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Pourquoi le « totalisme » cher à J. Attali est bel et bien un totalitarisme…

« Approchez, Messieurs-Dames, n’ayez pas peur. Oui, il a l’air impressionnant, mais il est pas bien méchant. A-a-a-pprochez ! En exclusivité mondiale et pour la première fois depuis la semaine dernière au moins, le Grand Jacques va vous montrer ses talents de cracheur de feu. Par ici, Monsieur. Par ici, Madame… Dix sous ! »

Comme un enfant sur une marelle, Attali (Jacques, de son prénom) sautille d’émission en émission de télé. Il devrait être ce soir l’invité de CSOJ, après deux mois au moins d’absence prolongée – un bagne ! Celui dont le très instructif documentaire de Yannick Kergoat et Gilles Balbastre relatif à la télé-propagande qui ne dit pas son nom a comptabilisé (1), en l’espace de six ans (de 2002 à 2007, pour être précis), pas moins de 572 apparitions médiatiques ne s’y exprimera pas au sujet du monde de demain tel qu’il le conçoit. C’est dommage…

C’est dommage car il aurait pu développer la notion de « totalisme » qu’il y a pondue la saison dernière en explicitant en quoi celle-ci se distingue du totalitarisme. La subtilité, en effet, échappe aux moins finauds d’entre nous.

En réalité, le socle de la vision du conseiller des princes est simplissime, à l’exact opposé de son caractère : où que le sort nous ait propulsé sur Terre, il est des problématiques auxquelles tous nous avons à faire face et à la résolution desquelles il est donc indiqué que nous nous attelions ensemble. Wilson était parvenu au même constat, les initiateurs de l’ONU aussi…

Pour Attali, pas de demi-mesure : le gouvernement mondial est inscrit dans les astres, et qu’il se réalise par la raison ou sous la contrainte d’une nouvelle guerre mondiale, nul n’y échappera. C’est, à peu de choses près, le rêve de Rockefeller et des siens, et ce que Rockefeller veut, Dieu ne le veut-il point ? « Rockafellah fo evah », aurait pu chanter Jacques. La scène n’eût pas manqué de piment, mais Jay Z le charlatan l’a devancé !

Une certaine objectivité oblige à préciser, toutefois, que c’est plutôt du pseudo-repenti Soros et du si débonnaire Buffett, celui qui cherche périodiquement à attendrir le bon peuple après avoir serré affectueusement la main moite de Blankfeyn, tantôt en évoquant la lutte des classes sous l’angle de la dictature du patronat, tantôt en proclamant une fiscophilie d’apparat intéressée, que le Machiavel français, celui dont la veste est toujours du bon côté – au nom, sans aucun doute, de la concrétisation pragmatique de ses idéaux – doit se sentir le pus proche. Car il y a finance et finance : la finance prédatrice qui s’assume d’un côté, la finance prédatrice faux-cul de l’autre. C’est de ce dernier camp que Jacquot-la-fripouille est, en France, le cerbère et le guide.

Comment, Jacques, que dites-vous ? Nous serions des Bisounours nourris au lait d’une utopie déraisonnable ? Nous devrions nous réveiller et regarder le réel en face ? Mais il y a surdose, Jacques. Il y a surdose de réel frelaté, de pravda remodelée à la sauce capital-corporatiste. Allez, tendez votre joue, gros nigaud : smack ! Copains ?…

Non, nous ne sommes pas des Bisounours, Monsieur Attali, pas à tous égards en tout cas. A vrai écrire, nous nous inquiétons. Nous nous inquiétons que des gens comme vous, qui ont pignon sur plateau, semblent n’avoir tiré aucune leçon de la crise financière, si « grotesquement psychologique » qu’elle ait pu être perçue par quelques-uns, plutôt Richelieu que Machiavel pour le coup, depuis leur fauteuil Louis XV. Nous nous inquiétons, par exemple, lorsque nous vous entendons affirmer qu’ « on a une mutation qui commence à apparaître [à savoir] qu’il y aura une distinction entre ceux pour qui le logement pourra être un élément du patrimoine – ce sont ceux qui auront atteint un certain niveau de revenus et de fortune, qui pourront, par leur épargne, constituer ou se léguer de génération en génération quelque chose qui ressemble à un patrimoine […] – et tout le reste de la population mondiale [pour lequel] le logement [sera] un bien de consommation, et plus un élément du patrimoine. [Celui-ci sera « conceptuellement »] propriétaire [par exemple] de 50 m² […] indépendamment d’un lieu. […][et] il y aura une bourse d’échange [gérée] par les institutions financières spécialisées. » (2)

