Le révisionnisme de Mackey, Macron, Estrosi et Louati…

Yasser Louati est l’ancien président du CCIF, Robert Mackey un collaborateur de The Intercept. Qu’ont-ils en commun ? Leur propension, répétée dans le cas du second, à confondre De Gaulle et Mitterrand avec Le Pen : l’ancien tortionnaire sénile, pas la souriante et affable aspirante Miss France…

Cette dernière, dans une interview au journal Le Point du 3 février 2011, avait déjà déclaré, évoquant François Mitterrand en des termes à la fois condescendants et flatteurs, que celui-ci avait « une notion de la grandeur de la France » qui expliquait qu’il ait « refusé de reconnaître, contrairement à Jacques Chirac, la participation de l’Etat français dans la déportation des juifs. Non par antisémitisme, mais parce qu’il était convaincu que la France n’avait pas de responsabilité. Le gouvernement de Vichy, oui; la France, non ! »

Mitterrand s’en était en effet expliqué à plusieurs reprises, notamment face à Paul Amar et Gérard Carreyrou lors de la Garden Party de l’Elysée du 14 juillet 1992, et face à Jean-Pierre Elkabbach à l’occasion des « Conversations avec un président » que l’intéressé avait enregistrées à l’Elysée entre avril 1993 et juin 1994.

En 1992, il avait refusé de reconnaître que la République se fût de quelque façon compromise dans la rafle du Vélodrome d’Hiver, mais admis sans peine, contrairement à ce qu’a déclaré Le Pen au Point, que l’Etat français de l’époque, c’est-à-dire le régime de Vichy, en portait la responsabilité pleine et entière. Deux ans plus tard, il contesta la nécessité, tant pour la France que pour la République, de présenter quelqu’excuse que ce soit pour cette tragédie.

République, France, Etat français : les trois concepts clés du paradigme…

Lorsque, le 16 juillet 1995, Jacques Chirac prononça le fameux discours tant attendu par la communauté juive de France, il fut pris à partie par quelques autres gaullistes historiques, qui eurent à cœur de lui rappeler qu’il est vrai que « des Français se [sont] conduits d’une manière ignoble pendant les années noires de l’Occupation […]. Mais ces Français-là, quels qu’aient été leurs fonctions et leurs titres, étaient devenus les serviteurs de l’occupant, et les crimes qui sont les leurs ont pris racine dans l’asservissement consenti, dès lors que les gouvernants de 1940 remettaient à des mains étrangères la souveraineté française. »

Le discours de Chirac n’était pourtant pas tant un revirement qu’une subtile tentative de synthèse, qu’il incombe de lire très attentivement. Pas une fois le mot ‘République’ n’y apparaît-il. Son héritage, celui qu’avait évoqué Mitterrand dans son théâtre de verdure trois ans auparavant, est donc sauf.

« L’Etat (français) », lui, y est mentionné à deux reprises, pour souligner sa coresponsabilité : « oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français », écrivit ainsi la plume présidentielle, avant d’enfoncer le clou : « reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’Etat […], c’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre. »

« La France », enfin, y apparaît conforme à l’état qui était le sien alors : divisée en deux. Certes, « la France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, [le jour de la rafle du Vélodrome d’Hiver], accomplissait l’irréparable ». Mais il y avait l’autre France, « une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n'[était] plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle [était] dans les sables libyens et partout où se [battaient] des Français libres. Elle [était] à Londres, incarnée par le Général de Gaulle. Elle [était] présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces « Justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie […] les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur : les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité française et nous obligent pour l’avenir. »

Et, toujours selon le texte, aucun doute n’était permis quant à savoir laquelle de ces deux France était la France véritable, puisque « la France, nous le savons tous, n’est nullement un pays antisémite ».

Selon l’angle, c’étaient là considérations d’hommes d’Etat, lorsque la notion avait encore un sens, avant que la modernité ne l’emporte, lorsque la nuance n’était pas encore crime de pensée, avant que la pensée ne s’effondre… ou juste le refus hypocrite, secondé par une habile maîtrise de la sophistique, de voir la réalité en face.

