Archives mensuelles : août 2016

Vases communicants

terrorists on welfare (1)

Ci-dessous, nous publions, pour l’édification des générations futures, le contenu du courrier adressé ce jour à l’Office national de l’Emploi…

***

O.N.E.M.

Service DISPO

Place Marcel-Broodthaers, 4

1060      Bruxelles

 

Madame, Monsieur,

La présente fait suite à votre courrier du 27 juillet constituant convocation aux fins d’examiner les efforts de recherche d’emploi.

Au plus fort de la Grande Dépression qui, durant la première moitié du siècle dernier, mit les Etats-Unis à genoux, il était de bon ton, dans les milieux bourgeois sadiques, d’ajouter à la détresse des pauvres l’humiliation publique. Ainsi, des couples sans le sou étaient invités à prendre part à des bals populaires d’un genre nouveau, à l’occasion desquels ils étaient tenus de danser, danser encore, danser sans fin, des heures – parfois des jours – durant, jusqu’à ce que leur épuisement soit tel qu’ils s’affalent sur le sol, déconfits et objet de la risée des spectateurs. Au pays où seuls les strong survivent, seul le dernier couple debout était assuré d’empocher la poignée de dollars qui assurerait sa subsistance une semaine ou deux de plus. Après cela, il lui faudrait reprendre la danse.

Depuis la tempête financière de 2008, si l’on excepte l’insurrection islandaise, aucune caste n’est parvenue avec autant de brio à passer jusqu’à ce jour entre les gouttes du courroux social que celle constituée par l’alliance objective entre banksters et politicaille. Passés par pertes et profits, les dizaines de milliards d’argent public injectés dans un quasi-cartel de banques moribondes dont les arrogants CEO de pacotille se remplissent de nouveau allègrement les poches, tandis que la dette nationale excède de dix pourcents le produit intérieur brut ! Oubliés, les mandats d’administrateurs de Dexia des Dehaene, Kubla, Vermeiren, et autres Di Rupo, de tous ces criminels en col blanc en quelque sorte, dont la mission consistait pourtant à veiller à l’intérêt public plutôt qu’à la jouissance spéculative de court terme !

A l’inverse, si l’on excepte les sans-abri, ces êtres virtuels qui n’ont plus d’existence légale et donc n’existent plus, ces sous-hommes dont la seule présence suscite la répulsion des honnêtes gens, et qui sont sommés de crever à l’abri des regards, aucune catégorie sociale n’a été, dans ce pays et dans les pays limitrophes,  autant pointée du doigt, vilipendée, méprisée, politiquement clouée au pilori, que celle des chômeurs, dont l’addition aboutit à un relevé statistique glacial qui ignore, par-delà même leur vécu quotidien, leur fondamentale humanité. Haro sur le sous-prolo, proclament en chœur, entre deux orgies, tout ce que la rue de la Loi compte de fils à papa ! Et c’est à des prolos, bien sûr, que ces derniers confient la tâche d’exécuter leurs basses besognes, s’assurant au passage qu’entre chômage et sans-abrisme, les vases communicants ne perdent rien de leur fluidité.

Réunis sur un manège gigantesque qui n’en finit pas de tourner en rond autour d’un obélisque géant qui de la Providence a fait table rase, appelés à s’entre-dévorer pour conquérir la floche tant convoitée que l’on agite insolemment au-dessus de leurs têtes, puis à se vendre au Grand Marché du bétail humain, les chômeurs, en effet, bien que n’étant coupables de rien, sont coupables de tout, à commencer par l’incurie de l’élite. Coupables d’être considérablement plus nombreux que les cases professionnelles qu’il leur incombe de désirer. Coupables d’être, dans ces conditions, confrontés à des exigences patronales de plus en plus invraisemblables. Coupables de vouloir exercer, de manière participative, une activité professionnelle qui fasse sens pour eux et pour la société, eu égard à leur expérience et à leurs talents. Coupables de ne pas bénéficier des réseaux de promotion professionnelle instantané qui assurent le succès clinquant et usurpé des fils et filles de bonne famille, auxquels la notion d’effort est par trop étrangère. Coupables en puissance, bien sûr, de méfaits et de délits divers et variés. Mais coupables surtout d’exister, de se nourrir, de se vêtir tant soit peu, de se loger, coupables de survivre !

