Si vient la guerre, limpides en seront les fondements, dantesques les conséquences…

« Comme la nuée porte l’orage, le capitalisme porte en lui la guerre, fût-elle diversion. »

Jean Jaurès, extrait (revisité) du discours à la Chambre des Communes, 1895

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La guerre, une génération d’enfants gâtés occidentaux y aura échappé. Aura-t-elle permis à une postérité qui l’a toujours embarrassée d’en faire autant ?…

Melancholia, opening sequence

Le temps. Tout est question de temps. Or, les horlogers sont pressés. La fenêtre de tir qui s’était ouverte suite à l’écroulement de l’empire soviétique est en passe de se refermer. Encourager et financer de par le monde des mutineries, des coups d’Etat, et même des soulèvements prétendument populaires, a certes fait partie de leur attirail durant tout le siècle dernier, sans remonter plus loin, mais l’éruption récente et quasi concomitante de conflits longs et violents le long de lignes de fracture civilisationnelles périlleuses, qui rendent l’équilibre géopolitique particulièrement instable, et le résultat d’un embrasement plus général particulièrement volatil, tend à démontrer leur empressement.

Le chaos a toutefois des définitions variables. Ainsi, dans un monde marqué par l’émergence de puissances nouvelles, les Etats-Unis d’Amérique du Nord méridionale et leur colonie européenne perçoivent la principale de ces puissances émergentes, adossée, qui plus est, à une vaste Russie qui reprend du mordant, comme une menace pour l’ordre planétaire tel qu’ils avaient envisagé de l’instaurer au tournant de la dernière décennie du siècle dernier, c’est-à-dire sous leur coupe. Qu’il leur faille recourir à d’incertaines déflagrations chaotiques localisées afin d’endiguer ou de freiner la progression d’une influence étrangère qui promet de menacer cet ordre relève donc pour eux, dans cette logique, du moindre mal.

« Order and chaos, two universal opposites from before the beginning of time… While most of us are familiar with the concept of positive order and negative chaos, there is also such a thing as negative order and positive chaos. We are living in a world filled with chaos and order, much of it negative on both counts. The widespread chaos of drugs, disease and war have taken their toll on the planet, while political and corporate order threatens the freedom of not only the human body, but the mind as well. When the mind becomes slave to an order that would destroy its freedom and create chaos within the soul, it becomes necessary to disrupt that order, to destroy its power. There is a new chaos coming, one that has been growing over the past century, threatening to destroy all that the old order has built, threatening to create a new order that will have no respect for past, present or future. […]»

UR, Words From Atlantis

L’ordre dont question n’est bien sûr aucunement celui d’un peuple particulier, ni celui de tous les peuples conjugués, tel que l’ONU tente maladroitement et disproportionnellement de l’établir depuis plus d’un demi-siècle, mais celui, théiste, d’une caste transnationale dénuée d’identité particulière, qui a pour ambition d’asseoir son pouvoir féodal sur les ruines de la civilisation : lorsque sont neutralisées les forces vives, il ne reste plus que les forces mortes

C’est cette caste qui cherche coûte que coûte à faire passer en force, fût-ce (y compris sur l’autre rive de l’Atlantique) par le biais d’une éclipse parlementaire qui pourrait signer définitivement l’amorce de l’ère post-démocratique, des traités dits de libre-échange qui auraient, pour elle, le double mérite d’isoler Chine et Russie de la majorité de leurs partenaires commerciaux directs (accroissant ainsi, de façon indirecte, la prééminence militaire de l’Empire), et de porter enfin sur les fonts baptismaux l’Econburo auquel elle aura inlassablement aspiré.

C’est le grand paradoxe que nos sociétés n’assument pas : celui qui invite à s’ouvrir à un Autre qui n’est autre que soi ! De l’Autre distinct aux multiples de l’Un : tel est le mouvement de balancier obsolète auquel, avec la fermeté d’usage, nous convie, à toute échelle, ladite caste, dont le projet se décline sous forme de triptyque.

Pour ainsi écrire, nous évoluons à présent dans la première partie de ce Grand Ouvrage en trois volets, à savoir le big crunch. Durant cette phase, les particules s’agglomèrent, l’air se raréfie, le divers s’efface. Les possibilités se font contrainte, l’horizon visière, la collective intelligence sélective, un peu plus doucement tyrannique encore. Les mêmes images se répètent, tandis que s’agitent les fourmis… Par la force d’attraction, le métal se corrompt, et la représentation, elle, s’évanouit !

A l’heure qu’il est, la grande duperie ayant assez duré, tous les hommes dits politiques traditionnels ont, au gré de leurs incessantes diversions, épuisé quasiment l’entièreté de leur capital de sympathie. Ils sont tous devenus dispensables, voire bien pire : nuisibles par leur inertie. Figurines en carton essoufflées qui attendent que le vent les balaye, ils sont déconnectés. Déconnectés d’une misère que leurs logiques désuètes et exclusives, auxquelles ils sont impuissants à se soustraire, ne font qu’accroître, sous le ciel assombri d’une austérité décrétée de toute pièce, comme sous celui, si délicieusement bucolique, sous la croissance duquel se diluent à vue d’œil les amas de sans-nom déguenillés : que l’emporte dans le menu rigueur ou croissance, les assiettes demeurent vides pour les sacrifiés !

Taux d’abstention dans « la plus grande démocratie du monde » oscillant entre 46 (dernière présidentielle) et 62 % (dernières législatives de mi-mandat) (1), augmentation de 43 % du taux de mortalité infantile en Grèce (2), chute à 14 % des opinions favorables à l’action du Congrès états-unien en 2013, avec un pic négatif de 9 % durant les trois derniers mois de l’année (3), inflation de 21 % du nombre d’enfants hellènes mort-nés (2)… Des chiffres, rien que des chiffres, comme ils les aiment, mais ceux-là importent peu ! Tournez, manège… Dans un contexte de surpopulation endémique, bienvenue est la faucheuse…

« I hate this place, this zoo, this prison, this reality, whatever you wanna call it. I can’t stand it any longer. It’s the smell, if there is such a thing. I feel saturated by it… »

Agent Smith

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Le big crunch, c’est aussi l’oblitération du surmoi. De la loi fondamentale à la loi de la jungle, de l’absence de loi à la loi du plus fort : ainsi œuvre le dogme de concurrence de l’évangile spencérien, que la caste dominante a irrigué de son sang bleu frelaté et dont elle nous gave à présent comme des oies en cage, passant par pertes et profits la valeur intrinsèque de l’humain, de chaque humain ! Faut-il être pythie, faut-il être Cassandre, pour discerner au loin les contours possibles d’une autre de ces cathédrales au destin renouvelé d’abattoir cathartique ?…

