Archives mensuelles : août 2018

La Réaction n’a pas de couleur…

H. Huygen (PS), Ans

http://www.ans-commune.be/ma-commune/vie-politique/college-communal/henri-huygen

« La scène se serait déroulée en deux temps, le premier échevin étant absent lorsque M. Huygen, 5e sur la liste PS lors des prochaines élections communales, s’est approché d’une table où étaient présents plusieurs élus réformateurs locaux. L’élu a commencé à danser de façon efféminée soulignant qu’ « au MR, on était habitué », allusion à l’orientation sexuelle du premier échevin, Thomas Cialone. »

https://www.rtbf.be/info/regions/detail_ans-le-premier-echevin-victime-de-propos-homophobes-de-la-part-de-l-echevin-de-l-egalite-des-chances?id=9997824

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Retourne dans ton pays !

Sérieux, tu te crois où ? On veut pas de ta sale race ici. Tu parles français ? Sprachen sie Vloms ? Double Non ? Alors, dégage ! Les cafards comme toi, ils peuvent pas s’intégrer chez nous. C’est la Gaule ici, immigré de merde, zolang de leeuw zal klauwen ! Toujours à venir foutre la merde chez les honnêtes gens… T’empestes l’atmosphère, et tu souilles la terre de nos ancêtres ! Toujours la même chose avec les déchets de ton espèce : sous prétexte que l’avenir est peu prometteur chez eux, ça vient profiter en Europe des largesses de l’indigène. Fini ce temps-là, profiteur ! Rends-toi à l’évidence : notre civilisation est dix fois plus avancée que la tienne. Bien sûr, il y a des exceptions, en Belgique comme ailleurs. Eh bien, celles-là, tu peux les emmener avec toi sur le chemin du retour ! On perdra pas grand-chose. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Mais qu’est-ce que tu crois, dis ? Qu’on va te laisser venir ici imposer ta loi ? Organiser une cinquième colonne sur le continent ? On a déjà donné ! Ton huile standard, elle est juste bonne à financer les terroristes, macaque ! Si on laisse faire ta race, les messes nègres vont reprendre de plus belle. Et demain, de nouvelles tueries du Brabant ? No way, freak ! Et pour commencer, tu vas m’enlever cette burqa blanche, d’accord ! On veut pas de ça ici. Quoique, tout compte fait… Regarde un peu la gueule que t’as, dis : du Q.I. de Neandertal qui bat sa femme, ça ! On est civilisés, nous, bordel : nos greluches, on les respecte ! On porte haut l’étendard de nos valeurs : retourne dans ton pays ! C’est ça, oui, zieute la petite Francken. Si t’es pas content, c’est le 127 bis, compris ?

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De l’apôtre Matthieu

Petit et de frêle composition, il adoptait toujours un ton mesuré qui faisait croire qu’il avait trouvé l’équilibre intérieur. C’était un personnage sans relief; il aurait pu être petit fonctionnaire dans une administration. D’ailleurs, il l’était, d’une certaine manière. S’il avait été musicien, il aurait probablement choisi un créneau entre la pop sirupeuse et le shoegazing. Non pas tant parce que ce dernier genre, dans lequel de remarquables artistes, pour la plupart britanniques, ont excellé, correspondait à son tempérament – je doute même qu’il en eût jamais entendu parler –, mais parce qu’entre deux accès de ferveur religieuse infantile, son âme déférente faisait penser à celle d’un moine quiétiste dont l’humilité apparente l’amenait à river son regard au sol : Dieu est immense, et je suis tout petit.

La musique, toutefois, ne semblait pas être sa tasse de thé. Rien en tout cas ne laissait paraître le contraire. Ni la fiction au sens strict d’ailleurs, qu’elle soit littéraire, picturale ou cinématographique : jamais la moindre référence artistique ne venait entacher ses prêches numériques. Non, sa fiction était autre…

Il avait un adorable petit minois, mais rien de sexuel ne se dégageait de sa personne. Il était dans la seconde moitié de sa vingtaine et pourtant se targuait d’apprendre à mourir. C’est logique : il venait de se marier. C’est dans la cafète de son lieu de travail qu’il aurait, susurrent de mauvaises langues, fait à sa chère et tendre sa demande. C’était là, raillent-elles, l’étendue de son imagination.

