La notion même d’emploi est répugnante !

Elle induit l’objectivation de celui ou celle qui est employé(e). On nous parle d’activation des chômeurs. Mais quelle est cette activation qui nous dicte de nous laisser employer ? Et qu’est-ce qui détermine qui emploie ? L’empathie ? Le talent ? Le mérite ? L’intégrité ? « The truth is you’ve been a slave, Neo »…

L’emploi est l’antithèse de la contribution. Contribuer, c’est faire mouvement vers. C’est un élan positif universel. Employer, c’est trier, se saisir de, puis contraindre. L’emploi est fondamentalement un viol. Et l’Etat nous ordonne par sa loi d’y participer activement. La contrainte est donc double.

Il n’est point de libre arbitre dans l’emploi, pas même de libre examen. Sa fonction est de les réduire à néant. Car toute subversion en émane. Et au nom de quoi autoriserait-on à subvertir la société parfaite, ou en tout cas son horizon chimérique, celui du plein emploi retrouvé ? De l’emploi total, de l’emploi totalitaire… à cinq cent euros par mois !

A la génération précédente au moins, celle qui a bien profité de tout et qui, repue désormais, autosatisfaite comme jamais, nous proscrit la même extase, un semblant de libre arbitre avait été concédé : même si l’emploi statique était la norme pour beaucoup, il lui était possible de trier elle aussi; elle pouvait dire : non, vous et votre entreprise de merde ne me convenez pas. Elle avait l’embarras du choix, un choix restreint de par sa nature, mais un choix quand même. Aujourd’hui, l’on détermine pour vous ce qui est réputé convenable, tout en mettant des bâtons législatifs dans les roues de quiconque ambitionne de mettre sur pied des modèles contributifs.

Totalitaire ? Le mot ne serait-il pas ici galvaudé ? Réfléchissez-y un instant : comment qualifier un système qui, nouvelles technologies aidant et conjointement à des pouvoirs publics privatisés qui s’immiscent toujours plus loin dans la seconde, abolit segment par segment la frontière entre vie professionnelle et vie privée, généralisant la contrainte, un système dont vos proches ou présumés tels sont les agents inconditionnels, qui veillent sans répit à huiler ses rouages en vous rappelant que vous n’êtes rien, donc que vous n’avez droit à rien, si vous êtes sans emploi ?

Comble de l’ironie : l’emploi, se faire employer, serait à présent un privilège. Mais faut-il s’en étonner dès lors que la notion est intrinsèquement fondée sur la vassalisation ? Le privilège est double lui aussi : d’une part, il est inscrit dans le code même de l’emploi puisqu’il subdivise la citoyenneté en deux catégories, ceux qui ont le privilège de contraindre, et ceux qui, contraints, n’ont d’autre choix pour survivre que de se plier à ce privilège; d’autre part, donc, au sein de ce second groupe, il singularise celles et ceux qui ont la chance de subir cette contrainte, les dissociant de ceux et celles qui n’ont même pas ça

L’emploi est une notion moyenâgeuse. Et la perversion consiste à vouloir nous faire adorer le nouveau Moyen-Age, dont des boursouflures à la Trump et à la Macron, loin d’être atypiques, représentent la quintessence. Rien, dans cette optique, toutefois, ne distingue la nouvelle féodalité capitaliste de celle qui s’affirme par le socialisme autoritaire. Toutes deux sont bien sûr également réactionnaires.

J’ai une confession à vous faire : je n’aime pas le Moyen-Age. Peut-être eussé-je à l’égard de cette époque qui compta aussi ses esprits éclairés fait preuve d’une plus grande clémence si entre-temps autre chose n’avait été essayé, si l’on ne nous avait rebattu les oreilles avec ces curieux concepts d’égalité et de droits de l’homme, logiquement si honnis par les temps qui régressent. N’eussent-ils jamais été que des rêves, nous n’en pourrions faire table rase sans faire table rase de nous-mêmes. Et si, en dépit de notre force vitale perpétuellement réaffirmée au grand dam des suzerains d’opérette, nous venait cette dernière idée, ce serait précisément parce qu’après tout le reste, c’est de nos rêves que l’on s’obstinerait à nous priver.

De nos rêves, de notre contribution à leur avènement, et de la parole nécessaire pour les exprimer. Or, cette parole déjà, lorsqu’elle émane d’un objet, est sacrilège !

http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-exclus-du-chomage-commune-par-commune-carte-interactive-57218d4035702a22d6d3a5b5

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