« Ich bin ein Pariser » !

Après la débâcle d’hier soir, qui fait s’opposer deux périls pour la France, la poursuite de l’oligarchisme et la xénophobie décomplexée (par opposition à la laïcité malheureuse), tous les démocrates que compte le pays seraient appelés à revêtir pronto l’uniforme militaire et à enfiler leurs bottes pour rejoindre sans ciller et avec discipline – ein zwei ein zwei – les rangs d’oignons des forces du Progrès contre la tyrannie de l’unanimisme fasciste. Le premier tour se parait des atours de la démocratie; le second sera un enrôlement forcé ! Et gare aux mauvais Français qui se permettraient d’aller à l’encontre de cette évidence, fût-ce en s’abstenant, en votant blanc ou en glissant par malice un bulletin Mélenchon dans l’urne : la soumission à la chose doit être totale, le score quasi stalinien escompté pour elle de nature à lui conférer un large mandat !

On ne s’étonnera donc pas de l’empressement des sergents recruteurs de la médiacratie à exiger un « soutien sans réserve » à la démolition finale de l’Etat social : quand faut y aller, faut y aller ! Chèque en blanc : telle est la consigne, confirmée en fin de soirée par un Griveaux porte-parole clanique suintant de suffisance (le liant du camp de la Liberté) face à une Duflot décontenancée.

Il va bien falloir que vous fassiez un pas vers tous ceux qui ne se reconnaissent en rien dans ce que vous proposez et qui, refusant de choisir entre mal et mal moindre, pourraient se laisser tenter par l’abstention, venait en substance de lui lancer l’ex-égérie émeraude, qui avait eu la courtoisie de préciser auparavant que, pour Christ et Nation, elle se pincerait le nez dans l’isoloir dans deux semaines. Pensez-vous ! Pour le caméléon, qui, il y a un mois, tournait encore en dérision l’idée même de culture française, l’heure est désormais au patriotisme : L’Un-Tout, garant en soi de la pluralité républicaine, phagocyte tout contraire ! Tenez, voilà votre centime symbolique : c’est à prendre ou à laisser ! Vingt-quatre pourcents de brebis égarées, c’est une majorité de Français, n’est-ce pas ?

Depuis lors, lieutenants, capitaines et généraux de l’infamie (sociale-)démocrate sont sur la brèche pour traquer le moindre déserteur. Tous ces gradés, qui, à travers leurs trahisons programmatiques, leur double jeu électoral et leurs parjures à répétition, ont porté haut l’étendard de leur camp au cours de l’année écoulée s’érigent désormais en champions de l’Ethique. Si la manœuvre n’avait pas été rendue impossible par le score microscopique de leur candidat, auquel ils ont puissamment contribué, ils auraient, réglant leurs pas sur ceux des corporate Democrats d’outre-Atlantique, reproché à Jean-Luc Sanders leur propre effondrement. L’influence de la Russie, quant à elle, ne pourrait servir d’argument fallacieux que si le ciel venait à tomber sur la tête de Marianne : au secours !

Qu’importe, il reste aux Khomri et autres Cambadélis le plan C : tenter de se refaire une virginité en associant l’insoumission à la chose à un soutien tacite à la peste brune. Mais le mauvais français Mélenchon, insensible au son du clairon, a déjoué le piège, refusant de se poser en tuteur des consciences végétatives de ses électeurs, comme l’exigeait pourtant le vent de Renouveau qui souffle tel un printemps fétide sur un Elysée délabré. Certes, ses marques d’estime à l’égard du Veau d’Or – de la poule aux œufs d’or, pour les plus espiègles –, dont il a étonnamment parsemé sa campagne, ne laissent aucun doute quant au bulletin qu’il insérera dans l’urne, mais le dire haut et fort, une fois encore, sans y avoir été mandaté, eût signifié sa fin par anticipation, car qui aura soutenu celui qui, dès que le brouillard qui enveloppe son imposture se sera estompé, verra sa popularité rejoindre celle de son distingué prédécesseur dans les abysses des navires échoués sera sans hésitation cloué au pilori, pour autant, bien sûr, qu’il existe encore une gauche d’ici là…

Car cette chose-là, comme chacun sait, n’est plus à la mode. Ou, plus exactement, elle est victime d’une nouvelle tendance : celle qui en émousse les contours jusqu’à les rendre indéfinissables, et la rendre insipide et honnie. Ainsi, hier soir, entre deux homélies, Père Plenel, pas étonné pour un sou par le résultat, tant celui-ci était inscrit dans les astres, ouvrit sur Mediapart avec sa coutumière duplicité trotsko-jésuitique le chantier du nouveau  quinquennat en posant la question qui s’impose : « et maintenant, comment va la gauche ? ».

Pour y répondre, trois jeunes femmes, une thuriféraire du revenu universel, une mauvaise Française et… un suppôt de la chose ! Comment va la gauche, en effet, elle qui, après addition, a recueilli sensiblement moins de suffrages qu’il y a cinq ans, payant une proximité d’étiquettes avec des affairistes sans foi ni loi ?

Il y avait « je suis Charlie ». « Je suis Emmanuel » a pris le relais : ave le flan nouveau ! Ave la gauche ! Et ave la République !

 

 

Publicités
Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Navigation des articles

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :