Archives mensuelles : juin 2016

Vermine européiste !

“As [Chris] Hayes put it in his book [Twilight of the Elites], the challenge is “directing the frustration, anger, and alienation we all feel into building a trans-ideological coalition that can actually dislodge the power of the post-meritocratic elite. One that marshals insurrectionist sentiment without succumbing to nihilism and manic, paranoid distrust.” […]

oeuf Schumanhttp://www.dw.com/en/eu-aims-to-sidestep-parliaments-on-ceta/a-19363101

Instead of acknowledging and addressing the fundamental flaws within themselves, [those who wield the greatest power] are devoting their energies to demonizing the victims of their corruption, all in order to delegitimize those grievances and thus relieve themselves of responsibility to meaningfully address them. That reaction only serves to bolster, if not vindicate, the animating perceptions that these elite institutions are hopelessly self-interested, toxic, and destructive and thus cannot be reformed but rather must be destroyed. […]”

https://theintercept.com/2016/06/25/brexit-is-only-the-latest-proof-of-the-insularity-and-failure-of-western-establishment-institutions/

Jean-Claude JunckerDeltourhttp://www.lalibre.be/actu/international/proces-luxleaks-prison-avec-sursis-pour-les-deux-lanceurs-d-alerte-le-journaliste-acquitte-5773cd3c35708dcfedba01ee

 

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Du regain d’importance du verbe ‘traiter’, en parlant d’hominidés indociles

Bernard Riperthttp://france3-regions.francetvinfo.fr/alpes/isere/grenoble/avocat-suspendu-grenoble-bras-de-fer-entre-le-ministre-de-la-justice-et-me-ripert-965285.html

http://france3-regions.francetvinfo.fr/alpes/isere/grenoble/grenoble-l-avocat-bernard-ripert-interne-d-office-en-psychiatrie-1004701.html

« Il s’agit surtout d’identifier qui sont les leaders d’opinions sur Internet, de la même façon qu’il faut [pouvoir] choisir nos partenaires et les intéresser à un peu à la partie, il faut [pouvoir] correctement identifier nos adversaires, et en particulier traiter les leaders d’opinions sur Twitter, sur Facebook, c’est-à-dire ceux qui sont suivis, ceux qui attirent du monde […]. Certains d’entre eux […] sont des no-life, on [ne] les rencontre pas dans la vie réelle, comme le disait Patrick [Klugman, avocat des Femen, aux sympathies changeantes et douteuses]. [Mais on en rencontre aussi beaucoup] dans la vie réelle : ils ont des intérêts économiques, et ils sont quand même un peu plus vissés à un territoire et à des […] réalités très concrètes et très tangibles, [ce] qui fait qu’on peut les atteindre, même s’ils organisent leur insolvabilité, même s’ils se débrouillent bien souvent […] pour que leurs contenus soient toujours à la limité de l’inacceptable. […] [Ce problème se pose] avec un certain nombre de sites conspirationnistes. Je dirais que je suis même encore plus inquiet et préoccupé par le fait que l’on n’arrive pas, tout simplement faute de moyens légaux, à traduire devant la justice des sites qui ont développé, par exemple, les théories alternatives sur les attentats de Saint-Denis ou du Bataclan. Mais [ce n’] est pas grave […] : on en vient à la deuxième partie du traitement[…] En fait, à partir d’une législation qui, effectivement, est [l’] une des plus répressives du monde, mais avec des moyens renforcés et surtout, je dirais, avec une posture différente, qui consiste à […] cibler un certain nombre d’adversaires et [à ne] pas les lâcher, […] nous arrivons à obtenir, à législation constant[e] et à moyens à peine augmentés, […] un certain nombre de résultats, [même si] ça ne suffit pas, mais de toute façon, ça ne suffira jamais. »

Gilles Clavreulpréfet gouvernemental à la Répression du Vice de la pensée et à la Promotion de sa Vertu, Assises de la lutte contre la haine sur Internet, Paris, 15 mai 2016