C’est pourquoi il était impératif, à l’estime de la brigade politique de répression de « l’assistanat », de s’arroger un droit de regard permanent sur l’activité sexuelle des chômeurs par l’entremise de leur état civil déclaré, soit par un passage au peigne fin de leur collection de sous-vêtements, au gré de descentes domiciliaires impromptues, soit par un passage au crible de leurs factures de consommation d’énergie, réquisitionnées et compilées, dans leur cas uniquement, auprès de fournisseurs privés : de nos jours, Monsieur, on danse seul, ou on assume les conséquences.

C’est pourquoi il était également indispensable de faire passer le montant de leur allocation mensuelle sous le seuil de pauvreté. Qu’importe, en effet, qu’après le paiement du loyer et des factures de base, ladite allocation se réduise à une peau de chagrin. Qu’importe que cet argent soit, en ce qui les concerne, réinjecté directement dans la sacro-sainte Economie. Qu’importe, enfin, qu’à l’exception du secteur culturel, aucun service public ne prévoie de tarif adapté à leur condition sociale, ni la STIB, ni la SNCB, ni l’administration régionale, dont il leur revient chaque année de payer la taxe forfaitaire. Qu’importe, puisqu’ils sont coupables !

Dans le système néoféodal qui est le nôtre, où une poignée de très grands héritiers se sont accaparé le rôle jadis dévolu aux monarques, dans cette société du spectacle où les damnés de la Terre n’ont plus leur place qu’à leur détriment, dans cette société d’opulence qui se plaît à ressusciter de manière factice l’instinct de survie que commandait jadis la nature, dans cette société à l’inégalité rutilante de grossièreté,  dans cette asociété, un chômeur, fût-il simultanément citoyen-électeur, ça regarde ses pieds et ça ferme sa gueule, sauf lorsque son maître lui donne un ordre. Dans ce cas-là, ça répond au pied levé : « oui, bwana » !

A la culpabilité générale des chômeurs s’ajoute de surcroît, dans le chef de celui-ci, une culpabilité particulière. En effet, je le confesse, je suis coupable :

  • coupable d’avoir été renvoyé par mon dernier employeur pour faute grave fallacieuse ;
  • coupable de ce que ce dernier se soit chargé depuis lors de me faire malgré tout une réputation ;
  • coupable d’avoir subi, du mois de juin 2014 au mois de janvier de cette année, une grave intoxication olfactive de la part d’une voisine, laquelle, me contraignant à me calfeutrer chez moi à tout moment, et me privant du moindre air frais, de jour comme de nuit, et en été comme en hiver, m’a littéralement, une année et demie durant, vidé de toute mon énergie, une intoxication dont l’apothéose fut un choc anaphylactique qui me réduisit pendant deux semaines à l’état de végétal (demandeur d’emploi) ;
  • coupable d’avoir, malgré cette subtile torture, tenu bon dans ma quête d’activité professionnelle (comme l’atteste l’évaluation positive du 3 février 2015) ;
  • coupable d’avoir, en raison de retards de paiement répétés de la part de mon syndicat (pas moins de trente-sept jours pour le mois de novembre 2013, comme l’atteste, parmi d’autres, mon courrier à l’ONEM du 9 janvier 2014 : bonne année !), lesquels ont fait l’objet d’une plainte auprès du Médiateur fédéral, dû renoncer in extremis, à l’issue de ma première série d’entretiens concluante depuis des lustres, au stage (non rémunéré !) en coopération au développement à l’étranger qui m’eût enfin permis d’étoffer mon CV dans l’un des secteurs-clés de ma recherche ;
  • coupable de ne recevoir d’Actiris que des offres farfelues sans lien aucun avec mon profil, tel qu’établi conjointement (« téléconseiller front office basé à Genevilliers, France», « communication officer », « winkelverantwoordelijke » chez Brico, sans même parler d’une « formation au métier de commercial » qui eût été très utile au commercial que j’étais).

Mais tout cela n’est-il pas subalterne ? Que j’aie été informé en juin 2015 du décès de mon père… quatre mois après celui-ci, ne l’est-il pas davantage encore ? Trêve de sarcasme : pour couronner le tout, ma mère m’a envoyé, à l’occasion de mon dernier anniversaire en date, une jolie carte de vœux attendrissante avec ces quelques mots : « tu seras SDF, mon fils », profitant de l’occasion pour m’interdire, via son avocat, de m’adresser encore d’une quelconque manière à ma grand-mère, sénile et mourante, et me déniant ainsi tout contact avec la seule famille qu’il me restait.

