The forbidden peace of mind (2) : end of the masters…

Depuis des années, mais plus encore depuis quelques semaines, s’accumulent dans mon subconscient, de manière directe ou subliminale, les messages, entendus sur les ondes, perçus par télépathie, et/ou produits par autosuggestion, qui m’incitent, à la manière d’un John Goodman de sang et de flammes dans un Barton Fink énigmatique qui m’avait interpellé, adolescent, ou de ces robots gardiens de l’ordre qui, au moyen de leur torche électrique, martyrisent, dans THX1138, un Robert Duval à terre, à faire quelque chose de ma vie.

« Même pas cap », disait-on naguère à quelque camarade récalcitrant que l’on souhaitait ainsi mettre à l’épreuve, dans la cour de récré. Les canailles supposément devenues adultes, la méthode n’a pas vraiment changé, même si les incitants à deux sous ont été reformulés pour leur attribuer un semblant de consistance. Désormais, c’est plutôt « cesse donc de t’apitoyer sur ton sort et de faire la victime » qui a la cote. Be a man, voyons, et passe outre à tout ce que tu as écrit, à toutes les opinions que tu as défendues, à tous les arguments que tu as développés : personne, de toute façon, ne prendra la peine de les lire, encore moins d’y répondre…

S’il en est ainsi, la raison est claire : il n’y a – il ne peut y avoir – qu’une voie (prétendument) émancipatrice, et même ceux qui vilipendent la pensée unique y ont depuis longtemps souscrit. Demeure sauvage, selon cette logique, celui qui contre-argumente après avoir pensé, celui qui, décidément, ne parvient pas à se faire à l’idée qu’il n’est de liberté qu’engendrée par la prise de conscience qu’il n’y en a aucune,  celui qui refuse de se donner sans réserve à une configuration sociale moribonde, celui que ne stimule pas une succession interminable de bassesses et d’injustices civilisées, sciemment projetées sur lui par les imposteurs les plus divers, celui qui est en paix avec celui qu’il était et préfère, loin de toute nostalgie, l’évolution à la rupture, celui qui revendique son hypersensibilité raisonnée comme une perspective sociale épanouissante, comme un âge adulte réel plutôt que cliché !

Demeure chrysalide qui rejette la prémisse de la réification, et s’écarte ainsi de l’omnipotente mais diffuse religion nouvelle des « ressources humaines », laquelle dissocie à dessein lesdites ressources tant du bonheur individuel afonctionnel que des principes et des idéaux auxquels souscrit l’individu, qu’il lui importerait de sacrifier sur l’autel de la contribution dont il est supposé redevable à la société : ce n’est que de la sorte qu’il est possible de mouvoir avec la plus grande facilité les pièces sur l’échiquier, dussent-elles perdre tout enthousiasme, toute vitalité, et ne plus faire office que de caractères formatés mus par un improbable devoir

Or, survit qui s’adapte, certes, mais qui à l’inique s’adapte en âme trépasse. Et c’est bien là tout l’enjeu de cette idéologie : n’avoir que la survie comme alternative à la mort, sans boussole aucune… Longtemps m’a torturé l’esprit la question de ce qui distingue un principe d’une idéologie. Puis je me suis rendu à l’évidence : la seconde est un agencement spécifique de principes et de règles, et toujours cet agencement et ces règles, ainsi que la sélectivité de leur application, sur les principes y prennent le dessus. S’il peut se propager à travers une idéologie, le premier, en revanche, n’en a pas fondamentalement besoin…

Le dissimulassent-elles, nos sociétés sont doctrinaires, et elles le sont logiquement au détriment des principes vecteurs de liberté individuelle, au nombre desquels celui de s’associer. Preuve de leur linéarité dogmatique, elles étiquètent notamment comme losers ceux qu’elles empêchent de mener à bien des ambitions personnelles qui s’écartent de la ligne qu’elles ont tracée pour eux, tandis qu’elles qualifient de winners ceux qui se contentent de suivre le mouvement. Combien de vies originales brisées par la médiocrité des parvenus, la jalousie des suiveurs d’ordres, et la possessive compulsion de domination des faibles d’esprit, qui s’y imposent ?…

Nos sociétés produisent de la peur au quotidien, mais cherchent-elles par ce biais à conjurer le spectre du terrorisme, ou plutôt l’effroi glacé qui leur parcourt l’échine à l’idée d’une sérénité commune fondée sur l’absence de contrôle social,  en lieu et place du diktat de performance sous surveillance ? N’est-ce pas dans ce contrôle social qu’elles puisent leur autorité primaire ?