Nous nous inquiétons, Monsieur Attali, lorsqu’un visionnaire de votre trempe passe outre la lame de fond de la civilisation contemporaine qu’est le développement durable (précisément l’un des défis que nous sommes tous appelés à relever collectivement) en prétendant que les « immeubles qui ont une durée de vie de vingt ans » (Ibid.) sont l’exemple à suivre…

Vauban Reel Estate  présente…

Mais ce qui nous inquiète le plus – vous l’aurez compris – c’est la nature de ce gouvernement mondial dont vous êtes l’un des thuriféraires. Si le modèle démocratique parlementaire grand-breton du XIXe a séduit tant d’éminents penseurs, y compris de très socialistes, c’est sans doute parce que, sur le papier au moins, le bicaméralisme qui l’incarnait avait prévu un degré de recours, terreau d’une contestation éventuelle. N’est-ce pas d’ailleurs, à quelques notoires exceptions près, sur un principe similaire qu’a été érigée toute notre architecture judiciaire ?…

« Tandis que les lois d’une cité sont modifiées afin de se conformer aux circonstances, ses institutions ne changent que rarement, voire pas du tout, d’où il résulte que l’introduction de nouvelles lois est sans incidence aucune, dans la mesure où les institutions, de nature invariable, les corrompent », affirmait Machiavel (3). Or, en quoi un gouvernement mondial de l’acabit de celui que vous imaginez, plus ou moins statique en ses fondamentaux idéologiques, ne fût-ce que pour que son exercice coïncide avec l’impératif de fin de l’Histoire, échapperait-il à pareille logique si même nos institutions actuelles y pataugent ? Quels garde-fous permettraient-ils à une telle Babel régénérée, ultra-hiérarchique et distante, de demeurer la garante des droits fondamentaux de sa base, de son « reste », si l’on préfère ?… Par quels moyens l’exigence de transparence des pouvoirs publics (Le seraient-ils encore ?) trouverait-elle à se concrétiser ? Est-il question d’institutionnaliser l’opacité prototypique des réunions feutrées du Bilderberg ou d’autres cénacles ? Et, si oui, sur quelles bases démocratiques ?

Rockefeller nous renseigne quant à cette dernière question : « je ne me rappelle pas avoir dit – et je ne pense pas que quiconque soit d’avis – que nous requerrions un gouvernement mondial. Nous avons besoin d’une plus grande collaboration entre les gouvernements du monde. Mais je ne puis concevoir qu’un seul gouvernement élu par tous les habitants de la planète soit probable, ou même souhaitable », précisait-il en 2007 (4). Les projets de traités commerciaux transcontinentaux qui chavirent les uns après les autres sous la pression des peuples sont-ils supposés préfigurer ce Nouvel Ordre mondial, cette Planète Finance composée de mafieux parvenus, de boursicoteurs sans scrupules, d’avocats véreux et d’hommes de théâtre politiques, tous qui à la solde, qui à la tête, de l’oligarchie, ou s’agit-il simplement de renforcer le rôle de l’ONU ? Ce nouvel Ordre ancien s’imposera-t-il au prix de nouvelles guerres de colonisation ou d’efforts diplomatiques occidentaux visant à mettre en selle des régimes aussi démocratiques que n’ont pu l’être celui de Pinochet, dans cette frange de « l’arrière-cour » si prisée par la grande bringue, ou encore le Nouvel Ordre de Suharto, en Indonésie (5) ?

Quoi qu’il en soit, les contours de votre « totalisme », néologisme barbare et amphigourique, apparaissent très ténébreux. Inscrite dans un despotisme éclairé qui se cherche un nouveau souffle face à la résistance des restes, cette étrange philosophie pourrait même être porteuse d’un nouvel obscurantisme imposé aux masses et aux individus de basse extraction par une nouvelle race de seigneurs dynastiques omnipotents. C’est en tout cas ce que la nature de vos propositions, en matière de logement comme en matière de puces RFID par exemples, laisse craindre. Mais pour qui a foi en l’Humanité, ce qui n’était pas le cas de Machiavel, jamais le moindre système d’asservissement, si élaborés soient les outils techniques qu’il tient à sa disposition, ne parviendra à maintenir éternellement sous sa coupe la majorité de la population mondiale. C’est là motif de réjouissance !…

« Le spectacle vous a plu, ma petite dame ? Une nouvelle représentation est prévue pour la semaine prochaine. Venez nombreux, Messieurs-Dames… »

Le passé dans l'avenir, un avenir radieux !

