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« Mad As Hell »

D’honnêtes bourgeois sans reproche se sont épanchés sur l’irrespect manifesté par le rodomont de l’insoumission à la vitrine opaque de l’Etat dit de droit. Souvent, de leurs considérations toute ébauche de critique de la justice à deux vitesses était royalement absente, comme s’il pouvait y avoir réaction sans action préalable, conséquence sans cause, ou plus justement comme s’il n’y avait par essence dans la cause et dans l’action rien de potentiellement répréhensible, alors même qu’ont été siphonnées en plein jour par un procédé qui, eût-il fait nuit, aurait pu prendre les proportions d’un scandale d’Etat, quantité d’informations relatives à un parti politique d’opposition démocratique, à ses mandataires, et peut-être à ses membres, des informations étrangères à l’enquête…

D’autres continuent de gloser sur la part de théâtralité volontaire (c’est-à-dire de stratégie) et celle de schizophrénie spontanée susceptibles d’avoir inspiré la succession d’algarades de mardi : par quel biais la fureur a-t-elle, chez ce politicien chevronné dont l’engagement franc-maçonnique parallèle peut laisser supposer une capacité de maîtrise de ses émotions, pris le pas sur la placidité qu’il avait affichée quelques heures plus tôt, tandis qu’il filmait la perquisition qui avait lieu en son luxueux domicile ? Miserait-il à son tour sur la bêtise de ses con-citoyens pour s’assurer un rendement électoral ?…

Ni l’objet de ces épanchements ni la teneur de cette glose ne retiendront ici mon attention. Pas davantage ne m’étendrai-je sur l’absence totale d’éthique et de sens de la fonction qui caractérise le voyou qui, au gré de déclarations intempestives de mépris à l’égard des mal-nés à l’antipode de l’affection constante témoignée, dans une ritournelle de disque rayé, aux vrais détenteurs de privilèges, n’a de cesse d’œuvrer à sa manière à la division de la République. Ce constat-là ne me paraît plus souffrir de contestation.

Je ne me hasarderai même pas à imaginer quel usage pourrait bien être fait du fameux bouton nucléaire si d’aventure la brute de la République ascendait les grandes marches : l’état actuel des nombreuses centrales me semble beaucoup plus directement préoccupant…

Indépendamment de ces angles, malgré leur pertinence, je me limiterai plutôt à relever, dans les déclarations prononcées mardi et hier (à l’occasion d’une conférence de presse martiale) par l’incarnation autoproclamée de la Vertu, ce qu’ont révélé les tripes du Marseillais d’adoption quant à sa conception de l’égalité citoyenne, dont tout électeur (potentiel) de la F.I. peut légitimement s’indigner.

« Je ne suis pas un passant. »

Par cette affirmation, le Rocky du dimanche a voulu signifier que son statut lui donnait accès, dans une perspective de revanche politique, à des leviers dont le commun des citoyens ne bénéficie pas. Mais, ce faisant, il a aussi entériné cette disparité. Or, si les perquisitions dont lui et ses proches ont fait l’objet relèvent véritablement d’une injustice caractérisée et si celle-ci est comparable, en principe et de manière générale, à celle que pourrait subir n’importe quel passant non fortuné, comment se satisfaire de cet arbitraire : pourquoi s’être abstenu d’établir entre elles un parallèle à la fois humainement approprié, juridiquement étayé et politiquement rentable ? Que cette tonitruante mise à distance des tracas de la plèbe peut-elle donc produire de bénéfique pour un parti qui se veut l’expression de ses doléances ?

« La République, c’est Moi ! »

A demi-mot, le Marchais sous stéroïdes a concédé lors de sa conférence de presse d’hier que son désir de sésame de mardi avait pu donner lieu à certains excès. Il ne l’a pas spécifiquement relevée, mais sans doute cette affirmation-ci en faisait-elle partie. Associée à celle qui précède ainsi qu’à celle qui suit, elle dresse le portrait d’un mégalomane narcissique et – tiens donc – jupitérien. Oxymore patenté, elle discrédite d’autant plus son auteur que celui-ci l’a prononcée avec une fougue telle qu’il avait l’air à la fois sincère et possédé, et qu’il a par ailleurs toujours prétendu représenter l’alternative à la folie des grandeurs qui sévit plus que jamais dans des cimes républicaines pourtant notablement rétrécies.

« Ma personne est sacrée. »

Point d’excès en l’occurrence, à l’estime du rottweiler méditerranéen, puisqu’il a réitéré ce propos hier. Mais il a beau qualifier d’ « incultes » ceux qui s’en sont émus, il n’en demeure pas moins que cette sacralité, il la partage ès qualité de « personne investie d’un mandat électif public » avec d’autres catégories de personnels, notamment les policiers auxquels il faisait hargneusement face. En outre, comment ne pouvait-il se douter qu’une telle expression, que ne renierait aucunement Eric Cartman, serait accueillie comme un signe supplémentaire de vanité puérile par de gauloises railleries  ? Eût-il été si difficile de la faire précéder d’une note explicative telle que « de par le mandat que les Citoyens m’ont conféré » ?…

« Madame Belloubet, Garde des Sceaux, vous devriez avoir honte de ce que vous êtes en train de me faire. Parce que vous m’avez connu comme votre ministre; vous m’avez connu autrefois, il y a longtemps, comme votre ami. Ce que vous êtes en train de faire est une honte. »

