Archives mensuelles : décembre 2018

Ça avance, p’tite catin ?

M. Pénicaud

Salut, p’tite pute ! C’est loin, Las Vegas, hein ! Ton gangbang encore plus. Tu te souviens ? « Je, je suis liberti-ne »… Quand tous ces employés de Danone t’avaient écarté le cul pour te foutrer bien gras. T’avais été grassement rémunérée ce jour-là, non ? T’avais pris plus que ta dose quotidienne de yop, hein. Puuutain, p’tite salope, t’aimais ça, hein ! Et main’ant, ça avance ? Réforme… Dans dix ans, tu te demanderas pourquoi la religion protestante sera si haïe. Tiens, ouvre ta gueule et prends-la, ma réforme, p’tite bâtarde ! J’vais t’en foutre à la rue par pelletées, de ces oisifs-là. Ceux qui courent les terrains de golf, c’est une autre race ! T’as la chatte écartée, là, hein, grognasse ? Comme une Melisandre qui se prépare à mettre bas. Si t’as envie de péter un bon coup, lâche-toi : on est entre nous. Mais viens pas te plaindre demain si tes clients sont trop pauvres pour t’bourrer. Tu feras des pipes à cinq euros d’APL pour t’acheter ta coke. Allez, à quatre pattes, chienne ! Travaille-moi le zob ! Tiens, ouvre et prends ma pisse d’abord. Avale. AVALE, J’TE DIS ! Oh, ouais ! Tiens, main’ant, bouffe ! Sinon, j’ vais te donner aujourd’hui ton pain de ce jour, tu vas voir. A fond, salope ! Putain, tous ces glaires qui te sortent de la bouche, t’as pas honte ? Regarde comme t’es visqueuse, dis ! Qu’est-ce tu dis, j’entends pas ? Bouffe ! Fais ton métier ! Ah bordel, ils s’étaient pas trompés, hein : t’es vraiment faite pour ça ! Viens là que j’te dilate, connasse ! Ton boss, il voulait la république à son image, non ? Ah, j’vais cracher, putain !

P. Peraita

Ajout du 3 mars 2019 : https://www.revolutionpermanente.fr/Decret-surprise-Macron-ouvre-la-chasse-aux-chomeurs

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« Chefs d’Etat, de clan […], patrons, politiciens, militaires, tribuns, vedettes, bureaucrates et résidus familiers de l’autoritarisme, tous ont, dans la vulgarité qui les caractérise, un polichinelle dans le tiroir, un fœtus dans le bocal, en embryon desséché dans le cœur. Plus ils s’acharnent à l’exorciser, plus se révèle au grand jour leur puérilité réprimée. Les trépignements de la dignité offensée, ce doigt accusateur, ces pitoyables jérémiades, ce sourire narquois, cette culpabilité agressive […], qu’est-ce d’autre que singeries d’enfants brimés, blessures ravivées du passé, maladroitement dissimulées par la gravité et le sérieux de l’adulte responsable ? Voudraient-ils encore que l’on croie en eux ? On croirait plus simplement à leur humanité si, renonçant à traiter les hommes comme des morveux abêtis par la gifle et le mensonge, ils choisissaient soudain de préférer l’authenticité vécue aux prestiges dérisoires du paraître. »

Raoul Vaneigem, Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire, Seghers, Paris, 1990, p. 31

 

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Un petit tour de chauffe en attendant la prochaine crise financière…

Qu’elle est céleste, l’efflorescence de tous ces jaunes gilets fluorescents, tandis que se poursuit, imperturbable, la schizophrénique cavalcade des fachos accaparants, cette caste prédatrice qui a tiré comme enseignement premier du keynésianisme bancaire des dix dernières années qu’elle aurait tort de se priver de faire main basse sur une richesse qui ne lui appartient pas, d’autant plus tort que pour parfaire son hold-up des deniers publics, pour sublimer sa mainmise sur le produit de la sueur et du sang des races inférieures, ses serviles mais ô combien démocratiques larbins lui offrent en prime un emballage cadeau.

Enchanteurs, ils le sont, tous pavés descellés, comme un parterre de tournesols rivés sur les valeurs de la République, leur Soleil, leur compas, leur aiguillon, leur boussole, irrésignés, malgré les cris d’orfraie qui émanent des balcons, où elle a été actée comme inéluctable, à leur lente flétrissure, qui témoignerait pour ceux-ci du progrès humain en marche, et réclamant ni plus ni moins que la considération que justifie leur qualité de citoyens. Quatre semaines durant, davantage peut-être, c’est le parterre qui aura fait la pièce !

Mais on peut les voir aussi comme une soudaine coalescence de nuages, une France d’en bas qui, contre la bassesse ambiante, aurait pris de la hauteur, électrique dans son frottement, abrasive, annonciatrice de foudre et de tempête. Face à l’incapacité de pseudo-élites putrides de se détacher de leurs schémas de pensée rituels, de leur religion nouvelle d’après le Mauer, il n’est, comme un flic qui se ferait prophète, qu’à s’imaginer, à l’aune de la sympathique et guillerette révolte actuelle, l’ampleur de l’orage que suscitera le prochain épisode de la destruction créatrice qu’ont jusqu’ici contredite, bien qu’y ayant œuvré, les ayants droit de la réprivée pour comprendre le désarroi de cette avant-garde arriérée du totalisme.

A une exception près, qu’aucune féodalité ne pouvait tolérer tant elle est contraire à l’épanouissement, plus aucun hélicoptère alors ne sera synonyme de salut ! Irrésignés dignes contre architectes du crépuscule : le décor, déjà, est planté. Et si vous tendez bien l’oreille, vous entendrez déjà à l’horizon les trois coups du nouvel Acte I …

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Projet de vie…

Y a un mec que je connaissais, ils l’ont poussé au suicide. Sciemment, méthodiquement, sans relâche. Ce mec, il demandait rien à personne. Et à personne il ne causait de tort. Il voulait juste vivre sa vie, justement. Ils se sont employés à l’en empêcher. A enlaidir le beau, à travestir le juste, à ridiculiser l’original, à tourner le sage en dérision. A leur faire perdre tout leur sens. Plus ils l’enfonçaient, plus il appelait au secours, plus leurs rires sadiques devenaient tonitruants, comme dans Orwell. Il s’efforçait de les ignorer. Mais ça, ils ne le toléraient pas : il lui fallait faire sienne leur bêtise, péter un câble, abdiquer tous ses principes comme autant d’illusions, renoncer à toute vie privée, devenir comme eux une caricature, sans foi ni loi autre que la soumission à celui qui tient le bâton. Ainsi concevaient-ils l’ordre : par le viol. Ce n’est qu’à ces conditions, prélude à sa fin, qu’ils considéreraient leur tâche accomplie : lui, l’anti-bouc émissaire, devait par loterie devenir le ruminant de leurs propres lâchetés, de leur immoralité, de leurs inconséquences, de leur médiocrité, de leurs reniements. Il devait rentrer dans le rang de la fumisterie en laquelle ils avaient piteusement transformé la coexistence des hommes, la s-o-c-i-é-t-é. Et se taire surtout… se taire sur tout ce qui importe, faute de quoi ils redoubleraient de hargne. Mittelmäßigkeit über alles. Celle du dire, des espoirs, des ambitions, des sentiments, de l’être lui-même. Jusqu’au dernier soupir. La médiocrité comme référence, et le dégoût de celle-ci interprétée comme de la peur. Eteignez la lumière, voulez-vous : nous sommes habitués à la pénombre ! Comme la GesTaPo et avec les mêmes implacables méthodes, mais une GesTaPo si lisse en apparence, si feutrée, si mondaine, ils n’avaient cessé de le pourchasser. Avec une configuration d’esprit autre que la sienne, il aurait tiré dans le tas, en aurait saisi un ou deux par la nuque pour leur fracasser le crâne sur la cuvette des chiottes, là où est leur place, aurait enfoncé en prime la conscience morte de l’une ou l’autre dans le sanibroyeur, histoire de lui rendre un soupçon de propreté. Mais à quoi bon ? Pour devenir comme eux ? Comme ces rats ? Non, autant en finir… quitte à les laisser déglutir une dernière fois leurs rires meurtriers sur la tombe de leur proie. Salut, l’ami ! Ils prendront bientôt connaissance du prix à payer.

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Car être libre n’est pas seulement se libérer de ses chaînes; c’est aussi vivre d’une manière qui respecte et accroît la liberté des autres…

Un peu partout, le poids économique disproportionné des premiers de cordée a fourni à ces individus une influence excessivement disproportionnée sur la vie politique et les médias de leur pays, sur le choix des politiques menées et des catégories d’intérêts dont il n’est tenu aucun compte. Il importe de noter que cette nouvelle élite internationale, la classe professionnelle qui l’épaule, diffère en maints aspects des aristocraties dirigeantes d’Ancien Régime. Nombre de ses membres ont bâti eux-mêmes leur réussite; plusieurs d’entre eux sont des champions de la méritocratie. Et, bien qu’encore majoritairement blancs et masculins, ils reflètent, en tant que groupe, une diversité de nationalités et d’ethnicités qui eussent été inconcevables il y a cent ans. Un pourcentage non négligeable d’entre eux se considèrent politiquement à l’opposé du conservatisme, modernes et cosmopolites dans leur appréhension du monde. Délestés de l’esprit de clocher, du nationalisme, de préjugés raciaux affichés comme de tout sentiment religieux affirmé, ils se sentent tout autant à l’aise à New York qu’à Londres, Shanghai, Nairobi, Buenos Aires ou Johannesbourg. Leurs actions philanthropiques sont souvent sincères et conséquentes.

Il est vrai, cependant, que, dans le cadre de leurs affaires, maints capitaines d’industrie et de la finance sont de plus en plus détachés de toute réalité locale, de tout Etat-nation, vivant de plus en plus leur vie à l’écart des tracas des gens ordinaires dans leur pays d’origine. Et leurs décisions – celle de fermer une usine, de minimiser leur contribution fiscale en planquant leurs bénéfices dans des paradis fiscaux avec l’aide de comptables ou d’avocats onéreux, ou celle d’exploiter à bas coût une main d’œuvre immigrée, ou celle de verser des pots-de-vin – sont souvent dénuées de malice; elles ne constituent, à leurs yeux, que des réponses rationnelles aux exigences de leurs résultats d’entreprise, de leurs actionnaires et des pressions de la concurrence.

Il n’en demeure pas moins que ces décisions sont également prises sans tenir compte de notions telles que la solidarité humaine, ou de toute compréhension basique des conséquences qu’elles induiront pour certaines personnes dans certaines communautés. Et depuis leurs conseils d’administration ou leurs enclaves fortifiées, les décideurs mondiaux ne courent aucun risquent d’être parfois confrontés à la souffrance qui se lit sur le visage de travailleurs licenciés. Leurs enfants n’ont à pâtir ni des coupes sombres dans le budget de l’enseignement, ni de la réduction des dépenses en soins de santé qui résultent directement de leur élusion de l’impôt. Ils sont moins sujets à l’inconfort et à la relégation que peuvent ressentir certains de leurs compatriotes tandis que la mondialisation bouscule non seulement les acquis économiques, mais aussi l’habitus social et religieux.

C’est pourquoi, à la fin du XXe siècle, alors que certains commentateurs occidentaux déclaraient la fin de l’histoire, le triomphe inévitable de la démocratie libérale ainsi que les vertus du marché mondial, nombreux sont étaient ceux qui ne virent les signes du contrecoup qui couvait.

Dans ces conditions, tu me diras : que les nouveaux seigneurs se prétendent cosmopolites, la belle affaire ! Et, vu l’ampleur de l’évasion fiscale dont ils se rendent coupables, ce sont bel et bien des dynasties qu’ils entendent constituer, non ? Et alors, la raison qu’ils invoquent pour leur mondialisation politique, je te dis pas : faire cesser les guerres dont ils sont, par l’entremise de leurs laquais serviles, les uniques initiateurs, résoudre le changement climatique dont ils sont les premiers responsables. La ficelle a des allures de corde ! T’as pas tort, en fait : si on fait pas dans le détail, on peut facilement être amené à considérer que  c’est vraiment une sale race !

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Lettre ouverte au « taré du troisième étage »

P’tit morveux,

Est-ce que tu t’es regardé ? Tu te dis porteur de renouveau managérial en politique. Mais un manager d’entreprise cotée – car c’est bien ce qu’est devenue la France, n’est-ce pas ? – qui serait aussi lent à la détente que toi, je ne donne pas cher de sa peau. Qu’est-ce que t’es lent dans la caboche, mec ! D’une lenteur de papy dont pas même Chirac n’avait fait la démonstration. Tu marches sur place, garçon. T’es une statue vivante.

Car, en plus d’être épouvantablement lent, t’es aussi antédiluviennement inflexible, alors que c’est une société de la flexibilité que t’appelles de tes vœux. Avant que ça ne devienne la ratonnade généralisée, c’était bien ça, « notre projet », non ? T’es une statue de cire, « Choupinet », un control freak, une caricature de toi-même. T’es un incapable. Une espèce d’Edward Scissorhands qui aurait mal tourné, un homard à la sauce Dolto de la quarantaine. Le Staline du libéralisme.

Tu crois que ça va s’éteindre ? Laisse croire les béguines, petit. Pour un moment peut-être, mais ton mal est fait : quel que soit le degré de violence que tu seras parvenu à susciter demain (Entre parenthèses, je serais eux, je planterais les SS sur les Champs, et j’irais au dernier moment, avec des milliers d’autres, casser la salle des fêtes du Touquet, là où ces tordus ne s’y attendent pas : l’imprévu, les gars, l’imprévu du pouvoir et du rapport de forces !), tu seras incapable d’altérer la légitimité ultra-majoritaire du mouvement, car même si les Français en venaient soudain, comme tu l’escomptes, à honnir viscéralement la violence de quelques-uns des leurs, ils sauront la distinguer de ce qui les lie : le retour à l’expéditeur de l’incommensurable mépris que tu as déversé sur eux, féminin y compris.

Partage désormais le quotidien des opprimés de l’économie qui t’est si chère, p’tit bouseux au maniérisme de monarque : même tout calme fugace sera désormais pour toi aussi source d’angoisse. Et il le sera même plus que les épisodes de poudre et d’étincelle. Toi aussi dorénavant, tu connaîtras comme jamais auparavant les effets terrifiants de la gestion par le stress. Ton palais de Playmobil statique, ta dulcinée, tes comptes à l’étranger, ta réputation internationale, la trace favorable que tu espérais laisser dans l’histoire de France, jusqu’au peu de dignité qu’il te reste : tout te sera subtilisé, banquier. Mais, à la différence du citoyen ordinaire, toi, tu l’auras mérité !

Dans cette perspective, reçois, p’tit morveux, l’expression figurée de mon expectoration distinguée à ta face bouffie de vanité.

 

Yannick Baele

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Les débats (presque) imaginaires de la Lucarne enchaînée

Utilisation d’armes de guerre (grenades GLI F4) par les forces dites de l’ordre face aux manifestants. Utilisation abusive de la force : meurtres (notamment d’une octogénaire à Marseille), mutilation intentionnelle de manifestants, tabassages sadiques et méthodiques par dizaines de personnes souvent à terre, retraité(e)s affables et lycéen(ne)s y compris, vaporisation de gaz lacrymogène sur des manifestants pacifiques. Stratégie de la tension entretenue à dessein. Sniper posté par le ministre de l’Intérieur sur le toit de la tour Publicis (pour la sécurité des manifestants tabassés et mutilés, ça va de soi). Couverture systématique des flics délinquants du syndicat Alliance tant par l’Elysée que par Beauvau, qui amadouent ainsi l’opposition de droite, à laquelle ledit syndicat est inféodé. Octroi de primes exceptionnelles à la Sturmabteilung de la République. Impunité judiciaire des malfrats en képi. Intimidation, y compris physique, de journalistes. Intimidation discrète de policiers et de gendarmes qui s’opposent à ces pratiques. Censure totale de tous ces faits par les médias télévisuels et radiophoniques traditionnels, qui accordent aux Sections d’Assaut du syndicat de droite Alliance tribune après tribune non contradictoire, et n’ont de cesse de présenter la violence comme unilatérale. Assujettissement indistinct de tous les invités en plateau à cet angle exclusif. Mise en accès restreint des vidéos concernées sur YouTube (et de celles-là uniquement). Mise en cause de facto du droit de manifester… La liste des dysfonctionnements policiers et de ceux de leur hiérarchie, qui ont un impact direct sur l’exercice concret de la démocratie dans ses aspects les plus fondamentaux, est impressionnante, celle des détenteurs de pouvoir qui souhaitent visiblement, à l’instar d’un ancien premier ministre, s’affranchir du « juridisme » des plus inquiétantes.

Pour en débattre ce soir, j’accueille Frédéric Lordon, économiste et philosophe qui vient de publier sur son blog un article à charge contre ce qu’il décrit non comme des dérives, mais comme le fonctionnement structurel d’institutions qui ont pour métier non le maintien de l’ordre, mais l’exercice systématique de la répression, Elizabeth Lévy, directrice de rédaction et pamphlétaire connue pour son franc-parler, qui publie aujourd’hui aux éditions de la Décomplexion l’Appel des 309 putes à Macron pour lui lâcher les basques, Yassine Belattar, humoriste macroniste critique, ainsi qu’Alain Bauer, criminologue à tablier et dirigeant de start-up sécuritaire.

Alors, Alain Bauer, je commence par vous… Vous avez intitulé l’un de vos livres, paru en 2010, « Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire ». Aujourd’hui, alors que premier ministre et ex-truand de l’Intérieur encouragent vivement à ne pas manifester samedi qui vient, et annoncent que la répression sera impitoyable, diriez-vous que cette sentence s’applique aussi à eux ?…

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De quoi ont-ils peur ? Qu’ont-ils à cacher ?

Pédoprédation ? Peu probable, sauf pour les cas extrêmes. Mais quoi alors ? Certes, tous ces clones sont issus du même milieu social, la (très) confortable bourgeoisie moyenne. Et lorsque ce milieu est pris pour cible par des insurrections populaires, c’est logiquement que beaucoup d’entre eux, s’identifiant à lui, prennent celles-ci comme une offense personnelle, et, redoutant leur propre mise en cause à venir, celle de leur patrimoine visible surtout, veillent avec une attention toute particulière à s’aligner en rangs serrés, au garde-à-vous, derrière les forces de la répression fascistoïde, dites de l’ordre, et leur grand manitou du moment, fricotât-il lui-même avec la pègre.

Pour la même raison, c’est-à-dire leur extraction sociale – encore que ce mot soit, en l’occurrence, inadapté puisqu’ils ne sont extraits de rien : ils sont profondément inclus dans leur milieu d’origine, à l’exclusion de tout autre; sans papa, maman, et leur réseaux, nombre d’entre eux ne seraient que « des gens qui ne sont rien ». Leur place chérie dans le dispositif d’Etat, ce n’est bien sûr ni à un quelconque talent, ni à leur force de travail, quasi nulle, qu’ils la doivent : la vacuité répétitive de leur propos, prétendument objectif, en rend amplement compte –, pour la même raison donc, la plupart n’ont jamais été confrontés à la violence d’Etat, ni à la violence psychologique perfide et acharnée d’institutions creuses qui, en réalité, ne se sont jamais affranchies de la mentalité censitaire, ni – encore moins – à la violence physique des kapos gardiens de l’ordre. Il en découle que l’insurrection est de ces phénomènes étranges et inexplicables qui échappent intégralement à l’entendement des moins cyniques parmi eux.

C’est ainsi que, face à de tels phénomènes, ces journalistes aux ordres, ces experts à la petite semaine, ces chroniqueurs du picrocholin, officient en réalité sur leurs plateaux virtuels ès qualité de flics, étalant leur incompréhension sincère ou feinte, leur rejet caractérisé, des mouvements à l’œuvre comme une extension logique de la violence de l’appareil d’Etat. Les Baddou, les Apathie, les Neumann, et les tant d’autres, qui, tout en taisant cette dernière dans toutes les langues et dans toutes ses expressions, se sont acharnés, ces derniers jours, à disqualifier, comme en toute occasion similaire, une violence populaire, sinon légitime, en tout cas aisément compréhensible, compte tenu du niveau d’arrogance et de mépris – public, cette fois, revendiqué ! – que n’a cessé depuis un an et demi d’imposer le vieil adolescent immature que les milieux d’affaire, partageant avec lui cette qualité, ont consacré roitelet pour cinq ans, tous ceux-là donc, c’est avec des képis et des gourdins qu’il faut se les figurer sur leurs plateaux : ils ne rapportent pas; ils servent le maintien de l’ordre qui les sert, dans un contexte néoféodal déguisé qui leur imposerait, sinon, de répondre de leur insubordination devant leur suzerain attitré, que le capital de celui-ci soit privé ou public au service d’intérêts privés. Plus grande est leur docilité, plus leur futile carrière sera prometteuse. Certes, des Apathie ont leur carrière derrière eux mais pourquoi, au bord de la falaise, modifier une formule qui a tant démontré ses bienfaits ?

Myrrhe et matraque… Neumann matraque les casseurs parmi les gilets jaunes ? Diviser pour mieux régner ! Baddou encense les « forces de l’ordre » ? Itou, car, si improbable que soit l’éventualité, que des CRS, issus, pour leur part, des mêmes milieux qu’eux, finissent par trouver quelque familiarité entre leur propre condition et celle des prolos insurgés, jusqu’à suivre l’exemple des Cosaques envoyés par le tsar pour mater les révolutionnaires de 1917, c’est-à-dire à faire la grève des armes, serait du plus mauvais effet pour la protection de leurs intérêts : ces bêtes-là, celles dont la profession est de casser du manifestant, il faut les cajoler, leur témoigner sans cesse une affection sans réserve, car si elles ne montraient pas leurs crocs, gare aux autres bêtes, les sauvages !

Ordo ab chao… Ces vassaux médiatiques ne chercheraient-ils pas simplement à empêcher l’émergence, à la faveur d’un chaos organisé, de forces despotiques encore plus réactionnaires que celles en place ? Pourquoi ne pas aller poser la question à leurs homologues brésiliens ? Toujours est-il que, si, contre toute évidence, tel était le cas, c’est aussi la possibilité d’un meilleur qu’ils s’évertueraient à torpiller en même temps que celle d’un pire : en 1789, c’est du côté de la Couronne que les Neumann, les Apathie et les Baddou se seraient rangés, jusqu’à leur commune putréfaction finale. Et si tel était vraiment leur noble souci, que ne s’enquièrent-ils davantage de l’infiltration desdites forces au sein des CRSS ? Motus et bouche cousue…

Le zèle de ces nervis à se prosterner, cul écarté, devant L’Ordnung, quelles qu’en soient la nature, les agissements et les objectifs, cet empressement mimétique et pavlovien à prendre en eux la trique du Befehlshaber – au nom de la République, diront-ils, mais lorsque celle-ci fut abrogée, leurs prédécesseurs ne furent pas plus avares de disponibilité –, toutefois, sont parfois si manifestes qu’ils pourraient aussi relever d’un autre impératif… D’où cette interrogation, plus sociologique que purement factuelle : dans des sociétés orwelliennes de surveillance de masse, si ce n’est une manie pédoprédatrice, que tous ces apôtres de l’Ordre pourraient-ils bien avoir à craindre des forces homonymes ?…

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