Lettres ouvertes des plus surréalistes…

Interpellation du Grand-Orient de France

 

Messieurs,

 

A l’occasion de son discours d’installation, lors du convent 6018, Jean-Phi avait cité Hugo.

Haut dans la liste des préoccupations dont il fit part à ses bien chers frères figurait le danger que représentent ce qu’il présentait comme des « difficultés économiques entraînant une paupérisation croissante des populations » à l’échelle mondiale, mais qu’il serait sans doute plus exact de définir comme des logiques économiques, la France, bien sûr, n’y échappant aucunement.

La question de la solidarité, toutefois, n’apparaissait que comme le cinquième enjeu esquissé dans son discours. Et encore cette solidarité se limitait-elle à une entraide corporatiste entre frères et sœurs ainsi qu’à une assistance, au demeurant légitime, aux réfugiés et aux migrants.

Un an plus tard, à l’occasion de son discours d’installation pour l’année 2019, Jean-Phi a étendu cette thématique, toujours listée en cinquième position, après la laïcité et la défense des valeurs de la République, l’enjeu d’un voyage mémoriel à Auschwitz, la politique internationale mais aussi l’organisation et le fonctionnement du Grand-Orient, c’est-à-dire la tambouille interne d’une para-institution de plus en plus narcissique, à la question du handicap.

« Je suis haï. Pourquoi ? Parce que je défends les faibles, les vaincus, les petits, les enfants », écrivit le grand Victor en 1874 (1).

En 2018, « au moins 612 personnes « SDF » sont mortes » dans la rue en France. En 2019, le funeste compteur en est déjà à 369 personnes « au moins ».

Pourtant, c’est guilleret que l’Imposteur en chef, vénéré comme une idole des temps nouveaux par tout ce qu’un pays compte de petits esprits obséquieux, vient de décréter par le biais qu’il incombait sans doute de faire gonfler ce nombre : en quoi privatiser la Française des Jeux puis compenser la perte provoquée par cette privatisation en plongeant dans la pénombre les plus nécessiteux ne relèverait-il pareillement d’une forme de logique, dont est certes écartée pour les intéressés toute possibilité d’individuation ?

Pendant ce temps, des cohortes de réactionnaires et de racistes déguisés d’un fort commode alibi, qui méritent autant ce second attribut que ne mérite indistinctement, à en croire le Saint-Siège israélite, celui d’antisémite quiconque manifeste son esprit critique à l’égard du sionisme, se triturent les méninges, à la manière des curés réunis jadis à Valladolid pour trancher la question de l’humanité des Indiens d’Amérique, quant à l’ontologique question du moment, qui vaut à la France, dans le monde entier, une réputation des plus sinistres : la femme d’un hijab voilée appartient-elle bel et bien à la race humaine ?…

Depuis plus d’une décennie, depuis l’accession au trône de France du premier gnome de la République en vérité, mais plus particulièrement depuis les événements à la fois tragiques et sordides de janvier 2015, c’est de manière quasi quotidienne, en effet, qu’au mépris de ce que les Français définissent eux-mêmes, à longueur de sondages, comme les causes premières de leurs tourments, la parole publique autorisée se déchaîne très largement contre une communauté dont officiellement, pourtant, elle ne reconnaît pas l’existence, illustrant à sa façon, selon ce qu’affirment d’aucuns avec moins de retenue bourgeoise, « les mauvaises manières d’un passé fasciste que l’on pensait réservé aux pages les plus sombres de notre histoire », lesquelles trouvent à s’illustrer par exemple, comme naguère sans doute dans une certaine mesure, dans l’alliance entre le cigare et le bûcher.

Mais si demain, Messieurs, et Mesdames à titre subsidiaire, la responsabilité de toute la logique qui conduit de pauvres hères pouilleux mis au ban de la société à crever par centaines dans les rues de France dans l’indifférence quasi générale venait, contre toute attente, à s’élever elle aussi au rang de crime contre l’Humanité, il faudra bien que vous aussi vous interrogiez sur la vôtre !

Ressaisissez-vous, que diable !

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(1/ Inutile, vu la dimension de l’homme, de s’étendre de manière anachronique sur : « Au lieu de faire des révolutions, on ferait des colonies ! Au lieu d’apporter la barbarie à la civilisation, on apporterait la civilisation à la barbarie ! »

Mais, la perfection n’étant pas de ce monde, notons-le tout de même…

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Orthographe, repens-toi !

