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Dédommagement…

Le patriarcat, de même que le matriarcat au demeurant, est un argument d’autorité. Or, un argument d’autorité n’est pas un argument, mais une imposition qui n’a pas à argumenter, qui n’a pas à justifier son bien-fondé, qui est irrationnelle, qui est irréelle. C’est ce qui, en principe, le distingue de l’autorité en tant qu’elle est gardienne tangible des libertés et protectrice effective des faibles (les enfants, par exemple). Plus encore que de ne pas le requérir, il fait fi du consentement. Il ne se soucie pas davantage de la question de la responsabilité individuelle de celle ou celui à qui il s’impose, ni de celle de celui ou celle qui l’exerce. Inauthentique, il tient sa prétendue légitimité de paramètres extérieurs à la volonté des hommes présents (traditions, archétypes, habitus social, etc.). Il est facilité. Il est caricature. Il est régression. Vive l’insensibilité à l’argument d’autorité, qu’il est plus rare d’acquérir que de se voir offrir, enfant, involontairement, mais, dans ce cas, très sot qui acquiescerait à sa restitution, car elle est bien précieux. Et vivent, fussent-elles très sélectives, les affinités électives qui ne trompent pas ! Seraient-elles même inexistantes, demeurer fidèle à leur ombre serait encore plus salutaire que la pénombre que promet ce non-argument…

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En vérité, je vous le dis…

« L’idée [de Platon était] que la vérité est accessible à tout un chacun sans qu’il ait à renoncer à sa singularité. La singularité de l’individu, sa subjectivation, ne la détruit pas; elle l’installe dans une coexistence nouvelle avec les autres subjectivations. […] Cela veut dire qu’une vérité unifie, mais qu’elle unifie sans exiger l’abandon des différences. Et c’est pourquoi nous évitons le piège du dogmatisme : on peut appeler dogmatique la position qui consiste à dire : s’il y a des vérités, alors ces vérités ne vont pas accepter les différences. Tout le processus que je vous décris […] tend à créer une théorie à l’intérieur de laquelle il y a des vérités universelles, et l’expérience de ces vérités universelles peut être partagée sans avoir à renoncer aux différences de la subjectivation et aux différences individuées, ce qui veut dire qu’il peut exister une théorie non dogmatique des vérités universelles. Et, ça, c’est un point très important parce que, pour le moment, la conception dominante, qui est une conception relativiste, et en réalité largement sceptique, est qu’en définitive, à chacun sa vérité. Puisque les subjectivations sont différentes, en définitive il n’y a pas vraiment de vérité commune et, au fond, il n’y a que des opinions. [Comment trancher] entre des opinions ? Comme il n’y a pas de vérité, […] c’est très difficile, [donc] finalement on considère que la moins mauvaise, c’est celle qui est majoritaire. Or, ça, ça n’est pas sûr […] : rien ne le démontre. Ce que je propose à la place de cette vision, c’est de dire : il y a des vérités universelles, les subjectivations peuvent être différentes, les expériences de ces vérités peuvent être différentes, mais cette différence ne crée pas la nécessité d’une scission, la nécessité d’une opposition. Autrement dit, ce qui est universel, ce qui est égalitaire, travaille non pas contre les différences, mais à travers les différences. »

A. Badiou, Institut français de Prague, 30 octobre 2014

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  • Comment justifier le fait de vouloir […] donner de la puissance à une idée à laquelle on croit, à une forme d’idéologie, [auprès] d’autres personnes ? Comment imposer ou tenir pour vrai ce qui, en toute logique spinoziste, ne peut être vrai que pour moi ? N’est-ce pas incompatible avec l’exercice de la politique ?
  • Mais l’exercice de la politique dans son déroulement concret, finalement, se moque des choses de la logique, car, en effet, on pourrait tout à fait lui opposer l’argument que vous venez de faire. Et il est certain que, en tout cas à un certain niveau – parce que la question de la normativité chez Spinoza est en fait très complexe et s’étale sur des plans différents –, […] disons dans le registre de ce que Spinoza appelle la servitude passionnelle, règne un relativisme axiologique total. Spinoza dit : chacun juge du Bien et du Mal selon son affect. Ce qui n’exclut pas que se forment d’ailleurs des affects communs, c’est-à-dire des manières partagées de juger identiquement d’un certain bien et d’un certain mal, mais à la fin des fins, rien ne pourra le rapporter à un fondement objectif. La politique, finalement, ce sera le champ agonistique de ces affirmations axiologiques qui s’affrontent selon des rapports de puissances déterminés par les effets affectifs, l’extension des effets affectifs qu’elles ont pu chacune produire, et l’Histoire ramassera les copies, et dira quels seront les gagnants. Et [qu’est-ce que] l’Histoire ? C’est l’histoire des événements racontés du point de vue des vainqueurs, la plupart du temps.
  • Oui, mais arriver à assumer cette vérité qu’il n’y a pas de vérité en soi, que ce discours dont nous pouvons être porteurs n’est jamais vrai que pour nous paraît quand même incompatible avec toute forme d’engagement politique, ou même idéologique, puisque finalement nous avons besoin de rassembler d’autres personnes pour pouvoir agir au nom de cette idée que nous tenons pour vraie. Il y a un problème pragmatique ici…
  • Bien sûr, mais qui est aisément vaincu dans la pratique, puisque dans le concret de l’activité politique, le défaut d’ancrage objectif dans une espèce de réalité absolue, […] qui fonderait absolument l’engagement axiologique et idéologique, est suppléé par la force d’adhésion affective même, et en quelque sorte la politique est régie par un décisionnisme des affects : bien sûr, si on va jusqu’au bout du raisonnement, à la fin des fins, je suis incapable de fonder en raison absolument ma position, mais voilà, c’est ça que je pense quand même.
  • A partir de là, il faut déployer des trésors de rhétorique pour convaincre les autres de m’accompagner dans ce mouvement ?
  • Absolument, [bien que ça n’implique pas] que l’exercice soit un pur chaos agonistique d’affirmations pures et sans suite : chacun s’efforce d’argumenter en généralités, mais en réalité, si on creusait [la question], aucune des positions ne pourrait se revendiquer de l’ancrage objectif. Ce qu’on pourrait dire, c’est que l’effort d’argumenter en toute généralité est un hommage que les positions particulières rendent au groupe, puisque la généralité même, c’est un appel qui est fait au groupe, c’est un appel au dépassement de la particularité du point de vue depuis lequel la position idéologique, intellectuelle ou politique est émise. Il s’agit de revendiquer tout de même, envers et contre tout, la position de la généralité, même si elle est inatteignable jusqu’au bout.