Il se trouvera toujours, c’est sûr, des esprits chagrins pour attribuer à l’un ou l’autre desdits hommes  des intentions inavouables, un passé refoulé qui aurait exercé sur son devoir de mémoire quelqu’influence néfaste, et nul ne leur conteste ce droit, mais quel que soit le regard que l’on porte sur cette période ténébreuse, qui n’est pas ici l’objet de mon attention, sachons à ces géants-là, bravant l’hystérie instantanée, les réflexes conditionnés, les amalgames puritains et le non-sens publicitaire qui font le piment de l’ère nouvelle, épargner au moins les palimpsestes…

Dans un autre registre, quelles qu’aient été, le 9 avril, les motivations profondes, kasher ou si peu, de la délicate égérie de la brune dissidence, la réitération de sa conviction que la France était étrangère à la rafle, tombée de sa bouche comme un étron dans la soupe déjà si peu ragoutante qu’était à maints égards cette campagne, un étron que rien a priori n’appelait, n’était rien d’autre que cela : une réitération. Assortie d’une précision, cependant : plus question d’ « Etat français » cette fois, uniquement de « la France ». Elle venait donc de se paraphraser elle-même, et subsidiairement désormais toute l’élite de la Ve, celle, en tout cas, d’avant la chute du mur figuré de la honte derrière lequel, face à l’authentique résistance, toutes les anciennes gloires s’étaient tenues tapies. C’était ce que l’on appellerait, si le sujet n’était si tragique, un piège exquis.

Outre à un ballet d’indignations feintes de la part de ceux qui n’en ignoraient rien, dont – une fois n’est pas coutume – Le Point en l’occurrence se tint logiquement à l’écart, rappelant si besoin que c’était bien de gaullisme, non de lepénisme ou de pétainisme qu’il était, à les prendre au pied de la lettre, dans ses propos question, c’est à l’opprobre massive de bataillons de petits pois iconoclastes  porteurs du dogme nouveau, celui de la Bêtise et de l’indissociation, que durent se mesurer ceux-ci.

Et tous ces beaux esprits délurés, d’Estrosi à Mackey et de Macron à Louati, en passant par Poutou,  de porter en douce, par-delà les frontières, à Dieu et à son aïeul par vile procuration la finale estocade, bien décidés à nous faire entrer tous de plain-pied dans l’ère ou rien n’est puisque tout se confond, et si tout se confond, alors rien n’a été, excepté ça !

« En niant la responsabilité de l’Etat français sur le Vel d’Hiv, François Mitterrand/Marine Le Pen/Charles De Gaulle (1) rejoint [Jean-Marie] sur le banc de l’indignité et du négationnisme. »

Chr. Estrosi, Tweet du 9 avril 2017, – (1) biffer, le cas échéant, les mentions inutiles

***

Jalkh’s appointment clearly undermined Marine Le Pen’s ongoing effort to detoxify her party’s image — which led her to expel her own father two years ago, after he minimized the Holocaust and reiterated praise for Pétain. Recently on the campaign trail, however, the younger Le Pen seemed to pivot back to her father’s views, declaring that the deportation of French Jews to Nazi death camps by Pétain’s Vichy regime during the war was not a stain on the honor of France.

R. Mackey, Bafouille propagandiste du 27 avril 2017

***

« C’est d’une part une faute politique et historique, et d’autre part le signe que Marine Le Pen est bien la fille de Jean-Marie Le Pen, si d’aucuns en doutaient encore aujourd’hui. Marine Le Pen/François Mitterrand/Jean-Marie Le Pen/Charles De Gaulle (1), c’est le vrai visage de l’extrême-droite française. »

E. Macron, Conférence de presse du 10 avril 2017 – (1) biffer, le cas échéant, les mentions inutiles

***

« Si Le Pen, aujourd’hui, fait ce genre de déclarations-là, ça rappelle évidemment les déclarations du père, ça rappelle que, béh, le Front National reste un vrai parti d’extrême-droite. »

Ph. Poutou, Déclaration du 10 avril 2017

***

« Lorsque j’ai entendu cela pour la première fois [que Marine Le Pen avait déclaré que les Français n’avaient pas raflé des juifs à Paris pour les parquer ensuite dans le stade], j’étais sans voix, ça m’a profondément dégoûté. La police française d’aujourd’hui est née sous le maréchal Pétain, qui a collaboré avec les nazis, et qui envoya les enfants français aux camps de la mort. C’est aussi ce gouvernement qui permit aux fonctionnaires de mener à bien ces politiques et, après la chute du gouvernement collaborationniste du maréchal Pétain, lequel rafla les juifs, ces fonctionnaires ne furent pas emprisonnés; ils poursuivirent leur carrière au sein de l’administration française. Ce que Marine Le Pen tente constamment de faire, c’est de blanchir les crimes de la France. En fait, cependant que la France blanche et chrétienne collaborait avec les nazis et faisait la courbette devant Hitler, les soldats noirs, arabes et musulmans pourchassaient les nazis et libéraient le pays. […] La France était coupable de collaboration avec les nazis, et elle était coupable d’avoir envoyé ses propres enfants juifs aux camps de la mort. […] C’est comme les gens qui vous disent que la colonisation a eu du bon en Afrique. »

