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« In the land of the Corps and the home of the slaves »…

« Bonjour. Mon nom est Jeremy Hammond et je suis ici pour être condamné en raison de mes activités en tant que hacker, que j’ai menées durant mon engagement auprès d’Anonymous. J’ai été incarcéré en préventive au Metropolitan Correctional Center de New York ces vingt derniers mois, ce qui explique que j’aie eu énormément de temps pour réfléchir à la manière d’expliquer mes actions. […]

Les actes de désobéissance civile et d’action directe pour lesquels je m’apprête à être condamné aujourd’hui s’inscrivent dans la droite ligne des principes de communauté et d’égalité qui ont guidé ma vie. Je me suis introduit dans les systèmes informatiques de dizaines de corporations de premier plan et d’institutions gouvernementales, et je comprenais parfaitement que ce que je faisais était illégal, et que mes actions pourraient m’envoyer en prison. Mais je ressentais la nécessité d’utiliser mes talents pour dévoiler et combattre l’injustice, pour faire éclater la vérité.

Aurais-je pu atteindre les mêmes buts par des moyens légaux ? J’ai tout essayé, des pétitions aux manifestations pacifiques, et j’ai abouti à la conclusion que ceux qui exercent le pouvoir refusent que la vérité soit dévoilée. Lorsque l’on parle de vérité aux gouvernants, l’on est, au mieux, ignoré, au pire, neutralisé brutalement. Nous sommes confrontés à une structure qui ne respecte pas son propre système de répartition des pouvoirs, encore moins les droits de ses propres citoyens, ou la communauté internationale.

C’est lorsque George W. Bush a volé l’élection présidentielle de 2000, avant d’instrumentaliser la vague de racisme et de patriotisme provoquée par le Onze-Septembre afin de lancer unilatéralement des guerres impérialistes contre l’Irak et l’Afghanistan, que j’ai commencé à m’intéresser à la politique. Je suis descendu dans la rue pour protester, croyant naïvement que la voix des manifestants serait entendue à Washington, et que nous pourrions prévenir la guerre. Au lieu de cela, nous fûmes considérés comme des traîtres, battus, et arrêtés.

J’ai été arrêté en raison de nombreux actes de désobéissance civile dans les rues de Chicago, mais ce n’est qu’en 2005 que j’ai mis à profit mes compétences informatiques pour enfreindre la loi à des fins de protestation politique. C’est le FBI qui m’a arrêté, pour avoir hacké le système informatique d’une association de droite favorable à la guerre, du nom de Protest Warrior, une organisation qui vendait des T-shirts racistes et harcelait les pacifistes. Je fus mis en examen sous le Computer Fraud and Abuse Act, et les « pertes présumées » que cette dernière aurait eu à subir furent estimées, de manière complètement arbitraire, à 2,5 millions de $, soit le nombre de cartes de crédit mentionnées dans la base de données de Protest Warrior multiplié par 500 $ / unité. C’est sur base de cette « perte » que furent élaborées les charges retenues contre moi, même si pas une seule de ces cartes de crédit ne fut utilisée ou distribuée, que ce soit par moi ou par quiconque. Je fus condamné à deux ans de prison.

Durant mon séjour en prison, je me suis rendu compte par moi-même de l’immonde réalité, à savoir la destruction par le système de justice pénale de millions de personnes retenues captives. Cette expérience a renforcé mon opposition à toute forme de pouvoir répressive, ainsi que ma conviction qu’il est important de s’élever au nom de ce que l’on croit juste.

Après ma libération, j’étais plus que désireux de poursuivre mon engagement dans des luttes pour le changement social. Je ne voulais pas retourner en tôle. C’est pourquoi je me suis focalisé sur l’organisation de mouvements qui ont pignon sur rue. Mais, le temps passant, ma frustration par rapport aux limites des manifestations pacifiques, que je considérais réformistes et inefficaces, a cru. L’administration Obama a poursuivi les guerres d’Irak et d’Afghanistan, accru l’utilisation de drones, et a échoué à fermer Guantanamo.

A ce moment, je m’intéressais au travail de groupes tels que Wikileaks et Anonymous. Voir les idées qui sous-tendent l’hacktivisme porter leurs fruits m’inspirait énormément. Je fus particulièrement touché par les actions héroïques de Chelsea Manning, qui avait rendu publiques les atrocités commises par les bataillons US en Irak et en Afghanistan. Elle avait couru un risque personnel énorme afin de dévoiler ces informations, convaincue qu’elle était que le public avait le droit de savoir, et espérant que ses révélations serviraient à mettre un terme à ces abus. Il est bouleversant d’entendre à quel point son traitement en détention militaire est cruel.

J’ai longuement réfléchi à la possibilité de recourir de nouveau à ces moyens d’action : si Chelsea Manning était tombée dans les abysses de la prison pour son combat au nom de la vérité, pouvais-je, en connaissance de cause, faire moins, si j’en étais capable ? Je conclus que la meilleure manière de témoigner ma solidarité était de continuer de rendre publique et de combattre la corruption.

J’étais attiré par Anonymous parce que je croyais en la nature autonome et décentralisée de l’action directe. Anonymous était alors impliquée dans des opérations de soutien aux insurrections du Printemps arabe, contre la censure, et pour la défense de Wikileaks. Je pouvais leur apporter énormément, en ce compris mes compétences techniques, et mes capacités à mettre en musique leurs idées et leurs objectifs. Ce fut une période passionnante : la naissance d’un mouvement électronique dissident, durant laquelle se modelaient les définitions et le périmètre d’action de l’hacktivisme.

J’étais intéressé en particulier par le travail des hackers de LulzSec, qui pénétraient les systèmes informatiques de cibles significatives, et prenaient une dimension de plus en plus politique. Mon premier contact fut ‘Sabu’, qui était très loquace quant aux hacks qu’il prétendait avoir commis, et encourageait les hackers à s’unir et à s’en prendre à des systèmes informatiques gouvernementaux et entrepreneuriaux majeurs, sous la bannière de l’Anti-Sécurité. Mais, très tôt dans mon engagement, les autres hackers de Lulzsec furent arrêtés, me laissant la responsabilité de pénétrer des systèmes et de rédiger des communiqués de presse. Plus tard, j’apprendrais que ‘Sabu’ avait été le premier à se faire arrêter, et que chaque fois que je communiquais avec lui, je m’adressais en réalité à un informateur du FBI.

Anonymous était également mêlé aux premiers développements du mouvement Occupy Wall Street. J’y prenais part régulièrement dans la rue moi aussi, en tant que membre d’Occupy Chicago, et j’étais passionné de voir [éclore] un mouvement mondialiste de masse opposé aux injustices du capitalisme et du racisme. En quelques mois à peine, les ‘occupations’ cessèrent, sous la pression des descentes de police et de l’arrestation massive de manifestants qui furent évacués de leurs propres parcs publics. La répression qu’eurent à subir Anonymous et le mouvement Occupy donneraient le la pour Antisec dans les mois qui suivirent : la majorité de nos hacks seraient dirigés contre des cibles policières, en représailles à la détention de nos camarades.

Je me suis attaqué aux systèmes informatiques des forces de l’ordre en raison du racisme et des inégalités qui caractérisent l’application du système pénal. Je me suis attaqué aux producteurs et distributeurs de matériel militaire et policier, qui profitaient de leur armement pour promouvoir des intérêts politiques et économiques à l’étranger, et pour réprimer les gens ici. Je me suis attaqué aux entreprises privées de sécurisation des données parce qu’elles œuvrent, en secret, à la protection des intérêts gouvernementaux et entrepreneuriaux au détriment des droits individuels, mettant sur la sellette et discréditant activistes, journalistes et autres chercheurs de vérité, et répandant la désinformation.

Je n’avais jamais entendu parler de Stratfor avant que ‘Sabu’ n’attire mon attention sur cette firme. [Pour rappel], ‘Sabu’ encourageait à pénétrer les systèmes informatiques, et concourrait à l’élaboration de stratégies destinées à faciliter ces offensives. Il m’a même transmis une liste de vulnérabilités relatives à certaines cibles, que lui avaient communiquée d’autres hackers. C’est donc à ma grande surprise que j’appris que, pendant tout ce temps, il avait travaillé pour le FBI.

Le 4 décembre 2011, ‘Sabu’ fut approché par un autre hacker, qui avait déjà pénétré la base de données de cartes de crédit de Stratfor. Sous la surveillance de ses pourvoyeurs gouvernementaux, ‘Sabu’ l’invita à se joindre à notre chat privé, qu’il abreuva de liens vers la base de données complète, et auquel il fournit la vulnérabilité primaire permettant d’accéder aux systèmes de Stratfor.

J’ai passé un certain temps à enquêter sur Stratfor et à passer en revue les informations qui nous avaient été communiquées, puis j’ai décidé que leurs activités et la nature de leur clientèle faisaient de la boîte une cible toute désignée. J’ai trouvé ironique que les cartes de crédit de la riche et puissante clientèle de Stratfor fussent utilisées pour effectuer des dons à des organisations humanitaires, mais mon rôle principal dans cette offensive était de récupérer la masse d’e-mails privés de Stratfor, dans laquelle se trouveraient, à coup sûr, tous les secrets compromettants.

Il me fallut plus d’une semaine pour accéder plus avant aux systèmes internes de Stratfor, mais j’ai fini par infiltrer leur serveur e-mail. Il y avait tant d’informations que nous requîmes nous-mêmes plusieurs serveurs pour y transférer les e-mails. ‘Sabu’, qui suivait l’opération pas à pas, mit un serveur à notre disposition, lequel lui avait été fourni et était surveillé par le FBI. Les semaines suivantes, les e-mails furent transférés, les cartes de crédit utilisées pour des dons, et les systèmes informatiques de Stratfor furent rendus inopérants et détruits. Pourquoi le FBI nous a mis en contact avec le hacker qui avait découvert la vulnérabilité primaire et a permis au hack de se poursuivre demeure un mystère pour moi.

En conséquence du hack de Stratfor, quelques-uns des dangers liés à une industrie privée du renseignement non régulée sont aujourd’hui connus. Wikileaks et d’autres journalistes de par le monde ont révélé que Stratfor entretenait un réseau d’informateurs mondial, utilisé pour entreprendre des activités de surveillance intrusive, voire illégale, pour le compte d’importantes corporations multinationales.

Après Stratfor, j’ai continué de m’en prendre à d’autres cibles, en faisant usage de puissants softwares qui me garantissaient un accès ‘administrateur’ à des systèmes qui utilisaient la courante plate-forme web Plesk. ‘Sabu’ m’a demandé plusieurs fois l’accès à ces softwares, ce que je lui ai refusé. Sans y avoir indépendamment accès, ‘Sabu’ a continué de me fournir des listes de cibles vulnérables. J’ai pénétré de nombreux sites web qu’il m’avait fourni, téléchargé les comptes e-mail et les bases de données sur le serveur du FBI, et transmis à ‘Sabu’ les mots de passe et les backdoors qui lui ont permis (et ont, par extension, permis à ses pourvoyeurs du FBI) de contrôler lesdites cibles.

Ces intrusions, qui avaient toutes été suggérées par ‘Sabu’ tandis qu’il coopérait avec le FBI, concernaient des milliers de noms de domaines et consistaient largement en des sites web de gouvernements étrangers, y compris [liste non divulguée au public]. Dans un cas, ‘Sabu’ et moi avons fourni à des hackers les informations d’accès qui leur permettraient de rendre inopérants et de détruire plusieurs sites web gouvernementaux en [pays non divulgué au public]. J’ignore comment les autres informations que je lui ai communiquées ont pu être utilisées, mais je pense que la compilation et l’utilisation de ces données par le gouvernement mérite de faire l’objet d’une enquête.

