude systématique de données quelles qu’elles soient – comme c’était déjà le cas dans les travaux précédents des deux auteurs sur les « violences urbaines » et la délinquance juvénile. Mais seul compte le message qui est martelé en permanence, jusque dans les rapports officiels de l’OND. Ainsi André-Michel Ventre, le nouveau directeur de l’INHES, écrit-il dans la préface du dernier rapport de l’OND :

« Les évolutions politiques, économiques, sociales ou culturelles ont fait apparaître de nouvelles fragilités et donc de nouveaux risques pour la société et les individus qui la composent. Les nouvelles formes de violences, le radicalisme politique ou religieux, l’usage des nouveaux moyens de communication comme vecteurs du racisme et de l’antisémitisme, le terrorisme islamique mais également les mouvements sectaires ou la cybercriminalité forment un ensemble de nouvelles menaces polymorphes. Celles-ci sont de moins en moins prévisibles, tendent à devenir insaisissables et nécessitent l’adaptation constante de nos réponses publiques. »

« Stratégie globale » et « décèlement précoce » face aux « nouvelles menaces » de la « mondialisation criminelle », reliant la « violence urbaine » au terrorisme et au cyber-crime, tels sont les mots clefs de ce réseau d’auteurs qui partagent une vision policière du monde et donc aussi, logiquement, une conception policière de la recherche. Le tout en évitant soigneusement toute recherche portant sur la police elle-même. Beaucoup d’entre eux sont du reste de hauts fonctionnaires de la police nationale, qu’il s’agisse d’A.-M. Ventre, commissaire divisionnaire de la police nationale et ancien secrétaire général du Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale (SCHFPN), de Luc Rudolph, inspecteur général de la police national, ancien conseiller pour la sécurité au cabinet de N. Sarkozy quand ce dernier était ministre de l’Intérieur, ou encore d’Émile Perez, commissaire divisionnaire, responsable de la formation (initiale et continue) de la police au plan national puis président-fondateur, en 2007, de FRANCOPOL, réseau international francophone de formation policière, lui aussi ancien secrétaire général du SCHFPN et coauteur avec A. Bauer de deux livres publiés aux Presses universitaires de France.

C’est aussi leur engagement politique aux côtés des leaders de la droite politique incarnant la doctrine sécuritaire qui relie les membres de ce réseau. Ainsi ont-ils activement contribué à la campagne sur « l’insécurité » qui marqua l’élection présidentielle de 2002. À l’appui de l’argumentaire de la droite politique dans cette campagne, Luc Rudolph et Christophe Soullez publièrent un ouvrage intitulé Insécurité : la vérité, dont la couverture était déjà bien explicite :

« Désormais, la hausse de la violence semble n’avoir d’égale que l’impuissance de l’État. Et l’impunité des délinquants, que le découragement des victimes. Errances des hauts fonctionnaires, aveuglement des magistrats, mutisme des avocats, surdité des journalistes, renoncement des politiques, et frustration des policiers : rien ni personne n’est ici épargné. Que disent en fait les statistiques ? Pourquoi une telle gestion chaotique ? Comment penser l’immigration, la ville, la prévention et la répression ? La proximité est-elle la solution miracle ? Et la prison doit-elle rester tabou ? »

Naturellement, en 2007, le discours s’inversa et les deux auteurs se livrèrent cette fois à un éloge de la politique de Nicolas Sarkozy, ce dernier préfaçant même leur nouveau livre et P. Monzani signant la postface. Dans cet « ouvrage de propagande électorale », les auteurs estiment que les résultats du ministre de l’Intérieur N. Sarkozy sont « miraculeux » compte tenu des résistances, mais qu’il reste encore de nombreux chantiers, en particulier la menace terroriste rendue particulièrement saillante en France du fait de la présence d’un « vivier de cinq millions de musulmans en France dont 5000 militants du salafisme, et son prosélytisme » et d’une population d’immigrés clandestins « en mal d’intégration », ainsi que la délinquance des mineurs protégée par une ordonnance de 1945 depuis longtemps obsolète face à des « voyous endurcis » dont on pourrait pourtant prévenir les méfaits grâce à une véritable politique de « détection précoce » dès l’âge de 3 ans. Notons au passage que les auteurs estimaient pour finir que « tant qu’il n’y aura pas de politique transversale de lutte contre l’insécurité, que n’auront pas été listés tous les sujets relatifs à ce thème à travers tous les ministères, et tant qu’ils n’auront pas été mis “sous tutelle” du ministère de l’Intérieur, la lutte contre l’insécurité restera une utopie ».

L’on comprend mieux désormais pourquoi ce réseau d’auteurs recherche activement une forme de légitimité universitaire et scientifique et pourquoi ils se sont emparés de l’étiquette de « criminologues », d’autant plus facile à endosser que cette discipline n’existe pas en France et qu’aucun diplôme universitaire n’est requis pour l’afficher. Cette stratégie est parachevée par la concentration des publications chez des éditeurs parisiens de type universitaire. D’abord les Presses universitaires de France, en particulier la collection générale « Que-sais-je ? », ainsi que la collection « Criminalité internationale » dirigée par X. Raufer. Ensuite CNRS éditions, qui ont fait l’objet depuis quelques années d’une reprise en main visant à les aligner sur les standards économiques des autres maisons d’édition. Dans les deux cas, l’accès à la publication est simple. Il consiste, comme le déclare A. Bauer lui-même, de verser des subventions à ces éditeurs qui sont par ailleurs apparemment complices du contenu des ouvrages édités.

