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De l’apôtre Matthieu

Petit et de frêle composition, il adoptait toujours un ton mesuré qui faisait croire qu’il avait trouvé l’équilibre intérieur. C’était un personnage sans relief; il aurait pu être petit fonctionnaire dans une administration. D’ailleurs, il l’était, d’une certaine manière. S’il avait été musicien, il aurait probablement choisi un créneau entre la pop sirupeuse et le shoegazing. Non pas tant parce que ce dernier genre, dans lequel de remarquables artistes, pour la plupart britanniques, ont excellé, correspondait à son tempérament – je doute même qu’il en eût jamais entendu parler –, mais parce qu’entre deux accès de ferveur religieuse infantile, son âme déférente faisait penser à celle d’un moine quiétiste dont l’humilité apparente l’amenait à river son regard au sol : Dieu est immense, et je suis tout petit.

La musique, toutefois, ne semblait pas être sa tasse de thé. Rien en tout cas ne laissait paraître le contraire. Ni la fiction au sens strict d’ailleurs, qu’elle soit littéraire, picturale ou cinématographique : jamais la moindre référence artistique ne venait entacher ses prêches numériques. Non, sa fiction était autre…

Il avait un adorable petit minois, mais rien de sexuel ne se dégageait de sa personne. Il était dans la seconde moitié de sa vingtaine et pourtant se targuait d’apprendre à mourir. C’est logique : il venait de se marier. C’est dans la cafète de son lieu de travail qu’il aurait, susurrent de mauvaises langues, fait à sa chère et tendre sa demande. C’était là, raillent-elles, l’étendue de son imagination.

Quoi qu’il en soit, Dieu en était toujours l’inspirateur proclamé, Dieu et Whitehead, son messie, tel qu’il l’avait lu en tout cas. Quel Dieu ? Il affirmait sans relâche que ce n’était pas celui, omnipotent et prophétique, auquel d’aucuns vouent inlassablement leur hystérie : le sien était, disait-il, ignorant du futur, et dépendant, en quelque sorte, d’un agencement évolutif dans lequel chaque pièce, humaine ou autre, vivante ou non, était appelée à œuvrer par panenthéisme, sans coercition aucune – prière de le croire – à une alchimie de l’harmonie globale. Pour autant, la vision de Matthieu ne se revendiquait pas spinozienne.

Plusieurs indices vinrent néanmoins troubler celle-ci, qui finit enveloppée d’une épaisse brume. A commencer par cette citation hautement problématique du grand Alfred, mise en exergue de l’une de ses vidéos : « dans la mesure où nous nous fions à l’objectivité des intuitions religieuses, il nous faut également poser que les doctrines métaphysiques sont fondées ». Sous ses airs tautologiques, la proposition est des plus perverses : quelles doctrines, que diable !?

A l’occasion d’une interview, Matthieu confia son regret que contrairement à la droite, qui, elle au moins, investit le champ du religieux et du divin, la gauche l’avait délaissé. Or, il fallait à cette dernière, à son estime, pour assurer son salut, renouer avec ce divin refoulé. Pourquoi ? Parce que… Parce que, comme l’a reproché à Dawkins dans un tweet vengeur celui qui soutenait avoir voté pour Bernie Sanders, lequel avait pourtant en 2016, poussé dans ses retranchements, admis sans ambages qu’il ne « se sentait pas religieux »,  « les matérialistes scientifiques comme vous emplissent de leur ego l’espace dévolu à Dieu ». A dessein, Matthieu entretenait donc une confusion malsaine mais prototypique quant à la nature du religieux auquel il se référait, et laissait entendre qu’il préférait la compagnie de faux dévots à celle d’athées véritables, qui seuls ne seraient guidés que par le narcissisme et l’intérêt.

Conséquemment, il importait, selon lui, comme il l’expliquait en défense dudit Whitehead, sa référence (tronquée ?) en toute chose, de « penser de manière complémentaire, ou intégrale, afin d’éviter les oppositions ainsi qu’une synthèse facile, et d’appréhender plutôt la complexité, la difficulté, afin d’arriver à une hypothèse ouverte, [sachant que] les hypothèses métaphysiques sont distinctes des hypothèses scientifiques au sens où il est impossible de les tester en laboratoire : on peut déterminer si elles sont adéquates à sa propre expérience, mais pas les valider ». De manière complémentaire ? S’il réhabilitait le magique, Matthieu, au contraire, ne cachait pas son aversion pour le malfaisant doute méthodique cartésien. Eviter les oppositions ? Mais cela ne reviendrait-il pas à mettre sur le même pied fait et spéculation, faisant le jeu ultime de cette dernière ? La complexité ? Celle d’une injonction diffuse ? Une hypothèse ouverte ? Aussi ouverte que la puérile mise au pas de Dawkins ? S’ajoute à toutes ces objections le fait que la religion de Matthieu, un ex-anarchiste autoproclamé, s’accompagnait sous sa plume d’une affirmation dont le flou rendait la portée incalculable : « l’être humain ne s’appartient pas »…