Le gouvernement se réjouit de ma condamnation et de mon emprisonnement, espérant qu’ainsi, l’histoire entière sera étouffée. En plaidant coupable, j’ai accepté la responsabilité de mes actions, mais quand le gouvernement aura-t-il à répondre de ses crimes ?

Les Etats-Unis grossissent la menace que représenteraient les hackers dans le but de justifier le complexe industriel cyber-sécuritaire [référence au complexe militaro-industriel contre lequel mit en garde Eisenhower, note du blogueur], dont le budget se chiffre à des milliards et des milliards de dollars, mais ils sont responsables des mêmes débordements contre lesquels ils engagent par ailleurs des poursuites pénales agressives, et qu’ils prétendent vouloir prévenir. Les réformes institutionnelles ne peuvent venir à bout de l’hypocrisie entourant ‘la loi et l’ordre’, ni des injustices causées par le capitalisme; la désobéissance civile et l’action directe le peuvent ! Oui, j’ai enfreint la loi, mais je pense que, quelquefois, il faut enfreindre la loi afin de permettre le changement.

Pour citer les mots immortels de Frederick Douglas, « le pouvoir ne concède rien sans y être contraint. Il ne l’a jamais fait, et il ne le fera jamais. Déterminez ce à quoi quiconque serait gentiment prêt à se soumettre, et vous aurez trouvé l’exacte mesure des injustices et du mal qui sera imposé à tous, et ceux-ci perdureront jusqu’à ce qu’une résistance s’y oppose, par la plume, par la force, ou par les deux à la fois. Les limites des tyrans sont prescrites par l’endurance de ceux qu’ils oppriment ». […] »

BeFunky_Jeremy Hammond.jpg

http://www.popularresistance.org/the-revolutionaries-in-our-midst/

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EN QUOI CECI PEUT-IL CONCERNER UN EUROPEEN ?

Ce que Jeremy Hammond, 28 ans, dont le nom s’ajoute à la liste des lanceurs d’alerte naguère encensés par un candidat très télégénique à la présidence états-unienne qui avait voué de les protéger comme jamais auparavant, avant qu’il ne retourne sa veste avec moult circonvolutions (et plutôt deux fois qu’une !), liste qui égrène aussi, à un degré moindre, les noms de ces rares journalistes lucides qui ne pratiquent pas l’autocensure et doivent, par conséquent, faire l’objet de persécutions de la part d’Etats qui ne disposent plus que de l’autorité pour faire valoir leur autorité, tente de faire comprendre, sans le dire de manière si explicite, dans cette déclaration (destinée à mettre en garde ses compères encore actifs quant aux méthodes utilisées pour les traquer), qu’il a prononcée vendredi dernier, à l’entame du prononcé du jugement qui le verrait écoper de dix ans de prison pour s’être insidieusement faufilé entre les bits des corporations orwelliennes qui alimentent l’appareil totalitaire, infiltrent les mouvements de contestation au nom d’autres trusts privés tels que Monsanto, et nourrissent d’informations, elles-mêmes obtenues le plus illégalement du monde, les armées de mercenaires états-uniens qui roulent leur bosse aux quatre coins de la planète, c’est que nous vivons dans des sociétés préfascistes, dont la transition vers le fascisme n’est pas exclusivement conditionnée, cette fois, par l’arrivée au pouvoir de partis extrémistes, mais se fait sous le couvert prétendument bienveillant du business, de l’économie.

Or, de ce côté-ci de l’Atlantique aussi, plusieurs têtes brûlées se prononcent en faveur de la privatisation de certaines tâches régaliennes, que des Etats rendus exsangues par l’incurie et la soumission seraient désormais incapables d’assumer. Les tentatives successives d’uniformisation des marchés (TTIP-TAFTA & Co), qui se calquent sur l’anti-modèle états-unien, menacent, en effet, de généraliser légalement ce type de pratiques partout. Or, pour les quelques naïfs qui en doutaient encore, le pénitentiaire, le militaire, le renseignement et la police sont bel et bien, à cette aune, des marchés !

“U.S. Commando’s New Landlord in Afghanistan : Blackwater”

12.05.12

 “U.S. Special Operations Forces have a brand new home in Afghanistan. It’s owned and operated by the security company formerly known as Blackwater, thanks to a no-bid deal worth $22 million.

You might think that Blackwater, now called Academi, was banished into some bureaucratic exile after its operatives in Afghanistan stole guns from U.S. weapons depots and killed Afghan civilians. Wrong. Academi’s private 10-acre compound outside Kabul, called Camp Integrity, is the new headquarters for perhaps the most important special operations unit in Afghanistan.”

http://www.wired.com/dangerroom/2012/12/academi-special-operations/

“Former Spy With Agenda Operates a Private C.I.A.”

WASHINGTON – January 22, 2011

Duane R. Clarridge parted company with the Central Intelligence Agency more than two decades ago, but from poolside at his home near San Diego, he still runs a network of spies.

Free Market Espionage

Mr. Clarridge pushed a plan to prove that President Hamid Karzai of Afghanistan used heroin, a rumor that remains unsubstantiated.

Mr. Clarridge also tried to discredit the Afghan president’s half brother, Ahmed Wali Karzai, a Kandahar leader.

Over the past two years, he has fielded operatives in the mountains of Pakistan and the desert badlands of Afghanistan.”

http://www.nytimes.com/2011/01/23/world/23clarridge.html?pagewanted=all&_r=0

Stratfor, la principale corporation visée par Hammond, a émergé en 1996, à peu près au même moment que la milice privée Blackwater – Academi, à propos de laquelle un autre Jeremy (Scahill, celui-là) a déversé tant d’encre. C’était (encore une fois !) sous la magique ère Clinton, prospère et si Bisounours, quelques années à peine avant le premier grand chamboulement, qui, en dix ans, a mené à l’Etat policier de surveillance totale que l’on connaît aujourd’hui, une surveillance principalement dirigée contre les ennemis populaires du capital-corporatisme (de gauche et de droite) et de l’Etat tout-puissant, et pas – ou si peu – contre lesdits trusts, dont certains avaient curieusement vu venir et annoncé le 11/9, qu’ils ont, selon toute vraisemblance, toujours en lien étroit avec les cellules les plus mafieuses de la CIA, cofinancé, il y a douze ans, comme ils avaient financé et organisé, il y a précisément cinquante ans, l’assassinat de Kennedy, lequel leur courait dans les pattes, cent ans plus trois jours après la fameuse adresse prononcée par Lincoln à Gettysburg. Mais, motus et bouche cousue ! Vous pourriez être accusé de conspirationnisme, de torture, d’assassinats collatéraux, de révisionnisme, et peut-être même – qui sait ? – d’ethnocide, ou assassiné à votre tour, si un séjour indéfini dans une prison militaire secrète de l’Empire, sanctionné légalement par le National Defense Authorization Act (NDAA), ne vous suffit pas ! Rappelez-vous simplement que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », comme le disait si bien Jean Yanne…

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Lire aussi :

https://yannickbaele.wordpress.com/2013/10/15/rien-nechappe-au-grand-oeil-au-milieu-du-phare-une-nouvelle-mise-en-garde-dedouard/

Documentation connexe :

http://www.stratfor.com/weekly/20110905-911-and-successful-war

http://motherboard.vice.com/blog/stratfor-says-the-nsas-spying-is-american-citizens-fault

http://www.mintpressnews.com/what-was-going-on-between-reddit-co-founder-alexis-ohanian-and-stratfor/167937/

http://bigbrotherawards.eu.org/Alain-BAUER-AB-Associates

http://www.knack.be/nieuws/belgie/van-quickenborne-voorstander-van-private-bewakingsfirma-in-kortrijkse-uitgaansbuurt/article-normal-84053.html

http://www.knack.be/nieuws/wereld/bewakers-gaven-zuid-afrikaanse-gevangenen-elektrische-schokken/article-normal-113520.html

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(ajout du 15 mars 2015)

Rossiya : « les faucons du Kremlin sont-ils en train de gagner ? »

1er octobre 2014
Donald N. Jensen

La crise ukrainienne a provoqué une translation dans le rapport de forces au sein de l’élite politique russe. Ceux que l’on nomme les siloviki, ou faucons, ont le vent en poupe, mais leur triomphe n’est pas absolu. Donald N. Jensen, du Center for Transatlantic Relations, nous livre ses réflexions quant au paysage politique actuel de la Russie.

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La nature de la politique russe a été, depuis l’époque tsariste, l’objet d’un débat enflammé, et c’est encore le cas de nos jours. La vision traditionnelle, que l’on associe au professeur de Harvard Richard Pipes, dépeint l’ancien empereur de Russie comme un autocrate qui possédait les terres du pays ainsi que ceux qui y vivaient, et luttait contre l’aristocratie dans le but de construire un Etat centralisé. Pipes analyse le comportement politique des principaux groupes sociaux – paysannerie, noblesse, classe moyenne, et clergé – de même que leur échec face à l’absolutisme croissant du tsar.

Edward Keenan, de Harvard lui aussi, développe une opinion contraire, insistant sur le consensus et les liens maritaux qui primaient sur les divisions de classes et les conflits qui avaient émaillé les rapports entre les membres de la cour russe (moscovite de la première heure). A l’estime de Keenan, le dirigeant était moins un autocrate que le centre d’un système oligarchique dans lequel la cour agissait comme une famille élargie de clans interconnectés, l’un de ceux-ci étant la dynastie du tsar elle-même. Le système de gouvernement du président actuel, Vladimir Poutine, a souvent été considéré comme un monolithe pyramidal, tel que le décrivit Pipes, avec Poutine dans le rôle de l’irremplaçable dirigeant-chef d’Etat qui prend l’essentiel des décisions-clés. Toutefois, la réalité du pouvoir dans la Russie de Poutine a souvent été plus proche du modèle de Keenan. Même si Poutine en est indéniablement la figure dominante, l’appareil de pouvoir russe ne s’inscrit pas dans un schéma vertical dirigé par une seule personne. Il se présente, au contraire, sous la forme d’un conglomérat de clans et de groupes mouvants, dont Poutine est le centre.

Un rapport publié en 2012 par le Minchenko Consulting Communication Group, qui a fait couler beaucoup d’encre, arguait que le processus décisionnel actuel au Kremlin ressemble à celui du Politburo soviétique. Primo, les dirigeants russes ne se réunissent presque jamais collectivement. Secundo, le statut formel des membres du premier cercle ne reflète pas nécessairement leur influence réelle dans la prise de décisions. Tertio, la collection de clans autour de Poutine, qui est, d’ordinaire, le lieu de la véritable prise de décision en Russie (le « Politburo 2.0 ») inclut des fractions de l’élite qui, dans une certaine mesure, peuvent être subdivisés en groupes « de pouvoir », groupes « techniques », et groupes « entrepreneuriaux ». Ces groupes font partie et soutiennent le « Poutine collectif » et le « Politburo 2.0 » (bien que ces étiquettes soient simplifiées, et qu’elles se chevauchent souvent). D’autre part, ces groupes ne cessent de se disputer l’influence et les ressources, ce qui crée entre eux une en compétition permanente.