A tout moment durant ma courte carrière, mais également auparavant, j’ai fait preuve d’un volontarisme, d’une créativité et d’un esprit d’initiative tels que peu m’importaient les heures prestées. Dans tout ce que j’ai entrepris, que ce soit à titre bénévole ou rémunéré, je me suis toujours fait fort d’être parmi les chevaux de trait. S’ils manifestent un soupçon de bonne foi, tous mes employeurs passés, et plus largement tous les compagnons de route aux côtés desquels je me suis investi sans compter au nom de causes justes, en conviendront. Les évaluations infantilisantes dont mes diverses prestations ont fait l’objet étaient quasiment toutes élogieuses. Je pense en outre avoir plus d’une corde à mon arc.

Pourtant, me voilà, comme les danseurs du début de cette lettre, à deux doigts de l’épuisement, contraint de vous annoncer sans détour que, pour la première fois depuis l’instauration du mécanisme de contrôle panoptique des efforts dits d’activation des sous-Sisyphe que nous sommes, je n’ai pas la moindre copie d’offre d’emploi à vous soumettre. La raison en est simple : serrer la bride du cheval, la serrer inlassablement, la serrer sans ménagement, puis finir par user de tous les stratagèmes les plus abjects, avec l’espoir paradoxal de le faire avancer, équivaut, en toute logique, à l’étouffer.

Depuis plus de dix ans, je vis comme un ermite. Un ermite qui ne cause de tort à personne mais n’en subit pas moins harcèlements après humiliations après dénis de justice après agressions. Cet ermite n’a plus vu une plage depuis six ans, n’est plus parti à l’étranger depuis douze, n’a plus assisté à un spectacle ou à une représentation théâtrale depuis cinq ans. Cet ermite est conscient de ses devoirs, mais ne cesse de voir ses droits piétinés. Par miracle, cet ermite a la stabilité psychologique d’un chamane. Mais vient, malgré tout, un moment où, face à la civilisation à la renverse qui chaque jour se donne à voir à lui dans toute sa putride laideur, il a envie de s’exclamer de toutes les forces qu’il lui reste : « je suis un être HUMAIN, merde !!! »

Cet homme, s’il vous faut le punir, si vous ressentez au fond de vos tripes le besoin inassouvi de le remettre à sa place au nom de la racaille politique qui vous emploie, eh bien, punissez-le ! Si, en revanche, vous estimez que chacun a droit, en fonction des circonstances, à une erreur de parcours mineure, à une pastille rouge dans le bulletin de contrôle, alors, je vous en conjure : ne le privez pas, en plus, des ressources basiques qui lui permettent à la fois de maintenir une dignité primitive et de conserver l’énergie et les moyens nécessaires pour se lancer à l’assaut de la floche. Laissez-le reprendre ses esprits, laissez-le retrouver la forme physique, et donnez-lui rendez-vous dans quatre mois pour une nouvelle évaluation (en français !), laquelle ne pourra objectivement être concluante qu’à cette condition.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Yannick Baele

finally !

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Ci-dessous la réponse de l’ONEM du 9 août 2016 :

Réponse de l'ONEM

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Et ci-dessous ma réponse à cette réponse :

O.N.E.M.

Service DISPO

Place Marcel-Broodthaers, 4

1060      Bruxelles

Madame, Monsieur,

Accusant à mon tour réception de votre réponse du 9 août, je relève que vous avez pris acte de ma présence dans les bureaux de l’ONEM le même jour, en réponse à votre convocation (par courrier simple) du 27 juillet. Comme vous l’indiquez, c’est conformément aux conseils de mon syndicat que je n’ai pas pris part ce jour-là à l’entretien d’évaluation.

Je me permets d’attirer votre attention sur le fait que j’ai toujours donné suite à toute convocation de l’ONEM et d’Actiris, y compris à celle qui avait erronément donné lieu, le 17 octobre 2012, à l’annulation de mon inscription dans votre base de données, comme en témoigne le courrier que je vous avais adressé dans la foulée. S’il en est ainsi, ce n’est pas tant par crainte d’une quelconque épée de Damoclès que mon absence ferait peser sur mes allocations de chômage que par souci de respect et de cordialité.

Dans votre réponse, vous affirmez n’avoir décelé dans mon courrier initial « aucun obstacle concret [à la recherche d’emplois] durant la période évaluée ».