Matthieu se vivait comme un diplomate, c’est-à-dire comme quelqu’un qui cherche à persuader plutôt qu’à imposer. Mais, fuyant toute contradiction véritable, il vivait en vase clos, n’abreuvant de ses paroles contradictoires et peu pensées que des aréopages fortunés reclus dans des manoirs réservés à la jetset et pareillement adeptes d’une logorrhée confuse toute de déité imbue, appréciant jusqu’à la nausée toute forme de flatterie et rejetant toute critique, même la plus argumentée : « comme c’est bien, Matt », « formidable travail, Matt », « continue comme ça, Matt », « que tu es profond, Matt ». Et les like de ces like de se répandre sur la toile : en effet, ces éloges faciles recevaient tous de l’intéressé un sceau approbateur auquel toute considération égotique était bien sûr étrangère. Gare, en revanche, aux commentaires qui, épinglant dans ses prêches des contradictions manifestes, invitaient à entamer un débat honnête : leurs auteurs étaient forcément mus par de fort peu pieuses arrière-pensées…

En ce qui me concerne, j’étais tombé sur son blog par hasard, il y a quelques années, en feuilletant le livre d’images de Google. Son aspect, qui mêlait philosophie et ésotérisme, attira un jour mon attention, et sa lecture m’amena à m’intéresser à plusieurs sujets auxquels je ne m’étais pas frotté jusqu’alors, et à découvrir par la même occasion des auteurs qui m’étaient peu familiers. M’informant à leur propos, je veillai toujours à formuler des commentaires qui soulignaient à la fois mon intérêt pour les sujets abordés et ma volonté d’échanger autour de ce qui m’apparaissait comme des failles dans le raisonnement du jeune théiste, toujours avec l’objectif de trouver un terrain d’entente qui nous permettrait à tous deux de nous élever.

Tandis que certains commentaires triviaux semblaient retenir son attention, fort peu des miens reçurent une réponse, mais je n’en pris pas ombrage : qu’il privilégiât l’inconsistant relevait de sa pleine liberté. Je ne me décourageai pas pour autant. Au fil du temps, je découvris que Matthieu avait un grand nombre de tabous, l’origine ethnocidaire de son pays par exemple. Puis, lorsqu’il se mit enfin à répondre à certaines de mes interpellations, je constatai que, si indéniables fussent ses erreurs, il lui était impossible de concéder qu’il pût s’être factuellement trompé, et ce même lorsque je mettais en avant, quant à moi, certaines de mes approximations passées. Quant à sa faculté d’autodérision, elle était inexistante. Était-ce une coïncidence ? Toujours est-il que, dans un milieu très empreint de culture indienne, voilà deux caractéristiques qu’il partageait avec certaines sectes qui se veulent élitistes au point de se croire infaillibles, ou en tout cas de considérer qu’elles ne doivent aucun compte au menu fretin. De ces sectes, bien sûr, l’Inde n’a pas le monopole…

Non dénuée d’interférences extérieures, notre communication devint cependant plus riche. En tout cas, c’était mon impression. Il me fallut déchanter lorsque le diplomate en herbe, adversaire de la force et chantre de la persuasion, censura sans raison l’un de mes commentaires sans même oser l’admettre. Il me fit comprendre dans la foulée que ma présence sur son forum était au mieux étrange, au pire importune. Hypocrite, faible et méprisable, il eut pour ce faire recours à un tiers. Sans doute eût-il fallu que je comprisse que, bien que publics, son blog et sa chaîne étaient en fait implicitement réservés aux autres habitués de sa pratique de groupthink, et que ses efforts de persuasion, nuls et non avenus, se limitaient en réalité à ceux qui sont d’accord avec lui, lui dont l’ego tapi derrière une pensée alteracadémique de bazar selon laquelle « ignorance is bliss » me censurerait une seconde fois, poussant la perfidie jusqu’à me narguer sottement par messages subliminaux. Mais – tout diplomate vous le dira – sans doute le censuré est-il responsable de sa censure : n’est-ce pas à lui qu’il incombe logiquement de mettre en sourdine sa fierté et de persuader l’Autre de le laisser parler ? Être libre de s’exprimer de manière égalitaire n’est pas, voyez-vous, l’incontournable prémisse de la diplomatie, mais son objet initial…

Une déception de plus à mon compteur que ce Matthieu, en ce que, quoique modestement, j’avais investi de moi en lui, lui accordant, comme il convient, le bénéfice du doute quant à l’adéquation entre ce qu’il professait et ce qu’il faisait, quant à son honnêteté intellectuelle en somme. Un enfant, en définitive, mais sans l’allégresse, un enfant au sens le plus pathétique du terme lorsqu’il s’applique à un quasi-trentenaire choyé, surprotégé et frivole, qui brassait du vide et, bien qu’y échouant lamentablement, aspirait à mourir tandis que d’autres, dans l’Amérique des libertés, se mouraient littéralement loin de son regard panpsychique. Un fanatique en puissance, à la fois judgemental, sanctimonious et idiot, les trois allant de pair en règle générale. Et, de ce fait, un agent de la norme d’autant plus redoutable qu’il se présentait sous des atours adorables et progressistes…