Arnaud Hoedt ? Pourquoi pas Hoed (M. Chapeau…), Hoet (comme feu Jan Hoet, l’historien de l’art flamand, francisé, le cas échéant, en ‘Hoët’), ou encore Hut (à la teutonne), Hout, Houtte, Out, Oute et autres variantes, voire même Oûte (c’est-à-dire ‘Ouste’ avec une disparition, et un circonflexe en prime, comme sur Jérôme) ?…

Parce qu’un nom – qu’il soit patronyme ou substantif – a une histoire, en effet, laquelle, lorsqu’il est commun, est souvent antérieure à Molière et s’appelle étymologie. C’est elle qui, dans votre exposé, se fait par trop attendre, et ce délai peut amener les zappeurs précoces à lire dans celui-ci l’expression d’une mentalité très possessive et appropriatrice : « miens, les mots, et à nul autre (avant moi) ! »

Pourquoi ‘abri’ et ‘crédit’, ou quelqu’autre de vos exemples (5:28) ? Pas juste parce que, Messieurs… Parce que, respectivement, bas-latin ‘abrica’/’abriga’ et latin classique ‘creditum’ ! Mais pourquoi alors ce ‘t’ à l’infinitif du premier ? Allez savoir… Peut-être pour faire parler des conférenciers qui ignorent que les locuteurs québécois ont fait leur l’ancien français ‘abrier’, tandis que leurs homolingues (ou presque) homologues hexagonaux auraient boudé cette possibilité, leur offerte naguère par le Législateur de la Langue, et aujourd’hui encore par les bâtards de la profession… Soit, mais pourquoi ‘succion’ ? Parce que latin médiéval ‘suctio’ (Le ‘c’ redondant, soit dit en passant, sauf pour qui fait le paon, se prononce à 2:59 !). Le latin, par évolution phonétique depuis l’Empire romain, parce que l’élite franque a tôt adopté les dialectes romans et, de manière plus marginale, par l’entremise d’emprunts à l’anglais eux-mêmes issus de l’idiome impérial, constitue sans l’ombre d’un doute du lexique du français la source primordiale; quant au grec ancien, il est de loin, parmi tous les autres qui ont influencé celui-ci, le langage qui y a contribué le plus.

Wikipedia renvoie en outre à la linguiste Henriette Walter (Dictionnaire des mots d’origine étrangère, Paris, 1998, p. 7), pour qui la part des lexies courantes d’origine étrangère se limite, exception faite du grec ancien et du latin, à moins de 13 %. Très classe, la bougresse (11:52) !

Dotée d’une histoire, donc, l’orthographe, à l’instar de l’environnement, n’est pas qu’un « outil au service » (1:51) de l’actualité (du langage). Interconnexion, elle est à la fois patrimoine à faire passer et témoignage commun – social – du passé, des sociétés passées, qui permet de retracer l’évolution du sens des vocables de notre langue vivante, en d’autres termes, de leur esprit, plus encore que de leur chair ! Etant entendu que ce témoignage n’est ni sanglante tradition ni diktat mortifère mais convention en mouvement, est-il pertinent ou puéril de le combattre indistinctement comme des Black Blocks un quarteron de CRS, le chic en plus ? Et de le faire, qui plus est, en marquant ce combat du sceau d’un argument d’autorité (0:41) qui, outre qu’il laisse absolument dans le flou les raisons pour lesquelles Voltaire avait écrit ces lignes (pour dénoncer ou applaudir un capharnaüm orthographique ?) et analogise deux époques, deux situations, que séparent près de trois siècles, cite un auteur par ailleurs tristement célèbre pour ses antijuives diatribes notamment. (Est-ce à dire qu’il eût fallu que vous vous en gardassiez ? Certes non : c’est à dire tout simplement que ces deux phrases montées en épingle suggèrent que tout ce que le Lumineux a pu dire était in se parole d’évangile, et que, pour qui prétend faire par ailleurs la critique d’une forme de dogmatisme, ce plus-près-de-toi-Seigneur représente un sérieux paradoxe, n’est-ce pas ?)

C’est parce qu’elle est témoignage et que les formes lexicales qu’elle régit n’apparaissent pas plus aujourd’hui qu’hier ex nihilo que le néologisme que vous livrez à 4:28 s’avère sans autre fondement que potache.