Quoi qu’il en soit, Dieu en était toujours l’inspirateur proclamé, Dieu et Whitehead, son messie, tel qu’il l’avait lu en tout cas. Quel Dieu ? Il affirmait sans relâche que ce n’était pas celui, omnipotent et prophétique, auquel d’aucuns vouent inlassablement leur hystérie : le sien était, disait-il, ignorant du futur, et dépendant, en quelque sorte, d’un agencement évolutif dans lequel chaque pièce, humaine ou autre, vivante ou non, était appelée à œuvrer par panenthéisme, sans coercition aucune – prière de le croire – à une alchimie de l’harmonie globale. Pour autant, la vision de Matthieu ne se revendiquait pas spinozienne.

Plusieurs indices vinrent néanmoins troubler celle-ci, qui finit enveloppée d’une épaisse brume. A commencer par cette citation hautement problématique du grand Alfred, mise en exergue de l’une de ses vidéos : « dans la mesure où nous nous fions à l’objectivité des intuitions religieuses, il nous faut également poser que les doctrines métaphysiques sont fondées ». Sous ses airs tautologiques, la proposition est des plus perverses : quelles doctrines, que diable !?

A l’occasion d’une interview, Matthieu confia son regret que contrairement à la droite, qui, elle au moins, investit le champ du religieux et du divin, la gauche l’avait délaissé. Or, il fallait à cette dernière, à son estime, pour assurer son salut, renouer avec ce divin refoulé. Pourquoi ? Parce que… Parce que, comme l’a reproché à Dawkins dans un tweet vengeur celui qui soutenait avoir voté pour Bernie Sanders, lequel avait pourtant en 2016, poussé dans ses retranchements, admis sans ambages qu’il ne « se sentait pas religieux »,  « les matérialistes scientifiques comme vous emplissent de leur ego l’espace dévolu à Dieu ». A dessein, Matthieu entretenait donc une confusion malsaine mais prototypique quant à la nature du religieux auquel il se référait, et laissait entendre qu’il préférait la compagnie de faux dévots à celle d’athées véritables, qui seuls ne seraient guidés que par le narcissisme et l’intérêt.

Conséquemment, il importait, selon lui, comme il l’expliquait en défense dudit Whitehead, sa référence (tronquée ?) en toute chose, de « penser de manière complémentaire, ou intégrale, afin d’éviter les oppositions ainsi qu’une synthèse facile, et d’appréhender plutôt la complexité, la difficulté, afin d’arriver à une hypothèse ouverte, [sachant que] les hypothèses métaphysiques sont distinctes des hypothèses scientifiques au sens où il est impossible de les tester en laboratoire : on peut déterminer si elles sont adéquates à sa propre expérience, mais pas les valider ». De manière complémentaire ? S’il réhabilitait le magique, Matthieu, au contraire, ne cachait pas son aversion pour le malfaisant doute méthodique cartésien. Eviter les oppositions ? Mais cela ne reviendrait-il pas à mettre sur le même pied fait et spéculation, faisant le jeu ultime de cette dernière ? La complexité ? Celle d’une injonction diffuse ? Une hypothèse ouverte ? Aussi ouverte que la puérile mise au pas de Dawkins ? S’ajoute à toutes ces objections le fait que la religion de Matthieu, un ex-anarchiste autoproclamé, s’accompagnait sous sa plume d’une affirmation dont le flou rendait la portée incalculable : « l’être humain ne s’appartient pas »…

Matthieu se vivait comme un diplomate, c’est-à-dire comme quelqu’un qui cherche à persuader plutôt qu’à imposer. Mais, fuyant toute contradiction véritable, il vivait en vase clos, n’abreuvant de ses paroles contradictoires et peu pensées que des aréopages fortunés reclus dans des manoirs réservés à la jetset et pareillement adeptes d’une logorrhée confuse toute de déité imbue, appréciant jusqu’à la nausée toute forme de flatterie et rejetant toute critique, même la plus argumentée : « comme c’est bien, Matt », « formidable travail, Matt », « continue comme ça, Matt », « que tu es profond, Matt ». Et les like de ces like de se répandre sur la toile : en effet, ces éloges faciles recevaient tous de l’intéressé un sceau approbateur auquel toute considération égotique était bien sûr étrangère. Gare, en revanche, aux commentaires qui, épinglant dans ses prêches des contradictions manifestes, invitaient à entamer un débat honnête : leurs auteurs étaient forcément mus par de fort peu pieuses arrière-pensées…

