Observation d’Art

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Pascal Duquenne, Le huitième jour (J. Van Dormael)

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L’art jamais, sous peine de sa propre annihilation, ne peut glorifier le pouvoir ou sa conquête, sous quelqu’une de leurs formes, mais il peut néanmoins revendiquer de s’inscrire dans le temps, étant entendu qu’il n’en est jamais entièrement détaché.

A blotch was happily enjoying life, unfortunately some other splotches do not agree with that.

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Moules-frites…

La Belgique, depuis qu’elle n’est plus cette terrifiante puissance coloniale sans commune mesure avec sa taille rikiki, la Belgique, si tant est qu’elle résiste à la décadente mégalomanie qui s’est abattue sur l’architecture de sa capitale, qu’elle ne soit grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf, la Belgique, à condition de dépasser le terre à terre navrant de l’étroitesse d’esprit petite-bourgeoise qui a fait trébucher tant de monstres sacrés, d’investir son âme et de chérir sa légèreté, la Belgique, c’est le précaire qui se maintient, c’est le possible incertain, c’est l’improbable en équilibre instable, c’est la nique à la pureté, c’est le maelström des influences, c’est la joie d’être par l’Absurde, qui l’absurde a fait sienne et témoigne de l’absurdité de l’histoire; elle est unique, la Belgique !, la Belgique, parce que sans prétentions, la Belgique, ce diamant jamais poli entièrement, cette aspérité, ce non-sens qui fait sens, la Belgique, symbole de la fragilité des entreprises humaines, d’une alchimie jamais acquise mais vers laquelle tendre sans cesse, la Belgique, terre de ripailles, repaire de bons vivants mais aussi de mystiques, la Belgique, de la mer sobre instantanément à la modeste montagne en passant par les plaines verdoyantes, la Belgique est… et n’est pas; terre Belgique rendue fertile par le sang de tous tes sacrifiés, peu importe leur idiôme, toi qui aspirais en vain à la neutralité, théorique antidote au bruit des bottes, tampon valeureux aux folies sanguinaires de tes maîtres, on peut te chanter, ô Belgique, sans craindre le culte du drapeau, t’estimer sans avoir à faire allégeance, pour cette raison précisément, te remercier pour l’humilité que tu nous as inculquée, pour la parole libre que tu rends possible, pour les divagations de l’imaginaire et les imaginatives rêveries auxquelles tu nous prêtes, te remercier d’être, sans doute, le seul pays au monde dont il soit possible de rire gaiement et sans entrave alors même que l’on en fait partie, et, à ce titre, te souhaiter longue vie…

Sukkelaar !

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L’artiste, un fumiste ?

« L’art de l’imitation est bien éloigné du vrai, et c’est apparemment pour cette raison qu’il peut façonner toutes choses : pour chacune, en effet, il n’atteint qu’une petite partie, et cette partie n’est elle-même qu’un simulacre. » (1)

Comment ce propos de Platon peut-il se décliner à l’heure des médias de masse et de la technique envahissante qui veut que, lorsque vous sortez de la caverne aux images, vous y êtes encore ? Demeure-t-il pertinent dès lors que, par le biais de ces médias, c’est la Cité tout entière, dont il postulait que devrait être exclu l’artiste, à ses yeux pervertisseur de l’essence, donc du vrai, est elle-même devenue une gigantesque illusion ? L’art est-il uniforme ? Continue-t-il de ne servir à rien ? Et l’artiste a-t-il un rôle à jouer; peut-il jouer un rôle, dans ce contexte ?

Avant tout, peut-on sans anachronisme considérer cette affirmation comme intemporelle, alors que toute la peinture contemporaine, en se libérant du figuratif, a perdu toute prétention à imiter le vrai ? Dans la perspective de l’auteur, elle demeure certes le reflet du reflet du monde des Idées que serait le monde habitable, mais en quoi ce reflet est-il moins pertinent que le reflet de ce reflet que propose aujourd’hui la politique à spectacle, qui a fait fuir les idées pour les remplacer par le pseudo-réalisme de la gouvernance gestionnaire ?

