Carnet de voyage

« Le recours aux forêts »… de champis ! (ou la tentation de Socrate)

Il faut vous imaginer entouré d’enfants. Pas de vrais enfants, mais de créatures qui ont une apparence d’adulte, disposent de tous les jouets de pouvoir caractéristiques de cette apparence, à commencer par l’argent, mais n’ont jamais, en réalité, dépassé le stade de l’enfance. Les uns vous font consciemment du mal parce que le mal qu’ils vous font leur est semi-subconsciemment renvoyé, et que ce n’est que par ce biais qu’ils se sentent vivre : revivant par votre entremise, dans le rôle du tortionnaire cette fois, le mal qui leur a été fait naguère, ils croient s’en affranchir tandis qu’ils le pérennisent, mais ce n’est, somme toute, par identification résiduelle, que leur conception primitive de l’amour qu’ils vous expriment ainsi, la seule qui leur ait été inculquée, et la seule qu’en boucle ils se soient autorisés à manifester. D’autres, ceux qui s’asseyaient toujours au premier rang, pour se trouver au plus près du professeur, vous haïssent parce que, même si vous ne faites de tort à personne, vous excédez leur carcan moral. D’autres encore sont tout simplement sots, et dans leur sottise un résidu de norme a gardé sa place. Une dernière catégorie d’enfants, enfin, les plus développés de cette garderie, ayant déterminé qu’il était nécessaire dans l’optique d’un dessein supérieur, qui coïncide en général avec leur intérêt propre, sont totalement indifférents au mal qu’ils font. Toutes sont convaincues d’avoir raison ; la dernière est persuadée d’avoir, en prime, la raison avec elle. Toutes vous indiquent le droit chemin, hors duquel point de salut, les unes du haut de leur suprême ignorance, l’autre par obscène hypocrisie : « il n’y a qu’une seule voie »…

Famille de hyènes lilliputiennes comme pas même Bazin n’a pu en décrire, divertisseurs à la petite semaine, gays obscurs, politichiens assoiffés, petits bourgeois de tout acabit, syndicat de vendus moralisateurs, employeurs détraqués, guilde des avocats de Bruxelles, guilde des notaires du Hainaut : depuis une dizaine d’années, comme s’ils s’étaient donné le mot, tous ces sales gosses et bien d’autres, autosatisfaits comme il se doit, ont fait de ma vie un calvaire (documenté), bravant tout cadre juridique, toute honnêteté intellectuelle, tout respect individuel. Tous parlent le même langage, qui ne connaît ni vérité ni créativité. Ce langage n’est pas le mien !

Ce ne sont pas leurs assauts incessants qui m’ont laissé groggy, et ont rendu obèse un athlète qui, auparavant, fréquentait la salle de fitness cinq fois par semaine. C’est la drogue ! Et c’est elle, bien sûr, qu’au singulier, lesdits enfants n’hésiteraient pas à pointer du doigt pour expliquer quelque misanthropie inédite dans le chef de celui qui écrit ces lignes. Je n’ai jamais cherché, toutefois, que la compagnie d’adultes qui parlent ma langue…

Le 21 octobre 1949, dans la foulée de la parution de 1984, Huxley, qui en matière de mescaline avait pourtant, par autocritique, fait œuvre scientifique, écrivit à Orwell une courte lettre (1) dans laquelle il soutenait, tout en rendant hommage au talent de son confrère écrivain et à l’ingéniosité dont il avait fait preuve dans la description de la société dystopique qu’il avait imaginée, que l’introduction de la technique de l’hypnose dans la démarche psychanalytique – et donc sa généralisation – ainsi que le recours aux barbituriques, qui induisent, selon lui, un état semi-hypnotique, rendaient plus probable le scénario d’une société dystopique telle que celle qu’il avait dépeinte dans Le meilleur des mondes, paru avant la boucherie hitlérienne. En effet, le bruit des bottes suscitera toujours une résistance, et aucun dictateur ne pourra par le diktat seul se maintenir éternellement au pouvoir. En revanche, si ceux qui tiennent les rênes font preuve de suffisamment d’habileté pour obtenir, à défaut de leur consentement éclairé, le consentement tacite de ceux dont ils enchaînent la vie, leurs statues pourraient, quant à elles, devenir millénaires.

Lors d’une conférence à l’université de Berkeley, le 20 mars 1962, soit un an et demi avant qu’il ne demande à son épouse de l’euthanasier en lui administrant par voie intramusculaire une surdose de LSD, Huxley développa son point de vue : à son estime, un plaisir instillé de manière factice était un outil de gouvernement bien plus efficace que la contrainte. Apostrophant l’assistance, le sage l’invita à s’imaginer une société dans laquelle une drogue miraculeuse permettrait à chacun de trouver motif de réjouissance, malgré la misère ambiante et les injustices quotidiennes… Une telle société ferait de ses citoyens les consommateurs réjouis et apaisés de leur propre malheur. Or, ne serait-ce pas là la forme de dystopie la plus perverse… et la plus avancée ?

L’argument présentait quelque similitude avec l’exhortation à bannir la consommation d’alcool adressée, à la fin du XIXe siècle, à la classe ouvrière par le mouvement socialiste naissant : est mauvais militant qui picole, et point de lendemains qui chantent pour les luttes enivrées… Problème : dans les grandes lignes, le patronat, soucieux de productivité, partageait ce souci. Et s’interroger sur la différence, en termes de résultats escomptés, entre une grève à jeun et une désobéissance civile saoule, à une époque où les viviers de recrutement n’étaient pas encore surpeuplés et les adjoints aux procureurs médiatiques se cherchaient encore un parquet, paraît donc légitime.

Quoi qu’il en soit, les années et les décennies qui suivirent la saine mise en garde de Huxley ont mis ses vaticinations à l’épreuve. Et il en ressort, me semble-t-il, une impression mitigée. En effet, on pourrait considérer que des drogues telles que l’XTC, mâtinées de musique abrutissante, ont considérablement affaibli le potentiel de révolte de générations entières, et relever que d’autres, telle la cocaïne, sont totalement en phase avec la doctrine productiviste. Toutefois, une variété distincte de psychotropes a démontré, quelques années à peine après la conférence susévoquée, et sur le lieu même où celle-ci s’était tenue, qu’elle pouvait, si les circonstances y étaient favorables, encourager à la rébellion, au nom de causes justes.

S’ajoute à cet argument qu’à ce stade, en dépit de toutes les drogues bon marché disponibles en Occident, et malgré toutes les émissions feel-good hypnotiques diffusées sur le câble, la subtilité et le raffinement requis par la projection de Huxley font décidément défaut à la gouvernance, qui ne semble nullement prête à remiser au placard le bâton de la terreur et de la surveillance panoptique, encore moins à tolérer les drogues hippies. Or, si la population était docile (parce qu’hypnotisée), la surveiller serait inutile. Et si le Xanax® ou l’éphédrine induisaient du plaisir, ça se saurait : Grace Zabriskie vous le dira… C’est donc dans une conjonction bâtarde des cauchemars orwellien et huxleyen que nous serions plongés. Est-ce une fatalité ?…

A 16 ans, j’avais pour mon cours de français rédigé spontanément, à la manière d’une parabole, une courte bafouille à l’attention d’un professeur qui, avant de choper la grosse tête, avait ouvert mes horizons intellectuels. Je l’avais rédigée comme ça, gratuitement, sans injonction, et en requérant qu’elle ne fasse l’objet d’aucune note : la liberté littéraire, la liberté de conscience, ne se notent pas ! Le personnage de cette parabole était un certain Imbecilus d’Outrecuidie; s’y reconnaîtrait qui le voudrait, aujourd’hui encore… Son sens : toutes les distinctions, tous les signes de reconnaissance sociale, toutes les médailles, tous les honneurs, éloignent de l’essence. En la lisant, Monsieur Collès se sentit visiblement interpellé : « mais qu’est-ce que l’essence ? » me demanda-t-il, perplexe, à plusieurs reprises. Dans mon esprit, c’était clair : c’était le substrat d’égalité en nous qui devrait être indivisible, la part individuelle commune à chaque être humain, ce qui, dans notre plus profonde intimité, nous relie tous par-delà nos egos. Mais je ne parvins pas à l’exprimer distinctement. L’idée était encore brumeuse. Neuf ans plus tard, la psilocybine disperserait la brume…

C’est à vingt-et-un ans que j’ai découvert le cannabis. C’est d’ailleurs le prétexte qui fut avancé par une génitrice accro à la clope ainsi qu’aux amphétamines vendues en pharmacie et par son second mari alcoolo pour m’expulser (une première fois) du domicile familial. L’usage de cannabis se conciliait parfaitement avec ma pratique sportive. Mieux : chaque fois que j’arrêtais d’en consommer, mon organisme se débarrassait naturellement de toutes ses toxines, aidé en cela par des sessions de sauna intensives.

Mais c’est à vingt-cinq ans que j’ai consommé de la psilocybine pour la première fois. L’expérience fut si intense spirituellement que dix ans au moins se sont écoulés avant que je ne la renouvelle. Pourtant, j’entends d’ici les enfants, inconscients du ridicule de leur proposition, chuchoter : « à mon avis, il est en manque »…

Si, durant cette période, le cannabis m’a permis de me relaxer lorsque j’en avais vraiment besoin, de penser et de créer hors du cadre habituel, la psilocybine m’a littéralement dévoilé la nature de ce cadre, avant de l’éclipser temporairement. Au pinacle de cette expérience, c’est, pour autant que l’on se donne à lui, l’éther qui se donne à vous comme un nouveau fluide amniotique : Platon avait tort ! Pas d’hallucination alors, mais un ressenti surréel, une perception bien sûr, mais celle d’un autre monde, sinon inaccessible. Le narrer est à celui-ci ce qu’une nouvelle émoustillante dans Lui est à l’amour charnel. Et les enfants de se dire à présent : « il est fou »…

Peut-être n’ont-ils pas tort : certes, pas aussi fou qu’un capitaine d’industrie militaire, ou que tous ces supplétifs hypnotisés des personnages de romans avec lesquels on nous bassine depuis des millénaires, mais assez fou que pour entreprendre sa propre introspection, et simultanément une analyse en profondeur des leviers du monde dit tangible.

C’est d’ailleurs à cette folie, à l’exact opposé de la sérénité dudit monde, que la police de la pensée, la police du plaisir libre, la police de l’Autre, la police de l’être, la police d’un dasein secret et interdit, tellement subversif qu’il contient la promesse de l’abolition de toute guerre, est appelée à remédier, comme hier elle avait sous la férule de Lyssenko remédié à l’inconsistance scientifique, et avant-hier par l’Inquisition à la jouissance lubrique, Lumière du Malin.