Head of the political service of the French PBS« Dans un texte publié sur sa page Facebook, Clavreul a éreinté « Tariq Ramadan, le Parti des indigènes et un certain nombre de collectifs antidémocratiques, racistes et antisémites», qui auraient, à cette occasion, reçu « le concours ou la bienveillance de certaines organisations d’extrême gauche et syndicats professionnels ». Tous se rendraient coupables, à ses yeux, de « légitimer l’islamisme » et de «défendre les prédicateurs fondamentalistes », « sous couvert de dénoncer une prétendue atteinte aux libertés fondamentales » en critiquant l’état d’urgence. […] Dans un portrait que lui consacrait Libération au printemps, l’énarque s’en prenait à « tous ces gauchistes qui jouent, sans vergogne, le jeu du communautarisme ». Une phrase lâchée lors de cet entretien lui colle depuis à la peau et ne cesse d’être ressortie par ses détracteurs : « tous les racismes sont condamnables, mais le racisme anti-Arabe et anti-Noir n’a pas les mêmes ressorts que l’antisémitisme dans sa violence ». »

http://www.liberation.fr/france/2015/12/16/gilles-clavreul-le-delegue-antiraciste-qui-n-aime-pas-certains-antiracistes_1421156

Martin-Malcolm

SUBJECT : BLACK NATIONALIST – HATE GROUPS

Through counter-intelligence it should be possible

to pinpoint potential trouble-makers and neutralize them.

https://nsarchive.wordpress.com/2011/01/14/mlk-document-friday-through-counter-intelligence-it-should-be-possible-to-pinpoint-potential-trouble-makers-and-neutralize-them/

 

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Tony Conrad – Jeffrey Lloyd : le dessous des cartes de Troc International…

Il y a cul dans occulte. Y a-t-il pour autant sa place ? Hé, toi l’ami, qui l’a mis là ? Et pourquoi l’y laisser ? Par pruderie, peut-être ? Par exclusivité ? How ‘kiss’ in French do you say ?… La mère qu’on voit danser, le looong des… La mère…  Fût-elle rassasiante, laide est la crudité à voir. C’est Big J qui l’a dit. Big J le DJ. Aux platines de la pine. Enfin, je crois… Une bonne dizaine de fois… Aaaah… Abondantes comme la rosée sont les averses des matins fastes. Et sonnez les mâtines, ding dang dong, ding dang dong… Non, mais sérieux, z’avez pas honte ? Avec, au milieu des fougères, tous ces robustes arbustes en rang serré tendus vers le ciel comme autant de défis sacrilèges, ces plantes sauvages aux pistils gorgés de vie ruisselante. C’est une putain de forêt, ma parole ! Christopackez-moi ça, voulez-vous ! Ah, ah !…

Gabriel Loppé, La tour Eiffel foudroyée, 1902Gabriel Loppé, tour Eiffel foudroyée (1902) ou geyser élec-trique ?

Mate-moi cette coupole, m’avait dit celui qui m’avait croqué. Anges d’un côté, démons de l’autre. Ridicule, lui avais-je rétorqué ! Tiens, encore un cul… Blindé comme du Rivelli, d’ébène facture forcément. Je dis pas qu’il faut les sortir à tout bout de champ, nan. Een beetje fatsoen, merde ! Mais pourquoi pas ici et là, où ils ne s’y attendent pas ? Pour assaisonner de piment écarlate l’obscurité blafarde des nuits brumeuses… A l’Elysée l’orgie SM crépusculaire. A nous l’aurore de la touze place de la Rep !!!

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Terroristes congénères,

Mine de rien, cela fait plus de deux mois que vous n’avez plus, en ces contrées, donné de vos nouvelles. Attendu qu’approche l’été et que laisser ivoirins cafres, basanés adoucis, le passer au nord à se prélasser sans que ne retentisse encore, comme en écho à vos propres vicissitudes (où est-ce à votre ennui ?), la tendre mélopée des déflagrations célestes par laquelle vous égayez nos soirs comme nos matins, comment ne pallier cette lacune sévère, ne pas reprendre le contact ?

Cependant que sibyllins, dans quelqu’arrière-boutique, sous le regard distant mais omniscient d’argus alliés, à cette cause supérieure vos brillants artificiers s’affairent, c’est leur ultime prière qu’entament aoûtiens par la stricte urgence de juillet affolés.