A l’inanité de la pseudo-représentation actuelle devra répondre tôt ou tard le retour d’une forme d’autorité primitive, car le pouvoir ne saurait tolérer la vacance, fût-elle symbolique. De larges franges populaires, abasourdies, ne semblent plus en mesure, en outre, de distinguer le soleil des vieilles lunes : mission accomplie ! A cela, à en juger par la militarisation de l’arsenal policier, les forces constituées semblent s’être préparées. La rigidité de la discipline d’antan prendrait alors le pas sur le renoncement amorphe ponctué de coups de colère vains. A la liberté, que certains chérissaient alors qu’ils étaient sous contrôle et que d’autres, se sachant sous contrôle, ne pouvaient atteindre, il s’imposerait alors de dire « goodbye »…

Lorsqu’un corps vivant est rigide, il est la proie des stimuli. A l’instar d’un amant habile qui sait précisément, en fonction des circonstances, de quelle gestuelle il lui faut faire usage, de même que quand et où l’appliquer afin d’obtenir le résultat escompté, il est possible de réaliser une cartographie plus ou moins précise des réactions qu’un groupe donné manifesterait à un événement déterminé. Qu’elles aient ou non ressorti à un grand bluff, les menaces de bombardement allié de la Syrie, durant la seconde moitié de 2013, ont démontré à cet égard l’énorme rétivité de populations occidentales échaudées par les péripéties aventurières menées par l’Empire depuis le début du millénaire à leur réédition : les sondages successifs étaient unanimes pour le mettre en évidence.

Par conséquent, un incitant s’impose pour atteindre l’orgasme, ou conquérir les foules. Or, contrairement à ce que ressasse la propagande médiatique, un acte terroriste est presque toujours, de près ou de loin, le fait de l’un ou l’autre service secret. Néanmoins, dans le cas où ces services ont fait l’objet d’une privatisation larvée, la situation se complique singulièrement, car comment résister à la pression d’un appareil industriel militaire qui absorberait désormais plus d’un billion de dollars par révolution terrestre, et qui représente, pour l’année fiscale 2015, 55,2 % d’un budget dit discrétionnaire (4) ?

US Discretionary spending FY 2015
« You have to understand that where there [are] great powers at work – I don’t mean shadow conspiracies [but] enormous cultural powers, enormous industrial powers, the vast network of corporations that interact with government agencies around the world, selling their products, shipping their logistics from one place to another (The N.S.A., for example, now has approximately 70 % of its expenditure passed through Northrop Grumman, Lockheed Martin, etc.) –, this produces a lobby that pushes in particular directions. »

Julian Assange, Oxford Union, Jan. 23, 2013

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Comment, par ailleurs, garantir la loyauté constitutionnelle de l’ensemble des taupes privées, des mercenaires et des ex-agents reconvertis, pour la plupart munis de volumineux Rolodex, dès lors que nombre d’entre eux ne font mystère ni d’une allégeance distincte ni d’une préférence affirmée pour des méthodes plus musclées que celle à laquelle recourt le pouvoir élu, même dans le cas où cette dernière est loin de faire preuve de finesse ? En d’autres termes, comment maîtriser avec certitude les incartades éventuelles et les élans fascistoïdes des Duane Clarridge et des Erik Prince de ce monde, ainsi que ceux de leurs semblables, de leurs subordonnés et de leurs relais locaux ? Tel est le dilemme du totalitarisme idéologico-militariste états-unien, qui, nonobstant un usage régulier et démesuré de la force par la Maison-Blanche, se retourne contre ses exécutants comme un boomerang revient vers son destinateur, rendant particulièrement floue la configuration des lieux de décision (donc de pouvoir) avérés.

Lorsque, poussé dans ses retranchements, Prince, Erik s’est vu contraint de mettre la clé de Blackwater sous le paillasson, la première armée de mercenaires d’Etat au monde (en termes d’effectifs autant que de budget) s’est, suivant en cela l’exemple des grands fraudeurs fiscaux, fragmentée en une bonne trentaine d’entités distinctes afin qu’au moins trente Jeremy Scahill soient nécessaires pour corréler les éléments épars de leur dirty business. Quant à l’intéressé, il s’est exilé aux Emirats-Unis (pour ses plages de sable fin, sans doute), mais revient périodiquement au bercail : ainsi, le 17 décembre dernier, par exemple, il a été accueilli avec tous les égards dus à un tortionnaire sur le plateau du comique de foire Jon Stewart , où les rires complaisants ponctuaient le récit quasi apologétique de la première manche de la fumeuse guerre contre la terreur. Pourquoi bouder sa joie, en effet ?…

« You know, people ask me that all the time, ‘Aren’t you concerned that you folks aren’t covered under the Geneva Convention in [operating] in the likes of Iraq or Afghanistan or Pakistan?’ And I say, ‘Absolutely not,’ because these people, they crawled out of the sewer and they have a 1200 AD mentality. They’re barbarians. They don’t know where Geneva is, let alone that there was a convention there. »

Erik Prince, sous-traitant de la CIA, janvier 2010

Dans l’enregistrement audio qui atteste la citation qui précède, l’on peut entendre également le Prince des Ténèbres qualifier l’Iran de « foyer du mal », insistant de surcroît sur « l’empreinte carbone minime » que laissent derrière eux les mercenaires qu’il dirige, en comparaison à celle de l’armée des Etats-Unis… (5). Préciser que la petite entreprise qu’il a fondée dans l’un des foyers de pétrodollars est « indépendante de tout commandement formel et de toute structure de soutien sur le territoire entier des Emirats-Unis » (6) pourrait aussi revêtir quelque pertinence. En effet, si la deuxième phase est inévitable, c’est-à-dire si, en un laps de temps limité auquel l’astronomie classique serait étrangère, le big bang au big crunch était appelé à succéder, sans pour autant que s’apaise dans l’immédiat la tentation d’autorité, il y a fort à parier que « des créatures surgies des égouts » de l’acabit de Prince y joueraient un rôle prépondérant.
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Ici et là, des légions de soudards se déploient, en effet. Ainsi, l’agence ITAR-TASS rapportait, il y a quelques jours, que quelque huit cent mercenaires de la démocratie auraient récemment débarqué à Kiev afin de mater l’insurrection dans le sud-est ukrainien, à quelques kilomètres de la frontière russe (7). Simultanément, les troupes russes stationnées en Transnistrie effectuent, ces jours-ci, des exercices militaires préparatoires. (8)

La Transnistrie est un territoire d’un peu plus de 4000 km² non reconnu par l’ONU qui s’étend, sous la forme d’une longue bande de terre, presque tout le long de la frontière est de la Moldavie (voisine directe de l’Union européenne), laquelle correspond au flanc ouest de l’Ukraine. Elle bénéficie d’un statut spécial et s’est récemment prononcée, comme la Crimée, en faveur d’un rattachement à la Russie. Sa population bigarrée se compose principalement, à proportions équivalentes, de Moldaves, d’Ukrainiens et de Russes…