Peut-être faut-il considérer que la Cité véritable est ailleurs que dans la politique publique, enfouie, secrète, hermétique, que cette Cité-là cherche à se rapprocher au plus près des Idées, mais cela impliquerait alors pour le commun des mortels une triple mise en abîme, qui, si elle ne la justifie pas, conférerait au moins un sens à cette sempiternelle caverne :

IDEES (vrai supposé) > CITE (reflet des Idées) > POUVOIR POLITIQUE APPARENT (subcité, reflet du reflet) > CONSOMMATEURS (reflets du reflet du reflet) ?

Dans ce schéma, l’art peut relever à la fois de la Cité et de la subcité, et l’artiste être plus proche du vrai que le politicien. Si l’art est subversif, il ne fera certes pas voir, mais il fera entr’apercevoir le vrai. Si l’abstraction s’associe à l’absence de toute injonction – a fortiori politique – ce sera l’addition des regards portés sur lui qui démultipliera la pièce du puzzle (ou « petite partie ») et atténuera d’autant le simulacre, si tant est que le public soit instruit et critique.

Certes, l’art n’a plus pour vocation universelle de tendre vers le vrai, et c’est tant mieux, car cet imprimatur fut à la base de tous les réalismes imposés, de toutes les figures obligées, de toutes les redondances et de toutes les platitudes. Mais se limiter à l’art pour l’art me semble relever du narcissisme qui a mené à toutes ces aberrations exposées de nos jours dans les foires d’art contemporain, qui sont parvenues ironiquement à créer une école négative, une nouvelle catégorie, alors que leurs auteurs prétendent échapper à toutes. L’art pour l’art est devenu une redondance en soi, qui ne cesse d’alimenter le marché en générations de produits difformes et surfaits.

S’il pouvait se concevoir rebelle durant les sixties, s’il pouvait être interprété comme un coup de poing à la gueule de la convention et de l’utilitarisme tels qu’ils se définissaient alors, il s’est lui-même mué depuis en norme aseptisée et en plate convention, favorisant, au gré de l’émergence de la psychanalyse de masse, les pires épanchements œdipiens et les plus redoutables débordements nihilistes. A force de vouloir – à dose semi-inconsciente sans doute – faire leurs les propos de Platon en arborant fièrement leur bras d’honneur face à la Cité, les anartistes d’hier ont enfanté des générations de je-m’en-foutistes repliés sur la position fœtale. En porte-à-faux par rapport à une décadence, ils en ont généré une autre, dès lors que leur projet social négatif, déconstructeur, n’était complété par aucune ambition sociale nouvelle.

Ils ont accouché de l’ère de l’art insignifiant, celle du divertissement artistique anémié, bien sûr récupéré par l’industrie afin de répondre aux canons de la rentabilité : complétant leur logique, qui est celle de Platon, ils ont, comme jamais auparavant, asservi l’art, supposé ne servir à rien, au marché, à ce qui sert à rapporter, brûlant au passage toutes les formes de subversion qu’ils ont utilisées, rendues inopérantes.

Face à cela, certains seraient tentés par un retour au classicisme. C’est leur droit. D’autres demeureront dans la régression, les plus malins par ironie, dans l’espoir de faire percevoir sa négativité, tout en encaissant les devises. C’est leur droit aussi, puisqu’il n’y aucune raison à ce que davantage d’impératifs s’imposent à eux. Chaque artiste devrait être libre de faire ce qu’il veut, sans la moindre interférence de la part de la subcité, puisque c’est ainsi que les plus conscients rejoindront la Cité, qu’ils contribueront à éclairer de faisceaux nouveaux.

C’est de nouvelles formes et de nouveaux outils de subversion que ces derniers devront se munir pour s’opposer à l’illusion façonnée par la subcité et finalement la faire voler en éclats. Le risque dans l’art, c’est eux et eux seuls qui désormais l’assumeront, laissant aux autres le « bazar » (c’est-à-dire l’incohérence inutile). Et alors que le divertissement s’approche de très loin, contourne, divague, il leur faudra, porteur de l’énorme bagage des précurseurs d’avant et n’en reniant aucun aspect, aucune « partie », aller droit au but, viser dans le mille, tout en veillant à ne pas se laisser récupérer eux aussi, à continuer d’inspirer sans se laisser dépérir, vaste programme qui sonnera, en cette civilisation cruellement duale, le début de la fin pour le divertissement en ouvrant grand la porte à toutes les interrogations souhaitées, et peut-être même, pour certains, au vrai…

ersatzkommando

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(1) Platon, La République, Livre X, 598b – 598c, traduction de G. Leroux, Garnier-Flammarion, Paris, 2002

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La poésie ? Mais, elle vous emmerde, la poésie !

