Articles tagués : Mélenchon

Pour en finir avec ce numéro de duettistes : dire heil, camarade patron ? Fuck you, Gramsci !

Il existe, il faudrait être particulièrement sot pour ne pas s’en apercevoir, une alliance objective entre l’Auguste acculturé que les Français se sont choisi par défaut et le petit père des passions tristes qui s’affiche comme son premier opposant. Cette alliance, qui a vu le jour au début de la campagne présidentielle, Mélenchon étant allé jusqu’à vanter plusieurs fois les mérites de son cadet durant ses harangues, perdure aujourd’hui. Et il ne serait pas étonnant que celui qui a pris l’habitude de s’aliéner méthodiquement tous ses alliés de gauche potentiels ait accepté, en revanche, quelque discrète entrevue avec sa bête noire supposée. Qu’importe si tel n’est pas le cas : son double jeu ne serait que plus obséquieux si la répartition des rôles qui en découle était le fruit d’une synergie spontanée…

Que le pseudo-président lâche un Macron – son prolofisme en la matière ne doit rien à la fainéantise de gens qui ne donnent aux Français que l’impression qu’ils leur parlent, alors qu’ils ne font que s’apostropher entre eux à distance devant un public dispensable – et voilà qu’aussitôt l’agitateur professionnel, alléché par le fumet qui s’en dégage, s’y vautre avec volupté, comme il s’est vautré à chaque occasion qui lui en était donnée dans des caracasseries dont le bon peuple de France n’a que foutre : Mélenchon est à Macron ce que la grognasse était à Hollande, et le tortionnaire d’Alger à Mitterrand avant elle : le leurre que se choisit la Cour pour affaiblir le camp d’en face. Certes, personne de sensé ne se plaindra a priori de cette translation stratégique, surtout pas après la victoire triomphale que ladite mère poissarde a servie au nervi du CAC sur un plateau d’argent, mais se réjouir d’être pris pour des gogos n’est-il pas l’apanage des soumis ?

Que le bâtard avatar de Mao, Trotski, Chavez et Gramsci réunis ait mené la campagne la plus innovante, la plus énergique et la plus programmatique de toutes semble une évidence. Que marginaliser l’ectoplasme politique solférinien relevât de la nécessité pareillement. Mais quand l’entreprise de déconstruction est-elle supposée prendre fin ? Et à qui est-elle censée bénéficier ? Combien de foucades faudra-t-il à la populace lassée encaisser encore entre-temps ?

Dans sa trente-huitième Revue de la semaine, le héraut de la France méprisée se réjouissait qu’Hamon ait appelé à se joindre à sa manifestation du 23 septembre, invitant ses troupes à lui réserver un bon accueil : « on ne fait pas », y affirmait Dr. Mélenchon, « de la bonne politique avec des rancœurs ». Las ! Six jours plus tard, Mister Amer reprochait à son ex-adversaire, dans les colonnes de Marianne, de ne pas avoir accepté qu’il le nomme premier ministre…

Durant la campagne, il avait sèchement envoyé sur les roses un jeune journaliste plus que probablement exploité qui s’était pourtant fait le porte-parole, involontaire peut-être, de plusieurs voix à gauche qui, comme Torreton, se demandaient : « et nous », face à ce spectacle politicien, « on fait quoi ? »

Ce « nous », c’étaient déjà, bien sûr, les futures victimes de la baisse des APL, le monde du travail fragilisé par les ordonnances à venir, les économistes indignés par l’annonce de cadeaux fiscaux sans précédent aux ultra-riches, les sains d’esprit inquiets de la poursuite du nucléaire. Ce « nous », c’étaient déjà les désœuvrés aux deux offres d’emploi déterminantes, c’étaient tous ces petits riens que ce spectacle a confirmés dans leur statut !

Ce weekend, Mister Amer n’ira pas à la Fête de l’Huma. Nouveau caprice de diva. En termes de fairplay, ceux-là non plus n’ont pas toujours été au top depuis 2012. Mais ils ont survécu. Ils existent. Et ils sont de gauche, bon sang de bon soir !

Malgré les rodomontades, les relations avec la CGT semblent elles aussi compromises par l’absence totale de recherche de compromis de la part de l’intransigeant líder máximo hexagonal : comment sinon comme un camouflet interpréter, en effet, l’enchâssement in extremis d’une nouvelle manif syndicale dans le calendrier révolutionnaire, à deux jours du grand raout mélenchoniste ?

« Seuls ceux qui sont devant comptent », déclarait, fin août, l’icône de la nouvelle avant-garde éclairée en conclusion des amFIs d’été de son parti-mouvement. Ça promet ! Et ça en dit long sur l’espace y laissé aux réfractaires créatifs par la Doctrine guidant le peuple…

Depuis un an au moins, je scrute en détail les mouvements et ois avec intérêt toutes les saillies verbales du bonhomme. Je ne lui reproche ni sa gouaille, ni son goût pour la théâtralité. Et comment pourrais-je lui reprocher sa culture ? Une chose, toutefois, le distingue de ceux à qui on le compare parfois, Corbyn ici, Sanders là : outre le plaisir de s’écouter parler, d’imiter l’accent gaullien jusqu’au ridicule, outre l’inflexibilité doctrinaire, le fait de tirer toujours la couverture à soi, la pétulance dans l’insulte, l’inclination au repli, la hargne que parfois rien ne justifie, le mépris du contraste, l’arrogance de la vanité, ou plutôt en marge de tout cela, c’est le facteur humain, que les deux autres n’ont pas hésité à dévoiler, mais qui demeure chez Mister Amer une inconnue de taille : qu’y a-t-il derrière cette carapace blindée, cette machine politique, ce stratège calculateur ? Un divan d’opérette n’a pas suffi à effeuiller l’acteur, dont la part ténébreuse, pour qui ne se découvre de son esprit critique à l’entrée du temple de l’Insoumission, tend toujours fâcheusement à éclipser la lumière du programme.