Enfin, il semble que le dernier lien unissant au moins une partie des acteurs de ce réseau soit la perspective de réaliser ensemble des affaires. Celles d’A. Bauer n’ont jamais cessé : « Actuellement, la société vend – “fort cher” – des prestations à des grands groupes (sûreté aéroportuaire, jeux en ligne, transports de fond), en sous-traitance avec des jeunes chercheurs de l’Institut de criminologie de Paris II. » De manière générale, ce réseau semble bien implanté dans le monde de la sécurité privée. C’est un point qu’il faudrait enquêter de façon plus approfondie et qui est d’autant plus important que la tendance politique actuelle est clairement favorable au développement de la sécurité privée à qui les États délégueraient de plus de plus de missions dans une doctrine que le président de la République N. Sarkozy – qui assurait la présidence de l’Union européenne en 2008 – appelle « la coproduction des solutions public-privé de sécurité » dans sa préface au Livre blanc sur La participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe :

« Il appartient à chacun des acteurs de la sécurité d’œuvrer pour organiser ce secteur, garantir son expansion économique et harmoniser la législation européenne. Tels sont nos objectifs qui doivent être ceux de l’ensemble de nos partenaires européens pour garantir mieux encore la sécurité de nos concitoyens. »

C’est en tout cas l’un des paradoxes de la situation actuelle en matière de politiques de sécurité : tout en ne cessant de réaffirmer sa légitimité et sa détermination à mener la « guerre au crime », le gouvernement réduit en réalité le nombre de fonctionnaires (policiers et gendarmes), favorisant de fait le développement de substituts tels que la vidéosurveillance et, plus largement, la sécurité privée. […] »

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=POX_089_0195

***

« Dans la franc-maçonnerie française, une fraternelle est une association indépendante des obédiences maçonniques qui regroupe des francs-maçons de même profession ou de mêmes affinités, sans tenir aucun compte des éventuels conflits qui peuvent opposer les obédiences dont ils sont membres. »

(Wikipedia)

Kouachi-Kouachi-Coulibaly« Il y a un ordre public » très matériel « à côté de la Loi. »

A Vallini, Mots croisés, France 2, 13 janvier 2014

La filière BauerDans l’ombre de Jakin et de Boaz, les deux colonnes de l’ADN maçonnique qui tant aspirent, depuis tant d’années, à se faire surplomber par un troisième pilier prétendument fédérateur, lequel pourrait prendre l’image d’un gratte-ciel supplantant deux tours corrompues, il est interdit de faire des affaires. Dans l’enceinte du temple, il n’y a de place que pour la prière ! Point de sonnant et trébuchant ! Tout au plus quelque vidéosurveillance, peut-être… La « fraternelle » est la parade à cette odieuse restriction. Lorsque vous entendez « affaires » et « corruption », pensez « fraternelle »…

***
« Le Grand Orient a été l’Eglise et le parti de la République et a construit la boîte à outil de la citoyenneté. Franc-maçonnerie rime avec démocratie. »

A. Bauer, Le Monde, 6 septembre 2005

Détecter la délinquance dès l’âge de 3 ans: l’UMP relance l’idée

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2008/12/01/1342749_frederic-lefebvre-veut-detecter-la-delinquance-des-l-age-de-3-ans.html

***

(ajout du 16 avril 2015)

1 + 1 = 3

« Une amitié est perdue quand il faut songer à la défendre », avait affirmé Péguy. Le paraphrasant, on pourrait dire qu’un ordre est perdu quand il faut songer à l’imposer. Ou chacun, chaque individu, chaque citoyen, trouve son compte dans une organisation sociale déterminée, ou il la rejette, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Ou, dès lors qu’une majorité la rejette pour de bonnes raisons, que les sondages pas plus que les marcs de café ne permettent d’établir, la structure s’adapte conformément à ses principes, ou elle est vaine et frauduleuse. Si elle est, à juste titre, rejetée par une majorité, ou vouée à l’être à mesure que seront révélés ses modi operandi, peu importe que ses promoteurs passent outre à cet état de fait, ce qu’ils s’évertueraient à mettre en œuvre ne serait déjà plus un ordre. Ce serait autre chose : une forme de nihilisme, qui nierait à la fois les principes et l’existant, qu’il transformerait en rien prétendument façonnable. Ce serait, selon le mot de Ferré, qui l’avait employé dans un contexte particulier, « l’antichambre du fascisme ».

Cazeneuve (minister of the Interior, socialist)

Qu’ils sont attendrissants, toutefois, ces petits chroniqueurs qui mettent en garde contre l’utilisation que ferait de la surveillance de masse, s’il venait à s’emparer des manettes du pouvoir, quelque parti réputé extrême. Il ne faut pas les blâmer : à rebours de tous les divertisseurs, pétrifiés à jamais dans l’ombre de leur lucarne, ils font état, eux, d’un soupçon de prise de conscience, dont ils ont l’obligeance de faire part au bon peuple. C’est un début. S’ils pointent du doigt un gouvernement qui excède ses prérogatives, ils ne sont pas moins en phase avec sa propagande, même s’ils l’interprètent différemment : que se prémunir signifie surveiller massivement ou, au contraire, s’en abstenir, les enseignements d’antan relatifs à la démocratie qui ne se prémunit pas suffisamment contre ses ennemis, ces enseignements qui leur ont été martelés dans la tête, produisent aujourd’hui leurs effets. Mais, comme leurs instituteurs ne leur ont pas fait répéter la seconde partie du diptyque, ils peinent à en mesurer les contours, lorsque leur lâcheté carriériste ne les en empêche. Aidons-les-y donc…

Le principal danger, de nos jours, mes chérubins, n’émane pas d’un quelconque démagogue qui conquerrait le pouvoir par les urnes, puis imposerait sa règle d’acier : lorsque les oies crient, elles n’annoncent pas un danger lointain. Lorsque les oies crient, le danger est déjà là, tout proche. Endogène et non exogène à Weimar, il provient des gardiens du feu, les vrais ennemis de l’intérieur, qui, naguère, avaient favorisé en masse l’ascension de la Bête, et semblent aujourd’hui opter, pour l’instant en tout cas, pour une stratégie nouvelle : celle de la démocratie des clones. Comme naguère, le mimétisme de tous est la clé de leur efficacité, mais, alors que, dans un système totalitaire classique, ce mimétisme devait être exprimé publiquement en guise d’allégeance, il doit aujourd’hui être intériorisé et tu, les sujets confinés à leurs enclaves respectives (1).

Pensez-vous que ne seront pas épiés à la loupe les agissements et interactions des détracteurs d’un projet de traité transatlantique porté, à la quasi-unanimité, par d’obscurs convents où le commun des mortels n’a pas sa place ? Prévenir le crime, c’est aussi prévenir les atteintes à des intérêts économiques majeurs et des engagements internationaux qui ne sont encore qu’ébauchés. Prévenir, selon cette logique, c’est s’assurer de la pérennité de l’esclavage virtuel. C’est donc déceler la différence, partout où elle se manifeste, car différence est signe d’insoumission. Or, il ne saurait y avoir de différence sans norme. Mais qui établit cette norme ?