Kandinsky, Fugue (1914)

Fugue (1914)

« Je crois que la philosophie future, outre l’essence des choses, étudiera aussi leur esprit avec une particulière attention. Ainsi sera créée l’atmosphère qui rendra les hommes en général capables de sentir l’esprit des choses de manière inconsciente, ce qui explique le plaisir que prend le public à l’art figuratif. Mais c’est la condition pour que les hommes en général aient l’expérience du Spirituel dans les choses matérielles, et plus tard, du Spirituel dans les choses abstraites. Et c’est grâce à cette nouvelle capacité qui sera sous le signe de « l’Esprit » que l’on arrive à la jouissance de l’art abstrait, c’est-à-dire absolu. »

Kandinsky, Rückblicke, 1913

Léo Ferré, Les poètes de sept ans [Rimbaud] (live à l’Olympia)

Le rêve, c’est elle. Bien plus qu’un songe, elle est rêve éveillé. Elle a le temps. Le temps, elle l’est. Par-delà le vôtre, le mien, elle est le liant, submergée au-delà des nuages. Telle une musique suspendue venue d’on ne sait trop où qui suggère, jamais n’impose, elle est la religion ouverte de ceux qui ne croient pas, qui parle à ce que nous étions avant que nous ne soyons au monde. Elle est l’âme d’enfant qui aux tourments a survécu. Elle est le courbe, le distendu, le sinueux, l’aigu, l’oblique, l’invisible, l’obtus, elle est tout cela, mais pas le droit !

Der Sturm (1910-1932)

Schönberg, Verklärte nacht

Elle est la beauté sublimée des formes, l’éclatante harmonie des pigments, l’assassine mélopée de la foudre, le nu de la psyché qui s’habille du souffle vital né de l’étincelle qui a propulsé la flamme d’énergie essentielle. Elle est l’abondance face à l’économie. Elle est l’oiseau que cherche à décimer le chat, marri du fait que lui jamais ne voltigera dans cette apesanteur qui, légère, se joue de la frivolité comme de l’abus de réalité. Elle est l’irréductibilité des mots aux valeurs, aux chapelets, aux chiffres et aux codes. Elle est existence, elle est résistance, cette amante insoumise qui à tous les supports se prête sans jamais se donner à aucun…

Léo Ferré, L’âge d’or

Ferré 3

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Pourquoi ‘stilleven’ se dit-il nature morte ?

Cézanne, Nature morte au crâne (1895-1900)

Est-ce le peintre vieillissant, affublé de son blanc tablier, que l’on voit ainsi, sur cette console quasi gisant, représenté s’apprêtant à goûter à ce charnu fruit défendu luisant de tout son lustre (succédané sans doute de cette pêche jaune tardive et franche de goût à la commissure étroite couronnée d’une discrète bêtise) dont le feuillage vient titiller un maxillaire d’où semble s’échapper une langue reptilienne qui caresse, en échange, l’ambition de ne faire qu’une bouchée de cette poire succulente et rondelette qui se joint avec volupté au festin, tandis que paraît s’élever, au niveau de ses hanches, un allégorique mais protubérant fragment d’ossature ? Est-ce la petite mort qu’il sait proche, si chère aux littérateurs de la Renaissance, qu’il lit fixement dans le reflet de l’objet de l’originelle coulpe ? Et ce buste qui apparaît, babylonien, derrière lui, sur ce mur qui s’effeuille, est-ce celui, idéalisé, de Mère-Nature qui fait face à sa contrepartie ? Quant à cette petite forme à l’aspect difforme et au masque incertain qui, s’agrippant à la poire par la langue délaissée, semble en son extrémité se fondre dans la pointe du triangle inversé, serait-ce donc le lutin qui se fera peintre demain ?

Est-ce le mouvement circulaire de la vie que, par traits psychanalytiques, Cézanne a ici dépeint, conjuguant ce qui est donné pour inconjugable et faisant ainsi la nique suprême, incestueuse au possible, à la vanité calviniste que décrit dans les termes suivants le philosophe Jacques Darriulat dans son blog ?…

« La leçon de la nature morte, dont on sait qu’elle prend naissance en Hollande dans la ville de [Leiden], centre de la théologie calviniste, est de vanité : « Toi qui te nourris de matière, tu es matière toi-même, et retourneras au néant auquel toute matière est vouée, par désagrégation, écroulement et consomption ». Mais le peintre retourne cette leçon mélancolique et fait de la vanité la condition même de l’élévation, de la consécration, presque de la transfiguration des choses qui luisent dans ses ténèbres : la disparition du regard est ainsi comme le corollaire du triomphe des Choses. […]

Les Vanités du XVIIe siècle hollandais plaçaient un crâne parmi les fleurs et les fruits, déclarant ainsi explicitement le néant en lequel cette beauté fragile était destinée à se dissiper. Les crânes, que le Cézanne des dernières années dispose sur la table comme il le faisait autrefois des pommes dans le compotier, n’ont plus de message à délivrer, et ne professent nulle morale. Ils représentent plus exactement ce regard neutre, impartial, absent, sous lequel seulement l’inhumaine royauté du réel se manifeste et se déploie.» (1)

A seconde vue, ce seraient plutôt mes propres quoiqu’impropres mirages que j’aurais sur la toile projetés avec vigueur, telle une subjectivité malvenue dans le réalisme qui s’offre à voir. Toutefois, le tableau est écran aux abîmes multiples. Il est la mystérieuse voie d’accès entre plusieurs états. Il est le centre de gravité d’un réel cliché, de la démarche de l’artiste, le cas échéant de sa volonté, des regards curieux qui se portent sur lui, d’anachroniques transpositions allégoriques, qui en font, n’en déplaise à Cézanne, un miroir déformant. Dès qu’elle pénètre le domaine public, disait Brel, une œuvre n’appartient plus à son auteur, ce qui, ajoutons-nous, n’enlève rien à son intégrité intrinsèque, dont sont garants les exégètes picturaux.

En néerlandais, nature morte se dit ‘stilleven’, équivalent exact du ‘still life’ anglais, l’accolade en plus. ‘Leven’ y est vie, ‘stil’ à la fois silencieux, paisible, calme, discret et… inanimé, sans vie. La vie sans vie, vous aimez les paradoxes ? Et appréciez-vous les clichés : calme et paisible équivalent-il à mort ?

Lorsqu’à effectuer quelque balade ma sobriété me convainc, lorsque grâce m’est faite de m’associer à un échange, que de futiles agitations, que de jacasseries insignifiantes à mon entendement ne s’opposent-elles. La nature morte est bien vivante. Son paroxysme est le brouhaha indistinct des foules assemblées dont les bruits et les cris surannés surplombent le silence, leur liant. Un jour, peut-être pourrons-nous, de ces natures mortes déchaînés, par un simple regard qui aurait pour arroi toute l’histoire des mots, nous exprimer posément la montagne de sens et de sentiments qui en de trop nombreux cas à présent leur font défaut…

Picasso, Nature morte au crâne et au pichet (1943)

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(1) Source : http://www.jdarriulat.net/Essais/CezanneReal/CezanneRealisme.html

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Tibère et la spirale

Spirale littérale

J’étais, tout gosse, fasciné par les escargots. Ne me demandez pas pourquoi ces gastéropodes me passionnaient tant : je serais bien en peine de le dire. Leur sexualité hermaphrodite peut-être, qui leur permet, bien au-delà de l’alternance des rôles d’actif et de passif (termes hautement abusifs, au demeurant), de se relayer dans l’aptitude à enfanter, ce qui rend l’espèce digne d’un film de science-fiction qui, sur une planète où maman et papa – les douces sérénades parisiennes des derniers mois nous l’ont rappelé avec panache – sont tout sauf de vains mots, projette sur le binôme procréatif masculin-féminin vanté avec une si patriotique ferveur une ombre particulièrement floue. De Justin à Justine et de Mauricette à Maurice en un clin d’œil : que la nature est bien faite ! Une piste, peut-être, pour sortir du conflit…

La maison de mon enfance était bordée de champs en friche à perte de vue, ce qui en faisait pour mes compagnons de jeu – j’organisais régulièrement pour eux de mini-courses d’obstacles et d’autres festivités dignes de l’estime que je leur portais – un véritable paradis interlope qui les protégeait des rayons du soleil, auxquels ils sont rétifs. Mon favori était Tibère, un imposant mastodonte d’au moins vingt grammes à la coquille grenat à côté duquel les autres n’en menaient pas large. Je me rappelle encore les agréables sensations qu’il provoquait en moi lorsqu’à la découverte de ce corps humain qui lui était étranger, à lui à qui ses ancêtres avaient dû conseiller de prendre la poudre d’escampette à la vue du moindre de mes congénères, il titillait de sa lentille supérieure gauche, majestueuse de frêlitude, l’extrémité de mon duvet précoce et laissait glisser avec volupté son flasque fondement sur ma peau comme une langue semi-râpeuse dégoulinante du mucus exquis par lequel il me témoignait à son tour son affection. Lorsque Tibère s’est éteint, c’est à tout jamais une partie de mon âme qui l’a accompagné tout là-haut.

Thanksgiving Chapel, Dallas, TX

Comme par un discret clin d’œil de la céleste providence, j’ai pourtant retrouvé, l’autre jour, un peu de mon ancien compagnon sur Internet. Ma madeleine, c’était la chapelle de Thanksgiving de Dallas, TX. Vu de l’extérieur, l’édifice fait penser à un gigantesque gâteau d’anniversaire fossilisé, tout de crème fouettée, qui s’étend en hauteur sur quatre niveaux qui correspondent sans doute aux divers échelons de la grâce sublime : « plus près de toi, Seigneur »…

C’est l’intérieur qu’il faut visiter, fût-ce virtuellement, pour être saisi du vertige de l’astronaute, empreint de l’innocence de l’enfant tournoyant avec allégresse au milieu des constellations. Y sont disposés, en effet, selon un agencement en colimaçon condensé qui peut faire office de trompe-l’œil, une série de vitraux bercés, en ce sombre temple néo-baroque, d’une lumière astrale à laquelle seule une percée au niveau de sa voûte autorise l’accès.

Les vitraux peuvent être interprétés comme autant de marches d’un escalier mythique que l’homme est appelé à gravir pour rejoindre son infinitude. Mieux vaut s’être frotté à l’escalade, ne pas perdre le nord ni céder au tournis, pour atteindre la cime, car 67 est leur nombre, le nombre de l’homme, 76 leur valeur séraphique reflétée, et l’Unité leur primordiale couronne, et des 144 que génère leur fantasmagorique fusion émerge, surréel, Son Nom : Neuf !…

Ce neuf est celui de la nouveauté transversale, celle qui, de la hiérarchie faisant fi, permet de sauter de degré en degré adjacents, obliques ou en vis-à-vis, sans égard pour la gravité linéaire, avec pour seuls bagages la conscience et l’esprit dans ce qui, considéré depuis la base, apparaît comme une spirale bigarrée et chatoyante ni négative, ni positive, mais infinie de couches atemporelles juxtaposées, repliées sur elles-mêmes, détentrices du secret d’une nouvelle consistance, de nouveaux possibles multiversels. L’escargot est l’avenir de l’homme !

Gabriel Loire, Thanksgiving Chapel, Dallas, TX

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Source de la citation entre guillemets dans le dessin : Edward Bernays, Propaganda, Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zones, 2007 (traduit de Propaganda, Horace Liveright, 1928), page 1. Les ajouts et retraits entre crochets sont du blogueur.

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Espoir figé et espoir d’avenir…

Souvent dépeint, autant que n’a pu l’être Brassens dans un autre registre, comme un petit homme en apparence conventionnel dans sa vie quotidienne, Magritte m’agace depuis quelques ans. Magritte ceci, Magritte cela, musée Magritte, Magrittes du cinéma : kassa kassa ! Toutes les occasions opportunistes sont bonnes pour se faire du blé sur un nom qui parle à la fois aux touristes et à la troupe mondaine du cru, toujours prompte à se faire voir où il faut se faire voir et pour laquelle posséder l’art est plus important qu’essayer d’en saisir l’esprit.

Mais faut-il tuer Magritte pour autant ? Et pourquoi m’agace-t-il, au fond, cet homme dont le cinquantenaire du décès se fêtera en toute logique en grande pompe dans quatre ans, qui est né alors que l’humanité, à la suite de Becquerel et de sa découverte de l’uranium et des rayons uraniques, à la fin du XIXe, s’apprêtait, avec les époux Curie, à commencer à en étudier les usages possibles, cet homme qui, dans la foulée, verrait apparaître, à la fin de la guerre de ’14-’18, la TSF puis les émissions de radio quotidiennes, toutes choses qui influenceraient sans doute le surréalisme esthétique dans lequel il s’inscrirait ? Ce n’est pas lui qui se pousse du col aujourd’hui, et ce n’est pas lui qui en bénéficie ou doit en faire les frais, mais la représentation de lui forgée par d’autres à son insu, forcément. La trahison des images, sa plus célèbre toile, celle à la pipe qui n’en est pas une, n’avait-elle pas précisément pour ambition de mettre en lumière cette distinction, apparemment pas encore si évidente pour tous, entre le sujet et sa représentation, qui l’objective ?

Lorsque, dans l’une de ses pièces, le metteur en scène Romeo Castellucci a mis en scène un Jésus à l’image de Big Brother, que des enfants venaient joyeusement canarder de balles de tennis multicolores, et que s’ensuivit un écho de protestations de la part d’organisations catholiques intégristes, j’avoue avoir été saisi d’une certaine perplexité : Castellucci n’avait-il pas mieux à faire ? Telle fut ma première réaction. A quoi bon, en effet, ajouter à l’hystérie religieuse qu’entretenait alors savamment le petit ami de Bettencourt ? D’autres portraits – au hasard, ceux de Pol Pot, Staline ou encore Hitler – n’eussent-ils pas été plus à leur place sur cette scène ? Puis j’ai pensé à cette pipe sublimée…

Romeo Castellucci et sa création

La Bible est le plus fabuleux roman de tous les temps. C’est le premier Nouveau Roman qu’aient écrit les hommes, en vérité ! Et ce mot ne suffirait bien sûr à la décrire : tout à tour empreinte de sociologie de bien avant la sociologie, de mysticisme, de millénarisme catastrophiste, d’injonctions politiques, et de poésie (d’art, donc), elle met quiconque au défi de la dépasser… Si, dans sa deuxième partie, un personnage nommé Jésus (mais qui était en réalité Josh le Nazaréen) est mis à l’honneur, c’est, à en croire le Vatican, ès qualité d’image d’une divinité unique formulée autour de l’équation : « je suppute, donc cela est »… Il en découle que la Bible rapporte l’image de cette image, et que c’est l’image de l’image de cette image qu’a mise en scène Castellucci, dans la droite ligne de la déconstruction picturale amorcée dès la fin du XIXe, dont le surréalisme de l’entre-deux-guerres (c’est-à-dire le rendu artistique de l’impression de l’humanité entière face à la question de l’être revue à l’aune de la science nouvelle et de la première Grande Boucherie qui a eu lieu sans doute en partie en Son Nom) prendrait la relève. Or, c’est cette image de l’image de l’image qu’ont cru bon de venir secourir des intégristes que ce simple geste rend de facto hérétiques, puisqu’ils ont ainsi idolâtré du vent. Et la Bible elle-même n’échappe pas au raisonnement : comment un seul livre – allez, deux, à la rigueur – peut-il prétendre contenir, enfermer, un principe absolu ? Au bûcher, les apôtres et leurs éditeurs, pour péché de vanité !

La notion de péché, attardons-nous y, d’ailleurs : tout remonterait à Adam, cette espèce de clette sioniste qui, en fourrant sa longue tige dans le mielleux scorpion fallopique de la brune Eva, aurait scellé le sort d’une lointaine descendance effroyablement consanguine, dépravée et retorse, qui semble plus souvent qu’à son tour faire abstraction de ce choix cornélien avant la lettre (encore que Tout soit En Lui) auquel un dieu papy pervers aurait soumis ses parents communs : obéissance, ignorance et vie éternelle (Adam ni père, ni fils et Eve ni fille, ni mère, ni putain) ou liberté, curiosité et trépas, qui se serait décliné comme suit dans la pratique : se regarder en chiens de faïence pour le reste de l’éternité, ou baiser et pondre, avec au moins un inceste à la clé, en bout de course. A moins que… A moins que Dieu ne soit adepte de masturbation, de préliminaires et d’éjacs ex utero… Rien qu’y penser me Le rend tout à coup éminemment sympathique, puisqu’il est entendu que ni Lui ni le singe n’a fait émerger du tréfonds des abimes la crasse aux quatre lettres qui point ne se prononce : je suppute, donc cela est !