On m’avait dit que l’initiation maçonnique était d’abord un moyen de se découvrir soi-même, de préserver la flamme en soi après avoir œuvré à un cessez-le-feu. Le stade initiatique n’est plus pour Mélenchon qu’un lointain souvenir. Pourtant, derrière les mises en scène, c’est en vain que l’on recherche la paix de l’esprit de l’énergumène qui, comme ci-dessus, ne répond plus de ses pulsions…

Rien de tout cela n’aurait d’importance si celui qui s’avère incapable de discuter avec ses pairs du même bord et du même pays n’était appelé par hypothèse, s’il est autre chose qu’un leurre, à prendre langue avec d’autres produits politiques, de toutes confessions et de toutes latitudes, y compris ceux d’une certaine « gauche radicale » hellène, qui, tout en faisant partie du groupe parlementaire européen qui était aussi le sien, tressent aujourd’hui des lauriers au showman de la Pnyx par ailleurs contempteur de la démocratie parlementaire.

Rien de tout cela n’aurait d’importance si ne subsistait le risque que ceux qui croient en lui se voient une nouvelle fois floués. Car s’il faut toujours, en politique, se méfier comme de la peste des fanatiques, il convient aussi de considérer les comédiens pour ce qu’ils sont.

A mesure que seront nourris de faux espoirs, que sera alimentée à gauche une concurrence fratricide que tous fustigent pourtant de manière générale, et que s’accentuera à l’encontre de la fatche d’avant-garde l’opprobre de l’habituelle palette de chroniqueurs quasi encartés ou que, comme hier, s’adoucira, au contraire, le verbiage de ladite caste, le petit Peuple, excessif rien du tout ou tout du rien, disposera d’indications pour déterminer de quelle catégorie relève son sauveur à lui…

 

Publicités
Catégories : Politique / Société | Étiquettes : | Poster un commentaire

Citation pour citation…

« Les pauvres sont le visage monstrueux  de l’inefficacité du libéralisme à produire autre chose que des névrosés de l’accumulation des fortunes. »

(samedi 13 mai 2017, Villejuif)

Les riches satisfaits au milieu d’océans de pauvres sont le visage monstrueux d’un nouveau féodalisme qui liquide l’humanisme par pertes et profits.

« Les gens qui n’ont jamais reçu de coups sur la figure m’inquiètent toujours un peu lorsqu’ils sont au pouvoir. »

(France Culture, lundi 8 mai 2017)

Lorsqu’ils sont au pouvoir, les gens qui estiment avoir une revanche indistincte à prendre au nom des coups qu’ils ont reçus peuvent s’avérer aussi inquiétants que ceux qui n’en ont reçu aucun.

 

Catégories : Expressions de sagesse passagère | Étiquettes : , | Poster un commentaire

« Ich bin ein Pariser » !

Après la débâcle d’hier soir, qui fait s’opposer deux périls pour la France, la poursuite de l’oligarchisme et la xénophobie décomplexée (par opposition à la laïcité malheureuse), tous les démocrates que compte le pays seraient appelés à revêtir pronto l’uniforme militaire et à enfiler leurs bottes pour rejoindre sans ciller et avec discipline – ein zwei ein zwei – les rangs d’oignons des forces du Progrès contre la tyrannie de l’unanimisme fasciste. Le premier tour se parait des atours de la démocratie; le second sera un enrôlement forcé ! Et gare aux mauvais Français qui se permettraient d’aller à l’encontre de cette évidence, fût-ce en s’abstenant, en votant blanc ou en glissant par malice un bulletin Mélenchon dans l’urne : la soumission à la chose doit être totale, le score quasi stalinien escompté pour elle de nature à lui conférer un large mandat !

On ne s’étonnera donc pas de l’empressement des sergents recruteurs de la médiacratie à exiger un « soutien sans réserve » à la démolition finale de l’Etat social : quand faut y aller, faut y aller ! Chèque en blanc : telle est la consigne, confirmée en fin de soirée par un Griveaux porte-parole clanique suintant de suffisance (le liant du camp de la Liberté) face à une Duflot décontenancée.

Il va bien falloir que vous fassiez un pas vers tous ceux qui ne se reconnaissent en rien dans ce que vous proposez et qui, refusant de choisir entre mal et mal moindre, pourraient se laisser tenter par l’abstention, venait en substance de lui lancer l’ex-égérie émeraude, qui avait eu la courtoisie de préciser auparavant que, pour Christ et Nation, elle se pincerait le nez dans l’isoloir dans deux semaines. Pensez-vous ! Pour le caméléon, qui, il y a un mois, tournait encore en dérision l’idée même de culture française, l’heure est désormais au patriotisme : L’Un-Tout, garant en soi de la pluralité républicaine, phagocyte tout contraire ! Tenez, voilà votre centime symbolique : c’est à prendre ou à laisser ! Vingt-quatre pourcents de brebis égarées, c’est une majorité de Français, n’est-ce pas ?

Depuis lors, lieutenants, capitaines et généraux de l’infamie (sociale-)démocrate sont sur la brèche pour traquer le moindre déserteur. Tous ces gradés, qui, à travers leurs trahisons programmatiques, leur double jeu électoral et leurs parjures à répétition, ont porté haut l’étendard de leur camp au cours de l’année écoulée s’érigent désormais en champions de l’Ethique. Si la manœuvre n’avait pas été rendue impossible par le score microscopique de leur candidat, auquel ils ont puissamment contribué, ils auraient, réglant leurs pas sur ceux des corporate Democrats d’outre-Atlantique, reproché à Jean-Luc Sanders leur propre effondrement. L’influence de la Russie, quant à elle, ne pourrait servir d’argument fallacieux que si le ciel venait à tomber sur la tête de Marianne : au secours !