Y. Louati, Interview à Democracy Now ! du 5 mai 2017

***

 “Le Pen recently followed her father’s/De Gaulle’s/Mitterrand’s lead (1) in excusing the crimes of Vichy France — specifically the notorious rounding up of French Jews who were deported to the death camps in 1942

R. Mackey, Bafouille propagandiste du 5 mai 2017 – (1) delete where applicable

***

 Dans une perspective purement logique (et non idéologique), nous aurons ainsi appris pêle-mêle

— que faire prendre à la France, a fortiori à la République, ses distances d’avec le régime de Vichy, c’est en fait l’en rapprocher;

— que condamner sans équivoque ledit régime, et lui seul, c’est en fait l’absoudre;

— que l’histoire est en marche, qu’elle ne se retourne pas;

— que lorsqu’elle se réécrit, elle efface irrémédiablement la copie antérieure, pour les besoins de la mémoire collective;

— qu’il n’est rien de répréhensible à brûler sur l’autel d’ambitions narcissiques de l’instant un demi-siècle d’hommes d’Etat à côté desquels blêmissent les choses du moment;

— qu’il n’est rien d’indigne à attribuer à des morts le contraire des propos qu’ils ont tenus;

— que De Gaulle, Le Pen et Mitterrand ont tous émané de la même nasse;

— qu’entre France occupée et République coloniale, une équivalence s’impose;

— que les pilules de Moraline ™ ont raison de tout esprit critique;

— que la politique se doit d’être manichéenne, la pensée au garde-à-vous (mais ça, nous le savions déjà !).

Peut-être vous ai-je déjà relaté ceci : en 1993, plusieurs de mes professeurs organisèrent un voyage de classe à Berlin. Un jour, nous nous en fûmes visiter le château de Cecilienhof, celui-là même où se réunirent, dans la foulée de Yalta, Churchill, Truman (qui avait pris la relève de feu Roosevelt) et Staline, du 17 juillet au 2 août 1945, afin de décider du sort des nations ennemies.

Ce château, deux des profs l’avaient déjà visité une fois, avant la réunification allemande. Lors de leur précédente visite, étaient exposées, dans l’un de ces salons qui virent défiler l’Histoire, à côté des photos sur lesquelles un Staline en pantalon noir et veste blanche s’affichait conquérant et semblait voler la vedette aux deux autres, l’un replet, l’autre trop neuf dans ses fonctions que pour s’imposer, plusieurs cartes géopolitiques de l’Allemagne divisée, qui, comme par enchantement, avaient disparu du paysage entre-temps. Pourquoi ? Les profs s’en enquirent auprès de la conservatrice des lieux, laquelle leur répliqua sèchement qu’elles n’étaient plus d’actualité. Il n’était même plus possible de les consulter sur demande, dès lors qu’elles avaient été envoyées pour classement dans quelque dépôt d’archives central.

L’Histoire n’était plus d’actualité : la réunification, dont l’Allemagne de l’Est se sentait alors la dupe, imposait d’effacer toute trace qui pût rappeler les mauvais souvenirs et détourner de la nouvelle voie. L’objectif politique avait éclipsé le passé…

La position de De Gaulle et de tous ses successeurs au siècle dernier, Chirac faisant office de funambule, était, elle, guidée tant par la nécessité politique de rassembler après la guerre un pays meurtri que par une certaine idée de son passé, de celui de la République, certes en partie enjolivé, mais porteur malgré tout d’émancipation universelle. Peut-être cette position n’a-t-elle pas rendu assez adéquatement compte de ce que fut le martyre des juifs français sous l’occupation : chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, loin de toute idolâtrie. Mais, plutôt que de desservir pays, histoire et références par leur opportunisme fourbe, ceux qui souhaitent l’invalider seraient bien inspirés de le faire sous d’autres auspices que ceux de la confusion, de l’obscurantisme, et de l’esprit de parquet intellectuel, par exemple en n’effaçant pas l’histoire de France comme ils accusent ceux qu’ils trahissent de l’avoir fait.

En 1994, pour expliquer plus avant son refus, Dieu (alias Mitterrand), prétendit que reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vélodrome équivaudrait à entretenir la haine, à diviser. Qu’entendait-il par là ? De quelle haine parlait-il ? D’une haine ancienne uniquement ?

Le geste de son successeur en 1995, nécessaire pour beaucoup, noble même, n’en a pas moins ouvert une boîte de Pandore communautaire, et les affinités électives qui s’en sont dégagées au vu de tous, qu’elles soient le fait de tartuferies ou d’amitiés sincères, ont pris depuis lors des allures de partialité. A cela aussi, le vieux avait-il pensé ?…

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