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Frankie, t’as dit ceci l’autre jour…

Je sais qu’il y a du bon en toi, mec. Mais je peux pas m’empêcher de te poser les questions suivantes, qui ne te sont pas toutes adressées en particulier :

– Dans quelle mesure, s’il y en a une, les affects que tu évoques font-ils écho aux affectus spinoziens, plus angulairement à la structure qu’en propose ici la critique qui en est faite ? La colère y revêtant – comme ailleurs – le statut de passion, est-il question pour toi d’en déterminer plus explicitement la ou les cause(s) afin de transformer celle-ci en détermination, de l’amplifier, au risque d’en devenir toi-même l’une des causes extérieures, d’en réduire la portée morbide en lui adjoignant des passions plus gaies, ou simplement de mettre en résonance des affects communs que tu partages ?

– Le spectacle est sans aucun doute le producteur d’affects le plus efficace, tant à l’échelle de l’individu que de la masse. A l’ère du tout-spectacle, une « cause adéquate » est-elle encore possible ?

– L’homme (ou la femme) de spectacle, c’est-à-dire celui (ou celle) qui, tout en en faisant partie, le régit pour partie, instrumentalise toujours les affects. Or, il peut tromper, involontairement (en pensant faire quelque chose de juste ou de nécessaire) ou sciemment (en sachant que tel n’est pas le cas). Cette dernière hypothèse n’amène-t-elle pas indispensablement à s’interroger, en toute hypothèse, sur ses intentions ? Comment le faire et aboutir rationnellement à une conclusion ?

– Ce que tu as dit tout haut, la plupart – sinon la totalité – des politiciens ne le mettent-ils pas en pratique tout bas, depuis longtemps déjà, secondés en ce par la perversité de leurs omniprésentes agences de communication, qui, usant de moyens techniques et financiers inédits, s’avèrent toujours plus puissantes dans la suscitation d’affects au nom de néants ou de tromperies programmatiques ? D’ailleurs, la vocation première de tout politicien n’a-t-elle pas de tous temps consisté, depuis que le métier existe, à en susciter ? Le marketing de la peur, dont les diverses ficelles sont plus ou moins pertinentes (les migrants pour les uns, le nationalisme nouveau pour d’autres, par exemples), n’en mobilise-t-il pas de manière quasi permanente, dans des directions variées ? La Grande Répression, concomitante au marketing du mépris, en suscitant tantôt colère, tantôt mélancolie, n’est-elle pas elle-même une usine à affects ? Dans l’affirmative et dans ces conditions, ce qui distingue de ceux-là les affects dans ta proposition ne repose-t-il pas nécessairement sur une forme de manichéisme ? Assumes-tu celui-ci, y compris en ce qu’il peut renvoyer à une ontologie de la soumission (bourgeoise ou autre) ? Es-tu à l’aise avec la perspective que la mobilisation des affects puisse mener à la discipline ?

– Tous les affects suscitent-ils le mouvement ou certains ont-ils, au contraire, comme effet de provoquer l’apathie ? Une plus grande précision ne s’impose-t-elle ? Un politicien peut-il se la permettre sans être accusé de démagogie ?

– instrumentaliser les affects tout en l’annonçant, est-ce encore les instrumentaliser ? Une quelconque relation de confiance – parce que d’égalité – peut-elle raisonnablement s’établir dans d’autres conditions, c’est-à-dire lorsque pas même quelques indices d’une telle instrumentalisation et des buts qu’elle poursuit ne sont délivrés ?

– Les instrumentaliser contre un individu ou une somme d’individus sur base d’informations confidentielles glanées à son ou leur insu en agitant celles-ci, de manière évidente ou subliminale, comme autant de chiffons rouges, passant outre à une ou de multiples fin(s) de non-recevoir, comme peuvent le faire à l’égard de prospects, de ressources ou d’adversaires présumés, les agences de renseignement, relève-t-il, en définitive, d’une instrumentalisation des affects distincte ? Quelles sont, de manière générale, les limites éthiques de leur instrumentalisation ? A partir de quand les effets de cette dernière s’assimilent-ils à un préjudice ? A partir du court-circuit ou avant ? Et à partir de quand la concevoir comme relevant d’une forme de fascisme ?

– Lorsque cette instrumentalisation est malveillante (trahissant elle-même de ce fait une passion négative), lorsqu’elle réifie son objet, mais même dans l’absolu, qu’est-ce qui, du désir de toute-puissance sur soi-même ou du désir de toute-puissance sur autrui, est le plus légitime et le plus indicatif de maturité ? Comment séparer, parmi les signes et signaux extérieurs qui ressortissent au cours du monde et ceux, malveillants, qui les imitent par vanité, le bon grain de l’ivraie ? Comment, qu’à ces derniers l’on réagisse ou non, éviter de conférer l’impression que l’on y est sensible, c’est-à-dire que l’instrumentalisation produit ses effets ? Comment signaler que c’est l’instrumentalisation elle-même que l’on récuse, bien plus que l’on ne réfute son contenu ou sa forme ?

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