Pourquoi, plutôt que de reprocher à cette ministre une faute principielle ou un double standard, en appeler à un népotisme avorté ? En quoi cette proximité passée, qui fait écho à la première affirmation ici relevée et dont l’invocation est caractéristique d’un entre-soi sans cesse dénoncé en d’autres circonstances parce que constitutif de privilèges et de passe-droits, permet-il à une quelconque victime d’un abus de pouvoir de la part de l’Etat de se rallier à cette fronde et de s’identifier à ceux qui la mènent ?…

« Qui ? C’est vous que je pousse ! »

Ainsi le petit nerveux s’adresse-t-il, une fois à l’intérieur, à l’un des agents de police dans l’espoir de démentir ce que les images attestent, à savoir que c’est bel et bien le substitut du procureur qu’il avait sans ménagement plaqué contre un mur quelques secondes auparavant. Certes, la mauvaise foi fait partie intégrante de la politique, et sans doute notre époque la célèbre-t-elle particulièrement. Par conséquent, cette séquence se prête sans doute moins à un retour de bâton que les précédentes, sauf de la part des thuriféraires du « law and order ». Que serait un Méditerranéen sans un zeste de mauvaise foi, n’est-ce pas ? Nier l’évidence pour fuir ses responsabilités n’en est pas moins révélateur de l’attitude qui pourrait être celle des pontes du Parti de la VIe s’ils accédaient au pouvoir, de sorte que se demander quelle foi accorder à leurs professions paraît de plus en plus inévitable.

***

A force de se tirer ainsi des balles dans le pied, dernièrement donc à l’occasion de ce qu’il a qualifié de diversion de la part d’un pouvoir soucieux de masquer ses propres turpitudes, Mélenchon finit par donner l’impression que le projet porté par son parti, qui n’a de la fluidité d’un mouvement que le reflet (« La F.I., c’est moi ! », aurait-pu se voir signifier alternativement la députée Ressiguier, présente mardi), n’est qu’un leurre indigne de l’attention que lui ont prêtée l’an dernier près de sept millions d’électeurs. Tournez manège ?…

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« La propriété, c’est le vol. »

C’est ce qu’affirmait Proudhon, qui précisa dans la foulée ce qu’il entendait par propriété : la propriété privée des moyens de production, certes, mais aussi la propriété immobilière personnelle qui excède le logement dans lequel on réside.

Que dire alors de ce « chalet » que vient de s’acheter pour un montant de 600.000 € le couple Iglesias-Montero sur les hauteurs d’une espèce de Beverly Hills madrilène, qui ressemble à s’y méprendre à l’une de ces propriétés de stars hollywoodiennes, en l’occurrence une villa des plus cossues à la finition exquise (partie de façade en pierres de taille méditerranéennes multicolores, vaste véranda ouverte et salon de 40 m² avec colonnes en chêne massif patiné, trois chambres à coucher avec chacune sa salle de bain en marbre travertin) accompagnée d’une maisonnette d’hôte séparée, d’une piscine et d’un vaste jardin impeccablement entretenu, sur un terrain de 20 ares, dont les seuls frais d’entretien mensuels (par des domestiques ?) sont estimés à 1200 € par mois ?

A prendre Proudhon au pied de la lettre, il n’y a rien à redire aux goûts de luxe dudit couple si cette demeure de possédant est leur unique propriété immobilière. Personnellement, on pourrait me proposer d’y résider; je déclinerais l’offre. Jamais dans une telle bâtisse ne pourrais-je me sentir chez moi. Car non seulement, comme le disait Mélenchon en parlant des milliardaires, j’aurais l’impression de faire preuve d’immoralité, mais surtout ce genre d’environnement ne constitue pas mon biotope : je ne m’y sens pas à l’aise. Il me semble, en effet, que, le cadre prenant le pas sur l’être, ce genre de milieu commande un type d’attitude qui réduit à n’être plus soi.

Loin de moi l’idée, toutefois, d’imposer à tout un chacun les principes de Proudhon comme une religion, encore moins d’imposer à autrui des choix qu’il incombe à autrui de faire : il est aisé de comprendre, dans un contexte où l’ambition première devrait précisément être de devenir milliardaire, et où le mur d’images assomme de superficialité et de fatuité, qu’un grand nombre de jeunes, et de personnes en général, ne partagent en la matière ni mes scrupules, ni mes préférences. Il se trouve que, non loin de chez moi, pullulent les petits palais de cet acabit et, pour autant qu’ils ne pratiquent ni la fraude ni l’évasion fiscales, et qu’il ne me soit jamais fait obligation de travailler pour les engraisser davantage, je ne souhaite à leurs occupant(e)s que plaisir et volupté, bien à l’écart de la misère galopante.

Il n’en demeure pas moins qu’Iglesias et Montero ne sont pas tout un chacun…

Dans un article précédent, j’avais écrit que « [l]es idéologies sont des farces simplificatrices, des fixations obsessionnelles, qui ne servent que ceux qui les élaborent et qu’elles font vivre ». Je les y opposais aux principes. Or, les principes supposés régir Podemos, ce nouveau bastion de la politique alternative si proche des classes populaires, cet aiguillon des laissés-pour-compte, ce phare de vertu dans la brume de la corruption et des appétits gargantuesques déplacés, les deux stars du Beverly Hills madrilène viennent de les bafouer avec le sourire.