CoIntelPro était un programme raciste de contre-espionnage intérieur développé par le FBI dès les années cinquante. Son objectif, tel qu’établi dans son antique manuel, était de « localiser les fauteurs de troubles éventuels et [de] les neutraliser » (2). Comment, sinon par le renseignement préalable, le FBI eût-il pu, en effet, procéder à l’assassinat à bout portant du Black Panther Fred Hampton et de ceux parmi ses amis qui avaient eu le tort d’être présents à ses côtés au moment où fut lancé le raid assassin ? Comment, sinon au prix d’une surveillance de tous les instants, les forces de l’ordre états-uniennes eussent-elles pu espérer pousser MLK au suicide avant de le tuer par balle ? Comment, sinon par une connaissance intime des intéressés à leur insu, tout ce que le monde compte de salopes de barbouzes pourrait-il manipuler des individus instables au point de leur faire commettre des meurtres ? Si les (autres) « ennemis de l’intérieur », les « tu me mets quelques blancos », ou encore les « quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » ne se rappellent pas à la mémoire de tous et de chacun, ils le devraient…

Léo Ferré, L’affiche rouge

Empêcher les trop nombreux « ennemis de l’intérieur », pour la plupart non- « blancos » et, a fortiori, « incapables de s’intégrer » à la logique oligarchique toute-puissante, de se fédérer, interdire à chacun séparément, sous peine de sanctions pénales (!), de rendre publique l’oppression administrative dont il ferait l’objet et dont il aurait, par hasard, obtenu confirmation : face aux procédures législatives d’urgence que rien ne motive, aux projets de loi d’exception qui font règle, aux référendums ignorés, le FN d’aujourd’hui a bon dos ! Le totalitarisme classique s’affirmait ; la survie du totalitarisme contemporain dépend de ce qu’il ne soit pas nommé comme tel, même si chacun, isolément, perçoit indistinctement son emprise.

Edern ressuscité n’en croirait pas son œil : ainsi, ce qui était immoral et illégal hier deviendrait, sans rien perdre de son immoralité, légal aujourd’hui, les abuseurs sanctuarisés ? Comment donc qualifier un système qui repousse toujours plus loin, par consentement populaire passif et non éclairé, les limites de la décence et de l’éthique ?!

Dans un système de clones, dans lequel plus la moindre idée nouvelle ne peut apparaître, le soudage volontaire de toutes les composantes du pouvoir politique classique, en ce compris l’essentiel de la caste médiatique, autour d’idées moribondes et mortifères aboutit d’autant plus à un résultat similaire à celui obtenu par une fusion forcée sous l’égide d’un supposé démiurge que les objectifs qui les sous-tendent tous deux sont contraires tant à l’intérêt général qu’à une somme considérable d’intérêts particuliers.

Winston est un écrivain anarchiste. Ce matin, il a envoyé un courriel à un journal en ligne français plutôt confidentiel dont il avait déniché les coordonnées sur la toile. Dans ce courriel, il informait le journal de son ambition de créer des passerelles transnationales dans la lutte contre l’euro. Peu après, il tenta de contacter un ancien ami anarchiste par téléphone, sans être sûr que le numéro composé soit encore le sien. Plus tard dans la journée, il se rendit chez l’épicier du coin, puis s’installa à une taverne. Une silhouette aux contours généreux lui sembla l’y suivre du regard.

Le courriel de Winston, effacé par les services de renseignement, n’est jamais arrivé à destination. Winston supposa que le journal qu’il avait contacté n’était pas intéressé par son offre. Après plusieurs essais infructueux, ses appels téléphoniques furent déviés : une agente du renseignement lui répondit avec un accent méridional que le numéro qu’il avait formé lui avait été attribué depuis au moins deux ans. Winston ne se posa pas de questions. Quant à la silhouette, qui sait quel était son véritable agenda ?

Urvoas (socialist)

Partout, que la surveillance soit avérée ou non, un plus un deviendra trois. En toute circonstance, il y aura un sentiment de surveillance : en marge de ses missions légitimes, une frange de l’Etat s’habilitera, comme un sale gosse à qui l’on n’aurait pas appris les bonnes manières, à s’insinuer où elle n’a pas sa place. La suspicion généralisée envahira petit à petit tous les rapports humains qu’elle n’avait pas déjà dévastés, suscitant un sentiment d’insécurité encore croissant. Un contre un deviendra plus encore la règle, et Un seul, l’Etat synarchique, vaincra.

L’Etat supplantera la conscience. Par autocensure suggérée, censure avérée, brimades diverses, et promesses de carrières, l’Etat dictera, à chacun séparément, l’opinion autorisée, de l’Holobusiness à l’anorexie, de la prostitution aux drogues, interdites quoique bénéfiques ou licites bien que délétères. Monopole intransigeant des opinions et des mots, l’Etat sera propriétaire des neurones et des cordes vocales. A chaque idée nouvelle, à chaque mouvement de lèvres, chacun pensera ‘Etat’. Bien plus encore que par la division, le règne par l’immixtion virtuelle permanente, la neutralisation du non-conforme, la mise au pas de l’imagination, l’étouffement de la vie…

Se mêler de ses affaires implique un degré de dignité que l’Etat et ses agents n’ont pas encore atteint, parce que l’Etat se compose d’hommes, et que trop souvent, chez bien des hommes, s’affublassent-ils de titres ronflants, le plus souvent usurpés – premier ministre, Gardien Supérieur de la Toison du Serment, patron, Grand Maître de l’Eternel Calice, journaliste, Grande Prêtresse de l’Impossible Rivage –, toute dignité autre qu’apparente fait défaut. Se mêler de ses affaires implique de considérer que nul n’est habilité à définir pour autrui son mode de pensée, son mode de vie, ses ambitions, ses conceptions propres d’une vie réussie et pertinente ! Nul n’est habilité à s’ériger en juge des choix d’autrui qui se limitent à autrui ! Nul n’est habilité, quel que soit le prétexte avancé, à s’immiscer dans les cercles intimes d’un individu ! Nul n’est habilité à adjoindre des conditions non dites aux conditions effectives requises pour l’exercice d’un droit !