Mais précipitation est mauvaise conseillère, les sages qui vous guident ne le savent que trop bien. Préférez-lui la procrastination, tant, comme l’énonce l’adage, se hâter de mourir ne sert souvent à rien, c’est à point qu’il faut pouvoir jaillir. Explosez l’esprit leste, combattants de lumière, âmes saintes, giclez dans la durée. Et tout breuvage indigeste faites-nous plaisir de garder en votre sein.

Cueillez aujourd’hui, cousins, ce qui ne peut attendre, reportez à jamais ce qui ne peut perdurer…

Solar Quest, Singtree

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« Le recours aux forêts »… de champis ! (ou la tentation de Socrate)

Il faut vous imaginer entouré d’enfants. Pas de vrais enfants, mais de créatures qui ont une apparence d’adulte, disposent de tous les jouets de pouvoir caractéristiques de cette apparence, à commencer par l’argent, mais n’ont jamais, en réalité, dépassé le stade de l’enfance. Les uns vous font consciemment du mal parce que le mal qu’ils vous font leur est semi-subconsciemment renvoyé, et que ce n’est que par ce biais qu’ils se sentent vivre : revivant par votre entremise, dans le rôle du tortionnaire cette fois, le mal qui leur a été fait naguère, ils croient s’en affranchir tandis qu’ils le pérennisent, mais ce n’est, somme toute, par identification résiduelle, que leur conception primitive de l’amour qu’ils vous expriment ainsi, la seule qui leur ait été inculquée, et la seule qu’en boucle ils se soient autorisés à manifester. D’autres, ceux qui s’asseyaient toujours au premier rang, pour se trouver au plus près du professeur, vous haïssent parce que, même si vous ne faites de tort à personne, vous excédez leur carcan moral. D’autres encore sont tout simplement sots, et dans leur sottise un résidu de norme a gardé sa place. Une dernière catégorie d’enfants, enfin, les plus développés de cette garderie, ayant déterminé qu’il était nécessaire dans l’optique d’un dessein supérieur, qui coïncide en général avec leur intérêt propre, sont totalement indifférents au mal qu’ils font. Toutes sont convaincues d’avoir raison ; la dernière est persuadée d’avoir, en prime, la raison avec elle. Toutes vous indiquent le droit chemin, hors duquel point de salut, les unes du haut de leur suprême ignorance, l’autre par obscène hypocrisie : « il n’y a qu’une seule voie »…

Famille de hyènes lilliputiennes comme pas même Bazin n’a pu en décrire, divertisseurs à la petite semaine, gays obscurs, politichiens assoiffés, petits bourgeois de tout acabit, syndicat de vendus moralisateurs, employeurs détraqués, guilde des avocats de Bruxelles, guilde des notaires du Hainaut : depuis une dizaine d’années, comme s’ils s’étaient donné le mot, tous ces sales gosses et bien d’autres, autosatisfaits comme il se doit, ont fait de ma vie un calvaire (documenté), bravant tout cadre juridique, toute honnêteté intellectuelle, tout respect individuel. Tous parlent le même langage, qui ne connaît ni vérité ni créativité. Ce langage n’est pas le mien !

Ce ne sont pas leurs assauts incessants qui m’ont laissé groggy, et ont rendu obèse un athlète qui, auparavant, fréquentait la salle de fitness cinq fois par semaine. C’est la drogue ! Et c’est elle, bien sûr, qu’au singulier, lesdits enfants n’hésiteraient pas à pointer du doigt pour expliquer quelque misanthropie inédite dans le chef de celui qui écrit ces lignes. Je n’ai jamais cherché, toutefois, que la compagnie d’adultes qui parlent ma langue…

Le 21 octobre 1949, dans la foulée de la parution de 1984, Huxley, qui en matière de mescaline avait pourtant, par autocritique, fait œuvre scientifique, écrivit à Orwell une courte lettre (1) dans laquelle il soutenait, tout en rendant hommage au talent de son confrère écrivain et à l’ingéniosité dont il avait fait preuve dans la description de la société dystopique qu’il avait imaginée, que l’introduction de la technique de l’hypnose dans la démarche psychanalytique – et donc sa généralisation – ainsi que le recours aux barbituriques, qui induisent, selon lui, un état semi-hypnotique, rendaient plus probable le scénario d’une société dystopique telle que celle qu’il avait dépeinte dans Le meilleur des mondes, paru avant la boucherie hitlérienne. En effet, le bruit des bottes suscitera toujours une résistance, et aucun dictateur ne pourra par le diktat seul se maintenir éternellement au pouvoir. En revanche, si ceux qui tiennent les rênes font preuve de suffisamment d’habileté pour obtenir, à défaut de leur consentement éclairé, le consentement tacite de ceux dont ils enchaînent la vie, leurs statues pourraient, quant à elles, devenir millénaires.

