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April’s fool – extended !

It all started in 1990 with the Gayssot act, which penalizes any narrative contradicting the official account of the Holocaust (*). For the first time, history was no longer a subject of debate and controversy : the entire French nation was told what to believe, and non-believers or skeptics who dared voice their doubts publicly would soon expose themselves to prosecution.

9/11 was the next marker : any Frenchman publicly contradicting the US government’s version of the events leading up to the massacre based on its inconsistencies (the Third-Tower mystery, for instance) and its unlikeliness (intact foreign passports left in the vicinity of Ground Zero like Easter eggs for the FBI to find) was swiftly portrayed as mentally unstable and unworthy of attention.

But it was probably the Charlie-Hebdo tragedy and the ensuing events that allowed all those within the French political and media establishment who were eager to once and for all curtail free speech in a way that would serve their interests to deploy their full-pravda dominance. Indeed, under the guise of fighting apology for terrorism, the powers that be designated, among others, philosophy teachers who had the nerve to examine said events critically by looking at the big picture as fair game to their hierarchy, and even to the judicial system.

This proclivity towards censorship symbolically culminated during the latest French presidential election, when a fringe candidate was accused by the mainstream media of being a conspiracy theorist… merely for quoting press snippets from the past which were no longer in line with the current state of mind of the so-called elites.

All while feeding a new McCarthyism that is a conspiracy theory in and of itself, the oh so enlightened new French aristocracy, boosted by the 2016 glitch in the matrix overseas, is now totally unhinged in its attempt to suppress any dissent : French subsidized daily Le Monde, for instance, has become so arrogant it now assesses the credibility of its alternative competitors, and a new law should soon allow Versailles to resort to interlocutory proceedings to instantly muzzle any whistleblower labeled a bearer of “fake news”.

In the country of Descartes, methodical doubt has become a heresy. In the country of the Enlightenment, obscurantism is praised again : seeking the truth is suspicious, thinking critically nearly criminal. In the country of secularism, you’d better be a good believer

***

Assad is a monster. Anyone who would still doubt that by now wouldn’t be in his right mind. The butcher of Damas might indeed be the instigator of last Saturday’s alleged events in Douma (also known as the lower house). But that’s not the topic of this article…

What we are required to believe is. It was a month ago

Based on the positive identification of this chemical agent […], our knowledge that Russia has previously produced this agent and would still be capable of doing so, […] the Government has concluded that it is highly likely that Russia was responsible for the act against Sergei and Julia Skripal.

Theresa May, March 12, 2018

It hasn’t changed…

The British Cabinet met recently and they concluded that the Assad regime has a track record of the use of chemical weapons and that it is highly likely the regime is responsible for Saturday’s attack.

Karen Pierce, British ambassador to the UN, April 13, 2018

So, we shouldn’t enquire about the date of production of the unverified images which briefly dominated this week’s news cycle. We should question neither their source, nor the plausibility of the claim. The development of private armies without congressional oversight shouldn’t alert us. The quickness with which some people reacted shouldn’t surprise us either. For such a solid claim to be derived exclusively from circumstantial evidence is itself circumstantial. The past twenty years – hell, history as a whole ! – have demonstrated our leaders never lie. Therefore, we shouldn’t demand to see the evidence they claim they possess. We should just trust them. For we should not question the existence of God. Should we, we would be conspiracy theorists, would we not ?…

« Face à ceux qui veulent créer la confusion, allant jusqu’à accuser les populations syriennes de s’être gazées elles-mêmes, face à ceux qui suggèrent un complot, […] nous devons revenir à des faits simples. »

François Delattre, ambassadeur de France à l’ONU, 13 avril 2018

Tenebras vincere populace…

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(*) Said act pertains to crimes against Humanity in general, but at the time only the Jewish ethnocide perpetrated by the nazis was concerned.

The Gayssot bill was adopted in 1990, not in 1976, as initially stated. The correction was made on April 16, 2016.

The same day, the tweet grossly minimizing the importance of the Holocaust dated April 15 was added for illustration purposes only.