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(1) Les nouveaux chiens de garde, 2011 [53:56]

(2) L’émission Conversations d’Avenir sur Public Sénat est entièrement consacrée au maître. Ces propos en sont extraits. Assortis des commentaires désabusés et acerbes d’un internaute, ils peuvent être écoutés ici : http://www.youtube.com/watch?v=DExA8X0uXcQ

(3) Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre XVIII, 1512 – 1517 (version Louandre, Charpentier, 1855)

(4) Interview de D. Rockefeller par Benjamin Fulford, le 14 novembre 2007, visible ici : http://www.youtube.com/watch?v=opX5s4Zp3qk

(5) Voir, à ce propos, « The New Rulers of The World », documentaire de John Pilger, 2001 : http://www.youtube.com/watch?v=1uW1qJoWYPg

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Liberté de croissance : le nouveau paradigme…

Une fois de plus devient coutume, je vais m’intéresser à un mot, un mot de gauche et un mot gauche, un mot teinté de progressisme qui cherche à exprimer un projet nouveau qui repose sur une nécessité impérieuse mais ne parvient pas à s’affranchir de ce à quoi ce projet s’oppose, ni à susciter l’engouement général dont dépend sa réussite sociopolitique. Ce mot, c’est la décroissance…

Parmi les ‘dés’, rares sont ceux qui illuminent d’espérance, dès lors que la plupart sont dérivés de la particule latine ‘de’, qui « marque la séparation, l’éloignement d’un objet avec lequel il y avait contact, union, association » (1), elle-même très proche de ‘di(s)’, qui, lorsqu’elle ne désigne pas le dieu des enfers, « marque le plus souvent la division, la séparation, la distinction, la négation » (2), le renversement antithétique, concret ou figuré, faisant pivoter le sens d’une racine sur lui-même, encore que, parfois, les deux significations s’avèrent très semblables, sinon rigoureusement identiques (par exemples, les verbes nudare et denudare > mettre à nu, pendere et dependere, être suspendu, ou encore torquere > tordre et distorquere [subst. distorsio] > distordre, mais aussi le substantif delirium > délire, alors que le verbe lirare signifie déjà, entre autres, être fou, divaguer).

Et si ce qui précède vous a fait perdre votre latin ou vous a donné l’impression d’être confronté(e) à une démence (dementia) passagère du rédacteur, notion hautement tendancieuse qui pourrait être la petite-cousine renversée de la mesure (mensa), subjective elle aussi, rassurez-vous : il ne s’agissait que d’une introduction discursive…

Au nombre de ces mots contraires, aux préfixes privatifs, il y a certes le désir (dont le ‘dé’ paraît distinct), la découverte et la délivrance, mais il y a surtout la dépendance, le dénuement et – nous y sommes ! – la décroissance…

Dans le cas de ce dernier, dont les implications auraient laissé les Latins bouche bée, sauf, peut-être, juste avant le déclin de l’Empire, mais dont la construction respecte les règles de l’art étymologique, le ‘dé’, s’il remplit parfaitement son rôle, assume aussi celui de croque-mitaine, baigné dans l’humeur moderne des anti-guerre et des objecteurs divers, qui, hier, avant de subir eux aussi un retournement, se nommaient juste pacifistes et libertaires, anars pour les plus indociles.