Outil, témoignage, l’orthographe est aussi invitation à la logique : ses argument que vous développai ne saurait en effet mener fort loin (quand bien même un étonnant mutisme du correcteur d’orthographe automatique n’y trouverait en l’occurrence rien à redire). Car qui souhaite exercer l’esprit critique que vous semblez appeler de vos vœux se doit de prime abord d’initier son esprit au raisonnement logique, qui s’accompagne nécessairement d’une certaine rigueur, celle qui, par exemple, permet d’éviter les doubles négations (9:13 : « sans que cela ne change » quoi que ce soit) et de dissocier, quant à leur importance respective, l’orthographe des mots de celle de leurs accords, ce dont, par facilité, vous vous abstenez, présentant la laborieuse discipline comme une et indivisible, et avec elle ses tares supposées (et elles seules).

Louable est sans doute votre souci de rendre l’orthographe du français, tantôt tortueuse, tantôt rigide et linéaire, plus accessible à des publics dont ce n’est pas la préoccupation première ou, au contraire, à des étudiants du FLES qui s’en préoccupent mais seraient tentés de déclarer forfait. Pour ce faire, vous suggérez que l’on s’inspire de la latitude dont jouissaient les écrivains d’avant l’Académie, que vous dites illimitée. Sous-entendez-vous par là que leur langue écrite ne répondait à aucune logique, à aucun air du temps, fût-il plus informel, qu’elle n’était elle-même empreinte d’aucun élitisme ? Que, couplée au fossé temporel, une addition de normes disparates, de pseudo-solipsismes orthographiques, serait pour ces publics d’autant plus aisée à assimiler qu’ils auraient, pour leur part, opté pour la totale nudité, ou, a contrario, qu’aux univers linguistiques complexes de ces auteurs-là il faille se résoudre qu’ils n’auront de toute façon jamais accès ? Que rien dans ce qui a été écrit après que Richelieu se fut rendu compte (9:39) de son pouvoir ne s’est écarté des édits du quai de Conti ? A cet égard, Grevisse/Goosse et d’autres sources fourmillent pourtant d’exemples du contraire, tant il est incontestable que, de tous temps, les écrivains ont inspiré la langue écrite après s’en être inspirés…

Comme l’est, par exemple, l’intégration de repères stables avant leur mise à l’épreuve psychédélique, c’est cette prémisse qui est essentielle, sans quoi ladite épreuve serait vaine, au même titre que l’esquisse d’argumentaire qui s’opposerait à la logique qui les sous-tend, dès lors imperceptible. Une fois cette prémisse entérinée, qu’est-ce qui empêche de rendre ses droits au nénufar, de titiller le X-factor du chou, ou – extrême affront ! – d’envoyer avec sagesse et délicatesse sur les roses le « genre le plus noble » de Vaugelas ? Les bœufs avant la charrue !

L’ironie suprême qui ressort de votre présentation ne réside-t-elle pas, en fait, dans votre autre suggestion, antinomique à la seconde (la première, ici), celle de policer l’orthographe du françois (à la ‘sosis’ ?), d’en faire une forme (prétendument) pure et absolutiste, dénuée de tout antécédent et de toute racine (même les plus exotiques) de même qu’expurgée de toutes ses exceptions, de tout ce qui, au tout-venant, peut y paraître anormal, suspect, atypique, de la rendre phonétique au possible (ce dont se rirait sa principale concurrente, qui, bien que prostituée, peut produire des dictées redoutables tout en s’imposant en maîtresse), une sédimentation graphique qui ne serait plus un relai, un vecteur temporel – nécessairement réformable –, mais se réduirait à un objet utilitaire perpétuellement actuel, sans saveur et générique, un paysage sans montagnes ni vallées, une étendue désertique plane et sans surprise, ainsi à jamais figée, un algorithme basique ? Et votre faute, la « votre » (1:04), yours en somme, de uwe, dans la néobarbare tabula rasa qu’avec désinvolture et par intermittence vous enseignez ainsi sans vergogne, à travers votre orthographe pop, à des mioches qui, serait-ce de ludique manière, peuvent assurément mieux faire ?…

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Lire aussi : https://yannickbaele.wordpress.com/2017/10/09/les-ravages-de-twitter-sur-le-langage-netaient-pas-suffisants-le-langage-inclusif-se-propose-de-parfaire-le-carnage

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Vous aussi, vous êtes scandalisés ?…

Vous vous reconnaissez dans cette République du mérite nouvelle et vous aspirez à voir les right men in the right places ?

Vous partagez l’aversion de Trierweiler pour Sérillon ?