Pourtant, même à supposer que je me résigne à entériner les pharaoniques disparités de classes qui régissent dans notre société la valorisation des talents individuels (Ma destinée n’est pas de chercher un emploi !), et même à considérer que les chômeurs soient des automates qui se rebootent automatiquement tous les quatre ou tous les neuf mois (selon les délais entre deux évaluations, tels que restreints par l’administration régionale dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat), et que par conséquent ni la fatigue et le stress cumulés (dont j’évoquais dans mon courrier quelques-unes des causes), ni la succession d’embûches semées sur leur parcours préalablement à la période évaluée, n’aient sur eux et sur leur quête d’activité professionnelle la moindre incidence, une évidence s’impose : si les retards indécents (et toujours injustifiés à ce jour) dans le paiement de mon allocation de chômage entre les mois de février 2013 et mars 2014 ne m’avaient contraint à renoncer in extremis au stage (non rémunéré) en coopération au développement au Malawi qui, à l’issue de divers tests et de deux entretiens concluants (à Gand) m’était acquis, toutes les évaluations de l’ONEM postérieures, y compris celle qui nous vaut cet échange épistolaire, seraient plus que probablement tombées à l’eau.

Mon vaste projet professionnel, établi conjointement avec Actiris, repose très largement sur mon expérience et mes compétences professionnelles. Il regroupe les secteurs suivants :

  • journalisme : au fil des ans, j’ai réalisé, pour de multiples périodiques, plusieurs interviews politiques exclusives de haut niveau, rédigé quantité d’éditos, effectué quelques enquêtes, et mené plusieurs interviews en radio et en télé (à la RTBF notamment) ;
  • organisation d’événements : organisateur de nombreuses conférences et de colloques, j’ai également contribué à mettre sur pied des activités plus festives, culturelles et/ou artistiques (un festival de musique notamment) ;
  • éducation et formation : en plus d’avoir assumé durant trois ans la charge de professeur particulier de langues germaniques, j’ai été successivement salarié d’une entreprise active dans la formation en réseaux informatiques, et d’une autre centrée sur la pédagogie linguistique ;
  • traduction : trilingue, j’ai réalisé de nombreuses traductions, tant pour des particuliers que pour des ASBL et des entreprises.

A cette liste s’ajoutent toutefois deux sphères d’activité (mise en scène théâtrale et coopération au développement) qui, bien que répondant toutes deux à un intérêt personnel affirmé et à un désir professionnel sincère, n’ont pas trouvé pour l’heure de concrétisation officielle dans mon C.V.

A mes divers interlocuteurs d’Actiris, je n’ai cessé, pour l’une de celles-ci (la coopération au développement), de rappeler l’extrême difficulté pour un outsider à s’y insérer. En effet, non seulement les formations en la matière sont réduites à la portion congrue (et payantes !), mais de surcroît les offres d’emploi proposées sont extrêmement pointues et sujettes à une compétition féroce entre de très nombreux postulants, qui sacralise (à juste titre) l’expérience de terrain.

Par conséquent, que me fût attribué un stage dont la finalité (donner des cours d’anglais rudimentaires à de jeunes élèves africains) coïncidait avec mes compétences professionnelles concrètes relevait peu ou prou du miracle. Outre l’expérience de terrain qu’il m’eût enfin permis d’acquérir à travers un contact direct et approfondi avec la population locale, ledit stage aurait bien sûr permis d’étoffer mon C.V. en conséquence, et était susceptible d’aboutir à une collaboration ultérieure avec l’ONG organisatrice.

Travailler est à la fois un droit et une liberté, au sens du § 1er de l’article 15 de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne, qui s’inspire du § 1er de l’article 23 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Qu’est-il advenu de ce droit ? Un interminable parcours du combattant parsemé d’obstacles, avec quelques hologrammes chimériques pour seul horizon ? A qui se vouer lorsque ceux-là mêmes qui sont supposés faire office d’adjuvants dans cette quête éperdue assèchent par leur négligence répétée la seule oasis prometteuse dans un immense désert ?!

C’est à cette profonde frustration que sont venues s’ajouter les diverses formes de harcèlement dont je faisais état dans mon premier courrier : à titre d’exemples, imaginez-vous donc endurer, confiné à un espace restreint et clos, une intoxication chimique malodorante ininterrompue telle que celle que m’a fait subir pendant un an et demi cette voisine. Puis tentez de vous imaginez que vous vous retrouvez sans famille du jour au lendemain. Votre recherche d’emplois n’en serait-elle pas pour le moins perturbée ? Ne chercheriez-vous pas à reprendre progressivement votre souffle ? Dans sa recherche d’activité, l’humanité du chômeur, en ce qu’elle a de plus fondamental, ne revêt-elle pas la moindre importance ? Est-elle nécessairement source d’arbitraire lors d’une évaluation, même lorsque l’ensemble des circonstances évoquées peuvent être amplement documentées ?