Contrairement à Richard Alpert, qui s’est distingué des zozos du Harvard Psychedelic Club par son sérieux et son humilité, et a relaté sa propre expérience lors d’une autre conférence, je n’ai, quant à moi, ressenti aucune angoisse au contact de la psilocybine. De bout en bout, cet élixir a été pour moi source d’une contemplative et sereine révélation, qui répondait en quelque sorte à une longue quête spirituelle, à un manque de sens : enfin, mon esprit s’était immergé dans ce qu’il s’était jusqu’alors contenté d’observer et d’imaginer au loin par ellipse. Pas davantage n’ai-je vécu un quelconque dédoublement de personnalité (que je suspecte Alpert d’avoir utilisé comme un procédé stylistique destiné à permettre à son auditoire d’appréhender de manière plus compréhensible l’expérience qu’il avait vécue, selon une trame plus ou moins logique). Mais il ne fait aucun doute que mon premier trip a d’emblée suscité une prise de conscience extraordinaire, qui s’accompagnerait progressivement de l’émergence d’une personnalité nouvelle, fondée sur l’humilité, la bienveillance et le refus de toute mesquinerie : depuis la psilocybine, sans que mon ardeur à défendre mes convictions en pâtisse et sans céder à la béatitude, je me la joue beaucoup moins. Pas parce que je me serais résigné, mais parce que cette expérience a eu raison du grand dadais, de l’Imbecilus, en moi, et à quiconque sait de quoi je parle, tous ceux qui, quels que soient leurs attributs, continuent de se la jouer, de faire les malins, apparaissent si dérisoires, leurs prétentions si futiles… Cette humilité joyeuse, qui s’interdit de dicter à autrui sa manière de vivre, mais qui veut être humaine et vivre vrai, refusant tant l’existence faite comédie dégénérée que celle calquée sur une tragédie grecque, me paraît la seule réponse viable à l’abrutissement.

Certes, plusieurs personnes sont devenues humbles et bienveillantes sans avoir jamais trippé. Grand bien leur fasse ! Mais de la même manière qu’écouter de la musique ou observer un tableau après avoir fumé un joint en décuple l’expérience, percevoir le fond intrinsèque de ces sentiments, pour le coup dénué de volonté propre, est sans commune mesure avec leur déduction rationnelle : l’unité essentielle ressentie dans le premier cas est proprement métaphysique, dans sa symbiotique plénitude, où l’anarchie semble parfaitement organisée.

Néanmoins, je le concède, en observant les gesticulations immatures d’un Leary, pape d’un mouvement psychédélique qu’avec le recul son one-man-show égocentrique et mégalomaniaque d’adolescent prépubère instable n’a fait que discréditer, il est permis d’en douter. En son for intérieur, l’énergumène n’était sans doute pas un mauvais bougre, et les innombrables affronts, en ce compris les nombreux séjours pénitentiaires, que lui ont infligés la machine nixonienne et ses avatars ultérieurs l’auront indubitablement poussé à bout. Il n’en demeure pas moins qu’il a rendu un très mauvais service à la part de retenue et de raison constitutive de la cause psychédélique : quel enfant souhaiterait-il, en effet, que sa progéniture devienne pareil hurluberlu ? Or, pareil hurluberlu, il ne peut bien sûr lui-même l’être devenu qu’à travers ses licencieuses expériences. Par conséquent, il incombe à chaque enfant d’interdire à la chair de sa chair, quelle que soit son âge au demeurant, de toucher à la chair des dieux : il y va du salut public, et accessoirement de celui de la sainte puritaine bourgeoisie, celle qui requiert par ailleurs la contrition, la honte et le silence des coupables pris les doigts dans le pot de confiture : la carrière d’abord, bon Dieu ! Qui tu es, qui nous sommes, ce qui confère du sens à ce que nous faisons, on verra après, s’il nous reste du temps…

Même McKenna, dont le propos était pourtant plus construit, s’est parfois perdu, confondant ses propres projections avec l’idée de la vérité, ou même sa recherche, dans les méandres de l’irrationalité. Et la contradiction ne lui était pas plus étrangère. Ainsi par exemple de son adulation du tribal, alors que partout la tribalité aujourd’hui n’a de cesse que de ravager, et que c’est au contraire la porte de l’universel qu’ouvre la clé psychédélique. Ces substances empêcheraient donc aussi tout propos cohérent et sensé, lors même que leur usage suscite une cascade de questions fondamentales…

En quoi le mécanisme derrière le « son radiofréquentiel […] décrit comme étant un bourdonnement, un cliquetis, un sifflement ou un coup, en fonction de différents paramètres de transmission », un son dont « la source supposée […] est localisée par les sujets à l’intérieur ou derrière la tête » (2), ce même son auquel un Leary complètement déjanté et paranoïaque fit maladroitement allusion lors d’une conférence-éclair consacrée aux théories du complot, s’articule-t-il avec l’entre-deux d’une expérience psychédélique ?

Une telle expérience se vit-elle à notre époque comme elle pouvait se vivre à l’Antiquité (3) ? La surabondance de perfluorotributylamines et d’ondes diverses dans l’atmosphère n’exercerait-elle  sur elle aucune influence ?

Peut-elle être concluante en temps de guerre, si tant est que les participants soient consentants et préparés ? Permet-elle, même dans ces conditions, d’atteindre la plus authentique des allégresses ? Si oui, quelle est donc cette oasis de pureté que rien n’atteint ? Et l’émerveillement qu’elle suscite en toute occasion n’est-il pas monstrueux ? Ou, pour inverser la perspective, comment nos sociétés ont-elles pu devenir ce qu’elles sont si en chacun de ceux qui les composent réside cette immuable ataraxie ?

Loin de tout psychédélisme, c’est la métamphétamine qui avait la préférence des nazis (4). Eussent-ils été si efficaces s’ils avaient ingéré des champis ? Jamais en reste, la CIA a mené à leur insu sur plusieurs cobayes humains diverses expérimentations à base de psilocybine et de drogues similaires – sans être équivalentes –  (5) afin d’établir si celles-ci pourraient servir à neutraliser un ennemi : jusqu’à présent, plus de soixante ans après les faits, aucun consensus scientifique ne s’est encore dégagé autour du mystère de Pont-Saint-Esprit (6). Mais ces décoctions-là seraient-elles également susceptibles de s’inscrire dans le scénario envisagé par Huxley ? Ou dans celui échafaudé simultanément par le Praguois Leo Perutz, un autre écrivain parmi ses contemporains (7) ? Si vous avez, en tant qu’initié, répondu par l’affirmative à au moins deux de ces questions, sans doute estimez-vous qu’il serait sage que le projet de LSD pour tous de Leary et consorts ne voie jamais le jour, et qu’il est donc impératif que les enfants stressés et apeurés demeurent des enfants niais, pour autant qu’ils se décident enfin à laisser les adultes vivre leur vie en paix, loin de l’opium du productivisme frénétique, qui mène la planète à sa perte.

Le monde sous psilocybine est une Atlantide. La visiter est un droit de l’Homme, commun comme l’eau, libre comme l’air, dont il ne faut pas user à la légère. Nul n’en détient le droit d’accès, car c’est de l’étant même qu’il s’agit, et à travers lui de l’être, accessible par l’esprit. Pour autant qu’il fût structuré au préalable, celui qui s’y plonge se rend compte avec une intensité inégalée que c’est dans l’esprit reptilien, en réalité, que l’esprit de compétition puise son inspiration. Naïf comme un Lennon, Leary n’avait pas saisi que les élites du désordre ordonné et de la destruction schumpeterienne l’avaient compris. C’était un illuminé. Les censeurs de l’au-delà hic et nunc des dinosaures avides de réformes

Autres temps, autres mœurs, dit le proverbe. Mais l’exploration de cette Atlantide n’est pas plus une mode que la découverte de soi dans l’essence commune du monde n’est un crime. Si elle l’était, c’est la philosophie existentialiste, dont pareille exploration me semble le prolongement, qu’il faudrait condamner dans son ensemble…

Trouver des humains qui parlent la langue, tel demeure mon objectif, vital. Nous nous reconnaîtrons, et par leurs postures, leurs mots et leurs silences muets nous reconnaîtrons aussi les imposteurs. Les projets s’ensuivront, à foison et par substance. Et si cette ambition s’avérait vaine, resterait toujours le recours à l’ermitage…

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(1) Source : http://www.lettersofnote.com/2012/03/1984-v-brave-new-world.html

(2) lire : « Jeanne, m’entends-tu, tu m’entends, Jeanne ? »

(3) Rappels : la psilocybine, la mescaline et le LSA (produit par l’ergot de seigle ou d’orge, et dont fut dérivé le LSD) sont des substances aussi naturelles que le cannabis. En outre, même si parmi toutes ces substances, le risque d’overdose est (à l’inverse de celui présenté par la cocaïne, l’héroïne, ou encore la métamphétamine) extrêmement faible, la seule qui fournisse en la matière une garantie absolue est le cannabis…

(4) Source : Pieper Werner, Nazis on Speed – Drogen im 3. Reich, Vol. 1, Taschenbuch, juillet 2002

(5) Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Project_MKUltra

(6) Lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_pain_maudit

(7) Lire : St. Peter’s Snow, Vienne, 1933

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Lire aussi « how dare you ? » in :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/11/07/nouvelles-du-canna-moloch/

et : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/05/31/acta-le-prototype-dune-certaine-europe/

Quant à l’exercice d’écriture automatique suivant, il s’est déroulé sous l’influence du cannabis :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/06/06/petit-exercice-decriture-automatique/

Le poème crypté suivant, en ce compris la chausse-trape qu’il contient, a été conçu et rédigé, quant à lui, à la fin d’un trip sous psilocybine :

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/01/des-chittres-et-des-leffres-experimentation-sublitteraire-cryptee/

 

Demeter's potion

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De mon père, je n’ai gardé qu’une chose…

Hôtel des DunesTous les étés avant mon onzième anniversaire, c’était pareil : il n’y avait qu’une seule destination. D’autres enfants auraient pu s’en lasser, mais pas moi. Malgré la journée entière passée sur des autoroutes accablantes de chaleur dans une voiture bondée d’objets utiles, faire pendant quelques semaines escale à Lesconil était un vrai plaisir. Il y avait pour moi quelque chose de féerique dans ce petit village breton bercé par les vagues de l’Atlantique, où résonnait, le quatorze juillet, le son magique des cornemuses…

Mon père est né à Bruxelles, mais c’était là son berceau spirituel, non loin de là en tout cas, en terre de menhirs et de dolmens. Plages de sable fin y alternaient avec plages de galets, et du marché hebdomadaire se dégageaient d’agréables effluves de poisson et de crustacés frais à nulle autre pareilles, ces langoustines et ce poisson qui se retrouveraient le soir dans nos assiettes, après quelques Bernard-l’ermite en guise d’entrée.