Qu’importe, il reste aux Khomri et autres Cambadélis le plan C : tenter de se refaire une virginité en associant l’insoumission à la chose à un soutien tacite à la peste brune. Mais le mauvais français Mélenchon, insensible au son du clairon, a déjoué le piège, refusant de se poser en tuteur des consciences végétatives de ses électeurs, comme l’exigeait pourtant le vent de Renouveau qui souffle tel un printemps fétide sur un Elysée délabré. Certes, ses marques d’estime à l’égard du Veau d’Or – de la poule aux œufs d’or, pour les plus espiègles –, dont il a étonnamment parsemé sa campagne, ne laissent aucun doute quant au bulletin qu’il insérera dans l’urne, mais le dire haut et fort, une fois encore, sans y avoir été mandaté, eût signifié sa fin par anticipation, car qui aura soutenu celui qui, dès que le brouillard qui enveloppe son imposture se sera estompé, verra sa popularité rejoindre celle de son distingué prédécesseur dans les abysses des navires échoués sera sans hésitation cloué au pilori, pour autant, bien sûr, qu’il existe encore une gauche d’ici là…

Car cette chose-là, comme chacun sait, n’est plus à la mode. Ou, plus exactement, elle est victime d’une nouvelle tendance : celle qui en émousse les contours jusqu’à les rendre indéfinissables, et la rendre insipide et honnie. Ainsi, hier soir, entre deux homélies, Père Plenel, pas étonné pour un sou par le résultat, tant celui-ci était inscrit dans les astres, ouvrit sur Mediapart avec sa coutumière duplicité trotsko-jésuitique le chantier du nouveau  quinquennat en posant la question qui s’impose : « et maintenant, comment va la gauche ? ».

Pour y répondre, trois jeunes femmes, une thuriféraire du revenu universel, une mauvaise Française et… un suppôt de la chose ! Comment va la gauche, en effet, elle qui, après addition, a recueilli sensiblement moins de suffrages qu’il y a cinq ans, payant une proximité d’étiquettes avec des affairistes sans foi ni loi ?

Il y avait « je suis Charlie ». « Je suis Emmanuel » a pris le relais : ave le flan nouveau ! Ave la gauche ! Et ave la République !

 

 

Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , | Poster un commentaire

Insoumission et fidélité idéologique…

De l’idéologie, le Larousse en ligne propose quatre définitions. Deux de celles-ci nous intéresseront ici au premier chef.

Ainsi, l’idéologie, c’est d’abord l’étude (rationnelle) des idées, en ce compris leur épistémologie, c’est-à-dire le discours (logique) sur les idées. Mais c’est aussi un « système d’idées générales constituant un corps de doctrine […] », c’est-à-dire un ensemble d’idées qui font discours. Il n’est pas rare que la sédimentation du langage aboutisse à conférer à un même mot des significations quasi antithétiques, propres, dans ce cas-ci, à rapprocher Aron de Staline, et obligeant par là même à décoder le contexte de leur utilisation et l’intention que leur attribue le locuteur, ou qu’est appelé, dans une démarche plus socratique dont s’est largement inspiré l’art contemporain, à leur attribuer le récepteur. Le décodage qui suit s’est fait sans trop de peine…

Dans un autre article, j’avais déjà évoqué la distinction que j’effectue entre idéologie (au sens second) et principes (1). En écoutant l’oraison funèbre, qui se voulait par moments élégiaque, qu’à l’occasion de la poussiérisation de feu le Líder Máximo cubain, l’amiral de l’Insoumission a prononcée hier soir au cours la Reine, cette distinction ne m’a paru que plus pertinente et édifiante, dût-elle çà et là être accueillie par « des regards de sidération bovine »…

A la décharge de l’amiral – chassez le naturel… – et de quelques autres, il convient de préciser que ne sont pas moins visés ici tous les amnésiques de circonstance qui, faisant l’impasse sur la dictature classique (c’est-à-dire compatible avec l’oligarchie) à laquelle son émergence mit fin, ainsi que sur l’embargo impérial qui conditionna son action, persistent, non sans ironie, à présenter le fidélisme comme une espèce de deus ex machina, autrement dit non pas comme « une chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée », mais comme « une chose […] qui est et agit par la seule nécessité de sa nature » (2), tout en s’obstinant, au nom d’une neutralité empirique sans doute – curieux paradoxe ! – épurée de tout dogmatisme idéologique, cela va de soi, à relativiser ou à taire, manichéens, les bienfaits d’un régime désormais orphelin (3) avec autant d’énergie que n’en déploient ses thuriféraires, dans cet affligeant ballet de vestiges du monde bipolaire, à passer sous silence ou à minimiser ses méfaits.

S’agissant de ceux-ci, l’amiral n’était pas en reste hier soir, qui, sans la moindre réserve, scanda plusieurs fois sur le mode d’un cyclope devant une statue de Jeanne d’Arc le prénom du regretté camarade : « Fidel ! FIDEL ! ». Tout principe a ses humbles artisans, toute idéologie ses saints, et c’est la mémoire de l’un de ces monstres sacrés qu’a choisi d’honorer dans un discours à mi-chemin entre hommage politique appuyé et rouerie électorale mal calculée celui qui répète à l’envi qu’il n’a jamais été communiste. « Nos héros » et « les nôtres » y figuraient en bonne place, de même que « l’Union des Républiques socialistes russes » (sic !) et la révolution chinoise « victorieuse », « à quelques années près » (celles du « Grand Bond en Avant », concomitant à la Révolution cubaine ?), toutes deux citées sans plus d’explications dans le cadre d’un rappel contextuel des rapports de forces internationaux de « l’époque », dont seul « l’autre côté », avec ses discriminations raciales et sa mainmise impérialiste sur ses voisins directs, ressortait rachitique…

Ainsi va l’idéologie, monolithique, indivisible et roublarde. Carrée, sa catéchèse n’autorise pas la nuance, car comment la nuance pourrait-elle unifier ? Comment pourrait-elle souder les parties du Tout-Partie ? La nuance ne saurait être l’opium des masses. Car les masses sont idiotes, et elles doivent marcher droit !

Indéniablement, la souveraineté populaire est un principe. Mais s’affranchir de toute tutelle extérieure suffit-il pour le réaliser ? Un guide suprême, reliquat hobbesien d’une certaine rhétorique gauchiste peu connue pour son affection de l’insoumission, suffirait-il à l’incarner ? Si éclairé que puisse être son despotisme, n’en est-il pas intrinsèquement une forme de négation ? Et sur quelles bases autres que son idéologie, c’est-à-dire ce qui n’est jamais susceptible d’entraîner véritablement qu’une partie du Tout, celui qui justifie le despotisme ici mais le condamne là peut-il fonder sa cohérence intellectuelle et sa méthode ?…

La liberté d’expression est un autre principe. Ce principe, en théorie consacré pour chaque individu dans un environnement commun, et celui de la souveraineté populaire, qui s’applique au commun de cet environnement, ne sont en rien antinomiques. C’est la rigidité de la doctrine fidéliste qui a imposé en l’occurrence de l’enchaîner au nom d’un commun qu’elle a souverainement défini comme incompatible avec la dissension individuelle, dès lors qu’à son estime, cette dernière ne pouvait résulter que de tentatives de subversion extérieures. Or, toute doctrine est rigide à sa manière : il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner le sort médiatique réservé aux anti-européistes dans des Etats réputés démocratiques, ainsi que la rigueur budgétaire et financière dogmatique qui,  indépendamment de toute idéologie, a amené certains de ceux-ci à le devenir. A l’inverse, les principes, eux, sont dynamiques. Ils interagissent, et de leur interaction peuvent émerger une très grande diversité de combinaisons, parmi lesquelles des combinaisons nouvelles, concrètes, qui ne requièrent pas de recourir aux rouleaux compresseurs des idéologies, tous constitutifs de pensée unique en puissance, c’est-à-dire tous inaltérables et voués à leur destruction réciproque.

Les idéologies s’affrontent et vacillent en bloc, souvent au détriment des principes qu’elles prétendent porter, tandis que les principes en tant que tels peuvent certes s’opposer, mais aussi s’influencer et subsister, créant des formes bâtardes qui ne renient pas ce qui les fonde. La devise républicaine française, prise dans son intégralité, repose sur une telle bâtardise, dont l’idéologie prédominante actuelle, celle qui, aux bœufs ne déplaise, parce qu’elle croit avoir écarté toutes les autres par la raison du pognon, postule et cherche à convaincre qu’elle n’en est pas une, met à mal chacune des composantes, chacun des principes, et ce au sein même d’une République dont la Constitution, pareillement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, par exemple, se compose bien plus d’une énumération organisée de principes qu’elle n’impose un chapelet doctrinal.

Les doctrines, les idéologies, sont aux principes ce que les corsets d’antan sont aux seins nus : l’imposition sélective d’une restriction de mouvement de nature à entraver l’accès au lait de la vie. Elles sont révolutionnaires pourtant, en ce qu’elles ne cessent désespérément, depuis deux siècles au moins, de tourner en rond, se répondant l’une l’autre dans un circuit fermé qui se voudrait perpétuel, leur rigidité étant telle qu’elles ne peuvent manquer de susciter leur opposé. Les idéologies sont des farces simplificatrices, des fixations obsessionnelles, qui ne servent que ceux qui les élaborent et qu’elles font vivre. Si elle ne s’écrit pas au moyen de principes désormais, l’Histoire se condamnerait donc à demeurer le trou béant de l’absurdité, du fond duquel une voix malicieuse murmurerait en boucle de manière lancinante : « point n’est besoin de réussir pour persévérer »…

Ogre oppressif, libérateur passionné : que ta momie aille en paix, Fidel ! …

 

__________________

(1) Lire : https://yannickbaele.wordpress.com/2016/04/27/the-forbidden-peace-of-mind-2/

(2) Spinoza, Lettre LVIII, à G.H. Schuller, 1674 (trad. E. Saisset)

(3) Lire : http://www.lalibre.be/debats/opinions/l-insupportable-hommage-de-jean-claude-juncker-a-fidel-castro-un-crachat-a-la-face-de-ses-victimes-5839ec05cd70a4454c05c546

Catégories : Philo de comptoir, Politique / Société | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

« Valls est un petit fils de pute »…

Il y a un mois, Valls entendait des voix : « ton heure est venue, tu seras le prochain premier ministre », lui auraient-elles glissé à l’oreille, alors que semblait s’essouffler le tandem des papys. Il sentait monter la sève, et l’explosion ne se fit pas attendre. L’université d’été du PS à La Rochelle, à la fin août, en serait l’occasion…

Lorsque le parrain avait, le siècle dernier, instrumentalisé l’extrême-droite pour affaiblir la droite classique, la première en était, sur le plan électoral, à ses balbutiements. Le parrain était un joueur de poker, mais un joueur qui ne risquait que s’il était sûr de gagner. Valls, lui, est un téméraire qui se laisse guider par ses tripes. Son calcul est le suivant : l’avenir se joue à droite, entre une droite dure et une droite molle. C’est cette dernière qu’il se propose d’incarner. Pour ce faire, il lui incombe d’évincer la droite classique, en l’ignorant, et de concentrer ses projectiles sur l’extrême-droite. Comme on l’a écrit, la stratégie est éprouvée, mais le contexte, lui, est singulièrement différent : « faites vos jeux, rien ne va plus »…

Que le FN, désormais véritable prétendant à l’ascension élyséenne, constitue un péril réel, personne, à gauche, ne songerait à le nier. Mais lui réserver la focale des discours aboutit à l’honorer davantage encore. Lui renvoyer sa hargne en miroir lors des harangues publiques revient à s’en inspirer. Relayer ses obsessions et les laisser déteindre sur la politique menée équivaut à mériter à son tour, à la suite de son prédécesseur, une carte de membre d’honneur du parti épouvantail.

Tout cela, Valls-le-kamikaze le sait, mais son calcul est triple, et il a pour fondement la pérennité du clan et la sienne propre, d’abord et avant tout. Primo, il doit parvenir à emmener le parti vers la droite, de sorte que les confrontations futures ne s’orchestrent plus, quelle que soit leur configuration, qu’autour d’un duel entre une droite de gauche et une droite de droite. Or, l’extrême-droite de la gauche est loin d’être surpeuplée. Parallèlement, il lui faut se présenter comme le jeune frondeur débordant d’énergie qui brûle d’envie d’en découdre avec l’adversaire, comme l’antithèse du Matignon actuel en somme, s’il veut décrocher la palme intermédiaire, qui est son indispensable sésame vers 2017.

En effet, l’intéressé, dont le tempérament, la suffisance et la hardiesse sont en tous points comparables à celles du tonitruant et très rasoir avocat d’affaires dont il a fait siennes les manœuvres, affûte ses armes – il ne faut pas en douter un seul instant – en vue de la prochaine erreur monumentale de casting qui lui permettrait, au terme de primaires nouvelles (son joujou personnel, qu’il partage avec Montebourg) imposées à un président contraint d’y souscrire en raison d’une impopularité constante et préservée, d’appliquer, au sein de la cathédrale de la gauche cette fois, sa stratégie de rupture.

Pareille auto-contemplation narcissique mise bien sûr sur l’affaiblissement continu, voire l’implosion, d’une UMP en proie aux rivalités internes héritées des accointances fascistes de son ancien Führer, et fait abstraction d’une inconnue majeure : d’une configuration telle que celle de 2002 mais inversée, le parti socialiste sortirait-il la tête haute ou la queue entre les jambes ? Les municipales et les européennes à venir en 2014 constitueront, à cet égard, l’épreuve du feu, mais, en réalité, peu importe : quand bien même l’hypothèse la moins favorable se réaliserait, le petit vociférateur d’Evry se serait, par son positionnement rusé, assuré le rôle de leader moral de l’opposition au nouvel obscurantisme. Dans tous les cas de figure, c’est donc une OPA que Valls entend mener contre le PS. Dans tous les cas de figure, le PS sera perdant. Dans tous les cas de figure, c’est avec l’avenir de la gauche que le « petit fils de pute » est en train de jongler ! Sa fébrilité s’explique en grande partie par le nombre de variables sur lesquelles, ne lui en déplaise, il n’a, dans ce poker menteur, aucun contrôle absolu. Mais, quoi qu’il en soit, la partie est bel et bien entamée…

A mille lieues d’apaiser la situation, ce qui ne lui serait en aucun favorable, le petit homme de Beauvau convoque, en effet, le maccarthysme en le remodelant, et ravive les anciens traumatismes : il existe, en France, dit-il, « un ennemi intérieur » (1), une cinquième colonne. Et le même de recourir à un essentialisme que l’on pensait révolu… « Il faut dire la vérité aux Français », pétarade-t-il péremptoirement : il est « illusoire de penser qu’on règlera le problème » des populations juives « à travers l’insertion [uniquement] », ajoutant que seule une minorité de Juifs veulent s’intégrer en France (2). Ce sont ces propos indignes qui lui ont valu d’être taxé, un peu maladroitement sans doute, de « petit fils de pute » par XxAmereYigalxX et toute une série d’autres sur YouTube, un média qu’il craint comme la peste.

« Ces populations », insiste-t-il cependant, « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation » avec nos propres traditions.  Evoquant les ghettos de fortune dans lesquels ces Juifs sont condamnés à croupir, il prend soin de préciser qu’il n’y a « pas d’autre solution que de démanteler ces campements progressivement et de reconduire [ces populations] à la frontière » (Ibid.).

En août, face aux cadres socialistes policés et aux quelques militants égarés qui l’écoutaient, le caudillo junior, qui souhaitait à la fois alarmer et indigner dans les chaumières, illustrait cet impératif par une anecdote : « [La députée de Vaulx-en-Velin, les élus de cette ville et son maire communiste] ont demandé le démantèlement » d’un camp juif où s’affichait crûment la misère. « Et il y a une femme, une femme d’un quartier en face, populaire, [qui] vient d’ailleurs et est profondément française, pourtant, qui disait [qu’] il fallait le démanteler parce qu’on ne peut pas ajouter la misère à la misère, parce que nous, salariés, ouvriers, femmes, nous ne pouvons pas accepter que la misère, la prostitution, la délinquance s’imposent. […] C’est dans ces quartiers qu’on cherche à opposer la misère […], et […] c’est sur ces dissensions, sur ces brisures, [qu’on] cherche à prospérer. »

Comme le disait lui-même à La Rochelle, avec une passion quasi hitlérienne qui rendait le public complètement superfétatoire, le petit potentat qui navigue ainsi à vue en eaux troubles : « nous sentons la tromperie, la supercherie, le mensonge. Nous sentons surtout l’offense qui est faite à notre idéal démocratique et républicain. »

Vilipender l’extrémisme tout en s’y adonnant par la bande, pratiquer un populisme de bas étage tout en caressant la fibre patriotique dans le sens gauche, telles sont donc – en voici la confirmation – les recettes du prétendant au califat, qui ne recule décidément devant aucun reniement puisqu’il affirmait, devant un parterre d’universitaires estivaux affligeants qui, malgré quelques huées sporadiques et apparemment isolées, applaudissaient à tout rompre leur propre débâcle annoncée, que « gagner contre l’extrême-droite […], c’est d’abord gagner contre les mots, contre les poncifs, contre cette infâme rhétorique, qui impliquent […] le rejet et la haine de l’autre. […] Gagner contre l’extrême-droite, c’est ne jamais perdre de vue ce qui fait l’essence de la gauche, c’est ne jamais rien concéder sur les valeurs de la République. »

Pas dupe, la commissaire européenne aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, qui avait déjà admonesté le récidiviste de l’Intérieur et ses inspirateurs néo-pétainistes avant lui, plantait, hier, sur France Info, sa première banderille dans le pequeño toro : « si je ne me trompe, il y a de l’élection dans l’air en France. Chaque fois qu’on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou les dettes », on s’en prend aux Juifs, entamait-elle (3).

Cette circonspection affichée s’explique par ce qui suit : « il y a cinquante milliards d’euros qui sont à disposition [au niveau européen] et qui ne sont pas utilisés. […] On laisse [aller] les choses jusqu’à ce qu’elles soient impossibles [à gérer] et on ne fait pas le travail d’intégration. […] La France a signé une stratégie nationale » d’intégration des Juifs. « Or, l’argent n’arrive pas où il doit arriver, dans les communes, chez les maires, là où il y a les problèmes » (Ibid.).

Ce doit être cela, l’Ordre républicain… Jawohl !

______________

(1) Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/valls-affirme-qu-il-y-a-en-france-plusieurs-dizaines-de-merah-potentiels-15-02-2013-2570053.php

(2) Source : http://www.francetvinfo.fr/politique/polemiques-sur-les-roms/pour-valls-une-majorite-de-roms-n-a-pas-vocation-a-rester-en-france_419095.html

(3) Source : http://www.franceinfo.fr/europe/les-invites-de-france-info/roms-viviane-reding-denonce-des-propos-de-campagne-electorale-1153921-2013-09-25

A propos des incohérences et de l’amateurisme factuel du maire d’Evry concernant les Roms, lire ceci : http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/09/24/roms-surenchere-verbale-et-idees-recues_3483799_823448.html

A La Rochelle, Valls a également affirmé que « le trafic de drogues […] tue notre jeunesse, […] crée un autre ordre, celui des mafias et des caïds ». Peu avant, il avait admis que « le succès de l’extrême-droite chez nous, mais [plus largement] partout en Europe, […] c’est avant tout souvent l’échec de l’action publique ». Selon le crédit que vous lui accordez, c’est soit à un pourrissement de la situation, politiquement profitable à toute droite sécuritaire, soit à une victoire in extremis des pouvoirs publics français dans une guerre contre les drogues non officielles menée (et perdue) depuis les années Nixon et par rapport à laquelle, telles des dominos, l’essentiel des nations démocratiques prennent aujourd’hui leurs distances, qu’œuvre le petit Franco de la fumette

A propos de cette thématique, lire l’article suivant : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/08/05/valls-va-mettre-le-paquet-chronique-dun-desastre-annonce/

à mettre en parallèle avec celui-ci : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/08/05/linsupportable-puritanisme-bourgeois-en-matiere-de-drogues/

et celui-ci : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/11/07/nouvelles-du-canna-moloch/

***

(ajout du 19 décembre 2014)

Figaroman et les barbus…

« La calomnie ne peut être une force que si elle correspond à un besoin historique »…

Telle était l’opinion de Léon, pour qui, donc, il était, dans certains cas, envisageable, louable même, d’y recourir. C’était sans doute l’un de ses rares points communs avec Joseph. Nul besoin d’être trotskiste, toutefois, encore moins stalinien, pour partager ce point de vue : les « accusations graves et volontairement mensongères » sont devenues, en bien des milieux, pain quotidien.

Prendre à la lettre cette citation revient à justifier les moyens par la fin, la calomnie n’étant que l’une des innombrables illustrations de pareil procédé stratégique, qui constitue, très malheureusement, la clé de voûte de bien des systèmes de pensée, de bien des modi operandi

Plus encore que d’une calomnie, c’est d’une kabbale que celui qui, fin novembre, a, sur le mode bazooka, décimé de la blonde sur la RTS, et semble bien décidé, aujourd’hui, à faire éclater en sanglots des Fatiha, « touchées dans leur chair » chez le père Bourdin, se dit victime. Ce serait Jean-Cul Méchantcon (Ca vient de YouTube…) qui aurait allumé la mèche, entraînant dans son sillage – une fois n’est pas coutume – la presse peu ou prou unanime, au nom de l’impérieuse nécessité historique de torpiller ce qu’il faut bien qualifier d’icône autorevendiquée de la Réaction française.

L’on pourrait s’étendre sur la pertinence (et la sincérité) d’un tel projet s’il se fonde sur l’argumentation rationnelle, dès lors que, comme toute icône, ce sont plutôt des réflexes pavloviens que suscite, contre son gré ou non, l’intéressée, mais tel n’est pas l’objet de la présente démonstration. Mettre en évidence le caractère paralogique de l’argumentaire développé par le chroniqueur aigri, voilà son objet…

L’origine de la controverse ? Dans un billet de blog publié cette semaine (1), le tumulte et le fracas, reproduisant et traduisant les citations issues de l’entretien accordé, il y a un mois et demi, par l’assimilation à un célèbre quotidien ultramontain (2), reprochent à cette dernière d’avoir franchi une étape supplémentaire dans l’intellectualisation de l’ignoble.

Lors dudit entretien, celle-ci aurait, en effet, évoqué la déportation de cinq millions de musulmans de France : allons, Zemmour, de quoi vous apprêtez-vous à accoucher ?!

Premier argument de l’apprenti sorcier, développé hier matin sur ses ondes favorites (3) : Méchantcon ne parle pas l’italien. Argument futile s’il en est, dès lors que la traduction par le bruit et la fureur de l’extrait le plus polémique, reproduite ci-après, était en tous points kasher :

E.Z. : « Les musulmans ont leur code civil, c’est le Coran. Ils vivent entre eux, dans les périphéries. Les Français ont été obligés de s’en aller. »

Journaliste : « Mais alors que suggérez-vous de faire ? Déporter 5 millions de musulmans français ? »

E.Z. : « Je sais, c’est irréaliste mais l’Histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 que un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d’Algérie pour revenir en France ? Ou bien qu’après la guerre, 5 ou 6 millions d’Allemands auraient abandonné l’Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles ? »

Deuxième argument : jamais le mot ‘déportation’ n’a été utilisé, ni par le Bourreau des Idées, ni même par le journaliste. Ce dernier, contacté au pied levé par les brigades Dassault, auprès desquelles l’histrion a conservé ses entrées, le confirme d’ailleurs dans les colonnes imprimées de la droite-Beaumarchais (4) : « Il faut préciser qu’Éric Zemmour n’a pas employé ce mot. Au terme d’une conversation sur Le Suicide français, les échecs de l’assimilation et du modèle multiculturel, je lui ai posé la question suivante: «Mais vous ne pensez pas [qu’il est] irréaliste de penser qu’on prend des millions de personnes, [qu’] on les met dans des avions…»; il ajoute: «ou dans des bateaux», et je reprends: «pour les chasser?» Ce que j’ai résumé dans la formule qui fait scandale ». Dont acte.

Il n’en demeure pas moins que c’est bien d’un départ massif des musulmans de France qu’il était question, vu la remarque relative au code civil alternatif qui précède, une remarque de nature essentialiste : ils vivent tous à l’écart, ils ont tous des références qui ne sont pas les nôtres, parce qu’ils sont qui ils sont, et ils ne sont pas nous. Par conséquent, au boulet de Naulleau ne déplaise, il n’est fait, dans la réponse incriminée, quel que soit l’angle selon lequel on l’examine, et quand bien même il serait fait abstraction du mot douteux à l’origine du litige, aucune distinction entre les musulmans qui se trouvent clandestinement sur le territoire français, les immigrés musulmans naturalisés, et les musulmans nés en France !

A cet égard, l’on peut rapprocher cette sortie misomusulmane (5) du propos tenu, il y a peu, par un autre exemplaire rassis de la France qui gagne, cochon comme copain de l’idole des de Souche, un propos curieusement passé inaperçu, semble-t-il (6) :

R.M. : « […] je vais tous les samedis au marché. […] 80 % des femmes sur le marché sont voilées. C’est ça qui fait peur aux Français, ce n’est pas l’immigration : ils ne sont pas devenus racistes. »

Contradictrice : « Une grande partie d’entre [ces femmes] sont françaises, Robert Ménard. »

R.M. : « Bien sûr, mais […] vous ne pouvez pas continuer à dire aux Français, qui mesurent que ce n’est pas vrai, que les immigrés, aujourd’hui, se plient aux règles de la France. »

Contradicteur : « Ce ne sont pas des immigrés. Ils sont nés en France. Ils sont aussi français que vous. »

R.M. : « ils sont fils d’immigrés, c’est pareil. »

Le marché d’Evry ne serait donc pas le seul, Ministre Petiot, à propos duquel il y aurait des soucis à se faire… (7)

Résumons : Zemmour ne s’est pas déclaré favorable à la déportation des musulmans de France, quel que soit leur statut légal; il s’est contenté d’envisager la possibilité de leur départ massif – de le souhaiter, pourrait-on arguer, considérant l’antécédent –, un départ motivé par un climat assimilationniste si pesant que, selon l’une des métaphores avancées, il confinerait au soviétisme. Curieux paradoxe, tant les méthodes prétendument staliniennes de l’adversaire constituent son troisième argument…

Que celui qui n’a de cesse de vilipender la mainmise fantasmée des amazones sur des quarterons de mâles mauviettes, et de regretter subséquemment que la paix se soit, pour un temps, face à la guerre imposée, en Occident, illustre par deux fois le contre-remplacement © qu’il escompté à l’aide d’associations d’idées belliqueuses ne devrait, en outre, étonner personne. Tout au plus un bref frémissement est-il toléré…

Il n’y a pas de doute : c’est à la pureté de ces idées-là, et à la prophétie autoréalisatrice qui l’alimente, que l’on reconnaît, en dépit de sa posture de vierge effarouchée, le vrai penseur, celui capable de galvaniser les foules, sans calomnie aucune…
___________
(1) Lire : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/12/15/zemmour-se-lache-en-italie-deporter-cinq-millions-de-musulmans-ca-peut-se-voir/

(2) Source : http://archiviostorico.corriere.it/2014/ottobre/30/successo_Zemmour_arrabbiato_anti_elite_co_0_20141030_57c58d32-6000-11e4-8dd4-2fb2f9df4f43.shtml

(3) Source : http://www.lepoint.fr/societe/eric-zemmour-predit-une-guerre-civile-entre-communautes-18-12-2014-1890709_23.php

(4) Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/12/16/31003-20141216ARTFIG00425-stefan-montefiori-eric-zemmour-n-a-pas-employe-le-mot-deportation.php

(5) néologisme osé mais pas plus anachronique que d’autres, fondé, lui aussi, sur l’alliance sacrilège de l’arabe et du grec, en particulier du préfixe dérivé du verbe ‘misein’ (haïr), lequel définit probablement mieux qu’une quelconque phobie la sentimentalité exprimée, ainsi que ceux à l’égard desquels elle s’exprime.

(6) Source : Des Paroles et des actes, France 2, 4 décembre 2014

(7) Lire : http://www.lepoint.fr/societe/bernard-cazeneuve-monte-au-creneau-contre-eric-zemmour-16-12-2014-1890276_23.php

Pour ceux qui ont la mémoire courte : http://www.liberation.fr/politiques/2009/06/15/a-evry-manuel-valls-veut-des-blancs-des-white-des-blancos_564842

***

(ajout du 13 mars 2015)

Nommer les choses…

Au faîte de sa gloire, Villepin, en cercle restreint, aurait lancé : « la France, elle veut qu’on la prenne » (1). Au royaume le plus schizophrénique de notre bucolique fédération impériale, rien ne se perd, plus rien ne se crée, tout stagne, sous des effigies diverses…

Non, ce n’est pas l’économie qui est visée (pour une fois), car il n’est point d’économie de platitudes dans le chef des crétins. Pas davantage cette stagnation n’est-elle le fruit difforme du hasard ; elle est la résultante par dessein d’une branlette prolongée dans les cimes (2) qui prend en étau une Nation entière. Monsieur l’huissier, veuillez raccompagner Monsieur le premier ministre, s’il-vous-plaît…

C’est la mandoline à la main que Roméo avait déclaré son amour à sa moitié de néant en puissance, perchée sur l’intimité d’un balcon. Par les temps qui courent, ce serait ringard. C’est donc à la tronçonneuse que Manolito, personnage non moins fictionnel, a déclaré, l’autre jour, sa flamme à la sienne, dans un décor de Sex Box (3) revisité. Et ainsi, chemin faisant, Eros et Thanatos en guides, les contraires amants cheminent-ils, devant la foule médusée venue assister à leurs peu amènes ébats, au rythme cadencé, quoique déphasé, de La Marche futile ©, que nul mieux qu’une troupe de saltimbanques britanniques n’est parvenu, à ce stade, à illustrer.

Faut-il, à Messire Guy Delcourt ne déplaise (4), nommer la pourriture ? Le faire, ne serait-ce pas déjà l’accréditer un peu ?…

De tous temps, les tribuns de toute espèce ont su aux situations qui l’exigeaient adapter leur ton. Serait-ce, aujourd’hui, le ton qui serait supposé dicter la situation ? Croissez et multipliez… Tel était-il le sens, si de sens il est encore question, de cette tempétueuse diatribe cyclopéenne, la énième dans son registre, adressée, par aparté hémicyclique, à la menace suprême incarnée par une députée, bien seule ce jour-là ?

Lorsque l’on prend, l’on ne prend pas à moitié ; c’est la totalité que l’on vise : tout ou rien, et plutôt deux fois qu’une ! Et, ainsi, les incultes au sommet propulsés, avant de redécouvrir une autre forme de gravité, moins surfaite, moins pompeuse, moins pathétique, moins tragiquement loufoque, mais implacable, s’autorisent-ils, une équerre aussi surréaliste que l’horloge fondante imaginée, en son temps, par un autre ibérique rastaquouère, un compas déboussolé comme un braquemart en cage, et une règle de fer pour instit’ nostalgique en guise d’outils, à décerner bonnes et mauvaises notes, tantôt à un guignol aigri qui a, pour de bon, franchi le mur du çon, tantôt à un philosophe de campagne qui s’affirme sauvage (5), s’appropriant, au passage, toutes les dimensions de l’espace, où toute autocritique est aussi illusoire que la résurgence du nazisme. Perte de repères, en effet…

Pertes de repères « sous influence juive », comme dirait l’autre, bien conscient, malgré ses incertaines dénégations, qu’il a perdu une occasion de se taire (6) ? « C’est reparti pour un tour sur le manège enchanté »… Nommer les choses : hystérie française !

On ne l’avait jamais vu si penaud, le Père-sans-peur-et-sans-reproches de RMC/BFMTV. Est-ce parce qu’il redoute que sa carrière se joue à cet instant précis ? Toujours est-il que son dérapage, dûment consigné dans les carnets des maladies de l’esprit par les clinquants bataillons de la Droiture, a valu au patriarche à la personnalité théâtrale toute d’aspérités, supposé personnifier les hommes (les vrais), quelques mouvements de pédales sur surface aride, et semble avoir été, pour l’intéressé, à l’origine de quelques sueurs froides.

Convoqué pour les besoins de la cause, il en a omis de rappeler l’essentiel : jamais, d’histoire de médias de masse, journaliste ne s’était-il permis de mettre dans la bouche de son invité des propos borderline dont il ne partage pas la teneur. Jamais interviouveur n’était-il allé socratiquement tirer les vers du nez de celui qu’il interviouve. L’eût-il fait, il aurait pourtant, en deux tours de manivelle, relégué son interrogateur au rang de bergère. Serait-ce donc qu’il était coupable, après tout ?…

C’est qu’il est des sujets que, contre toute urgence, l’on instrumentalise et l’on recycle jusqu’à plus soif, mais avec lesquels l’on ne badine pas. Alors, heureuse ?…


_____________
(1) Source : Le Canard enchaîné

(2) Voir : youtube.com/watch?v=1vCCP9fhzF0
youtube.com/watch?v=ZtJFsgnqmJ0

(3) Bande-annonce : youtube.com/watch?v=fV3gTHDTXc0

(4) Lire : http://www.nextinpact.com/news/93398-et-si-l-on-bloquait-sites-injurieux-envers-elus-sans-juge.htm

5/ Le Grand Rendez-vous Europe 1/LeMonde/iTélé, 8 mars 2015 : youtube.com/watch?v=k_mYvFQWnL0

(6) C à vous, France 5, 9 mars 2015 : youtube.com/watch?v=DZtaF4iZ6TI

Catégories : Politique / Société | Étiquettes : , , , , , , , , | Poster un commentaire

Propulsé par WordPress.com.