Et, alors que Lallement rêve d’en faire son adjoint, vous ne comprenez pas pourquoi d’Harcourt n’a pas encore été promu, alors que c’était dans la logique des choses ?

Alors, faites circuler cette pétition pour exiger qu’il soit remédié à cette patente démonstration d’iniquité…

***

Môssieu le Chef de l’Etat France,

 

Nous sommes abasourdis. Nous ne vous reconnaissons plus. Et vous invitons à vous reprendre.

Il y a quelques mois, la République aurait honoré séance tenante Monsieur le préfet d’Harcourt, l’un de ses valeureux serviteurs. Or, le voilà, tel un fusible en puissance, submergé de quolibets.

Plutôt que de monter au créneau pour dénoncer cette injustice et défendre l’honneur de l’Etat, comme il s’y évertue par ailleurs avec constance, votre lame duck de l’Intérieur le laisse seul aux prises avec les trolls. C’est indécent !

Un minimum d’éthique, en effet, est requis en l’occurrence. Une éthique qui commande de saluer, comme vous l’avez fait avec courage en pareilles circonstances tout au long de votre mandat, le dévouement de celui qui n’a pas hésité à se mettre en danger pour prévenir le chaos.

Au bas mot, c’est la médaille Zineb-Redouane du Mérite qui à cette incarnation de la Puissance publique devrait être décernée. Nous sommes révoltés ! Vous nous aviez habitués à mieux… Même depuis l’Etranger, désormais, c’est avec circonspection que l’on scrute votre attentisme. Et l’on ne comprend pas !

Mais nous ne désespérons pas. Nous savons qu’en votre for intérieur, vous vous désolez de cette situation. Vous ne pourrez vous résoudre, nous en sommes persuadés, vous dont la droiture nous inspire au quotidien, à laisser perdurer pareille aberration.

C’est pourquoi, afin d’appuyer votre résolution à remettre les choses en bon ordre et à montrer une fois encore l’exemple, nous vous appelons, pour sa vaillance et son intransigeance face à l’ennemi, à nommer Monsieur d’Harcourt préfet adjoint de la police de Paris, ès qualité de quoi il fera indubitablement des étincelles.

L’art jamais, sous peine de sa propre annihilation, ne peut glorifier le pouvoir ou sa conquête, sous quelqu’une de leurs formes, mais il peut néanmoins revendiquer de s’inscrire dans le temps, étant entendu qu’il n’en est jamais entièrement détaché.

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Gloire à Moi !

« La plus puissante, la plus inhumainement subtile »… Ainsi la lente qualifie-t-elle la pensée de Nietzsche, qui a donc ses faveurs. Si, de demi-portion en autre caustique invective (Un manque, Madame, décidément ?), l’inhumanité ne fait pas défaut chez la pasionaria de salon, quels qu’en soient les destinataires involontaires, c’est en vain que de la vile manipulatrice l’on attendrait quelque témoignage de subtilité : il lui faut la trique bien dure et bien rigide de papa-le-réac’, la trique bien conne, qu’elle puisse la soumettre et ainsi trouver son plaisir. Mais, Madame, quand bien même eussé-je été hétéro, impossible pour vous de me faire bander : si, étant ce qu’il y a de plus léger au monde, le braquemart peut, pour son déploiement, d’une simple pensée se satisfaire, il faut croire que votre imbécilité peine vraiment à la stimuler…

« Dieu vomit les tièdes », écrivez-vous par ailleurs, interprétant le Tout-Puissant. Les abstentionnistes aussi, ô avant-garde éclairée d’une lumière blafarde ?… Vous êtes de ces personnes qui, lorsque s’abat sur elles la foudre divine, crient, vocifèrent et pleurent de rage, s’agrippant à leur ego comme à une ultime bouée plutôt que de le laisser percoler. C’est votre image, non votre authenticité, que, telle une jeune adolescente un peu niaise mais très fière, vous mettez en abîme, et c’est à la manière de l’anguille de Melun que vous avez crié au « putsch » avant même que ne sonne le glas…

fragments d’autocongratulation kilométrique sur le fil Twitter « Jeune & Jolie »

Qu’il faille se salir, se rouler dans votre boue, pour vous faire remarquer votre puérilité, voilà pour l’humilité passagèrement ignorée bien cruelle pénitence, car l’immaturité ne génère jamais qu’elle-même. Et voilà même – la frigide putasse ! – qu’elle revigore l’ego ! Mission accomplie ?