Si offusquante qu’aux agents provocateurs du « même pas cap » cette disculpation puisse paraître, si nous ne pouvons devenir, ce n’est pas dû à nous, mais à l’effroyable pesanteur d’un système idéologique qui n’a de cesse, par décrets unilatéraux et assignations automatiques, que de rendre conforme dans l’abrutissement, et qui confère aux moins éclairé(e)s dans la cité, trop ravis de l’honneur qui leur est fait, l’exécution de cette besogne.

Or, à la société hiérarchique, qui ne cesse à celles, définitivement dissoutes, du père et de la mère, de substituer de semblables figur(in)es d’autorité, nous ne devons strictement rien ! En quoi une société qui recourt à de tels procédés, une société qui exonère les coupables tandis qu’elle culpabilise les justes, parfois sans même les accuser, leur épargnant ainsi le fardeau  de livrer leur vérité, une société qui, non contente de s’approprier l’intime, a la morgue de statuer sur ce qu’elle croit avoir compris de ce qu’elle n’aurait jamais dû s’approprier, une société de salauds qui, bien que n’ayant, pour la plupart, jamais eu à faire les leurs, nous intiment de faire nos preuves jour après jour, comme si la veille n’avait jamais été, une société où s’envole toute parole, ne laissant que sables mouvants, une société qui à tous les principes fondamentaux sur lesquels repose la dignité humaine a fait un sort, en quoi, écrivions-nous, une telle société serait-elle désirable ? En quoi faudrait-il y contribuer ? Quel projet digne, socialement justifié et respectueux de l’individualité de chacun serions-nous à même d’y porter ? Et quelle communauté de feeling et d’esprit pourrait-elle donc y éclore ? Répétons-le : à la société hiérarchique, nous ne devons rien !

Toute vassalisation, a fortiori celle qui implique une soumission doctrinaire comme condition première d’appartenance au faux ensemble qu’est le clan, il nous faut, tant au nom de l’universalisme que de notre identité, rejeter avec force ! Car quelle estime de soi et de l’ouvrage à entreprendre, et quel respect des autres dans notre cas demain, pourrions-nous préserver si nous acceptions de n’être que l’objet des projections viciées d’étrangers nullement intéressés de nous connaître, mais ne s’habilitant pas moins à nous inféoder, si nous laissions des agents du système à l’empathie infirme et disposés à vendre jusqu’à leurs proches dans l’espoir de bénéficier un peu plus longtemps d’une respectabilité bourgeoise qu’ils savent non seulement futile, mais aussi usurpée, déterminer seuls notre destin, si nous nous pliions par nécessité au conditionnement social qu’ils instillent, à l’ubiquité de leur endoctrinement (définition : cf. infra), à la dépossession de nos racines au nom du travail comme aliénation permanente, d’un prétendu bien commun qui nous ignore, ou en échange de la promesse implicite d’une garantie clanique, et au non-argument d’autorité (cf. ancienne Constitution du sous-bassement) qu’ils nous assènent, bref quelle estime – et quelle cohérence – espérer préserver si nous empruntons pour nous mener à notre projet un chemin qui en ruinerait les fondements mêmes ?

tablier de valetSoleil usurpé

Aucune injonction stéréotypée à être ne saurait nous mouvoir, qui moins est lorsqu’elle s’exerce par la malveillance, car nous ne sommes plus dans une cour de récré, et, ne vous déplaise, nous sommes déjà ! Il semble parfois nécessaire de le rappeler. Ou nous ne sommes pas, mais alors nous ne serons jamais. D’ailleurs, vous, êtes-vous si sûr(e) d’être ? Avez-vous jamais été ?…

Si notre société était telle qu’elle se prétend, il n’y aurait pas d’étalon unique pour mesurer la pertinence présumée d’une vie. Et nous pourrions devenir, de la manière dont nous l’entendons, dans une perspective sociale que nous avons définie, et retenue comme la plus durable. Refuser de renier ses principes face à une oppression qualifiée par Wolin de totalitarisme inversé peut certes conduire à une inertie apparente aux allures sacrificielles, mais je ne souscris, en ce qui me concerne, à aucune forme de sacrifice, donc à aucune forme de sacrifice de soi, qu’il se manifeste par la retenue ou par l’engagement, car cette notion est contraire à la société plurielle et juste que j’appelle de mes vœux, où, pas plus que les crapules, les héros n’ont leur place.

Un être est humain parce qu’il ne se limite pas à sa fonction. Cette fonction, plus son humanité lui est déniée, plus négligemment il l’exercera. Un humain est lorsque son existence excède les doctrines. Plus ces dernières l’asservissent, plus son être se dessèche…

 

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