F. Lordon @ France Culture, Les nouveaux chemins de la connaissance, 21 octobre 2016

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« Il va falloir essayer de redécouvrir ce que c’est que la vérité […]. Parce que beaucoup de gens disent […] que la vérité, ça n’existe pas. Ce n’est pas vrai du tout. Ce qui n’existe pas, c’est qu’il y ait une vérité, mais qu’il y ait des moments de vérité, qu’il y ait de la vérité – il y en a beaucoup –, [personne ne peut le contester]. [Toutefois, la vérité,] ça a beaucoup disparu : on a des présidents de la république qui sont des menteurs éhontés, on a des personnages qui sont censés représenter le savoir, le pouvoir, qui sont des bandits. »

B. Stiegler, Interview par Galileo Concept Alsace, 25 juin 2015

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Kibboutz versus Traité de libre-échange transatlantique : voilà le choix !

Je pense que j’aurais beaucoup apprécié de vivre en communauté, l’une de ces communautés qui ont fleuri en certains coins d’Europe et des Etats-Unis au crépuscule des années soixante et à l’aube des seventies. Ce n’était pas la réclusion qui y était la règle, mais, bien au contraire, l’ouverture sur le monde au départ du vécu humain, le partage et l’élaboration, entre adultes égaux, d’un projet de vie commun autosuffisant.

En 1993, de passage à Moscou et Saint-Pet, j’ai visité un kolkhoze, c’est-à-dire un marché de produits d’agriculture artisanaux issus de coopératives de production. Kolkhoze est l’un de ces mots-repoussoirs mis en avant de nos jours par ceux qui continuent, par facilité intellectuelle et parce qu’ils sont restés figés eux-mêmes dans la logique de la guerre froide, de promouvoir la Nouvelle Internationale esclavagiste (c’est-à-dire le capitalisme des mégacorporations) non pas pour ses vertus propres – il n’en a pas ! – mais par opposition, par négativité en somme : le capital-corporatisme, c’est bien puisque le communisme, c’est mal, tel est leur moto.

Ceux, pourtant, qui demeurent convaincus, aujourd’hui plus que jamais, que la mise en commun des ressources est, en combinaison avec la promotion de choix individuels réels (qui ne se limitent pas à l’identité des marques des produits qu’ils achètent) affranchis du paternalisme tutélaire qui a fait les beaux jours (comme les moins glorieux) des sociétés classiques, la voie du salut de l’Humanité ont depuis belle lurette, en revanche, mis à l’index les vieilles lunes totalitaires dont les propagandistes susévoqués, souvent convertis de la dernière heure – ce sont ceux-là, bien sûr, qui ont le plus à prouver à leurs nouveaux maîtres, et font donc étalage du plus grand excès rhétorique, du plus grand fanatisme capitaliste – perpétuent à dessein et par tromperie caractérisée le feu follet. Car, que diable, quelle est la différence fondamentale, de structure et d’inspiration, entre le kolkhoze et les communautés hippies, voire même les kibboutzim (la controverse de l’occupation territoriale en moins) et toutes les initiatives contemporaines de centrales d’achat locales communes qui unifient les petits consommateurs – la logorrhée technocratique ayant banni par ailleurs le terme de ‘citoyens’ – avec l’objectif de s’assurer la qualité des produits et des prix (de vente ET de production) compétitifs ?

Noam (quote 3)

Ce sont ces kibboutzim et toutes les initiatives similaires moins décriées, dont les rassemblements de masse et les campings sauvages qui se succèdent depuis cinq ans dans les principales métropoles occidentales pourraient, avec un peu d’imagination, préfigurer la renaissance réformée, qui sont, en vérité, les adversaires déclarés du nouvel Ordre mondial ! C’est à l’impossibilité, pour les petits, de se coaliser, même pacifiquement, que veillent, au nom des banques et de ceux qui y détiennent le grand capital (car elles ne sont jamais, ne l’oublions pas, que des paravents), les despotes éclairés d’une lumière glauque et sinistre qui entendent gouverner, de plus en plus souvent sans mandat électif, les éclatantes démocraties de l’Ouest. Et c’est donc là que se situe la ligne de fracture entre une droite qui assume sans fard son anti-projet réactionnaire, et la nouvelle gauche. C’est là aussi que se joue l’avenir des peuples !

Même si une large part de ces derniers l’ignore – et comment pourrait-il en être autrement puisque tout, dans le schéma éducatif, professionnel, médiatique et représentatif est fait pour qu’il en soit ainsi ? – ces gouvernants fantoches, tout aussi obsédés par la superstructure que ne l’étaient les pontes soviétiques, savent pertinemment que leur nouvel ordre a pour but d’enculer la plèbe, et quand bien même ce que les théoriciens de la nouvelle droite ancienne appellent la majorité silencieuse se laisserait ad vitam labourer par le nouvel Ordre, la simple réalité de cette conscience, dans le chef des marionnettes du pseudo-pouvoir politique, de suivre une ligne nuisible à la majorité, qui se caractérise par autant de manifestations d’une obstination dans la faute, suffit à les discréditer et à donner du gros grain à moudre à tous ceux qui œuvrent à l’annihilation de leurs tentatives.

Carolus Magnus Collum, bitsh ass

Le traité de libre-échange transatlantique, pour lequel un conseil européen des ministres du commerce devait donner ce jour pro forma un mandat de négociation au despotique commissaire européen sortant responsable de cette matière, en est l’illustration indiquée. Négocié et renégocié dans l’ombre, au moins depuis les années nonante – l’Accord multilatéral sur les investissements, naufragé en plein Atlantique, en fut la première mouture –, ce projet funeste vise en effet ni plus ni moins à enchaîner la liberté (citoyenne) à l’obélisque du pouvoir financier. Il s’inscrit dans un contexte plus vaste de similaires négociations opaques tous azimuts, dont la plupart, entre l’Inde et l’UE par exemple (1), ou encore entre le Canada et l’UE (2), sont en cours de finalisation.

Berlaymonstre

Or, que nous apprennent les fuites qui ont (heureusement) émaillé ces négociations similaires ? Qu’en tous points, l’objectif des négociateurs est de renforcer la domination des multinationales en restreignant toujours davantage la liberté des citoyens ET des individus ! Ainsi, si l’une des ces entreprises, où la taille humaine ne joue plus le moindre rôle, s’estimait lésée par rapport à telle ou telle disposition sociale ou environnementale nationale (ou continentale), elle serait habilitée à poursuivre les pouvoirs publics concernés devant de nouveaux tribunaux de commerce supranationaux (où siégeraient en majorité d’ex-avocats d’affaires véreux) qui, par subsidiarité, se verraient conférer la prééminence sur le droit public, en vue, sinon de faire abroger les législations concernées, d’obtenir des budgets des Etats des compensations colossales pour leur prétendu manque à gagner. Les supermafieux dérèglent le monde ? Qu’à cela ne tienne : laissons-les rédiger les lois !

Selon leur logique, les cultures qui ne sont pas parvenues, par un matraquage de masse, à imposer leurs modes d’expression artistique à l’ensemble de la planète sont appelées à se laisser engloutir (3). Dans le domaine de l’agriculture, les OGM et les hormones synthétiques pour bestiaux, pour la plupart interdits au sein de l’Union européenne à ce stade (au grand dam de la Commission), préparent en outre, par ce biais, leur retour triomphal, au nom de la concurrence libre et non faussée. Dans le secteur de la santé, si lucratif au regard du vieillissement des baby boomers, ce sont notamment les médicaments génériques (donc la possibilité pour les plus pauvres de rester en vie) qui sont directement dans la ligne de mire. Quant au partage en peer-to-peer et à l’internet libre, poubelle !  Ils ne rapportent rien ! (4)

Face à cette offensive, sans commune mesure avec les précédentes, d’un capitalisme que certains myopes ont le tort de déclarer hâtivement moribond, c’est l’exception culturelle que les derniers des Mohicans sociaux-démocrates ont choisi d’utiliser come cheval de Troie, faisant l’impasse sur le fait que la culture d’un peuple, et même d’un continent, ne se limite pas aux films projetés sur la toile, bref à l’industrie culturelle, mais qu’elle est profondément imprégnée de notions philosophiques générales telles que la dignité humaine et la liberté, mises à mal par le mercantilisme. En effet, le supermarché qui se construit se présente comme un ensemble de diktats uniformes délétères et libertivores : regroupement de communes en vue d’obtenir un prix de l’énergie plus avantageux ? Interdit ! Préférence locale ? Interdit ! Protection des consommateurs ? Secondaire ! Nationalisations de domaines-clés de l’activité humaine ? Interdit ! Soutien public à tel ou tel secteur prometteur ou stratégique ? Interdit ! Principe de précaution dans le cadre de nouvelles exploitations de ressources telles que le gaz de schiste ? Interdit ! C’est bien simple : ce capital-corporatisme interdit tout ; il détruit la liberté !