Et nul ne parviendra, si un système politique enroué subit l’assaut des sables, à l’empêcher de finir éparpillé aux quatre vents !

Plus que jamais, que chacun se mêle donc de l’intérêt commun ! Plus que jamais, que chacun se mêle donc de ses affaires !
___________

(1) lire l’historien Sheldon Wolin à propos du « totalitarisme inversé » (inverted totalitarianism).

(2) « pinpoint potential troublemakers and neutralize them »

___________

Précision du 25 novembre 2015 : la citation prêtée à Cazeneuve ci-dessus, issue de :

http://www.telerama.fr/medias/loi-renseignement-2-minutes-pour-parler-des-libertes-fondamentales-ca-commence-a-bien-faire,125529.php

… est légèrement tronquée quant à sa forme.

La citation exacte, telle que prononcée par l’intéressé devant l’Assemblée nationale le 14 avril 2015, est la suivante : « il n’y a aucune disposition dans ce texte de loi, aucune, qui soit attentatoire aux libertés, qui remette en cause la liberté d’aller et venir, qui remette en cause les libertés individuelles, aucune, aucune, aucune, aucune. Si vous voyez un article de ce texte de loi qui remette en cause les libertés, vous me dites où il se situe. En revanche, il y a des dispositions qui peuvent être considérées comme remettant en cause la vie privée, et le droit à la vie privée ».

Or, comme l’indiquait Télérama, l’article 7 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (lequel relève du chapitre 2, « libertés ») précise : « toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ».

Evoquant l’état de droit à géométrie variable, tel que le conçoit un certain type de responsables politiques, la citation condensée ne trahissait donc pas le fond du propos de Cazeneuve…

RATM, Wake Up

***

(added Janary 14, 2015)

French Muslims are terrorized !

Nathalie Saint-Cricq, French journalist (public TV)

They say what goes around comes around. They say half a century of coups and puppet dictators in the Middle East, a decade and a half of neocolonialism, of wars of aggression and of drone killings, not to mention half a century of Palestinian humiliation, turned radical Muslims into what they’ve become. One thing is clear : all of this fundamentally undermined Muslim reformism.

They say the French have a rampant racist bias. They say France’s elites instilled a de facto cultural segregation, as if to sift the wheat from the chaff, the first-class from the second-class citizens, and that, whatever the latter attempt, they will always be looked at with suspicion. Here as well, one thing is clear : for the past ten years more than ever before since the end of the colonial wars, French Muslims have been going through hell.

So as to reassure the flaming critics who would consider asserting I might be confusing the perpetrators with the victims, I will make one thing very clear from the start : one major pillar of Western societies is individual liberty and responsibility. This implies there is basically no excuse, at an individual level, for perpetrating a crime against civilians : since the Nuremberg trial, we know following orders has repercussions if said orders are of an inhumane nature. This, even the late Anwar al-Awlaki could agree with, at some point…

Before changing his mind, the late scholar killed in a drone strike one day before his sixteen year-old son (individual responsibility, indeed !) had advocated retaliations against US military targets only. The reason he later gave to explain his mind switch was the following : “The American people live [in] a democratic system and that is why they are held responsible for their policies. The American people are the ones who have voted twice for Bush the criminal and elected Obama, who is not different from Bush as his first remarks stated that he would not abandon Israel, despite the fact that there were other antiwar candidates in the U.S. elections, but they won very few votes. The American people take part in all [their] government’s crimes. If they oppose that, let them change their government […]” (1).

In the lyrics to his song The Revolution Will Not Be Televised, Gil Scott Heron had already emphasized how illegitimate Ronald Reagan, that icon of US popular culture, was, in the perspective of democracy. Nowadays, things are no different : voter turnout at the latest US midterms was only 36,4 % nationwide (2). In France, more than forty percent of voters didn’t show up at the voting polls during the latest parliamentary elections (3). In addition to that, the French president’s popularity has been at an all-time low in the polls for months (4). An ever growing amount of people of all origins and backgrounds are simply fed up with their politicians and the everlasting austerity measures. And, in spite of the media’s promptness to beat the drums of war, there is also a huge discontent among the public, both in the US and France, about their countries’ bellicose endeavors. Therefore, it is wrong to hold the people accountable for their self-proclaimed masters’ mistakes and imperialistic arrogance.

That said, an evil climate of confrontation has developed within French society, and refusing to analyze its roots would be a little too easy…

Nadia is in her fifties. A mother of four, she left the Algerian bled for Paris thirty years ago. In 2005, then-president Chirac and his right-wing government infuriated her husband when they passed a law honoring those who had implemented and taken part in France’s colonial undertakings in his homeland (5). “What’s the problem with this country ?” he remembers saying, thinking of Chirac’s famous quote about “the smell and the noise” of immigrants, when he was still in the opposition (6). He was only a child when Ben Bella became the first president of the free Algerian Republic, but he recalls his own father telling him Ben Bella had fought alongside the French during WWII and would later choose secularism over Islamism.

For New Year’s Eve, Nadia and her husband, who call themselves Muslims à la française, which means they managed to find a subtle equilibrium between Islam and French laïcité (an achievement in and of itself !), invited a couple of French friends to count the minutes with them. She couldn’t repress her tears when she told them her oldest son had grown close to a Salafist recruiter known in her neighborhood for sending several teens to the Syrian front. She told them she didn’t want to lose her son, but both she and her husband felt powerless and feared retaliation against them and their other kids if she spoke out too loudly against that gangster lowlife.

Then she started weeping even more as she was enumerating the many humiliations both the French media and the successive governments inflicted to her. “Pretty soon”, she said, “we won’t have any white friends left. Only our own people know what we’ve been going through, because they’ve been experiencing the same thing. Sometimes, I’m ashamed of myself, and I hate myself for it”.