En ce qui me concerne, j’étais tombé sur son blog par hasard, il y a quelques années, en feuilletant le livre d’images de Google. Son aspect, qui mêlait philosophie et ésotérisme, attira un jour mon attention, et sa lecture m’amena à m’intéresser à plusieurs sujets auxquels je ne m’étais pas frotté jusqu’alors, et à découvrir par la même occasion des auteurs qui m’étaient peu familiers. M’informant à leur propos, je veillai toujours à formuler des commentaires qui soulignaient à la fois mon intérêt pour les sujets abordés et ma volonté d’échanger autour de ce qui m’apparaissait comme des failles dans le raisonnement du jeune théiste, toujours avec l’objectif de trouver un terrain d’entente qui nous permettrait à tous deux de nous élever.

Tandis que certains commentaires triviaux semblaient retenir son attention, fort peu des miens reçurent une réponse, mais je n’en pris pas ombrage : qu’il privilégiât l’inconsistant relevait de sa pleine liberté. Je ne me décourageai pas pour autant. Au fil du temps, je découvris que Matthieu avait un grand nombre de tabous, l’origine ethnocidaire de son pays par exemple. Puis, lorsqu’il se mit enfin à répondre à certaines de mes interpellations, je constatai que, si indéniables fussent ses erreurs, il lui était impossible de concéder qu’il pût s’être factuellement trompé, et ce même lorsque je mettais en avant, quant à moi, certaines de mes approximations passées. Quant à sa faculté d’autodérision, elle était inexistante. Était-ce une coïncidence ? Toujours est-il que, dans un milieu très empreint de culture indienne, voilà deux caractéristiques qu’il partageait avec certaines sectes qui se veulent élitistes au point de se croire infaillibles, ou en tout cas de considérer qu’elles ne doivent aucun compte au menu fretin. De ces sectes, bien sûr, l’Inde n’a pas le monopole…

Non dénuée d’interférences extérieures, notre communication devint cependant plus riche. En tout cas, c’était mon impression. Il me fallut déchanter lorsque le diplomate en herbe, adversaire de la force et chantre de la persuasion, censura sans raison l’un de mes commentaires sans même oser l’admettre. Il me fit comprendre dans la foulée que ma présence sur son forum était au mieux étrange, au pire importune. Hypocrite, faible et méprisable, il eut pour ce faire recours à un tiers. Sans doute eût-il fallu que je comprisse que, bien que publics, son blog et sa chaîne étaient en fait implicitement réservés aux autres habitués de sa pratique de groupthink, et que ses efforts de persuasion, nuls et non avenus, se limitaient en réalité à ceux qui sont d’accord avec lui, lui dont l’ego tapi derrière une pensée alteracadémique de bazar selon laquelle « ignorance is bliss » me censurerait une seconde fois, poussant la perfidie jusqu’à me narguer sottement par messages subliminaux. Mais – tout diplomate vous le dira – sans doute le censuré est-il responsable de sa censure : n’est-ce pas à lui qu’il incombe logiquement de mettre en sourdine sa fierté et de persuader l’Autre de le laisser parler ? Être libre de s’exprimer de manière égalitaire n’est pas, voyez-vous, l’incontournable prémisse de la diplomatie, mais son objet initial…

Une déception de plus à mon compteur que ce Matthieu, en ce que, quoique modestement, j’avais investi de moi en lui, lui accordant, comme il convient, le bénéfice du doute quant à l’adéquation entre ce qu’il professait et ce qu’il faisait, quant à son honnêteté intellectuelle en somme. Un enfant, en définitive, mais sans l’allégresse, un enfant au sens le plus pathétique du terme lorsqu’il s’applique à un quasi-trentenaire choyé, surprotégé et frivole, qui brassait du vide et, bien qu’y échouant lamentablement, aspirait à mourir tandis que d’autres, dans l’Amérique des libertés, se mouraient littéralement loin de son regard panpsychique. Un fanatique en puissance, à la fois judgemental, sanctimonious et idiot, les trois allant de pair en règle générale. Et, de ce fait, un agent de la norme d’autant plus redoutable qu’il se présentait sous des atours adorables et progressistes…

Ce panpsychisme, c’est notamment lors de séances collectives d’ingestion de produits psychotropes de nature psychédélique que lui en est venue l’intuition. Mais il était peu dissert à ce sujet. Moi-même riche de plusieurs expériences lumineuses en la matière, tant communes que solitaires, je ne puis objectivement dénier la sensation sublime et à nulle autre pareille de Tout éthéré dans lequel, délestée de toute forme, de toute pesanteur comme de tout souci, la conscience flotte à cette occasion. Les processus physiques qui, en temps normal, filtrent les sensations pour nous rendre le monde intelligible et nous rendre aptes à agir sur lui s’évaporent l’espace d’un instant, nous permettant d’ouvrir « les portes de la perception », d’une autre perception, dont nous ne pouvons sinon avoir idée…

L’autre réalité, qui nous est d’ordinaire inaccessible et que nous découvrons alors fugacement – car c’est bien une réalité –, tend à rendre vaines toutes sortes de préoccupations et de névroses provoquées par le caractère ingrat de ce qu’il est convenu d’appeler la réalité. Et qui, entre le berceau et la tombe, ne fait pas au moins une fois l’expérience de cette réalité alternative ne saurait de manière exhaustive définir la nature de l’existence. C’est à l’ignorance d’une dimension révolutionnaire de l’être-au-monde que celui(celle)-là se condamne. Et, comme il va de soi que ce savoir se répercute a posteriori sur la conception que l’on se fait de la vie en commun, c’est-à-dire de la politique, quiconque ambitionne d’organiser la chose publique sans avoir connaissance de cette dimension essentielle est en fait handicapé : au mieux, il est comme le jeune enfant à qui, parce qu’il insiste, ses parents tentent vainement d’expliquer la sexualité; au pire, sa raison obtuse l’amène à négliger par principe certains phénomènes, auquel cas il est souvent tenté d’imposer ses choix à chacun. Or, interdire à des adultes d’explorer souverainement et sereinement leur conscience sous toutes ses facettes, qu’est-ce d’autre que la lettre première du projet totalitaire, qu’il soit archaïque ou transhumaniste ? Oui, les substances psychédéliques sont génératrices de salutaires métamorphoses de la psyché.

Pour autant, faire totalement abstraction de la réalité quotidienne, faire totalement fi de l’individualité, considérer que l’ego et le parcours personnel ne jouent aucun rôle dans l’interprétation individuelle ultérieure de ce type d’expériences, et ne prendre aucun recul par rapport à celles-ci et aux projections que l’on a pu y associer peuvent s’avérer de périlleuses tentations. Certes, il importait au système répressif de démontrer que certaines icônes des sixties qui étaient devenues par trop populaires étaient en fait déséquilibrées et dangereuses. Mais, en glorifiant par leurs actes mêmes la prise régulière de produits tels que le LSD, qui requièrent au contraire une certaine sagesse (plus de mille fois en une quinzaine d’années, dans le cas de Leary), ne l’étaient-elles pas ?

A cette compulsion-là, Matthieu semblait n’avoir pas succombé. Mais son TOC du divin, qui paraissait, sans nécessairement se confondre avec elles, s’accommoder de toutes sortes de « doctrines métaphysiques », jusqu’aux plus aliénantes, cherchait de facto à imposer une interprétation exclusive de l’expérience psychédélique fondée sur un vocabulaire équivoque. Or, ces doctrines perfides destinées à détourner du vrai et à enchaîner l’Humanité représentent l’exacte antithèse de ce que j’ai retenu, quant à moi, de mes pérégrinations occasionnelles dans des contrées que les enfants qualifient de magiques : la volupté dé-chaînée…

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Birds of a feather flock together…

August 10

April 27 : https://www.haaretz.com/israel-news/top-u-k-union-leader-slams-gabbay-for-corbyn-smear-campaign-1.6031874

August 4 : https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/aug/03/jeremy-corbyn-antisemitism-labour-party

August 10 : http://www.dailymail.co.uk/news/article-6048807/Photos-Labour-leader-Corbyn-tribute-event-Palestine-martyrs-linked-Munich-massacre.html

August 11 : https://www.theguardian.com/politics/2018/aug/11/third-union-boss-calls-on-labour-to-adopt-full-antisemitism-definiton

***

views expressed my own, as per my constitutional right to free speech : I’ve got no fucking career anyway…

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I’ve got a file on you…

http://disinfo.eu/aboutus/

Facebook is under intense pressure after it admitted that Cambridge Analytica, a political data-mining firm, got access to massive amount of user data. A look at why Facebook allows third parties access to its data and what the business objective is.

https://www.npr.org/2018/03/19/595018770/facebook-admits-data-mining-firm-got-access-to-millions-of-users-personal-inform?t=1533815441388

« Cette ONG européenne basée à Bruxelles est spécialisée dans l’étude de phénomènes d’amplification et de désinformation. Elle est actuellement financée exclusivement par Twitter à hauteur de 100.000 euros alloués au cours de l’année […]. »

https://www.arretsurimages.net/articles/laffaire-benalla-gonflee-sur-twitter-par-la-communaute-russophile

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Which is your favorite cover ?

https://theintercept.com/2018/08/03/climate-change-new-york-times-magazine/

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Trickle-down mafia…

“Trump Administration Mulls a[n additional] Unilateral [$ 100bn] Tax Cut for the Rich”

It’s my made-man way to prevent any impeachment procedure against me”, the orange accountant stated, “you’ve gotta show both sides of the aisle you’re useful to the Greater Good.« 

https://www.nytimes.com/2018/07/30/us/politics/trump-tax-cuts-rich.html

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Réflexions autour du concept de vertu (en politique)

« Au nom de la vertu dans l’Etat, […] jusqu’où [est-on allé] ? […] Bien sûr, il y avait la vertu romaine – la virtus – ; elle était une composante essentielle de la République, mais vous savez comme moi […]  que la démocratie s’est trouvée fortifiée et raffermie lorsqu’elle ne s’est plus posée la question de la vertu, mais bien celle du respect du droit, de la procédure, et qu’elle a sorti cette dimension de son fonctionnement. »

Edouard Philippe, 24 juillet 2018, Assemblée nationale de France (questions au gouvernement)

***

« [Ceci] est pour moi une bien désolante affirmation, et j’y suis complètement opposé. [Voici] pourquoi : la vertu en politique n’est pas une morale, mais un principe commun d’action à l’Etat, à la loi et à la citoyenneté. La vertu désigne ce qui est bon pour tous, l’intérêt général, qui est toujours distinct de l’addition des intérêts particuliers. Nos sociétés sont devenues plus démocratiques quand elles ont fait de la vertu le but des lois et des règles. Sans la loi, la vertu est impuissante ; elle n’est qu’un mot. Sans la vertu, la loi est l’imposition forcée des intérêts des uns contre ceux des autres. »

Jean-Luc Mélenchon, 31 juillet 2018, Assemblée nationale de France (justification du dépôt d’une motion de censure à l’encontre du gouvernement)

***

Les notions de vice et de vertu recouvrent, tant sur les plans conceptuel et philosophique que religieux et historique, de si vastes étendues qu’il est, pour qui se veut plus ou moins didactique, nécessaire d’en circonscrire l’appréhension. Je les avais , s’agissant de conventions morales sociétales s’appliquant à l’intimité des individus, à mi-chemin entre loi et habitus bourgeois, évoquées brièvement de manière indirecte, en appelant à leur redéfinition selon des critères relevant de la liberté individuelle et du consensus interpersonnel, et distinguant par prémisse les actes posés à titre individuel de ceux qui le sont au nom d’autrui. Il s’agira plutôt ici, bien que dans cette thématique individuel et politique s’interpénètrent, d’examiner directement, mais non moins succinctement, quelques objections que peut susciter l’usage desdites notions par les détenteurs de l’autorité politique dite représentative.

« […] [P]ersonne n’est valeureux dans la guerre

s’il ne supporte pas de voir le sang du carnage

et ne se tient ferme, tendant son bras pour tuer au plus près.

Voilà ce qu’est la valeur (ἀρετή), voilà le prix d’excellence chez les mortels,

ce qu’il y a de plus beau à gagner pour un homme jeune.

C’est là un bien précieux, commun à la cité et au peuple tout entier

qu’un homme campé sur ses jambes, qui se tient aux premiers rangs,

obstinément, en oubliant totalement la fuite honteuse,

offrant sa vie et le courage de son cœur,

qui conforte par ses paroles le voisin auprès duquel il se tient. […]

Allons ! Que tout homme s’efforce en son cœur

d’atteindre cette valeur suprême au lieu de refuser le combat »

A l’ ἀρετή (arété) hellène – c’est-à-dire au mérite, à la valeur et à la vaillance, à l’excellence –, la virtus romaine doit énormément, à tel point que souvent les deux mots se traduisent indifféremment en français par ‘vertu’. Dans l’Antiquité grecque, l’éducateur et poète élégiaque Tyrtée (VIIe siècle négatif), spartiate de naissance ou d’adoption et auteur des lignes qui précèdent, semble avoir été le premier à faire du mérite non plus uniquement une qualité morale qui conditionne l’élévation personnelle, mais une espèce d’impératif catégorique qui s’appliquait à tous ès qualité de contribution au bien commun. Tous est bien sûr à considérer ici sous l’angle exclusivement masculin. Et, quand bien même l’ἀρετή reflétait chez la plupart des philosophes grecs antiques, fût-ce selon des interprétations et des modalités diverses, une forme de sagesse, et la vertu par ailleurs se pare dans notre lexique de féminité, la virtus elle-même, comme l’atteste ses trois premières lettres, s’appuyait elle aussi, indubitablement, sur la masculinité… sur la virilité.

Que nous apprennent ces vers de Tyrtée ? Que la vertu, en tant qu’elle était pour la première fois constitutive du bien commun, s’assimilait à une exaltation de la guerre. A cela, une citation de De Gaulle a fait lointain écho : « les armes ont cette vertu d’ennoblir jusqu’aux moins purs », ce par quoi il entendait que l’engagement sur le champ de bataille, fruit d’une abnégation et d’un sacrifice de soi souvent considérés comme des marques de vertu, représentait la vertu elle-même. Certes, une guerre n’est pas l’autre, et il est peut-être, au nom du courage et de la justice, deux des quatre vertus cardinales identifiées par Aristote, des guerres qu’il est nécessaire de mener; la vertu devient alors nécessité. Mais où est la vertu dans celles qui se mènent au mépris de la sagesse et de la tempérance, les deux autres valeurs aristotéliciennes cardinales ? En tout état de cause, l’histoire l’atteste, la vertu en tant que vectrice du bien commun peut donc être autre chose que la paix à tout prix…

« Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible. Elle est donc une émanation de la vertu. Elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressants besoins de la patrie. »

Robespierre, 17 pluviôse an II

De même que l’échec retentissant du communisme soviétique est supposé effacer, par homonymie déplacée, des expérimentations réjouissantes telles que la révolution sociale espagnole de 1936, la simple évocation de la Terreur comme bras armé de la vertu durant la révolution française est censée disqualifier irrémédiablement la seconde nommée. Pourtant, à lire attentivement cette citation de Robespierre, on se rend compte qu’à ses yeux, non seulement la vertu était première, mais il pouvait y avoir vertu sans terreur. En outre, même si c’est la première qui a enfanté la seconde, celle-ci ne pouvait raisonnablement, selon lui, s’exercer qu’à condition que celle-là vienne tempérer son ardeur : élément constitutif d’une dyade, la vertu robespierriste était donc à la fois condition sine qua non et principe modificateur. Et elle n’avait à l’être qu’en période révolutionnaire. Or, la terreur en tant qu’outil révolutionnaire n’est pas l’issue fatale de toute révolution : 1936 en témoigne.

It’s my experience that folks who have no vices have generally very few virtues.

Cette citation, attribuée à Lincoln mais qu’il n’aurait fait que répéter, pourrait, si c’est de l’apparence qu’il est question (”folks who appear to have no vices”), renvoyer au Tartuffe de Molière. Le parangon de Vertu est-il à l’image du flatteur : vit-il au détriment de celui qui l’écoute ? S’applique-t-il les préceptes auxquels il enjoint aux autres de se soumettre ? En Saoudie aujourd’hui comme en URSS naguère, la vertu affichée n’est bien souvent que vitrine. Et ce genre de vitrine-là aussi est supposée veiller au bien commun. On constate d’ailleurs qu’actuellement, aux Etats-Unis, les conséquences d’une vitrine qui vole en éclats sous les incessants coups de boutoir du vice triomphant se réclamant contre toute évidence de la vertu sont incommensurables : la vitrine n’était rien de plus, sauf peut-être un rempart figuré contre le chaos à travers la possibilité d’une vertu conjoncturelle.

