The forbidden peace of mind : the curse of the snake…

Enfin, je me sentais renaître. Enfin, je pouvais respirer. Enfin, je m’affranchirais une fois pour toutes de la perverse emprise de cette vieille rosse qui se nommait ma mère. Enfin, j’avais atteint l’équilibre intérieur. Enfin, je serais débarrassé de la médiocrité omniprésente d’une famille inculte, lâche et cruelle qui tire vers l’obscurité tout ce qui aspire à la lumière, d’une pauvre fille qui n’a de cesse de châtier autrui pour les choix qui en ont fait une ratée, de cette sangsue qui ne peut s’affirmer qu’aux dépens des autres, de cette caricature qui en est réduite à s’adresser à son entourage afin de déterminer que son comportement d’enfant gâtée ingrate est bel et bien ignoble. Enfin, mes quarante kilos superflus fondraient comme neige au soleil, et le corps sain célébrerait de nouvelles noces avec l’esprit. Enfin, un été savoureux s’annonçait pour moi. Enfin, je retrouverais le plaisir de la rencontre. Enfin, je conclurais ce blog pour passer à autre chose. Enfin, je pourrais me prouver que ma voie est la meilleure pour moi. Enfin, je serais à l’abri du racket mental du système, du chantage des bourgeois employeurs, du stress de la survie. Enfin, je pourrais vivre ma vie, de principes, de création, de partage et de débauche à la fois, et tourner le dos à la case qui m’est assignée, quelle qu’elle soit. Enfin, je serais indépendant, à quarante ans, de tout et de tout le monde. Enfin, l’austérité imposée s’évanouirait, et le plaisir referait surface. Enfin, je n’aurais que moi-même à blâmer en cas d’échec. Enfin s’achèverait le règne du sadisme rampant et lâche qui a ponctué une décennie de mon existence. Il suffisait pour cela d’un substrat de respect et d’une réminiscence de dignité. Mais était-il bien raisonnable de les espérer d’une marâtre qui choisira à coup sûr comme épitaphe : « ci-gît Nicole Goossens. Sa seule réalisation, la seule fierté de ses dernières années : avoir détruit la vie de son fils » ?… Fallait-il décidément qu’elle s’y accroche, à sa futile apparition sur cette Terre, qu’à ce jeu de dupes sans cesse renouvelé qui l’a détruite elle finisse par prendre goût, qu’à ce vain agencement par de sombres forces dicté dont toute saine volonté est absente par commodité elle se résolve, pour m’entraîner ainsi avec elle dans la perpétuation d’un si détestable cliché. Pas une ligne ne lui eussé-je sinon consacrée. Et chacun eût vécu en paix, de nouveaux horizons à sa portée. Si elle s’était effacée, comme il lui incombait de le faire, si, plutôt que de combler par une domination tyrannique le manque intérieur qui la ronge, elle avait enfin lâché prise, si seulement elle avait honoré sa parole et avait en temps utile sollicité la mienne, jamais je n’aurais dû écrire ces phrases. Ces phrases sont une légitime défense contre la perspective de me laisser ronger à mon tour, une nécessaire expurgation du mal, un antidote indispensable contre la bassesse qui par son épouvantable étreinte vise à m’annihiler. Elles sont la tragique réponse d’un verseau poussé à bout par un bouc au double langage gémellaire. Je ne suis ni mon père, ni ma mère. Qu’ils reposent torturés par leurs méfaits !

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Catégories : Expressions de sagesse passagère | Poster un commentaire

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