Terre aride que celle où prospèrent petits sottes et faux dévots terrifiés par l’essence, pied nickelés ou homards d’une « révolution » aux contours diffus, qui les obsède tant que c’est avant tout leur névrose qui la requerrait, tous honnissant la sagesse ou sa quête, qui ne serait que résignation, toutes conjuguant, comme à la Cour, mesquinerie gratuite et calculs idiots. Révèle-moi ta personnalité, et je te dirai ce qu’elle vaut, ton esquisse de révolution, ma gourde…

Terre aride que celle où dicte sa loi une angoisse bourgeoise qui réduit le réel à sa portion congrue, vilipende en théorie le pré carré de la propriété mais encense par la superbe de son ignorance celui de la conscience et de ses dimensions, condamnant la vie à n’être que le pâle reflet d’elle-même et assignant le langage, silence y compris, à une répétition doctrinaire fossilisée.

Terre aride que celle régie par des automates humains inconscients de leur condition, qui prétendent montrer la voie du salut…

Vite, de la flotte !

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Frankie, t’as dit ceci l’autre jour…

Je sais qu’il y a du bon en toi, mec. Mais je peux pas m’empêcher de te poser les questions suivantes, qui ne te sont pas toutes adressées en particulier :

– Dans quelle mesure, s’il y en a une, les affects que tu évoques font-ils écho aux affectus spinoziens, plus angulairement à la structure qu’en propose ici la critique qui en est faite ? La colère y revêtant – comme ailleurs – le statut de passion, est-il question pour toi d’en déterminer plus explicitement la ou les cause(s) afin de transformer celle-ci en détermination, de l’amplifier, au risque d’en devenir toi-même l’une des causes extérieures, d’en réduire la portée morbide en lui adjoignant des passions plus gaies, ou simplement de mettre en résonance des affects communs que tu partages ?

– Le spectacle est sans aucun doute le producteur d’affects le plus efficace, tant à l’échelle de l’individu que de la masse. A l’ère du tout-spectacle, une « cause adéquate » est-elle encore possible ?

– L’homme (ou la femme) de spectacle, c’est-à-dire celui (ou celle) qui, tout en en faisant partie, le régit pour partie, instrumentalise toujours les affects. Or, il peut tromper, involontairement (en pensant faire quelque chose de juste ou de nécessaire) ou sciemment (en sachant que tel n’est pas le cas). Cette dernière hypothèse n’amène-t-elle pas indispensablement à s’interroger, en toute hypothèse, sur ses intentions ? Comment le faire et aboutir rationnellement à une conclusion ?

– Ce que tu as dit tout haut, la plupart – sinon la totalité – des politiciens ne le mettent-ils pas en pratique tout bas, depuis longtemps déjà, secondés en ce par la perversité de leurs omniprésentes agences de communication, qui, usant de moyens techniques et financiers inédits, s’avèrent toujours plus puissantes dans la suscitation d’affects au nom de néants ou de tromperies programmatiques ? D’ailleurs, la vocation première de tout politicien n’a-t-elle pas de tous temps consisté, depuis que le métier existe, à en susciter ? Le marketing de la peur, dont les diverses ficelles sont plus ou moins pertinentes (les migrants pour les uns, le nationalisme nouveau pour d’autres, par exemples), n’en mobilise-t-il pas de manière quasi permanente, dans des directions variées ? La Grande Répression, concomitante au marketing du mépris, en suscitant tantôt colère, tantôt mélancolie, n’est-elle pas elle-même une usine à affects ? Dans l’affirmative et dans ces conditions, ce qui distingue de ceux-là les affects dans ta proposition ne repose-t-il pas nécessairement sur une forme de manichéisme ? Assumes-tu celui-ci, y compris en ce qu’il peut renvoyer à une ontologie de la soumission (bourgeoise ou autre) ? Es-tu à l’aise avec la perspective que la mobilisation des affects puisse mener à la discipline ?

– Tous les affects suscitent-ils le mouvement ou certains ont-ils, au contraire, comme effet de provoquer l’apathie ? Une plus grande précision ne s’impose-t-elle ? Un politicien peut-il se la permettre sans être accusé de démagogie ?

– instrumentaliser les affects tout en l’annonçant, est-ce encore les instrumentaliser ? Une quelconque relation de confiance – parce que d’égalité – peut-elle raisonnablement s’établir dans d’autres conditions, c’est-à-dire lorsque pas même quelques indices d’une telle instrumentalisation et des buts qu’elle poursuit ne sont délivrés ?