Dans les rues qui menaient à la place du village, les bigoudènes, vêtues de leur longue robe noire et coiffées de leur long chapeau conique blanc dentelé, tricotaient leur fil de laine sur le pas de leur porte. Et le vieux Youn était trop heureux de pouvoir échanger quelques mots avec nous.

Au bar du village, un juke-box flambant neuf nous proposait la pop anglo-saxonne du moment. « Forever Young, I Want To Be… » : une chanson en particulier semblait toujours faire mouche auprès de mon père…

Aux alentours du Grand Hôtel des Dunes, où nous résidions, une dizaine de chiens, grands et petits, apprivoisés ou sauvages, faisaient le bonheur des enfants. En me mordant, l’un d’eux a pourtant failli me refiler la rage. Je me souviens comme d’hier des deux Saint-Bernard qui léchaient affectueusement la plaie béante à mon genou, sur la terrasse de l’hôtel, comme pour s’excuser de l’agressivité de leur compère.

A l’arrière de l’hôtel, il y avait un vaste jardin, des fourrés et quelques arbustes sur les côtés : un terrain de jeu idéal pour les gosses. Plus loin, quelques rochers qui faisaient office de brise-lames et abritaient une faune abondante. D’autres enfants s’amusaient à y repérer de gros crabes rouges. En ce qui me concerne, ce sont les étoiles de mer qui me fascinaient. Elles seraient désormais en voie de disparition…

Tôt le matin, sur un petit bout de littoral algal déserté par la marée, les pêcheurs imitaient avec leurs bottes le tapotement des pattes des mouettes pour extirper de la vase les néréis qui leur serviraient d’appât les jours suivants. Chaque année, mon père se faisait un devoir d’embarquer sur un petit bateau de pêche et de partir au large pour une journée …

Et quand venait le moment de partir vraiment, il avait toujours dans les yeux ce mélange de nostalgie et d’amertume face à l’horizon sans fin de l’océan, une profondeur triste qu’il prenait toujours soin, en d’autres occasions, de masquer.

Quand on est gosse, ce genre de chose-là, on ne le comprend pas…

Aujourd’hui, lorsque j’entends la caresse des vagues sur le sable et je regarde au loin, ce n’est pas la mélancolie qui m’assaille, mais une étrange torpeur, un bien-être indéfini qui ne s’explique, ni ne s’exprime. Une modeste plénitude… qui ferait presque pleurer.

 

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Eden assailli, éden souillé…

Agbogboshie 2

Jeter une canette à terre dans un parc public et déverser plusieurs tonnes ou litres de déchets toxiques dans la nature sont deux actions qui relèvent, en principe, de la même muflerie. Incivilité sera le terme utilisé pour qualifier la première, qui se verra, le cas échéant, assortie d’une amende : l’on ne saurait laisser impunément « les sauvageons » imposer leur loi. La seconde, bien qu’elle ait des répercussions autrement plus importantes, n’est souvent perçue que comme un aléa du business : après tout, les ordures qui procurent des emplois ne sont-ils pas de plus en plus à l’origine des lois ? Elle suscitera certes, ici ou là, des réprimandes de principe, mais depuis quand juge-t-on les seigneurs ?

Au début de ce mois, le Garden of Eden, une propriété sise dans la ville texane d’Arlington, qui abrite une communauté hippie rescapée du tout-au-commerce, a été l’objet d’un raid agressif de la part de plusieurs dizaines de membres des forces spéciales (SWAT) et de fonctionnaires, qu’avait précédé une surveillance de la propriété par hélicoptère et au moyen de drones. Au même moment où plusieurs molosses prenaient plaisir à arracher en toute illégalité les plantations et les arbustes fruitiers qui conféraient au lieu son cachet paisible et son originalité, leurs collègues tenaient littéralement en joue les huit habitants des lieux. Le crime de ces terroristes ? Pas même une canette oubliée, plutôt des herbes trop hautes, des buissons qui empiétaient sur la voie publique, la présence d’un canapé et d’un piano dans la cour, et des buches non convenablement entassées (1) ! Big Brother a les yeux partout, même dans la propriété privée d’autrui !

C’est ce qu’auraient, en tout cas, aimé croire les parents de la petite fille de trois ans décédée, en avril dernier des suites d’une intoxication aux produits chimiques déversés illégalement à proximité de son aire de jeu, lesquels ont empoisonné par ailleurs plusieurs de ses camarades (2). Cette histoire-là est africaine ; elle s’est déroulée au Cap, dans la pointe méridionale du continent. Il semblerait qu’elle implique la société Protea Mining Chemicals, productrice de matériaux chimiques et de polymères pour l’industrie minière (3), elle-même filiale de la corporation Omnia Holdings (4), un géant des engrais chimiques (également connu pour sa fabrication d’outils de détonation) présent sur trois continents, qui a joyeusement annoncé, en juin dernier, des résultats supérieurs aux attentes, et un dividende à l’avenant (5). Rien de nouveau sous le Soleil dans un continent considéré par d’aucuns, dans les sphères qui se veulent hautes, comme « sous-pollué »… (6)

En effet, que le pollueur de masse et en série soit implanté localement ou que la pollution caractérisée soit le fait – c’est plus probable et plus fréquent –  de vermines occidentales qui, au moyen de sous-contrats, de sociétés écrans et de bateaux-conteneurs battant pavillon exotique, « le déversement incontrôlé de déchets toxiques en Afrique remonte officiellement aux années septante, lorsque des rapports qui faisaient état d’accords clandestins entre des pays africains et des compagnies états-uniennes, françaises, allemandes, britanniques, suisses, italiennes et soviétiques se sont mis à voir le jour. Les rumeurs relatives à des sites de déchets toxiques dans différentes pays africains (principalement en Afrique de l’Ouest) seraient rapidement étayées par des preuves telles que des barils percés (cf. le cas du Nigéria) ou encore des photographies aériennes d’un site de déversement illégal (cf. le cas du Bénin). » (7)

A cet égard, l’affaire Trafigura, du nom de cette compagnie britannico-batave qui a, en 2006, abreuvé en toute connaissance de cause dix-huit sites d’Abidjan, la capitale de la Côte-d’Ivoire, de résidus chimiques toxiques, ne représente que le dernier scandale « nimby-bitif » (not in my backyard, but in theirs is fine !) en date (8). Ce scandale est illustratif, en tout cas, de la mansuétude de l’appareil judiciaire à l’égard des « patrons voyous », qui ne sont poursuivis qu’en ultime recours ou que si un tiers (en l’occurrence Greenpeace) les assigne en justice (9).

Il est représentatif, en effet, en ce qu’il témoigne, une fois encore, de l’incapacité clinique, pour les patrons de grandes entreprises, d’assumer leurs responsabilités. Lorsqu’un abruti lance une canette à terre et qu’il est pris en flagrant délit, il finira bien par admettre qu’il l’a fait et par ramasser sa canette. Lorsqu’une ordure cotée en bourse intoxique une centaine de milliers de personnes et piétine la convention de Bâle (10), elle se réfugie dans le déni, achète pour une poignée de dollars le silence de ses victimes, et fait comme si de rien n’était. C’est cette puérilité-là qui, sous couvert de chiffres et d’emplois, en est venue à régir les sociétés : tout, mais pas la responsabilité !

Troisième plus gros négociant de matériaux bruts (comprenez : de pétrole) au monde, Trafigura se porte très bien, merci : la corporation a clôturé l’année 2012 avec un chiffre d’affaires record et un bénéfice d’un milliard de dollars. Quant au premier semestre de 2013, il a été très profitable lui aussi (11).

Comme le souligne le sociologue David Pellow, « il y a quatre raisons fondamentales à la délégation à l’hémisphère sud, dans sa globalité, du fardeau que constituent les produits toxiques. La première est l’augmentation exponentielle de la production de déchets dangereux et l’émergence de législations environnementales plus contraignantes dans les pays industrialisés. Ces changements ont accru le coût du traitement et de l’élimination des déchets au Nord, qui est très largement supérieur aux tarifs pratiqués par la plupart des nations méridionales. De la même manière, l’arsenal législatif qui caractérise les nations industrialisées [en la matière] est bien plus tatillon que les régulations laxistes en vigueur dans de nombreux pays du Sud, ce qui favorise [dans ces derniers pays] le déversement bon marché [de produits toxiques]. […]

La seconde raison […] est le besoin généralisé de devises auquel font face les pays méridionaux. Ce besoin, ancré dans une longue histoire de colonialisme et de prêts suivis d’accords de dettes entre pays du Sud et du Nord, amène souvent les responsables de gouvernement des premiers à accepter une compensation financière en échange de l’autorisation de déverser des déchets chimiques à l’intérieur de leurs frontières. De nombreux observateurs (par exemples, des économistes et des chefs d’entreprise du Nord) ont qualifié ces transactions d’ « économiquement efficaces », alors que d’autres (par exemples, des élus africains et des environnementalistes du Sud) préfèrent à cette qualification celle d’ « impérialisme ordurier ».

Agbogboshie

La troisième raison […] est le pouvoir apparemment inexorable de la mondialisation économique, dont la logique dicte aux industries de réduire leurs coûts et d’accroître leurs profits, à défaut de quoi elles sont vouées à l’échec. […] Cette même logique s’applique aux industries qui gèrent les déchets toxiques produits par l’économie de marché : il leur faut accéder à des marchés et à des acheteurs dont les prix entraînent pour elles une augmentation des bénéfices et une réduction des coûts. Ceci signifie que ces déchets feront l’objet d’un négoce et qu’ils seront déversés dans des pays, au sein de communautés, où, en raison de structures déficientes et d’économies vulnérables, les entreprises de gestion de déchets et leurs intermédiaires seront gagnants en termes de coût.

La quatrième raison […] relève de la culture et de l’idéologie de classes et raciste qui imprègne les milieux et les institutions de l’hémisphère nord, qui considèrent parfaitement acceptables les déversements toxiques dans des pays pauvres et de couleur. Le meilleur exemple d’une telle idéologie est la tristement célèbre note interne de la Banque mondiale rédigée en 1991 par Lawrence Summers, qui en était alors l’économiste en chef et le vice-président. (6)

[…]

Les points suivants ne sont pas moins dérangeants que la note elle-même :

  En réponse aux journalistes et aux activistes qui lui rappelèrent ses propos, Summers se contenta d’affirmer que ledit mémo était supposé être « ironique ». Il n’en a contesté ni le contenu, ni les implications politiques.

–  La Banque mondiale a, en effet, financé de nombreux programmes de transferts de déchets  électroniques de par le monde. Depuis le mémo Summers, cette tendance s’est poursuivie, en particulier vers des pays comme l’Inde ou les Philippines, soulignant le lien direct entre la position idéologique reflétée dans le document et les politiques réellement mises en œuvre par la Banque mondiale.

–  La cohérence entre le raisonnement de base mis en lumière dans le mémo et la théorie économique en tant que telle est enseignée chaque année à des millions d’universitaires, et pratiquée quotidiennement par des dirigeants d’entreprise. C’est la raison pour laquelle des altermondialistes taxent souvent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international de centres de l’impérialisme économique.

–  L’idéologie qui sous-tend le déversement de déchets toxiques dans des pays pauvres est également raciste dans la mesure où les peuples de ces pays sont avant tout des peuples de couleur non européens, et où la pauvreté est intimement liée à la race au niveau mondial. Même la notion de pays en voie de développement (PVD) remonte  à des théories de la modernité embuées de racisme, en ce que le « développement économique » constitue une appellation codée à l’aune de laquelle se mesure le degré de civilisation d’une société. » (12)

Les propos qui précèdent, lourds de conséquences sur la dialectique postcoloniale en occident et post-raciste en Europe, pourraient se paraphraser comme suit : « la pauvreté et le besoin impérieux d’en sortir impliquent-ils de faire abstraction des immenses dégâts que les déchets toxiques sont susceptibles d’occasionner, in fine, à, l’environnement et aux peuples d’Afrique ? La fin (en l’occurrence, des bénéfices de court terme) justifie-t-elle les moyens ? Les pays africains qui importent des déchets toxiques devraient se rendre compte qu’en réalité, ce sont les pays exportateurs qui ont le plus à gagner de tels marchandages. En utilisant l’Afrique comme une déchetterie, les pays industrialisés échappent aux coûts importants de l’incinération et du recyclage de leurs déchets […], et l’Afrique écope du coût lié au nettoyage des dommages causés par ceux-ci, ce qui rend caduque toute tentative de production de croissance aux fins de diminuer la pauvreté. » (7) Voilà, en effet, un angle original pour aborder le double discours du Nord à l’égard du Sud, épouvantablement généreux en termes de prêts générateurs de dettes indues, et de dons, pour le coup, ouvertement toxiques…

« Les Etats-Unis peuvent […] faire davantage en termes de commerce et d’investissements. Les pays riches doivent ouvrir de manière significative leurs portes aux produits et services africains. […] Nous pouvons accroître la prospérité par des partenariats public / privé qui investissent dans de meilleures routes et dans l’électricité, par des formations au métier d’entrepreneur, par des services financiers accessibles aux pauvres et aux régions rurales. C’est dans notre intérêt à nous aussi, car si l’on parvient à extraire les gens de la pauvreté et si de la richesse est créée en Afrique, de nouveaux marchés s’ouvriront pour nos propres produits », déclarait dans l’une de ces envolées sans substance dont ses nègres ont le secret le prix Nobel 2009 par anticipation devant le Parlement ghanéen, à l’occasion de sa première villégiature estivale sur le continent africain, en juillet 2009 (13).

A cette époque déjà, le Ghana avait ouvert « de manière significative » sa porte aux déchets électroniques américains et européens. Le « marché » pas trop nouveau mais ô combien florissant de « nos propres produits » bons pour la casse tournait déjà à plein régime, ce « marché » qui se développe au rythme de 40 millions de tonnes de nouveaux rebuts occidentaux par an au niveau planétaire, contamine des écoles au plomb, au cadmium et à d’autres produits toxiques à des doses cinquante fois supérieures aux seuils de tolérance (sans même évoquer les matières fissiles, chimiques ou pétrolières), amène des gosses de six ans à peine à escalader des monticules de détritus électroniques et de plastique dans l’espoir d’y dénicher, au péril de leur santé, quelques résidus utiles au souk des restes, empoisonne pour une durée indéterminée les sols et les nappes aquifères, se joue, à raison de 15 % de son volume au moins, de la convention de Bâle, déjà évoquée (14), et comme le souligne une énième étude, publiée cette fois (le mois dernier) par un groupe de travail de l’ONU, affecte en priorité les Ghanéens les plus pauvres, ceux qu’il s’agirait précisément d’ « extraire […] de la pauvreté » (15). Rien n’a changé : dans l’Empire de la crédulité, le bonimenteur est roi !

C’est que, voyez-vous, dans l’hémisphère sud aussi, il importe d’envoyer le Jardin d’Eden à tous les mille diables !…

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(1) Sources : http://www.huffingtonpost.com/2013/08/15/texas-swat-team-conducts-_n_3764951.html

http://intothegardenofeden.com/index.php?option=com_content&view=article&id=141&Itemid=381

(2) Source : http://www.iol.co.za/news/crime-courts/dumped-toxic-waste-kills-girl-3-1.1504642#.UhBxFH_7at8

(3) Source : http://www.enca.com/south-africa/chemicals-company-named-dumped-toxic-waste

(4) Sources : http://www.reuters.com/finance/stocks/companyProfile?symbol=OMNJ.J

http://www.omnia.co.za/pebble.asp?relid=2518

(5) Source : http://www.reuters.com/finance/stocks/OMNJ.J/key-developments/article/2781321

(6) Lire le mémo hallucinant du haut fonctionnaire américain Lawrence Summers : http://www.whirledbank.org/ourwords/summers.html

… déjà évoqué dans l’introduction de l’article suivant : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/08/06/cetait-hier-berkeley-sera-ce-demain/

(7) Source : http://www1.american.edu/TED/oauwaste.htm

(8) Lire quelques-uns des nombreux articles de presse consacrés au sujet :

http://www.theguardian.com/world/2009/sep/16/trafigura-african-pollution-disaster

http://www.amnesty.org/en/for-media/press-releases/report-slams-failure-prevent-toxic-waste-dumping-west-africa-2012-09-25

Lire aussi l’échange de courriels interne à l’entreprise, qui s’assimile au crime organisé (en col blanc),  décomplexé de toute éthique : http://image.guardian.co.uk/sys-files/Guardian/documents/2009/09/16/Final_emails.pdf

(9) Source : http://www.greenpeace.org/international/en/news/Blogs/makingwaves/toxic-dumping-Africa-Trafigura/blog/42261/

(10) Cette convention sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination, à laquelle est venue se greffer l’interdiction de l’exportation de déchets de pays de l’OCDE vers des pays non-OCDE, n’est qu’un accord international de bon sens et de respect mutuel de plus que ces très chers Etats-Unis (premiers producteurs de déchets au monde) n’ont pas ratifié, pas même sous le règne de Numéro 46, grand écolo devant l’Eternel…

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_de_B%C3%A2le

Lire aussi : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=FLUX_043_0073

(11) Sources : http://www.reuters.com/article/2013/01/11/trafigura-revenues-idUSL5E9CB9MH20130111

http://www.bloomberg.com/news/2013-04-23/trafigura-profit-rises-as-increased-oil-volumes-boost-revenue.html

(12) David Naguib Pellow, Resisting Global Toxics, Massachusetts Institute of Technology, 2007, pp. 8 – 10

(13) Source : http://www.huffingtonpost.com/2009/07/11/obama-ghana-speech-full-t_n_230009.html

(14) Source : http://allafrica.com/stories/201111020037.html

(15) Source : http://www.ghanabusinessnews.com/2013/07/21/un-group-calls-for-regulation-of-e-waste-in-ghana/

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« Quand ils ont aboli la démocratie en Grèce, je n’ai rien dit. Je n’étais pas Grec… »

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Jeunesse européenne, crève !

Ton sacrifice est nécessaire à notre rêve.

Multinations et déraison, il est à eux, notre pognon.

La BCE, le FMI, la Banque mondiale et l’OMC,

Tous des rapaces, toutes au service des banques privées !

Le 1 %, vous le détestez…

Que vous plaignez-vous alors d’en payer 4, 6, 8, 10, 24 ?!

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1 billion 800 milliards pour les banques

6 milliards pour le chômage des jeunes.

CHERCHEZ L’ERREUR…

LA TAXE TOBIN, DIOGENIAL !!!

Tobin (Chaosmen)

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Abantwana bayadlala…

Nelson Mandela

Daar is die aasvoëls, Makaziwe…

Ze dragen camera’s en microfoons, en houden van spektakel.

En wat wegen daartegen de wensen van een man, zelfs één zoals je vader  ?

Kijk… luister… Ze zijn hem levend aan het begraven. Waardevol het vuurwerk afwachtend, uit respect !

You asked them (us) to leave you in peace, but their definition of that word is not yours, nor mine, not even his, it seems…

Prisoner, president, Prime African from the South, has he ever been a man, that father of yours ?

No, he has not, for he is a Man, a man who shined and never backed down.

It is his shining they’re all after, because they know they’ll never be.

Sommiges wil hom gebruik; sommiges wil deur hom gebruik word… You know the song.

Watch them all rise now, hear them say his name, all the National Congressmen, the Marikana  Kampführer, who perverted hid ideals.

They are into power now, whereas power was in him !

¡ La revolución vencerá ! Remember ?…

Ah ça, l’Afrique ne serait pas entrée dans l’histoire ?!

Mais regardez, regardez donc, malotrus !

Pas d’Histoire sans Afrique !

L’Afrique sans murs, et du fric pour tous !…

He had a dream, that man, and as his flame slowly fades, it will reappear as one million little light bulbs illuminating the minds of the poor.

Because they hold the future, in His name !!!…

Madiba, sikelel’ iAfrika…

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Marikana, une autre illustration emblématique de la pourriture capital-corporatiste…

Jack Bogosian en avait marre des magouilles et des assassinats politiques. Après plusieurs années de loyaux services, il a donc rendu sa casquette d’agent de la CIA et s’est reconverti en animateur radio décidé à faire la lumière sur tous les coups fourrés dont la presse traditionnelle ne parle jamais, sinon superficiellement. Un jour, il est contacté par une riche héritière qui lui offre une petite fortune pour enquêter sur un scandale sanitaire de grande importance dans l’Equateur d’avant le président Correa, dont elle soupçonne la multinationale que dirige son frère d’être le principal responsable…

Tous ceux qui ont vu les images de la tuerie sud-africaine du 16 août 2012, à l’occasion de laquelle la police du pays a exécuté quasiment à bout portant 34 mineurs armés de bâtons et de machettes, en blessant grièvement 78 autres, a forcément été interloqué par l’impression d’irréalisme qui flottait sur la scène : les images étaient trop violentes, de cette violence crue habituellement réservée à Hollywood, que pour ne pas choquer un public même blasé. Savoir qu’elles s’étaient déroulées dans un pays dont l’Occidental moyen supposait qu’il s’était affranchi, avec le Président Mandela, des démons de l’apartheid ne faisait qu’ajouter au malaise.

A plus d’un titre, le film un peu kitsch dans lequel Andy Garcia incarne une espèce de Jack Bauer sur le retour mais toujours prompt de la gâchette expose des similitudes avec les événements de Marikana. Ainsi, le délégué en Equateur de l’entreprise nord-américaine qui a pollué les nappes phréatiques d’une région entière assiste médusé à l’assassinat en règle de tous ses habitants par un commando militaire du cru mené par un colonel soudoyé par son patron. Petit à petit, il en perd la tête et, lorsqu’il insiste pour rendre l’affaire publique, l’homme de paille le liquide.