Seraient-elles (déjà) arrivées à la même conclusion que le think tank Terra Nova : le réservoir de voix des milieux ouvrier et désœuvré serait-il trop étriqué que pour leur permettre d’espérer gravir les hautes marches ? Ou tenteraient-elles plutôt, dans un pays dépourvu de FN, de pratiquer, de manière fort improbable, l’équilibrisme entre ces milieux-là et la base bourgeoise du parti socialiste espagnol, qui feraient communauté dans l’extase devant l’équivalent local de Point de vue/Images du monde de la même manière que les ménagères et les bourgeoises françaises lâchent une petite goutte lorsqu’elles évoluent, par papier glacé interposé, dans l’intimité de Brigitte et de son fils ?

La seconde hypothèse est difficile à croire, tant la défense du Che d’apparat espagnol est calamiteuse : Monsieur, en effet, affirme s’étonner devant l’ampleur du scandale que suscite sa récente acquisition. Après tout, n’a-t-il pas souscrit pour ce faire un prêt sur trente ans ?

Outre que le pourfendeur de « la caste » semble ainsi passer par pertes et profits le décalage monumental entre l’austérité imposée à la majorité des Espagnols et l’opulence qui sera bientôt la sienne, il ne semble pas se rendre compte, muré dans une espèce d’autisme qu’il ne cesse pourtant de reprocher à ses adversaires des autres partis, que la précarité qui est le lot de ses électeurs d’origine empêche quantité de ceux-ci de souscrire, lorsqu’ils le peuvent, le moindre prêt qui dépasse cinq ans : d’ici là, ne seront-ils pas eux aussi totalement broyés par la machine ?

Plutôt que de démissionner spontanément de ses fonctions au sein du Parti, il soumet en outre son sort au plébiscite (escompté) de ses membres, qui, s’il était avéré, consacrerait de la sorte l’aberration qui consisterait à porter aux nues comme figures emblématiques d’un mouvement protestataire de gauche deux petits châtelains bourgeois ainsi délestés de la responsabilité de leur choix résidentiel comme le fut de celle de sa trahison de son peuple le détestable nabot Tsipras après sa réélection en septembre 2015.

Enfin, Iglesias avance, pour justifier sa prise de distance d’avec la plèbe, le besoin de quiétude, y compris pour sa progéniture. N’ayant moi-même, la progéniture en moins, que trop manifestement exprimé, il y a deux ou trois ans, face à la tyrannie d’un voisinage plus qu’envahissant, l’aspiration à une véritable vie privée, comment pourrais-je la dénier à autrui ? Pour autant, l’idée de m’exiler à Knokke-le-Zoute ne m’a jamais effleuré l’esprit.

Mélenchon, bien sûr, a volé à la rescousse de son protégé :

 

Ce faisant, il a indiqué deux choses : l’importance cruciale, à ses yeux, des « leaders » au sein de mouvements supposés reposer d’abord sur leur base, et l’importance toute secondaire, lorsque ces leaders sont visés, des principes qu’il ne cesse de proclamer par ailleurs. Pourtant, que je sache, ni « le parti médiatique espagnol », ni qui que ce soit d’autre, n’a contraint le couple d’icônes révolutionnaires en carton-pâte à prendre la décision qu’il a prise : elles-mêmes se sont mises dans l’embarras, et tout leur parti avec elles. Ce doit être ça, le socialisme…

Et c’est ce qui le distingue sans doute de l’anarchisme, pour lequel les porte-voix en tant que tels importent peu par rapport à la cause : que vaut le mouvement Podemos s’il est condamné à l’extinction en raison d’un faux pas (à la médiatisation orchestrée ?) de deux de ses membres ? Pas davantage que le Politburo à la mort de Staline ! Et que vaut l’attribut de bourgeois dont ces gens-là sont si friands pour qualifier les autres ?

Si aucune élection anticipée ne vient perturber le ronron gouvernemental espagnol, il reste deux ans aux membres de Podemos pour se choisir de nouveaux « leaders » et les faire adopter par le grand public. Qu’ils le fassent, car ce que cet épisode de 90210 aura surtout démontré, c’est que si d’aventure, Podemos accédait au pouvoir, il ne faudrait pas escompter d’Iglesias qu’il reste fidèle à ses principes !

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Herb (tolerance) & the boys…

https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/03/macron-et-melenchon-sinvectivent-a-17-000-kilometres-lun-de-lautre_a_23425950

“The political locus of tolerance has changed : while it is more or less quietly and constitutionally withdrawn from the opposition, it is made compulsory behavior with respect to established policies. Tolerance is turned from an active into a passive state, from practice to non-practice : laissez-faire the constituted authorities.

It is the people who tolerate the government, which in turn tolerates opposition within the framework determined by the constituted authorities.