Lors d’une conférence à l’université de Berkeley, le 20 mars 1962, soit un an et demi avant qu’il ne demande à son épouse de l’euthanasier en lui administrant par voie intramusculaire une surdose de LSD, Huxley développa son point de vue : à son estime, un plaisir instillé de manière factice était un outil de gouvernement bien plus efficace que la contrainte. Apostrophant l’assistance, le sage l’invita à s’imaginer une société dans laquelle une drogue miraculeuse permettrait à chacun de trouver motif de réjouissance, malgré la misère ambiante et les injustices quotidiennes… Une telle société ferait de ses citoyens les consommateurs réjouis et apaisés de leur propre malheur. Or, ne serait-ce pas là la forme de dystopie la plus perverse… et la plus avancée ?

L’argument présentait quelque similitude avec l’exhortation à bannir la consommation d’alcool adressée, à la fin du XIXe siècle, à la classe ouvrière par le mouvement socialiste naissant : est mauvais militant qui picole, et point de lendemains qui chantent pour les luttes enivrées… Problème : dans les grandes lignes, le patronat, soucieux de productivité, partageait ce souci. Et s’interroger sur la différence, en termes de résultats escomptés, entre une grève à jeun et une désobéissance civile saoule, à une époque où les viviers de recrutement n’étaient pas encore surpeuplés et les adjoints aux procureurs médiatiques se cherchaient encore un parquet, paraît donc légitime.

Quoi qu’il en soit, les années et les décennies qui suivirent la saine mise en garde de Huxley ont mis ses vaticinations à l’épreuve. Et il en ressort, me semble-t-il, une impression mitigée. En effet, on pourrait considérer que des drogues telles que l’XTC, mâtinées de musique abrutissante, ont considérablement affaibli le potentiel de révolte de générations entières, et relever que d’autres, telle la cocaïne, sont totalement en phase avec la doctrine productiviste. Toutefois, une variété distincte de psychotropes a démontré, quelques années à peine après la conférence susévoquée, et sur le lieu même où celle-ci s’était tenue, qu’elle pouvait, si les circonstances y étaient favorables, encourager à la rébellion, au nom de causes justes.

S’ajoute à cet argument qu’à ce stade, en dépit de toutes les drogues bon marché disponibles en Occident, et malgré toutes les émissions feel-good hypnotiques diffusées sur le câble, la subtilité et le raffinement requis par la projection de Huxley font décidément défaut à la gouvernance, qui ne semble nullement prête à remiser au placard le bâton de la terreur et de la surveillance panoptique, encore moins à tolérer les drogues hippies. Or, si la population était docile (parce qu’hypnotisée), la surveiller serait inutile. Et si le Xanax® ou l’éphédrine induisaient du plaisir, ça se saurait : Grace Zabriskie vous le dira… C’est donc dans une conjonction bâtarde des cauchemars orwellien et huxleyen que nous serions plongés. Est-ce une fatalité ?…

A 16 ans, j’avais pour mon cours de français rédigé spontanément, à la manière d’une parabole, une courte bafouille à l’attention d’un professeur qui, avant de choper la grosse tête, avait ouvert mes horizons intellectuels. Je l’avais rédigée comme ça, gratuitement, sans injonction, et en requérant qu’elle ne fasse l’objet d’aucune note : la liberté littéraire, la liberté de conscience, ne se notent pas ! Le personnage de cette parabole était un certain Imbecilus d’Outrecuidie; s’y reconnaîtrait qui le voudrait, aujourd’hui encore… Son sens : toutes les distinctions, tous les signes de reconnaissance sociale, toutes les médailles, tous les honneurs, éloignent de l’essence. En la lisant, Monsieur Collès se sentit visiblement interpellé : « mais qu’est-ce que l’essence ? » me demanda-t-il, perplexe, à plusieurs reprises. Dans mon esprit, c’était clair : c’était le substrat d’égalité en nous qui devrait être indivisible, la part individuelle commune à chaque être humain, ce qui, dans notre plus profonde intimité, nous relie tous par-delà nos egos. Mais je ne parvins pas à l’exprimer distinctement. L’idée était encore brumeuse. Neuf ans plus tard, la psilocybine disperserait la brume…