Il est à craindre que ce développement, qui pourrait donner à l’Ukraine le sentiment qu’elle est prise en étau, n’aggrave l’antipathie grandissante du nouveau pouvoir de Kiev, pour l’heure non légitime, à l’égard de la Russie, qui se manifeste à la fois dans les discours publics et les actions violentes des sympathisants des ministres nazis du gouvernement dit intérimaire et dans les conversations privées délirantes des égéries du grand virage européen (9). Au lieu de faire preuve de raison, ces derniers enveniment ainsi le chaos civil, qui pourrait à tout moment dégénérer. Parallèlement, le glaive de l’OTAN ne cesse de s’affuter…

Mais rien n’indique avec une absolue certitude que l’Ukraine sera le théâtre d’un nouveau big bang éventuel. Si ce n’est pas l’Ukraine, ce pourrait être l’Iran : si cher à Prince, il est central et décisif sur la route d’approvisionnement énergétique de la Chine. Certes, c’est aussi l’un des derniers pays de la région à s’opposer à la reconnaissance d’Israël, mais, dans la perspective d’ensemble, ceci paraît, pour l’heure, secondaire. Quoi qu’il en soit, les intérêts états-uniens et sionistes pourraient coïncider (de nouveau) dans leurs effets pervers…

Daniel Waples, Hang In Balance (hang drum concerto)

Si ce n’est pas l’Iran, ce pourrait être un autre théâtre encore, quoiqu’il y ait fort à parier que le dessous des cartes au Moyen-Orient n’a pas encore été intégralement divulgué…

L’atteste par exemple une tribune suintant la supériorité morale publiée il y a quatre jours dans le Washington Post, dans laquelle l’ancien généralissime Petraeus, pourtant logé à bonne enseigne en matière de terrorisme en raison de ses escapades militaires prolongées en Afghanistan puis en Irak, lesquelles lui avaient valu d’être bombardé à la tête de la CIA, qu’il a dû quitter la queue entre les jambes pour de vulgaires broutilles (nous a-t-on dit), échouant, dans la foulée, à la City University de New York, où il officie à présent ès qualité de professeur invité, une nomination de compagnonnage qui s’est accompagnée, en début d’année académique, de volées de bois de vert à son adresse, envoyées avec la ferveur due à l’idéalisme immaculé d’une poignée d’étudiants rebelles (lesquels – il y a une justice ! – ont tous été poursuivis pour ce crime de lèse-majesté), affirme, droit dans ses bottes et alternant carotte et bâton, que, même s’il est judicieux de persévérer afin d’obtenir de l’Iran un accord final en matière nucléaire, il n’en est pas moins « plausible que la levée des sanctions renforcerait la capacité de Téhéran de projeter une influence néfaste sur son environnement immédiat, en ce compris la Syrie, le Liban, l’Irak, la péninsule arabe et les territoires palestiniens. » (10)

Accolant avec obstination l’épithète de terroriste à l’Etat-phare de l’axe du mal, l’impérialiste donneur de leçons poursuit sur sa lancée en déclarant que « plutôt que de marquer la fin de […] [la] longue lutte [des Etats-Unis] avec l’Iran, l’obtention d’un accord en matière nucléaire pourrait […] amener [ceux-ci] et [leurs] partenaires au Moyen-Orient à se trouver confrontés à un adversaire plus coriace et, à certains égards, plus dangereux. »

Et l’éminence déchue, tirant les seules conclusions logiques qu’une telle prise de position autorise, de conseiller, après avoir salué la décision de l’Administration américaine de fournir « un nombre limité de systèmes d’armement stratégiques significatifs » aux rebelles syriens, de réfléchir à « la forme que pourrait prendre un nouveau régime de sanctions [à l’égard de l’Iran] à l’aube d’un accord concernant le nucléaire », suggérant même, en parallèle à la levée éventuelle des sanctions liées à la suprême menace, de « maintenir en l’état les pénalités liées au terrorisme, et [d’] envisager d’en instaurer de nouvelles afin d’empêcher les entreprises, les banques et les individus liés à des activités de déstabilisation régionale » de crier victoire.

Et, comme il serait futile de s’abstenir de capitaliser sur dix ans d’errance militaire, l’ancien haut gradé défroqué conclut en soulignant que « plutôt que de permettre à Washington de réduire sa présence au Moyen-Orient et de concentrer son attention ailleurs, il est probable qu’un accord nucléaire avec Téhéran […] contraigne [les Etats-Unis] à intensifier [leur] présence militaire, diplomatique et de renseignement dans la région afin d’aider [leurs] partenaires à contrebalancer la puissance croissante de l’Iran ».

Quoi que Petraeus prétende dans la presse, si vient la guerre, d’éminents haut-parleurs de la basse parole en auront annoncé la nécessité ou, en tout cas, le caractère quasi inéluctable. En effet, polymorphe dans son appréhension, celle-ci serait destinée, selon eux, à répondre à un besoin supérieur : celui de relancer une économie stagnante qui pourrait à tout moment piquer du nez, le champ de bataille n’étant plus alors qu’un moyen, malléable dans son utilisation et variable dans sa localisation première, de rectifier l’incurie des quinze dernières années, dont un autre président dit démocrate avait donné le coup d’envoi par l’abolition du Glass-Steagall act, laquelle a précipité le déclin dont nous savourons chaque jour l’amertume. Certes, le scénario serait enjolivé pour répondre à la tout aussi impérieuse qu’impériale nécessité de dissocier les bons des méchants, et de présenter les premiers comme ceux qui auront, la main sur le cœur, tenté, jusqu’à la vingt-quatrième heure, d’empêcher le pire, tout en affublant les seconds des pires desseins démoniaques. Mais les faits, têtus, ainsi que les vérités d’hier, jamais bonnes à entendre, demeureraient, néanmoins, gravés dans le marbre, grâce à Jaurès en soit rendue…

« [Une nouvelle crise] aura lieu. Est-ce qu’elle aura lieu en 2014 ? Je ne [le] crois pas. Est-ce qu’elle aura lieu en 2016 ou 2017 ? On ne peut pas savoir, mais regardez les chiffres : partout, la dette publique augmente, partout la planche à billets fonctionne, [nulle part] les moteurs réels de la croissance, qui devraient être [stimulés par] le progrès technique, ne fonctionnent […]. […] On risque soit une crise d’hyperinflation, soit une guerre qui viendrait remplacer l’inflation comme moteur de croissance. […] Ca peut être une tension militaire très forte entre la Chine et le Japon, qui entraînerait les Etats-Unis par le jeu des alliances, comme en 1914. Ou ça peut être bien d’autres choses, mais celle-là est l’hypothèse la plus vraisemblable. […] Je pense qu’il y aura une forte tension quelque part pour créer les conditions d’une sorte d’économie de guerre, qui viendrait permettre d’avaler la dette publique. »

