Articles tagués : Stiegler

Interview de Stinkerview…

– Salut.

– Salut.

– T’as trouvé la poule aux œufs d’or, on dirait… Plus d’un million de vues, déjà, pour le fils de petit paysan portugais. Jackpot, mec !

– Heeeey, tope là ! Je suis dans la fabrique de stars alternatives, moi.

– Non, sorry, lui, il s’est construit tout seul, from scratch

– C’est ça, ouais, nique ta mère ! Sans moi, il serait rien. Tu crois que c’est ses 70.000 exemplaires qui ont fait sa notoriété ? Je place mes pions, moi, tu vois, un peu comme à la DGSI, en fait. Et j’ai un carnet d’adresses épais comme celui de Dieu le père. Parfois, je me prends un peu pour lui, d’ailleurs. [rires]

– Y en a certains qui disent qu’en fait, t’acceptes très mal la critique, même constructive. Tout ce qui ne relève pas de la lèche dans les commentaires de tes vidéos serait censuré, les profils bloqués.

– Nan, ça, c’est les petites mains. J’y suis pour rien : on est un collectif. J’en suis que le gourou.

– Sinon, tu te présentes comme un hacker, mais on a rarement entendu parler de tes exploits. T’as une éthique du hacking ?

– Une quoi ? T’sais, j’suis resté un grand adolescent, genre : Why ? Because I can… yeaaah ! J’aime bien me marrer. C’est humain, non ? Double 0 Seven, Sky is ze limit

L’appli Gilets jaunes, c’est toi ?

No comment

– On te dit très beauf aussi. L’autre jour, Stiegler t’a embrouillé comme jamais. T’as compris un seul mot de sa logorrhée ? La fluidité des concepts, tout ça…

– J’suis pas là pour comprendre. Je pose les questions ! Tu connais Krishnamurti ?

– Ah, non, m’embrouille pas avec ça, hein. Et toi ?

– Non, c’était juste pour dire… Je me sentais un peu exclu de la conversation…

– Comment tu t’organises, en fait ? On sent pour chaque invité une préparation minutieuse et ciblée.

– Tu te fous de ma gueule, là ? J’ai vingt fiches standard, une question par fiche…

– Pourtant, ça cartonne chez les djeunz.

– Ouais, c’est un mix d’exigence et d’easy listening. Et c’est te dire à quel point le mainstream est embourbé.

– Même si tu laisses parler tes invités beaucoup plus longtemps – justement – que le mainstream, t’as l’art de sortir ton ego et de les interrompre précisément au beau milieu des développements les plus riches, divertissant leur attention et celle des mateurs. En fait, t’es à la fois bourdieusien et anti-bourdieusien.

– Je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire…

– Il t’arrive d’utiliser tes tools pour menacer quelqu’un ? Prends Usul, par exemple. Après ta vidéo avec la poule, dans laquelle celle-ci avait mis en cause Mediapart à propos de l’influence néfaste qu’y exercerait l’ex-mac, il en avait sorti une à lui dans laquelle il ironisait sur ton professionnalisme dégingandé. Mais, là, dans sa dernière vidéo en date, il te passe la pommade…

– C’est qui, Usul ?

– Cynique ou idéaliste ?

– Cynique à mes heures, idéaliste à mes minutes…

– Tu crains la lumière, comme les vampires ? Y a des trucs à savoir sur toi ?

– Transparent… et lycophile !

– Ok, d’ailleurs, je vois les griffes commencer à s’allonger, là. Je sens qu’il est temps que je me taille. Ben écoute, on s’appelle ?

– C’est ça, ouais…

Kiss kiss

https://yannickbaele.wordpress.com/2017/11/19/beyond-the-black-swan/

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En vérité, je vous le dis…

« L’idée [de Platon était] que la vérité est accessible à tout un chacun sans qu’il ait à renoncer à sa singularité. La singularité de l’individu, sa subjectivation, ne la détruit pas; elle l’installe dans une coexistence nouvelle avec les autres subjectivations. […] Cela veut dire qu’une vérité unifie, mais qu’elle unifie sans exiger l’abandon des différences. Et c’est pourquoi nous évitons le piège du dogmatisme : on peut appeler dogmatique la position qui consiste à dire : s’il y a des vérités, alors ces vérités ne vont pas accepter les différences. Tout le processus que je vous décris […] tend à créer une théorie à l’intérieur de laquelle il y a des vérités universelles, et l’expérience de ces vérités universelles peut être partagée sans avoir à renoncer aux différences de la subjectivation et aux différences individuées, ce qui veut dire qu’il peut exister une théorie non dogmatique des vérités universelles. Et, ça, c’est un point très important parce que, pour le moment, la conception dominante, qui est une conception relativiste, et en réalité largement sceptique, est qu’en définitive, à chacun sa vérité. Puisque les subjectivations sont différentes, en définitive il n’y a pas vraiment de vérité commune et, au fond, il n’y a que des opinions. [Comment trancher] entre des opinions ? Comme il n’y a pas de vérité, […] c’est très difficile, [donc] finalement on considère que la moins mauvaise, c’est celle qui est majoritaire. Or, ça, ça n’est pas sûr […] : rien ne le démontre. Ce que je propose à la place de cette vision, c’est de dire : il y a des vérités universelles, les subjectivations peuvent être différentes, les expériences de ces vérités peuvent être différentes, mais cette différence ne crée pas la nécessité d’une scission, la nécessité d’une opposition. Autrement dit, ce qui est universel, ce qui est égalitaire, travaille non pas contre les différences, mais à travers les différences. »

A. Badiou, Institut français de Prague, 30 octobre 2014

***

  • Comment justifier le fait de vouloir […] donner de la puissance à une idée à laquelle on croit, à une forme d’idéologie, [auprès] d’autres personnes ? Comment imposer ou tenir pour vrai ce qui, en toute logique spinoziste, ne peut être vrai que pour moi ? N’est-ce pas incompatible avec l’exercice de la politique ?
  • Mais l’exercice de la politique dans son déroulement concret, finalement, se moque des choses de la logique, car, en effet, on pourrait tout à fait lui opposer l’argument que vous venez de faire. Et il est certain que, en tout cas à un certain niveau – parce que la question de la normativité chez Spinoza est en fait très complexe et s’étale sur des plans différents –, […] disons dans le registre de ce que Spinoza appelle la servitude passionnelle, règne un relativisme axiologique total. Spinoza dit : chacun juge du Bien et du Mal selon son affect. Ce qui n’exclut pas que se forment d’ailleurs des affects communs, c’est-à-dire des manières partagées de juger identiquement d’un certain bien et d’un certain mal, mais à la fin des fins, rien ne pourra le rapporter à un fondement objectif. La politique, finalement, ce sera le champ agonistique de ces affirmations axiologiques qui s’affrontent selon des rapports de puissances déterminés par les effets affectifs, l’extension des effets affectifs qu’elles ont pu chacune produire, et l’Histoire ramassera les copies, et dira quels seront les gagnants. Et [qu’est-ce que] l’Histoire ? C’est l’histoire des événements racontés du point de vue des vainqueurs, la plupart du temps.
  • Oui, mais arriver à assumer cette vérité qu’il n’y a pas de vérité en soi, que ce discours dont nous pouvons être porteurs n’est jamais vrai que pour nous paraît quand même incompatible avec toute forme d’engagement politique, ou même idéologique, puisque finalement nous avons besoin de rassembler d’autres personnes pour pouvoir agir au nom de cette idée que nous tenons pour vraie. Il y a un problème pragmatique ici…
  • Bien sûr, mais qui est aisément vaincu dans la pratique, puisque dans le concret de l’activité politique, le défaut d’ancrage objectif dans une espèce de réalité absolue, […] qui fonderait absolument l’engagement axiologique et idéologique, est suppléé par la force d’adhésion affective même, et en quelque sorte la politique est régie par un décisionnisme des affects : bien sûr, si on va jusqu’au bout du raisonnement, à la fin des fins, je suis incapable de fonder en raison absolument ma position, mais voilà, c’est ça que je pense quand même.
  • A partir de là, il faut déployer des trésors de rhétorique pour convaincre les autres de m’accompagner dans ce mouvement ?
  • Absolument, [bien que ça n’implique pas] que l’exercice soit un pur chaos agonistique d’affirmations pures et sans suite : chacun s’efforce d’argumenter en généralités, mais en réalité, si on creusait [la question], aucune des positions ne pourrait se revendiquer de l’ancrage objectif. Ce qu’on pourrait dire, c’est que l’effort d’argumenter en toute généralité est un hommage que les positions particulières rendent au groupe, puisque la généralité même, c’est un appel qui est fait au groupe, c’est un appel au dépassement de la particularité du point de vue depuis lequel la position idéologique, intellectuelle ou politique est émise. Il s’agit de revendiquer tout de même, envers et contre tout, la position de la généralité, même si elle est inatteignable jusqu’au bout.

F. Lordon @ France Culture, Les nouveaux chemins de la connaissance, 21 octobre 2016

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« Il va falloir essayer de redécouvrir ce que c’est que la vérité […]. Parce que beaucoup de gens disent […] que la vérité, ça n’existe pas. Ce n’est pas vrai du tout. Ce qui n’existe pas, c’est qu’il y ait une vérité, mais qu’il y ait des moments de vérité, qu’il y ait de la vérité – il y en a beaucoup –, [personne ne peut le contester]. [Toutefois, la vérité,] ça a beaucoup disparu : on a des présidents de la république qui sont des menteurs éhontés, on a des personnages qui sont censés représenter le savoir, le pouvoir, qui sont des bandits. »

B. Stiegler, Interview par Galileo Concept Alsace, 25 juin 2015

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