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« Pendant ce long point d’orgue du mois [de décembre], la vie politique paraît comme suspendue au bon plaisir d’un homme qui ne déteste pas éprouver ainsi le pouvoir que sa charge lui donne sur d’autres hommes. Qui y résisterait ? Mais qu’il est donc vain, ce pouvoir-là. Et l’autre, le vrai, la domination des choses, la capacité d’en modifier le cours, qu’il est donc rare de l’exercer… Longtemps, j’ai cherché à comprendre sans y parvenir ce qui rend les ministres si heureux de l’être quoi qu’ils prétendent. Maintenant, expérience faite, je crois le savoir. C’est la dilatation du Moi que la fonction provoque. JE se gonfle, s’enfle, s’étale, se dandine, caressé, courtisé, sollicité, photographié, insulté, caricaturé, entretenu par tout l’appareil qui l’entoure dans le sentiment de son importance et de sa singularité. Car JE ne fait plus rien comme tout le monde. Je arrête, décrète, tranche, favorise, nuit, nomme, déplace. JE traverse les villes en trombe, précédé de motards casqués qui font gicler de part et d’autre de leur sillon les automobilistes comme du gravier. JE ne circule qu’accompagné d’un garde du corps, c’est donc que son corps n’est pas n’importe quel corps. Quelques mois après la formation du Gouvernement, un ministre, neuf dans cet emploi, en était à exiger que les couloirs se vident lorsqu’il les traversait pour quitter le ministère […]. »

Françoise Giroud, La comédie du pouvoir, Livre de Poche, Paris, 1977, p. 201

« Ils sont nombreux, ceux qui pourraient faire leur le conseil fameux de Mussolini : « méfiez-vous du piège mortel de la cohérence ! ». En d’autres termes, il n’y a que des vérités de circonstances. Pour les uns, cela s’appelle adhérer au matérialisme dialectique, au nom duquel la contradiction est en mouvement ; l’assertion d’hier ne saurait lier si les conditions d’aujourd’hui en requièrent une autre. Pour d’autres, cela s’appelle ne pas s’encombrer de scrupules, la fin justifiant les moyens. »

Ibid., p. 267

« Chefs d’Etat, de clan […], patrons, politiciens, militaires, tribuns, vedettes, bureaucrates et résidus familiers de l’autoritarisme, tous ont, dans la vulgarité qui les caractérise, un polichinelle dans le tiroir, un fœtus dans le bocal, en embryon desséché dans le cœur. Plus ils s’acharnent à l’exorciser, plus se révèle au grand jour leur puérilité réprimée. Les trépignements de la dignité offensée, ce doigt accusateur, ces pitoyables jérémiades, ce sourire narquois, cette culpabilité agressive […], qu’est-ce d’autre que singeries d’enfants brimés, blessures ravivées du passé, maladroitement dissimulées par la gravité et le sérieux de l’adulte responsable ? Voudraient-ils encore que l’on croie en eux ? On croirait plus simplement à leur humanité si, renonçant à traiter les hommes comme des morveux abêtis par la gifle et le mensonge, ils choisissaient soudain de préférer l’authenticité vécue aux prestiges dérisoires du paraître. »

Raoul Vaneigem, Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire, Seghers, Paris, 1990, p. 31

 

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