Où sont-ils, où sont-elles, dans nos augustes assemblées parlementaires, ceux et celles dont le CV peut se prévaloir d’une expérience concrète de la Condition de Chômeur ?!

A tous les autres ne déplaise, si tout ce qui précède ne relève pas d’ « obstacles concrets durant la période évaluée », comment considérer qu’il en va de même pour ce qui suit ? :

  1. Le premier entretien du 3 février 2015 s’était soldé par une évaluation positive. En matière de recherche d’emploi, il soulignait : « l’intéressé […] apporte les documents suivants : des démarches régulières en 2013 et 2014, offres, mails, réponses d’employeurs, en moyenne 5 candidatures [par mois] en réponse à des offres d’emploi [ainsi qu’un entretien d’embauche]». A l’occasion du premier entretien, négatif quant à lui, du 10 mars 2016, le facilitateur de l’ONEM a pourtant fixé (oralement) l’objectif à « huit candidatures par mois au minimum ». Une évolution significative du « marché » entre ces deux dates justifie-t-elle cette augmentation ?
  2. Selon les chiffres publiés par Actiris sur son propre site (1), le nombre de demandeurs d’emploi bruxellois s’élevait pour le mois de juin 2016 à 96.443 unités. Toutes professions et tous secteurs confondus, le nombre d’offres d’emploi disponibles ne s’élevait pour le même mois qu’à 4.214 en région bruxelloise, soit 4,4 % (11.241 à l’échelle nationale, soit 11,7 %). Les chômeurs sont-ils responsables de cet écart gigantesque entre « offre» et « demande » sur « le marché » ? Est-il pertinent et juste – ou inique, au contraire – de sanctionner quelque chômeur que ce soit pour sa mauvaise volonté hypothétique tant que cet écart ne se sera pas considérablement résorbé (s’il venait à se résorber un jour) ?
  3. Le mois de juillet représente 25 % de « la période évaluée». Or, lors des mois de juillet et août, les offres d’emplois sont traditionnellement moins abondantes. Cette année ne semble pas faire exception à la règle, puisque (toujours selon Actiris) à nombre de demandeurs d’emploi quasi stable, le nombre d’offres ne s’élevait plus le mois dernier qu’à 3.599 en région bruxelloise.
  4. Simultanément, les employeurs ne cessent d’accroître le volume de leurs exigences vis-à-vis des demandeurs d’emploi. Celles-ci ne concernent pas uniquement le profil des candidats proprement dit ; elles revêtent aussi un caractère matériel. Un exemple (cf. annexe) : Europahuis Ryckevelde recherche un « collaborateur projet en matière éducative». Le profil souhaité correspond parfaitement au mien. En effet, j’ai été actif au sein d’un mouvement de jeunesse politique européen en qualité  d’ « international officer ». Dans ce cadre, j’ai pris part à diverses activités ainsi qu’à une assemblée générale composée de jeunes issus des quatre coins de l’Europe. Depuis, mon intérêt pour la chose européenne ne s’est jamais démenti. En outre, comme je l’ai rappelé, je dispose d’une expérience en matière de formation, et ne redoute aucunement de prendre la parole en public. Le hic : au bas de la troisième page du profil kilométrique et quasi surhumain esquissé par l’employeur figure la mention « doit disposer d’un véhicule ». Ce genre d’exemples est légion…
  5. Dans plusieurs secteurs de ma recherche (à savoir l’organisation d’événements, le milieu artistique, la coopération au développement, la formation et la traduction), de très nombreuses ASBL et ONG dépendent de subsides publics. Ces dernières ont donc été touchées de plein fouet par les coupes sombres fédérales dans les budgets qui leur étaient destinés. L’effet logique en est une révision à la baisse de leurs effectifs, et donc aussi a fortiori de leurs plans d’embauche. Ainsi, sur la plate-forme flamande de référence en matière d’offres d’emploi dans la coopération au développement, mais aussi dans le milieu associatif au sens large (11.be), innombrables sont les propositions d’emploi rémunéré qui se sont muées instantanément en bénévolat, sans pour autant que les exigences des employeurs ne diminuent d’un iota. C’est donc par dizaines qu’un gouvernement fédéral dogmatique bercé au darwinisme social cher à Ayn Rand a détruit des emplois dans ces secteurs, qui se trouvent précisément être à la base de mon projet professionnel.
  6. En tant que client d’Actiris, selon la nouvelle dénomination officielle qui a vu le jour après la refondation de l’ORBEM, je suis en droit d’attendre de cet intermédiaire officiel qu’il m’envoie régulièrement des offres ciblées qui correspondent au projet professionnel que nous avons communément établi. Entre l’offre d’emploi d’éboueur communal, celle de « responsable de magasin Gamma» et dernièrement celle de « téléconseiller front-office basé à Genevilliers (France) », je suis toutefois au regret de constater que tel n’est pas le cas. Et l’automatisation d’une sélection informatique ne saurait en l’occurrence en être la cause…
  7. Comme je vous l’ai déjà indiqué, je ne dispose, en tant que chômeur, d’aucune espèce de tarif public préférentiel, ni en matière de transport, ni en d’autres matières. Or, chercher de l’emploi coûte de l’argent. Il est certes possible de consulter gratuitement les bornes Actiris afin de tenter d’y dénicher des offres pertinentes, mais il demeure impossible de les utiliser afin de postuler. L’espace internet communal gratuit ayant fermé ses portes il y a plusieurs années, il me faut donc payer un abonnement mensuel pour ma connexion. En ce mois d’août, le solde de mon compte après le paiement des factures essentielles s’élève à moins de 100 €. De cette évidence, le gouvernement précédent, dans sa magnanimité, n’a tenu aucun compte lorsqu’estimant que les chômeurs étaient trop grassement compensés, il a décidé de faire baisser le montant de leurs allocations sous le seuil de pauvreté. Pourtant, y a-t-il, dans la recherche de travail, obstacle plus concret ?…