Saura-t-on un jour si c’est également son excès de conscience qui a amené Ian Farmer, le directeur exécutif du consortium Lonmin, qui exploite entre autres la mine de Marikana, à être admis en urgence dans un hôpital londonien durant l’été dernier, juste après l’excès de zèle dont plusieurs mineurs qu’il employait avaient eu à faire les frais (1) ? Est-ce parce que lui aussi était de ces petites natures dont la Bourse n’a que faire qu’il a définitivement démissionné de ses fonctions à la fin de l’année dernière ou est-ce, tout au contraire, parce qu’il était directement impliqué dans le scandale ?

Que demandaient ces mineurs grévistes si violemment réprimés ? Alors que Lonmin s’indignait encore, en début d’année, d’être dans le collimateur de deux associations de défense des droits sociaux des travailleurs et osait mettre en avant que ses employés « sont rémunérés selon le meilleur barème en vigueur dans l’industrie, et [que] le salaire moyen des employés de Lonmin les place dans la catégorie des revenus médians de la République d’Afrique du Sud. » (2), lesdits ouvriers se contentaient, malgré les nombreux dangers professionnels auxquels ils s’exposent, de nos jours comme naguère à Bois-du-Luc, par exemple (explosion, métaux lourds libérés par leurs forages, ensevelissement), malgré leur logement de fortune (des cases en tôle situées dans de peu sûrs bidonvilles) et leur salaire moyen de 850 €, d’exiger une augmentation de 400 € par mois (3). De son côté, l’entreprise londonienne, qui exploite la troisième plus importante mine de platine au monde, a déclaré en 2011 un bénéfice net de 259 millions de dollars (4), avant de lancer un inévitable avertissement sur bénéfices en 2012, en raison des répercussions boursières du massacre de Marikana.

Comme dans A Dark Truth, Lonmin semble avoir recouru aux services d’une agence de communication pour tenter de redorer son blason ensanglanté : sur un site web spécialement consacré aux événements (5) se succèdent les communiqués d’excuse, les promesses de financer la scolarité des enfants des mineurs tués, ainsi que les engagements creux de circonstance qui plaident pour une redéfinition du modèle d’entreprise supposé rendre à l’avenir son fonctionnement plus participatif en tenant mieux compte du maillage social local (6).

Ce maillage se tisse sur fond de rivalité grandissante entre deux syndicats. Il y a, d’une part, la NUM (National Union of Mine Workers), qui fait partie de la coupole syndicale COSATU, qui est elle-même, avec l’ANC (l’African National Congress, principal parti de l’après-apartheid, fondé en son temps par qui l’on sait) l’un des partenaires de la coalition tripartite actuellement au pouvoir  à Pretoria, et d’autre part, l’AMCU (Association of Mine workers and Construction Union) , une excroissance de la NUM devenue indépendante qui revendique la représentation des cols bleus, que la NUM aurait délaissés au profit d’une action ciblée davantage sur les employés à col blanc. Les mouvements de grève entamés par ce second syndicat seraient régulièrement dépeints comme illégaux par une presse largement acquise au premier (3).

Ces précisions ont leur importance, car depuis plusieurs mois, alors que bat son plein la répression policière contre les mineurs de l’AMCU qui se sont déclarés prêts à témoigner devant la commission parlementaire chargée de déterminer dans les semaines qui viennent les responsabilités dans la débâcle de Marikana, des doigts accusateurs de plus en plus fermes se lèvent en direction d’un certain Cyril Ramaphosa, suspecté d’avoir agi comme intermédiaire entre les dirigeants de l’entreprise, la NUM et les forces dites de l’ordre. Le 23 janvier dernier, Lonmin faisait savoir par communiqué que l’intéressé « ne se présentera[it] pas à sa réélection au poste de directeur non exécutif de la compagnie, lors de l’assemblée générale annuelle prévue en janvier 2013. » Ceci suffit-il à faire de lui l’homme lige de cette histoire-ci, bien réelle ? Après avoir félicité Ramaphosa pour son élection à la vice-présidence de l’ANC (!), en décembre dernier, ledit communiqué prend soin de préciser qu’en cette matière, « aucune autre question ne requiert d’être rendue publique selon les règles de publicité, de transparence et de cotation établies par la bourse londonienne, ni selon les règles de cotation édictées par la bourse de Johannesburg. » (7)

Selon des sources bien informées, Marikana ne constitue que le sommet visible d’un iceberg d’intimidations à l’égard des mineurs réfractaires, des pratiques qui semblent perdurer… En effet, en novembre dernier, la société Xstrata, active dans l’extraction de cuivre, de zinc, de charbon et de nickel se voyait consacrer une série de courts articles dans la presse sud-africaine en raison d’un licenciement massif d’ouvriers qui avaient eu le tort de faire grève, et des nouvelles répressions policières – moins sanglantes, cette fois – qui s’ensuivirent (8).

Les parallèles avec A Dark Truth ne s’arrêtent pas là : dans le film, il est impératif pour le patron véreux responsable du scandale équatorien d’empêcher que ne celui-ci ne soit rendu public avant qu’un important contrat d’exploitation en Afrique ne tombe dans son escarcelle. Dans cette réalité-ci, il ne s’agit pas de contrat, mais plutôt de (tentatives de) fusion-acquisition, deux au prix d’une, en réalité. Et c’est ici que le capital-corporatisme révèle dans toute sa dimension son caractère intrinsèquement perfide. En effet, Xstrata, qui a déclaré en 2011 un bénéfice net de près de 6 milliards de dollars (9), est l’actionnaire privé principal de Lonmin.

A présent, suivez bien, car les acteurs s’entremêlent comme dans tout montage entrepreneurial consanguin digne de ce nom : basée dans le paradis fiscal de Zug, en Suisse, Xstrata, jusqu’il y a peu détenue conjointement par une holding qatarie et la multinationale Glencore, lorgne sur une participation majoritaire qui lui permettrait de contrôler 70 % des actions Lonmin au lieu des 25 % dont elle dispose. Mais cette dernière a refusé son offre en novembre dernier (10), sans doute en raison de sa sous-valorisation, consécutive aux faits de Marikana. Au même moment, c’est non pas Jack Bauer, mais John Bond, le directeur exécutif de Xstrata et ex-boss de la banque HSBC, laquelle est devenue, depuis le 31 janvier dernier, le nouveau courtier corporate attitré de Lonmin (11), qui résistait aux avances de Glencore, alors titulaire de 34 % des actions Xstrata. Pour être précis, c’est la holding qatarie qui exigeait un plus haut prix pour ses billes dans Xstrata que ce que lui proposait Glencore (12).

C’est alors qu’intervint la pute de service – pardon, l’intermédiaire diplomate – chargé par Ivan Glasenberg, le directeur exécutif de Glencore, de jouer l’entremetteuse entre lui et la holding qatarie. Il n’est rien de mieux que les activités exercées dans le business par d’anciens responsables politiques de premier plan sitôt expiré leur mandat pour mesurer l’étendue du rôle qui était le leur tandis qu’ils l’assumaient encore : pour la modique somme de 1,25 million d’euros, le magicien de la Troisième Voie, cette fusion contre-nature entre capital-corporatisme et socialisme économique qui fut fatale au dernier nommé, Tony Blair himself, convaincra les Qataris de vendre à son client (13).

L’entreprise Glencore, anglo-suisse, emploie près de 58.000 personnes, disposait en 2011 de fonds propres qui excédaient 86 milliards de dollars, et fut fondée par un certain Marc Rich, informateur des services secrets israéliens et principal inculpé dans le cadre d’une enquête américaine relative au contournement de l’embargo pétrolier décrété contre l’Iran de Khomeini (au bénéfice d’Israël, en ce qui le concerne). Rich n’aurait jamais fait mystère des bakchichs avec lesquels il soudoyait régulièrement divers chefs d’Etats pour l’obtention de contrats (3).

Avec un siège social basé lui aussi en Suisse, un deuxième siège à Londres (en ce qui concerne l’activité pétrolière et gazière), un troisième à Rotterdam (pour l’activité agro-alimentaire), mais surtout un autre siège social dans le paradis fiscal de l’île de Jersey, Glencore International était, à en croire Wikipedia, la plus grande entreprise mondiale dans le commerce des matières premières (avant même de faire main basse sur Xstrata), avec une part de marché globale de 60 % du marché international du zinc, 50 % du marché international du cuivre, 9 % du marché international des céréales et 3 % du marché international du pétrole (14). Vous pensez bien, dirait le mauvais esprit, qu’à côté de cela, quelques Nègres de plus ou de moins…

Vantons, en ce qui nous concerne, les bienfaits du néo-esclavagisme pillard : après tout, ces mineurs arrogants n’ont-ils pas obtenu, en fin de compte, 22 % d’augmentation ? Voilà le changement dont nous avons besoin ! Voilà la modernité que l’Europe attend !!!

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(1)    Source (EN) : http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/industry/mining/9480144/Lonmin-chief-Ian-Farmer-has-serious-illness-as-miner-unveils-profits-warning.html

(2)    Source (EN) : http://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/Media_Statement%20_Public_Eye_Awards_%2090113.pdf

(3)    Source (NL) : http://www.dewereldmorgen.be/blogs/fos-socsol/2012/09/28/het-drama-bij-de-platinamijn-in-marikana-het-begin-van-iets-nieuws

(4)    Source (EN) : https://www.lonmin.com/Lonmin_Annual_Report_2011/Root/financial_statements/consolidated_income_statement.html

(5)    Consulter (EN) : http://www.lonminmarikanainfo.com/

(6)    Lire (EN) : http://www.lonminmarikanainfo.com/news_article.php?articleID=1551#.URQ5XPLbGt8

(7)    Source (EN) : https://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/20130123_DirectorateChange.pdf

(8)    Lire (EN) : http://ewn.co.za/2012/11/01/Xstrata-axes-400-workers

http://ewn.co.za/2012/11/13/Cops-slammed-for-crackdown-on-Xstrata-miners

(9)    Source (EN) : http://en.wikipedia.org/wiki/Xstrata

(10)   Source (EN) : http://www.guardian.co.uk/business/2012/nov/09/lonmin-rebuffs-xstrata-takeover-bid

(11)   Source (EN) : http://www.lonmin.com/downloads/media_centre/news/press/2013/Change_of_Corporate_Broker_21012013_-_FINAL.pdf

(12)   Source (EN) :  http://www.euronews.com/2012/08/21/glencore-xstrata-deal-still-in-limbo/

(13)   Source (NL) : http://www.uitpers.be/index.php/2011-07-25-15-57-8/154-xstrata-glencore-blairs-derde-weg-van-de-city-tot-qatar

Lire aussi : http://www.bbc.co.uk/news/business-20409032

(14)   Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Glencore

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Epilogue du sordide en attente

Il était haletant. Il ne se souvenait plus avoir autant couru de sa vie. Son vieux pantalon foncé n’était plus que haillon. Les vieilles chaussures que lui avait données sa tante Manâr étaient trouées de toutes parts. Il avait des kilomètres et des kilomètres dans les talons. Son fusil mitrailleur en bandoulière, il avait erré entre les ruines que tant les siens que ceux d’en face avaient bombardées, traversé ponts à moitié chancelants, rivières rouges sanguines, échappé aux explosions, aux tireurs en embuscade, aux tirs de canon. Cette ville avait été la sienne ; il ne la reconnaissait plus. Cette ville était devenue une ville de fous peuplée d’ombres munchiennes qu’il lui fallait toutes éviter. Il se souvenait, de temps à autre, lorsque quelque court répit lui était concédé, des délicieux ktayefs que lui achetait sa mère, à la boulangerie du coin. Que n’eût-il donné pour revenir à ce temps-là, pour goûter aux saveurs perdues du miel et du thé à la menthe… Aujourd’hui, il fallait qu’il se contente de morceaux de pain moisis, lorsque la chance était avec lui. Que ne lui était-il plus possible de s’abandonner aux farandoles insouciantes avec ses amis… Parmi eux, Ali surtout lui manquait. Il le connaissait de longue date. Ensemble, ils avaient arpenté les coins et les recoins du centre d’Alep en quête de nouvelles aventures. Ce lien-là, rien ne pourrait le briser, pensait-il avant que n’éclate cette guerre qui ne dit pas vraiment son nom. Peu importe la révolte, les convictions, ou encore les grimaces du pouvoir, il n’est rien de plus fort que les liens humains. Ali serait son ami pour la vie !

Il continuait de courir, aussi vite que ses jambes endolories le lui permettaient. Contrairement aux autres jours, la ville était étrangement calme. Il ne se rappelait pas avoir croisé depuis ce matin le moindre passant. L’artillerie était silencieuse et les snipers aux abonnés absents. L’Occident aurait-il forcé une trêve ? se demandait-il. Après tout ce temps, ces incapables seraient-ils enfin parvenus à faire cesser le massacre ? Il avait, au cours de son périple, rencontré plusieurs djihadistes qui lui avaient offert de l’eau et de quoi manger, juste assez pour survivre dans cette jungle urbaine aux façades défigurées. Avec eux, il écoutait parfois la radio en arabe et avait fini par comprendre qu’il n’y avait rien à comprendre, que son pays était en proie à un tournoi d’échecs dont chaque joueur, l’Occident y compris, avait du sang sur les mains. C’est pourquoi, lorsque les djihadistes ont tenté de l’embrigader dans leurs écoles néo-talibanes improvisées pour qu’il aille, à leurs côtés, perdre sa vie sur le front de la honte, il a pris la poudre d’escampette. Cela faisait-il de lui un déserteur ? A vrai dire, il n’avait pas le luxe de se poser ce genre de questions. Tous ceux qu’il rencontrait sur sa route étaient des ennemis potentiels, des animaux sauvages à contourner.

Au détour d’une ruelle, il aperçut une silhouette, la première de la journée. Elle avait à peu près sa taille. La silhouette était chétive. Il entreprit de se cacher derrière ce qu’il restait de la bâtisse qui avait abrité autrefois le journal local. La silhouette s’approchait. Il sentit la sueur perler sur son jeune front, son pouls s’accélérer. D’où il était, il ne pouvait plus apercevoir l’autre mais il entendait ses pas. Il s’apprêta à le tenir en joue. Jusqu’à ce que, tout à coup, un silence frénétique ne domine. Il ne pouvait plus bouger sans attirer à son tour l’attention de son adversaire potentiel. Il pointa son arme en direction de la rue, s’apprêtant à tirer, puis brusquement la silhouette lui fit face. De la rue s’échappèrent vers les cieux deux bruits de balle. Abdullah était tombé par terre, encore vaguement conscient. A ses côtés s’était affalé le corps livide de son ami Ali. Ils se regardèrent brièvement, se reconnurent et se mirent à sangloter de concert. Puis Ali dit à Abdullah dans un arabe hésitant : « ils sont tous partis. Nous sommes les derniers, mon frère. Il n’y a plus que nous ». Au même moment, dans un camp de réfugiés proche de la frontière turque, sous deux tentes adjacentes fixées à la hâte au milieu d’un champ boueux, deux jeunes enfants se mirent à crier de toutes leurs forces. Bientôt, leurs deux mamans les prendraient dans leurs bras éprouvés et leur diraient, sans trop y croire elles-mêmes : « t’inquiète pas, mon fils, c’était juste un cauchemar »…

gosses syriens

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Amis africains, amis maliens, ne succombez pas au chant des sirènes !…

Chers amis du Mali,

Même si nous ne nous connaissons pas vraiment, permettez que je vous appelle mes amis, que vous habitiez le sud ou le nord de votre beau pays en voie de réunification. Il ne se passe pas une semaine, en effet, sans que je rêve de poser les pieds sur cette terre d’Afrique dont tous les êtres humains sont originaires. Non pas comme un simple touriste qui s’affalerait, repu, au coin d’une piscine de quelque Club Med, encore moins comme un vorace homme d’affaires, mais comme un semi-aventurier désireux d’apprendre à vous connaître, vous, votre culture, vos us et coutumes, en prenant le temps, loin de ce Nord envahissant au stress mortifère. Pour l’instant, mes ressources financières ne me le permettent pas : il n’y pas, toutes proportions gardées, que des Crésus en Europe.

Entre-temps, je me sers de votre musique, de vos artistes souriants et débonnaires, de vos instruments originaux, la kora et tous les autres. Je m’en sers, oui. Pour m’évader. Au-dessus des nuages, nombreux ici. Pour me retrouver aussi. Nous avons à Bruxelles quelques avantages. Parmi ceux-ci, le défilé incessant de musiciens originaires des coins du globe les plus divers : à chaque soirée son concert, pour qui le souhaite. Bassekou Kouyate et Toumani Diabate, je les ai vus il y a deux ou trois ans au Palais des Beaux-Arts, dont tous les spectateurs maudissaient ce soir-là les places assises. Amadou et Mariam, dont le lyrisme musical est bien plus noble sans les rythmiques parfois lourdingues et les flonflons sonores qui sont venus s’imposer à lui à l’occasion de leurs collaborations septentrionales, nous ont fait, quant à eux, l’honneur de leur présence au Festival des Libertés, il y a quelque temps. Et aujourd’hui, c’est Tamikrest – qui signifie jonction, alliance, si je ne m’abuse – que je viens de découvrir sur le tube. En dépit des turpitudes qui ont marqué ces deux dernières années, au Mali, il faudrait être sot pour passer à côté des similitudes…

Ne prenez pas ombrage de cette remarque : je sais à quel point vous êtes satisfaits d’être enfin débarrassés de vos tortionnaires étrangers, et donc à quel point vous lui êtes aujourd’hui reconnaissant, mais il n’en demeure pas moins que vous partagez bien moins avec Monsieur Hollande qu’avec vos frères touaregs… Ne vous y trompez pas, en effet, mes amis : si la sympathie et la générosité qui se lit ces jours-ci sur vos visages n’a pas de prix, au nord du nord, tout en a un, en revanche. Et si le président français a fait de son humilité et de son caractère affable de louables marques de fabrique, l’heure des comptes n’en a pas moins sonné pour vos dirigeants. Le voilà d’ailleurs déjà qui s’envole vers la métropole globale pour s’en entretenir avec le vice-président américain.

Certes, leur volonté commune de confier à l’ONU un mandat durable dans votre pays afin de permettre sa stabilité à plus long terme représente un signe positif, encore que la neutralisation de la plus importante force dite d’interposition de l’ONU, qui campe à l’est du Congo, soit de mauvais augure. Mais n’allez pas imaginer que le coût de l’emploi des satellites et des services de renseignement mis à la disposition des troupes françaises par l’Oncle Sam sera assumé avec le sourire par les contribuables américains. Et il en va de même, bien sûr, pour les contribuables hexagonaux, des tanks français et du salaire de ceux qui les manipulent.

Areva et colonialisme économique

La plupart de vos responsables politiques – je parle à présent du continent africain tout entier – ont fait leurs études dans de prestigieuses universités européennes ou nord-américaines, souvent au moyen de bourses d’études. Ils y ont tissé des liens, publics et privés, avec des Blancs à l’égard desquels ils s’estiment souvent redevables de services rendus. De retour au pays, ces liens se font souvent collusions d’intérêts – voire despotisme – au détriment de leur peuple. Ils sont nombreux malheureusement, ceux qui, dans notre civilisation du Nord dite civilisée, conçoivent le salut de l’humanité, le dessein divin, dans l’extirpation de toute l’émotion qu’hommes et femmes peuvent ressentir et manifester, qu’ils méprisent en raison du parallèle direct qu’ils établissent entre la barbarie et elle. Or, l’Afrique n’est-elle pas, je vous le demande, continent d’émotions ?

Aujourd’hui, mes amis, je vous invite à prendre François Hollande au mot, à lui donner raison, et même à aller plus loin encore, en lui prouvant, en effet, non sans lui témoigner votre gratitude pour l’intervention militaire de pacification qui vous a permis d’être libérés d’un joug oppressif, que non seulement la Françafrique relève du passé, mais qu’en plus, l’ombre de plus en plus visible du Tonton américain ne s’imposera pas davantage à vous.

carte géographique Gall-Peters

Regardez donc comme votre vaste continent en impose lorsque sa représentation géographique n’est pas tronquée par le Nord. Songez à toutes ces ressources naturelles dont vous êtes les seuls à disposer et que le monde entier vous envie. Même si je ne vous souhaite pas la luxure bourgeoise et les gigantesques villas décadentes, c’est au niveau de vie des Etats du Golfe persique que vous devriez vous mesurer. Ne vous laissez plus dicter votre conduite. N’acceptez plus les aumônes que déversent sur vos pays ceux d’Europe et des Etats-Unis, tandis que leurs chères entreprises exploitent effrontément, tels de nouveaux colons sans missel, les ressources qui sont les vôtres !

Ne suivez pas notre exemple, ni celui du FMI. Les marchands d’armes, envoyez-les paître : ce sont les riches des riches nations que leur trafic engraisse ! Affranchissez-vous des marchés du Nord, qui plombent par la spéculation le prix de ce qui ne leur appartient pas. Nationalisez l’exploitation de vos ressources et leur vente. Répartissez équitablement le produit de vos richesses. Œuvrez à l’unité de votre fier continent ! Et vous verrez comme vous les ferez tous danser !…

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'Hopeless' by Moctar Menta (Mali)Le Mali est le troisième producteur d’or en Afrique, derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. Vingt mille enfants au moins, dont certains pas plus âgés que cinq ans, travaillent dans les mines artisanales du pays. – photo : “Hopeless”, by Moctar Menta (Mali)

the solid-gold rocking horse Beyoncé and Jay-Z bought Ivy Blue

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(ajout du 30 novembre 2014)

Bams, vous êtes noire… (lettre ouverte à une chanteuse/activiste)

Vous êtes noire et je suis blanc. Je n’ai pas plus choisi la couleur de ma peau que vous la vôtre. Que vous le vouliez ou non, cette couleur, vous la partagez avec des gens bien et avec des ordures, comme je partage la mienne avec des ordures et avec des gens bien, que je le veuille ou non. Je n’y peux donc pas plus que vous. Mais tous deux, nous pouvons nous efforcer, avec beaucoup d’autres, de respecter tous les gens bien, et de mettre toutes les ordures entre parenthèses…

J’ai regardé avec intérêt votre intervention vendredi soir, dans le salon de France 2, lors de laquelle vous avez exprimé tout le dégoût que vous inspire « Exhibit B », l’exposition controversée du Sud-Africain Brett Bailey qui, l’année dernière déjà, à Avignon, avait essuyé le courroux d’une centaine de manifestants qui souhaitaient en empêcher la tenue.

Un zoo humain (noir), voilà ce que cet artiste (blanc), dont la forfaiture présumée a, depuis, migré vers la capitale française, se proposerait de livrer en pâture à ses visiteurs : d’étranges statues de cire qui n’en sont pas y sont plantées au milieu de décors qui traversent les espaces et les âges, des décors archétypaux qui vont de la savane à l’intérieur figuré d’un avion qui rapatrie de force un sans-papier vers son pays natal, et qui tous rappellent qu’à l’image de ceux et celles qu’elles représentent, les silhouettes provocantes qui s’y exposent, immobiles, sont prisonnières, bien malgré elles, de leur négritude. Et c’est précisément sur cette atmosphère carcérale de nature raciale que vous vous fondez pour justifier le saccage physique de l’exposition auquel vous vous étiez livrés la veille, vous et quelques autres agités.

A l’appui de votre démonstration, vous n’hésitez pas à convoquer des références poignantes, certaines pertinentes, d’autres beaucoup moins. Ainsi, c’est à juste titre que vous vous émouvez de ce que les organisateurs de l’exposition universelle de Bruxelles de 1958 avaient jugé bon de reproduire, dans la capitale de la frite, un village congolais typique dont les habitants spécialement importés, de chair et de sang, faisaient, eux aussi, office de vitrine vivante. Il y a pire : en 2002, le gestionnaire d’un parc animalier wallon avait eu la brillante idée d’importer huit Pygmées de la tribu (camerounaise) Baka afin de les exposer dans son parc (1). Le saviez-vous ?… Heureusement, son initiative suscita un tollé tel qu’elle contribua à une profonde − quoique lente − remise en question de l’angle de narration de l’histoire coloniale belge par le principal musée africain du pays, celui de Tervuren, qui a fermé ses portes l’an dernier pour trois ans de rénovation de divers ordres.

En somme, vous ne pourriez être plus proche de la vérité lorsque vous déclarez que les pouvoirs publics, en ce compris les pouvoirs publics français, sont en retard d’un demi-siècle au moins en ce qui concerne l’histoire de la colonisation, dont l’enseignement semble comme frappé d’un tabou inexplicable pour qui ignore les prémices de l’entreprise colonisatrice, ainsi que les milieux dans lesquels cette dernière fut conçue.

Rappeler cette évidence devrait vous inciter, toutefois, à vous abstenir d’établir des parallèles hasardeux avec le nazisme (Vous saluez la censure contemporaine de Mein Kampf.), dès lors que cette histoire-là a fait et continue de faire l’objet d’une profusion kaléidoscopique de publications de tous acabits, qui, si elle est impérative à l’égard des générations émergentes, n’en provoque pas moins, parfois, une certaine nausée auprès de publics plus avertis : à force d’associer certains symboles à des réalités qui leur sont accolées ex abrupto, tant les premiers que les secondes tendent à perdre en intensité représentative. Cette remarque vaut pour vous également…

Cette parenthèse fermée, je comprends votre exaspération par rapport au continuum discursif larvé qui, d’exaltation des « bienfaits de la colonisation » en néocolonialisme économique, s’impose à une communauté noire occidentale (et africaine) qui semble petit à petit remplacer la résignation par le bouillonnement : la rupture qui lui aurait permis de tourner la page n’a pas eu lieu !

Je comprends aussi votre souci d’imposer que vos ancêtres africains soient traités avec les égards qui leur sont dus : le respect des anciens est, après tout, un identifiant majeur de la culture africaine dans son ensemble ; dans l’occident blanc, il semble s’être perdu en cours de route. Mais, au risque de vous choquer, quelle est, de la représentation fidèle des exactions essentialistes et impérialistes commises contre eux, ou de la réécriture fantasmée de leur histoire sordide, du refus de la regarder en face, en somme, l’attitude qui respecte le plus leur vécu personnel, donc leur dignité ? Quelle est la démarche la plus susceptible d’aboutir enfin à la reconnaissance du préjudice historique subi, durant la colonisation et bien avant ? Quel est l’horizon le plus porteur, non seulement pour la communauté noire du Nord, mais aussi pour les Africains eux-mêmes ?…

Ce que propose Brett Bailey, c’est un miroir à la fois réaliste (sur le plan historique) et déformant (d’un point de vue humaniste), un miroir qui n’a rien du premier degré d’un parc animalier, un miroir dont la signalétique, la sémantique et le ressenti varient en fonction de qui s’y mire. Idéalement, tout blanc doté de tant soit peu de conscience devrait se sentir pris à la gorge, d’autant plus qu’il se retrouve malgré lui, par procuration, dans la peau du tortionnaire, d’autant plus que les regards qui le fixent ne sont pas de plastique, d’autant plus que les confrontations temporelles proposées par les mises en scène successives parlent directement à nos sociétés contemporaines : comment l’acteur qui incarne le sans-papier, les pieds ligotés par une corde de marin, identifié uniquement par un numéro de série apposé sur une étiquette, et la bouche muselée par un ruban adhésif, pourrait-il manquer d’établir un parallèle saisissant entre son propre statut, la marchandise transatlantique que des capitaines de navire sans le moindre scrupule balançaient, pareillement ligotée, par-dessus bord afin d’économiser de la nourriture ou de lâcher du lest en cas de tempête, et les trop nombreux condamnés à mort afro-américains dont tout porte à croire qu’ils sont innocents, et dont le droit à un procès impartial est quasi quotidiennement bafoué (2), eux qui, pareillement bâillonnés, trouvent en Mumia Abu Jamal (3), en dépit de la commutation de sa peine, leur porte-voix le plus éloquent ? Le fil conducteur entre ces trois tableaux, ce sont les chaînes…

Figurant - 'Exhibit B'

Rodney Reed

Lorsque c’est un noir qui se regarde dans ce miroir, il est logique qu’il soit peiné. Mais, sa peine estompée, il pourrait trouver dans la révolte subséquente un encouragement au combat (politique) ! Or, ce miroir, vous et votre bande de vandales l’avez fracassé en morceaux. Que vous l’ayez fait parce que, conscients du fonctionnement pervers des médias traditionnels, vous étiez naïvement convaincus que tel était le seul moyen pour vous de forcer le débat sur l’oppression des noirs de manière générale (selon leur propre perspective), ou parce que le reflet vous était insupportable, votre geste me semble à la fois puéril et lourd de conséquences potentielles, dont la superstition n’est que la cadette. « Comment une telle exposition nous permettrait-elle d’être citoyens à part entière ? » vous interrogiez-vous dans le salon. A mon sens, pas de cette manière…

En effet, même à vous consentir la noblesse de vos motivations, quel principe pourriez-vous opposer, demain, à quiconque recourrait au même stratagème violent au motif, futile ou digne, que telle ou telle expression artistique l’indispose ? D’ailleurs, de l’épisode de Blanche-Neige et la Folie de la Vérité à celui des caricatures du Prophète, la liste est déjà longue des censures nauséabondes récentes, parmi lesquelles celle que vous espérez mener à bien pourrait bientôt trouver sa place. Et il est possible de remonter plus loin encore dans l’histoire contemporaine de la France pour dénicher d’autres exemples similaires : il y a quelques jours, un blogueur de Mediapart faisait la courte recension d’un livre fraîchement publié consacré à l’abbé Bethléem, lequel se plaisait, durant l’entre-deux-guerres, à déchirer tous les livres, magazines et affiches qui contrevenaient à sa propre morale, d’inspiration catholique… (4)

L’art, Bams, est la seule activité humaine dans laquelle l’imagination peut, dans le respect de la vie présente, se déployer sans entrave. Qu’il soit, de temps à autre, dans le collimateur de politiciens aux velléités autoritaires (c’est-à-dire du système) ne semble pas vous suffire, puisque vous vous réjouissez, en outre, que divers groupuscules à la légitimité contestable le prennent pour cible, selon des logiques fluctuantes. Comme Judith Bernard, je m’étonne d’un tel positionnement dans le chef d’une personne qui, si elle noire de peau, certes, n’en est pas moins artiste, elle aussi.

Mais ce qui m’étonne le plus, c’est que vous ne vous rendiez pas compte à quel point votre réaction violente s’inscrit dans une logique d’homme blanc impérialiste, et ce pour trois raisons au moins :

1/ Vous œuvrez à une censure artistique. Or, l’art est une mise en commun d’idées et de créations. Plus il est censuré ou réprimé, plus le commun s’appauvrit. Et, plus le commun s’appauvrit, plus des logiques individuelles égoïstes, voire nihilistes, prennent le dessus.

2/ Vous affirmez représenter la sensibilité noire en France, mais il y a énormément de noirs qui ne souscrivent pas à votre mot d’ordre. Par conséquent, par votre action insuffisamment réfléchie, vous compliquez un peu plus encore l’émergence d’une fédération d’intérêts positive comparable à celle du mouvement pour les droits civiques qui a éclos aux Etats-Unis, durant les sixties, si tant est qu’une telle formule puisse se dupliquer en France.

3/ Vous avez décrété que cette exposition ne vous plaisait pas, et que, par conséquent, elle ne devait intéresser personne. Votre décret peut se lire comme un acte d’interdiction. Mais il peut s’interpréter aussi, a contrario, comme une volonté d’appropriation exclusive du Bien commun, à l’image, toutes proportions gardées, des multinationales gloutonnes et rapaces qui s’approprient scandaleusement les multiples richesses du sous-sol africain, à leur seul bénéfice.