Quel est, la plupart du temps, l’argument-massue des starlettes politiques face à cette régression collective ? Que toutes ces mesures favorisent l’économie et l’emploi, ce qui constitue un mensonge de charogne de plus. En effet, comme le rappelait la semaine dernière Bernard Friot, à la télé, seuls 20 % du PIB français sont réinvestis dans l’économie, 15 % de ce même produit intérieur brut (c’est-à-dire l’ensemble des richesses produites par an) se volatilisant dans l’escarcelle des prêtres du profit, et il n’est pas à douter que le constat puisse être généralisé. Par conséquent, c’est l’architecture elle-même qui est brinquebalante ; ériger des annexes n’y changera rien… sauf si l’objectif est tout différent de celui affiché, s’il est, en d’autres termes, honteusement totalitaire !

L’Europe, Les Etats, les partis, les chefs, rien à foutre : c’est aux principes et aux idées qu’est fidèle l’honnête homme, vous dirait le sage. Or, à quelque niveau que ce soit, l’on ne jure plus que par le contenant et le mouvement ; le contenu s’est évaporé. Ce mouvement, il est centripète ou centrifuge : soit les Etats se referment sur eux-mêmes, soit ils s’ouvrent indéfiniment sur le monde. Mais ce que la propagande de la pensée unique oublie de mentionner, c’est que si les hommes dits de bonne volonté ne peuvent raisonnablement être favorables à une réédition des boucheries qui ont ensanglanté l’Europe, tous ne partagent pas la croyance selon laquelle la centrifugeuse n’a qu’une seule fonction et un seul modus operandi. Les centrifugeuses modernes, en effet, permettent de faire des jus de fruits tout autant que des milk-shakes, et elles disposent de vitesses variables.

L’union internationale des immensément riches échouera car il est impératif qu’elle échoue ! Si un nouvel ordre doit émaner, c’est de la prise de conscience par les 99 % de la planète (et de l’Europe), sans distinction de nationalités, de convictions, d’origines, ni de genres, de la fondamentale convergence de leurs conditions de vie, qui ne connaissent pas de frontières, et de la nécessité de trouver des solutions originales, viables et appropriées à notre temps en matière d’activité et de dignité humaines. Le mercantilisme est dépassé : vive la révolution libérale du revenu inconditionnel garanti, vive l’allocation universelle… et vive la communauté humaine !

http://basicincome2013.eu/ubi/fr/

http://www.facebook.com/pages/Revenu-de-base-universel/448948405174469?ref=stream

http://www.facebook.com/Pour.1Revenu.inconditionnel.de.base

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(1) Lire : http://www.facebook.com/pages/Stop-the-EU-India-Free-Trade-Agreement/144687138908841

(2) Lire : http://www.huffingtonpost.ca/dave-coles/canada-eu-free-trade_b_3378962.html

(3) Lire : http://www.lalibre.be/culture/politique/article/822254/les-clefs-pour-comprendre-l-exception-culturelle.htm

(4) Lire ces articles que j’ai consacrés précédemment à la question : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/06/09/acta-ou-comment-le-monde-cherche-a-sunir-contre-les-internautes/

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/07/10/anonymous-deurope-et-du-canada-le-combat-nest-pas-gagne-non-a-acta-non-a-ceta/

https://yannickbaele.wordpress.com/2012/10/25/acta-ceta-etc-stop-au-deni-de-democratie/

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Lumière ombrageuse…

Tous, nous avons besoin d’une part d’ombre et de lumière. A la nuit succède le jour, et vice versa ad vitam aeternam, ou presque. Même si la nuit est plus propice à l’ombre, ombre et lumière s’entrelacent en l’être humain. D’importantes réunions scellées du sceau du secret se tiennent en plein jour. Dans des lieus clos et inconnus se tiennent des assemblées qui se disent porteuses de lumière. A l’inverse, des dîners hautement convenus entre amis ou connaissances se déroulent parfois jusqu’aux petites heures. Jusqu’à un certain stade, c’est à chacun et à chaque groupe de déterminer pour lui-même ce qu’il souhaite ou ne souhaite pas révéler.  Mais, même après la décléricalisation, l’influence sociale demeure (paradoxalement) énorme, le carré de dalles noires et blanches dont il importe de ne pas sortir très étroit.

Postulons premièrement que les règles qui s’appliquent à l’individu et au groupe privé d’une part, à l’individu et aux groupes investis d’une mission publique d’autre part, ne sont pas les mêmes. Dans le second cas, il s’agit en fait d’exigences. Cela nous libérera des critiques des anti-moralistes, qui se montrent aussi purs que les moralistes pur jus eux-mêmes dans la défense de leurs causes respectives.