– Les instrumentaliser contre un individu ou une somme d’individus sur base d’informations confidentielles glanées à son ou leur insu en agitant celles-ci, de manière évidente ou subliminale, comme autant de chiffons rouges, passant outre à une ou de multiples fin(s) de non-recevoir, comme peuvent le faire à l’égard de prospects, de ressources ou d’adversaires présumés, les agences de renseignement, relève-t-il, en définitive, d’une instrumentalisation des affects distincte ? Quelles sont, de manière générale, les limites éthiques de leur instrumentalisation ? A partir de quand les effets de cette dernière s’assimilent-ils à un préjudice ? A partir du court-circuit ou avant ? Et à partir de quand la concevoir comme relevant d’une forme de fascisme ?

– Lorsque cette instrumentalisation est malveillante (trahissant elle-même de ce fait une passion négative), lorsqu’elle réifie son objet, mais même dans l’absolu, qu’est-ce qui, du désir de toute-puissance sur soi-même ou du désir de toute-puissance sur autrui, est le plus légitime et le plus indicatif de maturité ? Comment séparer, parmi les signes et signaux extérieurs qui ressortissent au cours du monde et ceux, malveillants, qui les imitent par vanité, le bon grain de l’ivraie ? Comment, qu’à ces derniers l’on réagisse ou non, éviter de conférer l’impression que l’on y est sensible, c’est-à-dire que l’instrumentalisation produit ses effets ? Comment signaler que c’est l’instrumentalisation elle-même que l’on récuse, bien plus que l’on ne réfute son contenu ou sa forme ?

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Ms. Bachelet, what have you done ?…

Ms. High Commissioner,

 

Overall, the progressive U.S. press has not been too vocal about the extreme violence deployed by the French regime against the Yellow Vests. The most obvious reason for that might be that, should the time come, that is to say should a long-lasting popular rebellion against the current US administration emerge, said regime’s actions might very well serve as a precedent and a source of inspiration for all sorts of alt-right fanatics, their most outspoken proponent in particular…

Indeed, there’s no reason to deny Emmanuel is embarrassing the American left, and even, to some extent, corporate liberals, in that, as a self-proclaimed liberal himself, he has been empowering the most reactionary forces within French society while demonstrating to his American counterpart there’s really no need to show any kind of restraint when it comes to maintaining his privileged, so-called Jupiterian, position at any cost.

When, after three months of indiscriminate repression, unparalleled in recent French history, you called for a U.N. investigation into its legality with respect to human rights violations, did you measure you would actually ‘force’ the French regime into giving carte blanche to the most extreme factions of the non-yellow rebellion, some of which have plausibly been infiltrated by the very police units supposedly in charge of taming them (You can’t judge a “black block” by his ski mask…), in order to invalidate your call and proclaim some kind of national emergency in the name of which any form of protest would be prohibited, the army would be requisitioned to guard sensitive buildings and a deluge of firepower would be vindicated. Have you no shame, Madam ?!

As Col. Klink puts it, “the ignoble pressure” you and your ilk (like the French Defender of Rights) have been exerting on the French police have inexorably prompted the need for the French regime to reassert its authoritah ! You should have known better. You, Madam, should have let the little dipshit have his way, whatever the consequences for democracy. May this serve as a lesson to you all, as well as to your outdated Human Rights… Ugh !

https://www.nouvelobs.com/politique/20190320.OBS2087/grand-debat-86-des-francais-pour-un-changement-de-politique-economique-et-sociale.html

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Lettre ouverte aux parents du petit Emmanuel…

Chère Françoise, cher Jean-Michel,

 

Comment avez-vous pu ?…

Comment avez-vous pu mettre au monde ce rejeton et le priver de la plus basique éducation à la bienséance ? Sa perversion narcissique est-elle la vôtre ? Jouir du malheur d’autrui, est-ce là le patrimoine culturel que vous lui avez transmis ? Cette raclure est-elle à votre image, ou le monstre vous a-t-il échappé ? Que de vexations, que de brimades, ce gosse innocent n’a-t-il dû subir pour devenir un tel sociopathe acculturé… Si seulement vous vous étiez abstenus de l’enfermer dans la cave lugubre et froide de votre maison familiale, où il n’avait pour compagnie que le cadavre putréfié d’une vieille chatte martyrisée, chaque fois qu’il faisait pipi dans son froc…