Tolerance toward that which is radically evil now appears as good because it serves the cohesion of the whole on the road to affluence or more affluence. The toleration of the systematic moronization of children and adults alike by publicity and propaganda, […] the impotent and benevolent tolerance toward outright deception in merchandising , waste and planned obsolescence are not distortions and aberrations, they are the essence of a system which fosters tolerance as a means for perpetuating the struggle for existence and suppressing the alternatives. […]

According to a dialectical proposition it is the whole which determines the truth – not in the sense that the whole is prior or superior to its parts, but in the sense that its structure and function determine every particular condition and relation. Thus, within a repressive society, even progressive movements threaten to turn into their opposite to the degree to which the accept the rules of the game. To take a most controversial case : the exercise of political rights (such as voting, letter-writing to the press, to Senators, etc., protest-demonstrations with a priori renunciation of counterviolence) in a society of total administration serves to strengthen this administration by testifying to the existence of democratic liberties which, in reality, have changed their content and lost their effectiveness. In such a case, freedom (of opinion, of assembly, of speech) becomes an instrument for absolving servitude. And yet (and only here the dialectical proposition shows its full intent) the existence and practice of these liberties remain a precondition for the restoration of their original oppositional function, provided that the effort to transcend their (often self-imposed) limitations is intensified. […]

There is a sense in which truth is the end of liberty, and liberty must be defined and confined by truth. Now in what sense can liberty be for the sake of truth ? Liberty is self-determination, autonomy – this is almost a tautology, but a tautology which results from a whole series of synthetic judgements. It stipulates the ability to determine one’s own life : to be able to determine what to do and what not to do, what to suffer and what not. But the subject of this autonomy is never the contingent, private individual as that which he actually is or happens to be; it is rather the individual as a human being who is capable of being free with the others. And the problem of making possible such a harmony between every individual liberty and the other is not that of finding a compromise between competitors, or between freedom and law, between general and individual interest, common and private welfare in an established society, but of creating the society in which man is no longer enslaved by institutions which vitiate self-determination from the beginning. […]

[…] [F]ree and equal discussion can fulfill the function attributed to it only if it is rational – expression and development of independent thinking, free from indoctrination, manipulation, extraneous authority. The notion of pluralism and countervailing powers is no substitute for this requirement. One might in theory construct a state in which a multitude of different pressures, interests, and authorities balance each other out and result in a truly general and rational interest. However, such a construct badly fits a society in which powers are and remain unequal and even increase their unequal weight when they run their own course. It fits even worse when the variety of pressures unifies and coagulates into an overwhelming whole, integrating the particular countervailing powers by virtue of an increasing standard of living and an increasing concentration of power. Then, the laborer, whose real interest conflicts with that of management, the common consumer whose real interest conflicts with that of the producer, the intellectual whose interest conflicts with that of his employer find themselves submitting to a system against which they are powerless and appear unreasonable. […] Under these circumstances, whatever improvement may occur “in the normal course of events” and without subversion is likely to be improvement in the direction determined by the particular interests which control the whole. […]

The factual barriers which totalitarian democracy erects against the efficacy of qualitative dissent are weak and pleasant enough compared with the practices of a dictatorship which claims to educate the people in the truth. With all its limitations and distortions, democratic tolerance is under all circumstances more humane than an institutionalized intolerance which sacrifices the rights and liberties of the living generations for the sake of future generations. The question is whether this is the only alternative. […]

Democracy is a form of government which fits very different types of society (this holds true even for a democracy with universal suffrage and equality before the law), and the human costs of a democracy are always and everywhere those exacted by the society whose government it is. Their range extends all the way from normal exploitation, poverty, and insecurity to the victims of wars, police actions, military aid, etc., in which the society is engaged – and not only to the victims of its own frontiers. These considerations can never justify the exacting of different sacrifices and different victims on behalf of a future better society, but they do allow weighing the costs involved in the perpetuation of an existing society against the risk of promoting alternatives which offer a reasonable chance of pacification and liberation. […] This means that the ways should not be blocked on which a subversive majority could develop, and if they are blocked by organized repression and indoctrination, their reopening may require apparently undemocratic means. They would include the withdrawal of toleration of speech and assembly from groups and movements which promote aggressive policies, armament, chauvinism, discrimination on the grounds of race and religion, or which oppose the extension of public services, social security, medical care, etc. Moreover, the restoration of freedom of thought may necessitate new and rigid restrictions on teachings and practices in the educational institutions which, by their very methods and concepts, serve to enclose the mind within the established universe of discourse and behavior – thereby precluding a priori a rational evaluation of the alternatives. […]

While the reversal of the trend in the educational enterprise at least could conceivably be enforced by the students and teachers themselves, and thus be self-imposed, the systematic withdrawal of tolerance toward regressive and repressive opinions and movements could only be envisaged as results of large-scale pressure which would amount to an upheaval. It would presuppose that which is still to be accomplished : the reversal of the trend. However, resistance at particular occasions, boycott, non-participation at the local and small-group level may perhaps prepare the ground. The subversive character of the restoration of freedom appears most clearly in that dimension of society where false tolerance and free enterprise do perhaps the most serious and lasting damage, namely in business and publicity. […]

The discussion [around the distinction between violent and non-violent action] should not be clouded by ideologies which serve the perpetuation of violence. Even in the advanced centers of civilization, violence actually prevails : it is practiced by the police, in the prisons and mental institutions, in the fight against racial minorities; it is carried, by the defenders of metropolitan freedom, into the backward countries. This violence indeed breeds violence. But to refrain from violence in the face of vastly superior violence is one thing, to renounce a priori violence against violence, on ethical or psychological grounds (because it may antagonize sympathizers) is another. Non-violence is normally not only preached to but exacted from the weak – it is a necessity rather than a virtue, and normally it does not seriously harm the case of the strong. (Is the case of India an exception ? There, passive resistance was carried through on a massive scale, which disrupted, or threatened to disrupt, the economic life of the country. Quantity turns into quality : on such a scale, passive resistance is no longer passive – it ceases to be non-violent. The same holds true for the General Strike.) […]