Selon Minchenko, le rôle de Poutine dans ce système est de loin le plus influent. Il est l’arbitre et le modérateur, et, la plupart du temps, il a le dernier mot. En tant qu’arbitre, Poutine régule les intérêts et gère les conflits entre les diverses fractions et les divers membres de l’élite, ainsi qu’entre l’élite et la société dans son ensemble. Il a maintenu son pouvoir en imposant des compromis et en montant les clans les uns contre les autres, faisant pencher le balancier du rapport de forces d’un côté ou de l’autre. Ceci empêche les tensions de s’accumuler jusqu’à devenir trop visibles, et ainsi susceptibles de détruire le système entier. Déléguer son autorité, laisser les problèmes se résoudre par eux-mêmes, ou patienter jusqu’à ce que des clans rivaux aboutissent, entre eux, à une résolution des différends : telles sont quelques autres des tactiques auxquelles Poutine a eu recours. Son incapacité à contrôler intégralement les comportements claniques a parfois entravé la mise en œuvre de ses décisions.

Cependant, dans un article récent, Konstantin Gaaze soutient que la représentation du « Politburo 2.0 » de Minchenko a volé en éclats suite à l’annexion de la Crimée et au déclenchement de la guerre en Ukraine orientale. Depuis le début de la crise, écrit-il, ce sont Alexandre Bortnikov, directeur du service de renseignement intérieur (FSB), cinq de ses adjoints et quelques chefs de départements dudit service, l’oligarque Yuri Kovalchuk et le ministre de la Défense Sergueï Shuygu qui, au sein des élites russes, ont été les plus proches de Poutine (bien que ce dernier consulte également d’autres personnalités, à l’extérieur de ce cercle restreint). Selon Gaaze, le chef de l’administration du Kremlin, Sergueï Ivanov, est devenu un béni-oui-oui relativement peu influent, qui souscrit à tout ce que dit Poutine dans le souci de conserver sa position politique. Le gouvernement est à présent un organe qui se contente de cosigner les décisions prises au Kremlin ou dans la résidence de Poutine, depuis que les siloviki (c’est-à-dire les va-t-en-guerre) ont convaincu le président de mettre l’accent sur les menaces extérieures, aux dépens d’autres considérations.

En effet, dans une certaine mesure, les événements de la crise ukrainienne alimentent la thèse de Gaaze.

Le 3 mars 2014, le commentateur Valery Soloveï écrivait que Poutine avait pris personnellement la décision d’annexer la Crimée, après une discussion avec cinq ou six conseillers issus de ministères régaliens (lesquels conseillers ne détiennent aucun avoir en Occident). L’auteur d’un article paru le 7 mars dans le New York Times acquiesçait, affirmant que Poutine avait pris cette décision entouré de conseillers jusqu’au-boutistes (parmi lesquels, à titre spéculatif, Ivanov, Bortnikov et Nikolaï Patrushev, le secrétaire du Conseil de Sécurité).

A la fin du mois de juin, un groupe de hauts fonctionnaires européens auraient proposé leurs bons offices ès qualité de médiateurs dans le conflit ukrainien. Mais le FSB et le SVR (le service russe de renseignement extérieur) ont convaincu le président russe que leur proposition relevait d’une provocation destinée à dévoiler les intentions russes en Ukraine, aussi Poutine la rejeta-t-il.

Enfin, il semble que plusieurs ministres du gouvernement russe n’aient pris connaissance de la décision de Poutine d’imposer des sanctions rétorsives aux imports de produits alimentaires occidentaux que quelques heures à peine avant que la mesure ne soit annoncée publiquement. Des spécialistes de matières telles que la sûreté alimentaire qui auraient pu s’opposer à ces mesures de rétorsion furent ignorés.

Mais, tandis que l’aile dure a résolument le vent en poupe, son triomphe ne paraît pas absolu. La politique étrangère est depuis longtemps le domaine dans lequel Poutine a pris les commandes ; il est donc logique que le cercle restreint de personnes issues, pour une large part, des ministères régaliens se soit agrandi à mesure que le conflit ukrainien s’est imposé à l’agenda. Dans d’autres sphères de compétences, pourtant, Poutine semble gérer les affrontements internes d’une manière conforme à son rôle traditionnel d’arbitre, et ce en dépit du fait que le système dans son ensemble tend à devenir plus autoritaire. Dans le système de Poutine, il est aussi normal que des décisions se prennent en dehors des canaux formels, dès lors que les clans jouent un rôle si important. Les élites « libérales », telles qu’on les qualifie erronément de temps à autre, demeurent présentes, mais elles sont marginalisées, et indubitablement déçues des distances prises par Poutine à leur égard. Alors que Poutine jouit d’un taux d’approbation populaire supérieur à 80 %, ils sont probablement peu enclins, malgré les doutes qu’ils peuvent avoir, à pousser trop loin leur critique de la politique ukrainienne du président. Cela va même plus loin : beaucoup d’entre eux approuvent la guerre.

Il y a également des fractures quant à la stratégie ukrainienne au sein même de l’équipe dirigeante, y compris parmi les faucons. La presse russe a largement fait écho aux contentieux qui opposent le « parti de la guerre » et les patrons d’entreprise russes.

Le premier de ces groupes comprend Alexander Bortnikov, Mikhaïl Fradkov, Nikolaï Patrushev, Sergueï Shoygu, Sergueï Glazyev, Dmitri Rogozin, Konstantin Malofeyev, Aleksandr Dugin, et peut-être Vladimir Yakunin et Yuri Kovalchuk.

Dans le second, l’on trouve le conseiller du président Vladislav Surkov, l’idéologue Sergueï Kurginyan, des membres de l’équipe du premier ministre Medvedev, des membres de la famille de Boris Eltsine, ainsi que d’autres.

Le premier groupe se serait montré favorable à une invasion totale de l’Ukraine, et à l’indépendance de la « Nouvelle Russie » (ou « Novorossiya », une construction inventée par le Kremlin qui inclurait les russophones de l’est et du sud-est de l’Ukraine), et se serait opposé au cessez-le-feu conclu à Minsk. Le second groupe, quoique favorable, en principe, à la guerre et à l’annexion de la Crimée, a des objectifs plus limités.

Toutefois, tout le monde au sein du FSB n’est pas sur la longueur d’ondes de l’aile dure ; le service se compose plutôt d’un ensemble de clans qui, eux aussi, se combattent entre eux. Et même au sein du « parti de la guerre » lui-même, Shoygu et Rogozin sont réputés s’opposer. D’autres, à l’instar d’Ivanov, un ancien officier du FSB, ont, au fil des ans, noué des alliances – qu’elles soient ou non de situation – avec des « libéraux ». Enfin, divers tenants de l’aile dure se divisent quant au soutien qu’ils accordent à divers chefs de file séparatistes ukrainiens.

Jusqu’à présent, les faucons ont reçu moins de Poutine en Ukraine qu’ils n’espéraient, et c’est en partie dû au fait que le Kremlin ne semble pas avoir de stratégie univoque pour ce pays. Poutine a tenté d’instaurer par ses décisions un équilibre entre les exigences des radicaux et celles du monde de l’entreprise, dont Surkov est membre. Le président agit comme s’il souhaitait éviter un clash avec les promoteurs de la ligne intransigeante, mais il ne souhaite pas que ceux-ci prennent une importance telle qu’ils puissent dominer les autres blocs. Ceci s’est traduit par une approche incohérente qui a contrecarré la perspective d’une solution au conflit.

Suite à de récents rapports faisant état de tensions, sur le terrain, entre des commandeurs séparatistes, l’aventurier et anti-héros militariste Igor Girkin (Strelkov) s’en est retourné à Moscou. Considéré dans certains camps nationalistes comme un challenger possible de Poutine, Strelkov a fait des déclarations de loyauté lors d’une conférence de presse, en septembre. Il a déclaré son soutien à Poutine, affirmant que le président est un grand homme. Mais il a également suggéré que Poutine était entouré de traîtres, et s’est engagé à rester en Russie afin de les combattre. Strelkov exige ouvertement que la partie libérale de l’élite soit détruite, ce qui fracasserait complètement l’équilibre établi par Poutine, et ouvrirait la porte à la domination des siloviki. Ceci signifie que, s’il est sincère, Strelkov soutient Poutine pour venir à bout du « poutinisme ».

Il est difficile d’établir le nombre de faucons qui souhaiteraient réellement détruire le système « de pouvoirs et de contre-pouvoirs » instauré par Poutine. Il est probable que certains rechigneraient à aller si loin, parce qu’ils pensent que cela renforcerait des faucons rivaux. Et ils ne peuvent que se rendre compte que le maintien d’un certain équilibre a permis un apaisement prolongé aux plus hauts niveaux du système au cours de l’ère Poutine, lequel a rendu la vie plus sûre et a parallèlement accru la sécurité des placements financiers pour les figures-clés du pouvoir.

Quant aux clans libéraux au sein de l’élite, ils sont relativement plus faibles que le « parti de la guerre » en ce moment, mais ils ne se tournent pas les pouces en attendant d’être anéantis. C’étaient eux, et non les siloviki, qui avaient encouragé le cessez-le-feu en Ukraine. Bien que Poutine puisse être en train d’envisager de serrer la vis qui la marginaliserait davantage, si l’aile libérale sonnait le tocsin pour prévenir une menace que l’extrême-droite ferait encourir à la position de Poutine, il est quasi certain que ce dernier aurait une oreille attentive.

http://imrussia.org/en/analysis/world/2041-are-the-kremlin-hardliners-winning

Deux questions suite à cet article aussi concis qu’édifiant :

1/ Nemtsov s’apprêtait, avait-il annoncé, à faire des révélations fracassantes à propos de l’Ukraine. Celles-ci avaient-elles trait au meurtre de masse qu’a constitué la pulvérisation du MH 17, et au rôle prééminent supposé de Strelkov dans cette tragédie (réprouvée par un Poutine qu’elle a mis sous pression ?) ? Si oui, auprès de qui avait-il obtenu ces informations ?

2/ De sanction en sanction et de camouflet en camouflet, les Etats-Unis manœuvrent-ils pour que Poutine s’affranchisse de son aile dure, ou les intérêts de leur complexe militaro-industriel seraient-ils mieux servis si un personnage plus haut en couleurs encore s’emparait du pouvoir russe, ou le conquérait ?

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Why ?

Jay Attali is a very well respected old root. A freemason of the highest possible grade (the kind of which one never really knows whether they mean ‘yes’, ‘no’, ‘perhaps’ or ‘go fuck yourself’ when they answer a question), he was a close counselor to the latest noteworthy French president to date, and has been frolicking along the corridors of power ever since. Yet another liberal hardliner, he advocates drastic cuts in public spending and swears by financial growth as if adoring an improbable god. A deeply convinced European, he nonetheless appears to be unable to conceive our own founding fathers’ project as anything but a mere necessary addition to the North-American empire. A prophet of sorts, he never misses an opportunity to share his deranged wisdom with you and me, the profane

Here’s what he had to say in July 2008, in the midst of the first banking crisis of the XXIst century, about the horizon he was predicting for global democracy in the coming decades… (1)

There will be five steps :

1.       The extension of the American empire;

2.       Its decline, leading to the juxtaposition of 11 regional powers who will share the might, as none will be able to replace [said] empire;

3.       [Financial] markets will be stronger than democracy. The balance existing between markets and democracy within a nation won’t be able to hold in a worldwide environment, since markets have the faculty to globalize and become universal whereas democracy doesn’t. […] AS OF 2030, THE MARKETS WILL BE GLOBAL, AND [POLITICAL] POWER WILL LIE IN THE HANDS OF substitutes to the [nation-]States, which, according to [him], will be the INSURANCE COMPANIES AND THE ENTERTAINMENT INDUSTRY, the latter to mask what will be happening, the former to exert surveillance over all those who see. There will be total chaos, for the markets are efficient but not just, [and this chaos will lead to] an extrapolation of [social] injustice, private armies and absolute disorder.