A lot of French Muslims feel this way these days, and the Charlie Hebdo attacks only made it worse. But they were only the (temporary ?) apotheosis of a huge cultural misunderstanding fueled by an elaborate divide-and-conquer strategy put in place from 2007 to 2012 by a super-corrupt president, who’s now dreaming of a new term in 2017. When he was in office, not a month went by without some major Muslim-bashing, in which most of the media always played a decisive part…

In April 2010, a Muslim woman driving her car wearing a niqab was arrested by the police, who later accused her husband of being a polygamous fundamentalist (7). The story made several news cycles : the media had found the perfect caricature of Islamic macho regression in the country of Joan of Arc ! Nothing in the world could have convinced them to let go of that. The then-French minister of the Interior was in heaven too ! He would later be caught on camera telling a Muslim supporter at a political rally : “one Muslim is fine, problems start when there are many of them” (8). Of course, when a minister says so, it’s no racism, is it ? (9)

Not all French media are racist. The print press in particular tried to put such fringe cases into context, though it too sometimes fed the frenzy (10). But once the thread was out there, it started living its own life, and the damage was done : conservative TV editorialists found what they perceived as a goldmine of arguments against Islam in general, without ever asking the Muslims themselves how they felt about it. And so the huge debate about whether France should tolerate polygamy was born…

In the wake of the 2012 presidential elections, the conservatives were outsmarted by the far right, whose leader tried to make the public believe it was eating halal meat without knowing it (11), including in school restaurants. That specific controversy lasted for months, and soon the TV-watching cattle would indeed fall for the conspiracy theory.

Then, there was the scandal of the time slots for Muslim women in public swimming pools (12). Prior to that, there had been the scandal of the Muslim man refusing his wife be treated by a male physician (13).

Somewhere in between, there was the law banning burqas and niqabs (14), specifically dedicated to a few hundred women in the whole of France, who were probably locked up at home by their husbands from then on ! But that was only the completion of the March 2004 law regarding the usual headscarf : after all, how could the Republic have tolerated girls wearing a hijab while at high school (15), or female public employees wearing one at work. Some girls were expelled for refusing to take their headscarf off. And off they went to the Koranic school to get their integration certificate…

Every now and then, a conservative writer or editorialist would tour TV stations to sell books about the evil of Islam. As a matter of fact, two just did… One of them imagined a scenario by which a Muslim would become president in 2022, and slowly but surely impose a radical-Islamic agenda. Announcing the book in its Dec. 29, 2014 edition, French weekly Le Point warned its readers : the author is going to “scare France to death”… (16)

There was also the scandal of the non-existing minarets (17), the scandal of street prayers for lack of mosques (18), the scandal of gangsta rappers allegedly praising Jihad (19) or other forms of violence, and lately, the scandal of the Muslim kid stealing a white kid’s donut during Ramadan !!! (20)

In the midst of this racist fog, the previous French president himself launched a debate (gigantic in scope) about France’s national identity (21), which resonated in all major media, as well as during town hall meetings throughout France. Under the aforementioned circumstances, the subscript was clear : Islam is incompatible with the Republic, which some commentators didn’t hesitate to claim with that many words.

If you ask me, any sane person would get cranky for far less than that, which is certainly not to say last week’s murderers were sane…

In spite of this, said president, supposedly the supreme guardian of the liberty-equality-fraternity motto, was also the one who, when he was still minister of the Interior, had inaugurated the French AIPAC’s Muslim equivalent. This might look like a paradox, but it isn’t one : it explains why, Charlie Hebdo provocations aside, most of this new Council’s members have been behaving in a rather subservient way, following some sort of you-rub-my-back-I-rub-yours paradigm.

The elites even have their pocket imam, the imam of Drancy, a city nearby Paris. As a well-groomed house nigger close to illiteracy, he’s been paraded around in such ecumenical places as Rome, Jerusalem, etc., and of course in the media. When hidden cameras were discovered in the restrooms of his mosque (22), he was a little embarrassed. But his masters told him the show had to go on. So, at their behest, he ranted on TV against the extremism of the Internet, and even asked a popular (moderate) Muslim website be shut down (23).

Of course, the former president doesn’t bear responsibility for everything. The current prime minister added his touch when he forbade most pro-Palestinian protests in the French Capital last summer (24). Was this ban racially motivated ? In September 2013, the guy had already made borderline racist comments about Roma people (25). And, before that, he had been caught on camera telling his assistant there weren’t enough white people at the open market he had just visited (26). This was telling, because it showed that, even if political cynicism in the context of an ever inflating far right, as well as political distraction as a means for the government to mask its impotence on an economic level are indeed to be taken into account when one tries to explain the reasons behind this wave of racial prejudice, the gut feelings of the so-called elites are clearly another factor we ought not to underestimate in the country of Human Rights, a country home to six million Muslims, not a single one of whom is an MP, a news editor or a manager of a big firm.

Today, as many in the political establishment are probably thanking Charlie’s cartoonists for having been such useful idiots, Muslims are firmly asked to publicly and vocally take their distance from last week’s murderers, as if their religion made them second-class citizens once again, as if they had to collectively carry the burden of what these madmen did, as if they had to prove themselves to the white French public.

If I were a French Muslim and a father, I would never forgive those assassins, precisely for that reason. But what I would do is tell the French State I will join the fake chorus of I-am-Charlie-sayers once the media and the private sector treat my children, all born in the purported country of the Enlightenment, like full-fledged French citizens, and not sons of immigrants, and once the mighty Republic apologizes for what it has done to me, to us…

Prière musulmane

____________
(1) Source : https://firstlook.org/theintercept/2015/01/12/the-paris-mystery/

(2) Source : https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_elections,_2014#Turnout

(3) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abstention_lors_d%27%C3%A9lections_en_France

(4) Source : http://www.tns-sofres.com/dataviz?type=1&code_nom=hollande
From September to November 2014, Hollande’s popularity fell to 13 % in the polls.

(5) Read : http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000444898

The first section of this law states : “The Nation expresses its gratitude to the women and men who contributed to France’s undertakings (*) in […] Algeria, Morocco, Tunisia and Indochina”. It goes on saluting the memory of all the French “victims” (both civilians and members of the military) of the turmoil surrounding those countries’ progress towards independence.

Only in its second section does it “associate” the local “individuals and civilian populations who were slaughtered or subjected to acts of violence” during as well as after the Algerian war, or during various combats in Tunisia and Morocco, to the tribute.