Vous êtes bien plus que complices, vous et votre provincialisme catholique hypocrite; vous êtes directement responsables de l’inanité qui s’abat sur la France. Si j’étais vous, j’irais me cacher ! Quel est donc le vide transcendantal qui devait vous habiter pour que vous en arriviez à produire une telle caricature d’inhumanité ? Jean-Michel, pourquoi ne pas t’être cantonné au fion de Françoise ? Tu y étais bien au chaud, non ? Ou est-ce ce fion, au contraire, qui, par quelque aberration de la nature, a enfanté cette grosse merde pestilentielle ? Angoisse existentielle de la mère qui a perdu ses eaux face au risque, tant elle pousse, de mettre bas une selle : une névrose parmi d’autres que Freud avait amplement décrite. Aurait-il pu lui imaginer pareille concrétisation ?

Quoi qu’il en soit – fion matriciel complaisant ou médocs périmés ingérés pendant la grossesse –, voilà le peuple français tributaire de vos infamies contre-nature ! Comme dirait l’autre, vous avez été des outils de Satan. Et, pour cela, il vous faut à présent payer ! Réparer la punition collective que vos manquements ont infligée à ce qui était encore il y a peu (sauf pour certains, toujours les mêmes…) un doux pays de Cocagne !

Car, initialement, ce bambin n’aspirait bien sûr, comme tous les autres, qu’à l’amour, à l’affection. C’est vous et votre implacable masque bourgeois qui l’avez perverti : l’on ne devient pas tyran par hasard… Il faut s’être exercé à la mutilation d’animaux domestiques au préalable. Mais c’est aux citoyens, désormais, qu’il reviendrait d’encaisser la rancune d’une progéniture qui ne cesse de se débattre avec son complexe du homard ?

Vous prenez part à une course cycliste et, à la faveur d’une ultime échappée, vous voilà à deux doigts de la remporter lorsque soudain s’affale un membre d’une équipe adverse. Quelle est alors l’attitude la plus noble : franchir la ligne d’arrivée sans y prêter attention ou aider le malheureux à se relever, quitte à perdre la course ? nous apostropha ma première prof de religion à moi. Tandis que déraille un compétiteur après l’autre et que les spectateurs, afin d’être maintenus à distance, sont assommés de projectiles incapacitants, le morveux de votre ventre fécond surgi s’est affranchi de ce questionnement proprement philosophique. Vous avez de quoi être fie.è.r.e.s du résultat !

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Ça avance, p’tite catin ?

M. Pénicaud

Salut, p’tite pute ! C’est loin, Las Vegas, hein ! Ton gangbang encore plus. Tu te souviens ? « Je, je suis liberti-ne »… Quand tous ces employés de Danone t’avaient écarté le cul pour te foutrer bien gras. T’avais été grassement rémunérée ce jour-là, non ? T’avais pris plus que ta dose quotidienne de yop, hein. Puuutain, p’tite salope, t’aimais ça, hein ! Et main’ant, ça avance ? Réforme… Dans dix ans, tu te demanderas pourquoi la religion protestante sera si haïe. Tiens, ouvre ta gueule et prends-la, ma réforme, p’tite bâtarde ! J’vais t’en foutre à la rue par pelletées, de ces oisifs-là. Ceux qui courent les terrains de golf, c’est une autre race ! T’as la chatte écartée, là, hein, grognasse ? Comme une Melisandre qui se prépare à mettre bas. Si t’as envie de péter un bon coup, lâche-toi : on est entre nous. Mais viens pas te plaindre demain si tes clients sont trop pauvres pour t’bourrer. Tu feras des pipes à cinq euros d’APL pour t’acheter ta coke. Allez, à quatre pattes, chienne ! Travaille-moi le zob ! Tiens, ouvre et prends ma pisse d’abord. Avale. AVALE, J’TE DIS ! Oh, ouais ! Tiens, main’ant, bouffe ! Sinon, j’ vais te donner aujourd’hui ton pain de ce jour, tu vas voir. A fond, salope ! Putain, tous ces glaires qui te sortent de la bouche, t’as pas honte ? Regarde comme t’es visqueuse, dis ! Qu’est-ce tu dis, j’entends pas ? Bouffe ! Fais ton métier ! Ah bordel, ils s’étaient pas trompés, hein : t’es vraiment faite pour ça ! Viens là que j’te dilate, connasse ! Ton boss, il voulait la république à son image, non ? Ah, j’vais cracher, putain !