Ce panpsychisme, c’est notamment lors de séances collectives d’ingestion de produits psychotropes de nature psychédélique que lui en est venue l’intuition. Mais il était peu dissert à ce sujet. Moi-même riche de plusieurs expériences lumineuses en la matière, tant communes que solitaires, je ne puis objectivement dénier la sensation sublime et à nulle autre pareille de Tout éthéré dans lequel, délestée de toute forme, de toute pesanteur comme de tout souci, la conscience flotte à cette occasion. Les processus physiques qui, en temps normal, filtrent les sensations pour nous rendre le monde intelligible et nous rendre aptes à agir sur lui s’évaporent l’espace d’un instant, nous permettant d’ouvrir « les portes de la perception », d’une autre perception, dont nous ne pouvons sinon avoir idée…

L’autre réalité, qui nous est d’ordinaire inaccessible et que nous découvrons alors fugacement – car c’est bien une réalité –, tend à rendre vaines toutes sortes de préoccupations et de névroses provoquées par le caractère ingrat de ce qu’il est convenu d’appeler la réalité. Et qui, entre le berceau et la tombe, ne fait pas au moins une fois l’expérience de cette réalité alternative ne saurait de manière exhaustive définir la nature de l’existence. C’est à l’ignorance d’une dimension révolutionnaire de l’être-au-monde que celui(celle)-là se condamne. Et, comme il va de soi que ce savoir se répercute a posteriori sur la conception que l’on se fait de la vie en commun, c’est-à-dire de la politique, quiconque ambitionne d’organiser la chose publique sans avoir connaissance de cette dimension essentielle est en fait handicapé : au mieux, il est comme le jeune enfant à qui, parce qu’il insiste, ses parents tentent vainement d’expliquer la sexualité; au pire, sa raison obtuse l’amène à négliger par principe certains phénomènes, auquel cas il est souvent tenté d’imposer ses choix à chacun. Or, interdire à des adultes d’explorer souverainement et sereinement leur conscience sous toutes ses facettes, qu’est-ce d’autre que la lettre première du projet totalitaire, qu’il soit archaïque ou transhumaniste ? Oui, les substances psychédéliques sont génératrices de salutaires métamorphoses de la psyché.

Pour autant, faire totalement abstraction de la réalité quotidienne, faire totalement fi de l’individualité, considérer que l’ego et le parcours personnel ne jouent aucun rôle dans l’interprétation individuelle ultérieure de ce type d’expériences, et ne prendre aucun recul par rapport à celles-ci et aux projections que l’on a pu y associer peuvent s’avérer de périlleuses tentations. Certes, il importait au système répressif de démontrer que certaines icônes des sixties qui étaient devenues par trop populaires étaient en fait déséquilibrées et dangereuses. Mais, en glorifiant par leurs actes mêmes la prise régulière de produits tels que le LSD, qui requièrent au contraire une certaine sagesse (plus de mille fois en une quinzaine d’années, dans le cas de Leary), ne l’étaient-elles pas ?

A cette compulsion-là, Matthieu semblait n’avoir pas succombé. Mais son TOC du divin, qui paraissait, sans nécessairement se confondre avec elles, s’accommoder de toutes sortes de « doctrines métaphysiques », jusqu’aux plus aliénantes, cherchait de facto à imposer une interprétation exclusive de l’expérience psychédélique fondée sur un vocabulaire équivoque. Or, ces doctrines perfides destinées à détourner du vrai et à enchaîner l’Humanité représentent l’exacte antithèse de ce que j’ai retenu, quant à moi, de mes pérégrinations occasionnelles dans des contrées que les enfants qualifient de magiques : la volupté dé-chaînée…

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April’s fool – extended !

It all started in 1990 with the Gayssot act, which penalizes any narrative contradicting the official account of the Holocaust (*). For the first time, history was no longer a subject of debate and controversy : the entire French nation was told what to believe, and non-believers or skeptics who dared voice their doubts publicly would soon expose themselves to prosecution.

9/11 was the next marker : any Frenchman publicly contradicting the US government’s version of the events leading up to the massacre based on its inconsistencies (the Third-Tower mystery, for instance) and its unlikeliness (intact foreign passports left in the vicinity of Ground Zero like Easter eggs for the FBI to find) was swiftly portrayed as mentally unstable and unworthy of attention.

But it was probably the Charlie-Hebdo tragedy and the ensuing events that allowed all those within the French political and media establishment who were eager to once and for all curtail free speech in a way that would serve their interests to deploy their full-pravda dominance. Indeed, under the guise of fighting apology for terrorism, the powers that be designated, among others, philosophy teachers who had the nerve to examine said events critically by looking at the big picture as fair game to their hierarchy, and even to the judicial system.

This proclivity towards censorship symbolically culminated during the latest French presidential election, when a fringe candidate was accused by the mainstream media of being a conspiracy theorist… merely for quoting press snippets from the past which were no longer in line with the current state of mind of the so-called elites.

All while feeding a new McCarthyism that is a conspiracy theory in and of itself, the oh so enlightened new French aristocracy, boosted by the 2016 glitch in the matrix overseas, is now totally unhinged in its attempt to suppress any dissent : French subsidized daily Le Monde, for instance, has become so arrogant it now assesses the credibility of its alternative competitors, and a new law should soon allow Versailles to resort to interlocutory proceedings to instantly muzzle any whistleblower labeled a bearer of “fake news”.