J. Attali, Grand rendez-vous Europe 1 / i-Télé / Le Monde, 29 décembre 2013

3 monkeys (revisited) (par Chemis, à  Benesov, CZ)

Catherine Wheel, Ferment

Sans doute la véritable fin visée par le moyen que serait la guerre, que nous prédisent donc mondiale certains joueurs de flûte, est-elle plus noble, toutefois. Peut-être le conflit final contient-il, en sourdine, la promesse d’une propulsion dans la troisième phase du triptyque, celle, décisive pour nos maîtres, du règne sempiternel de l’indéboulonnable aristocratie théiste nouvelle, à laquelle les manants, incultes décidément, n’auront pu se résoudre qu’au prix de l’anéantissement programmé, car ne dit-on pas, en effet « ordo a chao », ajoutant d’habitude, sur le vert de l’espoir que l’on nous somme d’abjurer, « e pluribus unum » ?…

A cadence militaire s’entamerait, dans ce cas, au nom de l’efficacité mathématique, la dernière étape de l’inexorable automatisation des choses nommées humains naguère qu’entama la révolution industrielle, qui irait de pair avec une glaciation des rapports sociaux destinée à consacrer la fin définitive de l’histoire : fin des nations, fin des pays, fin des continents politiques, fin des idéologies, fin des cultures, fin de la création. Tout agrégat de matière profane qui aurait survécu au cataclysme ou qui lui serait postérieur serait destiné à un usage déterminé, et neutralisable sur simple suggestion. Fin de l’individu. Les éléments les plus prometteurs ou les plus subversifs seraient intégrés au système. Et, enfin, la perfection serait atteinte. Fin de la guerre, fin de la maladie, fin du hasard, fin du risque. Pour Pharaon et son Présidium fasciste, en tout cas, qui pourraient alors, en toute quiétude, savourer pendant mille ans le big chill. Fin de la mort, en attendant la redistribution promise par le prochain trou noir…

Mais il reste au moins, dans ce schéma, une grande inconnue de départ, à savoir celle de la dimension civile d’une nouvelle guerre de grande ampleur, dont les conflits irakien, syrien et libyen, ainsi que certaines ébauches de conflit ukrainien, nous fournissent déjà un aperçu. Quel serait, en d’autres termes, l’impact d’un tel événement sur des populations occidentales dont les leaders supposés ont, dans une large mesure et depuis près de vingt ans, tournant la page de la guerre froide et tenant compte de la dimension dévastatrice de nouvelles armes de destruction massive qui ont relégué les tranchées dans la préhistoire, entrepris de démilitariser la chair à canon ? Dès lors qu’il est devenu impossible, dans les sociétés industrielles postmodernes, de fédérer les peuples – en particulier les équivalents contemporains des trouffions d’hier – autour d’une haine commune traductible dans les faits, à quels nouveaux exutoires ceux-ci auraient-ils recours, a fortiori si un pays donné était directement pris pour cible depuis l’étranger ?

A grands traits, deux scénarios se dessinent. Le premier serait celui de « la guerre de tous contre tous » (mentionné, sur base d’une citation non moins illustre que la précédente, dans l’un des articles antérieurs renseignés ci-dessous). Ne nous voilons pas la face : il est le plus réaliste, car il est celui qui correspond le plus à la structure sociale actuelle, faite d’émeutes épidermiques et d’explosions de violence irrationnelles qui répondent à l’abrutissement médiatique. Ce scénario, celui des chats qui dansent lorsque les souris s’entre-tuent, dans lequel l’action de sections d’assaut nouvelles pourrait être utilisée par le système, serait bénéfique à la réalisation de la prophétie surréaliste ci-dessus esquissée. Seul le second scénario, celui d’une violence réfléchie et efficace dirigée contre les instigateurs de la violence première, permettrait de la faire échouer, c’est-à-dire d’éviter l’absolutisme globalisé !

La transformation actuelle, au pas de charge, de nos cadres de vie en Etats policiers de surveillance totalitaire vise notamment à empêcher ce second scénario de se réaliser. C’est que, voyez-vous, les marchés, ceux que l’on invoque si souvent de manière psychagogique, le marché de la dette en particulier, n’y sont pas trop favorables…

Qu’elle soit ou non mise en scène, qu’elle soit ou non diversion, la guerre, aidée en cela par des tambours médiatiques qui jamais ne se taisent,  a, en effet, pour première fonction de mater les manants, dans leurs enclos respectifs…

On croit mourir pour la patrie. On meurt pour des industriels

(documentaire Investig’Action, 2014)

« Nous pensions que c’était impossible. »

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(1) Source : http://elections.gmu.edu

(2) Source : http://www.independent.co.uk/news/world/europe/tough-austerity-measures-in-greece-leave-nearly-a-million-people-with-no-access-to-healthcare-leading-to-soaring-infant-mortality-hiv-infection-and-suicide-9142274.html

(3) Source : http://voiceofrussia.com/2014_01_11/America-loses-confidence-in-Congress-as-economy-goes-down-expert-8249/

(4) Les dépenses prévues au budget américain se distinguent en deux catégories : il y a d’une part les dépenses fixes (entitled), qui se composent d’enveloppes déterminées à dépenser selon des critères fixés préalablement par le Congrès sujettes, le cas échéant, à révision ponctuelle, et, d’autre part, les dépenses variables d’année fiscale en année fiscale, dites discrétionnaires (discretionary), soumises à l’approbation régulière de la même Assemblée. Ces dernières représentent près d’un tiers du budget total.

Pour davantage d’informations à ce propos, lire : http://greenplug.nu/the-us-budget-explained/

Les dépenses en matière de défense se partagent entre ces deux catégories. Or, le flou entretenu jusqu’à présent autour de la véritable affectation d’une partie de ces budgets, qui devrait être partiellement levé à la faveur de la crise dans laquelle les révélations d’Edward Snowden ont plongé la NSA, que certains membres du Congrès ont mise à profit pour souligner qu’il leur était impossible de contrôler efficacement l’action de l’Exécutif et des services secrets, notamment quant à d’éventuelles redondances dans leurs activités et le financement qui est attribué à celles-ci, tend à accréditer une sous-estimation du budget réel de la Défense, fixé pour l’année fiscale 2015 à 820,2 milliards de $ (soit 4,73 % du PIB).