P. Peraita

Ajout du 3 mars 2019 : https://www.revolutionpermanente.fr/Decret-surprise-Macron-ouvre-la-chasse-aux-chomeurs

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« Chefs d’Etat, de clan […], patrons, politiciens, militaires, tribuns, vedettes, bureaucrates et résidus familiers de l’autoritarisme, tous ont, dans la vulgarité qui les caractérise, un polichinelle dans le tiroir, un fœtus dans le bocal, en embryon desséché dans le cœur. Plus ils s’acharnent à l’exorciser, plus se révèle au grand jour leur puérilité réprimée. Les trépignements de la dignité offensée, ce doigt accusateur, ces pitoyables jérémiades, ce sourire narquois, cette culpabilité agressive […], qu’est-ce d’autre que singeries d’enfants brimés, blessures ravivées du passé, maladroitement dissimulées par la gravité et le sérieux de l’adulte responsable ? Voudraient-ils encore que l’on croie en eux ? On croirait plus simplement à leur humanité si, renonçant à traiter les hommes comme des morveux abêtis par la gifle et le mensonge, ils choisissaient soudain de préférer l’authenticité vécue aux prestiges dérisoires du paraître. »

Raoul Vaneigem, Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire, Seghers, Paris, 1990, p. 31

 

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Lettre ouverte au « taré du troisième étage »

P’tit morveux,

Est-ce que tu t’es regardé ? Tu te dis porteur de renouveau managérial en politique. Mais un manager d’entreprise cotée – car c’est bien ce qu’est devenue la France, n’est-ce pas ? – qui serait aussi lent à la détente que toi, je ne donne pas cher de sa peau. Qu’est-ce que t’es lent dans la caboche, mec ! D’une lenteur de papy dont pas même Chirac n’avait fait la démonstration. Tu marches sur place, garçon. T’es une statue vivante.

Car, en plus d’être épouvantablement lent, t’es aussi antédiluviennement inflexible, alors que c’est une société de la flexibilité que t’appelles de tes vœux. Avant que ça ne devienne la ratonnade généralisée, c’était bien ça, « notre projet », non ? T’es une statue de cire, « Choupinet », un control freak, une caricature de toi-même. T’es un incapable. Une espèce d’Edward Scissorhands qui aurait mal tourné, un homard à la sauce Dolto de la quarantaine. Le Staline du libéralisme.

Tu crois que ça va s’éteindre ? Laisse croire les béguines, petit. Pour un moment peut-être, mais ton mal est fait : quel que soit le degré de violence que tu seras parvenu à susciter demain (Entre parenthèses, je serais eux, je planterais les SS sur les Champs, et j’irais au dernier moment, avec des milliers d’autres, casser la salle des fêtes du Touquet, là où ces tordus ne s’y attendent pas : l’imprévu, les gars, l’imprévu du pouvoir et du rapport de forces !), tu seras incapable d’altérer la légitimité ultra-majoritaire du mouvement, car même si les Français en venaient soudain, comme tu l’escomptes, à honnir viscéralement la violence de quelques-uns des leurs, ils sauront la distinguer de ce qui les lie : le retour à l’expéditeur de l’incommensurable mépris que tu as déversé sur eux, féminin y compris.

Partage désormais le quotidien des opprimés de l’économie qui t’est si chère, p’tit bouseux au maniérisme de monarque : même tout calme fugace sera désormais pour toi aussi source d’angoisse. Et il le sera même plus que les épisodes de poudre et d’étincelle. Toi aussi dorénavant, tu connaîtras comme jamais auparavant les effets terrifiants de la gestion par le stress. Ton palais de Playmobil statique, ta dulcinée, tes comptes à l’étranger, ta réputation internationale, la trace favorable que tu espérais laisser dans l’histoire de France, jusqu’au peu de dignité qu’il te reste : tout te sera subtilisé, banquier. Mais, à la différence du citoyen ordinaire, toi, tu l’auras mérité !

Dans cette perspective, reçois, p’tit morveux, l’expression figurée de mon expectoration distinguée à ta face bouffie de vanité.

 

Yannick Baele

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Réponse officielle au kidnappeur d’enfants

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_lettre-de-trump-aux-membres-de-l-otan-charles-michel-pas-tres-impressionne-par-ce-type-de-courrier?id=9959621

nytimes.com/2018/07/02/world/europe/trump-nato.html

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