4.       TOTAL VIOLENCE AND ABSOLUTE WAR, not even between nations but total and extremely brutal.

5.       Either after these hyper-clashes or instead of them, there will be a resurgence of democracy [and care], as the people will understand relationships carry more meaning than possessions, and markets are suicidal as well as destructive for the human species.

 The analogies between this anti-model and the Soviet model are stunning, were it not for the (somehow scheduled) ‘global war’ phase…

Soviet communism (in theory)

Dictatorship of the Proletariat (= the many)

NEW MAN

Grand Soir (= equality between all the people)

Financial corporatism (in practice)

Dictatorship of corporatist finance aka ‘the markets’ (= the few)

Global war / global terror / global atrocities

NEW MAN (Alleluia !)

Grand Soir (= global resurgence of Care)

 

Are we to believe the Mothman prophecies ? If so, are we now entering the first phase of the doom scenario, which would then have two names, or did we skip immediately to the second phase, accelerating the whole process, in which case these two names are but sorry attempts at delaying the worst ?

STOP TAFTA-TTIP !and…

Stop the TPP !Ces deux traités commerciaux en puissance (le premier transatlantique, le second transpacifique), qui ont fait l’objet d’obscures négociations durant de longues années, illustrent la vétusté de l’appareil médiatique traditionnel, qui prétend ne jurer que par les faits et tient bouche cousue lorsqu’il prétend être confronté à des spéculations.

En effet, si leurs premières esquisses, dévoilées par des fuites dont a bénéficié la galaxie Assange, correspondent à la réalité, les paquets législatifs contenus dans lesdits traités auraient un impact sans équivalent sur la vie quotidienne de tout un chacun et sur la structure même des Etats, un impact auquel, évidemment, n’échapperait aucunement une « Europe [municipalisée] dans une économie mondialisée » dès lors qu’ils seraient gravés « pour l’éternité dans la pierre du Berlaymont » (2), siège de la Commission européenne.

Détruire le mur de l'indicible !

Why ?

Certes, il est bien l’un ou l’autre climax passager auquel la presse d’autrefois a fait écho… Ainsi, par exemple, de cette longue diatribe d’un premier ministre finissant, qui affirmait, contre toute évidence, que la culture (comprenez : l’industrie culturelle) serait exclue du package. Mais, pour le solde, cette presse, qui se garde bien d’investiguer, est bien sûr aux ordres, dans les faits.

Pourquoi, en effet, prendrait-elle le risque de marteler des chiffres factuels susceptibles de remettre en cause une cohésion sociale factice ? Pourquoi cesserait-elle de marteler croissance, réformes et autres banalités sans consistance, bref tous ces éléments de langage auxquels, par contrainte, frivolité ou bêtise, elle se cantonne ? Pourquoi éclairerait-elle davantage ses spectateurs, auditeurs ou lecteurs à propos de la crue réalité du cauchemar états-unien, qui se distille notamment dans les faits suivants :

– Entre 1979 et 2001, le pourcent des ménages les plus riches a accru sa fortune, après impôts, de 275 %, tandis que les 60 % des ménages médians n’ont vu progresser la leur que de 40 % (3);

– En 2011 (en pleine ‘crise’, donc), ce 1 % s’est approprié près de 25 % de l’ensemble des revenus, et jusqu’à 40 % de la richesse nationale, et la tendance semble imperturbablement haussière (4) ;

– De 1972 à 2002, le revenu moyen annuel réel des patrons d’entreprises du Top 100, en tendance nettement haussière depuis lors, lui aussi, est passé de 1,3 million de $ (soit 39 fois le salaire d’un travailleur moyen) à 37,5 millions de $ (soit plus de 1000 fois le salaire d’un travailleur ordinaire) (5).

– La dette fédérale des Etats-Unis se chiffre, ce jour, à 17,157 billions de $.

– Le rapport entre le PIB mondial (70,02 billions de $) et la valeur nominale totale des produits dérivés déclarés (632,579 billions de $), à l’origine de la crise bancaire de 2008, est de 1 à 9 (6), et à ces produits dérivés, il convient d’ajouter les produits financiers classiques, estimés en 2010 à 212 billions de $ (7). De manière conservatrice (étant donné que les années de référence ne sont pas les mêmes pour l’ensemble des paramètres), ce phénoménal déséquilibre entre économie réelle et économie purement spéculative peut se visualiser comme suit :

Rapport entre l'économie réelle et l'économie spéculative

Combien de dollars virtuels ont-ils déjà été imprimés sur la planche à billets afin de donner un semblant de contrepoids réel à cette montagne de spéculation, et quelle est la valeur réelle du dollar ?

Pourquoi cette presse de caniveau et d’entertainment (c’est-à-dire de divertissement, donc de diversion) nous indiquerait ou nous rappellerait-elle que, grâce à la suppression du Glass-Steagall Act par le putophile Clinton, le monde entier est désormais suspendu à une corde que la moindre étincelle peut faire s’enflammer ? Pourquoi ne pointe-t-elle pas les responsables, au pouvoir aujourd’hui comme hier ?

Why should we ?

Pourquoi prendrait-elle la peine de traiter ces sujets à la mesure de leurs implications potentielles, à défaut d’analyser les projets de traités en profondeur en les comparant à des projets avortés tels que l’ACTA (8), ou à des partenariats commerciaux concrétisés tels que celui conclu entre l’UE et Singapour, lequel recycle ce qui a pourtant fait l’objet d’un refus catégorique de la part du Parlement européen, à savoir un encadrement réactionnaire d’Internet et de ses utilisateurs ? (9)

Ce sont les mêmes technocrates gratte-papier qui ont pondu tous ces projets imbuvables, tous imprégnés de la même inspiration liberticide, et ce sont les mêmes bénéficiaires (présumés), à savoir le big business du divertissement et, plus largement, la mafia des multinationales, qui s’en réjouissent.

Pourquoi cette presse se fait-elle l’alliée objective de ces derniers ? Si sa mission fondatrice était d’informer, cela se saurait ! Contenir, tromper, déverser, jour après jour, la propagande dominante, exaspérant, au passage, par son insolente fatuité : voilà son rôle ! Ce pseudo-journalisme est un journalisme de classe, qui ne reflète plus que son étroitesse d’esprit, un esprit labouré par des décennies de médiocrité consumériste ! Comme tous les partis aux affaires, il perçoit les peuples comme une menace, et cherche à déterminer en conséquence la temporalité de l’information : ce n’est que si et lorsque les acteurs autorisés de la pièce de théâtre politique choisissent de mettre un sujet à l’avant-plan que celui-ci est relayé par les chiens de garde de la vieille lucarne. Dans ces conditions, plutôt que de la mettre en danger, tout mouvement social résulte d’une stratégie de l’élite : que vaudrait une pièce de théâtre dont les premiers concernés (qui, par un curieux concours de circonstances, se trouvent aussi être des spectateurs) écriraient eux-mêmes le scénario ? Ils ont la représentation pour ça !…

En l’occurrence, cette dernière se compose, en toute logique, d’abrutis du commerce, de dangereux automates de la synarchie rampante, de fonctionnaires plénipotentiaires qui prétendent construire le monde de demain selon Attali. Mais qui sont-ils ? Depuis que la Quadrature du Net a publié leurs noms (10), ils ne sont plus totalement protégés par l’ombre dans laquelle, tels des cafards, ils raffolent de se reproduire. Tous sortent plus ou moins du même moule consanguin, comme l’atteste un rapide survol de leurs CV respectifs. Faut-il s’en étonner ?

Pour les Etats-Unis, c’est un certain Daniel Mullaney qui a la charge de superviser les négociations avec l’Union européenne. Avocat d’affaires à l’origine, Mullaney a été lobbyiste à Bruxelles de 2006 à 2010 (11). Son patron, le ministre du commerce américain, Michael Froman, fut, quant à lui,  directeur de la banque Citigroup et membre du Bureau des Conseillers de Politique européenne (BEPA), sous l’autorité directe du président de la Commission ! Tout un parcours (à capitaliser) !!!

Du côté de l’Union européenne, si toutefois cette expression s’applique encore à un contexte transatlantique dans lequel plus la moindre chatte ne reconnaîtrait ses petits, le négociateur en chef de la première phase du scénario Attali est l’Espagnol Ignacio Garcia Bercero (12), produit du GATT et de l’OMC, qui avait déjà supervisé des traités commerciaux entre l’UE et l’Inde, ou encore la Corée du Sud, et plus récemment le CETA (13), prélude euro-canadien au TTIP / TAFTA, gelé dans l’attente de la double onction électorale espérée (en mai 2014 et en octobre 2015, dates respectives des prochaines élections européennes et fédérales canadiennes). Ou comment subordonner un projet porteur d’un changement radical de société à un plébiscite personnel et partisan, sans le moindre débat public qui vaille…

Ignacio Garcia Bercero, TAFTA-TTIP head negotiator (European commission)A ses côtés, le Bercero, photographié auréolé du sigle de la présidence états-unienne (Tout un symbole !) à l’occasion de la dernière conférence de presse commune en date, il y a quelques jours à peine, peut compter notamment sur des adjoints français, belge et britannique.

Le Français Jean-Marc Trarieux (14) est ainsi responsable du volet ‘agriculture’ desdites négociations, dans le cadre desquelles, son diplôme d’agronome en poche, il pourra, dans la foulée de ses missions de représentation à Washington et à l’OMC, trahir gaillardement les quelques roots qu’il lui reste peut-être, lui qui se targue, tandis qu’il s’apprête à déverser sur le marché européen le flot d’OGM nauséabonds dont l’Outre-Atlantique s’est fait la spécialité, d’être né dans une ferme à bétail du Limousin !

Jean-Marc Trarieux, TATA-TTIP negotiator - Agriculture (European commission)Le Belge Damien Levie (15), responsable, quant à lui, du volet ‘accès des biens et produits au marché’, est à la tête de l’unité USA / Canada de la direction générale ‘commerce’ de la Commission européenne. Il a suivi le parcours si prototypique de tous les premiers de classe européens un peu niais et très obéissants que les Etats-Unis cherchent à récupérer : son diplôme de droit obtenu à l’université de Louvain-la-Flamande, et celui d’économie décroché à Louvain-la-Wallonne, il est allé, à la Chicago Law School, les assortir d’une fanfreluche qui lui vaut sans doute aujourd’hui d’être considéré comme l’un des dignes héritiers des Chicago Boys, ces économistes libéraux extrémistes aux sympathies fascistes, initiés en leur temps par ce cher Milton…

Damien LEVIE, TAFTA-TTIP negotiator - market access for goods (European commission)Quant au Britannique John Clarke (16), qui regroupe dans son portefeuille de bâtard à la fois l’agriculture et la propriété intellectuelle (à des fins identiques d’étiquetage patenté, sans doute), il a lui aussi, par la force des choses, traîné sa savate à l’OMC…

John Alistair Clarke, TAFTA-TTIP negotiator - Agriculture-Intellectual products (European comission)

Why should we care ?