C’est à vingt-et-un ans que j’ai découvert le cannabis. C’est d’ailleurs le prétexte qui fut avancé par une génitrice accro à la clope ainsi qu’aux amphétamines vendues en pharmacie et par son second mari alcoolo pour m’expulser (une première fois) du domicile familial. L’usage de cannabis se conciliait parfaitement avec ma pratique sportive. Mieux : chaque fois que j’arrêtais d’en consommer, mon organisme se débarrassait naturellement de toutes ses toxines, aidé en cela par des sessions de sauna intensives.

Mais c’est à vingt-cinq ans que j’ai consommé de la psilocybine pour la première fois. L’expérience fut si intense spirituellement que dix ans au moins se sont écoulés avant que je ne la renouvelle. Pourtant, j’entends d’ici les enfants, inconscients du ridicule de leur proposition, chuchoter : « à mon avis, il est en manque »…

Si, durant cette période, le cannabis m’a permis de me relaxer lorsque j’en avais vraiment besoin, de penser et de créer hors du cadre habituel, la psilocybine m’a littéralement dévoilé la nature de ce cadre, avant de l’éclipser temporairement. Au pinacle de cette expérience, c’est, pour autant que l’on se donne à lui, l’éther qui se donne à vous comme un nouveau fluide amniotique : Platon avait tort ! Pas d’hallucination alors, mais un ressenti surréel, une perception bien sûr, mais celle d’un autre monde, sinon inaccessible. Le narrer est à celui-ci ce qu’une nouvelle émoustillante dans Lui est à l’amour charnel. Et les enfants de se dire à présent : « il est fou »…

Peut-être n’ont-ils pas tort : certes, pas aussi fou qu’un capitaine d’industrie militaire, ou que tous ces supplétifs hypnotisés des personnages de romans avec lesquels on nous bassine depuis des millénaires, mais assez fou que pour entreprendre sa propre introspection, et simultanément une analyse en profondeur des leviers du monde dit tangible.

C’est d’ailleurs à cette folie, à l’exact opposé de la sérénité dudit monde, que la police de la pensée, la police du plaisir libre, la police de l’Autre, la police de l’être, la police d’un dasein secret et interdit, tellement subversif qu’il contient la promesse de l’abolition de toute guerre, est appelée à remédier, comme hier elle avait sous la férule de Lyssenko remédié à l’inconsistance scientifique, et avant-hier par l’Inquisition à la jouissance lubrique, Lumière du Malin.

Contrairement à Richard Alpert, qui s’est distingué des zozos du Harvard Psychedelic Club par son sérieux et son humilité, et a relaté sa propre expérience lors d’une autre conférence, je n’ai, quant à moi, ressenti aucune angoisse au contact de la psilocybine. De bout en bout, cet élixir a été pour moi source d’une contemplative et sereine révélation, qui répondait en quelque sorte à une longue quête spirituelle, à un manque de sens : enfin, mon esprit s’était immergé dans ce qu’il s’était jusqu’alors contenté d’observer et d’imaginer au loin par ellipse. Pas davantage n’ai-je vécu un quelconque dédoublement de personnalité (que je suspecte Alpert d’avoir utilisé comme un procédé stylistique destiné à permettre à son auditoire d’appréhender de manière plus compréhensible l’expérience qu’il avait vécue, selon une trame plus ou moins logique). Mais il ne fait aucun doute que mon premier trip a d’emblée suscité une prise de conscience extraordinaire, qui s’accompagnerait progressivement de l’émergence d’une personnalité nouvelle, fondée sur l’humilité, la bienveillance et le refus de toute mesquinerie : depuis la psilocybine, sans que mon ardeur à défendre mes convictions en pâtisse et sans céder à la béatitude, je me la joue beaucoup moins. Pas parce que je me serais résigné, mais parce que cette expérience a eu raison du grand dadais, de l’Imbecilus, en moi, et à quiconque sait de quoi je parle, tous ceux qui, quels que soient leurs attributs, continuent de se la jouer, de faire les malins, apparaissent si dérisoires, leurs prétentions si futiles… Cette humilité joyeuse, qui s’interdit de dicter à autrui sa manière de vivre, mais qui veut être humaine et vivre vrai, refusant tant l’existence faite comédie dégénérée que celle calquée sur une tragédie grecque, me paraît la seule réponse viable à l’abrutissement.