Source : http://www.usgovernmentspending.com/year_spending_2014USpn_15ps2n_30#usgs302

En effet, le professeur Robert Higgs estimait, en 2010 déjà, que ledit budget pour l’année en cours avoisinait le billion de $ (soit mille milliards de $), comme l’indique le graphique ci-dessous…
US Inflation adjusted defense spending (Robert Higgs)
Lire aussi, pour une mise en perspective mondiale de la course à l’armement contemporaine : http://www.globalissues.org/article/75/world-military-spending

(5) Source : http://www.thenation.com/video/blackwater-owner-caught-tape

(6) Source : http://www.upi.com/Business_News/Security-Industry/2013/06/07/Colombia-worries-as-troops-join-Arab-mercenary-force/UPI-90811370626017/

(7) Lire : http://en.itar-tass.com/world/725211

(8) Source : http://www.ibtimes.com/russia-conducts-military-exercises-moldovas-breakaway-region-transnistria-near-ukraines-western

(9) Lire : http://rt.com/news/tymoshenko-calls-destroy-russia-917/*

(10) Source : http://www.washingtonpost.com/opinions/us-needs-to-plan-for-the-day-after-an-iran-deal/2014/04/09/056ff992-bf4b-11e3-b195-dd0c1174052c_story.html
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Les lecteurs assidus de ce blog pourraient également trouver un intérêt à lire les articles précédents suivants, en rapport avec le sujet traité ici :
https://yannickbaele.wordpress.com/2013/06/26/concentration/
https://yannickbaele.wordpress.com/2013/11/18/why/
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N.B. : cet article a été révisé et complété le 15 avril 2014 quant à son contenu relatif à la crise en Ukraine, et complété une nouvelle fois les 17 et 19 avril quant à sa conclusion.

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(ajout du 29 avril 2014) Pour obtenir de plus amples informations quant au dessous des cartes géostratégiques du conflit ukrainien et criméen, les articles suivants peuvent s’avérer utiles :

http://www.ft.com/cms/s/0/2dd0ffae-9a7b-11e1-83bf-00144feabdc0.html

http://www.rosneft.com/news/pressrelease/171220132.html (signature d’une joint-venture entre Rosneft et ExxonMobil pour l’exploitation de nouveaux puits de pétrole en mer profonde (Mer Noire, à quelques encablures de la Crimée), dans l’Arctique et en Sibérie, ainsi que pour l’extraction de gaz de schiste (Sibérie). Au 29 avril 2014, Rosneft était toujours exemptée des sanctions imposées à la Russie par l’Ouest. La firme britannique BP (responsable de l’une des plus importantes marées noires de l’histoire des Etats-Unis) détient près de 20 % des actions du géant de l’énergie Rosneft, le solde étant entre les mains de l’Etat russe…

Lectures complémentaires :

http://en.wikipedia.org/wiki/Rosneft

http://www.bloomberg.com/news/2014-01-02/exxon-s-russia-ambitions-show-drilling-trumps-obama-putin-spats.html

http://www.bloomberg.com/news/2014-02-25/ukraine-economy-hangs-on-investments-from-exxon-to-shell.html

http://www.forbes.com/sites/christopherhelman/2014/03/20/will-exxons-bromance-with-the-kremlin-help-keep-putin-in-check/

http://www.huffingtonpost.com/steve-horn/exxon-mobil-inauguration-donation_b_2520018.html

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(ajout du 1er mai 2014) A propos des visées états-uniennes en Chine, le Tibet peut certes jouer un rôle crucial, mais il est aussi d’autres moyens. Les Philippines semblent être l’un de ceux-ci : http://globalnation.inquirer.net/103246/edca-will-make-make-ph-the-biggest-us-military-base-in-the-world

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(modification du 27 mai 2014) Un paragraphe supplémentaire a été ajouté en toute fin d’article. Le paragraphe qui précède celui-ci a été complété.

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(added September 17, 2014)

Endgame : Damas…

The two greatest beneficiaries of the policy that president Obama outlined [yesterday], in my opinion, are military contractors, mercenaries, and Bashar al-Assad. I mean, Assad was probably sitting there watching that speech thinking : “wow, I’ve just bought myself a lot more time in office” […].

Jeremy Scahill, MSNBC, Sep. 11, 2014

In the beginning were two distant countries ruled with an iron fist. One was brought to its knees from the outside by eagles of death metal, the other subverted from the inside, with outside supervision. Still, the latter refused to capitulate…

Then, out of these connecting vessels of chaos, came ISIS. And, as a stormy fury unchaining all four elements, it served its purpose well.

In Iraq, it was fueled neither by the illegitimate war itself, nor by the ouster of the dictator, but by a hastily drafted policy resulting in a systemic purge destined to cut all Ba’athist elements from power : if Hussein was Hitler (a classic !), the strategy adopted towards his right hands and followers after his (quite literal) downfall had nothing to do with the recycling of promising nazi elements…

Indeed, while former PM al-Maliki is often cited overseas as being responsible for the sectarian discord in Iraq, the cornerstone of the neo-Mesopotamian chaos lies in the decision by proconsul Bremmer and Washington to disband the Iraqi military, sending about 400,000 well-trained (overwhelmingly Sunni) troops home, on May 23, 2003. How many explosions in heavily crowded areas took place since then, leaving Western opinions as well as Western warlords indifferent ?

At first, this chaos was merely a projection of the Greater Chaos the lords have been implementing globally, articulated as follows : quick benefits without regard to long-term consequences. Recently, however, it somehow seems to have become… smart-powered.

The ISIS abscess had to be able to grow large enough for Damas to be unable to withstand its sight any longer, because, as much as the Islamic inquisition has been feeding on Iraqi frustrations, it is Syria, after all, not Iraq, that gave birth to the imperfection. And, if the new Iraqi government does what is expected of it, namely strive for a more inclusive society that would be mature enough, ten years after the debacle, to turn its back to political fragmentation and revengeful tribal domination, an intensive bombing campaign is likely to encourage ISIS fighters to return to their roots, along with all the military equipment they’ve stolen from the Iraqi army in the meantime (read : the US heavy weaponry and some tanks). Oh supreme irony : the creature Assad had initially been relying on to help him defeat the so-called moderate rebels is coming back to daddy with a surprise, courtesy of the CIA…

How to best tackle ISIS ? Such was the theme of the international conference held in Paris the day before yesterday. Precisely one year ago, France was at the forefront of the aborted punitive expedition against Assad. A coincidence, no doubt. No “Friends of Syria” in the vicinity this time, only people of good will determined to stabilize Iraq. Please believe it. But what these people have done, with Obama as their standard-bearer, is nothing else than providing Damas with a choice amounting to an ultimatum : Syria or Assad.