The Evian peace agreement notwithstanding, the massacres continued in Algeria. The law acknowledges that fact, but doesn’t directly blame the French State for them. Who was responsible, it leaves in the middle.

In France also, Algerians were slaughtered, and the left-wingers supporting them violently repressed. These events are remembered, when they are, as “the events of October 17, 1961”. Among those giving the orders was one Maurice Papon. He had also been an active nazi collaborator who had sent numerous Jews to the concentration camps. Oddly enough, he became a member of the French government in the late seventies/early eighties… Not until 1998 was he tried and convicted. Had he sworn some kind of secret oath making him untouchable ? Was he in a position to implicate other high-placed establishment figures with a dirty past ? Who knows ?…

(*) The word used is ‘oeuvre’, which imparts a sense of greatness.

(6) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_bruit_et_l%27odeur_%28discours_de_Jacques_Chirac%29

(7) Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20100424.OBS2916/niqab-au-volant-hortefeux-veut-dechoir-le-mari-de-sa-nationalite-francaise.html

(8) Source : http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/video/2009/09/10/1690452_hortefeux-derape-serieusement.html

(9) Read : http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/11/27/brice-hortefeux-definitivement-relaxe-pour-ses-propos-sur-les-arabes_1796614_823448.html

(10) French weekly L’Express devoted countless covers to the “French Muslim phenomenon”, with such nuanced titles as “Fear of Islam”, “The West vs. Islam”, “Islam, The Inconvenient Truths”, or even “Immigration’s Real Cost”…

These covers can be seen here : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/12/20/les-medias-une-interference/

(11) Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/laicite-les-communes-ne-sont-pas-tenues-de-servir-du-halal-a-la-cantine_1235705.html

(12) Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/12/les-horaires-de-piscine-reserves-aux-femmes-continuent-de-faire-polemique_1684488_3224.html

(13) Source : http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2008-06-11/un-musulman-condamne-pour-avoir-refuse-qu-un-homme-accouche-sa/920/0/252050

(14) Read : http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/09/25/le-debat-sur-le-port-de-la-burqa-tourne-au-piege-integral-par-stephanie-le-bars_1245067_3232.html

(15) Read : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voile_islamique_dans_les_%C3%A9coles_en_France

Read also : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_la_cr%C3%A8che_Baby_Loup

(16) http://www.lepoint.fr/culture/houellebecq-va-faire-une-peur-bleue-a-la-france-29-12-2014-1892779_3.php

(17) Read : http://www.leparisien.fr/une/affaire-des-minarets-l-amertume-des-musulmans-de-france-01-12-2009-729638.php

(18) Read : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/09/16/01016-20110916ARTFIG00610-l-interdiction-des-prieres-de-rue-globalement-respectee.php

(19) Read : https://tperapfr.wordpress.com/2012/11/22/irsf2/
http://dinrecordsvudu31.skyrock.com/244428074-Medine-qui-intervient-sur-le-site-du-CSA-pour-tous-les-calmer-avec-le.html

(20) Read : http://www.bfmtv.com/politique/pain-chocolat-retour-une-polemique-quatre-actes-420688.html

(21) Read : http://rue89.nouvelobs.com/2010/01/05/debat-sur-lidentite-nationale-le-vrai-bilan-et-la-carte-des-rates-132377

(22) Source : http://www.alterinfo.net/Cameras-cachees-a-la-mosquee-de-Drancy-Violation-flagrante-des-libertes-fondamentales-des-fideles-video_a43455.html

(23) Source : http://www.al-kanz.org/2013/06/19/chalghoumi-israel/
http://oumma.com/

(24) Source : http://www.huffingtonpost.fr/2014/07/20/manifestation-palestine-paris-valls-debordements-interdiction_n_5603029.html

Nowhere else in Europe were such protests forbidden. The few French pro-Gaza demonstrations who were allowed all turned out to be peaceful. Those who weren’t turned into riots. It’s as if power wanted a clash…

(25) Read : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/09/27/valls-est-un-petit-fils-de-pute/

(26) Source : http://www.ina.fr/video/3933266001036
____________
All over Europe, Muslims have been and are still being targeted in various ways :

– In 2007, in The Netherlands, a far-right party leader wanted to ban the Koran, which he compared to Mein Kampf. He also threatened to burn one publicly.

http://www.elsevier.nl/Politiek/nieuws/2007/8/Wilders-wil-verbod-op-islamitische-Mein-Kampf-ELSEVIER132670W/

– In Germany, huge anti-Islam rallies are being organized.

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/germany/11337679/German-anti-Islamic-rallies-may-grow-on-terror-fears-after-Paris-attacks.html

– In Sweden, several mosques were targeted in the past few weeks.

http://www.newsweek.com/sweden-right-wing-arson-attack-mosque-295487

Of course, French Muslims are well aware of this, and all these events are only adding to their anxiety, their frustration and/or their anger.

____________

Nadia is a fictitious character. But there are many Nadias in France and elsewhere in the Western world.

***

(ajout du 9 mai 2015)

La machine à Pelloux

Machine, c’était tout bon. C’est original, Machine…

Le prénom fictif, balancé sèchement par Todd au visage de la mièvre tête à claques de service, sur France Inter, le 4 mai, affiche à la fois le mérite troublant d’être quasiment interchangeable avec un autre prénom, très en vogue, les deux partageant parfois, ces derniers temps surtout, en matière de thématiques comme de réseaux, des accointances particulières, et de souligner le caractère robotique d’une petite pimbêche capricieuse aux postures d’adolescente attardée, qui ne dispose plus que de l’invective directe pour esquiver les questions embarrassantes, le mensonge, supposément déguisé par des notes infrapaginales qu’universitaire ratée, elle ne cesse, par incantation, d’appeler à la rescousse, demeurant toutefois son principal allié.

Machine ne comprend pas. Elle ne comprend pas pourquoi tous les cerveaux ne sont pas formatés de la même manière, ni pourquoi l’enclos dans lequel un système cyniquement stalinien s’est employé, depuis début janvier, à les parquer, qui a tous les attributs d’un cloaque, rencontre ici ou là une résistance qui s’oppose à son inconditionnalité.