In the country of Descartes, methodical doubt has become a heresy. In the country of the Enlightenment, obscurantism is praised again : seeking the truth is suspicious, thinking critically nearly criminal. In the country of secularism, you’d better be a good believer

***

Assad is a monster. Anyone who would still doubt that by now wouldn’t be in his right mind. The butcher of Damas might indeed be the instigator of last Saturday’s alleged events in Douma (also known as the lower house). But that’s not the topic of this article…

What we are required to believe is. It was a month ago

Based on the positive identification of this chemical agent […], our knowledge that Russia has previously produced this agent and would still be capable of doing so, […] the Government has concluded that it is highly likely that Russia was responsible for the act against Sergei and Julia Skripal.

Theresa May, March 12, 2018

It hasn’t changed…

The British Cabinet met recently and they concluded that the Assad regime has a track record of the use of chemical weapons and that it is highly likely the regime is responsible for Saturday’s attack.

Karen Pierce, British ambassador to the UN, April 13, 2018

So, we shouldn’t enquire about the date of production of the unverified images which briefly dominated this week’s news cycle. We should question neither their source, nor the plausibility of the claim. The development of private armies without congressional oversight shouldn’t alert us. The quickness with which some people reacted shouldn’t surprise us either. For such a solid claim to be derived exclusively from circumstantial evidence is itself circumstantial. The past twenty years – hell, history as a whole ! – have demonstrated our leaders never lie. Therefore, we shouldn’t demand to see the evidence they claim they possess. We should just trust them. For we should not question the existence of God. Should we, we would be conspiracy theorists, would we not ?…

« Face à ceux qui veulent créer la confusion, allant jusqu’à accuser les populations syriennes de s’être gazées elles-mêmes, face à ceux qui suggèrent un complot, […] nous devons revenir à des faits simples. »

François Delattre, ambassadeur de France à l’ONU, 13 avril 2018

Tenebras vincere populace…

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(*) Said act pertains to crimes against Humanity in general, but at the time only the Jewish ethnocide perpetrated by the nazis was concerned.

The Gayssot bill was adopted in 1990, not in 1976, as initially stated. The correction was made on April 16, 2016.

The same day, the tweet grossly minimizing the importance of the Holocaust dated April 15 was added for illustration purposes only.

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QCM : Dieu existe-t-il ? 1/ Oui – 2/ Non – 3/ Ca fait « pshiiit » – 4/ Chais pas, mek !

God nee nee nee !

Si Dieu n’existe pas, alors il n’y a que l’homme. S’il n’y a que l’homme, il n’y a que certains hommes. S’il n’y a que certains hommes, il doit y avoir la domination par ceux-là de tous les autres, leur destruction le besoin échéant. Tout comme si Dieu existe…

Le premier postulat a-t-il plus grande valeur que le second ? Est-il plus étayé que lui, ou l’exclusivité de Dieu, de sa parole, de ses manifestations et intentions présumées, de la représentation de son dessein éventuel, l’ont-ils rendu pour certains hommes nécessaire dans leur quête émancipatrice par rapport à d’autres hommes ? « Dieu est, donc l’homme est esclave. L’homme est intelligent, juste, libre, donc Dieu n’existe pas », a écrit Bakounine en d’autres temps (1). Tuer la métaphysique était l’impératif, tâche depuis lors accomplie par la nouvelle rationalité occidentale (en attendant sa ressuscitation ?). Il le fallait, car elle ne pouvait sans la religion se concevoir. Mais qui de la première la seconde soustrait demeure avec un doute et deux hypothèses au moins.

Ainsi, de la même manière que tous les exercices de conception d’un Etre supérieur répondaient à leurs origines respectives à des buts essentiellement politiques, paradoxalement séculiers, foncièrement dominateurs, au sein de sociétés antiques dont la face négative du chaos était rarement absente, lesquels buts ont vu leur perpétuation assurée précisément selon ces schémas, la conviction que Dieu n’est pas répond à des buts essentiellement politiques, ouvertement séculiers et foncièrement dominateurs. Le miroir a changé de nature; il n’a pas volé en éclats. A une croyance s’est ajoutée une autre. Or, la croyance est, depuis l’émergence de la civilisation, l’adjuvant principal de la domination, et plus l’on domine, moins l’on croit. Que cette seconde croyance se soit, dans la chrétienté, développée comme une volonté d’affranchissement de la première (qui n’est la première que pour qui croit en elle) n’a, pour le regard neutre de l’observateur contemporain, aucune importance quant au (non-) fait prétendument discuté lui-même, puisque ce dernier a été soumis à une histoire, à des histoires, à une succession de romans épiques qui ne s’assument pas comme tels, à des rites fédérateurs en série et à des séries de réformes.

La plupart du temps, la croyance est un instinct, une intuition, qui peut mal tourner, se muer d’une part en diktats, d’autre part en servitude, volontaire ou non. Ni l’intuition, ni l’instinct en tant que tels ne sont ici en cause : l’intuition de l’existence du boson de Higgs, récemment étayée, remonte aux années ’60, et longue est la liste de telles intuitions scientifiques corroborées a posteriori, tout aussi longue sans doute que celle de celles qui n’ont pas trouvé confirmation. Quoi qu’il en soit, faire passer au second plan l’objet de l’étude et de la spéculation – Dieu, pour ne pas le nommer – puis réfuter l’hypothèse de son existence sur base d’une réfutation de ce en quoi il est travesti, à savoir le monopole politique plus haut évoqué, relève de l’évident traquenard scientifique et philosophique, de la religion opiacée, dans ce cas-ci aussi : c’est non pas à Dieu que s’en prennent en vérité les athées, mais à l’imposition d’une croyance, et le hiatus est de taille monumentale.

