Nihil novi…

Ce que j’ai fait hier soir ? J’avais rien à foutre. Donc, j’ai regardé le vestige des années ’80 sur C8. Y avait pas d’actrice porno cette fois. Pas même une starlette de la téléréalité sur qui cracher son venin en toute tendresse, ou une bimbo à qui cureter le vagin (C’est coupé au montage…). Mais c’était une heure trente de nombril en gros plan quand même. Comme d’hab. Le gars, il a bientôt la septantaine, il te fait encore des émissions pour vieux ados… Quand il aura l’âge de Pierre Bellemare et quelques liftings de plus, il invitera le tout nouveau député Louis Sarkozy sous ses spots multicolores pour lui demander si gicler dans l’anus, c’est ensemencer. Si la troisième guerre mondiale éclate demain, il continuera imperturbablement de balancer ses confetti et ses paillettes virtuelles sur ses invités. Irrécupérable, le vieux !

Entre Camba-le-faux repenti et Lorant-la-sardine, je me faisais tellement chier que j’ai cherché du porno à downloader en même temps : j’ai trouvé Alex P., model de Madrid qui se faisait photographier par un gros batave assez lourd mais motivant, Brent Corrigan qui se branlait en filmant un autre twink qui se branlait (Même sans péné, on appelle ça une mise en abîme.), un certain Taylor aux pectos bien gonflés qui se chopait le cul dodu mais ferme de Marx (si, si !), le café-crème québécois Lukas Jensen qui s’enfilait des dildos, et le délicieux Tony Conrad tout nu et tout bronzé au Festival de la Bite de Porto, où il défonçait le petit Alec derrière une cloison de fortune. J’avais ce qu’il me fallait. Ah, ouais, ouais, là, ça irait loin…

En fond sonore, y avait toujours cette voix de con, pas la mystique du double du professeur Rollin, non, celle du vieux, qui accueillait en P3 une jeune écrivaine qui venait de pondre une pièce de théâtre populo sur ses voisins, dont voici le pitch, qui pourrait être une version heureuse de la sordide affaire Vanderlinden-Lavergne, dont la sélection ‘faits divers’ de Google, qui prend des proportions jamais vues ces temps-ci et affectionne particulièrement les épilogues sanglants, nous gave, jour après jour, de détails morbides : un sale perv qui épie son voisinage et écoute aux portes s’étonne du silence qui règne dans l’appartement de sa voisine du dessus, laquelle est pourtant supposée fêter son anniversaire. Ni une, ni deux, il se dit, le loser invétéré : c’est trop calme, faut que j’aille mettre un peu le bordel, faut que je fasse du bruit, faut que je la fasse chier. Qu’est-ce que je serais con de louper cette occasion ! C’est, résume la salope en noir à Bolloré, « la rencontre de deux solitudes », qui se conclut par une boum (Je reste dans le vocabulaire eighties pour pas le dépayser…). Passionnant, non ?

Non, « c’est pathétique », déclare, straight into the caméra, en parlant desdits voisins, le catho de bar à putes qui anime l’émission, la petite grimace du morveux raté qui regarde autrui de haut en prime. Et, là, c’était l’épiphanie ! Bien sûr : il s’adresse directement à moi, que je me suis dit. Ouais, ouais, ça peut être que ça. Vous connaissez ces moments-là, non ? Vous en avez tous vécu au moins un : un broadcaster s’adresse à toute la France et au-delà, mais ce qu’il dit et ce qu’il décrit est si proche de votre propre vécu que vous le prenez pour vous, et pour vous seul(e). En l’occurrence, il y avait de quoi. C’est irrationnel, je sais, mais… si c’était vrai ?

Il se trouve que j’habite dans un immeuble qui compte lui aussi ses pervs, ses vieux débris, ses chiens renifleurs, ses putains d’empafés infoutus de foutre la paix aux gens, bref ses losers. Je vous ai déjà raconté l’histoire de l’ancienne poufiasse du dessous, qui, jour après jour et nuit après nuit, même en son absence, m’avait, pendant deux ans, intoxiqué intentionnellement et en quantité industrielle avec ses perturbateurs endocriniens malodorants, au point qu’il m’était arrivé d’installer mon transat dans le couloir pour y dormir, tant mon appart, qu’il m’était devenu impossible d’aérer, puait la mort, à laquelle j’ai d’ailleurs échappé malgré un violent choc anaphylactique durant l’été 2015. Il y avait aussi la surprise, l’an dernier, de découvrir que mon compteur d’électricité, et le mien seul, avait été vandalisé le jour précis de mon anniversaire. Ou encore cette putain de concierge, qui, outre qu’elle correspond à merveille à l’image de sa profession, ce dont ne pouvait évidemment se douter le bénéfice du doute qu’à cet égard je lui avais initialement consenti, me cite comme suspect auprès de la police chaque fois qu’il se passe un truc pas net dans ce foutu immeuble : l’été dernier, par exemple, les portes d’une bonne vingtaine d’appartements ont été fracturées. Un travail de romanichels, ça, m’a pourtant assuré l’agent venu constater les dégâts. Son attitude est curieuse, étant donné que je partage avec le fils aîné de ladite commère l’amour de la mauvaise herbe. Ça devrait créer des liens, ça, non ? Surtout vis-à-vis de quelqu’un dont on contribue à payer le salaire et qui vous sort à brûle-pourpoint : « vous êtes la base de mon problème, Monsieur Baele ». Je vais t’en donner, du problème, si tu continues, poufiasse !