S’insurgeant contre ces déviances isolées, elle a donc, plutôt que de lister – besogne trop aride ! – les arguments en faveur et ceux défavorables à un point de vue donné, entrepris d’élaborer des listes nominatives. Elles deviennent de plus en plus courantes, ces listes-là. Vote de la Sainte-Judith oblige, elles seront bientôt toutes fichées et interconnectées, à défaut d’intervention divine.

Le neuneu de France Inter dispose de telles listes depuis longtemps. Soral lui-même n’en est pas dépourvu, Sifaoui non plus, qui englobent pêle-mêle Lapix, Calvi et Barthès, du côté des bons, des PC, des gentils, en somme, Boniface, Ramadan et Le Pen (dans cet ordre), sans que cette énumération soit limitative, dans le camp des méchants, des indisciplinés, des rats, écrivons-le franchement. Pourquoi Boniface ? C’est le plus dangereux de tous, pardi, car c’est le seul dont on ait l’absolue certitude qu’il n’est pas antisémite…

Révélateurs du consensualisme qu’il appelle de ses vœux, « gauche la plus conne », « droite la plus bête », « gauche conne et idiote » et « gauche la plus débile » sont quelques-uns des arguments-phares retenus par Momo-la-lèche dans son huffingtonienne défense de Machine (1), rédigée au diapason de cette dernière, lorgnant donc vers les pâquerettes, à la manière d’un argumentaire de bac bâclé parsemé des fautes d’orthographe et de grammaire d’usage, rouillée par le verrou idéologique de la mauvaise foi apposé sur toute dispute par la caricature d’intelligentsia qui dicte encore, en Frââânce, du haut de fortunes usurpées transmises par héritage, la politique pseudo-culturelle d’une nation, et polluée par une émotivité primaire que ne renierait pas « un pet [ou] un rot » (au choix) lors d’un dîner d’anniversaire au Flore : que ne ferait-on pour venir au secours d’une coreligionnaire ?

Car telle est la mission première : justifier l’insulte comme échappatoire, en la démultipliant. Et la furtive critique de la société du spectacle, dans ce contexte – plus impérative que jamais, en effet, mais, de grâce, pas après avoir encensé Barthès, qui en est la quintessence ! –, fait figure de leurre piteux.

Ce secours apporté à la laïque prêcheuse, c’est la lutte commune qui lui confère son sens, à savoir la réfutation de l’islamophobie, non plus uniquement comme réalité, mais comme concept, un concept tout de « vacuité idéologique et sémantique ». Et cette lutte, c’est au nom de l’exclusivité, qui, par définition, ne tolère aucune concurrence, qu’elle doit être menée, par « les copains, les amis, les copains des amis, les amis des copains et quelques faire-valoir » comme Sifaoui… Qu’importe que la confirmation du mensonge de la frivole harengère se soit étalée sur la place publique le jour même de la publication de ladite tribune (2) : de toute vaine tentative de franchise, le sophisme triomphera avec aplomb !

Sans doute à la seconde liste du faire-valoir son nom eût-il été intégré si Todd s’était plus tôt épanché sur les fâcheuses références politiques qu’il prête au drone illettré de Matignon, en soif de reconnaissance intellectuelle (rires), d’autant que cette salve décisive de l’impétueux rabat-joie fut précédée d’un rappel à l’ordre des plus officiels : tandis que Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme de son état, tressait, en écho, des couronnes au mémorable ouvrage qui aura valu à Tomboy, essayiste accréditée, une tournée générale des émissions de grande écoute des médias complaisants (3), Harold Hauzy publiait son propre billet d’opinion dans l’un des journaux amis du régime (4), bien décidé, une fois encore, à mettre au pas un intellectuel indigne de la Vraie France. « Le plus inquiétant dans [les] thèses [de Todd] », pouvait-on y lire, « c’est qu’elles participent d’un cynisme ambiant, d’un renoncement en règle, d’un abandon en rase campagne de la part d’intellectuels qui ne croient plus en la France », indistincte de son Chef, réputé ne faire « aucune distinction entre ses enfants ».

Pour une écrivaine d'Etat, avec la sympathie du pouvoir...

Saluons Hauzy pour sa superbe : tandis qu’aux Etats-Unis, l’Inquisition anti-communiste fut menée par un sénateur avec l’approbation, au bas mot tacite, du Superman d’alors (jusqu’à sa volte-face), c’est, en France, le Soviet Suprême qui bat lui-même le tambour de la galère. Admonester et dissuader, peut-être même punir en douce : les listes d’intellectuels présentent de nombreux avantages…

En fait, le Pouvoir Central a lancé à Todd un os, et le controversé démographe s’y est agrippé. L’attitude la plus sage à conseiller à tout intellectuel qui s’aventurerait encore dans les zones marécageuses qui bordent l’enclos est de ne point réagir. Réagir, en effet, revient à faire à Hauzy de la publicité, et donc à jouer son jeu. Traiter Hauzy comme une tache passagère sur l’échiquier, voilà le sésame !

Entre-temps, il faudra néanmoins s’accommoder bon gré mal gré de ces listes noires, à commencer par la plus scandaleuse d’entre elles, celle concoctée par un célèbre professeur de droit constitutionnel, souvent sur base de métadonnées uniquement. De cette liste, Nasr al-Ansi est la dernière victime en date. Est-ce parce qu’il se teignait la barbiche comme la première tarlouze venue qu’un drone allié l’a catapulté au firmament, après dénonciation par ses pairs ? Il appert que son rôle dans l’exécution annoncée du journaliste états-unien Luke Sommers soit davantage pointé du doigt.

With our compliments...

A titre subsidiaire, Barbe-de-Tapette et son noir étendard d’AQPA avaient également revendiqué, a posteriori et non sans quelqu’insistance préalable, l’attentat contre le Symbole des Nouveaux Martyrs de la République – Salallahu alayhi wa salam – sans apporter toutefois les preuves décisives qui devaient permettre de valider cette revendication.

Chacun se souvient de ces juifs israéliens fanatiques qui s’étaient, en transe, réunis dans les rues de Jérusalem pour exécuter de frénétiques pas de danse dignes d’une mystique vaudoue, à l’annonce de l’assassinat de Rabin… Mauvais exemple ! Reformulons : tout le monde se souvient des scènes de liesse extatique dans les rues de New York à l’annonce de l’assassinat de Ben Laden. Enfin, justice avait été rendue par l’Etat de droit !

