Archives mensuelles : mai 2018

Onfray, ce poison…

Fantasmes présentés comme des faits et affirmations gratuites dues à une paresse intellectuelle dans la recherche ou la confirmation des faits, amalgames conceptuels et géopolitiques, anachronismes, incapacité d’analyser une situation comme telle, justification implicite de cette situation par le recours à des épouvantails qui s’expriment à son propos mais lui sont extérieurs et ne la conditionnent pas, focalisation ad hominem qui, pour toute critique contraire, implique d’abord la pareille, au risque de se voir discréditée au fond pour ce motif, constitution, ce faisant, de camps de pensée, diffamation grossière, attribution de propos non sourcés, voire non tenus, reprise de citations tronquées, des années après leur rectification, instrumentalisation de victimes… Tels ne sont que quelques-uns des outils issus de la panoplie du parfait sophiste, dont Onfray, parmi tant d’autres malheureusement, s’est fait, en parfaite connaissance de cause, un habitué.

Si les arguments simplistes tendent à faire mouche auprès de publics peu éduqués à leur déchiffrement, c’est parce que ces derniers sont peu sensibles à la complexité requise pour dévoiler leur simplisme. C’est le fondement même de la démagogie : aux longs développements nécessaires à ton illumination, la petite phrase simplificatrice préféreras.

Cette démagogie est d’autant plus perverse lorsqu’elle est le fait d’un esprit qui se prétend éclairé et prétend éclairer. Onfray, en effet, est supposé évoluer sur le terrain de la philosophie, une discipline qui se veut, sinon scientifique, au moins rigoureuse et structurée. Si c’est de manière bienveillante et avec l’objectif de le mettre sur la voie de la beauté et de la sagesse, un shaman peut se permettre de tromper son auditoire. Pas le philosophe, sauf s’il se nomme Socrate. Onfray n’a ni cette manière, ni cet objectif; sa bouillie verbale insensée, son esprit carré dans le désordre, et sa prétention à détenir sur toute chose la vérité sont à mille lieues de la maïeutique : Onfray n’est qu’un gourou fourbe qui mène qui le suit à l’abîme.

En voici une nouvelle illustration, à l’occasion du billet vidéo que l’intéressé a publié pour la semaine du 2 avril 2018 (sous la rubrique « la semaine vue »), dans la foulée du meurtre de Madame Mireille Knoll et trois jours après les premiers massacres de Gazaouis à l’occasion des prémisses de la Grande Marche du Retour…

« Je n’utilise pas beaucoup le mot ‘scandaleux’, mais je pense qu’il faut l’utiliser pour parler des nombreux crimes antisémites qui se donnent [sic] aujourd’hui en France au nom de l’islam. Donc, je trouve qu’il y a une tolérance qui est très grande aujourd’hui sur les crimes qui sont perpétrés sur des juifs ou sur des juives, simplement parce qu’ils sont juifs ou juives, et que ces crimes sont perpétrés par des gens qui crient « Allahu Akbar ». La chose est quand même clairement revendiquée : on tue des juifs en France aujourd’hui parce qu’ils sont juifs. Et ça, c’est inadmissible et c’est absolument scandaleux. »

Une tolérance ?! Quelle en est la manifestation ? Quels (récents) meurtres de Français juifs ont-ils été ponctués par l’exclamation « Allahu Akbar » ? Cette exclamation explique-t-elle cette supposée tolérance ? La circonstance aggravante de l’antisémitisme a été retenue par le parquet contre les meurtriers de Madame Knoll, mais a-t-elle pour autant été établie avec certitude à ce stade ?

« De sorte que, quand il y a eu cette marche dans la rue et que le CRIF a pris à partie Mélenchon et Marine Le Pen, eh bien, j’étais d’accord. J’étais d’accord dans ces deux cas-là parce qu’on ne peut pas jouer avec le feu et, le jour où l’incendie se déclenche, dire qu’on n’y est pour rien, et que ce n’est pas parce que la forêt est totalement embrasée qu’on devrait être soi-même responsable juste parce qu’on a craqué une allumette. Si, si, ça suffit : on peut mettre le feu à une forêt juste avec une allumette. Et il se fait qu’on ne peut pas, pendant des années – je pense à Mélenchon – dire effectivement que les Israéliens sont des riches soutenus par le sionisme international, du côté du capitalisme, et que les Palestiniens sont toujours des gens exploités, et qu’il faut être du côté des Palestiniens, donc boycotter Israël, dire qu’Ahmadinejad, qui, à l’époque, voulait rayer Israël de la carte, était un personnage très sympathique parce qu’il était l’ennemi des Américains. Ce sont quand même des choses dites par Mélenchon. [En somme, on ne peut pas tenir de tels propos comme s’ils l’étaient] en l’air, sans que ce soit extrêmement conséquent. C’est très conséquent de défendre un individu qui veut rayer Israël de la carte. »

Ahmadinejad a-t-il jamais tenu ces propos ? A-t-il jamais affiché la moindre volonté en la matière ?

https://www.jpost.com/Israel/Lieberman-Do-to-Hamas-what-the-US-did-to-Japan

Un article de Le Point daté du 26 avril 2012 confirme qu’il ne les a jamais tenus, et fournit le contexte du discours de l’ex-président de l’Iran, qui avait notamment évoqué par ailleurs la chute de l’URSS et celle de la dictature irakienne, deux événements auxquels l’Iran fut étranger.

L’Iran est-il l’instigateur d’un quelconque meurtre de Français juif ? Les meurtriers étaient-ils chiites, ou tout simplement religieux pratiquants ? Leur motivation leur est-elle venue de Téhéran ?

Le soutien supposé de Mélenchon à Ahmadinejad est-il avéré ? Dans un billet publié sur son blog le 5 septembre 2014, le CRIF écrivait : « [Mélenchon] approuve la pratique du pouvoir par Chávez, mais il condamne son encombrant soutien à l’Iran d’Ahmadinejad ou à Bachar al-Assad, explique-t-il ». Une réticence à l’égard de l’Iran d’alors de la part du patron dit insoumis que confirme, sous une formulation différente, un article de L’Express du 6 mai 2016.

Mélenchon a-t-il jamais justifié le droit à l’autodétermination du peuple palestinien par l’argument que lui prête Onfray ? Ou ce dernier, le sommant de s’y conformer, lui attribue-t-il cette grille d’analyse marxiste par automatisme ? Les Palestiniens ne sont-ils qu’ « exploités » ? Soutenir leur droit à l’émancipation en tant que peuple impliquait-il nécessairement que l’on adhère aux propos d’Ahmadinejad ? Qu’Ahmadinejad se soit targué de les soutenir invalidait-il leur combat ? Mélenchon porte-t-il, comme Onfray le suggère lourdement, une responsabilité directe ou indirecte dans le meurtre de Mireille Knoll, ou de quelqu’autre Français juif ? A-t-il manifesté la moindre « tolérance » à l’égard des meurtriers ? Si oui, quelle forme cette tolérance a-t-elle prise ?

« On ne peut pas défendre Ahmadinejad simplement parce qu’il est un opposant des Etats-Unis quand il a dit qu’il fallait rayer Israël de la carte. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est un propos qu’Adolf Hitler aurait pu tenir. »

On fera grâce à Onfray de sa concordance des temps malheureuse, qui laisse entendre non pas que, si Hitler était vivant aujourd’hui, il pourrait tenir ce propos, mais qu’il aurait pu le tenir tandis que n’existait pas encore ledit Etat. En revanche, dans la mesure où Hitler avait envisagé au préalable pour les Juifs d’Europe diverses solutions d’exil (à Madagascar, notamment), rien ne permet d’affirmer qu’il pourrait tenir les propos qu’Ahmadinejad n’a pas tenus.

« On ne peut pas dire d’un côté [qu’] Ahmadinejad est quelqu’un de défendable, et puis, de l’autre côté, descendre [sic] en disant [que] le fascisme ne passera pas : Madame Knoll a été assassinée, c’est une chose qui n’est pas correcte. […] Monsieur Ahmadinejad, il en aurait tué beaucoup, des Madame Knoll et des Madame Halimi, et beaucoup de gens qui ont été tués parce qu’ils étaient juifs. Donc, on ne peut pas, d’un côté, jouer comme ça, faire le cador […] en disant [qu’] il faut boycotter Israël, [qu’] Ahmadinejad est un personnage intéressant bien qu’il veuille supprimer Israël de la carte, et puis après descendre dans la rue et continuer [de] faire du « en même temps » en disant [qu’] on est là pour éviter les crimes antisémites, etc. Eh bien non, le CRIF a eu raison de dire à Mélenchon qu’il n’avait pas sa place ici et que les Insoumis n’avaient pas leur place ici. Un peu de décence… On ne peut pas, d’un côté, tirer sur Israël au sens métaphorique et puis, de l’autre côté, estimer que ceux qui tirent sur des ressortissants israéliens ou sur des juifs sont des gens qu’on ne devrait pour le coup plus soutenir. Il faut être cohérent. Donc, l’antisionisme aujourd’hui est la forme nouvelle de l’antisémitisme. »

Une fois que l’on a expurgé de ce pseudo-argumentaire ce qui est supposé en constituer le fil rouge (c’est-à-dire le prétendu soutien de Mélenchon à Ahmadinejad), on constate ce qu’il reste de sa pertinence, qui, même sans ce toilettage, était déjà très sujette à caution.

Ad nauseam, Onfray use ici de la ficelle rhétorique de l’épouvantail, qu’il utilise pour délégitimer toute critique d’Israël et de son action, et pour lier tous ceux qui exercent malgré tout cette critique, en appelant au boycott par exemple, aux assassins de Madame Knoll, laquelle se voit elle-même, à titre posthume, confondue sans la moindre nuance – la moindre décence ! – avec une juive israélienne, alors qu’elle faisait, ai-je ouï dire, de sa citoyenneté française une fierté.

Les équations d’Onfray font froid dans le dos :

Français juifs comme juifs israéliens = « le Juif », essentialisé à travers Israël (qui n’est plus « le Juif » d’hier, mais qui reste « le Juif »), c’est-à-dire tous les juifs du monde dans le même sac, tous sionistes, tous, le cas échéant, derrière un gouvernement d’extrême-droite, tous partisans d’un « gigantesque camp de concentration » (selon la qualification d’Amira Haas), tous promoteurs du massacre de civils palestiniens non armés, et tous férus d’apartheid.

Par conséquent, toute critique d’Israël = une critique contre « le Juif » = antisémitisme = soutien au moins tacite aux assassins de Français juifs. D’ailleurs, Ahmadinejad…

« On sait très bien que si on n’est pas sioniste […], s’il n’y a pas d’Etat d’Israël légitime, qu’est-ce qu’on fait des juifs qui sont en Israël ? On les met à l’eau comme [lors de l’exode] ? Comment est-ce qu’on s’y prend ? [Ce sont] des questions qu’il faudrait poser aux antisionistes. »

Les poser d’abord aux antisionistes juifs, dont Dominique Vidal, le 2 mai dernier sur Mediapart, a défendu la légitimité de l’expression ? Dame ! Est-ce possible ? Des juifs contre « le Juif » ? Certains d’entre eux au nom de la tradition, d’autres par progressisme ?

« Et puis [il faudrait aussi] expliquer un peu comment les amis de Mélenchon, dans les années ’30, les islamo-gauchistes déjà, étaient des gens qui avaient pris le parti d’Adolf Hitler. Et que le grand mufti de Jérusalem, qui représent[ait] les musulmans de cette époque-là, [a choisi] clairement Adolf Hitler, [et] qu’il est allé d’ailleurs prêcher comme imam dans la seule mosquée de Berlin à l’époque où Adolf Hitler était au pouvoir, et qu’il y a même eu des légions musulmanes qui ont combattu aux côtés des nazis parce qu’effectivement, l’ennemi commun, c’étaient les juifs. Donc, il faut le dire : s’il y a eu la création de l’Etat d’Israël, c’est aussi parce qu’il y eu ça, parce que les Palestiniens de l’époque, ou les musulmans de l’époque, ont choisi Adolf Hitler, et que quand la guerre s’est terminée, eh bien, ils avaient choisi le camp des vaincus et que, ben voilà, les partages des terres se sont faits, et que c’est ainsi. Il y a eu un partage des terres, c’est peut-être effectivement injuste pour des Palestiniens qui ont été mis à la porte de chez eux alors qu’ils n’avaient, eux, rien fait, mais leurs chefs, leurs théoriciens, leurs dialecticiens, leurs grands hommes, avaient fait le mauvais choix pour eux, et le mauvais choix pour les juifs aussi. Et donc, il faut faire un peu d’histoire quand on veut savoir comment l’Etat d’Israël s’est constitué, et estimer aujourd’hui que, si les Palestiniens ont droit à une terre, les Israéliens ont bien droit aussi à la leur, que les deux peuples ont le droit de vivre ensemble en paix, mais que tous les gens qui montent un peuple contre l’autre – et c’est le cas de Mélenchon – sont des gens qui mettent le feu à la forêt, et ne peuvent pas se mettre à jouer aux pompiers un jour parce que sinon, ils jouent aux pompiers pyromanes. »

Des « islamo-gauchistes » dans les années ’30 ? Dont Mélenchon serait nolens volens le légataire ? Et qui auraient eu à l’époque le monopole de la germanophilie ? Un mufti qui, tel un chef d’Etat ou un cardinal catholique, « représent[ait] » les musulmans, et, par extension conceptuelle, les Palestiniens ? Et un mufti aux sympathies nazies, de surcroît, comme se plaisent à le répéter l’extrême-droite israélienne et ses relais un peu partout, quitte à minimiser l’initiative d’Hitler dans l’extermination des juifs d’Europe… Un mufti, en effet, qui, aux côtés d’Eichmann, aurait été le véritable inspirateur de la Solution finale, à en croire les dires d’un associé nazi de ce dernier lors du procès de Nuremberg, une allégation réfutée par quantité d’historiens d’envergure, de même que par Hannah Arendt.

Quels « grands hommes » qui se sont compromis avec le régime nazi et sont supposés avoir parlé officiellement au nom des Palestiniens auraient-ils amené la Palestine arabe sous mandat britannique à être associée comme telle au camp des vaincus ? La misojudéité était-elle le propre dudit camp ? Le poids de la déclaration Balfour (1917), qui fut reprise comme résolution dans les conclusions de la conférence de San Remo (1920), consacrant la volonté du mandataire d’établir « un foyer national juif en Palestine », aurait-il donc été négligeable dans l’adoption de la résolution 181 de l’ONU du 29 novembre 1947, qui entama la partition de la Palestine conformément à ce qu’avait suggéré en 1937 la Commission Peel ? Quel historien sérieux soutient-il que cette partition était aussi la résultante d’un écot qu’aurait eu à payer l’Etat de Palestine en raison du lobbying du mufti al-Husseini et d’autres leaders arabes/musulmans (?!) de Palestine ? Un quelconque document officiel l’atteste-t-il ? La Palestine était-elle, pouvait-elle être, officiellement partie au conflit ?

« Quant à Marine Le Pen, elle paye la facture de son père parce qu’elle a beau ramer en disant que le génocide des juifs est la plus grande catastrophe du XXe siècle, n’être pas solidaire des saillies antisémites de son propre père, faire savoir que les juifs sont en danger en France – c’était une des rares à le dire d’ailleurs –, que l’islam intégriste et l’islam politique présentent des dangers pour les juifs qui sont en France – elle le dit clairement – […], elle paye d’être la fille de son père, […] qui, lui, [tenait] un discours antisémite. […] [En ce qui la concerne, en revanche, elle n’est pas avare de] discours plutôt philosémites. […] Elle a, elle, payé. Bon, ben, ce n’est pas non plus inexplicable. Je trouve ça justifiable de la part du CRIF aussi. […] Et il était très bien qu’on ne se contente pas de mettre Marine Le Pen à la porte, mais qu’on mette aussi Jean-Luc Mélenchon à la porte : il ne faut pas imaginer qu’on peut tout dire et le contraire de tout. […] Bravo le CRIF ! »

C’est tellement vrai que Rogier Cukierman, président du CRIF de 2001 à 2007 (Ahmadinejad prononça son discours polémique le 25 octobre 2005.) ainsi que de 2013 à 2016, déclara le 23 février 2015 qu’il n’avait « rien à […] reprocher personnellement [à Marine Le Pen] », une dizaine d’années après avoir espéré, comme l’avait rapporté un article de Ha’aretz du 24 avril 2002, que le succès de son père à l’issue du premier tour de la présidentielle de 2002 enverrait « un message aux musulmans [de France] leur indiquant de se tenir tranquilles »…

Remarquons que, contrairement à Cukierman, Onfray ne retient pas comme raison de l’excommunication a priori de la fille Le Pen de la marche en l’honneur de Madame Knoll le fait qu’il reste au FN de nombreuses troupes qui continuent de penser comme son père : en bon philosophe héritier des Lumières, il se contente d’entériner le ruissellement des péchés du père sur sa filiation. Comme le CRIF, toutefois, il feint de penser que la misojudéité n’est alimentée que par les propos qui visent directement « le Juif ». Enfin, il ne s’interroge à aucun moment sur le bien-fondé de la tutelle que s’est arrogée le CRIF sur le souvenir de Madame Knoll, dans le cadre d’une marche républicaine.

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Jerome GEROME a écrit : « Qu’arrive-t-il à Onfray : confondre Israël et les français de confession juive ??? »

Pascal Hadad a écrit : « Onfray le filousophe néoréactionnaire, Le Pen, le CRIF, la belle brochette d’ordures. »

abc efg a écrit : « Ce mec est bipolaire mais à 300%. Il dit tout et son contraire en permanence sous couvert de « philosophie ». C’est surtout une maladie. »

Houcine 073 a écrit : « Qu’avez-vous, monsieur Onfray, vos livres ne se vendent plus ou la pression sioniste est très forte ? Imaginez que je tue un juif en criant « Au nom de la République française ». Cela ferait de tous les Français des antisémites ? Votre logique est pathétique, et arrêtez de retourner votre veste à longueur de temps . C’est un crétin et un assassin qui a tué cette française de confession juive, et rien d’autre. »

Ababush a écrit : « Cette tartine de moraline est écœurante, en fait gerbante. Le pire, c’est qu’elle s’étale sur les deux faces de la tartine, Onfray dit tout et son contraire. »

Bouktit Mehdi a écrit : « Oulala, il a changé … il a dû passer au bureau de BHL. »

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Si réjouissant que puisse être l’esprit critique manifesté dans ces commentaires, le philosophe Onfray n’en est pas moins aussi dangereux que ne peuvent l’être certains humoristes. Peut-être l’est-il même plus encore, en raison de son vernis de respectabilité alter-académique. Qu’on ne s’y méprenne, en effet : ce sont tous les alter-étudiants qui ont un jour assisté à ses cycles de cours et s’y sont abreuvé de ses paroles comme si elles étaient de lumière, et plus largement quiconque s’avère, en raison de déterminismes sociaux, par trop réceptif à des logorrhées de sophistes telles que la sienne, que le Normand conchie de son dilettantisme malveillant doublé de son profond mépris. Car Onfray n’est pas plus un entertainer qu’il ne fait dans la satire : il livre une vérité, la vérité à son estime, peut-être. Un contradicteur souligne-t-il l’une de ses incohérences ou corrige-t-il l’une de ses erreurs factuelles ou de ses approximations ? Il préférera la réitérer et le traiter de sot que de se ranger à sa rectification. Parce qu’admettre qu’il est faillible serait pour lui s’avouer vaincu ? Rien dans la présentation de sa pensée (souvent à chaud) n’est destiné à susciter le recul, tout pourtant à induire en erreur. Onfray est devenu un spécialiste de la caricature présentée comme une opinion éclairée, libertaire et alternative qui plus est. Et c’est rendre un très mauvais service au débat intellectuel ainsi qu’à l’édification des jeunes générations que de laisser prospérer de tels énergumènes…

A vous, à présent, de défaire la dernière en date de ses impostures, intitulée « Israël-Palestine : ni dieux ni maîtres », dans laquelle, après la conclusion de la Grande Marche du Retour, Onfray propose, référence à Camus à l’appui, de faire fi des leaders des deux camps pour ne s’intéresser qu’aux peuples, réputés en suspension, dont la religion commune (dixit l’intéressé), dès lors qu’ils sont tous deux sémites et qu’elle est abrahamique, constituerait la clé du salut, et dans laquelle il affirme en outre les responsabilités également partagées de l’occupé et de l’occupant. Et à vous également de déceler la cohérence d’ensemble. Courage !

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Le vieil homme et la politique…

« On ne retient presque rien sans le secours des mots, et les mots ne suffisent presque jamais pour rendre précisément ce que l’on sent. »

Diderot

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Suis-je le fils de Régis Debray ? Je n’ai pas cet honneur. Dois-je pour autant me garder de lui répondre en lui écrivant ce qui m’est passé par la tête à l’écoute de son interview sur LeMédia il y a trois jours ?…

« Les intellectuels n’ont plus d’importance. »

Mais quelle importance veulent-ils encore se donner ? Est-ce une agora ingrate qui a forcé leur retrait, ou est-ce leur retrait qui a permis l’agora ingrate dans laquelle leurs succédanés ne sont même plus leur reflet, et les quelques-uns qui sont restés ont dû se plier à l’absurde ? Est-ce la première fois dans l’Histoire que les sophistes tiennent le haut du pavé ?

« Je viens d’un monde où le texte pouvait encore avoir un impact sur le cours des choses. […] C’est aujourd’hui l’image [qui prédomine]. »

Je ne suis pas dupe. Mais…

Dans quelle mesure la désillusion qu’a engendrée ce cours ne s’est-elle pas étendue au texte ? Et puis, quel texte ? Le plus littéraire ? Le plus universel ? Le plus intemporel ? Ou le plus idéologique ? Tous sont-ils également en voie d’extinction ?

Lorsque nous parviennent les images de Gaza, la charte des Nations-Unies et la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ne sont-elles pas là, en filigrane de notre indignation ? Et ceux que ces images laissent froids, n’ont-ils pas été en majorité biberonnés par la culture du texte ?

Le texte comme point de départ d’une récupération imagée qui souvent déçoit ? Ou celui, non moins décevant, d’une pièce que l’on préférerait voir ? Le texte lu ? Le texte écouté ? Cent quatre mille vues sur YouTube pour la version anglaise du Prince de Machiavel y publiée il y a deux ans… Le texte écrit ? A quoi sert de lire si l’on n’écrit ? Or, qui écrit ? Et qui écrivait naguère ? La lettre du troufion à sa dulcinée, rédigée dans l’inconfort d’une tranchée, valait-elle le chant galvanisant écrit pour stimuler son ardeur au combat ? Si l’écrit avait un tel impact, que n’a-t-il empêché les deux guerres ?

Quant à l’image, laquelle ? Et sur quel support ? Celle que l’on reçoit passivement ou celle que l’on recherche et commente, le cas échéant, activement ? Celle qui s’impose dans le mobilier urbain ou celle que l’on choisit d’aller contempler dans une galerie ? Celle qui veut vous amener à un point donné ou celle qui vous laisse aller à votre guise ? Image du réel ? Fictionnelle ? Image d’un réel amendé ?

Image et texte sont-ils des catégories pures ? Le texte n’a-t-il pas vocation à susciter des images dans notre esprit, des émotions même, lui aussi ? Et l’image, qui en suscite tant, ne contient-elle pas un texte ? Dans un contexte où, bien que déclinantes, les lettres ont leur noblesse, que les images doivent encore largement acquérir, les gardiens du temple n’accentuent-ils le déclin en maudissant la bâtardise ? Gustave Doré, précurseur d’une abomination ? Un fossile, Godard ?

« La faillite dont je parle est [celle] d’un projet d’influence qui passait par l’écrit […], la réflexion, le débat, la délibération argumentée […]. »

Quoi qu’il se défendît, dit-on, de porter un tel projet, Socrate eut bel et bien un effet d’influence. Pourtant, il n’a jamais rien écrit. Ne devrait-on se réjouir de l’échec des projets d’influence si celui-ci donne lieu à l’émergence de projets de conscience ? Mener en éclairant par des kits de pensée et/ou disposer çà et là bougies et allumettes ? Pour une argumentation originale, combien d’austères et psittaciques resucées ? Argumentation que ce qui ne sort des sentiers battus, ou chapelet ? Exclusivité des canons occidentaux de l’argumentation ? Cordée ou essaim de lanternes chinoises volantes ? Argumenter certes, mais renoncer aux raccourcis et aux suggestions ? Et quelle place pour le point d’interrogation ?

« Si vous voulez être sérieux, vraiment sérieux, il faut aller chez Rouquier, le samedi soir. […] Parce que là, vous touchez beaucoup de monde. »

Poids des masses inversé, ô ironie !

« Je crois effectivement qu’il y a une ingénierie de la pensée. Elle était hier axée sur le texte écrit et imprimé […]. Elle était dans les livres, dans les revues […]. »

Si cette ingénierie relève de « la fabrication du consentement » ©, qu’il s’agisse d’un consentement à l’ordre du temps ou du consentement à un dessein qui se veut révolutionnaire, qu’elle se serve de l’écrit plutôt que de l’image la rend-elle plus vertueuse ?

« Aujourd’hui, je suis bien forcé de voir que le déclin des organisations socialistes et communistes ne fait qu’un avec le déclin des instruments d’influence liés à l’imprimé. »

Quoiqu’il s’en réclame, quelqu’un comme Bernie Sanders, qui se fonde fort peu sur l’écrit mais n’en suscite pas moins l’enthousiasme, ne s’inscrirait donc pas dans la tradition socialiste ? Un quelconque intellectuel, plutôt que de tenter vainement de recycler son œuvre comme un missel, a-t-il entrepris d’adapter Marx au temps présent (prise en compte de l’individualité, productivisme revu à l’aune des enjeux écologiques, valeur ajoutée du travail passée à la moulinette des ordinateurs quantiques) ?

« [C]elui qui décidera si [un projet se concrétisera] ou non, c’est le staff com’. »

Qu’est-ce qui, de l’échec retentissant des utopies dirigistes, de la prédominance de l’image sur l’écrit désormais, de la prépondérance du marketing dans la culture (de l’image) actuelle, ou, Internet faisant office d’accélérateur de particules, de la vitesse de diffusion et d’absorption des images (et concomitamment des cadres et des outils techniques – cf. Bernard Stiegler), qui, plus qu’un « présentisme » ©, induit un présentisme du déjà dépassé, et interdit par conséquent d’autant plus fermement tout attachement et tout recul, donc toute analyse, donc aussi tout changement autre que celui qui est subi, lequel s’inscrit dans la continuité, est le plus responsable du déclin du progressisme d’antan ? Est-il possible d’agir séparément sur chacun de ces paramètres ?

« La politique n’est pas une activité sérieuse pour l’esprit. » (citation de Julien Gracq)

L’est-elle pour la conscience, non au sens de l’éthique dans la prise de décisions, mais au sens du « Γνῶθι σεαυτόν » ?

« [D]ans la gestion des affaires courantes, j’ai constaté que la logique des forces l’emporte toujours sur la logique des idées. Il y a cet opportunisme croissant, cette façon de flotter sur l’émotion du moment […], cette obsession de la popularité, cette mise en scène de soi. »

Après le réquisitoire de Giroud, était-il encore permis d’en douter ?

« La nostalgie, c’est faire aussi bien que ceux qui vous ont précédé. »

Point besoin d’avoir vécu cela, d’avoir été celui-là, donc, pour en être nostalgique ? Une nostalgie fondée sur un leurre ? Pourrait-il s’agir aussi du frottement du moi actuel à un moi antérieur, qui, au contact imaginaire de ceux-là et de leur imposante aura, cofaçonnée par d’autres, s’imaginait par émulation devenir ce qu’il n’est pas devenu ?

« [A]voir un horizon, c’est croire en cet horizon, […], c’est mettre un pas devant l’autre, ce qu’un exercice un peu sec de la rationalité ne permet pas. »

Forcer le destin, en somme, par la foi, même si tout, à commencer par les regards quelquefois désabusés des vieux hommes, amène à penser qu’une goutte d’eau ne changera pas le mouvement de l’océan ? Le faire d’abord… pour soi, dans un cadre où la redondance est reine, l’imagination enchaînée, la pruderie revendiquée ? Y croire ? S’y croire ? Embrasser des chimères que l’on sait telles, se délester de sa lucidité… parce qu’il faut bien faire… quelque chose, quelque chose de conforme, somme toute, malgré les apparences, parce qu’il faut bien s’occuper ? Permanence du toujours changeant laisse à désirer grave. Se faire enfant ?

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« La propriété, c’est le vol. »

C’est ce qu’affirmait Proudhon, qui précisa dans la foulée ce qu’il entendait par propriété : la propriété privée des moyens de production, certes, mais aussi la propriété immobilière personnelle qui excède le logement dans lequel on réside.

Que dire alors de ce « chalet » que vient de s’acheter pour un montant de 600.000 € le couple Iglesias-Montero sur les hauteurs d’une espèce de Beverly Hills madrilène, qui ressemble à s’y méprendre à l’une de ces propriétés de stars hollywoodiennes, en l’occurrence une villa des plus cossues à la finition exquise (partie de façade en pierres de taille méditerranéennes multicolores, vaste véranda ouverte et salon de 40 m² avec colonnes en chêne massif patiné, trois chambres à coucher avec chacune sa salle de bain en marbre travertin) accompagnée d’une maisonnette d’hôte séparée, d’une piscine et d’un vaste jardin impeccablement entretenu, sur un terrain de 20 ares, dont les seuls frais d’entretien mensuels (par des domestiques ?) sont estimés à 1200 € par mois ?

A prendre Proudhon au pied de la lettre, il n’y a rien à redire aux goûts de luxe dudit couple si cette demeure de possédant est leur unique propriété immobilière. Personnellement, on pourrait me proposer d’y résider; je déclinerais l’offre. Jamais dans une telle bâtisse ne pourrais-je me sentir chez moi. Car non seulement, comme le disait Mélenchon en parlant des milliardaires, j’aurais l’impression de faire preuve d’immoralité, mais surtout ce genre d’environnement ne constitue pas mon biotope : je ne m’y sens pas à l’aise. Il me semble, en effet, que, le cadre prenant le pas sur l’être, ce genre de milieu commande un type d’attitude qui réduit à n’être plus soi.

Loin de moi l’idée, toutefois, d’imposer à tout un chacun les principes de Proudhon comme une religion, encore moins d’imposer à autrui des choix qu’il incombe à autrui de faire : il est aisé de comprendre, dans un contexte où l’ambition première devrait précisément être de devenir milliardaire, et où le mur d’images assomme de superficialité et de fatuité, qu’un grand nombre de jeunes, et de personnes en général, ne partagent en la matière ni mes scrupules, ni mes préférences. Il se trouve que, non loin de chez moi, pullulent les petits palais de cet acabit et, pour autant qu’ils ne pratiquent ni la fraude ni l’évasion fiscales, et qu’il ne me soit jamais fait obligation de travailler pour les engraisser davantage, je ne souhaite à leurs occupant(e)s que plaisir et volupté, bien à l’écart de la misère galopante.

Il n’en demeure pas moins qu’Iglesias et Montero ne sont pas tout un chacun…

Dans un article précédent, j’avais écrit que « [l]es idéologies sont des farces simplificatrices, des fixations obsessionnelles, qui ne servent que ceux qui les élaborent et qu’elles font vivre ». Je les y opposais aux principes. Or, les principes supposés régir Podemos, ce nouveau bastion de la politique alternative si proche des classes populaires, cet aiguillon des laissés-pour-compte, ce phare de vertu dans la brume de la corruption et des appétits gargantuesques déplacés, les deux stars du Beverly Hills madrilène viennent de les bafouer avec le sourire.

Seraient-elles (déjà) arrivées à la même conclusion que le think tank Terra Nova : le réservoir de voix des milieux ouvrier et désœuvré serait-il trop étriqué que pour leur permettre d’espérer gravir les hautes marches ? Ou tenteraient-elles plutôt, dans un pays dépourvu de FN, de pratiquer, de manière fort improbable, l’équilibrisme entre ces milieux-là et la base bourgeoise du parti socialiste espagnol, qui feraient communauté dans l’extase devant l’équivalent local de Point de vue/Images du monde de la même manière que les ménagères et les bourgeoises françaises lâchent une petite goutte lorsqu’elles évoluent, par papier glacé interposé, dans l’intimité de Brigitte et de son fils ?

La seconde hypothèse est difficile à croire, tant la défense du Che d’apparat espagnol est calamiteuse : Monsieur, en effet, affirme s’étonner devant l’ampleur du scandale que suscite sa récente acquisition. Après tout, n’a-t-il pas souscrit pour ce faire un prêt sur trente ans ?

Outre que le pourfendeur de « la caste » semble ainsi passer par pertes et profits le décalage monumental entre l’austérité imposée à la majorité des Espagnols et l’opulence qui sera bientôt la sienne, il ne semble pas se rendre compte, muré dans une espèce d’autisme qu’il ne cesse pourtant de reprocher à ses adversaires des autres partis, que la précarité qui est le lot de ses électeurs d’origine empêche quantité de ceux-ci de souscrire, lorsqu’ils le peuvent, le moindre prêt qui dépasse cinq ans : d’ici là, ne seront-ils pas eux aussi totalement broyés par la machine ?

Plutôt que de démissionner spontanément de ses fonctions au sein du Parti, il soumet en outre son sort au plébiscite (escompté) de ses membres, qui, s’il était avéré, consacrerait de la sorte l’aberration qui consisterait à porter aux nues comme figures emblématiques d’un mouvement protestataire de gauche deux petits châtelains bourgeois ainsi délestés de la responsabilité de leur choix résidentiel comme le fut de celle de sa trahison de son peuple le détestable nabot Tsipras après sa réélection en septembre 2015.

Enfin, Iglesias avance, pour justifier sa prise de distance d’avec la plèbe, le besoin de quiétude, y compris pour sa progéniture. N’ayant moi-même, la progéniture en moins, que trop manifestement exprimé, il y a deux ou trois ans, face à la tyrannie d’un voisinage plus qu’envahissant, l’aspiration à une véritable vie privée, comment pourrais-je la dénier à autrui ? Pour autant, l’idée de m’exiler à Knokke-le-Zoute ne m’a jamais effleuré l’esprit.

Mélenchon, bien sûr, a volé à la rescousse de son protégé :

 

Ce faisant, il a indiqué deux choses : l’importance cruciale, à ses yeux, des « leaders » au sein de mouvements supposés reposer d’abord sur leur base, et l’importance toute secondaire, lorsque ces leaders sont visés, des principes qu’il ne cesse de proclamer par ailleurs. Pourtant, que je sache, ni « le parti médiatique espagnol », ni qui que ce soit d’autre, n’a contraint le couple d’icônes révolutionnaires en carton-pâte à prendre la décision qu’il a prise : elles-mêmes se sont mises dans l’embarras, et tout leur parti avec elles. Ce doit être ça, le socialisme…

Et c’est ce qui le distingue sans doute de l’anarchisme, pour lequel les porte-voix en tant que tels importent peu par rapport à la cause : que vaut le mouvement Podemos s’il est condamné à l’extinction en raison d’un faux pas (à la médiatisation orchestrée ?) de deux de ses membres ? Pas davantage que le Politburo à la mort de Staline ! Et que vaut l’attribut de bourgeois dont ces gens-là sont si friands pour qualifier les autres ?

Si aucune élection anticipée ne vient perturber le ronron gouvernemental espagnol, il reste deux ans aux membres de Podemos pour se choisir de nouveaux « leaders » et les faire adopter par le grand public. Qu’ils le fassent, car ce que cet épisode de 90210 aura surtout démontré, c’est que si d’aventure, Podemos accédait au pouvoir, il ne faudrait pas escompter d’Iglesias qu’il reste fidèle à ses principes !

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Solemn statement

https://www.reuters.com/article/us-israel-palestinians-protests-boy/dead-gaza-teenager-ignored-mothers-warning-idUSKBN1HS0GK

I deny the Jewish people of Israel their right to self-determination if the latter entails massacring another people and denying it its own right to self-determination.

Because common words have a meaning, and said meaning is universal (which is to say the reality they express is not ethnically selective), I furthermore claim that, however based on a history of despicable and inhumane discrimination, the aspiration to a state of Israel was a racial endeavor that has become overtly racist along the way. Some would even say it has become fascistic.

While the events of the past thirty days along the Gaza border have once more proven beyond reasonable doubt they are definitely not, claiming Jewish people are intrinsically immune to racism, fascism, or to any other barbaric political invention or destructive human passion, would no less amount to racism than what is commonly understood as such : either Jewish people are the same as the rest of mankind, or they aren’t. The new inquisition just can’t have it both ways.

Although I don’t deny anti-Judaism can come under the guise of anti-Zionism any more than I minimize the danger of allowing clearly-established anti-Jewish rhetoric to prosper, I therefore challenge any Jew-lover for pay or any motherfucking inquisitor who happens to be fond of fascist regimes in foreign countries to label what I have just stated anti-Semitic !

Jewish leaders also argued Labour should adopt the IHRA definition – including all its clauses and examples. However, Labour is concerned about one of the examples of potential antisemitism given in the IHRA definition: “denying the Jewish people their right to self-determination, eg by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavour”.

https://www.theguardian.com/politics/2018/may/10/labour-mps-back-antisemitism-measures-rejected-by-corbyn

Today’s child is tomorrow’s terrorist. He might as well die now.

https://www.courrierinternational.com/article/2014/08/07/les-enfants-de-gaza-ont-un-nom

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La paix par l’exclusivité…

Le nom de jacques Kupfer n’est pas inconnu aux lecteurs assidus de ce blog. Voici qui permettra aux autres de rattraper leur retard : https://blogs.mediapart.fr/noura-bordes/blog/130518/conference-jacques-kupfer-sioniste-appelant-au-meutre-des-arabes-et-palestiniens

Président (francophone) du Likoud mondial (résidant en Palestine occupée), Kupfer avait fait ces 13 et 14 mai le déplacement à Paris. Dimanche, il fut reçu par la mairie du 5e arrondissement comme « orateur exclusif » sur la thématique « situation géopolitique d’Israël et engagement sioniste », et lundi, cependant que les Gazaouis se faisaient une nouvelle fois tirer comme des lapins, ledit orateur, célèbre, entre autres choses, pour ses appels à « vitrifier l’Iran » et à faire de Gaza « un champ de ruines d’où ne peuvent sortir que des gémissements », fit, à l’occasion d’une soirée coorganisée par l’association Israël Is Forever, qu’il préside, l’éloge de l’exclusivité juive de Jérusalem (et, à titre subsidiaire, de Donald Trump), en l’auguste présence (au premier rang) du premier croisé de France contre les discours de haine, Sa Majesté du CRIjF Francis Kalifat.

Hier, c’est le président du Parlement israélien (dit Knesset), lui aussi membre du Likoud, qui fut accueilli en grande pompe par son homologue de l’Assemblée nationale française, ainsi que par la présidente de la Commission des Affaires étrangères de ladite Assemblée, laquelle, ignorant assurément tout des Protocoles (non fantasmatiques, eux) dont Kupfer a livré l’esquisse, conclut benoîtement la session du jour par un énième rappel gentillet – Amen ! – à la nécessité pour toutes les parties d’œuvrer à la paix, un rappel à l’allure de high five que ne manquera pas de se réapproprier Sacha Baron Cohen le jour où il s’intéressera aussi au sort des Palestiniens…

Par son discours (ci-après transcrit), dans lequel la suffisance raciale le disputait par bondieuseries aux affronts à la Raison, le fanatisme aux appels subliminaux à quitter la France, Kupfer aura au moins eu le mérite de dire tout haut ce que les instances dirigeantes d’un CRIjF d’extrême-centre, qui penchent vers un autre type d’extrême (là-bas, dis), préfèrent encore taire en public pour sauver les apparences, c’est-à-dire ce qui se joue véritablement en Palestine, et les Etranges Affaires auxquelles une pieuse artisane de la Paix comme la Marielle, et ce qu’il reste en France d’humanistes authentiques, peuvent s’attendre dans un avenir plus ou moins proche… Shalom !

« Mesdames et Messieurs,

S’il y a une ville qui a un destin particulier, c’est la ville de Jérusalem. S’il y a un peuple qui a un destin particulier et éternel, c’est le peuple juif. Et s’il y a un lien qui existe entre ce peuple et une ville, c’est le lien unique et incroyable qui existe entre Jérusalem et le peuple juif. Aucun peuple au monde ne peut s’affirmer aussi inscrit dans l’histoire d’une ville, et aucune ville ne connaît cet amour d’un peuple tout entier, non pas en une période mais pendant des millénaires.

Effectivement, il y a trois mille ans que la ville de Jérusalem a été déclarée capitale du peuple juif et de l’Etat juif. Mais ce qui est exceptionnel, à l’intérieur de cette histoire, ce sont les deux mille ans d’exil pendant lesquels Jérusalem a continué [d’] être fêtée, [d’] être chérie, [d’] être adorée. Pendant deux mille ans, tous nos ancêtres, dans tous les pays du monde, que ce soit dans les déserts du Yémen ou bien dans les steppes [enneigées] de Sibérie, que ce soit dans le nord ou dans le sud de l’Europe, que ce soit dans le Maghreb ou dans la Pologne, tous nos ancêtres ont régulièrement, jour après jour, répété dans chacune de [leurs] prières, matin, midi et soir, le nom béni de Jérusalem, et invoqué la bénédiction divine sur notre ville.

Jour après jour, nous avons adoré cette ville et maintenu le lien avec elle. Et nous l’avons maintenu d’une manière permanente. Il n’y a pas un mariage dans lequel on n’[ait] pas cassé un verre pour [se] souvenir de la destruction de Jérusalem, et pour invoquer la bénédiction divine pour reconstruire notre ville. Il n’y a pas une seule possibilité, un seul Pessa’h, où nous n’ayons pas répété : « l’an prochain, à Jérusalem ! ». Et ce « l’an prochain, à Jérusalem ! », une fidélité de deux mille ans, aucun peuple au monde ne peut [y] prétendre […]. Aucun peuple au monde ne peut prétendre à une telle grandeur d’amour et de reconnaissance de sa ville.

Je me souviens [qu’] étant jeune, [j’avais] entendu les gens nous raconter que Jérusalem était le lieu, la capitale, du peuple juif. Et nous avions l’habitude, dans mon mouvement, de crier à ce moment-là : « nous n’avons pas encore Jérusalem ! Nous n’en avons que la banlieue ». Et, finalement… Et, finalement [récite une litanie hébraïque], Jérusalem a été enfin libérée. Le [mot hébreu] a été libéré. La ville est de nouveau devenue une ville prospère. Et cette espèce de petite bourgade, qui n’avait aucune importance aux yeux de qui que ce soit, est redevenue notre capitale.

Lorsque nous prions, nous nous tournons vers Jérusalem. Nos synagogues sont tournées vers Jérusalem. Nos arches saintes sont tournées vers Jérusalem. Et tout commence et se termine avec Jérusalem. Nous disons : « que ma droite dépérisse si je t’oublie, Jérusalem ». Et nous avons affaire à des usurpateurs de l’histoire, des gens qui, d’un seul coup, se découvrent une histoire à Jérusalem. Sauf que, quand ils sont à Jérusalem et qu’ils font, eux, une prière, ils se tournent vers la Mecque, et tournent le dos à Jérusalem. Pas nous : nous nous tournons toujours vers Jérusalem. Sauf que, chez nous, il n’y a pas une page de notre bible dans [laquelle] il n’y [ait] pas le nom de Jérusalem. Alors que, chez eux, Jérusalem n’est jamais citée dans [la moindre] page du Coran. Ils citent les juifs, mais c’est pour les assassiner.

Ce que nous savons aujourd’hui, ce que nous connaissons, c’est ce lien indéfectible entre Jérusalem et l’histoire du peuple juif. Et, effectivement, […] voir aujourd’hui l’ambassade des Etats-Unis, et après-demain l’ambassade du Guatemala, transférées à Jérusalem prouve que, cette fois-ci… C’est vrai : Truman a mis onze minutes pour reconnaître l’Etat d’Israël après la déclaration de l’indépendance. [En l’occurrence], on a attendu un petit peu plus longtemps, mais disons que c’était le temps nécessaire pour la réflexion d’une vérité réelle. Et la vérité ne se change pas. La vérité ne peut pas être modifiée. La vérité, c’est que Jérusalem est la capitale unie, indivisible, éternelle, du peuple juif, la ville sainte du peuple juif, et du seul peuple juif. C’est chez nous, à Jérusalem, que sont venus nos rois, nos prophètes, nos écrits, et que nous continuons aujourd’hui [de] construire l’histoire de notre nation.

Mesdames et Messieurs,

L’histoire du peuple juif prouve que c’est depuis le retour du peuple juif dans son pays que la terre recommence à fleurir et que Jérusalem se reconstruit.

Il y a une arche dans la vieille ville de Rome, qui est l’arche de Titus, sur laquelle on montre les esclaves hébreux qui transportaient le candélabre pour le sortir de la ville, et pour l’amener à Rome. Mais, un jour, nous le retrouverons là où il se trouve et nous le ramènerons là où il doit être, c’est-à-dire dans le Temple reconstruit de Jérusalem. Et cette arche de Titus est en train de tomber en ruines. Jusqu’à 1948, les juifs étaient obligées de passer sous l’arche selon un certain trajet. En 1948, à l’indépendance de l’Etat juif, ils ont pris le trajet inverse, et ils ont traversé l’arche à l’envers. Et […] lorsqu’il y a quelques semaines de cela, j’ai regardé l’arche, [j’ai constaté qu’]elle tomb[ait] en ruines. Elle – et Jérusalem – se reconstruit. Et Jérusalem sera reconstruite.

Alors, ce que nous devons aujourd’hui faire, c’est simplement dire que ceux – pourtant, ce sont des pays civilisés – qui votent à l’UNESCO et à l’ONU pour dire qu’il n’y a pas de lien entre le peuple juif et Jérusalem, [font preuve soit d’]une méconnaissance ignare de l’histoire, soit d’un véritable déni [à l’égard du] peuple juif. Ceux qui le disent ont tort, et nous devons le leur dire bien en face. [Demain], après les exemples [du moment], [c’est-à-dire] après les Etats-Unis, après le Guatemala, après le Honduras, après la Tchéquie, après Vanuatu, après je ne sais […] combien d’autres pays [encore], les ambassades seront transférées. […] La reconnaissance du monde [nous] sera accordée. Et, finalement, c’est cela qui permettra un jour de faire la paix : quand on aura éliminé de la table de négociation des erreurs, […] des infamies et des choses irréelles.

Je pense que la prochaine décision que devrait prendre [le comité du] Prix Nobel […] serait de reprendre et de récupérer un prix Nobel donné à un président des Etats-Unis qui ne le méritait pas, et de donner le prix Nobel de la Paix au président Donald Trump. Parce que lui, véritablement, il pourra le faire [applaudissements nourris de la salle]. Alors, que Dieu bénisse Donald Trump et les Etats-Unis. Que Dieu nous évite les concurrents de Donald Trump qui, s’ils étaient arrivés au pouvoir, n’auraient certainement pas compris ce que nous faisons. Qu’il bénisse ceux qui ont coupé les vivres [à] l’UNRWA, ceux qui veulent quitter l’UNESCO, ceux qui sont aujourd’hui en train de mettre un terme aux accords honteux qui ont été passés avec l’Iran… Mesdames et Messieurs, le Daladiérisme et le Chamberlainisme continuent [de] régner en Europe. Mais, heureusement […], [ils n’ont] pas encore contaminé les Etats-Unis. Alors, nous, nous savons que les accords qui sont pris ne doivent jamais être signés avec des dictateurs, ni à Munich (ni à Oslo, d’ailleurs), ni [avec Téhéran].

Alors, que […] soit accordé [à Trump] le prix Nobel de la Paix, et que Dieu garde nos pilotes, qu’Il continue [de] leur réserver des voyages au-dessus de la Syrie [rires dans la salle], des nettoyages actifs de tout ce qui est iranien, et que la victoire soit toujours du côté d’Israël. Merci ! » (cris de liesse et applaudissements de la salle)

Songez à ceci : ce sont des gens comme ça qui attribuent de nos jours la distinction de Juste parmi les nations…

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Let’s…

Let’s take Salah al-Bardawil, a senior Hamas official, at his word.

Let us consider as a coincidence the fact he has just confirmed the IDF’s and the Israeli government’s narrative about Monday’s massacre along the Gaza border (a much-needed confirmation for a government suddenly under intense international scrutiny), namely that most of the latest Palestinian victims of Israel’s contempt for Arab lives – if not all, as claimed by Israel’s ambassador to Belgium – were indeed terrorists.

Let us acknowledge neither Egypt’s last-minute blackmail (at whose behest ?), nor any kind of financial incentive for some docileamil” of the occupying power, which would have been granted to him by an Orwellian surveillance state on steroids, but only the truth, and nothing but the truth, is what inspired his confession.

Let us furthermore, as a symbolic gesture towards the unstained Israeli Dove of Peace, go so far as to agree with the militarized bird’s assertion that every single Hamas affiliate or sympathizer is in fact a terrorist.

Let us even concede every single one of the thousands and thousands of protesters during the events of the past few weeks was paid by Hamas, whose war chest grows thicker as its oil drillings at undisclosed locations in the Gaza strip become more conclusive : what else could objectively have propelled them to demand respect and decency ?

Let us forget about MSNBC’s Chris Hayes’s earlier ravings on the matter : the man obviously needs help (or a raise to make him see the Light)…

Let’s do all of that, only to come to the scathing conclusion that :

  • none of those who’ve lost their lives since March 30 ever represented an actual threat, since nearly 1000 ft. (300 meters) separated them from the Israeli outposts, and they didn’t carry any firearms;
  • most of the people shot by Israeli snipers didn’t even come close to the fence; they were shot while they stood (or sat !) at least 2000 ft. away from the snipers;
  • a lot of them have been shot in the back, which speaks volumes as to the IDF’s sense of honor;
  • there wasn’t a single Israeli casualty;
  • there was therefore no legal basis whatsoever for shooting any of them, which makes those killings extrajudicial ones;
  • 12 of the 62 people slaughtered Monday (according to al-Bardawil’s arithmetics, retweeted by the IDF) – the minors of the bunch, maybe ? You know, “the little snakes”, like Ala’a Eden Yehyah al-Zameli (16), shot in the neck a few days earlier –, not to mention the countless wounded, had no terrorist connections at all.

Twelve people… That’s three times as many victims as those killed by a terrorist in Trèbes (France) in late March. And exactly the amount of victims of the terrorist attack against Charlie Hebdo on January 7, 2015.

An heretical comparison ? Of course : Palestinians, like Jews erstwhile, are no human beings…

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Loi du plus fort et fait accompli !

Tels seraient les principes clés qui régiraient les relations internationales si aucune limite n’était imposée, outre aux Etats qui se comportent pareillement, à la théocratie raciste, thanatique et belliqueuse qui se nomme Israël. La religion juive est une foi comme les autres. La religion israélienne n’est que mauvaise foi. L’effroi que représente Le cri de Munch n’est pas celui du fantôme d’un juif exterminé par les nazis qui serait soudain confronté à l’engeance qui, prétendant s’inscrire dans sa lignée, continue de se réclamer de lui. Peint quelques décennies plus tard, qui sait ? Corps à Auschwitz, esprit à Yad Vashem : exterminée, son humanité ! Naguère contre lui; en son nom aujourd’hui. Chafouin… Ainsi les sanglants apôtres de la misojudéité ancestrale qualifiaient-ils ordurièrement autrefois le visage du juif européen, qui leur apparaissait si caractéristiquement sournois. Le visage de la théocratie la plus démocratique du Proche-Orient n’est pas chafouin : il est monstrueux ! Comme ce fut le cas pour l’assassin de Rabin, c’est Netanyahou lui-même, assisté par les crapules qui l’entourent, qui, démentant jusqu’ici la légende de Goliath, tient entre ses mains l’arme du sniper froid qui, pétrifié par leurs lance-pierres, abat l’un après l’autre des Palestiniens faméliques appelés sinon à végéter dans leur gigantesque ghetto concentrationnaire. Et chaque fois que l’une de ses balles atteint sa cible, son visage, comme celui du Joker, ou du premier terroriste venu, s’illumine d’un ample sourire qui terrifie le fantôme du Cri. Toute âme a quitté ces monstres, toute commune dignité humaine et tout sens de la retenue aussi. Leur délire sadique et schizophrène est une ode décomplexée à tous les bourreaux de l’Histoire, leur puérile hasbara un hideux écho de leur ignominie. Ce sont, il faut l’espérer, des anachronismes. Et ceux que laisse perplexes l’entrain que suscita le colonialisme d’antan, celui de Ferry, de Léopold et d’autres, ne peuvent éprouver aujourd’hui, sous peine d’adhérer à celui-là aussi, que dégoût, indignation et colère devant le sort infâme réservé à des frères en humanité par de vulgaires terroristes portés à bout de bras par des poltrons, des illuminés et des forcenés dont les prédécesseurs, pour racheter une impardonnable faute, n’avaient rien trouvé de mieux que d’en commettre une autre. Quelle terre promise, en effet ! Creuse, creuse, Israël, ta tombe sera somptueuse !

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Herb (tolerance) & the boys…

https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/03/macron-et-melenchon-sinvectivent-a-17-000-kilometres-lun-de-lautre_a_23425950

“The political locus of tolerance has changed : while it is more or less quietly and constitutionally withdrawn from the opposition, it is made compulsory behavior with respect to established policies. Tolerance is turned from an active into a passive state, from practice to non-practice : laissez-faire the constituted authorities.

It is the people who tolerate the government, which in turn tolerates opposition within the framework determined by the constituted authorities.

Tolerance toward that which is radically evil now appears as good because it serves the cohesion of the whole on the road to affluence or more affluence. The toleration of the systematic moronization of children and adults alike by publicity and propaganda, […] the impotent and benevolent tolerance toward outright deception in merchandising , waste and planned obsolescence are not distortions and aberrations, they are the essence of a system which fosters tolerance as a means for perpetuating the struggle for existence and suppressing the alternatives. […]

According to a dialectical proposition it is the whole which determines the truth – not in the sense that the whole is prior or superior to its parts, but in the sense that its structure and function determine every particular condition and relation. Thus, within a repressive society, even progressive movements threaten to turn into their opposite to the degree to which the accept the rules of the game. To take a most controversial case : the exercise of political rights (such as voting, letter-writing to the press, to Senators, etc., protest-demonstrations with a priori renunciation of counterviolence) in a society of total administration serves to strengthen this administration by testifying to the existence of democratic liberties which, in reality, have changed their content and lost their effectiveness. In such a case, freedom (of opinion, of assembly, of speech) becomes an instrument for absolving servitude. And yet (and only here the dialectical proposition shows its full intent) the existence and practice of these liberties remain a precondition for the restoration of their original oppositional function, provided that the effort to transcend their (often self-imposed) limitations is intensified. […]

There is a sense in which truth is the end of liberty, and liberty must be defined and confined by truth. Now in what sense can liberty be for the sake of truth ? Liberty is self-determination, autonomy – this is almost a tautology, but a tautology which results from a whole series of synthetic judgements. It stipulates the ability to determine one’s own life : to be able to determine what to do and what not to do, what to suffer and what not. But the subject of this autonomy is never the contingent, private individual as that which he actually is or happens to be; it is rather the individual as a human being who is capable of being free with the others. And the problem of making possible such a harmony between every individual liberty and the other is not that of finding a compromise between competitors, or between freedom and law, between general and individual interest, common and private welfare in an established society, but of creating the society in which man is no longer enslaved by institutions which vitiate self-determination from the beginning. […]

[…] [F]ree and equal discussion can fulfill the function attributed to it only if it is rational – expression and development of independent thinking, free from indoctrination, manipulation, extraneous authority. The notion of pluralism and countervailing powers is no substitute for this requirement. One might in theory construct a state in which a multitude of different pressures, interests, and authorities balance each other out and result in a truly general and rational interest. However, such a construct badly fits a society in which powers are and remain unequal and even increase their unequal weight when they run their own course. It fits even worse when the variety of pressures unifies and coagulates into an overwhelming whole, integrating the particular countervailing powers by virtue of an increasing standard of living and an increasing concentration of power. Then, the laborer, whose real interest conflicts with that of management, the common consumer whose real interest conflicts with that of the producer, the intellectual whose interest conflicts with that of his employer find themselves submitting to a system against which they are powerless and appear unreasonable. […] Under these circumstances, whatever improvement may occur “in the normal course of events” and without subversion is likely to be improvement in the direction determined by the particular interests which control the whole. […]

The factual barriers which totalitarian democracy erects against the efficacy of qualitative dissent are weak and pleasant enough compared with the practices of a dictatorship which claims to educate the people in the truth. With all its limitations and distortions, democratic tolerance is under all circumstances more humane than an institutionalized intolerance which sacrifices the rights and liberties of the living generations for the sake of future generations. The question is whether this is the only alternative. […]

Democracy is a form of government which fits very different types of society (this holds true even for a democracy with universal suffrage and equality before the law), and the human costs of a democracy are always and everywhere those exacted by the society whose government it is. Their range extends all the way from normal exploitation, poverty, and insecurity to the victims of wars, police actions, military aid, etc., in which the society is engaged – and not only to the victims of its own frontiers. These considerations can never justify the exacting of different sacrifices and different victims on behalf of a future better society, but they do allow weighing the costs involved in the perpetuation of an existing society against the risk of promoting alternatives which offer a reasonable chance of pacification and liberation. […] This means that the ways should not be blocked on which a subversive majority could develop, and if they are blocked by organized repression and indoctrination, their reopening may require apparently undemocratic means. They would include the withdrawal of toleration of speech and assembly from groups and movements which promote aggressive policies, armament, chauvinism, discrimination on the grounds of race and religion, or which oppose the extension of public services, social security, medical care, etc. Moreover, the restoration of freedom of thought may necessitate new and rigid restrictions on teachings and practices in the educational institutions which, by their very methods and concepts, serve to enclose the mind within the established universe of discourse and behavior – thereby precluding a priori a rational evaluation of the alternatives. […]

While the reversal of the trend in the educational enterprise at least could conceivably be enforced by the students and teachers themselves, and thus be self-imposed, the systematic withdrawal of tolerance toward regressive and repressive opinions and movements could only be envisaged as results of large-scale pressure which would amount to an upheaval. It would presuppose that which is still to be accomplished : the reversal of the trend. However, resistance at particular occasions, boycott, non-participation at the local and small-group level may perhaps prepare the ground. The subversive character of the restoration of freedom appears most clearly in that dimension of society where false tolerance and free enterprise do perhaps the most serious and lasting damage, namely in business and publicity. […]

The discussion [around the distinction between violent and non-violent action] should not be clouded by ideologies which serve the perpetuation of violence. Even in the advanced centers of civilization, violence actually prevails : it is practiced by the police, in the prisons and mental institutions, in the fight against racial minorities; it is carried, by the defenders of metropolitan freedom, into the backward countries. This violence indeed breeds violence. But to refrain from violence in the face of vastly superior violence is one thing, to renounce a priori violence against violence, on ethical or psychological grounds (because it may antagonize sympathizers) is another. Non-violence is normally not only preached to but exacted from the weak – it is a necessity rather than a virtue, and normally it does not seriously harm the case of the strong. (Is the case of India an exception ? There, passive resistance was carried through on a massive scale, which disrupted, or threatened to disrupt, the economic life of the country. Quantity turns into quality : on such a scale, passive resistance is no longer passive – it ceases to be non-violent. The same holds true for the General Strike.) […]

« Comprenez enfin ceci : si la violence a commencé ce soir, si l’exploitation ni l’oppression n’ont jamais existé sur terre, peut-être la non-violence affichée peut apaiser la querelle. Mais si le régime tout entier et jusqu’à vos non-violentes pensées sont conditionnées par une oppression millénaire, votre passivité ne sert qu’à vous ranger du côté des oppresseurs. »

(Sartre, Preface to Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, Paris : Maspero, 1961, p. 22)

[…] By whom, and according to what standards, can the political distinction between true and false, progressive and regressive (for in this sphere, these pairs are equivalent) be made and its validity be justified ? […] Historically, even in the most democratic democracies, the vital and final decisions affecting the society as a whole have been made, constitutionally or in fact, by one or several groups without effective control by the people themselves. The ironical question : who educates the educators (i.e. the political leaders) also applies to democracy. The only authentic alternative and negation of dictatorship (with respect to this question) would be a society in which “the people” have become autonomous individuals, freed from the repressive requirements of a struggle for existence in the interest of domination, and as such human beings choosing their government and determining their life. Such a society does not yet exist anywhere. In the meantime, the question must be treated in abstracto – abstraction not from the historical possibilities, but from the realities of the prevailing societies.

[…] The real possibilities of human freedom are relative to the attained stage of civilization. They depend on the material and intellectual resources available at the respective stage, and they are quantifiable and calculable to a high degree. So are, at the stage of advanced industrial society, the most rational ways of using these resources and distributing the social product with priority on the satisfaction of vital needs and with a minimum of toil and injustice. In other words, it is possible to define the direction in which prevailing institutions, policies, opinions would have to be changed in order to improve the chance of a peace which is not identical with cold war and a little hot war, and a satisfaction of needs which does not feed on poverty, oppression, and exploitation. Consequently, it is also possible to identify policies, opinions, movements which would promote this chance, and those which would do the opposite. Suppression of the regressive ones is a prerequisite for the strengthening of the progressive ones.

The question, who is qualified to make all these distinctions, definitions, identifications for the society as a whole, has now one logical answer, namely everyone “in the maturity of his faculties” as a human being, everyone who has learned to think rationally and autonomously.

The answer to Plato’s educational dictatorship is the democratic dictatorial dictatorship of free men. John Stuart Mill’s conception of the res publica is not the opposite of Plato’s : the liberal too demands the authority of Reason not only as an intellectual but also as a political power. In Plato, rationality is confined to the small number of philosopher-kings; in Mill, every rational human being participates in the discussion and decision – but only as a rational being. Where society has entered the phase of total administration and indoctrination, this would be a small number indeed, and not necessarily that of the elected representatives of the people. The problem is not that of an educational dictatorship, but that of breaking the tyranny of public opinion and its makers in the closed society.

[…] [I]s there historical evidence to the effect that the social origin and impetus of violence (from among the ruled or the ruling classes, the have or the have-nots, the Left or the Right) is in a demonstrable relation to progress […] ?

With all the qualifications of a hypothesis based on an “open” historical record, it seems that the violence emanating from the rebellion of the oppressed classes broke the historical continuum of injustice, cruelty and silence for a brief moment, brief but explosive enough to achieve an increase in the scope of freedom and justice, and a better and more equitable distribution of misery and oppression in a new social system – in one word : progress in civilization. The English civil wars, the French Revolution, the Chinese and the Cuban Revolutions may illustrate the hypothesis. […]

With respect to historical violence emanating from among ruling classes, no such relation to progress seems to obtain. The long series of dynastic and imperial wars, the liquidation of Spartacus in Germany in 1919, Fascism and Nazism did not break but rather tightened and streamlined the continuum of suppression. I said emanating “from among ruling classes” : to be sure, there is hardly any organized violence from above that does not mobilize and activate mass support from below; the decisive question is, on behalf of and in the interest of which groups and institutions is such violence released ? And the answer is not necessarily ex post : in the historical examples just mentioned, it could be and was anticipated whether the movement would serve the revamping of the old order or the emergence of the new. […]

The forces of emancipation can not be identified with any social class which, by virtue of its material condition, is free from false consciousness. Today, they are hopelessly dispersed throughout the society, and the fighting minorities and isolated groups are often in opposition to their own leadership. In the society at large, the mental space for denial and reflection must first be recreated. Repulsed by the concreteness of the administered society, the effort of emancipation becomes “abstract”; it is reduced to facilitating the recognition of what is going on, to freeing language from the tyranny of the Orwellian syntax and logic, to developing the concepts that comprehend reality. More than ever, the proposition holds true that progress in freedom demands progress in the consciousness of freedom. Where the mind has been made into a subject-object of politics and policies, intellectual autonomy, the realm of “pure” thought has become a matter of political education (or rather : counter-education).

This means that previously neutral, value-free, formal aspects of learning and teaching now become, on their own grounds and in their own right, political : learning to know the facts, the whole truth, and to comprehend it is radical criticism throughout, intellectual subversion. In a world in which the human faculties and needs are arrested or perverted, autonomous thinking leads into a “perverted world” : contradiction and counter-image of the established world of repression. And this contradiction is not simply stipulated, is not simply the product of confused thinking or phantasy, but is the logical development of the given, the existing world. To the degree to which this development is actually impeded by the sheer weight of a repressive society and the necessity of making a living in it, repression invades the academic enterprise itself, even prior to all restrictions on academic freedom. The pre-empting of the mind vitiates impartiality and objectivity : unless the student learns to think in the opposite direction, he will be inclined to place the facts into the predominant framework of values. Scholarship, i.e. the acquisition and communication of knowledge, prohibits the purification and isolation of facts from the context of the whole truth. An essential part of the latter is recognition of the frightening extent to which history was made and recorded by and for the victors, that is, the extent to which history was the development of oppression. And this oppression is in the facts themselves which it establishes; thus they themselves carry a negative value as part and aspect of their facticity. To treat the great crusades against humanity (like that against the Albigensians) with the same impartiality as the desperate struggles for humanity means neutralizing their opposite historical function, reconciling the executioners with their victims, distorting the record. Such spurious neutrality serves to reproduce acceptance of the dominion of the victors in the consciousness of man. […]

I have tried to show how the changes in advanced democratic societies, which have undermined the basis of economic and political liberalism, have also altered the liberal function of tolerance. The tolerance which was the great achievement of the liberal era is still professed and (with strong qualifications) practiced, while the economic and political process is subjected to an ubiquitous and effective administration in accordance with the predominant interests. The result is an objective contradiction between the economic and political structure on the one side, and the theory and practice of toleration on the other. The altered social structure tends to weaken the effectiveness of tolerance toward dissenting and oppositional movements and to strengthen conservative and reactionary forces. […]

With the actual decline of dissenting forces in the society, the opposition is insulated in small and frequently antagonistic groups which, even where tolerated within the narrow limits set by the hierarchical structure of society, are powerless while they keep within these limits. But the tolerance shown to them is deceptive and promotes coordination. And on the firm foundations of a coordinated society all but closed against qualitative change, tolerance itself serves to contain such change rather than to promote it. […]

Law and order are always and everywhere the law and order which protect the established hierarchy; it is nonsensical to invoke the absolute authority of this law and this order against those who suffer from it and struggle against it – not for personal advantages and revenge, but for their share of humanity. […]”

Marcuse, Repressive Tolerance, Beacon Press, Boston, 1965

http://www.marcuse.org/herbert/pubs/60spubs/1965MarcuseRepressiveToleranceEng1969edOcr.pdf

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