Dans le cas des exigences qui s’appliquent à l’individu et au groupe investis d’un rôle public dans l’exercice de ce rôle, il importe pour le salut social que la part de lumière soit déterminante. Pour autant, principalement en ces temps d’interconnexion instantanée, une certaine part d’ombre y est également requise. Deux cas de figure peuvent illustrer ce propos. Le premier est celui de cette famille d’otages français qui vient d’être libérée au Cameroun : si les autorités publiques n’avaient fait preuve de discrétion, son sort aurait sans doute été compromis. Le second est celui de la politique économique : tout gouvernement contemporain, en Occident, pense marcher sur des œufs s’il annonce trop clairement une intention divergente de la voie de marbre bleu pavée par une coalition de fait de puissants intérêts anonymes. Dans ce cas, c’est l’ombre qui a la part belle, alors que c’est à la lumière qu’elle devrait revenir. Or, c’est de cet alliage contre-nature qu’est née l’uniformisation des choix politiques, qui est la clé de voûte théorique du désarroi populaire. Pourtant, l’histoire récente démontre que, dans ce cas aussi, la lumière peut l’emporter tout en s’alliant à une part d’ombre : l’Equateur n’a-t-il lancé, comme le font quelquefois des entreprises privées, une rumeur de situation économique défavorable pour pouvoir, dans l’ombre, racheter à bas pris une grande partie de sa dette ainsi dévalorisée ?

Mais qu’en est-il de l’individu et du groupe privé ? Limitons-nous ici à quelques considérations relatives à l’intime… Les moyens techniques dont dispose aujourd’hui le consortium militaro-industriel étatique, mais aussi les superficiels gadgets dont il semble nécessaire à l’individu qui se veut moderne de se munir, associés à la promiscuité de plus en plus grande à laquelle chacun est soumis sur une Terre qui n’a jamais compté autant d’habitants, renforcent comme jamais auparavant le contrôle social, un contrôle social délétère et intempestif, au sein de sociétés qui continuent pourtant – davantage, sans doute, pour se démarquer de l’extérieur que pour convaincre l’intérieur du monde dit libre – de hisser haut l’étendard de la liberté. Ici aussi, deux exemples royaux peuvent alimenter la réflexion. Le premier a trait à la photo du prince Harry dans son plus simple appareil. Elle a été prise lors d’une soirée privée (dans l’ombre donc) mais, par sa publication, a été propulsée dans la lumière. La liberté de l’abruti(e) à l’origine de cette mini-kabbale de prendre la photo a, de ce fait, écrabouillé la liberté du prince de se mettre à poil. Vainqueur : la morale bourgeoise, puisqu’on peut gager qu’il ne le fera plus de sitôt (à moins qu’il ne se soit agi d’un coup monté pour provoquer l’ire de la ruche). Second cas de figure, un peu plus complexe : la photo de la princesse Kate seins dénudés. Elle a été prise dans un cadre privé (donc dans l’ombre), mais au grand jour (donc en pleine lumière) et vendue à la lumière supposée du grand public. Nous avons pris soin de ne pas aller les mater goulument. Qui a fait de même ? En somme, qui a respecté le droit à l’ombre d’autrui, même en pleine lumière ?

Dans les deux cas, la technique et les gadgets dérobeurs de liberté ont confiné à l’ombre la plus profonde un comportement tout à fait sain contre le gré de ceux qui s’étaient ainsi exposés. Et tout un chacun est aujourd’hui susceptible, dans sa vie professionnelle ou privée, de se voir rappeler, par l’entremise de moyens techniques utilisés à large échelle et à mauvais escient, le caractère divin de l’apposition de la feuille de vigne, reprise à son compte par la médiocrité bourgeoise du double standard.

C’est également cette médiocrité qui œuvre, par la sournoise entremise d’une morale puritaine périmée, d’une hiérarchie (professionnelle, par exemple) outrageusement adepte de la soumission, et d’une instrumentalisation perverse (donc, en l’occurrence, dans l’ombre), à mettre en cage dans le sombre la nudité lumineuse revendiquée par ceux qui s’exposent sciemment aux yeux des autres, sur internet par exemple, à savoir l’écrasante majorité des membres des nouvelles générations (en ce compris des wieners plus celèbres), corrélant ainsi de facto l’ombre saine et celle qui, en presqu’aucun cas, ne souffrirait la lumière. Nous choisissons de définir cette dernière comme celle qui néglige voire piétine sciemment le libre arbitre éclairé d’autrui. Par exemple le meurtre. Par exemple la pédosexualité. Par exemple la torture. C’est aussi dans l’ombre, en effet, que se déroulent toutes ces pratiques. Lorsqu’elles viennent à être révélées, elles sont projetées dans une lumière aussi crue que l’obscurité dont elles émanent, tandis que devraient, à l’estime de certains, rester absolument dans l’ombre, aux côtés, pour ainsi écrire, de cette bassesse véritable, des actes ou des conduites qui ne répondent pas au critère fondamental énoncé.

Nous sommes d’avis que notre temps n’a besoin d’aucune morale intime, ou plutôt qu’il trouverait grâce à s’articuler autour d’une morale qui serait l’addition d’éthiques individuelles, car toute morale traditionnelle s’impose du haut et ne fait en rien appel à la responsabilité de chacun de penser par principes son environnement et ses actes, et de mesurer ces derniers à l’aune desdits principes. En conséquence, s’il devrait idéalement être interdit d’interdire, comme il se disait en mai, il devrait, en revanche, être obligatoire de penser ses propres limites, grande lacune de la chienlit. L’enjeu est la destruction par consensus des piliers de l’ombre qui n’ont plus la moindre raison d’être dans le but de fluidifier la liberté (!) de l’ombre consensuelle d’accéder sans entrave à la lumière tout en imposant la lumière éclatante à l’ombre bestiale. C’est selon que les sociétés et les individus seront ou non en mesure de faire leurs cette nouvelle morale que sera atteint ou non l’équilibre de l’humanité, qu’éclora ou non la maturité sociale post-bourgeoise, que verra le jour ou non l’harmonie tranquille permanente mais négociée, et que jaillira ou non la lumière du jugement…

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QCM : Dieu existe-t-il ? 1/ Oui – 2/ Non – 3/ Ca fait « pshiiit » – 4/ Chais pas, mek !

