L’ontologie selon Jupitereke : trop complexe !

D’une certaine manière, il me fait penser à moi quand j’avais son âge, Mongolito Ier. A ce que j’aurais pu devenir. Je l’ai échappé belle…

A dix-sept ans, j’ai été élu président des élèves de mon collège. Pas un truc ne s’y passait sans que j’y fusse partie prenante. Partout dans l’école, des affiches à mon effigie ornaient les colonnes et les murs. Mon parti à moi, c’était le PIR, le Parti des Idées rénovatrices. Il n’y avait aucune porte dont je ne détenais la clé : j’étais le maître des sésames ! J’entrais dans la salle des profs quand bon me semblait. Certains d’entre eux, dans cet âpre microcosme, étaient ulcérés, d’autres à moitié terrorisés. Mais tous la jouaient profil bas. C’était dans leur intérêt.

Lorsque vint la campagne pour ma réélection, je me suis mis à haranguer les foules, et à apostropher certains de mes concurrents dans les couloirs à la manière des tribuns de jadis, pensais-je, le ton ferme et le buste droit. Des dizaines et des dizaines de jeunes électeurs s’agglutinaient alors autour de nous pour ne rien rater de ces jeux du cirque. A l’un de ces adversaires, il m’est même arrivé de dire : « vous n’êtes rien, Monsieur ! Rien comparé à mon Immensité sans cesse croissante » ! C’est du verbatim, putain de bordel ! Politiquement, je n’avais encore pris aucune gifle : j’étais la poule d’eau des hôtes de ces marais. Une foutue poule d’eau qui par amour propre s’imaginait cygne.

Il fallait que l’on parle de moi. Et pour cela, tous les prétextes étaient bons. Moi, moi, moi, moooaaaah ! C’est ce que je retrouve aujourd’hui en Mongolito, dont on pourra toujours suspecter le caractère calculé des écarts de langage, même si leur répétition tend plutôt à refléter une inclination lourde, pour ne pas dire un instinct (partagé) : n’oublions pas que ces monstres-là sont sortis du même moule qu’un Aquilino Morelle. Fard et mocassins cirés : la populace, connais pas ! La populace, on lui crache dessus ! Et il faut voir avec quel air suffisant on déambule parmi les importants. Elle suite de partout, la suffisance, à tel point que finissent par se former çà et là d’abjectes petites flaques.

Il y a deux différences majeures, toutefois : en ce qui me concerne, j’ai toujours mis un point d’honneur à écrire moi-même mes discours, à formuler moi-même mes interventions. Pour rien au monde, je n’aurais laissé ce plaisir à quelque winner prépubère…

Ceux de Mongolito sont le fruit d’une composition collective, et les corrections qu’elle implique excluent tout dérapage incontrôlé : il y a indéniablement une maîtrise dans l’art d’humilier !

Et voici la seconde différence : seule une mauviette s’en prend à ceux qui n’en peuvent mais, tantôt bougnoules, tantôt prolos, soumis tour à tour à la vindicte, à tous ces petits riens, en somme ! Ils sont innombrables, dans l’histoire, ceux dont le sang a coulé parce qu’ils n’étaient « rien » à l’estime de petits Jupiter d’arrière-boutique.

Or, ce sont bien les seuls, en définitive, auxquels s’en prend cette mauviette-là elle aussi, laquelle, de surcroît, s’est toujours cantonnée à la définition normée et formatée de la réussite, qui booste le bétail, celle qui rend si épanoui qu’elle fait de la morgue sa seconde nature : pauvre tache ! « Rien » ne souffre. « Rien » ne peut crever dans la rue au vu furtif de quelque chose, puisque c’est rien. Dès lors, pourquoi s’en préoccuper ? Allons, quel est votre mal, Sire ? Quelle est cette haine qui vous ronge et que vous n’osez dire ? Comment pouvons-nous vous aider ? Et comment traiter tout ce « rien » qui ne vote plus ? Comment faire travailler le « rien » ?

Mon mépris à moi, en revanche, c’est toujours au glam, aux mondanités, aux futilités, à la bourgeoise étroitesse d’esprit et à l’esprit de caste aristocratique, l’esprit de caste tout court d’ailleurs, que je l’ai réservé : comment sinon penser out of the box ?

Ainsi, il y a une vingtaine d’années, de retour d’une courte escapade en terre nantaise, qui fut sans conteste parmi les plus laborieuses auxquelles j’aie pris part, mes condisciples et moi nous vîmes proposer par le G.O. de circonstance une visite du château de Versailles. Était-ce parce que mon esprit, qui aurait rôdé dans les parages voilà quelques siècles et garderait le souvenir indélébile de la décadence d’alors, me l’interdisait ? Toujours est-il que j’ai préféré patienter dans la voiture : Versailles, je t’encule !

Lutte des classes ? Esprit républicain, dirais-je. Intellectuellement, la première n’est pas impérative pour reconnaître à chaque citoyen sa dignité, pour reconnaître chaque homme dans sa dignité : le CNR en est l’illustration. Le second, au contraire, fût-il dilué, y contribue fortement. Elle le devient néanmoins lorsque celui-ci s’estompe, et qu’une classe devenue secte ambitionne de se faire monopole. C’est que « le lierre » en a plus que marre, fils de pute ! Euh, pardon, Votre Majesté, je voulais dire : Mongolito. Non, merde, décidément : Jupiter !

 

« Il y a des arbres à côté de nous, il y a des rivières, il y a des poissons… Il y a des frères et des sœurs. »

Mongolito

« Oume bayan de akdafi yadakhôn be fousikhôchara. »

Sentence mongole

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Catégories : Politique / Société | Poster un commentaire

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