S’ajoute à ça, désormais, le grand retour de l’alcoolo de l’appartement du dessus, à qui, contrairement à l’héroïne de l’invité du bourrin royaliste de Bourganeuf, on ne peut décidément pas reprocher son calme, puisqu’il balance avec fracas, nuit et jour mais surtout nuit, toutes sortes d’objets sur le sol, transbahute d’un bout à l’autre de la pièce des meubles lourds sur le carrelage en prenant bien soin de ne pas les soulever, fait silence quelques minutes, puis remet ça en sens inverse… C’est un bon gars, m’avait dit l’agent de quartier la première fois que je lui en avais parlé, avant d’ajouter que leurs parents respectifs avaient vécu dans la même rue. Dans ces conditions…

Récemment, Onfray rappelait sa réaction face à un jeune énergumène qui, dans le train, avait mis ses pieds sur la banquette d’en face : il est nécessaire, parfois, de rappeler à qui de droit les rudiments de la vie en société dans une société totalement affranchie d’égard pour autrui. Je l’ai déjà écrit : à la notion de politesse qu’il invoquait à cette occasion, je préfère celle de respect, mais l’objectif est identique : faire en sorte que la société, voire la vie tout court, soit vivable, et, en particulier, dans mon cas, qu’il n’y ait pas constamment une odeur agressive de produit chimique ou un tapage nocturne de maniaque pour me rappeler que, comme un Russe moyen en Union soviétique naguère, je ne suis jamais vraiment chez moi, moi qui écoute invariablement mes émissions, mon porno et ma musique avec mes putains d’écouteurs !

Le voisin dont question a, hors insulte et métaphore, l’âge mental d’un gosse de cinq ans et la retenue qui l’accompagne, c’est-à-dire qu’il se comporte comme un singe nerveux incapable d’aligner deux phrases cohérentes. Comme l’héroïne susévoquée et son voisin à elle, nous partageons en effet une certaine solitude. Je mets à profit la mienne pour ouvrir mes horizons, lui la sienne pour me les fermer. Chacun ses préférences, chacun sa tournure d’esprit.

Peut-être ai-je déjà cité Wordsworth ici : « poetry is the spontaneous overflow of powerful feelings : it takes its origin from emotion recollected in tranquility ». Elle sursaute involontairement chaque fois que ce voisin de merde fait crisser avec délectation l’un de ses meubles sur son foutu carrelage, ma tranquillité à moi ! Certes, de nombreux habitants de HLM parisiennes doivent avoir beaucoup plus que ça à endurer, mais l’inversion de la charge du respect – qui n’est pas une charge d’ailleurs, mais devrait être spontané pour quiconque n’a pas été élevé parmi les rats –, cette inversion est la même : est intolérant, de nos jours, qui s’oppose au je-m’en-foutisme et aux nuisances d’autrui, et non qui crée ces dernières et fait chier son monde… Après tout, « c’est un bon gars », non ?…

Bref, impossible de ne pas, l’ombre d’une seconde – et pas plus, parce qu’il faut quand même pas charrier : y aura pas de boum en ce qui me concerne ! –, m’identifier au récit exposé chez le vieux réac de septante ans, soit grosso modo l’âge du chieur demeuré qui me sert de voisin…

Pas plus, du moins le pensais-je. En effet, sitôt que j’eus rejoint mon lit et annoncé à Morphée ma disponibilité temporaire, après avoir ensemencé le cul d’Alec, ce que bizarrement l’enfoiré du dessus s’était empressé quasi simultanément de faire lui aussi, Alec en moins (Souvent, je l’entends me suivre aux chiottes également, et, à force, l’hypothèse de la coïncidence n’est plus permise : le scato l’attire comme un aimant.), je me vis propulsé dans la peau de l’agent de la GeStaPo en noir (Faut écouter certains de ses invités vous raconter comment il s’est procuré ses renseignements à leur propos : c’est édifiant, Monsieur Bolloré !)…

Je marchais avec Crespo-Mara sur un boulevard parisien qui m’était inconnu. Elle me tenait le bras. Tout à coup, un violent coup de pied dans le dos m’a propulsé par terre. J’ai juste entendu : « sale fils de pute, retourne en enfer ! », et « viens, Crespo, on va te faire ta fête, ça fera longtemps que t’auras pas joui comme ça ! », puis le black-out…

Ce que j’ai fait quand je me suis réveillé ? Je vous le raconterai une prochaine fois, peut-être…

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