En conclusion, il m’aurait été très aisé de vous remettre, au fil des divers entretiens d’évaluation, des dizaines et des dizaines de copies de lettres de candidature uniformes et bâclées pour des emplois pour lesquels je savais pertinemment que je ne serais pas retenu. Je pourrais également envoyer par dizaines des candidatures spontanées qui, en raison de leur généralité face à des profils de plus en plus élaborés, me permettraient certes d’obtenir le sceau approbateur de vos services, mais n’auraient d’autre conséquence concrète que de réduire mes chances lorsque les mêmes employeurs publieront des offres précises. En effet, ayant moi-même, à plusieurs reprises, mené à bien par le passé des procédures de recrutement de nouveaux collaborateurs, je n’ignore pas quelle suite (par classement vertical) est réservée à ce type de candidatures.

Au lieu de cela, je veille à motiver de manière détaillée et individualisée ma candidature en fonction de chaque profil établi, et j’effectue en outre une sélection objective qui m’amène parfois, comme dans le cas de ces deux offres d’emploi de traducteur pour lesquels j’ai sollicité le 8 août, à passer en revue des dizaines et des dizaines d’offres non pertinentes. De cette sélection éprouvante et de cette approche personnalisée pas plus que des quatre classeurs épais remplis de lettres de candidature qui s’entassent sur l’une de mes étagères, pourtant, la procédure d’évaluation ne dit mot.

En soutenant, dans mon courrier initial, que les chômeurs sont coupables de tous les maux de la société, j’avais cédé au sarcasme. Mais de sarcasme est-il vraiment question dans le chef de ceux qui les prennent de haut ? Lorsque seuls sont pris en compte, de manière strictement segmentée, les efforts d’auto-activation de chacun, considéré isolément, à l’exclusion du chaos du « marché », des restrictions budgétaires contre-productives et dénuées de sens décrétées par la caste politique, des attentes déraisonnables et inadaptées de la plupart des employeurs, des défaillances attestées des intermédiaires officiels, de tout historique personnel, de toute pénibilité conjoncturelle, et de toute adéquation financière, est-ce vraiment d’une évaluation qu’il est question ?…

Conscient du caractère ingrat de la tâche qui échoit aux facilitateurs de l’ONEM (et à leurs successeurs), c’est de l’ensemble de ces paramètres que je vous serais reconnaissant de tenir compte lors de l’entretien qui vient, vous adressant, dans cette perspective,  Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

 

Yannick Baele

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(1) Source : http://www.actiris.be/Portals/36/Documents/fr/RM06-2016.pdfdf

terrorists on welfare (2)

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