Les questions qu’il incomberait donc, dans ce débat, de se poser sont les suivantes :

–          Pourquoi l’esprit humain s’accommode-t-il si difficilement du doute, c’est-à-dire de la multiplicité des hypothèses et pourquoi des incertitudes faites certitudes le réconfortent-elles au point de recueillir dans de nombreux cas son assentiment ? En d’autres termes, l’esprit humain aspire-t-il de manière privilégiée (naturellement ?) à la lumière ou à l’obscurité ?

–          En quoi l’existence de Dieu, si l’homme parvenait un jour à la prouver, renforcerait ou déforcerait-elle les croyances religieuses qui cherchent à s’imposer par diktat (affirmé ou diffus) ?

–          Comment dissocier, à l’avantage du public (des masses, selon le vocable ancien), la possibilité de l’existence de Dieu de ces croyances, et est-ce là l’intérêt du progressiste ?

–          Certaines interprétations de la technique contemporaine (2) exercent-elles une influence sur la perpétuation de telles croyances ?

thijsvangasteren.blogspot.be

–          Subsidiairement, quelles sont les implications sociales d’une conception fondamentalement élitaire – pour ne pas écrire hiérarchiquement religieuse (3) –  de la technologie contemporaine (4) ? Comment sa vulgarisation (5) pourrait-elle, le cas échéant, (mieux) se mettre en œuvre, et quelles en seraient les conséquences, tant pour la société que pour l’image et le rôle public de la science elle-même ?

–          La technique (la science, de manière plus générale) a-t-elle vocation à constituer une passerelle vers la résolution de la question de l’existence de Dieu ?

–          Dans l’affirmative comme dans le cas contraire, ses applications visent-elles l’émancipation de tout dessein théologique ou la servitude à une théologie sociale ?

–          La non-existence de Dieu, si elle était prouvée, serait-elle, pour l’Humanité et l’individu, source absolue d’affranchissement ?

God ja ja ja !

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(1)    Mikhail Bakounine, Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, Lettres sur le patriotisme, Dieu et l’Etat, Paris, Stock, 1972, p. 101

(2)    ‘Technique’ est ici l’équivalent moins populaire dans le langage courant actuel du mot ‘technologie’, anglicisme dans cette acception.

(3)    ‘Religieuse’ est ici à comprendre selon son sens étymologique (> latin ‘religare’, qui signifie ‘relier’)

(4)    Dans ce cas, le terme ‘technologie’ doit être compris selon son exacte définition en français, à savoir à la fois l’étude de la technique, la connaissance que nous en avons et le discours que nous portons sur elle.

(5)    ‘Vulgarisation’ au sens de mise en commun, bien sûr…

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N.B. : ceci n’est l’article ni d’un croyant, ni d’un athée (c’est-à-dire non pas quelqu’un qui ne croit pas, mais quelqu’un qui nie l’existence de Dieu, donc qui croit à son inexistence), et s’il pourrait être celui d’un agnostique au sens étymologique, il ne l’est pas selon la définition que donne de ce terme le Larousse online

Agnosticisme (nom masculin > anglais agnosticism, du grec agnostôs, inconnu) : doctrine qui considère que l’absolu est inaccessible à l’esprit humain et qui préconise le refus de toute solution aux problèmes métaphysiques.

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Nema. Raseac ot su reviled dna. Noitatpmet otni su deal … enif, su ot ti evig annaw uoy fi ¿ ssenevigrof deen ew dluohs yhw. Doolb ylthgin ruo thginot su evig. Emit fo gninnigeb eht ecnis sah ti sa, enod eb lliw yht. Deniatniam eb htrae no modgink yht. Eman yht eb dewollah, lleh ni tra ohw rehtaf ruo.

When the inner is exiled, the universal is within reach. Not as a promise, merely as a possibility. Petrified in their egos they were when the lightning struck. Not immobile. Incredulously afraid. Not frail, but feeble. In one case, and in the other. Their fear has become aggression. Belief is aggression. Unable to stand alone, they needed a father. The One was looking elsewhere, they fell for the other. Unsuspectingly ? Stuck in the no human’s land, universal lost. Bonds against religion. Futile bonds again. Contrary duplication, involving conquest. Yet, the universal cannot be conquered. Fine-tuned at most, from below always. With a little help from above. Conflicting fantasy stories soaked with the magic just lost, making room for a new reality too often perceived as magical. No essence. Stories forever reiterated and embraced for the soothing comfort their reiteration provides. Oh, Lord ! Oh, Lord of Transgression ! And what a transgression it is to bow down in the dark ! Believe ! Believe, artificial addition of narcissistic infatuations ! Believe and let die, as you’re turning in circles invoking novelty, your alternative carved in the marble of continuity… Believe and kill, if such is what appeases your spleen ! I get mine from looking at you ! Hide, shameful followers, hide in the torpor of the new bourgeoisie ! Believe ! Believe ! Believe ! And when you don’t believe any more, rule those who do ! Follow, and never be ! Dupe as you have been duped, and be duped once more ! Lead, and never grow ! Kill, and die for me !