God nee nee nee !

Si Dieu n’existe pas, alors il n’y a que l’homme. S’il n’y a que l’homme, il n’y a que certains hommes. S’il n’y a que certains hommes, il doit y avoir la domination par ceux-là de tous les autres, leur destruction le besoin échéant. Tout comme si Dieu existe…

Le premier postulat a-t-il plus grande valeur que le second ? Est-il plus étayé que lui, ou l’exclusivité de Dieu, de sa parole, de ses manifestations et intentions présumées, de la représentation de son dessein éventuel, l’ont-ils rendu pour certains hommes nécessaire dans leur quête émancipatrice par rapport à d’autres hommes ? « Dieu est, donc l’homme est esclave. L’homme est intelligent, juste, libre, donc Dieu n’existe pas », a écrit Bakounine en d’autres temps (1). Tuer la métaphysique était l’impératif, tâche depuis lors accomplie par la nouvelle rationalité occidentale (en attendant sa ressuscitation ?). Il le fallait, car elle ne pouvait sans la religion se concevoir. Mais qui de la première la seconde soustrait demeure avec un doute et deux hypothèses au moins.

Ainsi, de la même manière que tous les exercices de conception d’un Etre supérieur répondaient à leurs origines respectives à des buts essentiellement politiques, paradoxalement séculiers, foncièrement dominateurs, au sein de sociétés antiques dont la face négative du chaos était rarement absente, lesquels buts ont vu leur perpétuation assurée précisément selon ces schémas, la conviction que Dieu n’est pas répond à des buts essentiellement politiques, ouvertement séculiers et foncièrement dominateurs. Le miroir a changé de nature; il n’a pas volé en éclats. A une croyance s’est ajoutée une autre. Or, la croyance est, depuis l’émergence de la civilisation, l’adjuvant principal de la domination, et plus l’on domine, moins l’on croit. Que cette seconde croyance se soit, dans la chrétienté, développée comme une volonté d’affranchissement de la première (qui n’est la première que pour qui croit en elle) n’a, pour le regard neutre de l’observateur contemporain, aucune importance quant au (non-) fait prétendument discuté lui-même, puisque ce dernier a été soumis à une histoire, à des histoires, à une succession de romans épiques qui ne s’assument pas comme tels, à des rites fédérateurs en série et à des séries de réformes.

La plupart du temps, la croyance est un instinct, une intuition, qui peut mal tourner, se muer d’une part en diktats, d’autre part en servitude, volontaire ou non. Ni l’intuition, ni l’instinct en tant que tels ne sont ici en cause : l’intuition de l’existence du boson de Higgs, récemment étayée, remonte aux années ’60, et longue est la liste de telles intuitions scientifiques corroborées a posteriori, tout aussi longue sans doute que celle de celles qui n’ont pas trouvé confirmation. Quoi qu’il en soit, faire passer au second plan l’objet de l’étude et de la spéculation – Dieu, pour ne pas le nommer – puis réfuter l’hypothèse de son existence sur base d’une réfutation de ce en quoi il est travesti, à savoir le monopole politique plus haut évoqué, relève de l’évident traquenard scientifique et philosophique, de la religion opiacée, dans ce cas-ci aussi : c’est non pas à Dieu que s’en prennent en vérité les athées, mais à l’imposition d’une croyance, et le hiatus est de taille monumentale.

Les questions qu’il incomberait donc, dans ce débat, de se poser sont les suivantes :

–          Pourquoi l’esprit humain s’accommode-t-il si difficilement du doute, c’est-à-dire de la multiplicité des hypothèses et pourquoi des incertitudes faites certitudes le réconfortent-elles au point de recueillir dans de nombreux cas son assentiment ? En d’autres termes, l’esprit humain aspire-t-il de manière privilégiée (naturellement ?) à la lumière ou à l’obscurité ?

–          En quoi l’existence de Dieu, si l’homme parvenait un jour à la prouver, renforcerait ou déforcerait-elle les croyances religieuses qui cherchent à s’imposer par diktat (affirmé ou diffus) ?

–          Comment dissocier, à l’avantage du public (des masses, selon le vocable ancien), la possibilité de l’existence de Dieu de ces croyances, et est-ce là l’intérêt du progressiste ?

–          Certaines interprétations de la technique contemporaine (2) exercent-elles une influence sur la perpétuation de telles croyances ?

thijsvangasteren.blogspot.be

–          Subsidiairement, quelles sont les implications sociales d’une conception fondamentalement élitaire – pour ne pas écrire hiérarchiquement religieuse (3) –  de la technologie contemporaine (4) ? Comment sa vulgarisation (5) pourrait-elle, le cas échéant, (mieux) se mettre en œuvre, et quelles en seraient les conséquences, tant pour la société que pour l’image et le rôle public de la science elle-même ?

