Fiel, que c’est injuste…

Et ils firent en sorte que chacun ait à se battre pour l’acquis, de sorte que toujours sa véritable ambition reste en jachère, que jamais son fameux potentiel ne se libère, celui qui fait la valeur de l’homme, étant entendu que de valeur intrinsèque il n’est point, et que régresse par conséquent le commun fantasmé, la couleur dans ce monde. Dans les contes pour enfants, pas de quête sans adjuvants. Dans une vie d’adulte, outre qu’ils sont rares, et souvent même absents, leurs traits et leurs pratiques, leurs méthodes et leurs motifs, sont tellement proches de ceux des opposants qu’il n’est rien de plus ardu que de les dissocier : parfois, ils font mine de compatir, vous parlent comme à un enfant, et les voilà qui vous fredonnent qu’ils vous veulent du bien… Par intérêt personnel, parce qu’ils vous connaissent tellement mieux que vous-même, parce qu’ils ont si bien réussi la leur, de vie, ou par simple soif de sang ? Rien de tout cela, bien sûr… Leur Bien est-il le vôtre ? Qu’importe : c’est l’intention qui compte… et vous qui trinquez. Ennemis et faux amis ont tous un point commun : c’est l’instinct grégaire qui les meut, sous les oripeaux de la civilisation, et ce dont ils l’estiment dépositaire.

Louables et démocratiques sont les méthodes de la meute qui s’insinue dans la vie d’autrui sur le mode du pervers qui scrute son voisinage, saine l’imposition à l’autre de ses propres valeurs ou de leur absence, qu’en démocratie l’on se contente de suggérer avec insistance par chantage matériel, envoûtant aussi le son des marteaux-piqueurs de la répétition, face à la mélodie pernicieuse de l’ataraxie. Mais sacrilège et despotisme qu’autodétermination, pensées – rêveries – par soi : retour à la page blanche, sur laquelle d’autres pourront écrire. Laisser à chacun déterminer ce que lui dicte sa conscience, ce à quoi il aspire, qui il est, ce qu’il exprime, ce qu’il a vécu, ce au nom de quoi il l’exprime, d’où il vient, ce qu’il souhaite réaliser, avec qui et comment, ce qui lui est cher, ou même quand il sera supposé mourir ou renaître ? Tout ça relève du collectif, de l’Intérêt supérieur, quasi mathématique, froid, si froid, froid comme l’univers entre deux soleils…

Sans limites, Le Collectif a droit de vie et de mort. Et c’est Lui qui fixe la date. L’avez-vous déjà vu se pencher, Le Collectif, assoiffé de curiosité morbide, sur quelqu’un qui, en rue, a chu et failli s’évanouir ? Figé à regarder le gisant tandis qu’il inspire collectivement le souffle saccadé de son âme. Le Collectif est digne. Hors-la-loi, Le Collectif fait Loi. Le Collectif est grand, et je est tout petit. Le Collectif accable, bousille sciemment des existences, mais ne lui dites jamais qu’il est premier responsable : il est au-dessus de tout ça, car il est Collectif. Le Collectif est aussi infaillible qu’il est con. Le Collectif matraque les esprits comme les flics les corps. Et il ne propose même plus la Providence d’hier : Le Collectif est une ordure. Mais, que diable, c’est Le Collectif ! Le collectif des privilégiés par le sort, des sots et des lâches, le collectif de la dépendance intéressée qui suscite la déférence, le collectif des projections viciées, des présupposés tenaces et des procès d’intentions sans pièces, dans le dos des individus, le collectif de la distorsion définissante, de l’aliénation de soi, du détournement intime, le collectif qui muselle et met en cage, le collectif appropriateur et assimilateur auquel se donner sans réserve dans son intégralité, le collectif mu par les egos martyrisés qui reviennent au galop, tonitruants ou sournois, le « Nous » sans saveur, mielleux et assassin, du Creux et du Plat, qui se plaît à nourrir avec malice de sa pesanteur détachée, de ses allusions inaudibles, de ses formules préfabriquées, de ses non-dits clichés, la détresse des doutants, des sensibles, des innocents et des rêveurs, le collectif statique, sans échange, sans dialogue, si ce n’est de gouttière ou à côté de la plaque, le collectif autosuffisant qui a toujours été et d’où ont émané tous les tyrans, le collectif qui est une insulte au Collectif !

Jadis la pierre, le bois. Le plastique dorénavant, et la créature elle-même : l’homme est un outil pour l’homme. Renonce à tes droits, manant, à leur individualité, à ton être même, à ton temps, et intègre donc l’Universel avec créativité. Le monde nouveau t’appelle ! Il est tel. Qu’y peux-tu ? Esprit des lois, cher ectoplasme, voilà donc ton enseignement : afficher la vertu, le vice promouvoir. La corruption comme condition de la vie de la machine-outil, de sorte que tout principe à jamais ne demeure qu’hologramme…

D’aucuns s’obstinent à nommer malchance ce qui relève d’une curée par une meute.

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