« Comprenez enfin ceci : si la violence a commencé ce soir, si l’exploitation ni l’oppression n’ont jamais existé sur terre, peut-être la non-violence affichée peut apaiser la querelle. Mais si le régime tout entier et jusqu’à vos non-violentes pensées sont conditionnées par une oppression millénaire, votre passivité ne sert qu’à vous ranger du côté des oppresseurs. »

(Sartre, Preface to Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, Paris : Maspero, 1961, p. 22)

[…] By whom, and according to what standards, can the political distinction between true and false, progressive and regressive (for in this sphere, these pairs are equivalent) be made and its validity be justified ? […] Historically, even in the most democratic democracies, the vital and final decisions affecting the society as a whole have been made, constitutionally or in fact, by one or several groups without effective control by the people themselves. The ironical question : who educates the educators (i.e. the political leaders) also applies to democracy. The only authentic alternative and negation of dictatorship (with respect to this question) would be a society in which “the people” have become autonomous individuals, freed from the repressive requirements of a struggle for existence in the interest of domination, and as such human beings choosing their government and determining their life. Such a society does not yet exist anywhere. In the meantime, the question must be treated in abstracto – abstraction not from the historical possibilities, but from the realities of the prevailing societies.

[…] The real possibilities of human freedom are relative to the attained stage of civilization. They depend on the material and intellectual resources available at the respective stage, and they are quantifiable and calculable to a high degree. So are, at the stage of advanced industrial society, the most rational ways of using these resources and distributing the social product with priority on the satisfaction of vital needs and with a minimum of toil and injustice. In other words, it is possible to define the direction in which prevailing institutions, policies, opinions would have to be changed in order to improve the chance of a peace which is not identical with cold war and a little hot war, and a satisfaction of needs which does not feed on poverty, oppression, and exploitation. Consequently, it is also possible to identify policies, opinions, movements which would promote this chance, and those which would do the opposite. Suppression of the regressive ones is a prerequisite for the strengthening of the progressive ones.

The question, who is qualified to make all these distinctions, definitions, identifications for the society as a whole, has now one logical answer, namely everyone “in the maturity of his faculties” as a human being, everyone who has learned to think rationally and autonomously.

The answer to Plato’s educational dictatorship is the democratic dictatorial dictatorship of free men. John Stuart Mill’s conception of the res publica is not the opposite of Plato’s : the liberal too demands the authority of Reason not only as an intellectual but also as a political power. In Plato, rationality is confined to the small number of philosopher-kings; in Mill, every rational human being participates in the discussion and decision – but only as a rational being. Where society has entered the phase of total administration and indoctrination, this would be a small number indeed, and not necessarily that of the elected representatives of the people. The problem is not that of an educational dictatorship, but that of breaking the tyranny of public opinion and its makers in the closed society.

[…] [I]s there historical evidence to the effect that the social origin and impetus of violence (from among the ruled or the ruling classes, the have or the have-nots, the Left or the Right) is in a demonstrable relation to progress […] ?

With all the qualifications of a hypothesis based on an “open” historical record, it seems that the violence emanating from the rebellion of the oppressed classes broke the historical continuum of injustice, cruelty and silence for a brief moment, brief but explosive enough to achieve an increase in the scope of freedom and justice, and a better and more equitable distribution of misery and oppression in a new social system – in one word : progress in civilization. The English civil wars, the French Revolution, the Chinese and the Cuban Revolutions may illustrate the hypothesis. […]

With respect to historical violence emanating from among ruling classes, no such relation to progress seems to obtain. The long series of dynastic and imperial wars, the liquidation of Spartacus in Germany in 1919, Fascism and Nazism did not break but rather tightened and streamlined the continuum of suppression. I said emanating “from among ruling classes” : to be sure, there is hardly any organized violence from above that does not mobilize and activate mass support from below; the decisive question is, on behalf of and in the interest of which groups and institutions is such violence released ? And the answer is not necessarily ex post : in the historical examples just mentioned, it could be and was anticipated whether the movement would serve the revamping of the old order or the emergence of the new. […]

The forces of emancipation can not be identified with any social class which, by virtue of its material condition, is free from false consciousness. Today, they are hopelessly dispersed throughout the society, and the fighting minorities and isolated groups are often in opposition to their own leadership. In the society at large, the mental space for denial and reflection must first be recreated. Repulsed by the concreteness of the administered society, the effort of emancipation becomes “abstract”; it is reduced to facilitating the recognition of what is going on, to freeing language from the tyranny of the Orwellian syntax and logic, to developing the concepts that comprehend reality. More than ever, the proposition holds true that progress in freedom demands progress in the consciousness of freedom. Where the mind has been made into a subject-object of politics and policies, intellectual autonomy, the realm of “pure” thought has become a matter of political education (or rather : counter-education).