« Tourmentez-vous pour rétablir la vertu chez un peuple qui l’a perdue, vous n’y réussirez pas. Il y a un principe de destruction en tout. »

Chateaubriand, Pensées, réflexions et maximes (1848)

On peut à juste titre considérer, en effet, que les politiques menées par la présidence Trump ne sont que l’exacerbation de tendances lourdes et de partis pris souverains depuis longtemps à l’œuvre dans la politique états-unienne. On peut même soutenir, fanfaronnades et grand-guignol de circonstance mis à part, que l’intéressé (au sens premier) ne fait que dire tout haut ce qui, jusqu’alors, dans les cénacles washingtoniens, se disait d’ordinaire tout bas par ceux-là même qui à présent feignent de s’en offusquer.

« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. »

La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales

Une rupture n’en a pas moins été consacrée par ce style disruptif, qui se traduit à la fois par la tonitruante promulgation de la loi du plus fort, jusqu’au sein même du pays, et par l’abrogation officielle de toute accountability des détenteurs de pouvoir en vertu du droit et des procédures, qui lui est conséquente. L’une y est en vigueur depuis belle lurette, l’autre était un leurre tenace, mais, si hypocrite que ce fût, nier qu’elle l’était et préserver le leurre en projetant l’hologramme d’une vertu fantasmée permettait aux citoyens de faire leur cet hologramme afin d’obtenir d’un pouvoir hypocrite et désireux de le rester des concessions ponctuelles. Et ce n’est pas miser sur la maturité et l’action collective de citoyens supposés en proie à des croyances infantiles que d’éteindre soudain la lumière.

[Every individual], [b]y pursuing his own interest […] frequently promotes that of the society more effectually than when he really intends to promote it.

Adam Smith, The Wealth of Nations, Book IV, Chapter II, paragraph IX

Certes, il y a en occident deux conceptions majeures du bien commun : celle qui postule qu’il se construit strictement sur base d‘intérêts individuels qui s’additionnent, dont la satisfaction égoïste assumée était pour une libertarienne farouche comme Ayn Rand une vertu en soi, et celle qui pose qu’il transcende nécessairement ces intérêts. La juste mesure, premier critère de la vertu selon nombre de philosophes antiques, se situe sans doute à équidistance, tant il est malaisé d’imaginer, d’une part, comment des ressources communes comme l’eau et l’air pourraient n’être régulées que selon la première de ces prétentions, et d’autre part, comment l’individu pourrait trouver à s’épanouir s’il est à tout moment cornaqué par la seconde…

« Virtus est medium vitiorum utrinque reductum »

Horace

Machiavel a brillamment analysé les symptômes et les conséquences du déclin des institutions, dans lequel la corruption jouait un rôle majeur. Si la vertu est l’antithèse de cette dernière, de même que l’expression d’un impératif catégorique kantien selon lequel la loi s’applique uniformément, sans distinction de titre ou de fonction, n’est-elle pas salutaire lorsque, dans des régimes réputés démocratiques, les détenteurs de pouvoir s’écartent manifestement du droit et de la procédure, tout en sabotant leur bon exercice ? Si droit et procédure sont, à l’exclusion d’une vertu sommairement associée aux extrêmes, les deux seuls piliers d’une démocratie effective, qu’advient-il nécessairement de celle-ci lorsque leur exercice, confié à des institutions corrompues, est contrecarré ? Dans pareil cadre, en effet, la vertu est principe bien plus que morale, car c’est précisément au nom du droit et de la procédure, bafouées en l’occurrence, qu’elle se manifeste. Pourrait-on encore parler de vertu si, sous l’effet de clameurs démagogiques, ce sain rappel au fondement des institutions se muait en tribunal populaire ?