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Partout des colons !

D’équations rédhibitoires, il ne serait nullement question, à en croire les rhéteurs. Mais comment, dès lors, faire rimer entropie et système ? D’hominidé à humanoïde, y a-t-il une marche ? s’inquiète le troglodyte. Le Cro-Magnon est là, en tout cas. Conquistador aux traits feutrés désormais, quant à son élite, il impose sa sharia faite d’une formule simple : ça vaut combien ? Telle est l’acmé de notre civilisation : toute ressource égale valeur, et toute valeur est matérielle. Et puisque l’esprit n’a de sens que pour la matière, pourquoi échapperait-il à la mise en abîme ? Cette préhistoire dont nous sommes héritiers éclaire peut-être d’un jour ancien les réguliers autodafés massifs qui apaisent nos consciences et nos liasses de billets et permettent à la science d’exercer le tordu issu de pyramidales encyclopédies de règles, de mots d’ordres, de devoirs dont des chapitres entiers sont devenus dérisoires mais sur lesquels continuent de s’empiler tout le doctrinaire savoir généré spécieusement par le désir de gloire et cette absconse volonté de mettre sous tutelle une prétendue barbarie universelle qui ne cessera pourtant de le contourner. Laisser faire, alors, laisser passer ? Ce désordre-là est ordre, juste moins perceptible. L’autorité, même diffuse, a toujours pour ennemie la conscience, sans laquelle point de science véritable. Parce qu’elle ne se commande ni ne se vend, elle est l’adversaire des deux camps qui seule permet leur synthèse et leur dépassement, favorise la transhumance des idées, des cadres, des allégeances, non pour forger mais distiller ce dont sera fait demain. Liberté est conscience, conscience est liberté. Semez-là à tous vents comme la vérité universelle dont personne n’aura jamais raison bien longtemps. Parce que, comme notre pierre génitrice, elle s’appartient ; elle est, transcendant clans, crédos et lois, par-delà mal et bien, le tutoriel adamantin de l’humaine condition. Réprimez-là, tentez de la sculpter, faites-en la dénégation, et vous aurez… partout des colons !

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Reason, the key to humility…

Si la religion s’éteint, Dieu meurt. Comme la religion, la science a vocation à définir le périmètre de l’hygiène mentale. L’observation scientifique se limite au sens visuel, ce qui dévoile son inspiration phallique. Le réel est le plus large éventail des possibles dans lequel se déploient science et religion. La science contemporaine, relience, est omnisciemment monothéiste. La religion est une fiction figée responsable de l’histoire qui se déroule. La suppression du hasard est la condition du bien-être humain et la responsabilité du scientifique dans un environnement déterministe. La démocratisation de la science et des connaissances desservent le progrès. La science est une fiction évolutive…

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(added October 29, 2014)

« My name is Sam »…

Sammy Boy-the-philosopher has a book to sell. It’s all about his latest experience with shrooms, and the transcendental meditations it brought about, on such delightful topics as war, nukes, religion and whether The Prophet was actually a repressed transsexual or not : one man’s bad trip is another man’s ecstasy…

Not that he needs the funds : he claims to be donating 50 % of his revenue to charities like the IDF. The exposure is rather motivated by glory, enlightenment of the masses, and the need to leave something behind to inspire generations to come, in this dark, dark world, where Reason – Alleluiaaa ! – is supposedly losing ground by the day.

Yet, what better way to sell his dope than to get the buzz going on every possible TV show or web podcast willing to invite him to rant and rave about his (not so) carefully conceived dogmas, often related to parts of the globe where the Sun don’t shine, but always in line with the Party’s views ?

Lately, it’s mostly been about Islam. But there are variants, for instance : “What would happen if we just killed the Dear Leader and created a democracy in North-Korea ? Who the hell knows ? These people might just not be ready for democracy in the next twenty years. There may be an argument for some kind of benevolent dictator-transition to democracy, with emphasis on ‘benevolent’. I mean : you put someone in charge. […] There [haven’t been] many benevolent dictators historically, but […].

After testing it on numerous audiences, the sorcerer knows his trick : he fills an odious, and usually completely nonsensical, proposition with conditionals, as in “one could argue that, it being part of our backyard, Chile deserved a lot better than Allende, because – some might say – the Chilean people were in all likelihood hoping for a betterment of their economy, and a rather smooth political transition was (probably) the best option to make that happen”. That way, he remains free to candidly picture himself as a true dove afterwards, should some sinister character à la Greenwald rebut his claim with all his might, and to deny he ever said what he actually suggested in the strongest possible terms. He only spe-cul-hated, ladies and gentlemen : “it’s not what you think, daddy, I simply had an O.O.B.E. Some friend of mine might even have suggested I might have been a prey for a dark-minded succubus with an English accent known, perhaps, for his a priori rather peculiar ideas, in the end. Who, me, a neocolonialist ? You know me better than that”…

Comes the next step : a 3-hour-long working-class interview with the other side of the force. Failing to remember what Billy HBO said about Muslims behaving like hysteric sissies, our Sam scheduled an appointment with Cenk, the sometimes agitated Turkish hunk with a lovely Armenian foil, to clarify possible misunderstandings during the first extensive session of his long-delayed psychoanalysis…

And what better, prior to further ado, than to start whining like a little egomaniacal whore for about ten minutes about how unashamedly evil and intellectually dishonest people, some of whom carry a name with a suspicious consonance, have been mistreating the Beacon of Light by misrepresenting his tortuous straightforward philosophical opinions as if he had actually expressed them ? Chapeau, l’artiste !

