La branlette, c’est fou !

L’avocat à la Cass’, désormais immobilisé, avait pris place dans le prétoire. Il y a la branlette heureuse, tranquille. La sienne était frénétique comme celle d’un pustuleux dépassé par la chose, à mi-chemin entre indignation surjouée et insensibilité de classe . Le verbe haut, au diapason de la justesse de la cause, il entama sa plaidoirie : que ne sait-on, dans ce pays, laisser les possédants jouir de « l’intimité » de leur fortune ? Et une vétérane, une main plantée dans le vagin, de surenchérir : ah oui, « la chasse aux riches, ça suffit ! »

Le lisier de la parole se répand avec verve ces temps-ci, jusqu’à devenir monopole. Surfemmes et surhommes ont choisi leur combat. L’indécence est partout sublimée. Branleurs et branleuses n’ont jamais été autant à la fête.

Démonstration est faite : la branlette est notre attribut le plus commun. Présidents branleurs, traders branleurs, chroniqueurs branleurs : NOUS SOMMES TOUS DES BRANLEURS ! Chacun à notre façon. C’est le spectacle qui veut ça. Pas même la gent féminine n’y échappe : Verdier-Molinié, par exemple, quelle sacrée branleuse !

Mais un onanisme n’est pas l’autre, et le mien est minoritaire. C’est la branlette monstrueuse qui a la cote : trente mille gosses à la rue en France ? Le grand patrimoine, c’est l’intimité !

L’intimité ? Allons… Jamais l’Ancien Régime ne s’est paré d’un voile pudique, elle qui, du haut de sa morgue d’héritière,  avait déclaré en 2010, avant d’aller ad Patres puis de ressusciter en Pénicaud, que pour devenir milliardaire, « faut travailler un peu plus » (une citation mémorable qui a mystérieusement disparu des radars).

On imagine les fous rires que doit susciter dans les cercles intimes suspendus l’idolâtrie d’un autre âge dont fait preuve à leur égard le ballet de carpettes qui se donne à entendre depuis plusieurs mois avec toujours plus de panache. Se porter à la rescousse des plus puissants, quoi de plus noble, en effet, et de plus impérieux ?

La branlette est une île, et celle des plus riches est déconnectée de la misère triomphante : l’une est sans rapport avec l’autre. D’où la revendication de son intimité. Quelle formidable époque que la nôtr€, toute d’attentions pour les seigneurs, d’indifférence pour les paumés.

Ne vous y trompez pas : ceci n’est pas le procès de la FI. C’est celui d’une classe, à laquelle est dénié jusqu’à son identifiant. C’est l’expression enfin vraiment décomplexée de la bassesse bourgeoise, dans laquelle la déférence envers le fort le dispute à la mesquinerie vis-à-vis de l’affaibli, une bassesse qui ne se sent vivre qu’à ces conditions.

La charité déjà n’était pour elle qu’exercice de style imposé. A la solidarité, elle n’a jamais vraiment goûté. C’est l’humanisme lui-même qui l’incommode à présent…

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