L’Eglise, cette abomination…

Panade spirituelle que l’on sert à des adultes restés enfants, la vision irénique et niaise qui, de nos jours et par ici, tend à en faire l’assise d’une quête de transcendance à laquelle serait étrangère toute ambition politique n’est que forfaiture : la religion instituée n’est et n’a jamais été autre chose qu’un outil politique, un outil de pouvoir et de domination, qui assoit la transcendance dans la pourriture de la corruption. En ce que toutes ne sont, par rapport à l’Humanité elle-même, que des sous-religions communautaristes – c’est-à-dire des sectes – qui aspirent à la soumettre en sa totalité à leurs jougs doctrinaires respectifs, ce constat vaut pour l’ensemble des religions instituées, mais, en raison de sa structure ultra-hiérarchique, il s’applique particulièrement à la religion catholique.

La bible ? Une tentative primitive et totalitaire d’organiser la cité (par la fiction). L’Eglise ? Un Etat mafieux et une cinquième colonne. Les courants religieux ? Des partis politiques. Leurs hiérarques ? Des psychopathes hors-sol. Leurs missi dominici laïcs ? Des membres cooptés de clubs sélects obsédés par l’entre-soi et le monopole de l’histoire.

Eglise est, depuis l’origine, synonyme de parjure. « La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas », écrivit Baudelaire dans Le spleen de Paris. Et s’il avait eu tort ? Se présenter sous les traits de Dieu ne serait-il pas sa ruse suprême ? Eriger en modèle exclusif un personnage de fiction supposé concentrer en lui toutes les vertus, mais édifier un royaume dont le trône ici-bas est imprescriptiblement réservé au panier à crottes (C’est du Zola !) des épigones d’un pseudo-apôtre qui ne se contenta pas de trahir, mais, le moment venu, eut l’outrecuidance, éludant le jugement divin – fausse humilité ! –, de ne présenter au Ciel que ses pieds, puis continuer insolemment de se proclamer « dans le Seigneur », ainsi préservé comme incarnation paradoxale d’une idée pure, voilà un niveau de perversion qui, ne leur déplaise, aux risibles petites sectes satanistes, qui, en réalité, s’inscrivent dans la filiation directe du Vatican, demeurera à jamais inaccessible !

Depuis ses origines, aucun Bien de l’Eglise ne pouvait émaner : elle est structurellement dépravée, eu égard à ses propres références. Son histoire n’a fait qu’aggraver cette réalité. Ainsi de la « Sainte-Inquisition », rebaptisée depuis peu en « congrégation pour la doctrine de la foi ». Ah, si seulement cette dernière pouvait à l’égard des pédoprédateurs en soutane contemporains faire preuve ne serait-ce que du centième de l’intransigeance que son aînée manifesta jadis aux prétendus hérétiques ! Vœu pieux, cela va de soi, tant il est vrai que le Mal qu’abrite la cité de tous les vices ne s’acharne jamais que sur les victimes – les victimes réelles, et non les coupables auxquels est octroyé ce statut par piété diabolique.

Le serpent n’est jamais à court d’arguments pour justifier ses turpitudes, et ceux-ci sont à géométrie variable : après avoir ordonné de faire en sorte que le prêtre lyonnais qui a admis s’être rendu coupable de pédoprédation échappe à la justice des hommes, c’est sur l’immunité diplomatique – concept fort peu divin – que s’est appuyé le préfet de la congrégation susnommée pour fuir ses responsabilités : on ne s’improvise pas Sainte-Nitouche ! Lui emboitant le pas, avant-hier, Bergoglio lui-même, n’ignorant rien pourtant de la culpabilité morale factuelle de la clique qui, d’un bout à l’autre de la chaîne de responsabilité, englobe prêtre, cardinal et préfet – ce dernier sous son autorité directe, ainsi maculée un peu plus encore – vient de confirmer sa récente décision de maintenir en fonction l’agité du bocal lyonnais, prétextant que la procédure d’appel entamée par celui-ci – un appel sur lequel, tant il infiltre les lieux stratégiques, l’Opus Dei pourrait être appelé, sans conflit d’intérêt aucun, à se pencher – valait divine prorogation de la présomption d’innocence le concernant. Saluons la cohérence « dans le Seigneur »…

Le cadre lyonnais est-il plus propice qu’un autre à la vérification des prémisses du présent article ? C’est à Lyon que Paul Touvier, fervent collaborateur des nazis recherché par la justice pour crimes contre l’humanité, trouva refuge des années durant. Et c’est précisément l’Opus Dei ainsi qu’une partie du clergé local qui s’assurèrent de son bien-être, cependant qu’un supérieur provincial jésuite comblait ledit criminel d’attentions…

En 2009, un article en ligne de la revue catholique progressiste Golias décrivait un clergé lyonnais en proie à « une stratégie de restauration ecclésiale » initiée par le très conservateur cardinal qui deviendrait l’emblème français de l’hypocrisie de l’Eglise en matière de viols d’enfants, une « restauration » sous l’égide de l’Opus Dei – encore ! – et de la Communauté de l’Emmanuel, une autre secte dans la secte – homophobe elle aussi, semble-t-il – mais issue, quant à elle, du Renouveau charismatique.

Comment, dès lors, interpréter le soutien indéfectible du si progressiste Bergoglio à celui qui, agité comme un cocaïnomane en rut que n’effleurait pas, face à l’entreprise scélérate dont il s’est rendu complice, le moindre souci d’humilité, déclara par oxymore, le 15 mars 2016, joignant le geste (un vif revers de main dédaigneux) à la parole, que « la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits » (soulignant par là même que ce n’est pas aux motivations des plaignants, que certains de ses prédécesseurs avaient au bas mot jugées suspectes, vu le laps de temps écoulé, mais aux crimes eux-mêmes qu’il vouait tout son dédain) ?

Après lui avoir fait des concessions diverses et variées, le souverain pontifiant n’a-t-il pas, irrité, sans doute, par les charges répétées lui adressées par ce camp-là, de l’Opus Dei pris congé en décembre dernier ? Des charges qui, soit dit en passant, démontrent que pas même devant l’instrumentalisation politicienne d’abus sexuels perpétrés contre des gosses le caniveau de la hiérarchie catholique ne recule !

L’affaire lyonnaise cacherait-elle pareillement une lutte de clans ? Sur son site, l’Opus Dei de France invitait ses ouailles, en juin 2015, à commémorer le quarantième anniversaire de la mort de son très saint patron, cette ordure (très) proche à la fois de Franco, d’Hitler et de Pinochet, en renseignant des lieux et des dates précises auxquelles se tiendraient, à travers la France, des messes en son honneur. L’une de celles-ci serait célébrée à Lyon par le père Baumgarten, celui-là même qui semble appelé à prendre la relève de Barbarin. Le signe, au contraire, d’une communauté d’esprit qui réduirait le conflit à une simple lutte d’egos et la protection papale à une affinité personnelle ?…

A moins qu’il ne faille voir dans la clémence du cauteleux directeur de consciences que l’application, au mépris renouvelé des victimes car à la faveur d’une indignation en ce cas sciemment attisée, de l’un de ces prescrits sadomasochistes si chers au petit monde des jésuites : « […] ainsi, à l’opposé du sentiment commun des hommes, pourront-ils, pour son divin service et sa louange, s’humilier davantage et progresser davantage en esprit pour la gloire de la divine Majesté »…

Il y a quelques jours, à l’occasion d’un conseil presbytéral lyonnais extraordinaire, quarante-huit des cinquante votes exprimés le furent en faveur d’une démission rapide et définitive du cardinal « Grâce-à-Dieu ». Bergoglio aurait pu, accentuant ce qu’il prêchait à l’entame de son mandat, confier aux curés et vicaires lyonnais le soin de décider du sort de l’importun. Mieux encore : il aurait pu laisser la base elle-même organiser un vote, avant d’en valider automatiquement le résultat, mettant ainsi en valeur le mode d’organisation des communautés chrétiennes premières, dont il se disait si admiratif avant son accession au Saint des saints de la duperie. Mais de la tambouille politicienne vaticanesque, qu’attendre d’autre qu’une posture hiérarchique ?

Dans l’Eglise, aucun Bien ne peut émerger qui ait l’objectif d’assainir le sommet; tout est imposé depuis le sommet pour le contenir. Tout compte fait, celui-ci ne diffère en rien du sommet de la pyramide détaché de cette dernière, qui orne certains billets de banque. Par ce sommet, toute l’Eglise est conditionnée, de telle sorte qu’elle ne favorise pas l’élévation; elle fait main basse. Il n’est pas question de la convaincre; c’est son inflexible conviction qui s’abat sur « le troupeau ». Ainsi, de la même manière que quantité de prêtres et d’évêques ont fait main basse sur l’intimité d’enfants, l’Eglise, au diapason, fait main basse sur celle des hommes et des femmes. La volonté propre et le consentement individuel sont des paramètres dont elle ne s’encombre qu’à la marge, si elle y est contrainte. Laisser accroire qu’elle ne serait qu’un club sectaire qui ne s’adresse qu’à ses membres est une autre de ses ruses; son ambition est et a toujours été de dominer tou(te)s et chacun(e). Comme l’atteste l’Opus Dei, qu’elle accueille fièrement en son sein avec son bagage nazi, l’Eglise n’affiche une apparence paisible et inoffensive qu’en raison d’une conjoncture qui la cantonne à un certain périmètre. Que survienne une apocalypse, et l’Inquisition réapparaîtra. Sa doctrine infernale, faite, pour ses indignitaires uniquement, d’aménagements raisonnables obscènes, continue, à travers des réseaux bien huilés et des habitudes difficiles à perdre, de polluer la société dans son ensemble en suscitant un mimétisme servile producteur de pieuse perversité. Une institution qui permet aux hommes les plus vils, les plus corrompus et les moins sages, de prodiguer des leçons de maintien : par-delà la République telle que la conçoivent Trump, Macron ou toute autre délirante enflure transitoire, telle est l’Eglise plurimillénaire, qui de son histoire tyrannique ne renie rien ! Et tel est son fameux sommet qu’en vertu de la croix renversée dont elle est dépositaire, il côtoie la gadoue. En vérité, en effet, c’est toute la hiérarchie ecclésiastique qui manœuvre dans la fange, et à ces boueuses sommités, aucune insulte assez odieuse ne saurait être adressée, pas une once de respect être due.

Ceux et celles qui leur en témoignent malgré tout, celles et ceux qui acceptent leur tutelle, tou(te)s leurs «  fidèles », en somme, savent – ou devraient savoir – à quoi ils le sont et à quoi ils souscrivent ainsi : à l’antithèse structurelle du Bien – qui n’est certes pas la seule expression du Mal, mais qui y occupe une place prépondérante –, à une morale équivoque faite de doubles standards, à une institution politique anachronique dans sa forme et principiellement viciée, qui agite le paravent divin pour neutraliser toute opposition, à une assemblée non élue composée de détraqués sexuels œuvrant au politiquement correct, à une hiérarchie monstrueuse où ni l’Homme ni un Dieu bien compris n’ont leur place ! Tout acte de bonté d’un modeste curé de campagne, toute humilité sincère manifestée par une pratiquante, se trouvent ipso facto perverties, et si cette bonté et cette humilité persistent, elles ne peuvent le faire, de leur crédulité s’étant départies, qu’aux dépens de l’institution et contre elle.

Aux distraits, Bergoglio, l’esprit embourbé, vient de le rappeler : dans l’Eglise, il ne faut chercher ni éthique ni transcendance. En prendre conscience est un premier pas hors de l’imposture !

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Ne pouvant, après quelques essais, me résoudre à la mise entre apostrophes, trop barbare décidément (cf. la note infrapaginale de cet article antérieur), je reviens dès à présent à l’italique simple pour la relativisation, et opte, s’agissant de l’emphase, pour l’italique gras.

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