Either Assad, who has come to crystallize the rage of both the local opposition and the fundamentalist version of the black flag (rendering any mitigation effort whatsoever impossible while he remains in place) steps down, in which case we help you get rid of the barbarians : give some, keep some. Or your Lider Maximo remains hooked on power like a statue of Saddam, and the barbarians will probably overthrow your whole regime, which really isn’t our preferred option : lose all.

In the best case scenario, you’ve got a few years to think about it while we train our new recruits, but waste no time whatsoever : the maniacs have become very fond of mass killings of Syrian soldiers, after humiliating them for YouTube posterity, and our airstrikes might actually drive them farther south, where they would then strengthen the same kind of guerilla warfare that has been consuming Bagdad for the past then years, thereby forcing us to intervene directly in your capital. Furthermore, Hillary’s hiding behind the bush, and who knows what we’d be capable of, should you retaliate against our planes if we bomb your cities without either your official consent or a UN mandate, or worse, should you take private Ryan hostage…

All the ingredients, as you see, have been combined for a breathtaking poker game, with a possible 500 million $ stake (10 % of the special budget Obama is requesting from congress) labeled as training bribes for the fastest players, as well as a nuclear incentive for Iran as a broker… But whereto with the fallen despot ? Crimea, perhaps ?…

Speculation ? Maybe, but no less relevant than what the mainstream media have been able to come up with, with the usual war poodles on one side, and – great novelty ! – the circumspect goats on the other. What if our weapons fall into the wrong hands ? these seemingly naïve goats ask. What if we’re as successful in training the good guys in Syria on such short notice as we were in training the Iraqis for the past ten years ? What if our tactics towards ISIS produce the same results as our tactics towards the Taliban ? Wake up, people ! With all these beside the point ‘what ifs’, one could put Paris into a bottle, n’est-ce pas ?

But even outside the MSM, valiant journalists who couldn’t be suspected of rimming the system’s crack, macho men with field experience, seem to be falling for the official narrative, as if stupidity and hubris were compatible when it comes to Obama (and a philharmonic orchestra of about forty countries). Is it really possible no one grasped the lords’ actual level of strategic cynicism (on which some partners of this unusual alliance should shed a crude light) ? Is it possible anyone considers Syria (and its reported 3 million refugees, according to recent UNHCR figures, not to mention the dead), even without chemical weapons, to be less of a burden and a source of instability than thirty to fifty thousand black altar boys ? Could anyone still be thinking, after the Saddam episode, the rumored tacit alliance between the West and Assad on this particular front isn’t as easily and swiftly reversible as the US support for the late Iraqi dictator, under the big wheel of ever adapting western interests and strategies in the Middle-East ?…

The war against Syria didn’t sell well. The war against ISIS does, for now. Beyond these labels, beyond these angles, the objective remains the same : remove the black king in the hope this will break the spell, this time by using the symptom (or consequence) to get rid of the primary cause, even if the PR program tells otherwise.

As to the Peshmerga, if they were, after a decisive contribution to the war effort, to decree they want their own state at last, and to rally their Kurdish brothers from Syria, Iran and Turkey around their call, they would only get one answer : sufficient unto the day is the evil thereof… Insha’ Allah !

***

(added July 20, 2014)

Malaysia Airlines : rationality versus conspiracy theory…

As Prof. Em. Stephen Cohen, who just wrote a very interesting piece about the untold scenario of the Ukrainian conflict (1), pointed out yesterday on Democracy Now!, there are quite a few similarities between Gaza and Eastern Ukraine, the most obvious of them being that the scale of the merciless oppression aimed at the “terrorists” has everything to do with Washington’s unconditional support to the oppressors…

But, whereas all Western governments seem more or less in sync when it comes to reiterating their misplaced loyalty to Israel, shedding only a few crocodile tears when confronted with the massacre of hundreds of innocent Palestinians, there seems to be quite some trouble brewing (In French, we say : il y a de l’eau dans le gaz…) on the Ukrainian matter between the centre of the Empire and what a former US Defense secretary used to call “the old Europe”… As a matter of fact, there seems to be a whole range of issues on which the latter begs to differ…

One thing is beyond doubt, however : in a European perspective, Ukraine is a horrendous fiasco, and Poroshenko a hostage of neo-nazis and nationalistic madmen : in which democratic country would basic, legitimate demands for federalism be met with tanks, ensuring escalation ? But saying that isn’t saying much about the Malaysia Airlines plane that went down a few days ago, or is it ?…

Shortly after the tragedy, Kiev published al-Qaeda-like evidence that is supposed to prove not only the rebels were the ones being the attack, but also Moscow was directly involved. And all the Western Pavlovian TV experts shouted : “woof” ! It is true no one with the slightest common sense can believe any longer Russia isn’t aiding the insurgents,  one way or another. The Russian president threatening Kiev with “irreversible consequences” after a Russian civilian was killed by a missile on the border with Ukraine, a week or so ago, is an established fact. And, knowing their relation is what it is, one indeed wonders why Putin took the initiative to call Obama minutes after the plane was targeted. But the objections formulated by the Russian ministry of Defense can’t be neglected either : for instance, knowing the rebels have no air force, why did Kiev deploy long-distance surface-air missile launchers ? And where were the Ukrainian army’s aircrafts positioned at the time of the explosion ? One might add : what exactly is Poroshenko’s level of control over the Ukrainian army, considering his rather strange bedfellows, and the probability of far-right infiltration ? And how exactly have the 400 US (Blackwater) mercenaries dropped in the east of Ukraine last May been spending their time since then ?…

Questions at will, very few answers… Here and there, on social media, pessimists are already setting the tone : “it’s like 9/11, we’ll never know the identities of all parties involved”. Insofar as any comparison with 9/11 is any pertinent, there is a huge difference, though : this time, terrorism struck on more or less neutral ground, which implies no single party can write history on its own, and the ultimate truth will be a matter of either compromise or conflicting scenarios.

But whatever the official conclusion(s), everyone can agree on this : there are but two possibilities. Either the missile was fired by mistake (by the rebels) on a civilian airplane, or it was deliberate. If we rule out the former, we’re left with only three options :

1/ Kiev and/or the extreme nationalists (who are part of the government), getting tired of the resistance’s vivacity, decided to precipitate its downfall through an event with international repercussions. Perhaps it’s useful to remind the skeptics of Ukraine’s neo-nazis’ equal hatred towards Russia and the West…
a/ It came as a surprise to the US.
b/ A few US circles (not the White House itself though, because, despite the Clapper jurisprudence, plausible deniability at the highest level must be preserved to allow the president to survive a hypothetical congressional hearing.) at least knew about it.

2/ The rebels knew what they were doing, namely putting Putin under pressure to force Russia to intervene militarily.
a/ No one within the Russian army knew about it.
b/ Some elements within the Russian army risked their careers assisting them.

