Annihiler Daesh ? « UNE URGENCE » !!!

Lorsqu’en septembre 2013, en pleine crise des armes chimiques syriennes, Kerry, qui avait succédé à Clinton en février de la même année, déclara : « ceci est notre Munich à nous », il ne croyait pas si bien dire…

Certes, l’allusion à la posture de soumission adoptée par Chamberlain et Daladier face à Dodo-la-Moustache en septembre 1938, à la veille de l’annexion du pays des Sudètes, une allusion caractéristique d’un débat politique qui, d’analogie facile en facile analogie, tourne désespérément en rond, avait pour but d’exhorter l’Internationale Communauté à se départir de toute naïveté, réelle ou affichée, à l’égard du substrat soviétique arabisant qui régnait absolument sur cet Etat issu, quant à lui, d’un deal exclusivement franco-britannique. Mais, quitte à rester dans la réduction, l’on se rend compte, à la relire, du caractère prophétique qu’elle revêtait, s’agissant de Daesh…

L’heuristique et l’historiographie contemporaines se sont trop abondamment penchées sur le faisceau de complicités directes (dans le chef de Standard Oil, par exemple) ou indirectes (par apathie politique) dont a pu bénéficier le régime nazi, même après le déclenchement général des hostilités, pour que nous puissions ignorer l’option – pour ne pas dire la stratégie – qui prévalut alors dans le chef des chancelleries occidentales et de leurs pourvoyeurs de fonds : l’ascension de Hitler était résistible, mais, dès lors qu’elle servait un plus large dessein, elle fut considérée par d’aucuns comme un passage obligé, qui valait bien quelques sacrifices de civils…

En va-t-il de même pour al-Baghdadi et sa cohorte de fous furieux traités naguère dans les prisons irakiennes de l’Empire ? Nombreux sont ceux qui vous diront qu’il est trop tôt pour le dire. Pourtant, la lecture d’un rapport confidentiel établi, en août 2012, par le département de la Défense américain, et partiellement publié en mai dernier (1), suite à une requête populaire (FoIA-request) laisse d’ores et déjà pantois. En page 291, ses rédacteurs indiquaient, en effet, il y a plus de trois ans déjà, qu’il était « possible que s’établisse dans l’est de la Syrie une principauté salafiste formelle ou informelle, et [que] tel [était] exactement ce qu’escompt[aient] les puissances qui soutiennent les forces de l’opposition, afin d’isoler le régime [de Damas] […] ».

L’analyse se poursuivait de la manière suivante : « ceci crée l’atmosphère idéale pour un retour d’al-Qaïda en Irak dans ses anciens fiefs de Mosul et de Ramadi, et cela [lui] donnera un nouvel élan, sous couvert d’unification des franges irakienne et syrienne du jihad, ainsi que du reste des sunnites dans le monde arabe, contre ce que [l’organisation] considère comme l’ennemi unique, à savoir les dissidents [lisez : Daesh, ou, à l’époque, ISI]. L’ISI [pour rappel : nous sommes en août 2012 !] pourrait également proclamer un Etat islamique à travers une union avec les autres forces terroristes présentes en Irak et en Syrie, ce qui créera un grave danger pour l’intégrité et la protection du territoire irakien » (2). Suit une page entière censurée pour les besoins de la cause, sur laquelle les historiens de demain se précipiteront, une fois ladite censure levée, dans l’espoir, sans doute, de déterminer si elle contient la stratégie conseillée à l’Exécutif face à ce « grave danger », et, si oui, en quoi cette dernière consistait…

Evolution du cours de l'action Lockheed Martin (15 novembre 2015)Qui s’intéresse au sens des mots n’attendra pas, toutefois, pour relever que, parmi « les puissances qui soutiennent les forces de l’opposition », le document n’opère aucune distinction, laissant ainsi le champ libre aux extrapolations les plus… disons… complotistes.

Quoi qu’il en soit, que ses intentions fussent vicieuses ou vertueuses, et qu’elle ait ou non tenu compte des répercussions probables tant de ses actions sur le terrain (notamment ses livraisons d’armes aux « rebelles » dans un tel contexte) que de son inaction stratégique (Les premières frappes aériennes contre Daesh en Irak n’eurent lieu que dès la seconde moitié de l’année 2014…), l’Internationale Communauté est bel et bien à l’origine d’un chaos qui, tel une tâche d’huile noire dont les antécédents, plus à l’ouest, étaient assortis de croix d’un genre particulier, se répand sur la carte du Moyen-Orient. De ce chaos, si l’on excepte bien sûr les peuplades locales, seules les victimes parisiennes ont eu, à ce jour, à payer le prix, en aucun cas ses preux architectes !

Et le pire, c’est que l’habile gestion de l’émotion nouvellement suscitée, dont les vagues dans toute l’Internationale Communauté se ressentent, charriant leur exigence de solidarité et d’unité avec des dirigeants au mieux incapables, au pire retors et criminels, fera sans doute en sorte, préparatifs de guerre obligent, qu’ils n’aient jamais à s’en justifier…

Qu’il était touchant, l’hommage à Jaurès. Qu’il était sincère aussi…

______________

(1) Department of Defense, 12 août 2012, p. 291

http://www.judicialwatch.org/document-archive/pgs-287-293-291-jw-v-dod-and-state-14-812-2/

DIA report, august 2012 (p.291)(2) La traduction de ce paragraphe respecte la concordance des temps du texte original.

Catégories : Politique / Société | Tags: , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :