e-Nouvelle épisodique illustrée

« Pose suggestive » (8e et dernière partie)

Boards Of Canada, 1969

–       Tain, elle est longue, la tienne, mec…

–       Ouais, mais la tienne est trop grosse…

En deux semaines, Jewls et Hagan avaient appris à bien se connaître. Ils avaient fait quelques poses supplémentaires ensemble et, malgré les quelques cris d’orfraie de mon visiteur occasionnel, qui étaient prévus au programme, leur saut à l’élastique s’était déroulé sans encombre.

–       Tu sais qu’il m’a joui dans la bouche, ce con !

–       Je jouis beaucoup, sorry…

–       Pas grave, mais ton sel m’a donné faim. On va manger ?

–       D’accord, faisons une pause…

Pour la première fois, ma relation à Hagan sortait du cadre scénarisé. Je découvris un jeune homme gai – sans mauvais jeu de mots –, bon vivant, qui aimait la bonne chère et les bonnes blagues. Ca avait l’air de cliquer entre lui et mon nouveau mec. Avec moi, ça cliquait depuis longtemps…

–       Lequel de vous deux a eu l’idée du miroir ?

–       C’est moi. Ca t’as plou ?

–       Au début, j’étais réticent. Mais, tout compte fait, c’était intéressant. Je ne sais pas si je l’aurais fait avec n’importe qui, mais ton mec est sympa et canon, donc ça aide…

–       Avec plaisir, sourit Julien.

–       Ca me rappelle un tube de Sonic Youth… Je sais pas si vous connaissez ?

–       Moi, ça me dit rien.

–       Moi, le nom me dit vaguement quelque chose. Il y a un pote qui écoute parfois ça à l’Aca… C’est ce qui s’appelle la new wave, non ?

–       Certains disent no wave, d’autres rangent ça du côté du shoegazing, mais ce ne sont que des étiquettes. C’est du rock, quoi, pas au sens où Elvis l’entendait, mais c’est du rock.

–       Et pourquoi t’as pensé à ça ?

–       Il y a une chanson sur l’un de leurs albums qui parle d’un miroir. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais le son est colossal ! Allez, c’est quoi le titre, putain ?!?

–       Tou connais un peu les paroles ?

–       Attends, laisse-moi me souvenir… Je pense que c’est un truc du style : « Time takes its crazy toll / And how does your mirror grow / You’d better watch yourself when you jump into it / Cuz the mirror’s gonna steal your soul… Et après, je sais plus.

–       Ca a l’air cool. T’as le CD ?

–       Ouais, mec !

–       Ben, apporte-le la prochaine fois. On l’écoutera ensemble…

–       Deal !

–       Il est tres heures, les gars, et il fait radios à l’extérieur. Ca vous dirait qu’on aille se promener ?

–       C’est pas une mauvaise idée, parce qu’avec ce qu’on a mangé, je suis assez ballonné, moi. Je ne sais pas si je pourrais prendre aussi facilement la pose que tout à l’heure…

–       On va où ?

–       On peut aller faire oun tour en forêt de Soignes. C’est à peine à oun kilomètre d’ici…

–       OK, allons-y…

Pendant que Hagan roulait un bon gros Bob et que Julien remplissait son sac à dos de poires pour la soif, je m’éclipsai rapidement dans la salle de bain pour me refaire une beauté. Ils méritent bien ça, mes hombres

–       T’oublies pas ton G, bébé…

–       T’en fais pas, mon amour…

J’ouvris la porte. Hagan attendait déjà sur le palier. Je m’approchai de lui, effleurai sa joue gauche avec la paume de ma main, puis la droite avec son revers, pour enfin me laisser aller à faire ce dont j’avais envie depuis le premier jour : je poussai gentiment mon modèle contre le mur, m’emparai de sa nuque avec mes mains et le gratifiai de l’un des French kisses les plus torrides de ma jeune existence. Julien, qui venait de fermer la porte à clé, n’en revenait pas.

–       Bon, c’est pas tout ça, les tourtereaux, on est go ?…

Fink, Walking In The Sun

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« Pose suggestive » (7e partie)

El Indio, Nuevos Horizontes

–       Qu’est-ce que tou en penses ? On essaye, alors ?

–       Ca vaut le coup ! Il est pas mal et il me plaît. Toi aussi, non ?

Qui ne dit mot consent. C’est l’une des expressions que j’avais apprise au cours de français, juste après m’être installée en Belgique. J’étais curieuse. Je ne savais pas quelle serait sa réaction. Peut-être claquerait-il la porte, mais ça valait la peine d’essayer.

–       On sonne, bébé. Je vais ouvrir, ça doit être lui… Salut, comment va ?

–       La forme ! Toi ?

–       Ca va. Suis-moi, Aurora t’attend. Elle voudrait essayer un nouveau truc aujourd’hui.

–       Ah ? Quoi donc ?

–       Elle t’expliquera…

Je le vis entrer dans la pièce, pas très sûr de lui. Je pensais que tout allait capoter. J’étais anxieuse mais je ne voulais pas que ma fébrilité déteigne sur lui.

–       Salout, mon second Apollon !

–       Salut ma belle nymphe. Tu vas bien ?

–       Ca va, merci.

–       Alors, tu veux encore essayer de nouvelles choses, m’a dit ton Apollon attitré ?

–       Oui, mais on va commencer par une pose normale.

–       Cool !

Il ôta tranquillement ses vêtements. J’espérais qu’il serait dur comme de l’acier. Sinon, ce que j’avais en tête ne fonctionnerait pas.

–       Tiens, tu as enlevé le miroir de son cadre ?

–       Oui, pour la pose…

Ledit miroir pendait à présent à l’extrémité de deux chaînes en fer fixées au plafond, au milieu de la pièce. Je lui instruisis de se mettre devant, en laissant dépasser la pointe de son sexe de l’autre côté.

–       Tu es sûr de ton effet ?, me demanda-t-il

–       Pas tout à fait… On va voir, balbutiai-je

Il prit la pose. Son organe était gonflé comme jamais, à tel point qu’il aurait pu exploser à tout moment. Aurait-il pris une pilule bleue, le salaud ? Comme prévu, Julien entra dans la pièce une quinzaine de minutes plus tard. Son beau torse glabre et musclé, lui aussi, était nu. Comme je le lui avais demandé, il s’approcha de Hagan sans le moindre signe extérieur d’attirance, sans la moindre promiscuité, s’installa de l’autre côté du miroir, dont il feignit d’inspecter les contours, à l’affût d’une éventuelle trace de rouille. Bien sûr, Hagan s’en étonna…

–       Ca va, mec ?

J’avais dit à Julien de rester silencieux, de ne pas dire un mot, et surtout de ne pas le toucher, mais dès qu’il insisterait, mon hombre avait pour consigne d’entamer la danse, ce qu’il fit sans se faire prier. Tout en fixant intensément Hagan du regard, il se mit à déboutonner son jean, puis le fit glisser sans hâte le long de ses jambes. Il portait un boxer ce jour-là, un Ohsi Bomba si je me souviens bien. Enfin, pour être précise, il ne l’a pas porté longtemps…

–       Yo, mec, qu’est-ce que tu fais ?

Le membre de mon mec était raide, et le sien le restait. J’aimais trop regarder leurs deux queues. S’il ne réagissait pas à ce moment-là, le risque était grand qu’Hagan s’enfuie à toutes jambes.

–       Calme-toi, c’est une idée à elle.

–       J’ai trop envie de vous dessiner tous les dos, Hagan, chacun de son côté du miroir, avec vos sexes qui dépassent de part et d’autre en se touchant, comme s’ils étaient le seul lien physique entre vous.

–       Honnêtement, je sais pas… Chuis pas PD…

–       Moi non plus, mec, mais ça pourrait être sympa.

Aucun des deux ne perdait son ardeur, bien au contraire, mais Hagan jouait la Sainte-Nitouche. C’est rare, chez un homme, que le mental ne suive pas le physique…

–       Bon, d’accord, mais c’était pas prévu au programme, ça, alors j’aimerais un petit supplément.

–       Je double la mise, bogoss. Ca te va ?

Son regard trahissait sa pressante envie de partir et de laisser derrière lui cette expérience qui allait sans doute plus loin qu’il ne l’avait envisagé, mais, heureusement, la goutte d’eau qui ferait déborder le vase n’arriva pas… pas encore ! Je pris un nouveau Bristol et me mis à l’ouvrage. J’avais gagné mon pari !

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« Pose suggestive » (6e partie)

–       Tu l’as revu, ton Augusto ?

–       Non, et je m’en porte très bien. C’était un conar ! J’ai un nouveau boyfriend, pas un Español. C’est un Frenchie, de la Jironde… Il s’appelle Julien, et qu’est-ce qu’il est beau ! Tu le verras peut-être tout à l’heure. Il est parti à la piscine faire quelques longueurs…

–       Il est photographe amateur, lui aussi ?

–       Non, mais je vais lui apprendre. Je ne peux pas tout faire moi-même.

Le temps passe vite. Nous en étions déjà à notre troisième séance de pose, mais il serait peut-être nécessaire, m’avait-elle précisé, d’en prévoir une ou deux supplémentaires. Je pense qu’elle aimait vraiment mon corps, c’est la seule explication…

–       Pourquoi tou ris ?

–       Pour rien, je pensais à l’absurdité de la situation, moi complètement à poil, mon gland écarlate qui dépasse de mes mains, et toi toute habillée et pas intéressée pour un sou par la scène. C’est pathétique…

–       Tou crois que tou ne m’intéresses pas ?

–       Je t’intéresse comme sujet d’expérimentation, c’est sûr, mais j’ai l’impression que ça s’arrête là. Never mix business with pleasure !

Son visage laissa apparaître un rictus contenu, mais elle ne répondit pas.

–       Idiot, finit-elle tout de même par concéder…

On essaya une énième pose : j’étais supposé, cette fois, m’allonger sur un divan et ne laisser dépasser que ma tête et ma queue. L’idée de la jolie perverse était de suggérer que je m’adonnais à une auto-fellation, une pratique qui, malheureusement ou heureusement – c’est selon –, ne m’est pas accessible. A mesure qu’avançait son projet et que nous apprenions à nous connaître, ses instructions devenaient de plus en plus sexuelles, donc de plus en plus frustrantes puisque je ne pouvais y donner aucune suite, et elle le savait. C’est elle qui avait la haute main sur mon zob, c’est elle qui prenait un malin plaisir à cette torture psychologique et c’est encore à elle qu’il revenait éventuellement de prendre l’initiative. Elle changea d’avis…

–       Non, c‘est trop vulgaire. J’ai envie d’essayer quelque chose de plus complexe.

Une mise en abime, voilà l’idée fulgurante qui avait jailli en son esprit.

–       Mets-toi devant le miroir, Hagan.

Elle déplaça sa chaise et son plan de travail de telle sorte qu’elle se trouvât en oblique derrière moi, mais toujours légèrement dans l’axe du miroir. Elle avait de l’ambition : elle voulait se peindre me peignant. Pour la première fois, nous serions unis sur le dessin, pour l’éternité sans doute…

–       Je ne suis pas soure de réoussir.

–       Pas de problème, j’ai le temps…

La nouvelle pose durait depuis une quinzaine de minutes lorsque j’entendis quelqu’un introduire une clé dans la serrure de la porte principale de l’appartement.

–       C’est ton mec ?

–       Oui, n’aies pas peur, il est très oubert d’esprit…

Sans rien dire, Julien déposa son sac de sport, alla se servir un verre d’eau dans la cuisine, puis entra dans la pièce en poussant prudemment la porte.

–       Hey, sunshine, tout va bien ?

Il n’avait d’yeux que pour elle. Mais après qu’ils eurent échangé un tendre baiser sur les lèvres, qui m’avait d’ailleurs passablement gêné, vu l’état dans lequel je me trouvais, il observa furtivement le miroir et me fit un clin d’œil à travers lui. C’est comme si l’œuvre nous réunissait à présent tous les trois, trois inconnus ou presque, le temps d’un instant. Il vint alors me serrer la main d’une poignée franche, se présenta sommairement, laissa s’échapper un rire complice, puis quitta la pièce. Je suivrais son exemple une heure plus tard.

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« Pose suggestive » (5e partie)

Belle And Sebastian, Dirty Dream Number Two

Elle portait, cette fois, une petite robe à fleurs souple qui laissait entrevoir, tandis qu’elle se penchait sur moi, les contours intérieurs de ses seins, et laissait deviner deux extrémités dures de la taille d’un appendice d’auriculaire. Qu’est-ce qu’elle était sex, bon sang ! Elle n’avait rien bu, aujourd’hui, et ça se voyait : elle était parfaitement maîtresse d’elle-même et de ses mouvements.

–       Qu’est-ce que tu fais ?, lui demandai-je par acquit de conscience.

–       Tais-toi !

Scratch Massive, Take Me There

Elle se mit à caresser tendrement mon membre engourdi, faisant glisser sa main amène et agile de haut en bas, puis titillant le morceau de peau rétractile que les anglais nomment foreskin, et nous, avec un goût prononcé pour la mélodie et la romance, prépuce. A mesure que mon anatomie se durcissait, elle s’en servait comme d’un levier, sans jamais l’agripper toutefois : au lieu de ça, elle en tapotait la face inférieure par légers à-coups, allumant le désir plutôt que de l’étouffer. Bientôt, tous les centimètres seraient présents au grand complet. Comme on passe sa main un tantinet humide sur les contours d’un verre en cristal pour lui faire produire une stridente complainte, elle fit ensuite tournoyer lestement son index sur mon petit capuchon. Puis, lorsque le matos semblait prêt à l’emploi, elle saisit fermement mes boules et, posément, m’ouvrit au monde. Pour être certaine de son effet dans la durée, elle conclut l’exercice en appliquant l’une des techniques paléolithiques des premiers maîtres du feu : elle se saisit à deux mains de mon bout de bois et, comme s’il s’agissait, par d’intenses frottis concentriques, de provoquer une étincelle, touilla le levain dans sa largeur, pétrit la pâte en long et en large, malaxa le tiers de baguette de droite à gauche, sans répit, puis, satisfaite du résultat, m’adressa un demi-sourire complice qui en disait long.

–       C’est tantrique. Mon premier petit-ami m’a appris ça.

Aucun doute, la section ‘orientalisme’ de la bibliothèque verrait bientôt débarquer un nouvel adepte !

–       Tou restes comme ça, maintenant, d’accord, bébé ?

Sa remarque me rappela ce qu’on faisait croire aux gosses, à Pâques : si tu fais la grimace pendant que sonnent les cloches, tu risques de finir comme le Joker dans Batman (Je paraphrase un peu…).

–       Avec plaisir, mi dulce

Elle embrassa furtivement la nervure centrale de mon petit caporal et s’en retourna à son chevalet.

–       Merci… déclarai-je benoîtement.

–       C’est pour le travail, hombre. Maintenant, concentre-toi. Tou te souviens de la posicion ?

–       Comme ça ?

–       Si, exactamente ! J’aime ton petit coul, Hagan…

Beaucoup de femmes fantasment sur le cul des mecs : au-delà de la plastique, plus ou moins ferme, plus ou moins galbée selon les morphologies, innée ou acquise, c’est, paraît-il, un indicateur de la puissance de piston qu’ils sont en mesure d’étaler. Pas étonnant, dès lors, que beaucoup de jeunes mecs qui fréquentent ma salle de fitness s’échangent en douce des stéroïdes contre des billets dans les vestiaires, s’examinant et se contemplant l’un l’autre du coin de l’œil, non pour voir qui, en l’occurrence, a la plus grosse, mais qui est le plus beau. « Miroir, ô, mon beau miroir… »

Rarement, pourtant, une représentante de la gent féminine acceptera-t-elle de stimuler cette partie de la physionomie virile, encore largement taboue : les rôles sociaux traditionnellement dévolus à l’une et à l’autre, et les représentations mentales qui les accompagnent, n’ont pas encore évolué à une échelle suffisamment large. Disons-le simplement, pour que tout le monde comprenne : le trou du cul du mec doit rester une one-way street, faute de quoi on a affaire à un PD ! C’est en tout cas l’impression dégoûtée que semblait exhaler la rousse Miranda dans un épisode de « Sex and the City » qui la confrontait à ce dilemme. Une fois, pourtant, il y a de cela plusieurs années, une compagne d’un soir s’était permis d’enfoncer à cru son doigt onglé dans ma cavité postérieure. La jouissance, mêlée à la subreptice douleur de l’impréparation, m’avait fait gicler au pied levé. C’est que, chez la femme comme chez l’homme, ce genre de chose se chérit… On ne se fraye pas n’importe comment un passage dans cet espace. Huiler, attendrir, chatouiller sont ici les mots d’ordre ! Y plonger trois doigts, un gode-réplique de Peter North ou même, pour les élèves avancés, un poignet décidé, voire deux pour les masochistes qui, dans la foulée, doivent littéralement s’apprêter à chier des barres, demeure réservé à une certaine élite. Bref… J’ai l’impression, en vous racontant cela, de m’être quelque peu écarté du droit chemin. Mea culpa !…

My Best Fiend, One Velvet Day

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« Pose suggestive » (4e partie)

–       Tou es excité comme oune pouce, Hagan. Attends, je vais allumer la radio.

Je poussai un soupir, car je m’attendais à entendre le dernier Lady Gaga – c’est ce qui monopolise cinquante pourcents du temps d’antenne de nos jours et ce qu’adorent, en conséquence, cinquante pourcents de mes contemporains, septante pourcents même des morveux boutonneux qui seront appelés, un jour, à prendre notre relève aux plus hautes fonctions de l’Etat et de l’entreprise – et, comme je n’étais pas chez moi, il me serait impossible de laisser entendre que ce genre de son n’était pas celui qui avait ma préférence. Rien de tout cela, heureusement : du transistor émanait la voix d’un homme que j’estimais dans la soixantaine, avec une barbiche blanche. Celui-ci récitait, sur fond de bruit de vagues régulières, un texte dans un espagnol agité, sans le moindre accompagnement musical. Grâce aux cours du soir que j’avais entrepris de suivre il y a quelques années, j’en comprenais quelques bribes, mais pas l’entièreté.

Apologie de Socrate (extrait en espagnol / décor : bord de mer)

« C’est un embargo, je vous le dis franchement… Tout cela n’est pas véritable… » Il était question d’artistes, de désir de Vrai, de poètes, de culture, mais aussi d’ignorance de soi et de fake. Tout le discours, qui a bien duré près d’une heure trente, semblait pouvoir se résumer par « connais-toi toi-même ». Aurora avait bien vu : allumer la radio, en particulier écouter ce programme spécifique, avait eu sur moi l’effet légèrement soporifique qui a permis à mon esprit de s’apaiser et, ainsi, à son crayon d’accomplir sa tâche. Pas idiote, cette petite Espagnole !…

–       Voilà, il est presque neuf heures. Nous avons terminé la première session. Tou peux rester dîner avec nous si tou veux.

Avec politesse, je déclinai l’invitation, remerciai mes hôtes et pris congé d’eux après avoir fixé le rendez-vous pour la deuxième session. Ce serait le vendredi suivant, mais à quinze heures cette fois. Susson pourrait se brosser !

Ce que je fis entre-temps n’a pas grande importance : glander pour l’essentiel. Le vendredi qui suivit, je me retrouvai tout guilleret, prêt à me mettre à poil, devant la porte de l’appartement 603 de la tour de briques rouges. Aurora m’ouvrit. Je décelai sur son visage un certain dépit, elle avait une mine déconfite.

–       ¿ Todo está bien, mi bella española?, lâchai-je comme un lourdingue.

Elle m’invita à entrer sans donner suite à ma question, disparut dans la kitchenette, puis réapparut une bouteille de champagne à moitié consommée à la main. Elle s’assit dans le club juste à côté du mien et m’expliqua qu’entre elle et Augusto, c’était terminé. Elle approcha son fauteuil jusqu’à ce que les deux se touchent, m’assura que cette nouvelle n’aurait aucune incidence sur ma séance de pose et, les yeux hagards et ailleurs, m’invita, en guise de préambule, à profiter du moment.

Ce n’était pas la femme que j’avais vu deux jours auparavant, celle qui m’avait plu. C’était, avec tout le respect que je lui dois, une demi-loque. Et je n’avais vraiment aucune envie de donner suite à sa sollicitation. Baiser bourré, j’avais déjà donné, et plus d’une fois ! Enfoncer sa queue hésitante dans un amas de chair rendu flasque par la bibine ? Je ne mange plus de ce pain rassis-là ! Je laisse ce genre de faux trophée à d’autres… Par ailleurs, je ne la connaissais pas suffisamment, cette fille, pour jouer son confident…

–       Je n’ai pas envie d’abuser de toi, Aurora. Je vais te laisser et je te rappellerai demain pour fixer un nouveau rendez-vous, si ça te dit encore, ok ?

Elle éclata en sanglots et se mit à vociférer :

–       Ah, vous les mecs, ustedes son todos iguales !

« Vous êtes tous pareils »… Point besoin de cours d’espagnol pour comprendre cela, d’autant moins qu’au dernier de ces mots succéda un crachat de champagne assez explicite de la belle qui, heureusement, visait le sol et non ma gueule…

–       Je te rappelle demain, Aurora, d’accord…

Je lui fis la bise que se font les petits enfants lorsqu’ils se disent au revoir. Très brièvement, son faciès se détendit, puis elle me tourna le dos et s’enfonça dans son studio de dessin. Je fermai la porte derrière moi.

Le lendemain, en me réveillant, je me rendis compte que j’avais reçu un SMS de la furie de la veille. Elle voulait me voir, si possible aujourd’hui même, histoire de ne pas perdre trop de temps dans l’agenda qu’elle s’était fixé en vue de la préparation du terme de son année académique. Je me disais bien qu’elle méritait que je joue un peu avec ses nerfs en reportant quelques fois cette nouvelle séance, mais, n’ayant rien prévu ce jour-là et n’étant pas d’humeur à cela, j’acquiesçai au téléphone.

–       Mets-toi à poil, Hagan. Et je veux que tou bandes très dour aujourd’hui. Tou vas te mettre dans la position du missionnaire au-dessus du canapé, là-bas, et faire semblant qu’il y a une fille en-dessous de toi, ou un mec – whatever gets you there. Je veux que ta grosse bite soit bien visible.

J’avais à présent le sentiment qu’elle se prenait pour Nathalie Baye et me prenait, moi, par voie de conséquence, pour Sergi Lopez, s’il n’était le fait, tout de même central, que d’une liaison pornographique, il n’y avait en l’occurrence aucun augure. Pourtant, je divaguais et je la voyais un fouet à la main et moi à quatre pattes tandis qu’elle prenait sur moi la revanche qu’elle ne pouvait infliger à l’autre. Du coup, je ne parvenais pas à satisfaire à son ordre explicite.

–       Qu’est-ce qu’il y a, hein ? Oh, le petit bout de chair, il veut pas grossir ? Tou es impuissant, maintenant, beau gosse ?

Je le croyais pas : elle se foutait de moi, et en plein dans la face ! Mais pour qui elle se prenait, cette greluche ! Je ne comptais pas me laisser faire : elle avait plus besoin de moi que moi d’elle.

–       Assieds-toi, petit singe mousclé.

Elle ajusta une fois de plus son chevalet et me fixa d’un regard désapprobateur et agacé, dodelinant sa tête de droite à gauche comme pour dire : « c’est quand même pas possible ! »

–       Tou veux un coup de main, c’est ça ?

Je pensais qu’elle continuait de me titiller l’esprit, mais visiblement, elle était sérieuse. Elle se leva de sa chaise, poussant celle-ci sur le côté avec un certain fracas, me dévisagea, me regarda de haut, s’approcha lentement de moi, pas à pas, comme une panthère considère sa proie, et s’accroupit devant mon ustensile comme dans un film au ralenti.

–       Je vais t’aider, Hagan… dit-elle à présent d’un ton suave.

Slowdive, Here She Comes

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« Pose suggestive » (3e partie)

A chaque flash, l’appareil crachait ses photons en émettant un bruit sec qui résonnait comme un écho. C’était comme si je me faisais mitrailler avec mon consentement. Je commençais à comprendre ce que devaient ressentir toutes ces stars du showbiz, de la politique et du porno lorsqu’ils ont une armada de ces machins braqués sur eux. J’étais sur le qui-vive, et mon Johnson aussi. De sa petite voix intérieure, il me disait de me méfier, de ne pas faire trop confiance à cet engin de malheur. Il est lucide, mon Johnson…

–       Voilà, maintenant, accroupis-toi s’il te plaît…

–       OK.

–       Maintenant, cambre-toi.

–       Euh, t’es sûr ?

Je n’étais, à vrai dire, pas trop enchanté de la direction que prenaient les choses. Encore quelques minutes et il me demanderait d’enfiler des bas résilles…

–       OK, maintenant écarte bien tes fesses.

–       Ah non, mec, halte là !

–       Je plaisante, Hagan, relax…

La besogne dura quelques minutes de plus, puis Augusto m’annonça, à ma grande satisfaction, qu’il disposait de tous les clichés nécessaires. Ce que lui et sa compagne en feraient, une fois fignolés les croquis, n’était pas clair. Avec un brin de narcissisme, je me suis mis à imaginer qu’ils agrandiraient l’un d’eux pour le transformer en poster qu’ils placarderaient au-dessus de leur lit, en faisant – et moi par la même occasion – un amant figuré pour leurs longues soirées d’hiver.

Augusto sortit de la pièce, avertit Aurora de ce qu’il avait mené à bien sa mission. Il lui montra sans doute quelques-unes des photos car j’entendis la belle éclater de rire, ce qui eut pour effet d’atténuer sensiblement la portée de ma boursouflure mitoyenne. L’artiste entra alors dans la pièce et referma la porte derrière elle.

–       Eh bien, je vois qu’on est moins fier, s’amusa-t-elle

–       Je ne voulais pas que ma spontanéité te soit désobligeante, lui répondis-je du tac au tac.

–       Qu’est-ce que tou dis ? Je ne comprends pas…

Elle prit position sur une rigide chaise en bois aux pieds métalliques, ajusta son chevalet et m’expliqua la première pose.

–        Tou te tiens debout, de profil, et tou tournes légèrement ton bassin et ta tête vers moi. Voilà, tou vas voir, ça a l’air facile, mais ce n’est pas comme prendre une photo. Tou vas devoir respecter cette pose pendant un certain temps. Alors, essaie de fixer ton regard et concentre-toi.

Ce n’était plus la femme qui parlait, mais l’apprentie professionnelle. Le ton de sa voix s’était fait légèrement plus autoritaire et la malice avait quitté son visage. Je suivis son conseil et, plutôt que de me focaliser sur un point fictif, comme on vous l’apprend lors de la troisième leçon de maître zen, je canalisai toute mon attention sur un calendrier masculin collé au mur, à quelque dix centimètres d’elle. Pour une raison ou une autre, j’étais de nouveau dur.

–       Tou bandes ! Qu’est-ce qui t’excites comme ça ?

A dire vrai, je ne le savais trop moi-même et donc je lui répondis un truc sorti tout droit de mon cerveau, que je n’étais pas sûr de comprendre moi-même. Je ne voulais ni la froisser, ni lui donner l’impression qu’elle me laissait indifférent. Car je la trouvais très jolie.

–       Pas de problème, Hagan, si tou prèfères que je fasse ton portrait avec ton sexe en ereccion, c’est possible. Mais, dans ce cas, tou dois me promettre de bander bien dur pendant au moins trois quarts d’heure.

–       Je ferai ce que je peux.

–       Non, non ! Tou bandes ou tou bandes pas ! A toi de choisir !

Bon sang, on aurait dit, à présent, ma mère qui me donnait des consignes strictes quant à la façon de gérer mon entre-jambes. Creepy !

–       Cool, je bande alors !, lâchai-je comme un ado prépubère, m’étonnant moi-même d’une telle légèreté.

Aurora se mit à l’œuvre : je la voyais esquisser les contours de ma silhouette avec sérieux et délicatesse. Je ne pouvais empêcher mon regard de suivre ses mouvements. Ce faisant, à mon corps défendant, je détournais régulièrement le regard de l’adonis brun surmusclé qui semblait, à son tour, me regarder depuis le mur où il trônait. Je me sentais observé, comme si un officier de police en civil suivait mes moindres mouvements afin de s’assurer de mes bonnes mœurs.

Pixies, Where Is My Mind ?

–       Tou es très distrait, me coupa-t-elle. Ca ne va pas, ça ! On dirait que tou as vraiment la tête ailleurs. Si tou continues de bouger sans arrêt, je risque de faire de toi une œuvre cubiste…

–       Figurer dans une œuvre de Picassette serait pour moi un honneur, Madame, lui répondis-je.

Elle laissa s’échapper un rire discret qui, par son humanité, me remit en confiance. La blague ne valait pourtant pas un sou, mais elle nous a temporairement soulagés tous les deux. Tout en dessinant, elle cherchait à en savoir plus sur moi : d’où je venais, quelles études je suivais, si j’avais une petite-amie, mon histoire résumée, en somme. Et je n’étais pas en reste… Ainsi, j’appris qu’elle était originaire de Barcelone, mais qu’elle avait élu domicile à Bruxelles il y a trois ans, sous la pression de la crise immobilière dans son pays, qui y avait rendu les débouchés très illusoires, a fortiori dans le milieu artistique. Mais quelle époque vivons-nous !, me dis-je en mon for intérieur. Toutes ces balivernes à propos de la génération prétendument sacrifiée se vérifieraient-elles donc ? Après avoir bien profité sans compter de cornes d’abondance de toutes sortes, nos illustres aïeux du siècle dernier nous laisseraient-ils donc pourrir sur ce bateau naufragé ? Et, une fois de plus, j’avais la tête ailleurs…

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« Pose suggestive » (2e partie)

Le mercredi suivant, j’avais rendez-vous avec elle vers dix-huit heures trente dans son petit appartement de la rue des Rosiers, à quelques minutes du centre de Bruxelles. « Sonnez  Fuentes », m’avait-elle précisé. J’étais légèrement en retard, mais je me disais qu’une artiste ne s’offusquerait pas d’un tel détail. J’avais traversé le petit bois qui jouxtait son immeuble, une tour assez imposante et large, tout en briques rouges, prolongée par un bâtiment rectangulaire classique, une ode architecturale de plus à Saint-Phallus, située au coin d’une rue assez calme. « Fuentes », donc… Je pris, une fois encore, mon courage à deux mains et exerçai de mon index une brève pression sur la clarine ad hoc.

–          Si !

Seigneur, c’était une voix de mâle !

–          Euh, oui, bonjour, c’est Hagan, j’ai rendez-vous avec Aurora…

–          Si, je vous oubre ! C’est au sixième…

L’ascenseur était en panne. Mais ce n’était pas grave : je n’étais pas encore complètement remis de la soirée chez Yorick, et un peu d’exercice me ferait du bien. Une jeune fille frêle, à l’allure délicate, m’attendait sur le palier. Elle avait de longs cheveux auburn, un beau visage ovale quoique légèrement émacié, des yeux qui me semblaient refléter le bleu du ciel, et un joli nez en pointe, un peu comme Dorothée. Son jean délavé épousait parfaitement les formes de son corps, et le polo bleu qui masquait ses rondeurs féminines, alléchantes sans être excessives, laissait imaginer une partie du plaisir que son mec pouvait prendre avec elle.

–          Vous êtes Hagan ? Bonjour, je souis Aurora…

–          Enchanté, Mademoiselle.

–          Entrez, je vous en prie, et mettez vous à l’aise.

Je n’ai pas l’esprit trop mal tourné, mais, déjà, cette invitation me semblait nous faire entrer dans le vif du sujet. J’ai pris place dans l’un des fauteuils club qui entouraient une table basse en verre composée de deux plaques entre lesquelles semblait se morfondre un cygne transparent, l’un de ces trucs qu’on trouve dans les magasins d’ameublement d’occasion et que je n’achèterais jamais moi-même. Après m’avoir demandé si je voulais me désaltérer et avoir satisfait à mes envies en cette matière, Aurora s’assit à son tour, tandis que son compagnon, dont j’appris qu’il se nommait Augusto, s’activait à je ne sais quoi dans ce qui ressemblait à un menu atelier adjacent au salon. Elle me regarda avec une fierté mêlée de malice, ses petits yeux étincelants fixés sur moi, et s’adressa à moi sur un ton de mise au défi :

–          Alors, c’est la première fois que vous posez nu ?

Elle le formulait comme si c’était chose acquise.

–          Euh, oui, mais justement, à ce propos, j’aurais aimé obtenir au préalable quelques renseignements : ce que vous attendez de moi au juste, quel type de compensation je peux espérer, …

Oups ! Déjà, j’en avais trop dit ! Cette dernière phrase pouvait, en effet, être interprétée comme un appel du pied salace et peu subtil d’un quinquagénaire en manque. Etait-ce parce qu’elle est hispanophone qu’elle n’y a pas réagi, ou, jouant la pro, s’est-elle abstenue de réagir ouvertement ? Peu importe : je l’avais échappé belle. Sans doute prenait-elle la mesure de ma nervosité et me ménageait-elle en conséquence…

–          Je vais vous expliquer. Euh, on se tutoie ?

–          Volontiers, oui !

–          Voilà, alors, je suis étudiante à l’académie des Beaux-Arts, et je me spécialise dans le desson.

De temps à autre, elle laissait s’échapper une syllabe ou un son qui trahissait son origine, et je trouvais ça sexy comme tout…

–          Jousqu’à présent, je n’avais qu’un seul modèle sous la main, c’est mon petit-ami, mais si je veux vraiment perfectionner ma technique, il faut que je m’entraîne avec d’autres modèles. Tou l’as vu, Augusto, ce n’est pas Taylor Lautner. Che l’adore, mais pour les muscles, on repassera… J’ai donc placé la petite annonce dans la faculté. Tou sais ce qu’on dit : best take them before thirty…

–          Oh, pas toujours, certains disent qu’une femme n’éclot vraiment qu’à partir de la trentaine…

–          Soit… Mais, moi, je te parle des hommes. Ce qui m’intéresse, ce sont les formes masculines, les beaux biceps bien arrondis, les pectoraux saillants, les abdos en tablettes, les chambes fermes et les petits couls bien arrondis.

Voilà ! Là, on était bel et bien dans le vif du sujet.

–          Tou peux me montrer un peu ?

–          Euh, ici, tout de suite ? Tout ?

–          Non, montre-moi ce que tou as envie de me montrer.

–          Euh, d’accord…

Je défis calmement mon sweat bleu à manches courtes pour dévoiler une anatomie légèrement musclée et très poilue, espérant un réflexe positif de sa part. Les poils, ça leur plaît, aux Espagnols, non ? C’est méditerranéen…

–          Pas mal, pas mal du tout, Hagan. Ca va être oune challenge de cerner les contours de tes mouscles avec tous ces poils, mais le package me plaît.

–          Euh, merci…

–          Ok, alors passons aux choses sérieuses. J’aurai besouin de te revoir au moins trois fois, pour des séances de cinq heures chacune, avec des poses variées. Par heure posée, je te donnerai vingt oros. Ca te va ?

–          Ouais, ouais, c’est très cool…

–          Aujourd’hui, on va juste prendre quelques photos de toi. Ca m’aide pour la finition dou dessin quand tou n’es plus ici. Seulement si on a le temps, j’entamerai un premier croquis.

–          D’accord !

–          Suis-moi…

Elle m’emmena dans une petite chambre d’environ trente mètres carrés qu’elle avait aménagée en studio, s’éclipsa en me demandant d’attendre quelque secondes, laissa la porte entrouverte et, de l’autre côté de celle-ci, me demanda de me déshabiller complètement. Le haut, c’était déjà fait, il ne restait plus que le bas. Je m’effeuillai en deux temps trois mouvements, comme savent le faire les vrais mecs, et, bien sûr,  ce qui devait arriver arriva : le nez de Pinocchio s’allongea tout aussi instantanément. Impossible de le contenir ! Une ou deux minutes plus tard, la porte s’ouvrit pour laisser apparaître Augusto, un Canon 20D en bandoulière…

–          Eh bien, ça t’excite, on dirait. C’est moi qui prends les photos. D’accord ?…

–          Euh…

The Velvet Underground, I’m Waiting For The Man

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« Pose suggestive » (Première e-Nouvelle épisodique illustrée) – 1e partie

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Ce qui suit est une expérimentation qui, à coup sûr, déplaira aux puristes, ceux (et celles) pour qui le livre, qu’il s’agisse d’un essai relatif à l’amour des pandas en cage, d’un roman à l’eau de lys hybride, ou même d’une short story dans les pas de Poe, se doit d’être composé de texte et de texte uniquement, ceux chez qui la bâtardise, en littérature comme en société, semble-t-il, provoque rejet et dégoût alors qu’elle est, toujours, source de renouvellement, ceux qui, aujourd’hui encore, après la parution et l’encensement par la critique de chefs d’œuvre tels que « La Tour », « Partie de Chasse »  ou encore « La Source et la Sonde », ne voient dans la bande dessinée qu’un alliage profane de phylactères et d’écrits bon marché, bref à l’ensemble de ceux, fossilisés mais hautains, pour qui la création est à jamais figée, quel qu’en soit le support. Mais, après tout, de ceux-là, on se fout, non ?… (YB)

Pose suggestive (1)

« Ch. Mod. Masc. Musc. NU +/- 25 ans pour dessin érot.  – Aurora ». Il était environ quinze heures et un nouveau week-end prolongé de débauche incontrôlée s’annonçait pour moi. Yorick, dont les parents s’apprêtaient à prendre un bol d’air pur dans leur villa de Monaco, avait prévu pour dimanche un barbecue géant dans le vaste jardin de sa luxueuse demeure uccloise. Rien ne manquerait à l’appel : il avait invité autant de garçons que de filles, sa piscine était prête à l’emploi et, m’avait-il assuré, la coke serait disponible en abondance. C’est donc d’une humeur enjouée que je déambulais dans les couloirs de ma fac, après l’épreuve hebdomadaire ultime que représentait le cours de critique historique du professeur Susson – pauvre vieux, que n’a-t-on raillé son nom ! Pas question, toutefois, de quitter le bâtiment avant de lancer un rapide coup d’œil au mur de petites annonces, à gauche du hall d’entrée. Peut-être y trouverais-je enfin la guitare d’occasion tant convoitée… La plupart des affichettes, jaunies par le temps, m’étaient devenues familières. Mon regard panoramique cherchait donc à déceler l’une ou l’autre nouveauté. « Kot 1 chambre – prox. camp. – 525 €/ms. + ch. ». « Vd. mach. lav. bn ét. pour cse dble empl. ». Rien de bien excitant dans tout cela ! Puis mon regard s’agrippa à une annonce toute petite, à peine de la taille d’une étiquette, mais qui avait tout pour attirer l’attention : multicolore, elle faisait apparaître un ‘a’ calligraphié en contre-jour, sur lequel s’imprimait son contenu. Il s’agissait là, apparemment, de la signature personnalisée d’une certaine Aurora, prénom qui apparaissait en bas de l’avis. Il y avait un numéro de GSM, aussi, que je notai sur un bout de feuille, au cas où… Arrivé dans ma mansarde, que je mettais un point d’honneur, à la fois par souci de permanence et par lassitude avérée, à ne nettoyer qu’une fois tous les deux mois – de temps à autre, ma tendre maman me dépêchait son aide-ménagère pour qu’elle se charge de l’inexprimable corvée –, et une fois roulé mon joint de ce jour, j’ai cédé à la pulsion qui agite tous les djeuns contemporains, à savoir envoyer par saccades une centaine de SMS à mes potes, et même à d’autres qui ne le sont pas, car c’est tellement fun, puis, le stick en bouche et un Breezer à la main, j’ai maté le dernier Siffredi, histoire de me tendre ou me détendre un peu, selon les interprétations, et je me suis endormi…

DJ Morpheus, Inception

–       Open ! Oooopen, baby !

Qu’il était doux, ce rêve, à mi-chemin entre la conscience assistée et le sommeil de plomb : j’étais en train de pique-niquer avec Axelle dans cette petite prairie que nous seuls connaissions, à Groenendaal, en lisière de forêt de Soignes. Sandwiches en abondance et petite bouteille de rosé pétillant ne demandaient qu’à se laisser déguster : les plaisirs les plus simples sont souvent les meilleurs ! Tout à coup, mon Axe sortit de la poche intérieure de son gilet en laine fine, qu’elle s’était tricoté quelques années auparavant pour se soulager de s’être fait larguer par son ex, ce qui ressemblait à une boîte d’environ vingt centimètres sur cinq, enrobée d’un emballage cadeau.

–       Tiens, c’est pour toi !…, me lança-t-elle avec un sourire naissant.

Ne m’attendant pas à pareille attention, je ne savais trop que dire, et donc j’ai fait ce que la plupart des mecs font dans ce cas : je n’ai rien dit. Lentement, j’ai dépaqueté le présent, jusqu’à le découvrir… C’était la chaîne sur laquelle j’avais flashé plusieurs fois en sa présence en passant devant un magasin de la rue Haute spécialisé dans les objets exotiques, d’artefacts africains dits primitifs, le plus souvent importés illégalement, à des breloques de toutes sortes, en passant par l’un ou l’autre bijou original. Elle avait beau être kitsch, cette chaîne Yin Yang, je la trouvais à mon goût ! Toujours emmuré dans mon silence, j’ai regardé fixement ma belle pendant une minute ou deux, jusqu’à ce qu’elle me fixe elle aussi, et que par nos yeux exorbités transite l’énergie pure et douce qui justifiait notre amour, cette énergie partagée par deux sujets qui, en règle générale, ne se manifeste que trop rarement, je me suis approché d’elle, j’ai imbibé mes lèvres d’un chouïa de ce vin rose insolemment pétillant, les ai approché des siennes, elle semblait se donner à moi, elle avait bien calculé son coup, ça, c’est sûr, en représailles, je déviai mon attention sur le lobe de son oreille gauche, que je titillai prudemment du bout des dents, puis fis glisser ma langue le long de son cou, provoquant le léger spasme attendu, avant de caler mon nez contre le bas de son menton, feignant de dévorer sa gorge, puis je suis remonté tout doucettement, virevoltant de la gauche à la droite de son visage et m’épanchant en courtes lèches langoureuses. Nous étions prêts.

–       Embrasse-moi, bébé, j’ai envie de toi.

Sa voix était chantante, gracieuse, entêtante, très, très légèrement rauque, excitante, quoi, un peu comme le serait celle de quelque papillon paradisiaque, si ceux-ci pouvaient parler… L’invitation était limpide, j’en avais trop envie. Une fois encore, je la regardai fixement, j’étais à présent à moins d’un centimètre de son sésame, et puis…

–       Open, baby, ooooh, yes, I’m gonna cum, yeeees, babeee !

Et puis, ce connard de Rocco m’a réveillé en gueulant comme un possédé, bordel !!! Entre-temps, la bouteille de Breezer s’était écrasée sur le sol et mon joint avait creusé un beau petit trou, bien symétrique, dans mon canapé en tissu. Soit, j’étais réveillé, autant m’occuper l’esprit ! Je me suis rappelé la petite annonce sur le tableau de la fac, et je me suis mis à réfléchir. Etait-ce vraiment pour moi ? Je suis assez musclé, c’est clair. Yorick trouve même que je suis balaise. Chuis pas trop mal foutu, par ailleurs. L’expérience en tant que telle paraissait intéressante. Mais il y avait ce « NU », en gras. Serais-je capable de me dévêtir intégralement devant une totale inconnue, qui plus est si aucune baise ne conclut l’exercice ? Et quid si je me mettais à bander comme un âne ? J’aurais l’air ridicule. Ce serait tout sauf pro ! Alors ? Alors… alors… alors… ?!? Oh, fuck it, après tout, on ne vit qu’une fois. Je saisis le bout de papier sur lequel j’avais négligemment noté le G de la nana et, sans plus réfléchir, m’exécutai : une sonnerie, une deuxième, puis une troisième… Je commençais à penser à la valise RTL, un truc qu’écoutait mon vioque quand je n’étais pas encore né… Puis soudain :

–       Aurora… ¿ Que puedo para usted ?…

J’avais établi le contact…

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