« L’idée des droits n’est autre chose que l’idée de la vertu introduite dans le monde politique. »

Tocqueville, De la démocratie en Amérique

La vertu bien comprise, toutefois, n’agit pas qu’en aval : comment nier que, même si y est parfois, souvent sciemment, tantôt implicitement, tantôt par omission, aménagée, en particulier dans les régimes dits démocratiques, la possibilité du vice, l’objectif essentiel de la confection des lois est de rendre possible la coexistence des citoyens sur un mode vertueux, c’est-à-dire d’œuvrer au bien commun ? Et comment réfuter, par conséquent, que ladite vertu en est ou devrait en être l’inspiration principale ?

Néanmoins, dans un système structuré sous tous rapports par la quête de profit, c’est-à-dire par l’intérêt personnel, rappeler ces évidences ne revient pas plus à affirmer que la seule existence d’une loi peut être garante de vertu (au sens marxiste) qu’à prétendre que toutes les lois s’inspirent de cette vertu, en particulier ces jours-ci. Pareillement, l’imposition forcée au grand nombre d’intérêts particuliers peut tout autant se réaliser contre la vertu qu’en son nom : il suffit, dans ce dernier cas, d’un pouvoir hypercentralisé qui les présente comme le bien commun. Dans les deux cas de figure se pose la question de (la vertu de) la rébellion contre la loi, que soulève l’article 35 de la Constitution de 1793.

A la vertu et au vice correspondent bien sûr le bien et le mal. Encore faut-il en définir la teneur, car cette vertu ne requiert pas de nous une quelconque imagerie religieuse pour que nous en comprenions la pertinence. Le mal, dans le contexte qui est le nôtre, c’est avant tout une inégalité pharaonique. Mais ce pouvait être hier, sous certaines latitudes, une égalité étouffante.

Dans un article antérieur, consécutif au premier tour de la présidentielle française, j’avais écrit : « Le [nanti], le plus archaïque des staliniens parvînt-il à l’emporter, ne peut perdre que l’accessoire, car il est assuré en toutes circonstances de conserver l’essentiel, tel que défini par les articles 22 à 26, et particulièrement le vingt-cinquième. La dignité élémentaire du [nécessiteux], en revanche, est inclue dans le jeu des clientèles ». Que l’on soit égalitariste pur et dur ou que l’on se cantonne à l’égalité des chances, voilà en quoi le système politique est structurellement vicié. C’est à cet état de fait qu’en priorité toute vertu en politique, qu’elle soit morale ou principe, devrait être appelée à remédier, car satisfaire inconditionnellement aux intérêts particuliers et pourtant fondamentaux des nécessiteux équivaut à garantir de manière pérenne (sous quelque mode que ce soit) la dignité élémentaire de tous !

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Corrections, ajouts et compléments d’information du 3 juillet 2018 : la première mouture de cet article contenait une citation d’un certain Monsieur Clemens, qui figure dans l’autobiographie de Mark Twain, mais était attribuée erronément au père spirituel de Huckleberry Finn. Cette citation a été remplacée par une référence au Tartuffe de Molière. La maxime de La Rochefoucauld a été ajoutée par ailleurs.

La traduction française des vers de Tyrtée, issue du livre Sparte, histoire, mythes, géographie, coécrit par Françoise Ruzé et Jacqueline Christien (Maurice Sartre dir., Armand Colin, Malakoff, 2017), a remplacé celle proposée initialement, qui était issue, quant à elle, de la page Wikipedia consacrée audit personnage historique, était légèrement distincte et insuffisamment sourcée.

Dans la mesure où plusieurs sources (l’ouvrage cité, ladite page Wikipedia (qui ne renvoie à cet égard à aucun auteur), mais aussi la transcription de cette conférence de l’historien de la philosophie de l’Antiquité Marc-Antoine Gavray (§ 6) consacrée à « la définition platonicienne de la vertu ») se rejoignent pour attribuer à Tyrtée la paternité de la notion d’ ἀρετή comme constitutive du bien commun, et qu’il est donc logique de considérer que cette information est de notoriété publique, il ne m’a pas semblé utile de mentionner l’une ou l’autre de ces sources. Elles le sont toutefois à présent.

Enfin, des précisions ont été apportées quant à la signification de cette notion, initialement présentée, sans plus de détails, comme équivalente à la virtus latine.

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