–          La technique (la science, de manière plus générale) a-t-elle vocation à constituer une passerelle vers la résolution de la question de l’existence de Dieu ?

–          Dans l’affirmative comme dans le cas contraire, ses applications visent-elles l’émancipation de tout dessein théologique ou la servitude à une théologie sociale ?

–          La non-existence de Dieu, si elle était prouvée, serait-elle, pour l’Humanité et l’individu, source absolue d’affranchissement ?

God ja ja ja !

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(1)    Mikhail Bakounine, Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, Lettres sur le patriotisme, Dieu et l’Etat, Paris, Stock, 1972, p. 101

(2)    ‘Technique’ est ici l’équivalent moins populaire dans le langage courant actuel du mot ‘technologie’, anglicisme dans cette acception.

(3)    ‘Religieuse’ est ici à comprendre selon son sens étymologique (> latin ‘religare’, qui signifie ‘relier’)

(4)    Dans ce cas, le terme ‘technologie’ doit être compris selon son exacte définition en français, à savoir à la fois l’étude de la technique, la connaissance que nous en avons et le discours que nous portons sur elle.

(5)    ‘Vulgarisation’ au sens de mise en commun, bien sûr…

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N.B. : ceci n’est l’article ni d’un croyant, ni d’un athée (c’est-à-dire non pas quelqu’un qui ne croit pas, mais quelqu’un qui nie l’existence de Dieu, donc qui croit à son inexistence), et s’il pourrait être celui d’un agnostique au sens étymologique, il ne l’est pas selon la définition que donne de ce terme le Larousse online

Agnosticisme (nom masculin > anglais agnosticism, du grec agnostôs, inconnu) : doctrine qui considère que l’absolu est inaccessible à l’esprit humain et qui préconise le refus de toute solution aux problèmes métaphysiques.

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Nema. Raseac ot su reviled dna. Noitatpmet otni su deal … enif, su ot ti evig annaw uoy fi ¿ ssenevigrof deen ew dluohs yhw. Doolb ylthgin ruo thginot su evig. Emit fo gninnigeb eht ecnis sah ti sa, enod eb lliw yht. Deniatniam eb htrae no modgink yht. Eman yht eb dewollah, lleh ni tra ohw rehtaf ruo.

When the inner is exiled, the universal is within reach. Not as a promise, merely as a possibility. Petrified in their egos they were when the lightning struck. Not immobile. Incredulously afraid. Not frail, but feeble. In one case, and in the other. Their fear has become aggression. Belief is aggression. Unable to stand alone, they needed a father. The One was looking elsewhere, they fell for the other. Unsuspectingly ? Stuck in the no human’s land, universal lost. Bonds against religion. Futile bonds again. Contrary duplication, involving conquest. Yet, the universal cannot be conquered. Fine-tuned at most, from below always. With a little help from above. Conflicting fantasy stories soaked with the magic just lost, making room for a new reality too often perceived as magical. No essence. Stories forever reiterated and embraced for the soothing comfort their reiteration provides. Oh, Lord ! Oh, Lord of Transgression ! And what a transgression it is to bow down in the dark ! Believe ! Believe, artificial addition of narcissistic infatuations ! Believe and let die, as you’re turning in circles invoking novelty, your alternative carved in the marble of continuity… Believe and kill, if such is what appeases your spleen ! I get mine from looking at you ! Hide, shameful followers, hide in the torpor of the new bourgeoisie ! Believe ! Believe ! Believe ! And when you don’t believe any more, rule those who do ! Follow, and never be ! Dupe as you have been duped, and be duped once more ! Lead, and never grow ! Kill, and die for me !

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Qu’est-ce que la bienveillance ?

La bienveillance est-elle un sentiment ou une attitude ? Elle est subjective, en tout cas, donc elle n’est pas uniforme. Mais qu’a-t-on écrit en écrivant cela ? La bienveillance est un risque que l’on prend par rapport à un autrui dont on ne sait, dont on ne peut savoir a priori, s’il est lui-même bienveillant. En ce sens, elle exige de celui qui en fait preuve une mise en danger, consciente ou inconsciente. Puisqu’elle n’est pas uniforme, elle n’est pas davantage univoque : de la même manière que, paraît-il, qui aime bien châtie bien, qui est ou se veut bienveillant peut, pour dessiller la perspective d’un ami, d’un proche, d’un partenaire sentimental, toutes relations pouvant également se lier au féminin, l’amener à se confronter à un réel auquel il ne lui serait guère plaisant de se frotter. Mais, en tout état de cause, la bienveillance suppose une fin heureuse, laquelle implique à son tour un constant respect de son objet et, par conséquent, le refus de son instrumentalisation.

