« I’m a rebel, soul rebel… »

Let me tell you a thing or two, kid…

D’abord, tu me vires ce chauffeur de salle relou. T’es plus student, mec, et t’es pas plus dans une salle de concert qu’à un match de foot ou à la télé. J’te jure, ce gros lourd, je l’entends encore une fois me dire ce que je pense, comment je me sens et ce que je dois faire – « maintenant, on lève les pancartes, on tape dans les mains » – et je lui colle une beigne, capice ? Pire que Jeb Bush, putain ! Et plutôt que cette muzak qui ferait se bloquer un ascenseur de dégoût, un p’tit Pixies, « Here Comes Your Man » par exemple, histoire de concilier virilité et koolitude…

Ensuite, tu entres dans la salle avec un peu plus d’enthousiasme, bordel ! You wanna be a leader or what ? La salle, tu dois y entrer avec la trique, tu saisis ? Le public, c’est ta meuf (ou ton gars) et tu dois le prendre, m’kay ?

Ton cœur de cible, c’est qui ? T’en as deux : y a les jeunes, et y a les allergiques au système. Ça tombe bien : c’est pas antinomique ! Mais c’est pas tout de caser quelques djeunz sélectionnés en fonction de la couleur de leur derme dans l’angle de la caméra : tu dois te la jouer rebelle, ptit gars. Moi, je me souviens d’un Hamon qui disait il y a quinze ans, quand il était encore député européen, que plus il restait dans la politique, plus il se radicalisait. C’est celui-là qu’ils veulent voir, bogosse ! Et s’il faut que tu tombes la chemise comme Trudeau sur du Shakira, eh bien, tu le fais, bordel ! Là, on dirait que t’essaies de te convaincre toi-même. Mais t’es celui qui a claqué la porte du gouvernement, merde ! Fin bon, ils t’ont un peu aidé, et t’as fidèlement pris dans le cul assez longtemps avant, mais ça, plus personne ne s’en souvient, heureusement pour toi.

Next : l’affiche… D’abord, cette couleur, ce rose flashy, ça fait très pute, mais passons… Quant au mot d’ordre, « la gauche pour gagner », non mais c’est quoi ce truc ? Tout miser sur l’allitération, c’est ça ? Et gagner quoi, la tombola des commerçants de Frangy-en-Bresse ? Ce slogan-là, tous les impétrants de ton clan pourraient l’utiliser, même le flan pourri. D’ailleurs, c’est ce qu’il a fait y a cinq ans : se servir de la gauche pour gagner. C’est un slogan de mémère clientéliste, putain ! Ta gauche n’est pas la leur, et c’est pas toi qui dois gagner, c’est tes idées et ton public. Gagner, c’est rien. C’est ce que tu fais après avoir gagné pour ceux qui t’ont élu qui compte.

Qu’est-ce que tu proposes ? La fin des mythes éculés et des faux-semblants (croissance à l’infini, plein emploi). T’es le seul à dire qu’avec l’automatisation des fonctions, il y a une boucherie qui se prépare, inévitablement. Les gens aujourd’hui, ils en ont marre qu’on les prennent pour des gogos : le plein emploi, on le leur promet invariablement à chaque élection depuis trente ans. T’es le seul aussi à proposer un revenu inconditionnel à vie. Il doit refléter ça, ton slogan. Par exemple, j’sais pas moi : « Hamon 2017, pas de chichis ! », « Hamon 2017, dans ta gueule ! », ou « Hamon 2017, fini les sornettes ! ». En plus, ça rime, putain !

Nan, je déconne. Plutôt un truc du style : « Hamon 2017, DEMAIN LA FRANCE ! ». Tu vois, tu dois prendre tes distances avec la désuétude, avec le rabougri : « Hamon 2017, TOURNONS LA PAGE ! ». Rupture, mec, rupture : tu leur dois rien, à ces enflures, et prendre des risques, mon gars, prendre des risques : tu fais pas ça pour obtenir un poste de ministre… pas cette fois ! « HAMON 2017, DEMAIN ne sera pas comme hier ! », « HAMON 2017, le changement… LE VRAI ! », « Hamon 2017, DE L’AVANT ! », « Hamon 2017, LE NOUVEAU CONTRAT SOCIAL ! », « Hamon 2017, Nouveau Millénaire pour la Gauche ! », « Hamon 2017, BRISONS LES CHAÎNES ! », etc. Non mais, ils ont bouffé des flageolets ou quoi, tes communicants ?!

