VADE RETRO !

Lorsqu’il y a une dizaine de jours, Frédéric Lordon a publié sur son blog un billet dans lequel il avait entrepris de démontrer l’imposture de la chose, le premier de sa plume explicitement consacré à cet objet, à ma connaissance, je n’ai rien dit.

Moi qui ai le commentaire facile, commentaire le plus souvent élaboré s’entend, je me suis en effet abstenu intentionnellement de répondre à sa prise de position, même si, à certains égards, la tentation était grande.

La raison de cette abstention résultait d’une erreur d’appréciation quant à la possibilité que la chose apparût aux Français comme autre chose que ce qu’elle est : je ne pouvais concevoir que la vacuité et la contradiction de ses positionnements, sa responsabilité partagée dans les reculs sociaux de ces dernières années, la désuétude de sa caste rapprochée, son adoubement par le MEDEF, anachronique dans sa néoféodalité, le soutien affiché d’escrocs d’un autre âge dont il bénéficiait, le mimétisme pataud et creux des postures politiciennes les plus archaïques dont cette inédite variété de candidat mandchou s’est fait l’incarnation, son détournement intéressé, jusqu’à ce qu’il n’en reste que miettes, de tous les symboles, de toutes les références, de tous les mots, jusqu’à celui de progressisme, qui fondent non seulement l’engagement de gauche, mais aussi la fierté républicaine, la par trop évidente propagande médiatique qui entourait ses prétentions de « puceau » (évangile selon Séguéla) ou de « pute » (évangile selon Minc), sa captation éhontée de l’iconographie christique, mais par-dessus tout son rôle inassumé de légataire de l’Œuvre du président le plus haï de la Ve, lui permissent de recueillir davantage que treize pourcents des suffrages exprimés au premier tour de cette présidentielle de facture vaudevillesque.

En dépit de l’utilité de toute démonstration des leviers de pareille imposture pour l’édification des générations futures, je pensais que Lordon perdait son temps. Oui, je pensais qu’il ne se trouverait jamais assez de Français pour propulser à la première place du premier tour chose si insignifiante, si équivoque, si calculatrice, si sottement pédante, si lâche, si abaissante, si peu méritante, si peu soucieuse des moins nantis, si peu reconnaissante à son pays, si peu représentative de celui-ci, si peu en phase avec les exigences de son temps, si peu digne, en fait, de sa couronne de prince héritier.

Las ! Le marketing a triomphé ! Les photos Gala/Images du Monde du couple en carton-pâte, tantôt à la mer, tantôt à la montagne, ont écarté la politique, l’identification primitive à un masque plus qu’imparfait tout projet, le non-sens la raison, le nihilisme la société, l’insolente inculture l’intellect, le blanc-seing à l’inconsistance le contrôle démocratique, la soumission à l’oligarchie l’affranchissement, le stupide parvenu le noble sans-le-sou ! Honneur à la France ! Sa victoire est totale !

Oui, le marketing a triomphé… pour un temps, le temps qu’il faut aux vieilles raclures du toujours plus pour les mêmes pour rejoindre enfin leurs tombes, définitivement repues, et satisfaites du champ de ruines qu’elle laissent derrière elles ! Se défaire de toute éthique, tel est le salut désormais ! Devenir Number One, zombies déguenillés en arrière-plan, l’ambition ! C’est à cela, et à cela seulement, que se reconnaissent les graines de winners ! Trump en sait quelque chose.

En ses terres à lui, ou supposées telles, l’allégorie cherokee des deux loups évoque une bataille intérieure. De cette bataille, faisons cette fois abstraction, et paraphrasons quelque peu le conte :

Un vieil homme veut apprendre à son petit-fils ce qu’est la vie.

« Lors de toute élection présidentielle se présentent à toi divers types de chiens » dit-il au jeune garçon. « Entre eux, c’est un combat jusqu’à la mort.

Le premier est opportuniste. Il est l’avidité, l’arrogance, le cynisme destructeur, le mépris et l’égo.

Le deuxième est ténébreux. Il est l’égo, la colère, le chagrin, le ressentiment et l’espoir.

Le troisième est lumineux. Il est l’espoir, la compassion, la sérénité, l’humilité et la bienveillance. »

Le petit-fils réfléchit pendant un long moment. Puis, il demande à son grand-père : « quel est le chien qui gagne ? »

Le vieil homme sourit et lui répond : « celui que tu gaves de stéroïdes, p’tit con ! »

Sur son blog du très gauchisant Diplo, plusieurs commentateurs, sans doute issus du G.T. ‘activisme numérique’ de la sous-section ‘Nouveau Grand Soir’ du parti unique nouveau, ont reproché à Lordon un prétendu manque de sérieux dans son analyse de l’imposture systémique de la chose. Sans doute lui eût-il fallu, à leur estime, procéder académiquement à la fastidieuse collation des bouts de néant qui ont tissé sa campagne. Ça tombe bien : d’autres, sur un mode ludique, s’en sont chargés pour lui. Et d’autres encore ont souligné en leur temps l’inféodation de la rebelle marchandise à l’Econburo grabataire.

Ce soir, démocratie en berne, la vieille garde jouit. Ce soir, journalisme en berne, la vieille lucarne jouit. Ce soir, austérité en poupe, la vieille Europe jouit. Toutes s’extasient du désastre à venir. Elles sont comme ça. Parce que leurs privilèges sont à l’abri. Et parce que la populace a démontré qu’elle appréciait leurs gifles. Qu’ils attendent donc de voir, les vingt-trois pourcents d’abrutis, accros résiduaires à la box et au vieux papier sans doute, qui les ont rendus incapables de penser, comment elles vont récompenser leur volontaire servitude.

Pour tous les autres, tout espoir n’est pas perdu, cependant : à supposer que l’épouvantail du roi se conforme strictement à son rôle d’ici le 7, il est encore temps de faire barrage au prince héritier. Certes, il y aura la rue, celle à laquelle des paumés comme moi, après avoir refusé deux offres, ne manqueront pas de goûter bientôt, mais entre-temps, il y aura surtout la possibilité de constituer une Assemblée en mesure de neutraliser le rejeton de l’élite, auquel accoler ce nouveau slogan vengeur : marionnette en marche, marionnette au placard !

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/15/quand-christophe-barbier-ecrit-un-editorial-sur-les-editorialist_a_22040910/

http://television.telerama.fr/television/les-editorialistes-des-tuteurs-de-choix-pour-le-lierre-rampant-des-melenchonistes,156981.php

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