Internet (et, par ce biais, la culture, également), l’agriculture, la santé, l’enseignement peut-être, mais aussi, par la bande au moins, le militaire (17) : autant de domaines dans lesquels ces traités prétendent établir une fois pour toutes (dans l’attente de « l’hyperconflit » ?) des règles auxquelles chacun sera tenu de se tenir, des règles qui n’ont rien du libre commerce puisqu’elles profiteraient avant tout aux mêmes multinationales qui pratiquent l’évasion fiscale à large échelle et aux mêmes trusts bancaires à l’origine des bulles financières successives, des règles qui ont pour but de démolir les acquis sociaux et les protections environnementales, des règles invasives destinées à abolir des droits fondamentaux et à restreindre davantage encore les libertés publiques et privées, des règles totalitaires supposées reléguer les Etats (donc les démocraties) à l’état de pions, et de faire des individus-citoyens de nouveaux esclaves, des « paysans » en somme, comme semble raffoler à les qualifier avec péjoration la détestable caste qui fait (littéralement ?) la pluie et le beau temps au sein de l’Empire.

C’est bien évidemment sur l’apathie générale que misent cette anti-élite dépravée et ses innombrables relais en nos contrées pour imposer l’avènement des « marchés suicidaires et destructeurs de l’espèce humaine », sur les fidèles lecteurs de Point de Vue / Images du Monde ou de Gala, sur les télé-veaux formatés par des experts en manipulation qui pousseraient, à se regarder dans la glace, d’épouvantables cris d’effroi, sur cette jeunesse encore insouciante qui s’agite, en attendant ceux des bombes, sur les beats speedés annonciateurs de son propre sacrifice.

Ce sacrifice d’une génération entière (et de la suivante avec elle), il prendrait plusieurs formes, selon les textes à l’étude. En voici quelques-unes parmi les plus évocatrices…

a/ L’agriculture

Déjà à bout de souffle, les petits agriculteurs idéalistes tels que Pierre Priolet, qui, émus par la charge injuste qu’une société ingrate leur fait porter, s’effondrent en sanglots sur les plateaux de télévision lorsqu’ils ne se suicident pas à un rythme alarmant, loin des caméras, verraient débarquer à présent avec tambour et trompettes l’agrobusiness nord-américain, aux yeux duquel tout scrupule s’efface devant le profit, avec, à la clé, l’extermination des rares abeilles qui auront, jusque-là, résisté aux pesticides nucléarisés.

Saviez-vous qu’il se peut que vous mangiez régulièrement de la viande clonée à votre insu, et qu’aucun étiquetage ad hoc n’est prévu pour vous en informer (18) ? Cette gâterie, c’est à l’incompétence manifeste dont ont fait preuve à la fois les Etats et le Parlement européens, qui ont échoué à s’entendre sur la matière, ainsi qu’à la négligence coupable de la Commission, qui s’est bien abstenue, alors que lui revient l’initiative législative (Un comble !), de proposer une nouvelle loi, que vous la devez…

Saviez-vous que, par ailleurs, dans une configuration semblable, la Commission européenne a décidé de donner, depuis le début de l’année en cours, son agrément à la viande traitée à l’acide (19), une pratique très prisée chez nos voisins d’en-face, en raison de la rentabilité qu’elle induit ? En prenant cette décision, elle se sera bien gardée de donner libre cours à l’influence néfaste des lobbies qui l’assiègent et parviennent à placer un peu partout leurs marionnettes aux multiples casquettes…

Saviez-vous, enfin, que les multinationales des OGM font pression sur la Commission pour limiter au maximum la liste des semences reconnues et autorisées à la vente, sorte de répertoire du vivant végétal sans lequel point de sésame pour le commerce ? (20)

Aux Etats-Unis, Monsanto, l’une de ces multinationales (21), est particulièrement infiltrée au sein du Congrès, et l’un des juges de la Cour suprême (Clarence Thomas), que d’aucuns soupçonnent d’être entièrement acquis à sa cause, en a même été un avocat dans une vie antérieure.

Monsanto 2

En dépit des dénégations répétées mais peu crédibles du fou furieux qui fait actuellement office de commissaire européen au commerce quant à un assouplissement de la législation concernant les OGM, les législateurs états-uniens ont déclaré qu’ils ne soutiendraient aucun accord dont serait exclue la suppression de toutes les barrières commerciales qui empêchent encore, bon an mal an, leur satané agrobusiness d’envahir l’Europe (22).

C’est notamment ce qui a amené la directrice du bureau européen des Amis de la terre, Magda Stoczkiewicz, à déclarer qu’ « il est nécessaire de suivre ces négociations de bien plus près et de faire en sorte que bien plus de gens soient au courant des dangers qu’elles représentent pour les citoyens et pour l’environnement ». (Ibid.)

L’exception culturelle, à travers laquelle la France ne cesse de se tresser des lauriers, ne passerait-elle pas aussi par la table ?…

OGM = fascisme alimentaire

b/ La santé

Dans ce domaine, le grand marché transatlantique a notamment pour ambition de prolonger artificiellement la durée de validité des brevets, ce qui aurait au moins trois conséquences très fâcheuses : primo, une augmentation encore accrue des dividendes aux actionnaires des grands groupes pharmaceutiques, déjà plus que dorlotés, ainsi que des fusions-acquisitions, au détriment de la recherche et de l’élaboration de nouveaux médicaments ; secundo, la relégation des médicaments génériques à l’arrière-plan ; tertio, et par conséquent, l’assurance, pour des personnes déjà fragilisées à l’extrême, de devoir débourser, si le projet se fait traité, des sommes considérables afin de pouvoir survivre. Ainsi de celles atteintes du VIH, au nom desquelles Act Up a lancé, aux côtés de dizaines d’autres associations, un appel clair et net à bannir de telles dispositions de tout accord commercial éventuel (23). On attend toujours dans la rue les milliers de PD et de gouines françaises qui avaient pris la peine de défiler, en début d’année, afin de faire valoir leur confort bourgeois, ainsi que leurs homologues néerlandais, pour qui la vodka russe semble autrement plus importante !

Peasants for plutocracy (by Michael Dal Cerro)c/ Internet

Le traité TTIP – TAFTA supposerait la fin des logiciels libres, la mondialisation d’un HADOPI dont même la France, aujourd’hui, cherche à se débarrasser, la traque mesquine de toute activité considérée suspecte eu égard aux droits d’auteurs, par l’entremise de la gendarmisation des fournisseurs d’accès (Vous avez dit ‘commerce’ ?) et d’immixtions constantes dans la vie privée de la part d’intrus de toutes natures, sous le sceau protecteur de ces lois nouvelles, ainsi que, conséquemment, l’anémie de la créativité électronique.

Ces derniers jours, l’on a ainsi vu un certain David Israelite, industriel du copyright, déplacer les frontières du risible en poussant l’idiotie cupide jusqu’à réclamer la fermeture sine die des principaux sites qui hébergent des paroles de chansons !

d/ l’instauration de nouveaux tribunaux d’arbitrage supra-continentaux

Si se réalise le souhait des négociateurs de la plus grande embrouille législative qui ait jamais été, ce type de tribunaux, d’une nature inédite, où siégeraient, ès qualité de magistrats, des avocats d’affaires, par nature véreux, seraient habilités, outrepassant les législations nationales (et même continentales), à condamner des Etats à compenser, avec l’argent public pour lequel vous avez trimé, des multinationales qui s’estimeraient lésées parce que l’un de leurs deals fumeux n’aurait pu se réaliser en raison d’une non-conformité aux prescriptions sociales ou environnementales (par exemple l’interdiction d’exploiter le gaz de schiste).

La conséquence directe de ce principe inique serait une compétition acharnée entre les Etats, sur le mode de la compétition fiscale, pour réduire au strict minimum les principes qui fondent notre bien-être commun et garantissent notre sécurité face à des prédateurs qu’aucun désastre social, aucune pollution, ne fait reculer.

Why should we care about your economy ?

Car, contrairement à ce que ses apôtres voudraient nous faire croire à longueur de propagande, c’est bien dans le nivellement par le bas que réside l’essence du capital-corporatisme, porté tel un noir étendard par tous les imposteurs du commerce vicié qui a l’audace de se prétendre libre et non faussé, au premier rang desquels la clique bien connue de commissaires imbus de leur personne, qui mérite de voir, pour cause d’abus de pouvoir illégitime répétés, ses prérogatives détricotées les unes après les autres au bénéfice d’un Parlement digne de ce nom !!!

Comme l’indiquait un rapport publié en mars 2012 par la Confédération européenne des Syndicats  (CES), « le discours européen qui soutient que la nouvelle croissance post-crise permettra de résoudre le phénomène [prétendument] temporaire de creusement des inégalités [est erroné]. Le lien entre croissance et égalité s’est rompu et la marée ne monte plus pour tous. Il n’y aura [par conséquent] pas de sortie de crise durable sans réduction des inégalités sociales. [Dès lors], les remèdes politiques doivent désormais se porter sur la redistribution et la ‘déconcentration’ des richesses. » (24)

Plus tôt les vrais profiteurs du système l’auront compris, mieux ils éviteront le clash des titans, si tant est que tel soit leur objectif…

Article 35 de la DDHC de 1793

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(1) In Ce Soir ou jamais, 07/11/08, France 5 / to be watched here : http://www.youtube.com/watch?v=2Zliehv1ncU

(2) Source : Le Monde, 25 mars 2005

Les propos ici relatés se rapportaient à la fameuse directive ‘Services’ pondue par la même Commission européenne au début des années 2000. Les citer dans le cadre de cet article ne trahit pas leur intention dès lors qu’ils furent tenus par un autre tenant bon teint du capital-corporatisme, qui souscrit pleinement, par ailleurs, à la dictature de la finance dont relèvent les projets de traités mentionnés.

Texte et commentaires ici : http://intrgalaktiklyon.wordpress.com/2010/11/20/hasta-la-evolucion-siempre/

(3) Office du Budget du Congrès US, Tendances dans la distribution du revenu des ménages, 1979 – 2007, octobre 2011

(4) Source : Joseph E. Stiglitz (prix Nobel d’Economie 2001), Of the 1 %, by the 1 %, for the 1 %, in Vanity Fair, mai 2011

http://www.vanityfair.com/society/features/2011/05/top-one-percent-201105?currentPage=all

(5) Source : Paul Krugman (prix Nobel d’Economie 2008), For Richer, in New York Times, 20 octobre 2002

http://www.nytimes.com/2002/10/20/magazine/for-richer.html?pagewanted=all&src=pm

LIRE AUSSI l’étude statistique de la répartition des revenus aux Etats-Unis établie en 2013 par Piketty et Saez, dont rend compte l’article suivant : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/07/15/liberte-de-croissance-le-nouveau-paradigme/

(6) Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/632-579-milliards-dollars-epee-damocles-qui-pese-marches-mondiaux-eberhardt-unger-776221.html#FfEr2B4xHzwI2awE.99

(7) Source : http://www.mckinsey.com/insights/global_capital_markets/mapping_global_capital_markets_2011

(8) Lire, à ce propos, cet article précédent : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/06/09/acta-ou-comment-le-monde-cherche-a-sunir-contre-les-internautes/

LIRE AUSSI l’article suivant du Guardian, relatif à un document de travail des négociateurs du TPP (traité transpacifique) qu’est parvenu à se procurer Wikileaks : http://www.theguardian.com/media/2013/nov/13/wikileaks-trans-pacific-partnership-chapter-secret

(9) Source : http://www.laquadrature.net/en/tafta-down-with-anti-democratic-us-eu-negotiations

(10) La liste de leurs noms peut être consultée ici : http://www.laquadrature.net/wiki/TAFTA_negotiators

(11) Source : http://www.ustr.gov/about-us/biographies-key-officials/daniel-mullaney-austr

(12) Le CV résumé de l’intéressé est disponible ici : http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2013/july/tradoc_151669.pdf

(13) Lire : http://www.theglobeandmail.com/news/politics/eu-harper/article14924915/

(14) CV résumé de Trarieux ici : http://www.hagstromreport.com/2012news_files/2012_1119_trarieux.html

(15) CV résumé de Levie ici : http://www.regonline.co.uk/builder/site/Default.aspx?EventId=1184066

(16) CV résumé de Clarke ici : http://www.europolitics.info/institutions/john-a-clarke-commission-art351409-36.html

(17) Lire : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/21/le-futur-de-l-otan-est-europeen_1703899_3232.html

Selon de nombreux spécialistes de la géopolitique, le but premier des traités TPP et TTIP – TAFTA est d’isoler la Chine, en la privant de sa zone d’influence, ce qui ne pourrait manquer de provoquer, à terme, le plus grand affrontement dans l’histoire de l’humanité.