Certes, plusieurs personnes sont devenues humbles et bienveillantes sans avoir jamais trippé. Grand bien leur fasse ! Mais de la même manière qu’écouter de la musique ou observer un tableau après avoir fumé un joint en décuple l’expérience, percevoir le fond intrinsèque de ces sentiments, pour le coup dénué de volonté propre, est sans commune mesure avec leur déduction rationnelle : l’unité essentielle ressentie dans le premier cas est proprement métaphysique, dans sa symbiotique plénitude, où l’anarchie semble parfaitement organisée.

Néanmoins, je le concède, en observant les gesticulations immatures d’un Leary, pape d’un mouvement psychédélique qu’avec le recul son one-man-show égocentrique et mégalomaniaque d’adolescent prépubère instable n’a fait que discréditer, il est permis d’en douter. En son for intérieur, l’énergumène n’était sans doute pas un mauvais bougre, et les innombrables affronts, en ce compris les nombreux séjours pénitentiaires, que lui ont infligés la machine nixonienne et ses avatars ultérieurs l’auront indubitablement poussé à bout. Il n’en demeure pas moins qu’il a rendu un très mauvais service à la part de retenue et de raison constitutive de la cause psychédélique : quel enfant souhaiterait-il, en effet, que sa progéniture devienne pareil hurluberlu ? Or, pareil hurluberlu, il ne peut bien sûr lui-même l’être devenu qu’à travers ses licencieuses expériences. Par conséquent, il incombe à chaque enfant d’interdire à la chair de sa chair, quelle que soit son âge au demeurant, de toucher à la chair des dieux : il y va du salut public, et accessoirement de celui de la sainte puritaine bourgeoisie, celle qui requiert par ailleurs la contrition, la honte et le silence des coupables pris les doigts dans le pot de confiture : la carrière d’abord, bon Dieu ! Qui tu es, qui nous sommes, ce qui confère du sens à ce que nous faisons, on verra après, s’il nous reste du temps…

Même McKenna, dont le propos était pourtant plus construit, s’est parfois perdu, confondant ses propres projections avec l’idée de la vérité, ou même sa recherche, dans les méandres de l’irrationalité. Et la contradiction ne lui était pas plus étrangère. Ainsi par exemple de son adulation du tribal, alors que partout la tribalité aujourd’hui n’a de cesse que de ravager, et que c’est au contraire la porte de l’universel qu’ouvre la clé psychédélique. Ces substances empêcheraient donc aussi tout propos cohérent et sensé, lors même que leur usage suscite une cascade de questions fondamentales…

En quoi le mécanisme derrière le « son radiofréquentiel […] décrit comme étant un bourdonnement, un cliquetis, un sifflement ou un coup, en fonction de différents paramètres de transmission », un son dont « la source supposée […] est localisée par les sujets à l’intérieur ou derrière la tête » (2), ce même son auquel un Leary complètement déjanté et paranoïaque fit maladroitement allusion lors d’une conférence-éclair consacrée aux théories du complot, s’articule-t-il avec l’entre-deux d’une expérience psychédélique ?

Une telle expérience se vit-elle à notre époque comme elle pouvait se vivre à l’Antiquité (3) ? La surabondance de perfluorotributylamines et d’ondes diverses dans l’atmosphère n’exercerait-elle  sur elle aucune influence ?

Peut-elle être concluante en temps de guerre, si tant est que les participants soient consentants et préparés ? Permet-elle, même dans ces conditions, d’atteindre la plus authentique des allégresses ? Si oui, quelle est donc cette oasis de pureté que rien n’atteint ? Et l’émerveillement qu’elle suscite en toute occasion n’est-il pas monstrueux ? Ou, pour inverser la perspective, comment nos sociétés ont-elles pu devenir ce qu’elles sont si en chacun de ceux qui les composent réside cette immuable ataraxie ?