This means that previously neutral, value-free, formal aspects of learning and teaching now become, on their own grounds and in their own right, political : learning to know the facts, the whole truth, and to comprehend it is radical criticism throughout, intellectual subversion. In a world in which the human faculties and needs are arrested or perverted, autonomous thinking leads into a “perverted world” : contradiction and counter-image of the established world of repression. And this contradiction is not simply stipulated, is not simply the product of confused thinking or phantasy, but is the logical development of the given, the existing world. To the degree to which this development is actually impeded by the sheer weight of a repressive society and the necessity of making a living in it, repression invades the academic enterprise itself, even prior to all restrictions on academic freedom. The pre-empting of the mind vitiates impartiality and objectivity : unless the student learns to think in the opposite direction, he will be inclined to place the facts into the predominant framework of values. Scholarship, i.e. the acquisition and communication of knowledge, prohibits the purification and isolation of facts from the context of the whole truth. An essential part of the latter is recognition of the frightening extent to which history was made and recorded by and for the victors, that is, the extent to which history was the development of oppression. And this oppression is in the facts themselves which it establishes; thus they themselves carry a negative value as part and aspect of their facticity. To treat the great crusades against humanity (like that against the Albigensians) with the same impartiality as the desperate struggles for humanity means neutralizing their opposite historical function, reconciling the executioners with their victims, distorting the record. Such spurious neutrality serves to reproduce acceptance of the dominion of the victors in the consciousness of man. […]

I have tried to show how the changes in advanced democratic societies, which have undermined the basis of economic and political liberalism, have also altered the liberal function of tolerance. The tolerance which was the great achievement of the liberal era is still professed and (with strong qualifications) practiced, while the economic and political process is subjected to an ubiquitous and effective administration in accordance with the predominant interests. The result is an objective contradiction between the economic and political structure on the one side, and the theory and practice of toleration on the other. The altered social structure tends to weaken the effectiveness of tolerance toward dissenting and oppositional movements and to strengthen conservative and reactionary forces. […]

With the actual decline of dissenting forces in the society, the opposition is insulated in small and frequently antagonistic groups which, even where tolerated within the narrow limits set by the hierarchical structure of society, are powerless while they keep within these limits. But the tolerance shown to them is deceptive and promotes coordination. And on the firm foundations of a coordinated society all but closed against qualitative change, tolerance itself serves to contain such change rather than to promote it. […]

Law and order are always and everywhere the law and order which protect the established hierarchy; it is nonsensical to invoke the absolute authority of this law and this order against those who suffer from it and struggle against it – not for personal advantages and revenge, but for their share of humanity. […]”

Marcuse, Repressive Tolerance, Beacon Press, Boston, 1965

http://www.marcuse.org/herbert/pubs/60spubs/1965MarcuseRepressiveToleranceEng1969edOcr.pdf

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Q&A style ft. DJ-L.M.

cf. : youtube.com/watch?v=xBVfZ5k_Alo#t=1h33m48s

Ma Méluche, en quête de trip,

S’est acheté d’la mescaline

Elle l’a mise dans son cabas

Et, en commission des lois,

S’en pourléchant les babines,

A fait voler en éclats

L’ordre ancien et ses diktats

Au perchoir, dégingandée,

La rusé-e vétérane,

Comm-e la jeun-e première

Qu’elle n’avait jamais été,

Se fit toute printanière,

Prit une allure de Gitane,

Incarnant un bref instant

Tim Leary-le-chenapan

Passé LaREM-iniscence

De toutes ses années perdues

A flirter avec l’austère

A proclamer sa vertu

Elle invita l’assistance

A s’sortir la tête du cul,

A renoncer à l’enfer,

Artificiel au bas mot,

A chérir la Providence

Plutôt que d’montrer ses crocs

Partagez, mes sœurs, mes frères,

Hosanna, printemps, printemps !

De la mesca pour le peuple

Et nous irons de l’avant !

Diable, diantre, foutrebleu !

S’exclama l’vieil avatar

C’est puissant, ça, nom de djeu,

Goûtez-moi donc ce nectar

J’vois des trucs, j’percole, j’lévite

J’en crois pas mon intellect

J’me sens plus, je jouis, j’palpite

S’en faut de peu pour que je pète

Faut qu’j’en parle à la sorcière,

A moins qu’elle connaisse déjà,

Qu’elle déniaise l’gentil Corbière

Les gens, z’en reviendrez pas…

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Quelle curieuse expression qu’homme politique…

Samedi dernier, Mélenchon était, en compagnie de Gilles Perret, le réalisateur qui vient de consacrer un film à sa dernière campagne, sur le plateau d’On aura tout vu, sur France Inter. Candide, il s’y est, au détour de références cinématographiques exotiques et de confessions idiosyncratiques, livré à un exercice plus humain que politique, à certains égards comparable à son passage sur le divan de Fogiel, comme pour faire miroir audit film. Mais dans son cas – lui-même l’avoue – les deux sont devenus indissociables, tant la politique pour lui est obsessionnelle.

Comment a-t-il pu accepter de se laisser ainsi filmer en permanence ? Lorsqu’il fait confiance à quelqu’un, il lui fait « totalement confiance », nous dit-on : « les liens de confiance », souligne-t-il à juste titre, « sont toujours des liens d’affection ». Or, il faisait confiance à Perret, dont la caméra, apparemment, s’est gardée d’être trop intrusive, et d’empiéter sur son intimité. L’impression d’un Mélenchon qui se donne entièrement, tant aux gens qu’aux causes, en sort renforcée.