Or, comment faire saliver les masses avec un projet dont la dénomination est, dans l’absolu, l’antithèse même de la raison d’être (et d’espérer) de l’homme et de la femme : grandir en toutes choses, chacun(e) à sa façon et selon ses affinités ? Paul Ariès et les autres théoriciens de la décroissance ne sont pas idiots : cette objection, ils la connaissent. C’est pourquoi ils insistent sur la croissance des liens au détriment de celle des biens, sur le bien-vivre plutôt que sur le vivre-grassement. Et que l’avenir leur donne raison ou non, que se produise enfin l’amorce d’une juste répartition des richesses, au niveau mondial comme entre les diverses classes sociales de chaque nation, dont le revenu de base inconditionnel (ou allocation universelle) doit être l’axiome, ou que – comme c’est à prévoir et comme le laissent déjà supposer des stratégies militaires dont l’objectif premier est de protéger le patrimoine des plus riches parmi les plus riches – le narcissisme égoïste et vil qui caractérise la nouvelle aristocratie, dont un milliardaire plus machiavélique que les autres déclarait il y a peu qu’elle était en train de gagner la lutte des classes (class warfare), se poursuive indistinctement, au risque d’une dernière confrontation massive qui veillerait à répartir en décimant, ils ont raison !

Evolution de la part cumulée des 10 % d'individus les plus riches dans le revenu total des Etats-Unis

Répartition de la richesse mondiale

Mais ils ne sont pas à l’abri du paradoxe, car si leur objectif est de rendre à la vie toute sa superbe et d’assurer à l’humain son épanouissement le plus complet et le plus noble en contestant à la croissance le monopole du modèle économique, la dénomination qu’ils ont retenue pour leur mouvement ne dénie pas à l’économie sa place de grand pilier central autour duquel gravitent, dans un Midnight Express occidentalisé, les armées de zombies travailleurs.

Cette dénomination, elle n’est parlante que pour les convaincus, qui la conçoivent holistique, mais laisse perplexe la classe moyenne inférieure, qui n’a pas encore, Le juste prix aidant,  abandonné tout rêve d’Euromillions, et, bien entendu, irrite les cadres moyens, avides d’heures sup’ et désireux de prouver qu’ils en ont où il faut.

Moyennant une reformulation de son cri de ralliement héraldique et un marketing plus adéquat – il faut ce qu’il faut, par les temps qui courent –, le projet serait peut-être à même de faire davantage de nouveaux émules. Encore faut-il pour cela à son avant-garde préciser quel contenu précis elle entend lui donner…

En effet, je ne suspecte pas Paul Ariès de nostalgie pour les soviets, mais lorsque je l’entends, sur le plateau du Grand Soir (ou nunca), déclamer en crescendo, sous forme de litanie aboyée, sa longue liste d’abus consuméristes et qu’y figure en bonne place, dans la catégorie des occupations outrageusement énergivores, le nombre de clics sur les ordinateurs (de consultations de pages internet, pour être précis), j’en viens à me demander si nous parlons bel et bien de la même problématique et si ses envolées passionnées sont réellement destinées à persuader le plus grand nombre, ce dont il se défend certes, mais qui n’en est pas moins la condition de croissance de tout mouvement qui se veut d’envergure s’il a pour ambition de fonder une alternative apte à répondre aux colossaux défis posés et ne souhaite pas être réduit à l’état de énième secte de gauche, destinée, celle-ci, aux bobos bienheureux obsédés par l’empreinte carbone du citoyen de base, et aux franciscains miséricordieux résolus à l’ascèse.

J’ai bien compris que la question que posent Ariès et d’autres est celle de la seule possibilité, pour des groupes d’individus, de se dégager de l’oppression d’un système économique monolithique et dogmatique, mais une addition de petits projets non coordonnés peut-elle aboutir à remettre réellement en question celui-ci ou n’est-elle, elle-même vectrice d’égocentrisme, qu’un agrégat de leurres supposés vivre le temps qu’ont vécu les communautés soixante-huitardes, auxquelles je réitère cependant une fois encore mon sincère attachement ?

Dans la négative, je suis logiquement amené à me poser la question constitutive de la nature (ou de l’absence) de leadership au sein d’une nouvelle utopie de masse, de prime abord humaniste : y serait-il derechef question d’un dirigisme élaboré alternativement dans d’obscures arrière-salles de bâtiments lugubres et dans de confortables datchas de bord de mer, ou d’une ressuscitation de l’anarcho-syndicalisme combattu tant par les Untermenschen fascistes que par les ordures staliniennes ? Qui établirait ce qui relève de la croissance économique, et selon quels critères ? Système pour triompher du système ou coordination asystémique ? Et la singularité y serait-elle reconnue et respectée ?