I'm a rich lonesome cowboy...

Ne tergiversons pas : le Dr. Pelloux, rescapé de la fusillade de janvier, n’a pas provoqué délibérément la mort d’al-Ansi. Il s’est contenté de se réjouir de l’intervention salutaire de Judge Dredd : en amour, chacun ses préférences ! « Drone de drame », merde ! (titre de la prochaine couv’ ?). Mais peut-on pour autant le créditer d’avoir respecté al-Ansi, son autonomie et sa volonté, sans aucune discrimination selon son état ou ses convictions ? Avouons-le ici aussi : pour un bon Français, la question est plus que déplacée. En effet, comme l’indiquait, en 2012, le psychologue de la CIA Kirk Hubbard, qui a pu compter sur la coopération franche et cordiale de l’APA (American Psychological Association) pour mener à bien l’Œuvre de torture anti-terroriste de Bush en Algérie – pardon, en Irak !… –, « [les médecins] peuvent jouer de nombreux rôles différents, et ils ne devraient pas être confinés à un rôle étroit docteur-patient » (5).

« On se sent insultés. On se sent insultés parce qu’à aucun moment on ne voit […] [de] condamnation des attentats. On a l’impression que ceux qui sont morts […], finalement, méritaient de mourir parce qu’ils étaient dans la liberté d’expression. C’est lamentable. […] C’est dégueulasse de dire ça » (6). En cherchant, sur le mode de son nouvel objet fétiche, à dézinguer Todd par l’amalgame stalinien habituel, cher au terrorisme intellectuel en vigueur, le rôle que Pelloux semble avoir décidé d’endosser, en ce qui le concerne, c’est celui de la triple buse…

____________

(1) Source : http://www.huffingtonpost.fr/mohamed-sifaoui/on-nest-pas-couche-face-a-la-tele-du-clash-et-du-trash_b_7213644.html

(2) Lire : http://www.lalibre.be/culture/medias-tele/aymeric-caron-j-ai-gagne-mon-proces-le-beau-mensonge-de-caroline-fourest-5549ecbf3570fde9b317a65b

(3) Moi Charlie, Toi Charlie, Ed. Déroute intellectuelle, Pâhri, 2015

(4) Lire (ou pas) : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/07/manuel-valls-nous-devons-resister-au-pessimisme-ambiant_4629245_3224.html

(5) Source : http://www.democracynow.org/2015/5/5/emails_show_american_psychological_association_secretly

(6) Source : Le grand journal, 7 mai 2015

____________

De courts passages de cet édito ont été légèrement reformulés le 10 mai 2015, à la fois dans un souci stylistique et pour une plus grande cohérence temporelle des faits évoqués.

 ***

(ajout du 14 avril 2015)

Nature mortelle du pouvoir

Lorsque le pouvoir échoue, il ne se remet pas en cause. Car le pouvoir est infaillible, malgré ses innombrables failles. C’est parce que le pouvoir est infaillible qu’il se soucie comme d’une guigne des manifestations protestataires, des billets d’opinion, des récriminations internationales, en deux mots, de l’opposition civilisée. C’est parce qu’il est infaillible que le peuple est superflu. Bouillie amorphe et malléable à merci, il est enfin à genoux, le peuple. Il ne faut plus mater que les poignées d’idéalistes qui récusent cette réalité. Ceux-là ont compris ou finiront, tôt ou tard, par comprendre qu’un pouvoir obsédé par lui-même n’est plus sensible qu’au seul langage de la force, dont lui-même use et abuse : qui peut dire ce que du Reich il fût advenu si son Leader avait été assassiné à temps ? Même lorsque la force dirigée contre lui est insuffisamment maîtrisée, elle contraint toujours un peu plus, on le constate, l’hydre monstrueuse à sortir de sa tanière. C’est cette résistance embryonnaire qu’il s’agit pour celle-ci de tuer dans l’œuf. C’est, dans son optique, sa seule faille, en vérité, qu’il lui incombe de combler au pas de charge.

Si, hormis ladite faille, le pouvoir est infaillible, c’est parce qu’il n’a plus de structure. Il flotte, sous l’œil de feu de la washingtonienne Kommandantur, la seule souveraineté à laquelle il ait encore à rapporter. S’il est infaillible, c’est parce que des armées de bouffons merdiatiques sont à sa botte : avez-vous lu cette défense goebbelsienne décomplexée d’un Matignon au bord de la syncope par cette richissime héritière qui marqua les écrans pas ses pullovers soyeux, et fait désormais travailler à l’œil l’essentiel de son petit personnel ?

le-monde-d-apresVous interroger sur l’aptitude à gouverner d’un roquet aux ambitions et à la geste franquistes dont les expressions de calme apathique, quasi vaseux, succèdent aux phases de surexcitation apoplectique à un rythme guilleret, lequel roquet cornaquerait, si on le laissait faire, la somme des vies privées de ses sujets ? Mais comment donc, prurit complotiste ! La suite est là pour veiller au respect inconditionnel de l’autorité frelatée, celle des cinq pourcents propulsés au poste d’observation du Palais pour satisfaire aux noirs désirs et traduire les glauques desseins des idées mortes trop humaines qui n’en peuvent plus de se terrer et aspirent, depuis au moins une éternité, à se gorger de rouge épais en pleine lumière. Le droit n’était qu’étape transitoire vers le non-droit !

Majorité et opposition contre droit, majorité et opposition contre éthique, majorité et opposition contre peuple, la scélératesse nouvelle sera entérinée, à la vitesse d’un ping, sur le mode du courriel crypté, avant d’être défaite ailleurs. Qu’elle soit promise à l’échec, le pouvoir devrait s’en réjouir, car si elle ne l’était, rien, plus rien décidément, surtout pas le respect d’une vie privée fantomatique, n’empêcherait que lui soit opposée la proportionnalité homéopathique qui renverrait enfin les pseudo-idées incarnées dans les bas-fonds à leur mortelle nature !

***

Caisse (collage littéral spiralé, 06-04-14) - VERS 2Caisse – Vers. 2 (collage littéral spiralé), 06/04/14

Catégories : Humbles et isolées émulations CoBrAïques, Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , ,

Propulsé par WordPress.com.