Je conclurai par une simple question : de quel droit ?…

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(1) Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/pygmees-du-parc-naturel-au-musee-51b879d7e4b0de6db9a773f9
(2) Lire : https://firstlook.org/theintercept/2014/11/17/is-texas-getting-ready-kill-innocent-man/
https://firstlook.org/theintercept/2014/11/26/texas-denies-dna-testing-death-row-prisoner-rodney-reed/
(3) Lire : http://www.icl-fi.org/english/wv/1056/mumia.html
(4) Lire : http://blogs.mediapart.fr/edition/bookclub/article/261114/ceux-qui-haissent-la-litterature

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Précisions nécessaires : Exhibit B a été présenté à Bruxelles en mai 2012. Si je l’avais su, je serais allé visiter l’exposition/installation.

Le lecteur de mon blog n’y trouvera aucune critique qui ne se fonde sur la lecture intégrale de l’ouvrage critiqué, ou l’observation directe de l’œuvre analysée, la présente lettre ouverte constituant l’exception…

Contrairement à la plupart des détracteurs de Bailey, j’ai essayé, fonctionnant par empathie, par déduction, mais aussi par confrontation des sources disponibles sur la toile, de me glisser dans la peau de l’ensemble des acteurs concernés par la polémique, conformément à une vision principielle de la liberté artistique énoncée plus haut.

Une légère modification a été apportée, le 3 décembre 2014, aux paragraphes relatifs à la scène qui représente un sans-papier, présenté à tort, dans la version initiale de l’article, comme un détenu noir-américain dans le couloir de la mort…

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Le solstice d’été 2013 sera-t-il comme les autres ?

Les hommages à la puissance occupante invisible battent de nouveau leur plein sur nos chaînes de télévision enchaînées. Jamais, en effet, il n’est manqué une occasion de tresser les louanges de la puissance étrangère la plus agressive, la plus belliqueuse et la plus impérialiste sur Terre, devant laquelle notre chère Europe n’a de cesse de se prosterner. Quel bel exemple à suivre, en effet ! Et quelle admirable secrétaire d’Etat ferrugineuse s’en est allée…

Son successeur recevra-t-il des corporations l’autorisation de faire dans la dentelle ? La démocratie la plus pétaradante au monde parviendra-t-elle à tourner définitivement le dos à l’inepte politique extérieure multi-décennale dont elle aura bien un jour à affronter en bloc le bilan ? Le locataire de l’ovale bureau recevra-t-il enfin par contumace les gallons qui justifieront a posteriori le prix Nobel qu’il avait reçu en guise d’encouragement liminaire, en 2009 ?

Tandis qu’à quelques encablures du front syrien semblent se préparer les grandes manœuvres transatlantiques, que le « Fire In Cairo » des Cure n’a jamais été aussi prégnant, et que continue, malgré l’apparition-éclair d’un parti centriste dont le futur proche devra déterminer s’il est aussi socio-providentiel qu’il n’a été présenté ici ou là, de se poser avec acuité la question de la nature de la prochaine coalition gouvernementale israélienne, c’est le prochain solstice d’été qui fera l’objet de toutes les attentions. Une semaine à peine avant le 21 juin, en effet, les électeurs iraniens seront appelés à élire leur nouveau président…

Comme l’a souligné Julian Assange, dont l’hologramme s’exprimait il y a quelques jours devant un parterre estudiantin réuni par l’Oxford Union Society, l’on aurait tort de croire que les prétentions occidentales à l’égard de la Perse se sont définitivement estompées, malgré ce que pourrait laisser penser le discours d’investiture prononcé en vis-à-vis du monumental obélisque qui trône, tel une verge élancée, éclatante, fière et défiante, de l’autre côté de la mare capitole. Le prisonnier londonien en voulait pour preuve (à ce stade difficilement vérifiable) la nouvelle fiction consacrée à Wikileaks, selon ses dires rocambolesque, avec laquelle Hollywood s’apprête à bombarder les esprits du monde libre, un honneur empoisonné dont il se serait passé volontiers.

La sortie de ce film, dont le scénario serait truffé d’erreurs factuelles de nature à susciter, en nos valeureuses écocraties, une nouvelle peur de l’Orient ciblée sur des Ayatollahs dont Mossadegh, énième victime (élue) de l’odyssée démocratique mondiale des forces du Bien, dirait sans doute aujourd’hui qu’ils ne sont que des conséquences indirectes de l’ingérence de l’Empire, est annoncée pour novembre de cette année. Le confinement imposé à Assange l’a-t-il rendu parano ? Si c’est le cas, nous nous emploierons à démontrer, à travers les lignes qui suivent, que nous pouvons l’être plus encore…

(1)

Il est indéniable que du discours d’investiture ci-dessus mentionné a émané l’impression d’une volonté d’apaisement international. Celle-ci n’aura trompé personne, toutefois : les Etats-Unis sont à genoux, et une nouvelle expédition militaire aurait pour corollaire leur fin en tant qu’empire. Fidèles à la stratégie qu’ils ont suivie depuis quatre ans, ils emploieront donc tous les moyens minimalistes (covert, dit-on là-bas) traditionnellement à leur disposition pour déstabiliser le régime conservateur en place à Téhéran : affaiblissement de la monnaie nationale afin de susciter des troubles sociaux, financement massif de l’opposition dans le but de faire émerger une propagande pro-réformiste digne de ce nom, assassinats ciblés avec la complicité des services secrets israéliens si besoin, etc.

Mais c’est le peuple iranien qui aura le dernier mot : s’il vote réformiste, ce sera un bon peuple, mais s’il reste fidèle aux conservateurs, ce peuple sera mauvais, et il faudra envisager de le punir. Or, cette thématique sera, à n’en douter aucunement, au centre des caucus informels entre les marchands d’armes, les pontes de l’économie et de la Réserve fédérale et leurs infiltrés respectifs au sein de l’administration américaine, qui se dérouleront, comme chaque année à pareille époque, dans la pas si vierge forêt californienne qui sert de temple néo-druidique aux membres du Bohemian Grove.

Felix Gonzalez-Torres, Sans Titre (USA Today)

Est-il plausible qu’une « soudaine disruption » – pour reprendre les paroles de Bob Marley dans « Rat Race » –   vienne une fois encore secouer les esprits d’une plèbe états-unienne désormais largement acquise à un recentrage socio-économique intérieur ? « Never say never again », dirait Sean. Mais, en tout état de cause, elle ne pourrait prendre, à si court intervalle, la forme extrême et exubérante qu’elle a prise en 2001 : ça ferait mauvais genre. Un assassinat politique, alors ? Ca aussi, on a déjà eu ! Les options commencent donc à s’étioler, sauf à recourir à un événement extraterritorial qui frapperait un allié de l’OTAN… Toutes ces possibilités requerraient toutefois une recrudescence d’agressivité et de provocation verbales de la part de Téhéran, tentation délétère dont un Chavez ressuscité pourrait dissuader la capitale…

Le durcissement des alliés religieux nord-américains des factions bellicistes israéliennes, la peur abstraite et la communication politique (comprenez : les stupides films d’action à gros budget) pourront-elles à elles seules inverser une courbe populaire qui tend manifestement vers un certain isolationnisme ? Le business militaro-industriel peut-il se passer de cette nouvelle aubaine ? Quels intérêts pourrait servir le plongeon définitif du dollar qui serait la conséquence d’une nouvelle guerre ? Les médias occidentaux centralisés feront-ils, comme d’habitude, office de caniches propagandistes ? Voulons-nous la guerre, nous autres, Européens ? Une guerre n’aurait-elle pour effet certain d’attiser, à court ou moyen terme, la volonté iranienne de disposer d’une arme atomique, c’est-à-dire d’accélérer ce qu’elle est supposée prévenir ? Et quelles formes une telle guerre pourrait-elle prendre, compte tenu du désastre irakien adjacent ? Où sont les preuves (non fabriquées) du programme nucléaire militaire de l’Iran ? Qu’est-ce qui indique que ce pays, même s’il venait à disposer d’un stock infime d’armes de destruction massive en comparaison à d’autres, dans le coin et ailleurs, serait décidé à utiliser celui-ci ? Quelles seraient les conséquences d’une telle réalité, si elle était avérée, sur la colonisation sans fin de la Palestine, et sur l’apparition d’un nouvel équilibre de la terreur en vertu duquel l’allié arabe démocratique privilégié de l’Occident dans la région, l’Arabie saoudite, se sentirait dans l’obligation de s’armer de quelques ogives finales à son tour ? Et où une telle spirale s’arrêterait-elle ?

« Said don’t worry ‘bout a thing, ‘cuz every little thing… »

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(1)    Les deux autres parties du triptyque documentaire indépendant « The Power Principle » (« Le Principe de Pouvoir ») sont disponibles ici (avec sous-titres français)…

« Propagande » (2e partie) : http://www.youtube.com/watch?v=E5e7dPgdp2A

« Apocalypse » (3e partie) : http://www.youtube.com/watch?v=cCB3iP7tEcc

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Partout des colons !

D’équations rédhibitoires, il ne serait nullement question, à en croire les rhéteurs. Mais comment, dès lors, faire rimer entropie et système ? D’hominidé à humanoïde, y a-t-il une marche ? s’inquiète le troglodyte. Le Cro-Magnon est là, en tout cas. Conquistador aux traits feutrés désormais, quant à son élite, il impose sa sharia faite d’une formule simple : ça vaut combien ? Telle est l’acmé de notre civilisation : toute ressource égale valeur, et toute valeur est matérielle. Et puisque l’esprit n’a de sens que pour la matière, pourquoi échapperait-il à la mise en abîme ? Cette préhistoire dont nous sommes héritiers éclaire peut-être d’un jour ancien les réguliers autodafés massifs qui apaisent nos consciences et nos liasses de billets et permettent à la science d’exercer le tordu issu de pyramidales encyclopédies de règles, de mots d’ordres, de devoirs dont des chapitres entiers sont devenus dérisoires mais sur lesquels continuent de s’empiler tout le doctrinaire savoir généré spécieusement par le désir de gloire et cette absconse volonté de mettre sous tutelle une prétendue barbarie universelle qui ne cessera pourtant de le contourner. Laisser faire, alors, laisser passer ? Ce désordre-là est ordre, juste moins perceptible. L’autorité, même diffuse, a toujours pour ennemie la conscience, sans laquelle point de science véritable. Parce qu’elle ne se commande ni ne se vend, elle est l’adversaire des deux camps qui seule permet leur synthèse et leur dépassement, favorise la transhumance des idées, des cadres, des allégeances, non pour forger mais distiller ce dont sera fait demain. Liberté est conscience, conscience est liberté. Semez-là à tous vents comme la vérité universelle dont personne n’aura jamais raison bien longtemps. Parce que, comme notre pierre génitrice, elle s’appartient ; elle est, transcendant clans, crédos et lois, par-delà mal et bien, le tutoriel adamantin de l’humaine condition. Réprimez-là, tentez de la sculpter, faites-en la dénégation, et vous aurez… partout des colons !

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