De mon père, je n’ai gardé qu’une chose…

Hôtel des DunesTous les étés avant mon onzième anniversaire, c’était pareil : il n’y avait qu’une seule destination. D’autres enfants auraient pu s’en lasser, mais pas moi. Malgré la journée entière passée sur des autoroutes accablantes de chaleur dans une voiture bondée d’objets utiles, faire pendant quelques semaines escale à Lesconil était un vrai plaisir. Il y avait pour moi quelque chose de féerique dans ce petit village breton bercé par les vagues de l’Atlantique, où résonnait, le quatorze juillet, le son magique des cornemuses…

Mon père est né à Bruxelles, mais c’était là son berceau spirituel, non loin de là en tout cas, en terre de menhirs et de dolmens. Plages de sable fin y alternaient avec plages de galets, et du marché hebdomadaire se dégageaient d’agréables effluves de poisson et de crustacés frais à nulle autre pareilles, ces langoustines et ce poisson qui se retrouveraient le soir dans nos assiettes, après quelques Bernard-l’ermite en guise d’entrée.

Dans les rues qui menaient à la place du village, les bigoudènes, vêtues de leur longue robe noire et coiffées de leur long chapeau conique blanc dentelé, tricotaient leur fil de laine sur le pas de leur porte. Et le vieux Youn était trop heureux de pouvoir échanger quelques mots avec nous.

Au bar du village, un juke-box flambant neuf nous proposait la pop anglo-saxonne du moment. « Forever Young, I Want To Be… » : une chanson en particulier semblait toujours faire mouche auprès de mon père…

Aux alentours du Grand Hôtel des Dunes, où nous résidions, une dizaine de chiens, grands et petits, apprivoisés ou sauvages, faisaient le bonheur des enfants. En me mordant, l’un d’eux a pourtant failli me refiler la rage. Je me souviens comme d’hier des deux Saint-Bernard qui léchaient affectueusement la plaie béante à mon genou, sur la terrasse de l’hôtel, comme pour s’excuser de l’agressivité de leur compère.

A l’arrière de l’hôtel, il y avait un vaste jardin, des fourrés et quelques arbustes sur les côtés : un terrain de jeu idéal pour les gosses. Plus loin, quelques rochers qui faisaient office de brise-lames et abritaient une faune abondante. D’autres enfants s’amusaient à y repérer de gros crabes rouges. En ce qui me concerne, ce sont les étoiles de mer qui me fascinaient. Elles seraient désormais en voie de disparition…

Tôt le matin, sur un petit bout de littoral algal déserté par la marée, les pêcheurs imitaient avec leurs bottes le tapotement des pattes des mouettes pour extirper de la vase les néréis qui leur serviraient d’appât les jours suivants. Chaque année, mon père se faisait un devoir d’embarquer sur un petit bateau de pêche et de partir au large pour une journée …

Et quand venait le moment de partir vraiment, il avait toujours dans les yeux ce mélange de nostalgie et d’amertume face à l’horizon sans fin de l’océan, une profondeur triste qu’il prenait toujours soin, en d’autres occasions, de masquer.

Quand on est gosse, ce genre de chose-là, on ne le comprend pas…

Aujourd’hui, lorsque j’entends la caresse des vagues sur le sable et je regarde au loin, ce n’est pas la mélancolie qui m’assaille, mais une étrange torpeur, un bien-être indéfini qui ne s’explique, ni ne s’exprime. Une modeste plénitude… qui ferait presque pleurer.

 

Catégories : Carnet de voyage, Musiques | Tags: | Poster un commentaire

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