3/ The Kremlin directly ordered the attack.

At this stage, each reader will be the sole judge of the respective plausibility of these various options, but all should bear in mind that if we do rule out a blunder of huge proportions, two out of these three options involve sacrificial state-sponsored terrorism against the West, one between Western countries…

It should also be noted options 1 and 2 aren’t necessarily antithetical. Indeed, the matter of MH17’s flight path is key to understanding the whole picture. In Europe, flight path diversions are rare. Did the Dutch air traffic control authority (and Eurocontrol, the FAA’s European counterpart) know that plane would be flying over a war zone ? If so, why did they allow it ? Or did some obscure Ukrainian administration modify its flight path for one reason or another ? If so, which one ? Were the communication channels between ground control and the cockpit hijacked in any way (2) ? And when exactly did the Western intelligence agencies find out the rebels had laid their hands on a BUK missile launcher, as they now claim ? When they did, did they subsequently warn Eurocontrol about the potential danger to civilian aircrafts ? If they didn’t, shouldn’t the countries they answer to be held accountable for their lack of foresight ? Were there any (US and/or Russian) drones flying in the vicinity of the airliner ? (3) Once again, asking these unusual questions does not amount to paranoia, knowing the actors involved in the Ukrainian conflict, and knowing Ukraine is a country where massacres (like the one that took place in the Odessa union building) are covered up, and even the most moderate (or considered such) among (former) prominent political figures seem to be contemplating using ethnocidal tactics to wipe out the archenemy (be it only during private phone conversations or not). No, paranoia would consist in elaborating about Malaysia Airlines’ serial misfortune…

Whoever is to blame – and for whatever motive –, Europe is offered yet another opportunity to assert itself as a world power, what’s more, in its very backyard… or to remain Washington’s puppet for a while longer, Ukraine, in that case, being nothing more than another pawn on the US chessboard. Obama is actually right : what happened is indeed a wake-up call for the EU. It is time for us to press Poroshenko to halt all hostilities towards civilians (a reality our mainstream media remain awfully quiet about, as Prof. Cohen stresses) and to negotiate a Ukrainian federalism in line with our own and with the UN’s protection of minorities. If Poroshenko wants the European taxpayer’s money, that should be the indisputable price for him to pay, which would at the same time be our distinguished answer to Mrs. Nuland : “fuck the US ” !


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(1) Read : http://www.thenation.com/article/180466/silence-american-hawks-about-kievs-atrocities

(2) FYI : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/13/military-blamed-planes-vanish-europe-air-traffic-control-radar

(3) Though it might be beside the point, are there any US drones operating above Belgium, home to NATO’s headquarters (without the Belgian Parliament’s knowledge, let alone the people’s) ? If so, how many, and do they have dedicated air traffic lanes ? Is any Belgian (European) official monitoring their activity ? Do they only have defense capabilities, or are they also performing surveillance tasks ? In the event of force majeure, can they carry out an attack without the Belgian government’s explicit (prior) approval ?…

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The paragraph about MH17’s flight path was added on July 24, 2014, the second footnote on August 13, 2014.

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(ajout du 8 septembre 2014)

Sables mouvants de l’Est…

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

« Le moment est venu d’ajouter à la masse de nos réserves et de nos recrues, élément principal de la résistance nationale, mais lente à réunir et lourde à mettre en œuvre, un instrument de manœuvre capable d’agir sans délai, c’est-à-dire permanent, cohérent, rompu aux armes. […] Il est de fait, dorénavant, que sur terre, sur mer et dans les airs, un personnel de choix, tirant le maximum d’un matériel extrêmement puissant et varié, possède sur des masses plus ou moins confuses, une supériorité terrible. Je citais Paul Valery : « on verra se développer les entreprises d’hommes choisis agissant par équipes, produisant en quelques instants, à une heure, dans un lieu, imprévus, des événements écrasants ». […] Partant de là, je fixais le but à atteindre : six divisions de ligne et une division légère, motorisées tout entières, blindées en partie, constitueront l’armée propre à créer l’événement. La composition qu’il convenait de donner à cette armée était nettement précise. Chacune des divisions de ligne devait comporter : une brigade blindée à deux régiments, l’un de chars lourds, l’autre de chars moyens, et un bataillon de chars légers ; une brigade d’infanterie, comprenant deux régiments et un bataillon de chasseurs et portée en véhicules tous terrains ; une brigade d’artillerie, pourvue de pièces tous-azimuts, formée de deux régiments servant respectivement des canons courts et des canons longs et complétée par un groupe de défense contre avions. Pour seconder ces trois brigades, la division aurait encore : un régiment de reconnaissance ; un bataillon du génie ; un bataillon de transmission ; un bataillon de camouflage ; des services. La division légère, destinée à l’exploration et à la sûreté éloignée, serait dotée d’engins plus rapides. En outre, l’armée elle-même disposerait de réserves générales : chars et canons très lourds, génie, transmissions, camouflage. Enfin, une forte aviation d’observation, de chasse et d’assaut serait organiquement attachée à ce grand corps : un groupe pour chaque division, un régiment pour le tout, sans préjudice des actions d’ensemble que mènerait l’armée mécanique de l’air en conjugaison avec celles de l’armée mécanique au sol. Mais, pour que l’armée de choc fût à même de tirer le meilleur rendement possible du matériel complexe et coûteux dont elle serait équipée, pour qu’elle puisse agir soudain, sur n’importe quel théâtre, sans attendre des compléments, ni procéder à des apprentissages, il faudrait la composer d’un personnel professionnel. Effectif total : 100 000 hommes. La troupe serait donc formée d’engagés. Servant six ans dans le corps d’élite, ils se trouveraient, pendant ce temps, façonnés par la technique, l’émulation, l’esprit de corps. Ils fourniraient, ensuite, des cadres aux contingents et aux réserves. »

De Gaulle Charles, Mémoires de guerre, L’Appel : 1940-1942, Plon, 1954, extrait de Guerres et Paix, Les plus grands textes d’Homère et Sun Tzu à De Gaulle, CNRS Editions, Collection L’anthologie du Savoir, 2011, pp. 551-553

Lorsque les pontes de l’Atlantique-Nord, nos maîtres en feu, sont convenus, bouillonnants, de convoquer le spectre de la Froide Guerre, avaient-ils lu Charlie ?…

Au printemps de 1934, dans la foulée de l’avènement de Dolf-la-Moustache, le visionnaire homme de guerre avait déjà laissé entendre, par écrit, que l’armée française, comme certaines gloires de la NBA, était trop centrée sur la « deee-fence », alors que la stratégie que ne manquerait pas de mettre à profit le Reich verrait la capacité offensive de ce dernier se décupler en raison des progrès des techniques de destruction. De Gaulle se fit donc l’avocat de la constitution d’un corps d’armée de métier, apte à intervenir comme l’éclair sur quelque théâtre qui lui fût désigné : « ah ça, gredin, tu t’en prends aux Sudètes ! Mate donc ce que je vais faire de ta Ruhr » ! Telle était, en substance, la mise en garde que le futur chef d’Etat se proposait d’adresser à ce dont l’Histoire ferait le premier Axe du Mal… Las ! Plusieurs facteurs, dont l’éparpillement et le manque de volonté politiques n’étaient pas les moindres, concoururent à faire avorter la recomposition militaire préconisée : au départ, les grands hommes se sentent toujours très seuls…

Le régiment d’intervention rapide que l’OTAN s’engage à déployer aux confins orientaux de la zone afin de faire pièce à Vlad-le-Terrible, c’est bien, alors ? s’interroge Suzanne la guêpe au micro de Jean-Jacques Bourdon. Mais, petite, le réfractaire Général s’en fût esclaffé ! Oh, mais que vous êtes pessimiste ! Réaliste, chérie, réaliste… Regarde : quand bien même l’OTAN se mettrait elle aussi au régime Blackwater, quand bien même, partant, chaque unité desdites spetsnaz serait pourvue du mental de Rambo, quatre mille de ces unités (1) équivalent, dans le jardin de Russie, à un masque de carnaval. Oui, mais, et le nucléaire ? Ah, là, tu m’intéresses, Suzanne…

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

En effet, en ces temps peu sûrs de containment de la prolifération, le deux poids, deux mesures des gardiens de la Toison est de mauvais augure : « what to do with Europe’s secret nukes ? » s’interrogeait Time en janvier 2010, rapportant qu’outre la Belgique (secret de polichinelle), les Pays-Bas, l’Italie, et même l’ancienne patrie du nazisme, servaient d’hôtes plus ou moins consentants à près de deux cents ogives B-61 à gravité thermonucléaire, assez, en somme, pour plusieurs valses avec l’au-delà. Demain, la Pologne et l’Estonie, à défaut de la Géorgie et de l’Ukraine, cette chienlit limitrophe de l’Europe ?…

Si la crise des missiles de Cuba a éclaté, en 1962, c’est parce que les Etats-Unis savaient que cette proximité géographique réduisait d’autant leur réactivité à l’égard d’adversaires lointains, en dépit de leurs sous-marins nucléaires présents un peu partout autour du globe. A quel jeu malicieux s’adonnent-ils donc aujourd’hui, avec la complicité forcée de l’Europe, ce maillon faible du NOM que pas même une crise financière ne sera parvenue à unir, aux portes d’une Russie qui ne demandait visiblement qu’à vivre en paix son apparente autarcie ?

La stratégie mise en avant par De Gaulle répondait au souci de contrer un envahisseur potentiel qui ne cessait de démontrer son caractère impérialiste. L’annexion de la Crimée par la Russie aux termes d’un coup d’Etat honteux qui a plongé l’Ukraine dans le chaos (comme ceux qui, dans les cercles initiés, connaissent la physionomie de cette dernière l’avaient sans aucun doute anticipé) ne suffit pas à faire de la deuxième un empire belliqueux. C’est, au contraire, l’Atlantique-Nord-Ouest qui ne cesse de faire bouger les lignes : un simple coup d’œil à son logo suffit, à l’ONU ne déplaise, à percevoir son ambition globale, totalitaire : ce sont bel et bien les Nations-Unies et leur équilibre certes imparfait et quelquefois léthargique, mais non moins essentiel, que l’OTAN cherche à enterrer par la répétition, tantôt brutale, tantôt plus raffinée, du même type de faits accomplis qui étaient venus à bout de la SDN ; c’est la branlante République mondiale qu’elle entend, avec son Empire, supplanter. Un zeste de mauvaise foi permettrait même d’alléguer que, suite à la bérézina libyenne, à la déroute afghane et à la branlée irakienne, trois Vietnam pour le prix d’un, il était vital, pour les Etats-Unis et leur rottweiler grand-breton, de faire émerger un contentieux – appréciez l’euphémisme – avec la puissance mondiale la plus en mesure de contester leur hégémonie finissante, les discours grandiloquents et les alliances de façade avec une Ligue arabe exsangue, sur une scène plus méridionale (3), ajoutant au déni de réalité.

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide.

Même en faisant fi de cette dernière spéculation, c’est là une double négation de la configuration gaullienne, puisqu’en toute objectivité, si la peur des chars russes envahissant Paris en 1981 relevait d’un délire savamment orchestré, la crainte d’une nouvelle annexion de la Pologne et des pays baltes par Poutine ne peut être conçue, quant à elle, que dans le cadre d’un très bad trip, et puisque, par ailleurs, la France, et, par extension, l’Europe, avaient, à l’estime de Charlie-le-non-aligné, vocation à faire office, entre l’Est et l’Ouest, de point fixe (donc central) du pendule.

Une telle crainte, de nature à reproduire à l’est de l’Europe, les réseaux Gladio de sinistre mémoire (4), est néanmoins vouée à produire certains effets, et c’est à la fois sur base de l’anticipation et de l’observation de ceux-ci que l’on peut spéculer quant à la logique à l’œuvre : jamais l’union de l’Europe n’a-t-elle tant progressé que lorsque les détenteurs de grands capitaux sentaient le souffle chaud de l’ours à ses frontières. Jamais la Grande-Bretagne ne peut-elle espérer, sans l’appui prononcé de quelques alliés conjoncturels d’Europe de l’Est, infléchir à sa faveur la bureaucratie de Bruxelles (5), à l’aube d’un potentiel référendum qu’elle est sûre de perdre. Jamais les Etats-Unis ne peuvent-ils escompter, sans incitant extérieur, faire avaler tels quels les diktats de leur marché transatlantique, par lesquels l’euro lierait irrémédiablement son destin à un dollar moribond.

Forteresse, dragon, sauvastika, Atlantide. Ou un truc dans le style…

'Divine' symbolique

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(1) Source (EN) : http://www.theguardian.com/world/2014/sep/01/nato-high-readiness-spearhead-force-counter-russian-threat

(2) Source (EN) : http://content.time.com/time/world/article/0,8599,1943799,00.html

(3) Lire (EN) : http://www.theguardian.com/world/2014/sep/07/obama-isis-iraq-syria-arab-league-coalition-extremists

(4) Pour information : https://en.wikipedia.org/wiki/Counter-Guerrilla#mediaviewer/File:FM_31-15_figure_3.png

(5) … c’est-à-dire en tournant le dos à toute harmonisation fiscale et sociale vers le haut, nuisible aux financiers de la City.

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