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Propagande anti-propagande

« Fake news ! », vociféra la Curie face à Galilée. « Fake news ! », osa le gouvernement français face au Léviathan de Washington, il y a quinze ans. L’accusation ne date pas d’hier. Quelquefois, elle est pertinente; quelquefois, elle ne l’est pas. A la question de sa pertinence s’ajoute celle de l’étendue de la légitimité de l’autorité qui la porte, et de la nature des répercussions qu’elle induit.

Que la pseudo-représentation populaire, donc l’Etat, affiche une position sur des sujets sociétaux qui relèvent de l’appréciation scientifique ou historique est une chose. Qu’elle contraigne la nation et l’ensemble des individus qui la composent à se plier à cette position tout autre chose, dès lors qu’une telle contrainte contrevient au libre exercice de la pensée et de l’expression.

En France, la première loi qui s’y est employée dans un contexte démocratique libéral est la loi Gayssot, en 1990. Celle-ci se distingue par exemple de la loi Taubira de 2001 (tendant à la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité) par le caractère péremptoire de l’injonction qu’elle adresse à l’ensemble de la communauté nationale française de s’abstenir d’affirmer, ou même de sous-entendre, sous peine de poursuites pénales, que le dossier de l’histoire des chambres à gaz du régime nazi serait « pourri » : déjà, la négation de l’existence de celles-ci relevait officiellement des fake news à réprimer. La loi qui visait, quant à elle, à interdire la contestation du génocide arménien durant la première guerre mondiale, votée en 2001 elle aussi, avait, en revanche, un objectif similaire à la loi Gayssot, mais elle fut partiellement censurée par le Conseil constitutionnel en 2012, précisément en ce qu’elle faisait d’une affirmation d’Etat une injonction générale. Tel fut en tout cas le motif peu cohérent invoqué…

Il va de soi qu’en ce qui me concerne (La Belgique a adopté en 1995 une loi identique à la loi Gayssot.), la rétivité à de telles injonctions ne porte pas sur le caractère profondément tragique de ces trois événements historiques, mais sur la légitimité de toute autorité publique à décréter une vérité inquisitoriale qui fait de dissidents à cette vérité des déviants pénalement répréhensibles : la démocratie repose sur le débat, et se forger une opinion sur tout sujet, de même qu’exprimer cette opinion, est un droit individuel fondamental.

Lors de ses vœux à la presse, mercredi dernier, le petit marquis, en annonçant qu’il présenterait prochainement un projet de loi destiné à lutter contre la propagation des « fake news », a affirmé agir au nom de la démocratie libérale contre des influences occultes parfois encouragées par « certaines démocraties illibérales ». Voici, transcrit, l’extrait visé :

« C’est vous, journalistes, qui êtes les premiers menacés par cette propagande. Elle adopte votre ton, parfois vos formats. Elle emploie votre vocabulaire, et parfois même elle recrute parmi vous, parfois même financée par certaines démocraties illibérales, que nous condamnons au quotidien. Elle se diffuse, elle se banalise et elle [finit] par jouer de cette confusion que nous avons progressivement acceptée. La question du tiers de confiance que vous êtes, si essentielle en démocratie, est alors profondément brouillée. Et, à travers vous, c’est la démocratie libérale qui est visée.

Il y a deux réponses au moins que nous pouvons apporter, et que je souhaite que nous puissions apporter collectivement dans l’année qui s’ouvre. La première, c’est à l’Etat de la porter. C’est pourquoi j’ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles. Un texte de loi sera prochainement déposé à ce sujet. En période électorale, sur les plateformes internet, les contenus [ne répondront] plus tout à fait [aux] mêmes règles. Comme vous le savez, propager puissamment une fausse nouvelle sur les réseaux sociaux ne requiert aujourd’hui que quelques dizaines de milliers d’euros et peut se faire dans l’anonymat complet. Les plateformes se verront ainsi imposer des obligations de transparence accrues sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publique l’identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent, mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus. C’est un corrélat indispensable aux règles que nous avons fixées pour notre vie démocratique et nos débats politiques.

En cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déférencer le site, de fermer le compte d’utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site internet. Les pouvoirs du régulateur, qui seront par ailleurs profondément repensés durant l’année 2018 seront accrus pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers. Cela permettra [notamment] au CSA repensé de refuser de conclure des conventions avec de tels services en prenant en compte tous les contenus édités par ces services, y compris sur internet. Cela lui permettra aussi, en cas d’agissements de nature à affecter l’issue du scrutin, que cela soit en période préélectorale ou électorale, [de] suspendre ou [d’]annuler la convention. »

Illibéral… Je ne suis pas le seul, apparemment, que le mot, récurrent lors de ladite conférence de presse, a surpris, en particulier lorsqu’il était accolé au substantif démocratie. Comme Laureline Dupont du Point, mes recherches m’ont d’abord emmené du côté de Rosanvallon. Insatisfait par la trop sommaire notice Wikipédia consacrée à l’illibéralisme, j’ai retrouvé l’article intégral du saint-simonien sur le site de l’Académie des Sciences morales et politiques. Puis, j’ai découvert qu’en dépit du fait qu’il ne figurait plus dans le Larousse en ligne, ce terme avait déjà eu, au XIXe siècle, d’illustres usagers, parmi lesquels Proudhon. Mais c’est à Dupont, ou plutôt au conseiller élyséen auquel elle s’est adressée pour explication, que je dois la référence à Fareed Zakaria.

Est-ce à Rosanvallon que faisait allusion son patron ?, s’est enquise Laureline auprès de l’énarque. Not really, no, conclut l’intéressée, qui, fidèle à son métier de journaliste, prend pour argent comptant (celui des plantureux subsides à la presse libre ?) la parole officielle. Plutôt à Zakaria… Mais, à bien lire les deux, l’on se rend compte qu’en termes d’illibéralisme, ni l’une ni l’autre des analyses mentionnées n’est particulièrement flatteuse pour la France. L’énarque se serait-il sous cape moqué de la plébéienne, dont il pouvait supposer qu’elle ne les lirait pas et que, même si elle les lisait, elle en omettrait les passages trop volontiers autocritiques ? Après les exploits de réserve de la nouvelle administration à l’égard des humbles, qui se sont caractérisés principalement par « la volonté très macronienne de ne surtout pas stigmatiser », comment l’envisager ?

Zakaria :

Historically, unchecked centralization has been the enemy of liberal democracy. As political participation increased in Europe over the nineteenth century, it was accommodated smoothly in countries such as England and Sweden, where medieval assemblies, local governments, and regional councils had remained strong. Countries like France and Prussia, on the other hand, where the monarchy had effectively centralized power (both horizontally and vertically), often ended up illiberal and antidemocratic.”  (p. 32)

The French revolution, as Lord Acton observed, is not about the limitation of sovereign power but the abrogation of all intermediate powers that get in its way. Most non-Western nations have embraced the French model – not least because political elites like the prospect of empowering the state, since that means empowering themselves – and most have descended into bouts of chaos, tyranny, or both.” (p. 39)

Rosanvallon :

« Au modèle anglais de la protection des libertés par l’existence de contre-pouvoirs issus de la représentation politique des principales forces sociales du pays, s’oppose ainsi au XVIIIe siècle le modèle du rationalisme politique à la française. »

« Ce rationalisme politique a-t-il été défait par l’éloge de la volonté qui marque la culture politique révolutionnaire ? Non. Il a plutôt subsisté en tension avec l’idée de souveraineté du peuple. Car la tension des principes – l’évidence versus la volonté, la raison versus le nombre – a d’une certaine manière été dépassée dans une commune célébration de l’unité. C’est une même façon de penser la généralité comme totalité et d’en disqualifier tout mode d’appréhension pluriel. La façon de concevoir la souveraineté du peuple, pour dire les choses autrement, s’est appuyée sur la même vision du social que celle dont procédait l’éloge de l’État rationalisateur. »

« Le despotisme éclairé et le libéralisme à la française trouvent un terrain de rencontre ambigu dans un tel processus de rationalisation de l’appareil d’État […]. »

Ceci amène l’intellectuel français à conclure que :

« […] le bonapartisme [est] la quintessence de la culture politique française. C’est en effet en lui qu’ont prétendu fusionner le culte de l’État rationalisateur et la mise en scène d’un peuple-Un. Le bonapartisme est aussi pour cela la clef de compréhension de l’illibéralisme français. Il le radicalise, en effet, d’une certaine manière, en mettant brutalement à nu ses ressorts les plus profonds.

On ne peut se contenter pour cela de considérer le césarisme, celui du Second Empire tout particulièrement, comme un simple accident de l’histoire. Il ne marque pas un écart circonstanciel à une « bonne » démocratie française, faisant coexister de façon perverse le mépris des libertés avec une célébration – certes trompeuse – de la souveraineté du peuple.

Le césarisme ne se réduit pas à la coexistence fâcheuse de deux éléments. Le terme de démocratie illibérale n’est intéressant à utiliser que s’il ne se limite pas au caractère descriptif de son énoncé. Il est pour cela important d’approfondir la nature de la raison illibérale qui est à l’œuvre dans cette forme politique. Le trait marquant du césarisme est que les libertés publiques y sont réduites au nom même d’une certaine conception de l’exigence démocratique. Il ne s’agit donc nullement d’une simple contradiction qui serait ou non dissimulée. La démocratie illibérale est en ce sens une pathologie interne à l’idée démocratique. Elle procède de trois éléments que j’ai longuement analysés dans La Démocratie inachevée. La prétention, d’abord, à réduire l’indétermination démocratique par une philosophie et une pratique de la représentation-incarnation. L’affirmation, ensuite, de l’illégitimité de toute définition du public qui déborde l’espace des institutions légales. Le rejet, enfin, de tous les corps intermédiaires politiques accusés de perturber l’expression authentique de la volonté générale. La démocratie illibérale radicalise bien de la sorte le monisme révolutionnaire tout en l’associant à une résolution utopique du problème de la représentation. »

Malgré leurs points de désaccord (notamment quant à la Prusse/l’Allemagne), la différence de leurs prismes d’analyse (Zakaria dresse dans son court essai un panorama mondial, tandis que Rosanvallon se concentre brièvement sur le cas de la France, par contraste avec le monde anglo-saxon.), et les critiques qui peuvent être adressées à l’un ou à l’autre (D’aucuns pourraient être tentés par moments de reprocher à Zakaria un relativisme moral certain.), les analyses des deux auteurs se rejoignent en plusieurs points quant à l’illibéralisme du système politique français. Afin de parer à l’objection la plus évidente, Zakaria prend soin toutefois de noter qu’il existe bien sûr divers degrés d’illibéralisme.

Tant l’une que l’autre, en effet, mettent l’accent sur l’inclination naturelle du modèle français à faire peu de cas des corps intermédiaires. Zakaria l’explique par une tradition monarchique centralisatrice. Ne se cantonnant pas à ce lieu commun, Rosanvallon met en avant le chaînon manquant qui expliquerait la prédominance renouvelée, après la révolution, d’une « vision moniste du social et du politique » en France. Selon cette explication, le rejet, au nom de la Raison, de tous les particularismes, identifiés à l’arbitraire du libéralisme politique, serait dû à leur association avec les privilèges d’Ancien Régime…

« La liberté est ainsi pensée contre le libéralisme pour parler abruptement. »

« Cette philosophie de l’intérêt général a souvent été exposée. De là procèdent, on le sait bien, les réticences à reconnaître le fait syndical (Il ne l’est formellement qu’en 1884.) et les lenteurs pour organiser le droit d’association (en 1901). »

Tant l’une que l’autre aussi lient l’extension de la démocratie anglo-saxonne à la concession de libertés individuelles. Si tous deux s’accordent pour poser (sans que ce soit nécessairement en ces termes explicites) que démocratie et libéralisme politique ne sont pas nécessairement consubstantiels, Zakaria cependant va (beaucoup) plus loin que Rosanvallon, consacrant la primauté du second (qu’il qualifie de libéralisme constitutionnel) sur la première, ce qui semble à plus d’un égard avoir échappé à l’auteure de l’article du Point

[…] [F]or almost a century in the West, democracy has meant liberal democracy – a political system marked not only by free and fair elections, but also by the rule of law, a separation of powers, and the protection of basic liberties of speech, assembly, religion, and property. In fact, this latter bundle of freedoms – what might be termed constitutional liberalism – is theoretically different and historically distinct from democracy.” (pp. 22-23)

Over the last decade, elected governments claiming to represent the people have steadily encroached on the powers and rights of other elements in society, a usurpation that is both horizontal (from other branches of the national government) and vertical (from regional and local authorities as well as private businesses and other nongovernmental groups).” (p. 30)

The process of genuine liberalization and democratization is gradual and long-term, in which an election is only one step. […] Conversely, the absence of free and fair elections should be viewed as one flaw, not the definition of tyranny. Elections are an important virtue of governance, but they are not the only virtue. Governments should be judged by yardsticks related to constitutional liberalism as well.” (p. 40)

Tant l’une que l’autre enfin – c’est une conséquence logique – soulignent le mépris des tenants du modèle moniste à l’égard d’auteurs tels que Montesquieu, qui se sont fait les avocats d’un équilibre des pouvoirs.

Zakaria :

Constitutionalism, as it was understood by its greater eighteenth-century exponents, such as Montesquieu and Madison, is a complicated system of checks and balances designed to prevent the accumulation of power and the abuse of office.” (p. 41)

In almost all of its variants, constitutional liberalism argues that individuals have certain natural (or “inalienable”) rights and that governments must accept a basic law, limiting its own powers, that secures them.” (p. 26)

Rosanvallon :

« C’est à partir de là qu’il faut comprendre l’hostilité latente à Montesquieu [dans le cercle de la Raison français], à qui beaucoup reprochent de s’appuyer sur des principes « gothiques » pour combattre l’absolutisme. »

Rosanvallon a écrit son court article en 2001, Zakaria son essai en 1997. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors de part et d’autre de l’Atlantique, d’autre surtout, à tel point que ce qui est présenté comme des logiques systémiques liées à l’histoire des idées, des peuples et des Etats est à présent rudement mis à l’épreuve. Même en Grande-Bretagne, un prurit gouvernemental réactionnaire, dont on ne sait s’il est entièrement l’effet d’un marketing conjoncturel, tend à remettre ces logiques en question.

Qu’en est-il en France ? Ceux qui s’étonnent que la défense de « la démocratie » du petit marquis passe par l’annonce d’une (nouvelle) restriction des libertés publiques fondée sur « l’illégitimité de toute définition du public qui déborde l’espace des institutions légales » sont désormais plus avancés. Lorsque cette défense de la démocratie se fait dans sa bouche défense de « la démocratie libérale », elle devient absconse et manifestement hypocrite. Il n’en demeure pas moins qu’à une définition tranchée et manichéenne de la figure du pouvoir dans la France contemporaine s’oppose sans doute une image plus hybride, indistincte peut-être, et par conséquent paradoxalement arbitraire, tant certains particularismes sont vantés, d’autres décriés et combattus. On pourrait, par conséquent, se laisser aller à faire dire à Zakaria ce qu’il n’a pas écrit…

Today’s East Asian governments are a mix of democracy, liberalism, capitalism, oligarchy, and corruption – much like Western governments circa 1900.” (p. 28)

On pourrait également être troublé par le rapport plus libéral entre Etat et médias que préconise Maduron, supposé aimant des volontés en puissance pourtant opposé au Miniver orwellien.

Quoi qu’il en soit, ces dernières décennies, ce ne sont pas uniquement des pans entiers de l’histoire qui se sont vu imposer une version officielle incontestable. C’est le présent lui-même, et le passé très récent : en dépit de l’absence de nouvelle législation inquisitoriale en la matière, à qui viendrait-il encore à l’idée d’oser, contre l’inquisition diffuse, affirmer sans crainte de subir un ostracisme généralisé que la discussion de certains aspects troubles et peu étayés du Onze-Septembre (quant à l’effondrement de la troisième tour, par exemple) est loin d’être close ?

Mais ce sont aussi des opinions générales concernant des phénomènes de société qui ont été visées, de « la provocation, même non suivie d’effet, à l’usage de substances présentées comme ayant les effets de substances ou plantes classées comme stupéfiants » à l’apologie du terrorisme (interprétée, il est vrai, de manière très libérale), en passant par l’ambition avortée de faire de l’incitation à l’anorexie un délit pérenne. Pas même les Etats-Unis n’y échappent : l’exemple des « food libel laws », qui, dans plusieurs Etats du sud, facilitent considérablement les poursuites judiciaires pour diffamation à l’encontre de quiconque exprimerait une opinion tant soit peu négative sur l’industrie de la viande, est là pour l’attester.

Dans ce contexte, quelle est l’intention du petit marquis en matière de fake news ? Dès lors que l’Assemblée nationale n’a pas encore été appelée à avaliser un texte encore dans les limbes, il est trop tôt pour le dire avec précision, même si l’extrait de conférence de presse sustranscrit fournit un certain nombre d’indications peu équivoques.

Si son objectif est de s’en prendre aux groupements qui, de manière structurée et concertée, diffusent sciemment des mensonges susceptibles d’influencer une part significative de l’électorat, et si ceux-ci ne diffusent que cela, c’est-à-dire s’ils ne diffusent ni opinions légitimes (quoique dissidentes), ni hypothèses en attente d’être clarifiées, ni faits (au moins partiellement) avérés, alors cet objectif est sans doute louable.

Si, en revanche, sont susceptibles d’être visés par le futur texte de loi des individus isolés (blogueurs ou autres) ou des médias alternatifs qui, de bonne foi, commettraient une erreur d’appréciation ou une erreur factuelle de nature à susciter une red flag dans les Q.G. de la surveillance de masse, produiraient ou relayeraient une opinion qui déplaît aux powers that be, émettraient des hypothèses embarrassantes pour les détenteurs de pouvoir, alors il ne ferait plus aucun doute qu’indépendamment de leur positionnement politique, seraient avant tout pris pour cibles des Alexeï Navalny locaux, selon une logique décidément illibérale faites de requêtes en référé (introduites par qui ?) intrinsèquement arbitraires. A cet égard, le passage au crible de certains procès staliniens récents mérite le détour…

Dans ce cas, il s’agirait purement et simplement de la suppression de toute information et de toute opinion contraire à l’idéologie dominante, d’une mise au pas de la spéculation et du savoir au nom du pouvoir, lesquelles, par ailleurs, ont pu générer par le passé en d’autres longitudes des Lyssenko comme les longitudes opposées produisent aujourd’hui des Clovis, et ont pu, de manière certes plus spectaculaire, donner lieu, tout au long de l’histoire des humains, à des autodafés divers et variés…

Même sans le futur texte de loi, toutefois, la conférence de presse elle-même était porteuse d’un message sous-jacent à une corporation (Tiens, tiens…) avec laquelle le pouvoir de la raison entretient un rapport d’amour/haine qui se manifeste notamment, au détour d’interviews de palais d’une servilité confondante, par une volonté de tarir les sources des quelques journalistes d’investigation qui font encore honneur à leur métier : je serai, face à la horde sauvage d’internet, votre indéfectible protecteur tant que vous garderez vos distances et que vous ne me chercherez pas noise