Loin de tout psychédélisme, c’est la métamphétamine qui avait la préférence des nazis (4). Eussent-ils été si efficaces s’ils avaient ingéré des champis ? Jamais en reste, la CIA a mené à leur insu sur plusieurs cobayes humains diverses expérimentations à base de psilocybine et de drogues similaires – sans être équivalentes –  (5) afin d’établir si celles-ci pourraient servir à neutraliser un ennemi : jusqu’à présent, plus de soixante ans après les faits, aucun consensus scientifique ne s’est encore dégagé autour du mystère de Pont-Saint-Esprit (6). Mais ces décoctions-là seraient-elles également susceptibles de s’inscrire dans le scénario envisagé par Huxley ? Ou dans celui échafaudé simultanément par le Praguois Leo Perutz, un autre écrivain parmi ses contemporains (7) ? Si vous avez, en tant qu’initié, répondu par l’affirmative à au moins deux de ces questions, sans doute estimez-vous qu’il serait sage que le projet de LSD pour tous de Leary et consorts ne voie jamais le jour, et qu’il est donc impératif que les enfants stressés et apeurés demeurent des enfants niais, pour autant qu’ils se décident enfin à laisser les adultes vivre leur vie en paix, loin de l’opium du productivisme frénétique, qui mène la planète à sa perte.

Le monde sous psilocybine est une Atlantide. La visiter est un droit de l’Homme, commun comme l’eau, libre comme l’air, dont il ne faut pas user à la légère. Nul n’en détient le droit d’accès, car c’est de l’étant même qu’il s’agit, et à travers lui de l’être, accessible par l’esprit. Pour autant qu’il fût structuré au préalable, celui qui s’y plonge se rend compte avec une intensité inégalée que c’est dans l’esprit reptilien, en réalité, que l’esprit de compétition puise son inspiration. Naïf comme un Lennon, Leary n’avait pas saisi que les élites du désordre ordonné et de la destruction schumpeterienne l’avaient compris. C’était un illuminé. Les censeurs de l’au-delà hic et nunc des dinosaures avides de réformes

Autres temps, autres mœurs, dit le proverbe. Mais l’exploration de cette Atlantide n’est pas plus une mode que la découverte de soi dans l’essence commune du monde n’est un crime. Si elle l’était, c’est la philosophie existentialiste, dont pareille exploration me semble le prolongement, qu’il faudrait condamner dans son ensemble…

Trouver des humains qui parlent la langue, tel demeure mon objectif, vital. Nous nous reconnaîtrons, et par leurs postures, leurs mots et leurs silences muets nous reconnaîtrons aussi les imposteurs. Les projets s’ensuivront, à foison et par substance. Et si cette ambition s’avérait vaine, resterait toujours le recours à l’ermitage…

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(1) Source : http://www.lettersofnote.com/2012/03/1984-v-brave-new-world.html

(2) lire : « Jeanne, m’entends-tu, tu m’entends, Jeanne ? »

(3) Rappels : la psilocybine, la mescaline et le LSA (produit par l’ergot de seigle ou d’orge, et dont fut dérivé le LSD) sont des substances aussi naturelles que le cannabis. En outre, même si parmi toutes ces substances, le risque d’overdose est (à l’inverse de celui présenté par la cocaïne, l’héroïne, ou encore la métamphétamine) extrêmement faible, la seule qui fournisse en la matière une garantie absolue est le cannabis…

(4) Source : Pieper Werner, Nazis on Speed – Drogen im 3. Reich, Vol. 1, Taschenbuch, juillet 2002

(5) Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Project_MKUltra

(6) Lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_pain_maudit

(7) Lire : St. Peter’s Snow, Vienne, 1933

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Lire aussi « how dare you ? » in :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/11/07/nouvelles-du-canna-moloch/

et : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/05/31/acta-le-prototype-dune-certaine-europe/

Quant à l’exercice d’écriture automatique suivant, il s’est déroulé sous l’influence du cannabis :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/06/06/petit-exercice-decriture-automatique/

Le poème crypté suivant, en ce compris la chausse-trape qu’il contient, a été conçu et rédigé, quant à lui, à la fin d’un trip sous psilocybine :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/01/des-chittres-et-des-leffres-experimentation-sublitteraire-cryptee/

 

Demeter's potion

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