(18) Source : http://www.liberation.fr/monde/2011/03/29/l-europe-echoue-a-trouver-un-accord-pour-interdire-la-viande-clonee_725339

(19) Source : http://www.europe1.fr/Economie/L-UE-autorise-la-viande-traitee-a-l-acide-1403641/

(20) Source : http://www.rtbf.be/info/dossier/toute-l-info-europeenne-de-la-rtbf/detail_aujourd-hui-en-europe-la-commission-europeenne-veut-reglementer-le-commerce-des-semences-des-plantes?id=8023835

(21) A propos de ladite multinationale, intimement connectée au sous-empire Gates, il est impératif que vous lisiez d’urgence le suivant article précédent : https://yannickbaele.wordpress.com/2013/02/12/gratia-solis-generositatis-omnibus-fingit/

(22) Source : http://www.independent.ie/business/eu-and-us-negotiators-say-trade-deal-wont-pander-to-big-business-29758186.html

(23) Lire : http://www.eff.org/deeplinks/2013/03/transatlantic-declaration-leave-copyright-patent-issues-out-tafta

(24) Lire : http://www.etui.org/fr/Actualites/Les-inegalites-sociales-s-aggravent-dans-l-Union-europeenne

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Rectification du 6 octobre 2018 : une version précédente de cet article attribuait à Barack Obama la nomination à la Cour suprême des Etats-Unis du juge Clarence Thomas, ainsi qu’une proximité avec ledit juge sur certains sujets. Or, c’est George H.W. Bush qui, en octobre 1991, a procédé à ladite nomination, validée par un Sénat à majorité démocrate. Non sans retard, cette erreur grossière a donc été corrigée.

***

(ajout du 21 mars 2015)

Bœuf aux hormones, poulet chloé, invasion d’OGM : en attendant TAFTA, le Petit Prince a déjà les pralines gonflées…

http://www.sudinfo.be/890468/article/actualite/belgique/2013-12-27/le-prince-emmanuel-consulte-un-psychotherapeute

Si l’Etat abdique aussi son rôle primordial de veille sanitaire des produits alimentaires que nous consommons tous, il ne lui reste décidément plus grande raison d’être.

I know what you’re thinking about : horsemeat lasagna, right ? Pensez de nouveau !

Il y a peu, la presse belge a fait ses choux gras des visites régulières du prince Manu chez le psy. Troubles de l’attention, hyperactivité, mains qui gigotent ? Vu son âge, on refuse de croire à l’option Sean-Gustave…

Si l’hyperactivité est bien l’origine de son blème, l’explication pourrait être beaucoup plus pragmatique : le chocolatier-confiseur Corné Port-Royal, fournisseur breveté de la Cour de Belgique…

Examinons sans plus attendre les ingrédients de l’un des produits phares de la maison :

Corné Port-Royal Ballotin Chocolat Noir 470 g, 36 pralines

Sucre, pâte de cacao, amandes, noisettes, beurre de cacao, matière grasse laitière anhydre, sirop de glucose, graisse végétale, lait entier en poudre, eau, stabilisant : sorbitol, amandes grillées, noix, lait écrémé en poudre, stabilisateur: sirop de sorbitol E420(ii), farine de riz, lait condensé, pâte de pistache, émulsifiant: lécithine de soja (E322), cacao maigre en poudre, pistache, sirop de sucre inverti, farine de blé, sucre inverti, miel, café, glucose, arôme: pistache, arôme naturel: vanille, sirop de fructose, écorces d’orange, arôme: vanilline, alcool (0,02%), émulsifiant: mono- et diglycérides d’acides gras (E471), conservateur: acide sorbique (E200), stabilisant: E1103, conservateur: sorbate de potassium (E202), sel, arôme naturel: caramel, farine de malt (blé), arôme naturel: pistache, crème, pistaches, arôme naturel: bergamote, huile végétale, blanc d’œuf, dextrose, arôme naturel: orange, vanille naturelle, colorant naturel: E141, beurre d’Isigny, cerneaux de noix, arôme naturel: citron, farine de malt (orge), colorant vert naturel, gomme de xanthane (E415), colorants: E102*,E110*(*peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants), colorant: E171, émulsifiant: sucroesters acides gras E473
http://www.corneportroyal.com/fr/ballotin-chocolat-noir-470-g/chocolat-produit-france.htm

Si rien ne vous étonne, c’est parce que vous en êtes encore à croire que les industriels vous veulent du bien, et que l’Etat est là pour les mater. Heureusement, sur Mediapart, Jo la Moustache, qui vient de publier tout un bouquin consacré à la malbouffe, vient de tirer la sonnette d’alarme.

Un colorant, le E471, comme indiqué dans la liste des ingrédients ci-dessus ?

« Le dioxyde de titane est peut-être cancérogène.
Le dioxyde de titane peut être produit sous forme de nano-particules / nanomatériaux.
• Peut-être cancérogène
• Peut-être produit sous forme de nano-particules »

http://fr.openfoodfacts.org/additif/e171-oxyde-de-titane

Quant au E102,

« La tartrazine est un additif qui présente beaucoup de risques.
• Risque élevé d’allergie chez les personnes sensibles, les enfants, les asthmatiques et les personnes allergiques à l’aspirine
• Troubles de l’attention et hyperactivité chez les enfants, en particulier quand la tartrazine est associée aux benzoates (E210 à E215) »

http://fr.openfoodfacts.org/additif/e102-tartrazine

La liste complète des additifs utilisés dans notre alimentation industrielle peut être consultée ici :

http://fr.openfoodfacts.org/additifs

Dans ce contexte, Paul de Bocuse, Pierre de Romeyer et les autres sont-ils complices ou résistants ?

CONTRE TRICATEL, TOUS AVEC LE P’TIT PRINCE !

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Solis gratia omnium generositatem fingit !

–          Qu’est-ce qu’il y a, grand-père ? demanda Petit Candide.

–          Regarde, tu vois ces taches rougeâtres, là, sur les salades. C’est nouveau, ça. Ca n’existait pas avant.

Tous les samedis, Petit Candide accompagnait son grand-père aux champs. Il y apprenait sur le terrain l’amour du terroir, le respect du vivant, la régénération naturelle des sols par la pratique de la jachère et des semis diversifiés dans le temps et l’espace. Il admirait la ferveur besogneuse avec laquelle son grand-père entretenait ses cultures, déterrait manuellement les herbes dites mauvaises, envoyait balader limaces et chenilles, bref veillait à sa production, qui jamais dans l’assiette ni le palais ne décevait. Il ne le savait pas encore, mais il lui serait reconnaissant plus tard de lui avoir légué ce patrimoine immatériel de goûts variés, la valeur du temps, du travail vrai qui n’a rien de celui de la propagande télé des cols blancs gâtés. Pouvoir déguster ses propres produits est devenu un luxe, l’un des seuls que les nantis soient trop fainéants que pour pouvoir se permettre. Voir pousser, tendre vers le Soleil, fleurir sous les effets conjugués de ses rayons et d’arrosages réguliers d’une eau précieuse dont d’aucuns, ailleurs, ne disposent, les plantations qui fourniront haricots en abondance, belles tomates rondelettes à la chair voluptueuse ou encore fraises succulentes, ce rythme-là, cette temporalité spécifique, lui apporteraient une perspective sur la vie que jamais il ne renierait.

Petit Candide était grand aujourd’hui. Il avait atteint l’âge où les potaches qui avaient partagé avec lui les bancs de l’école revendiquaient en tonitruant le fait d’être devenu des adultes. Il s’interrogeait souvent, quant à lui, sur le sens à donner à ce terme, car s’il voyait les potaches se soumettre à des règles, à des temps imposés, à des ordonnancements sur lesquels ils n’avaient, la plupart du temps, aucune prise, elles ne lui donnaient pas l’impression de s’interroger davantage sur leurs limites, leur environnement social et le rôle réel qui leur y était dévolu, ni sur le cours des choses tel qu’influencé, mis en œuvre même, par les ordonnateurs.

Que penser des O.G.M. par exemple ? Des légumes hybrides, il en existe depuis des centaines d’années. En quoi ceux-ci diffèreraient-ils de la règle ? En quoi présenteraient-ils plus de dangers ? Et quelles étaient ces taches rougeâtres sur les salades, dont lui avait parlé son grand-père ? Il se rappelait vaguement que ce dernier avait évoqué des pluies acides provoquées par une pollution industrielle et automobile accrues. Peut-être ces nouveaux organismes génétiquement modifiés produits par les Monsanto, les Syngenta, les DuPont, les Dow, les Pioneer Hi-Bred, les BASF, Bayer et Hoechst (ex-IG Farben) de ce monde et par leurs semblables permettraient-ils de résoudre le problème…

Quoiqu’il en soit, il trouvait étonnant qu’ils fussent imposés, de plus en plus souvent sans même un sommaire étiquetage informatif, à des populations majoritairement hostiles. Les experts scientifiques qui s’exprimaient en leur faveur ne trouvaient pas davantage grâce à ses yeux, car les mélanges de genres dont ils se rendaient régulièrement coupables, en ce domaine comme en d’autres (1), les conflits d’intérêts auxquels leurs multiples casquettes d’universitaires, d’experts publics et de salariés des divers lobbies dont ils sont supposés contrôler les agissements, ne pouvaient manquer d’accréditer le propos du professeur Escande selon lequel « les experts […] trichent, parce qu’il y a quand même des gens qui savent, mais ils mentent. Et quand vous ne mentez pas à l’unisson, vous vous faites traiter de tous les noms. À l’heure actuelle », ajoutait-il, « c’est un des phénomènes les plus préoccupants : les experts ne sont pas fiables, soit parce qu’ils sont nuls, soit parce qu’ils mentent. […] Actuellement, dans l’immense majorité des cas, les experts sont des experts de complaisance. » (2) Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? s’interrogea Candide, sourcilleux.

Puis il se souvint que d’honorables philanthropes avaient fait des cultures d’OGM de Monsanto la panacée pour résoudre la malnutrition dans les pays en voie de développement : la glorieuse Fondation Bill & Melinda Gates par exemple, portée sur les fonts baptismaux grâce à la vente en masse, à des prix prohibitifs, de licences pour softwares périodiquement périmés, n’a-t-elle pas, en même temps qu’elle acquérait 500.000 actions Monsanto, essaimé vers des coins reculés d’Afrique et d’Inde pour imposer à des paysans qui n’en voulaient pas, à travers des chantages et des connivences déplacées avec les chefs d’Etat du cru, l’agribusiness dont elle est porteuse ?