De manière pincée, comme à son habitude, le petit marquis a fait allusion à la rumeur qui s’était répandue il y a plusieurs mois à propos de sa prétendue homosexualité, ainsi qu’à celle qui lui avait prêté la titulature d’un compte en banque non déclaré dans un paradis fiscal. L’on sait désormais qu’il n’en dispose pas dans ce paradis fiscal-là. Quant à la question de savoir s’il suce des bites ou non, ou s’il en a sucé naguère alors que déjà il faisait avec les magazines pipole commerce de photos à la guimauve représentant son couple atypique (ce en quoi lui-même, contrairement à Mitterrand, dont une presse très avenante savait tout des escapades latérales mais s’est longtemps tue, a exposé son intimité à la foule), elle doit pouvoir continuer d’être débattue sans que l’intéressé en prenne ombrage. Son démenti formel (qui exclut une possible bisexualité) devrait-il lui aussi être pris pour argent comptant ? Dame ! Que serait la science sans les conjectures qui la précèdent ?…

Une dernière citation de Zakaria pour la route ?…

Popular leaders like Russia’s Boris Yeltsin or Argentina’s Carlos Menem bypass their parliaments and rule by presidential decree, eroding basic constitutional practices.” (p. 23)

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Haddock et Booz Allen Hamiton (ou Morpho-Safran)…

Le risque que soit dévoilé le modus constituendi de leurs réseaux n’est pas seul en cause; plus prosaïquement, les crimes de lèse-majesté qu’ils subissent en raison de leur grossière fatuité y sont aussi pour beaucoup : cela fait une dizaine d’années, à présent, que ceux qui se sont érigés en juges a priori de la parole autorisée s’inquiètent ouvertement du fait que cette prérogative leur échappe de plus en plus, et en appellent ouvertement à une mise au pas d’Internet. Que de vaniteux sophistes et des extrémistes notoires y aient trouvé refuge fait leur jeu.

Mais, à eux seuls, ils ne suffisent pas à justifier la kyrielle de lois nouvelles destinées à « encadrer », comme on dit pudiquement, les usages sur la toile : on n’adopte pas une loi pour surveiller ou  faire taire quelques marginaux. Il faut, par conséquent, à ces censeurs-là démontrer que la chienlit est générale. Et toute occasion est bonne pour ce faire.

La surabondance de « fake news » supposées, qui auraient été un élément déterminant dans l’élection de Drumpf, en est le dernier exemple en date. Priés de toutes parts de s’autopolicer, les principaux gestionnaires de réseaux sociaux redoublent donc d’inventivité algorithmique pour séparer le convenable de l’inconvenant.

Même si la prison s’est avérée un bien plus pernicieux bouillon de radicalisation violente, c’est aussi prioritairement au net que la fausse noblesse du politiquement correct impute le passage à l’acte de nombre de terroristes.

Or, s’il est indéniable que quantité d’échanges numériques sont, pour dire le moins, peu reluisants, les raisons pour lesquelles il en est ainsi ne se caractérisent pas nécessairement par leur évidence. Il ne viendrait à l’idée de personne, en effet, de nier que, sur la toile comme ailleurs, la bassesse sincère a évidemment sa place. Mais à ce point ? Et toujours sur les mêmes sujets ?

Certains pointent aujourd’hui du doigt le recours à des intermédiaires (nécessairement indiens, semble-t-il) qui submergeraient contre monnaie sonnante et bitcoïnante de courts commentaires prototypiques destinés à accroître la popularité de tel ou telle accro à la reconnaissance les innombrables agoras numériques.

Mais, pour expliquer l’extrême rareté des commentaires postés sous des pseudonymes (toujours clairement) à consonance arabe qui ne s’accompagnent de fautes d’orthographe en série, d’une syntaxe plus que primaire, et d’insultes – voire de menaces – qui feraient honte au capitaine Haddock, un extrait du neuvième épisode de la sixième saison de Homeland propose une autre piste :

Rassurez-vous : ce n’est que de la fiction…

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Pour info : https://theintercept.com/2017/03/21/revolving-door-military/

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