Entièrement ? C’est autre chose que de se donner à fond. Quant aux causes, se donner à fond, ça veut dire consacrer toute son énergie à quelque chose, en l’occurrence son ambition d’être aux affaires pour y frotter enfin son projet à la réalité, sa logique prétention à une démonstration in vivo de la viabilité de ce dernier, que lui dénie l’éditocratie établie, qui se focalise sur sa personne, tenant exclusivement son extrême sensibilité (un mot qu’il utilise lui-même durant l’interview) pour une faiblesse (être sensible aux critiques) plutôt que comme la faculté de ressentir plus puissamment et plus profondément (être sensible aux goûts, aux parfums, etc., mais aussi aux injustices), à la fois don de Dieu et calvaire. Tant que ne lui aura pas été fournie cette possibilité, tout procès à son encontre ne saurait être que d’intention.

Se donner entièrement, en revanche, cela signifie donner tout son être. Or, l’on ne saurait donner tout son être, car si on le faisait, l’on ne serait plus. Mélenchon s’est donc bien sûr ménagé des alcôves : sa loge en est une, sa maison dans le Loiret, dont il nous est dit par ailleurs qu’il y va seul s’y ressourcer de temps en temps, fuyant le voisinage, une autre. D’où son insistance sur le respect de sa vie privée, de son intimité, dernier refuge supposé dans les sociétés non totalitaires, censé échapper à tout regard…

En plus d’être un concept progressiste défini par la loi (article 17), la vie privée relève d’une série de choix individuels : c’est chaque individu qui est appelé à définir les contours de sa propre intimité : publier une photo de soi dénudé n’est pas plus une invitation à se faire épier dans sa vie sexuelle qu’annoncer que l’on est franc-maçon n’implique l’obligation de révéler tous les détails de son initiation. Or, bien que la caméra ne le filme pas chez lui, Mélenchon, qui, vieux routier de la com’, est conscient que la plèbe est avide de ce qui n’est pas habituellement donné à voir, pratique l’équilibrisme : montrer l’envers du décor, pourquoi pas, mais dans les limites du raisonnable…

C’est que la vie d’homme politique, une expression qui n’a de sens que dans un contexte démocratique hiérarchique dans lequel la politique, une fois passé le cap des élections, est confisquée par quelques-uns, lorsque ce n’est par un seul, est intrinsèquement schizophrénique : vous avez là des hommes (et des femmes, oui, oui…) qui ne sont plus vraiment des hommes, mais qui demeurent des hommes quand même, et qui, même lorsque la déprime s’installe, sont constamment renvoyés à leur statut de demi-dieux, ballotés entre leurs émotions et la nécessité pratique de s’en défaire. S’en défont-ils, ils perdent le contact avec ce qui vit dans la société et courent le risque de devenir des monstres froids. Ne s’en défont-ils pas, les émotions prennent le dessus et grèvent leur action, les entraînant vers de dangereux chemins de traverse. Or, pour le pire surtout, les émotions, ou plutôt leur instrumentalisation, sont devenues la principale, sinon l’unique, devise médiatique. Schizophrénie, vous disait-on…

Et elle ne s’arrête pas là, puisque leur intimité ne tient qu’à un fil (souvent négocié avec la presse de caniveau), qu’il est légitime de couper lorsqu’elle contredit manifestement leur parole publique. En outre, les manœuvres stratégiques nécessaires à la conquête du pouvoir peuvent parfois faire douter de leur sincérité. A cet égard, on peut relever chez Mélenchon un paradoxe inexpliqué entre son estime pour Robespierre et son œuvre d’une part, et une défense kantienne catégorique de la soumission à la loi par le Marseillais d’adoption d’autre part, même lorsque la loi est si inique qu’elle justifierait « la résistance à l’oppression » comme un droit de l’homme conséquent aux autres droits (ou à leur violation), une oppression jadis définie par anacyclique conceptuelle : « [i]l y a oppression contre le corps social lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé ». Mais rien, semble-t-il, chez le révolutionnaire mesuré, qui vienne manifestement contredire les fondamentaux de son engagement…

Non, ses deux principales lacunes, intimement liées, c’est précisément dans le mode de cet engagement qu’il faut les chercher. Il les tient en commun avec le reste de la caste qu’il souhaite voir « dégagée », à laquelle il appartient malgré lui. Et c’est le film qui nous révèle la première : la politique sous l’angle intellectuel, « c’est ma seule activité, le jour, la nuit, l’été, l’hiver, le printemps », nous confie JLM. C’est un problème. D’autant plus que l’intéressé ne manque pas d’autres centres d’intérêt…

C’est un problème parce que ça nuit à l’équilibre individuel, et par ricochet à l’action politique. Les gens semblent considérer qu’un homme engagé (pas uniquement en politique d’ailleurs) se doit d’être unidimensionnel. Mais un homme unidimensionnel, est-ce encore un homme, ou est-ce une espèce de monolithe ? A mesure que s’érode la multiplicité de chaque être humain, qu’est grignotée sa complexité, que son esprit et son action s’approchent du taylorisme, la nuance s’évapore et la brutalité s’installe…

Et c’est alors, la brutalité allant à la brutalité, que l’on en vient à déclarer : « il ne faut pas mal me parler. […] Je ne [le] permets pas ». Mais s’imaginerait-on concéder à un politicien quelconque, c’est-à-dire à un homme qui s’appuie sur le reflet d’une hypothétique volonté commune pour faire en sorte que sa volonté propre supplante celle des autres hommes, par exemple à celui qui, encore trop immature que pour dévoiler sa fragilité, son humanité en fait, insulte à tour de bras des hommes et des femmes qui ne peuvent mais de leur condition sociale, celui qui, du haut de sa superbe de parvenu, annihile verbalement des individus sans défense, une quelconque politesse ?