Dans un article antérieur consacré au capital-corporatisme,  je faisais d’un libéralisme bâti sur les PME, conçu comme un entrelacs coopératif mondialisé, l’un des piliers d’une société réinventée, débarrassée à la fois des pratiques de coteries tutélaires du sommet et de la concurrence factice au sein de la base. Qu’une telle société repose sur plusieurs piliers constitue en effet le gage de la diversité réelle que conspuent à la fois les totalitarismes et le capital-corporatisme. Le projet porté par le terme bancal de décroissance en constitue, quant à lui, le pilier libertaire, localisé économiquement mais tout aussi ouvert sur le monde, en esprit.

Et si, au fond, au lieu de décroissance, c’était subconsciemment le mot ‘démocratie’ et la réalité qui l’accompagne que nous désirions…

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(1) Cf. Dico Gaffiot : http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=dis

(2) http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=de

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Petit lexique anti-propagandiste inversé

« Parce qu’il craint de se faire dépasser par sa base populaire, le co-président du syndicat No Pasaran ! a quitté la table de négociations gouvernementales, ce dont ont feint de s’inquiéter plusieurs ministres et éminences politiques : « une fois encore, No Pasaran ! se présente comme le principal obstacle à la régression sociale », a ainsi déclaré la représentante du Parti des Idées. « En refusant de tenir compte de la suprématie des oligarques, qui passe inéluctablement par des mesures destinées à faciliter la loi du plus fort, ce syndicat se pose en menace pour le Parti », a-t-elle ajouté.

De son côté, Robert van Orazie a continué de marteler, au nom du syndicat, que le matérialisme consumériste demeurait sa première priorité et que le Politburo n’avait qu’à bien se tenir. En appelant à une manifestation nationale qu’il a hésité à qualifier de prise d’otages, il entend mettre en difficulté son interlocuteur patronal sans remettre fondamentalement en cause les bases du Parti.

De retour d’outre-tombe, le politologue Xav Maboule a souligné, quant à lui, qu’en réalité, la pièce est, selon lui, bien huilée : il s’agit de donner à une base syndicale échaudée par les désastres sociaux de Ford Genk et d’ArcelorMittal une bulle d’oxygène virtuelle, de lui montrer que le sommet syndical n’est pas fait que de renoncements, alors qu’en fait tous savent bien qu’il importe de faire tenir ce gouvernement jusqu’au bout. « Un gouvernement qui n’est pas dupe d’une telle stratégie puisqu’à plusieurs reprises, durant l’année écoulée, la valse à quatre temps – le trois pas en avant, un pas en arrière si vous préférez – a eu pour effet de berner les pauvres en leur faisant miroiter des concessions inexistantes. » »

Source : La Gazette des Bananes, 05 février 2013

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LEXIQUE

La régression sociale > le changement / les réformes

La suprématie des oligarques > le réel

La loi du plus fort > l’esprit d’entreprise

Le Parti > l’économie

Le matérialisme consumériste > le pouvoir d’achat

Le Politburo > le 1 %

Une prise d’otages > une grève

Mettre en difficulté > envoyer un signal fort

Le gouvernement > l’otage du marché

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Elections US de 2012 : dis-moi quelles entreprises te sponsorisent, je te dirai qui tu es…

In tempore quasi non suspecto, c’est-à-dire bien avant que ne soit connu le nom de celui qui s’opposera à lui en novembre prochain, le président de la superpuissance américaine a développé un certain nombre de positions que ceux qui, en nos longitudes, se réclament du capitalisme libéral seraient bien inspirés de méditer par deux fois, particulièrement en ce sombre été subdiluvien qui voit la Belgique contrainte, une fois encore, de contrôler un budget millimétré, et l’Europe continuer de se chercher.

Voici, à titre d’exemple, quelques propos révélateurs du Grand Black quant à sa vision de l’économie et de la fiscalité, piochés dans l’interview qu’il accorda à CBS le 11 décembre dernier (1)…

« La question […] sera […] : [les gens] voient-ils dans le camp adverse une vision plus convaincante ? […] Réduire davantage les taxes, y compris vis-à-vis des plus fortunés, réduire les taxes que paient les entreprises, liquider la régulation… Pensons-nous que tout cela sera d’une quelconque manière plus fructueux ? Faire marche arrière sur la réforme de Wall Street… ? »

La question est d’autant plus pertinente pour nous autres, habitants du continent dit vieux, que le taux d’imposition direct moyen des entreprises a baissé de manière constante depuis 1995, de 35,3 à 23,5 % cette année (2), cependant que l’on semble assister, depuis 2010, à une timide recrudescence des taxes qui pèsent sur le travail et, via la TVA, sur la consommation. Aux Etats-Unis, en revanche, les contributions directes des entreprises au budget de l’Etat restent stables, la dernière tranche d’imposition se situant à 35 % (3).