D’où il résulte que qui s’intéresse de manière plus ou moins éclairée aux Ecritures le fait en sachant bien qu’il s’agit d’une histoire, non comme corpus de règles à suivre à la lettre sous peine de punitions, mais comme recueil d’un ensemble d’habitudes, de modes de vie, d’appréhensions de la sexualité, de peurs et d’idées fixes que partageaient ou voulaient faire partager à d’autres de lointains ancêtres de notre commun arbre de vie, lesquel(le)s ont été imposé(e)s à tous comme une chape de plomb, selon un angle d’interprétation déterminé et quasi figé, dès lors que l’Eglise a uni son destin à celui des monarques temporels, et que la religion s’est faite religion d’Etat(s), mais telle n’était-elle pas sa vocation ?

A cette lumière, le texte s’éclaire sous un jour différent, susceptible de faire éclore une narration plausible, imagée, de l’épisode de la crucifixion, celle de la putain réhabilitée, qui mettrait au monde, quelques mois plus tard, l’un des secrets longtemps les mieux gardés de l’Histoire : la descendance qu’elle et Jésus ont conçue dans la quasi-clandestinité, garante de ressuscitation du second nommé et d’un reboot du scénario initial, au nom d’une nouvelle pureté. D’où l’importance de concevoir Jésus, dès le premier concile de Nicée, en 325, comme l’incarnation d’un principe divin appelée de toute manière à rejoindre les Cieux sitôt sa mission accomplie, et l’origine de la querelle que suscite cette habile remise en cause de la justesse du jugement du Dieu de la Torah, génétiquement plus libéral.

Selon cette lecture et aux yeux de quiconque se dote de tant soit peu d’esprit critique, le mythe de la transsubstantiation littérale, digne d’un surréalisme précoce et décrétée au sein de l’Eglise catholique par le concile de Trente, au milieu du XVIe siècle, est donc l’une des nombreuses tromperies et fourberies monumentales dont Rome s’est rendue coupable au fil des millénaires. De même, considérer littéralement que c’est son sang que Jésus aurait donné pour la réhabilitation de toute l’humanité peut sembler particulièrement spécieux : ne serait-ce pas plutôt son jus (son ADN, pour les âmes sensibles), auquel cas les fidèles sont invités à tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de déguster leur prochaine coupe…

Quant à cette croix, elle a sans doute inspiré bien d’autres choses que l’expression ultime, sadienne avant l’heure (mais tout, ici aussi, n’est-il pas lié ?), du sens du devoir d’un demi-dieu ?  Et l’interprétation selon laquelle le corps de Jésus aurait en réalité été enseveli sous terre, en un lieu non connu des badauds, après avoir été décroché de la croix, quelles sont exactement ses implications ? Et quelle est l’exacte nature de ce Satan (étymologiquement l’adversaire, l’opposé, non l’ennemi) à qui, selon la même interprétation, il aurait été (figurativement) livré alors ? Et s’il a donné sa vie pour réhabiliter l’humanité à travers la réhabilitation de la femme, son dessein n’était-il pas essentiellement féminin, consacrant un peu tardivement le rôle du sexe infernal dans l’espèce humaine ? Sans aucun doute certains groupes se sont-ils intéressés à ces questions et à bien d’autres encore. Après tout, la science n’est-elle pas un substantif féminin ?

Fâââmmes...