As old recipes have demonstrated their effectiveness, Islam would surface sooner or later in the discussion, as a matter of certainty. It would be sooner rather than later : after a few figurative crocodile tears, world-jihad, stifled gayness, nukies and female genital mutilation indeed invited themselves to the table, from which they had been banned for far too long.

Let’s be honest, though : as explicitly stated in Leviticus 18:22 and 20:13, the Koran does show some contempt for the occasional slide-and-glide-into-the-unholy-bride. Ironically, however, if the rope is the perpetrators’ horizon, it will at least make the juices flow one more time, albeit through a martyrized loveshaft : God is merciful !

Hundreds if not thousands of junior Western Taliban have embarked on an unforgettable RadIsl (1) journey of discovery into the brutish Middle-East only to be parked in luxurious villas with swimming pools on the Turkish border (2), where they can, in accordance with traditional Muslim values, contemplate partaking in Rebel Syria’s inglorious Grand Design while studying the infinite subtleties of Leviticus applied to video games, and editing the latest IS Grand Theft Auto-like new-wave propaganda videos, which, without a doubt, are to the Koran what the Talmud is to the Torah…

This Talmudic dissertation is scrupulously turning its back on at least one of the recommendations revealed to The Prophet, however : “and who are more unjust than those who prevent the name of Allah from being mentioned in His mosques and strive toward their destruction. It is not for them to enter them except in fear. For them in this world is disgrace, and they will have in the Hereafter a great punishment” (2:114). Sam’s words exactly : the inspiration for their gruesome acts and the large-scale destruction of mosques and other holy places of Islam in Mesopotamia and the Levant, these barbaric Viking-crusaders are drawing directly from the Book despised…

But what on God’s green Earth could have propelled a renewed Shia – Sunni sectarianism ? Certainly not the purge carried out by the 2003-invader, Sam tells us. “You sure, because we thought for a second… ?” — “I’m sure : it’s got as little to do with the uprising of fanaticism in the region as the Israeli occupation with Palestinian spleen, believe me… Reformation is what they all need, and we’re going to impose it to them from the outside : that’s the way it’s always been done…

Twice, Sammy’s contradictor invokes the chilling ghost of the Holocaust : didn’t Hitler, after all, claim he was acting in the name of Christianity ? But the nuance Sam won’t grant the IS-patchwork, he is willing to concede to the mash-up of paganism, rationalistic scientism… and, of course, Christian beliefs, with regard to the criminal genesis that irrigated European fields with impure red fluid, some 75 years ago. And how bravely honest that is, indeed, almost as honest as his claim about contraception…

If, you see, the Holy See has always seemed so reluctant to allow the use of condoms, including on a massively stain-blooded African continent, it is because rubber (and avoided pregnancies in general) is strictly prohibited by the scriptures, which, in the author’s opinion, are equal to their centralized Talmudic translation by the Vatican, as of the first half of the XXth century.

As far as separation between Church and State is concerned, it came not as a result of bitter political fights, but because that principle too was enacted in the Bible, so much so that the Temple Mount lunatics have agreed to drop all their childish demands instantly with this poignant yell : “Ave Caesar” ! What a Sam Harris-speech can do…

Schuiten - Peeters, les murailles de Samaris

Harris is a man of polls, far less of statistics and sociological studies : numerous polls show this, countless polls indicate that… He abhors faith, as do I, but the absence of faith doesn’t seal God’s fate : at this stage, nothing can prove God’s (in)existence, under his various plausible forms, as envisioned by Plato, Descartes or Spinoza for instance, whose respective philosophies may well circumscribe  the spectrum of the great metaphysical misunderstanding in Western civilization. Therefore, all a rational mind can do, in my opinion, is throw away its pseudo-certainties, reminiscent of a religiosity that is incompatible with science seen as a very secular, hence ever evolving, perspective, and prepare for all eventualities, including the illusion of free will. Then again, if God exists and if s-he is perfection indeed, why should we per se assume his-her word is immutably limited to the horrifying cage of absolute determinism ? And should his-her (in)existence influence our behavior towards our fellow human beings (or, in a broader picture, towards most lifeforms) in any way ?

Never would one dare come up with the utterly disrespectful misconception consisting in thinking the liberal-conservative advocate of tireless foreign military interventionism Harris is is struggling, like many French intellectual frauds (“intellectuels faussaires”), with a few obsessions around which he spins a web of carefully selected examples and interpretations that seem to support his thesis, equally dismissing or willfully ignoring all those who might shed a different light on things : scientific method at its best !

His ideologically-tainted standpoints question the role and goals of an intellectual in modern societies : even supposing the Truth is what Harris is really after, shouldn’t he nevertheless take the principle of reality into account, notably regarding the Middle-Eastern issue ? And does this principle not require acknowledging the deleterious influence of monstrous US-backed dictatorships on local religious practice as well as on dogmatic (religious and/or ethnocentric) education patterns ?