La bienveillance n’est pas une charité; elle peut être une forme d’amour. Elle peut même être l’amour lui-même, universel, inconditionnel et promoteur de liberté. Elle est tantôt un clin d’œil, fugace par définition, tantôt un accompagnement. La bienveillance n’a d’autre exigence qu’elle-même ; elle est désintéressée, mais pas vide de sens. La bienveillance véritable suppose, en effet, l’empathie avec le sujet autre, cette empathie qui permettra de mieux définir ses attentes individuelles à lui plutôt que de lui imposer les siennes propres. Si elle n’est pas vide de sens, elle n’en requiert donc pas moins une neutralité a priori et une attention privilégiée, condition de la redéfinition du ‘care’ tant honni par certains. La bienveillance est donc un ferment social, un ferment en l’absence prolongée duquel la bestialité peut apparaître : confinez un enfant dans une cave lugubre, et l’enfant sera pétri de monstruosité, non la sienne mais celle que lui auront infusée ses bourreaux. Confinez des peuples entiers dans le tunnel d’obscurité de l’austérité, et les vieux démons ressurgiront.

Le culte de la compétition, un fléau tel que le VIH, la communautarisation clanique qui résulte de l’organisation en réseaux, mais aussi, plus diffusément, la perte de repères permanents provoquée par l’entrelacs apparemment inextricable des manifestations supposées relever du réel et de celles réputées ressortir au virtuel sont quelques-uns des facteurs qui expliquent que la suspicion ait supplanté la forme embryonnaire de la bienveillance qui se manifestait dans le modèle patriarcal traditionnel, à savoir une bienveillance univoque, quant à elle, car pétrie d’une logique systémique. Commune à cette bienveillance embryonnaire et à la suspicion est l’interférence, c’est-à-dire l’incapacité de laisser se développer à son terme les potentialités de chaque individu. La bienveillance, essentiellement vectrice de créativité et profondément démocratique, est un gain de temps balayé par l’organisation sociale contemporaine au nom d’une rentabilité élitiste qui impose le stress pour diviser le ferment…

Amulf Reiner, Meine Trauer

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Commu-niquation générale…

Havas

Critique est le temps où la critique du temps présent requiert une longue-vue futuriste pour déjouer les filtres omniprésents tissés par le vacuum communicant. La mise en perspective s’est faite mise de casino pour les agences innombrables déléguées au buzz fugitif, qui font et défont les destinées des acteurs de la lucarne, étouffent les scandales avec toujours plus de superbe, ceux d’entreprises véreuses ou de corrompus masqués. Toujours plus haut, plus loin, plus fort, parfois plus discrètement aussi, elles façonnent l’actualité de consommateurs autrefois citoyens, accros en masse à l’abîme légal des antidépresseurs. En un agile mouvement de deux en un, les mercenaires du paraître empaquètent conscience et raison pour un forfait très raisonnable. Ah ça, tu veux du rêve, pigeon ? Boucler la boucle du tout-spectacle, abjurer le réel, le congédier au firmament : entre Zadig et l’autre Voltaire, forger le moule du consentant ! En berne le bel esprit, et hissé haut l’étendard de l’abrutissement confectionné par leur mépris. Professionnelle propagande pour démocratie en sursis, et même – qui le saura ? – pour des régimes moins nobles. Seul le pognon, et puis basta : que le compte y soit, c’est l’important. Le juste, le vrai, les étiquettes ? Pas des outils de marketants !

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Et si la devise républicaine était un message satanique subliminal ?

La liberté saurait-elle se limiter à la liberté privée d’entreprendre ? L’égalité se résume-t-elle à un dogme ? S’impose-t-elle de facto par le haut ? Quant à la fraternité, trouverait-elle son unique concrétisation dans la sécurité sociale et la solidarité ? Que de volumes et de sommes n’ont-elles été consacrées à ces principes fondateurs, à ces objectifs jamais vraiment atteints, à ces verts horizons, à ces Idées trop parfaites pour les hommes, sans doute ?…

Ici ou là, l’on a choisi, emmené par la course de l’histoire, d’axer le destin des masses sur l’égalité, sans réelle considération pour ses deux sœurs : la chape de plomb idéologique, la surveillance mutuelle paranoïaque, la condamnation de la singularité, ont eu raison de cette option. L’égalité rigide ne s’accommode, en réalité, d’aucune autre considération.

Ici et là, la roue du progrès ayant tourné, l’on mise contre vents et marées sur un certain absolu de liberté, dans lequel l’égalité en tant que telle a disparu au profit de concepts plus en phase avec le modèle dominant. Pourtant, la concurrence dogmatique, l’ambition égoïste, le règne du court terme auront, quant à eux, raison de cette option-là, plutôt tôt que tard, espérons-le. La liberté rigide, qui s’illustre un peu partout de manière tonitruante, ne se satisfait d’aucune entrave.

Mais où et quand a-t-on jamais essayé, dans la pratique, de consacrer dans des politiques la fraternité de tous les citoyens d’abord, celle de tous les humains ?

Irrationnel, ce troisième axiome ? Trop volatile ? Trop bisounours ? Les Founding Fathers l’ont pourtant fait inscrire lui aussi aux frontispices des bâtiments publics… Un reliquat du christianisme, peut-être ?

Et si, contre toute attente, elle était la seule pierre angulaire durable ? Et si c’était d’elle que découlait l’égalité de tous ? Et si de cette égalité-là pouvait éclore la liberté véritable, comment, alors, nous y prendrions-nous ?…

FRATERNITE  > EGALITE > LIBERTE

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