S’étonnera-t-on que l’adversaire républicain d’Obama, l’homme de Bain Capital, qui compte parmi les dix contributeurs financiers les plus importants de sa campagne (4), huit banques (parmi lesquelles Goldman Sachs, le Crédit suisse et la très transparente Barclays) soit, dans la droite ligne de la fiscalité conservatrice prônée par son parti, favorable à un statu quo en matière d’impôt sur la fortune (5) et à des coupes sombres tant dans les dépenses de gouvernement que dans les impôts des entreprises ?

« Nous nous trouvons à un carrefour […] : voulons-nous un code des impôts en vertu duquel chacun contribue à sa juste mesure, ou pensons-nous qu’une économie dans laquelle chacun est livré à son sort [doit se débrouiller par lui-même], et les grandes entreprises peuvent édicter leurs propres règles et balayer les réglementations [est la solution] ? Laquelle de ces options est-elle la plus à même d’aider les familles de la classe moyenne et les gens qui tentent d’accéder à celle-ci ? »

Comparaison (hâtive et systématique entre l’Europe et les Etats-Unis) n’est certes pas raison, mais un tel questionnement rhétorique n’est-il pas également de nature à s’adresser aux champions européens de la dérégulation à tous crins et du capital-corporatisme ? N’en aurions-nous décidément pas encore fini de régler nos comptes avec l’ancienne tutelle soviétique ?

« Je suis absolument persuadé que la vision que je présente […] est fidèle à l’histoire de ce pays. […] Elle est fidèle à la notion selon laquelle nous nous dressons et nous chutons ensemble. »

Puisqu’on vous disait que ces propos pouvaient aussi s’adresser à l’Europe…

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(1)    L’émission complète est disponible ici : http://www.cbsnews.com/8301-504803_162-57341009-10391709/president-obama-the-full-60-minutes-interview/. La traduction des extraits utilisés dans cet article est libre.

(2)    Source : http://ec.europa.eu/taxation_customs/taxation/gen_info/economic_analysis/tax_structures/index_fr.htm

(3)    Source (page 16 du guide US pour compléter son formulaire d’impôts, version de l’année 2011) : http://www.irs.gov/pub/irs-pdf/i1120.pdf

(4)    Principaux contributeurs d’Obama, à ce jour :

1. Microsoft  > 387,395 $

2. Université de Californie  > 330,258 $

3. DLA Piper (cabinet d’avocats)  > 306,727 $

4. Google  > 271,300 $

5. Sidley Austin LLP (cabinet d’avocats)  > 257,296 $

6. Université d’Harvard  > 232,158 $

7. Comcast > 201,606 $

8. Université de Stanford > 188,290 $

9. Time Warner > 183,614 $

10. Skadden, Arps et al (cabinet d’avocats) > 169,753 $

Principaux contributeurs de Romney, à ce jour :

1. Goldman Sachs  > 593,080 $

2. JPMorgan Chase  > 467,089 $

3. Bank of America  > 425,100 $

4. Morgan Stanley  > 399,850 $

5. Crédit Suisse Group  > 390,360 $

6. Citigroup  > 312,800 $

7. Kirkland and Ellis (cabinet d’avocats)  > $264,302 $

8. Wells Fargo  > 237,550 $

9. Barclays > 234,650 $

10. Pricewaterhouse Coopers  > $227,250 $

Source : http://www.usnews.com/news/articles/2012/07/12/whos-driving-the-presidential-race-whos-driving-the-presidential-race

(5)    La fameuse réforme dite Gates / Buffett, du nom de ces milliardaires frondeurs et téméraires dont s’est inspiré en paroles, l’an dernier, notre very own vicomte, qui avaient imploré l’Etat d’écumer davantage leur patrimoine, est, pour l’heure, restée lettre morte, ici comme là-bas.

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