Candide poursuivit ses recherches et dénicha des indices troublants qui l’incitèrent à penser que, sous couvert d’humanitarisme et de philanthropie, c’est en réalité à l’esclavage et à la dépendance que Gates, Monsanto et les leurs avait condamné ces paysans, car les semis autodestructeurs prétendument providentiels qui leur avaient été promis et fournis, gratuitement dans un premier temps, obligeraient ceux-ci à racheter chaque année leurs doses. Plus qu’un brevet sur le vivant, c’est une accaparation progressive de tout le règne végétal qu’induisait le fameux gène Terminator que José Bové et d’autres éclaireurs combattent inlassablement. Malgré les milliers de suicides d’agriculteurs indiens que la culture d’OGM a poussés à bout, c’était pourtant avec les honneurs dus à un chef d’Etat que Gates, accompagné du caniche saltimbanque du cercle troupier Rockefeller, fut reçu à l’Elysée, en octobre dernier. Serait-ce donc là l’esprit des Lumières ? se demanda Candide, indigné.

La prévoyance, voilà ce qui caractérise les chefs d’Etat. Gates s’en inspire, d’ailleurs, puisqu’il a entrepris de cofinancer, sur l’archipel démilitarisé de Svalbard, à la lisière de la Norvège, un entrepôt géant destiné à accueillir la plus vaste collection de graines et de semences au monde. L’entrepôt a reçu le doux surnom de Doomsday Vault, ou Coffre-fort de l’Apocalypse.

Mais qui aurait accès à cette pépinière dorée ? Et selon quelles modalités ? Et quel est donc cet horizon apocalyptique auquel nous serions tous promis ? L’extermination des abeilles, qui rendrait impossible toute pollinisation efficace ? Celles des plantes réputées traditionnelles, insuffisamment armées pour résister aux offensives conjointes de la pollution et du pollen OGM transbahuté dans l’air ? La réduction générale de l’espérance de vie des paysans- et consommateurs-cobayes (3) ? Lorsque la mafia d’antan se rendait chez un épicier pour lui réclamer un écot destiné à lui garantir sa sécurité, c’est bien sûr contre la menace qu’elle représentait elle-même que celui-ci était obligé de se prémunir. La mafia globalisée des élites du Pourcent, qui se réunit, encostumée, comme dans un film de Kubrick, de rouge vif ou de bleu sélène, dans les palaces reculés des cités où se décident les choses, ne fonctionne pas différemment, Candide en était convaincu ! Créer de toute pièce un problème pour y apporter une prétendue solution n’est-il pas le moteur de la Nouvelle Internationale esclavagiste, qui tantôt s’affirme sans complexe, tantôt se masque aux confins du virtuel théâtre démocratique du réel ?

Depuis quelques années, le Mali fait, parmi d’autres pays, l’objet, dans le cadre d’un partenariat avec les Etats-Unis, d’une expérience pilote qui consiste à injecter dans les nuages qui survolent son territoire de l’iodure d’argent afin d’augmenter les précipitations (4). La science n’a-t-elle réponse à tout ? C’est en tout cas ce que sa version contemporaine, arrogante, économiste et peu soucieuse d’humanisme, cherche à faire croire… Mais la réalité, Candide la découvrit une nouvelle fois très rapidement : c’est à l’échelle de pays entiers que terres et personnes – toujours pauvres, cela va de soi – servent de sujets d’expérimentation ! En effet, l’Association Toxicologie-Chimie n’affirmait-elle pas, en septembre 2010, que « la pulvérisation d’aérosols d’iodure d’argent peut entraîner une contamination des sols et des milieux aquatiques, dont on ignore actuellement l’impact sur l’environnement » (5) ? Pour Candide, qui pensait naïvement que la science avait pour fonction première de permettre de faire parce que l’on sait ce que l’on fait, une telle négligence fit l’effet d’un camouflet. Etait-ce donc là l’esprit des Lumières ? vociféra-t-il, inquiet.

Puis il découvrit le pot aux roses : l’iodure d’argent était pour Gates pipi de chat ! Dans l’Empire démocratique dont Janus le Magnifique est la face présentable, se trame plus ou moins ouvertement un complot par lequel le Software Monopole et tous ses hyper-frères possédants pourraient donner le coup d’envoi de la fin du monde qui justifierait Svalbard. En effet, dans un rapport publié fin juillet 2011 par l’une de ses nombreuses sociétés, Aurora Flight Sciences, et qu’il a repris à son compte (6), l’homme aux 500.000 actions Monsanto livrait au monde la funeste vision de psychopathe qu’il espère lui imposer, à savoir la lutte homéopathique (massive) contre la pollution au CO², dont le consensus scientifique estime toujours, sans la moindre preuve, qu’elle est à l’origine du réchauffement climatique (7). Davantage de pollution pour venir à bout de la pollution, au nom du combat contre l’effet de serre : il fallait se nommer Gates et ne plus savoir de ses dizaines de milliards que faire pour oser le proposer…

Candide n’en crut pas ses yeux : Gates voulait acquérir ou louer, avec son cartel de l’ombre, une petite centaine d’avions qui disperseraient par an et sur la planète entière, à une altitude comprise entre douze mille et trente mille mètres, entre 1 million et 5 millions de tonnes d’acide sulfurique dans le but de réduire le flux solaire entrant, cet acide dont il est établi qu’il est « toxique pour les organismes aquatiques, et corrosif, même dilué [et qu’il présente, en outre] un danger pour l’eau potable en cas de pénétration de quantités importantes dans le sol et/ou les eaux naturelles. » (8)

Candide se souvint des OGM et se dit qu’à l’époque formidable qui était la sienne, une telle stratégie d’épandage, avec la complicité éventuelle des avionneurs du Pourcent, ne ferait sans doute pas même l’objet d’une information démocratique. Mais bon sang, il ne peut s’agir là de l’esprit des Lumières ! tonitrua-t-il, passionné.

Il finit par se demander si tout cela n’était pas une farce. Conscient d’être épié et surveillé en permanence, comme chacun au demeurant, dans ce nouveau monde éclairé par la science sécuritaire protectrice du patrimoine du Pourcent, il tourna instinctivement la tête à la recherche de nano-caméras qui feraient de lui un nouveau dindon de Damiens, mais rien d’inhabituel alentours qui attire son regard… Et pourtant : Internet bruissait de rumeurs de rachat de Blackwater par Monsanto (9). Blackwater était cette société de mercenaires sans foi ni loi, protégée par le fasciste Rumsfeld et impliquée jusqu’au cou dans le système de torture et d’humiliation de prisonniers en Irak et ailleurs, responsable en outre du meurtre guilleret de 17 civils irakiens innocents, ce qui l’a contrainte à opter pour l’appellation plus doucereuse et philosophique d’Academi, sans pour autant se délester de sa trentaine de sociétés-écrans actives dans les business miliciens privés les plus interlopes (10).

Jeremy Scahill, Blackwater, The Rise of The World's Most Powerful Mercenary Army

Les connexions de la tentaculaire entreprise sont planétaires, en effet : l’une au nord du Mali, rapportée par la presse en septembre 2010, méritant sans doute a posteriori un surcroît d’intérêt… Actifs ès qualité de conseillers et de formateurs d’institutions aussi diverses que les armées canadienne et états-unienne, le Royaume de Jordanie et la police des Pays-Bas, les pitbulls d’Academi infiltrent aussi, tels de véritables agents secrets, divers mouvements, groupes et obédiences pourtant démocratiques pour le compte de corporations richissimes telles que Microsoft (11). Ainsi des groupes anti-OGM, à la demande de Monsanto. Coopération avec les services secrets nationaux, échange de données sensibles et confidentielles, tentatives de discréditation publique de militants, infiltration de leur vie privée, fabrication de fausses preuves,  intimidations (professionnelles), surveillances, assassinats déguisés ? Comment agissent-ils et quels services tolèrent-ils leurs agissements, à défaut d’y prendre une part active ? Candide regarda le ciel encore bleu en soupirant : toutes ces questions, il était bien déterminé à leur trouver une réponse satisfaisante. Car ce fascisme des Lumières-là, il n’était pas prêt à le tolérer !

____________________

(1)    Ecouter notamment le professeur Philippe Even, reçu par Zemmour et Naulleau le 30/01/13, à propos des médicaments dangereux mais rémunérateurs maintenus en vente par les pouvoirs publics français en toute connaissance de cause : http://www.youtube.com/watch?v=L_19dUk21og

(2)    Source indirecte non accréditée : http://www.diatala.org/article-ig-farben-gaz-nazi-zyklon-b-et-monsanto-107208342.html

(3)    Lire : http://www.votresante.org/suite.php?dateedit=1291049997

(4)    Source (page 20) : http://www.cifal-ouaga.org/new11/mali.pdf

(5)    Source (page 2) : http://atctoxicologie.free.fr/archi/bibli/IODURE_ARGENT_FRTEC.pdf

(6)    Source (pages 6, 8 et 29) : http://www.keith.seas.harvard.edu/Misc/AuroraGeoReport.pdf

(7)    Il est établi que deux hausses de température de 1°C chacune ont eu lieu au cours du siècle dernier et que la tendance haussière se poursuit. Les causes réelles et vérifiables de celles-ci font encore, en dépit de l’assurance affichée, l’objet de spéculations.

(8)    Source : http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/lvincent/fds/FDS07.htm#acetet05

(9)    Source : http://www.activistpost.com/2012/01/setting-record-straight-did-monsanto.html

(10) Source :  http://publicintelligence.net/blackwaterxe-front-companies-chart/

(11) Source : http://www.thenation.com/article/154739/blackwaters-black-ops#

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Maria MARTIN-PRAT, Diana BANATI et Thomas LÖNNGREN, trois symptômes (européens) du néo-corporatisme globalisé !

Nous sommes en 2077. A la suite d’un second sauvetage massif d’entreprises privées par l’argent public, les Etats ont tous fait faillite. Dans la foulée, les institutions démocratiques représentatives ont été abolies, et remplacées par un Congrès entrepreneurial qui, d’une main de fer, fait régner sur les individus et les groupes son ordre tyrannique. Au milieu de cet ordre totalitaire s’agitent une poignée de fanatiques qui ne reculent devant aucun meurtre de masse pour renverser l’oppresseur. Voilà la trame de la série canadienne (un peu kitsch) « Continuum », qui devrait entamer bientôt sa deuxième saison. Il s’agit là d’une illustration possible de la fin de l’Histoire telle que la concevait Fukuyama, c’est-à-dire la fin d’un certain type de rapports de forces par le recours à une formule du passé revisitée à l’échelle du globe.

« La maîtrise des ressources naturelles par les entreprises privées [est assurée] par l’entremise de tribunaux internationaux qui ne tiendront aucun compte des enjeux environnementaux, de l’usage de la terre, de la santé publique, ni de quelque réglementation en vigueur, nationale ou étrangère, que ce soit. Ces tribunaux siégeraient sous l’égide d’avocats [d’affaires] du secteur privé, en application de l’exigence des Nations-Unies et de la Banque mondiale qui imposent au contribuable de compenser [en faveur des entreprises] les politiques régulatrices nationales [en ce que] les corporations doivent être indemnisées pour de « futurs profits escomptés » [non obtenus en raison de ces législations nationales].

En d’autres termes, avec l’aide de ces « tribunaux », les corporations peuvent, en vertu d’un mandat international, mettre les gouvernements sous pression pour qu’ils affaiblissent, sur un [simple] caprice d’une multinationale, leurs politiques environnementales.

