Archives mensuelles : août 2017

Enfants-rois et clergé nouveau…

Réforme. Jusqu’à présent, le mot était associé au protestantisme, lequel, en bref, a souhaité ancrer davantage la foi dans la réalité pratique. Mais l’usage qui en est fait aujourd’hui s’écarte de cette genèse.

En effet, il faut l’entendre désormais comme l’ensemble des propositions et des mesures qui visent à transposer les prérogatives de l’Etat, en ce qu’il est la représentation politique du monothéisme, à un panthéon de demi-dieux supposés qui se compose des détenteurs des grosses fortunes mondiales et des managers de corporations transnationales. La métaphore peut paraître abstraite, mais seulement à ceux qui ne sont pas aux commandes de ce grand chamboulement, ceux qui le sont l’ayant théorisé depuis la chute du mur de Berlin. Des TTIP et des CETA en seraient l’apothéose.

La loi de l’offre, plutôt que celle du besoin, en est l’application concrète : les demi-dieux décident entre eux pour la populace ce à quoi celle-ci sera sommée de s’adapter, de la même manière que les hommes gouvernent le destin des animaux. Si, par exemple, le marché aux bestiaux contributeurs au produit intérieur brut, plus communément appelé marché de l’emploi, s’oriente vers des jobs à 500 €, c’est en raison de la loi de l’offre.

Cette loi non écrite se moque éperdument de savoir si cette somme permet aux êtres humains de subvenir à leurs besoins fondamentaux, de la même manière que les dieux se foutent comme d’une guigne du bien-être de l’humanité : les dieux vivent en vase clos et s’autosuffisent, du moins le pensent-ils. A leur maintien, bien plus qu’à une quelconque contribution sociale, les mortels sont donc tenus de veiller. Pensez donc : il pourrait venir à l’idée des masses de grouillants désœuvrés de contester le polythéisme nouveau. Les occuper est donc vital.

Ainsi, ce qui nous est présenté à longueur de journées comme une nécessaire adaptation au réel n’est en réalité qu’une vulgaire spéculation, dont seule la résignation du plus grande nombre, leur soumission à une autorité frelatée, permettrait la mise en œuvre. Or, celles-ci ne sauraient être que temporaires car, comme l’affirmait Lincoln, paraphrasé depuis par Les Nuls, « you can’t fool all the people all the time ».

En fait de dieux, ces nouveaux maîtres ne sont rien de plus que des enfants gâtés, des enfants-rois qui, comme ces gosses conditionnés par le marketing télévisuel, piquent une crise dans le supermarché lorsque tel ou tel jouet ou friandise leur est refusé(e) : « ouuiiin, je veux ma loi travail, ouuuiiiiiiiin ! » – « Mais je t’ai déjà donné quarante milliards, mon chéri, et tu en recevras encore quarante cette année… » – « Mais JE VEUX MA LOI TRAVAIL, aaaaaaarrhh ouuuuuiiiiin ! »

Grosse baffe ou douche froide pour le môme une fois de retour à la maison, vous êtes d’accord. Pourquoi en irait-il différemment d’un Gattaz ? Voilà un fils à papa, dont ce dernier fut précisément lui aussi en son temps à la tête d’un certain patronat français, qui a hérité de son entreprise, n’a jamais dû chercher un job de sa vie, n’a jamais eu à se soucier de ses fins de mois, n’a jamais eu à se prostituer pour les boucler, n’a jamais eu à s’inquiéter pour la survie de sa progéniture, n’a jamais eu à faire la moindre concession à qui que ce soit, baigne depuis cinq ans dans la providence divine, sans contrepartie aucune, mais continue, à cheval sur le caddie, de piquer régulièrement sa crise.

Jamais à court de sophismes, certains argueraient que le réel, c’est les autres, c’est ce qui nous entoure, à défaut de nous encercler, et que le marché aux bestiaux français (et belge) est inadapté à ce réel. D’où la nécessité des réformes. Mais comme l’a dit au moins une institutrice à tout enfant trop malléable, si l’autre te dit de te jeter par la fenêtre, tu vas le faire ?

Les enfants-rois comme Gattaz n’ont jamais appris à définir leurs propres limites; ils n’ont appris qu’à les repousser jusqu’à s’en défaire. Ils assument en fait le rôle qu’assumait la nature avant que l’homme et sa raison ne s’y fassent une place. Sadiens, ils se sont affranchis de toute éthique. Et lorsque tel ou tel philosophe s’exprimant sur l’anthropocène suggère de considérer l’humanité d’aujourd’hui comme une force tellurique, c’est à eux qu’il devrait se référer, car, somme toute, nonobstant voiture, TV, GSM et PC, la condition citoyenne de la piétaille n’a pas fondamentalement évolué malgré le cadre dit démocratique : les outils telluriques, c’est eux qui en disposent. Et il n’est point besoin de rappeler que la condition d’une vie digne fut de domestiquer la nature antique.

Or, face au néo-polythéisme qui nous est imposé, qui n’est autre qu’un nouveau clergé, avec sa doxa, ses privilèges, ses passe-droit, ses exigences puériles, et bientôt ses diktats, face au « coup d’Etat social » qui menace d’emporter le fruit de cent ans de luttes – c’est-à-dire de martyrs, de barricades, de grèves sauvages et au finish –, que nous propose-t-on ? Quelques manifs bien propres et biens sages, où l’on ne fait que quémander aux tyrans ? La réponse est-elle à la mesure des morts qui ont permis les acquis ?

Les temps ont changé, certes, mais pas l’ardeur des riens, plus que jamais enclins à outrepasser les hiérarchies syndicales. Certes, les riens sont moins nombreux qu’hier, et une trop grande radicalité pourrait, par la faute des procureurs médiatiques, effrayer les autres. Mais de qui se réclame-t-on, à la fin !?

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Dégueulasse !

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mais.

William Burroughs, Towers, Open Fire
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