Et quand tu montes sur scène, tu commences pas par une dissertation sur tes motivations personnelles : les gens s’en foutent. T’évites l’adjectif ‘socialiste’, trop pollué, et tu mises sur ‘le social’. Et tu rentres dans le vif de ton programme, t’exposes tes propositions pour répondre aux défis à venir et au marasme actuel, c’est-à-dire que tu crées les conditions de la symbiose avec ton auditoire, et que tu présentes en conclusion uniquement, comme tu finiras par le faire, ta motivation personnelle comme conséquence de celles-ci : « voilà, c’est pour ça que je me présente à cette primaire, pour porter un projet original et nécessaire, pas par narcissisme, et ensemble, on peut y arriver ! »

Pour te présenter plus amplement, tu te sers des plateformes informatiques et des réseaux sociaux. Ton compte YouTube, par exemple : pour l’instant, tu n’y as copié/collé que des putains d’interviews télé et ce meeting-ci, qui s’est tenu en août dernier (1867 vues à ce jour, bordel !). C’est chiant ! En tout, il doit y avoir une quarantaine de vidéos. Et dans aucune tu n’as pris la peine de t’adresser directement à tes fans. Le fan, quand il ouvre son PC, il doit se dire : « putain, je vais aller voir si le Ben a posté une nouvelle vid ». il doit être accro, le fan ! Et s’il le devient, lui et ses potes rempliront les salles, ce qui permettrait à l’avenir d’éviter le plan fixe pendant une heure trente… Dernière chose : tu remplaces cette photo d’identité en noir et blanc stp. OK pour la sobriété, mais faut pas exagérer…

Bon, retour au discours : que tu fasses pas le démago et que tu souhaites rendre hommage à la littérature française, c’est tout à ton honneur. Mais citer Tocqueville sur l’écologie ? Tu penses pas qu’un quote de Di Caprio serait moins poussiéreux, plus à-propos et plus in ?

C’est à 13:00, quand t’évoques el blanco qui est allé faire du pole dancing au MEDEF, que tu prends ton envol : enfin, elle est plus molle ! Certains diraient peut-être que le pupitre fait vieux jeu, mais je ne serais pas de leur avis. Un meeting politique, c’est pas un roadshow commercial, et toutes ces savonnettes livides persuadées de représenter le changement parce qu’elles se la jouent Steve Jobs sont juste pathétiques : n’est pas Mélenchon à Lille qui veut… Le pupitre, pour résumer, ça peut conférer une prestance, d’autant plus si le candidat le surplombe plutôt que de se cacher derrière : watch me, I’m the master of the game

Tendre la main aux jeunes mouslimes, c’est bien, c’est classe ! Faut pas laisser ce public à l’autre clette de chez Barclays, qui leur intime de rêver de Rolex et de tutures à 130 millions d’anciens francs comme symboles de « réussite »…

Néanmoins, si je craignais pas les clichés déplacés, je te conseillerais quand même d’y ajouter la légalisation du cannabis : malgré l’automatisation, c’est un business très prometteur… Et franchement, me dis pas que t’as pas fumé, plus jeune. Hein, quoi ? T’as jamais inhalé ? Allez, je te parle pas de rails…

Dans un autre registre, tu te demandes pourquoi le flan pourri, après avoir été élu par rejet de la politique du hongrois, a finalement appliqué exactement la même. La réponse est claire : parce que les détenteurs de la dette publique le tiennent par les couilles. Et tu devrais approfondir un peu la question : quand tu seras élu, comment feras-tu, toi, pour te dégager les burnes de leur emprise ? Comment passeras-tu de l’état de valet servile à celui de capitaine de navire qui se propose de remplacer les galériens dans les soutes par des moteurs dernier cri ? Quelles seront les étapes intermédiaires entre la domination inique imposée par le salariat et le travail choisi adossé au revenu de base inconditionnel ? Ce combat-là, cette lutte finale, en un sens, est-il lui aussi appelé à n’être livré qu’au niveau européen, c’est-à-dire à être renvoyé aux calendes grecques ?

Au niveau européen, précisément, tu plaides pour l’émergence de nouvelles alliances. Mais entre qui, et comment comptes-tu garantir la simultanéité gouvernementale qui leur donnerait du poids, la persévérance et la sincérité de leurs composantes, et passer outre au droit de veto et aux traités actuels ? On aurait aimé que tu nous le dises, car pour être franc, ce leurre-là vaut bien ceux de la croissance continue et du plein emploi…

Arrivé à la moitié de ton speech, on se rend compte, en effet, qu’à une exception près, il n’est fait que de généralités et de bonnes intentions, et on se lamente d’avoir dû attendre si longtemps d’autres propositions concrètes valant engagements formels. On aurait voulu entendre beaucoup plus tôt : « si je suis élu, j’abolirai El Khomri » (C’est plus franc et plus direct que la formule que tu lâcheras finalement…), ou encore « retraite légale pour tous à soixante-deux ans, et pas un an de plus ! », par exemples. Concorde et sécurisation des parcours de vie : les gens doivent savoir qu’ils pourront sans détour compter sur toi pour les mettre à l’abri des intempéries.

A partir de 1:07:00 plus ou moins, tu passes de très longues minutes les yeux rivés sur un texte que tu débites sans tempérance comme un pensum à finaliser d’urgence, alors que tu évoques l’un des départements que tu as blitz-gérés : inadmissible !

Enfin, clôturer sur des considérations d’appareils était franchement… gauche. La dernière ligne droite — avec standing ovation —, voilà à quoi aurait dû ressembler l’intégralité de ce qui, tout compte fait, avait plus des airs de conférence que de meeting qui donne la pêche…

Au final donc, il aura fallu que je m’accroche pour regarder la vidéo en entier, et comme je suis accro à la politique, c’est pas bon signe. En somme, tu m’as pas encore vraiment fait bander, grand, mais je suis sûr que ça viendra. Et, faute de mieux, vive la cohabitation ! @ +

youtube.com/watch?v=-5WazQLECoI

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