Ceci s’est [d’ailleurs] déjà produit en diverses régions du globe :

  • Chevron [Texaco] a eu recours à des tribunaux [semblables] pour envahir l’Equateur et contaminer par des agents toxiques des zones [entières] de terres indigènes.
  • Renco Group Inc. y a eu recours pour polluer le Pérou avec des résidus de métaux lourds sans jamais avoir eu à nettoyer sa crasse.
  • Pacific Rim Mining Corp., tandis qu’elle exploitait des mines d’or, a contaminé au cyanure des sources d’eau naturelles sans avoir à subir la moindre sanction [dans  la mesure où] les gouvernements [concernés] ont été contraints de réécrire leurs législations [en la matière]. »

 (1)

Au Moyen Age, les corporations étaient le mode de structuration de l’activité économique par excellence. Une corporation, c’est, nous dit le Larousse en ligne, « sous l’Ancien Régime, [l’]organisme social qui groupait tous les membres d’une profession, de la base au sommet, [bref un] corps de métiers ». Quant au corporatisme, il désigne, selon Wikipedia,  « la tendance qu’ont les membres d’un corps professionnel ou administratif à privilégier leurs intérêts matériels au détriment de ceux du public qu’ils servent (consommateurs, administrés, justiciables, usagers, élèves, clients, patients, etc.). »

Dans notre réalité contemporaine, l’environnement dit corporate prend lui aussi des allures de mastodonte. Rien d’étonnant à cela : alors qu’harmoniser des statuts sociaux très variables représente, sous l’épée de Damoclès du stress induit et de la pression à la rentabilité, un exercice d’une complexité inouïe si on souhaite le faire par le haut, il n’est pas trop compliqué de s’entendre quant à l’objectif de faire du fric.

Cette impérieuse nécessité de s’affranchir de toute ambition sociale, de faire primer le culte du winner en soi et pour soi, au risque d’en arriver à fonder un nouveau type de société dont le seul ciment serait l’antisocial, beaucoup d’individus la font leur. Pourquoi en irait-il donc autrement au sein des instances européennes ? Et pourquoi le corporatisme, qui fédère ces égoïsmes, y serait-il moins prégnant ?

A l’occasion d’un débat mené, le 17 février 2011, au Parlement européen sur le rôle des groupes d’experts, l’écologiste Pascal Canfin lançait : « Je siège à la commission des Affaires économiques et monétaires. Vous avez, par exemple, un groupe d’experts en matière bancaire. 95 % des membres de ce groupe d’experts sont des banquiers, et pas n’importe quels banquiers, uniquement des banquiers de la banque de financement et d’investissement, de la banque de marché et toutes les grandes banques américaines – JP Morgan, Bank of America, Goldman Sachs – y sont représentés. En face, il n’y pas d’ONG, il n’y a pas de syndicat dans ce groupe d’experts. L’idée que la Commission soit conseillée uniquement par des banquiers d’affaires, et notamment par les banquiers d’affaires américains, pour changer les règles en matière bancaire me semble complètement surréaliste après la crise financière que l’on a connue. »

La commission des Affaires économiques et monétaires est loin d’être le seul front sur lequel se jouent tant le présent que l’avenir de nos droits et libertés individuelles. Carriérisme aidant, à une époque où il est de bon ton de virevolter entre le privé et le public, plusieurs hauts fonctionnaires ont pris la malsaine habitude de brouiller allégrement les pistes entre un investissement au service du bien commun général et un mercenariat corporatiste. Puisque leurs connaissances et leur expérience d’une matière donnée constituent un socle que tant le privé que le public cherchent à s’approprier, et puisque leur portefeuille est le commun dénominateur de leur action, pourquoi se gêneraient-ils à se donner au plus offrant ?

Jusqu’en 2009, la Hongroise Diana Banati était membre du directorat de l’International Life Scientific Institute (ILSI), un organisme dont la dénomination respectable ne doit pas faire oublier qu’il s’agit en réalité d’un consortium d’affaires qui regroupe des géants de l’industrie alimentaire tels que Monsanto et BASF, actifs entre autres dans la fabrication d’O.G.M. Or, la même Banati était, depuis 2008, la présidente du Conseil d’Administration de l’Agence européenne de Sécurité des Aliments (AESA). Rassurant, n’est-il pas ? Et indicatif, peut-être, de la détermination de la Commission européenne à faire ratifier des OGM malgré des refus répétés du Parlement européen et de maints membres du Conseil (c’est-à-dire de chefs d’Etat). Enfin contrainte, en mai dernier, à la démission en raison de cet évident conflit d’intérêts, la dame, pour boucler la boucle, vient d’accepter un nouveau poste à responsabilités au sein de l’ILSI (2), où elle pourra, sans que quelque fonctionnaire européen que ce soit ne s’en enquière véritablement, s’épancher auprès des industriels de son expérience dans le secteur public concomitant et continuer de rencontrer discrètement ses anciens collègues européens pour se tenir au courant et influencer les processus décisionnels.

Avant que ne soit nommé à sa tête l’Italien Guido Rasi, qui a, quant à lui, construit sa carrière dans le public, L’Agence européenne des Médicaments (EMA) a été dirigée pendant dix ans par le Suédois Thomas Lönngren, qui, sitôt achevé son second mandat, s’est empressé d’accepter, lui aussi, toutes sortes de propositions de carrières émanant du privé, en lien direct avec la fonction qu’il exerçait à la tête de l’EMA. Ainsi, outre son rôle de conseiller pour deux importants laboratoires privés danois et celui de directeur non exécutif (!) d’une entreprise pharmaceutique australienne, le voilà bombardé Senior Advisor d’un fonds d’investissement américain spécialisé dans « le marché de la santé » (3) ! Et le tout sans que la Commission ne trouve à y redire ou n’enquête plus avant !

Dernier exemple de cette confusion des genres au plus haut niveau : le cas de Maria Martin-Prat, la chef d’Unité ‘Droits d’Auteurs’ de la Direction ‘Propriété intellectuelle’ de la Commission européenne, dont une revue spécialisée résumait ainsi, en avril 2011, le parcours : « La nouvelle personne de référence de l’Union européenne en matière de droits d’auteurs ne prendra ses fonctions que dès la mi-avril [2011], mais déjà elle suscite la controverse. La raison ? Maria Martin-Prat a passé des années à diriger la « politique législative mondiale » pour l’IFPI, la coupole commerciale de l’industrie mondiale du disque, basée à Londres, avant de réintégrer les pouvoirs publics. [Sa] nomination amène à se poser de nouvelles questions quant à des emplois dans le privé assumés par le passé par des responsables publics, en particulier dans le chef de ceux [celles] qui sont en charge d’élaborer les politiques, ou de prononcer des jugements législatifs sur des matières pour lesquelles ils [elles] ont autrefois effectué du lobbying. […] » (4)

En parcourant le compte rendu des auditions d’experts menées en 2011 (5) et cette année (6) par la Commission européenne aux fins d’évaluer la nécessité (ou non) de revoir la directive relative au respect des droits de propriété intellectuelle (IPRED), on se rend compte que l’IFPI (International Federation of the Phonographic Industry), dont est issue Madame Martin-Prat, est, avec la MPA (Motion Picture Association), la plus extrémiste du panel représenté dans sa volonté de réglementer à tout-va, aux bénéfices de ses entreprises affiliées et au détriment des libertés individuelles.

Or, on ne pourra manquer de trouver dans le projet de traité ACTA (7), remisé pour l’heure aux oubliettes par le Parlement européen, la transcription d’une telle volonté. Pur hasard, sans doute… Coïncidence, aussi, à n’en pas douter, que ce projet d’accord commercial entre le Canada et l’Union européenne (CETA) qui, comme le souligne le professeur canadien Michael Geist, reprend quasiment mot pour mot les dispositions contenues dans l’ACTA (8). La Commission européenne a beau jurer ses grands dieux que CETA n’est pas une version bis d’ACTA, elle n’en admet pas moins que seules les dispositions les plus controversées du défunt projet de traité – il faudrait s’entendre sur cette notion – ont été retirées du projet d’accord euro-canadien, et se garde bien, pour l’instant, de rendre publique la dernière mouture du document (9). Enfin, concours de circonstances, bien sûr, que ce Trans-Pacific Trade Partnership (TPP), négocié dans l’opacité la plus totale, qui contient lui aussi nombre de dispositions liberticides, dans ce domaine comme dans d’autres (1).

La mondialisation n’est pas seulement inévitable, elle est souhaitable pour répondre aux défis planétaires (faim, pauvreté, environnement, ressources naturelles et énergétiques, etc .). La seule question qui vaut la peine d’être posée est : comment et au bénéfice de qui la mettre en œuvre ? La démocratie ne semble plus avoir grande valeur lorsqu’elle mise en balance avec les intérêts gigantesques des lobbies privés, des corporations globales. Sommes-nous si loin de « Continuum », tout compte fait ?…

_____________

(1)    Source : http://axisoflogic.com/artman/publish/Article_64807.shtml (traduction libre)

« Defending Democracy, Resisting Corporate Power », tel est le mot d’ordre de l’ONG nord-américaine Public Citizen, dont voici le site : http://www.citizen.org/Page.aspx?pid=183

Lire aussi : http://www.computerworld.com.au/article/432983/ludlam_slams_government_over_tpp/

(2)    Source : http://www.actu-environnement.com/ae/news/efsa-conflits-interets-ogm-diana-banati-15643.php4

(3)    Source : http://www.formindep.org/spip.php?page=imp_article&id_article=453

(4)    Source : http://arstechnica.com/tech-policy/2011/04/top-music-industry-lawyer-now-eu-copyright-chief/ (traduction libre)

(5)    http://ec.europa.eu/internal_market/iprenforcement/docs/conference20110607/hearing-report_en.pdf

Extrait : “IFPI (International Federation of the Phonographic Industry) stressed that it is necessary to open the IPRED and that all forms of illegal behaviour must be addressed, as otherwise there would be a shift to other forms. Even in markets with sufficient legal offer, the levels of piracy are still substantial. Hence, legal offer helps to correct the situation, but are not the sole solution. IFPI has tried voluntary cooperation with ISPs, but since it did not work, they suggest legislating on the matter. IFPI suggests adopting effective measures for site blocking and tackling all forms of piracy.”

(6)    http://ec.europa.eu/internal_market/iprenforcement/docs/conference20120426/summary_en.pdf

Extrait : “IFPI noted that piracy is moving to outside Europe. New measures against new forms of piracy are thus needed (e.g. regarding cyber loggers, streaming, peer to peer, cloud services and mobile services) and regardless of where the infringements actually take place. Differences and inconsistencies across Member States should be addressed in a revision of the directive: notably as regards the speed of acquisition of an injunction; the lack of mutual recognition of judicial decisions; fragmentation as regards judicial application of the directive’s remedies from one Member State to another; differing cost structures for equivalent cases depending on the Member State; the need to lodge a prohibitive bank guarantee when an interlocutory injunction is requested; differing levels of evidence requirements (catalogue wide injunctions versus an injunction for each title); and finally differing levels of damages (which are sometimes so negligible that they are not typically requested). MPA voiced a similar view on this final point.”

(7)    Lire le post du 13/06/12

(8)    Source : http://www.michaelgeist.ca/content/view/6594/125/

Lire aussi le post du 10/07/12

(9)    Source : http://www.pcinpact.com/news/73051-les-preoccupations-sur-ceta-cheval-troie-d-acta-restent-vives.htm

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