Amira Casar & Rocco S dans Anatomie de l'Enfer

Au fond – ça coule de source – c’est la sexualité qui est la base de toutes les religions monothéistes, la sexualité et son contrôle, le contrôle de l’énergie sexuelle (par autrui), dont le travail-trepalium et l’obéissance sont des outils de base. Or, les romans bibliques et autres, ainsi que leurs exégèses et interprétations tronquées, la présentent traditionnellement sous un angle peu favorable, dont ne peut émaner que la frustration. Si le grand djihad consiste en effet à maîtriser ses pulsions, doit-il se mener comme un processus individuel libre et raisonné ou comme une initiation linéaire et pré-écrite ? La séparation entre le corps et l’esprit, dont tant les Eglises que la (les) franc-maçonnerie(s) n’a (ont) cessé, selon des logiques, des méthodes et des objectifs bien sûr divergents, de polluer l’Humanité, n’est-elle pas la cause de tous les maux, en réalité ? N’est-ce pas à une redéfinition drastique du bien et du mal que nous sommes appelés à nous atteler si notre objectif est un ressourcement principiel qui permettrait l’abolition de la domination, sans remettre en cause la cohésion de l’ensemble, c’est-à-dire à la réception de l’humanité dans l’âge adulte, où le ‘h’ majuscule s’imposerait enfin ? En d’autres termes, que peut faire l’individu dans la cohérence du nombre ? Tout ce qu’il veut et rien que ce qu’il veut, y compris ce qui déplaît à d’autres, dans la liberté de soi et des autres, et à la vue assumée de tous, s’il le souhaite ! Et que peut faire le nombre dans la liberté du nombre ? Exactement le contraire de l’option fonctionnaliste privilégiée de nos jours par le capitalisme financier, à savoir le partage (des connaissances, des ressources et des talents) plutôt que le repli !

Car si la science n’est rien d’autre qu’une nouvelle religion, la laïcité pas davantage qu’une religion areligieuse, l’attrait pour l’occulte et le sombre une anti-définition clanique, quelles places et quels rôles leur sont-ils encore réservés dans l’évolution humaine, et quelle serait donc la nature perverse de cette dernière ? Paraphrasons : si les camps dits du bien et les camps dits du mal sont des antithèses pures qui se rejoignent in fine, occupent l’intégralité du champ social et vital et fonctionnent comme des Politburos respectifs, quelle peut bien être, pour le nombre, leur pertinence, aux unes comme aux autres ? Si tant le bien que le mal, tant la croyance que la raison, s’échinent, chacun(e) à sa manière, à contraindre et à duper, comment donc définir ce qui vise à libérer ?

Pourquoi le philosophe Slavoj Zizek dérange-t-il tant de monde ? Et pourquoi, en même temps, paraît-il insignifiant ? Il paraît insignifiant parce qu’il est bourré de tics et qu’il se comporte souvent comme un ours mal léché ou un sale gosse, ce qui déforce sa crédibilité. Mais il dérange parce qu’il met le doigt sur la plaie, notamment lorsqu’il affirme et répète qu’il vaut encore mieux, pour le nombre, avoir à se colleter avec un système ouvertement répressif qu’avec un système de domination diffuse qui donne l’illusion de la liberté, car le premier est plus aisément déboulonnable que le second : ceci, pourrait-il dire, en faisant tournoyer son doigt autour de lui à 160 degrés, n’est pas la liberté.

Pourquoi les anarchistes espagnols se sont-ils attiré tant les foudres des franquistes que celles des communistes soviétiques ? Parce qu’ils étaient porteurs du seul modèle de développement éclairé harmonieux, cohérent, consensualiste et non coercitif durablement imaginable, où n’étaient niés ni l’individu ni le groupe, un modèle susceptible d’être étendu sans heurts à l’ensemble du globe. Un tel horizon nie-t-il le progrès scientifique ? Il en est, au contraire, le meilleur adjuvant, qui permettrait, par exemple, d’approfondir notre connaissance de l’énergie nucléaire, mais de ne l’utiliser que pour les fonctions où elle est cruciale, et donc d’en localiser l’exploitation dans de vastes zones peu (idéalement pas) habitées. Il nous permettrait aussi d’aller encore plus loin dans notre exploration de l’espace, car débarrassés des dogmes, nous pourrions enfin nous focaliser sur un espoir dont le morbide, qui façonne notre civilisation, aurait été expurgé, un espoir qui, sans faire table rase des sources du passé, ne les appréhenderait que pour ce qu’elles sont : des sources du passé que la science bat en brèche chaque jour. Un espoir de démolition de toutes les structures archaïques fondées sur la (littérale) vérité de postulats transcendantaux. Un espoir de fusion des principes fondateurs communs à l’humanité entière. Un espoir d’éradication mondiale de la misère, au nom du réel tangible. Un espoir tourné vers un futur de questions, de découvertes, de réponses, et de nouvelles questions… Et oui – pourquoi pas ? – un espoir d’éternité. Un espoir sain, en somme… Naïf que tout cela ? Pas davantage que la foi !

Morning Telegraph

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