Muslims represent between 3 and 7,5 % of Western societies (3). A huge majority of them are living peacefully and have learnt to transcend the discrepancies between a literal interpretation of the Koran and the Western way of life, which is precisely what any Westerner should hope for. Is it the intellectual’s role to antagonize and alienate these communities on an essentialist basis ? No one can ignore the threat posed by a few rotten apples, but it’s not a threat obfuscating tactics carry, rather a promise…

Asking all Muslims to recant a determining part of their culture (even if they’ve adapted to a secular environment), namely the Koran, is the best potion for radicalization, the best strategy to reach a violent clash, monolith against monolith (again). Which dangerous game are people like Sam Harris playing with the rushed-through and biased version of Hegelian dialectic they seek to impose, and are they playing it on command ? is this game improving or worsening the condition of women and gays, both within and outside these communities ?

To Harris, the ‘civilized world’ is basically the one killing people with drone attacks. Nowhere in his software does he seem to integrate this elementary principle of physics : action/reaction. You can throw rocks at some people sometimes, but you can’t keep throwing rocks at the same people all the time without expecting a virulent reaction. Whatever else is true, it sometimes seems that no matter what some people do, none of their actions or initiatives finds any favor in the eyes of those who observe them from their ivory watchtower, but what was the “not-in-my-name”-campaign if not a clear expression of the Western Muslim communities’ unequivocal refusal to endorse barbaric violence on behalf of their shared religion ?

Talking about barbaric violence, how else could one qualify a philosophical speculation which includes a preemptive use of nuclear firepower (somehow more hygienic to the author than traditional firebombings), if some conditions are met, one of these conditions being the absolute necessity to prevent dubious regimes (according to fluctuating Western standards) from acquiring this devastating sword of Damocles themselves. But supposing this is a valid reason, why would the West feel the need to resort to mass murder when conventional weaponry (with some depleted uranium, nonetheless) could do the job ? And what is supposed to make us believe highly educated officials either from Arab countries, or from countries within the Persian sphere of influence, would be foolish enough to greet the Great Satan with a nuclear ballistic missile ? Koresh-like tendencies inspired by the 72 virgins ?…

Sam says Shia Iran could be on the verge of providing the Sunni Taliban with the materials necessary for the apocalypse, as if the collapse of the USSR and the temporary chaos that ensued hadn’t been enough of an adjuvant to the proliferation of so-called dirty bombs. He also imagines the possibility the deep state within, for instance, the Ayatollah-led country or Pakistan might not be able to prevent some madmen’s ascension to power : even if it isn’t, wouldn’t US apathy in that case signal something to the world ?

Dear Sammy Boy, isn’t some intellectual seriousness recommended on such important matters ? Aren’t the awkwardly serene tone of your voice, close to that of a first communicant, and the apparently emotionless self-confidence of your posture, indicative of some kind of nearly-hermetic initiation, in stark contrast with the apocalyptic (if the word isn’t too connoted) repercussions your presuppositions involve, and the excrements of thought you’re displaying ? Aren’t you actually once more demonstrating there is no need to be inspired by any traditional religion to join the list of abominable XXth century Big Brothers ? Are you too a Bach-admirer ? Aren’t you, in fact, cremating care in your mind ?… And oughtn’t those in university circles who are still thinking about inviting this circus attraction to speak in their midst, think twice and leave the honor to cheap, formatted, TV talk shows ? Don’t get me wrong : it’s not a matter of censorship of opposite opinions; it’s merely one of lack of credibility and of intellectual incoherence hiding behind academic pretences…

Between a genuine thinker and an ideologue capitalizing on public fears, there is a ditch as wide as the Red Sea : one cannot possibly keep staring at the US military-industrial complex with blissfully stupid naivety or suppurating cynicism, certainly not after the WMD-lies about Iraq, as if the Empire’s political motivations were all guided by pristine virtue and certified neutrality. Before teaching lessons to distant parts of the world, isn’t it advisable for any intellectual to keep his own house in order with twice as much rigorousness, starting with an awfully misty attic ? Harris’ brief hint at his perhaps not being as naïve as one might think, in the last minutes of the interview, is insufficient to convince, after the truckload of insanities he professed throughout the show.

In that respect, he seems to have chosen to follow Kant’s pivotal ethic in Critique of Practical Reason : whatever the nature and form of the authority governing their nation or environment, every citizen is expected to submit to said authority, one of the many differences between these two being Kant was, by necessity, virginal as to the various atrocities the century of world disenchantment would perpetrate…

There is Reason, and there is common sense. These are not always the best of friends. During this debate, however, they were both on the same side… and it sure wasn’t the square-minded Islam-basher’s…

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(1) Catch the Orwellian ref ?

(2) as a redeemed teen who got back to his homeland in the meantime recently testified :  http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/videozone/nieuws/buitenland/1.2116430

(3) Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Islam_by_country
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The full debate between Cenk Uygur and Mr. Harris, aired on Oct. 23, 2014 on TYT : can be watched here : https://www.youtube.com/watch?v=WVl3BJoEoAU

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To make it more readable, a few minor (non-factual) changes were made to this post on Feb. 19, 2017 so as to attenuate the sometimes exaggerated irony contained in its first section. An excerpt from a conference between Harris and R. Dawkins was also deleted because it involved a YouTube video published by an account that no longer exists.

 

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