Il est une qualité qui fait cruellement défaut au personnel politique, quelle que soit son orientation : l’autodérision. Parce qu’ils se confondent avec le projet qu’ils portent, lequel doit nécessairement, lui, être préservé des moqueries, parce qu’ils estiment que le sérieux qui doit lui être accordé, dès lors qu’il concerne le Souverain, leur est pareillement dû, ces gens-là perdent de vue la nature tragiquement dérisoire de toute vie humaine. C’est ce en quoi ils sont dangereux. Car qui n’aborde pas cette nature par l’autodérision risque d’ajouter à la tristesse du dérisoire, alors que ne permet de vivre que son allégresse…

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Ton hégémonie, je la piétine, je la tasse, je la mouline et j’en fais du hachis !

Tu vois, mon gars, je te fais pas confiance. Je te connais trop pour ça, et je t’ai vu à l’œuvre, lorsque personne d’autre ne regardait ou n’était en mesure d’entendre. Ce n’est pas que je fasse davantage confiance aux autres : si je choisis de m’adresser à toi en particulier, c’est que de tous les programmes que vous autres névrosés proposez à la plèbe, c’est dans le tien, sur le papier, que je trouve le plus d’éléments auxquels je sois susceptible de me rallier.

Névrosés ? Oui, il faut l’être pour ainsi gâcher sa vie à caresser l’espoir de pouvoir enfin réguler celle des autres. Regardez-vous, bon sang : vous êtes pathétiques dans votre acharnement à consacrer toute votre énergie et tout votre langage à ce qui, somme toute, est sans doute le plus dérisoire dans la cénesthésie universelle. Et ce ne sont pas quelques vers ici ou là en fin de discours qui convaincront que vous n’êtes pas obsédés par l’accessoire. Que vous n’êtes pas des pervers narcissiques désespérément à la recherche de votre dose de reconnaissance, éternellement en marge du mystère et de la vérité de l’existence, dont seuls des psychotropes plus généreux et plus essentiels que la politique peuvent fournir la clé.

Quel que soit le programme que vous vous targuez de porter, votre drogue à vous glorifie l’indigence de l’esprit : ça pue le renfermé dans vos casernes ! Tout est politique, certes, il est important de s’en rendre compte. Précisément pour pouvoir chasser le politique – et surtout les politichiens – des endroits où ils n’ont pas à se trouver, en premier lieu de nos esprits et de nos expérimentations individuelles : quel est donc ce système social, cette prétendue démocratie, qui prétend réglementer, même en l’absence de nuisance à autrui, notre accès aux autres perceptions du monde, rabaisser nos vies à la vulgarité télévisuelle du déni de réalité parallèle, embastiller nos consciences ad vitam aeternam ?! Nos consciences, en ce qu’elle sont perceptions du monde, n’ont que faire du parti, du marché, de la démocratie, qui sont autant d’obstacles à leur élévation. Nos consciences n’ont pas à être des objets de délibération collective extérieurs à elles-mêmes. Qu’elles le soient en dit long sur les fondements, le fonctionnement et les finalités du système social qui vise ainsi, sous la férule de ses grands-prêtres, à les assujettir.

Pourquoi ne te fais-je pas confiance, ô Grand Timonier honteux ? Pour une série de raisons…

Pour commencer, ballot, je ne t’imagine pas baiser autrement que par saccades drues et crues. Paf ! Paf ! Paf ! Ça doit être violent, mécanique et plein de rancœur. Un peu SM aussi, peut-être. On ne perçoit, en effet, aucune tendresse, aucun romantisme joyeux, dans ce que tu affiches. Mais fi de la psychologisation ! Je pourrais, à mon tour, me voir qualifié de branleur. La sexualité des chômeurs poussés à bout, autrefois saine, bucolique et révolutionnaire, n’a pourtant pas la cote dans la lucarne. Au moins à cet égard, toutefois, suis-je désormais adapté à l’image à laquelle m’avaient assigné conformes comme tordus. Fi de la psychologisation donc, bien que nous sachions fort bien, toi et moi, qu’en politique, tous les moyens sont bons, non ?

Grief suivant : face à Mouffe, tu as déclaré qu’il fallait s’y faire : qu’espérer, de nos jours, comme naguère, un engagement corps et âme, sans faille, des masses à un projet politique était illusoire, et que chaque fois, ponctuellement, il faudrait donc convaincre des individus de se joindre à la lutte. Poncif parmi les poncifs que cette lutte, autre mot repoussoir qui masque mal qu’elle n’est elle-même que détermination et aliénation si ceux qui luttent sont voués, par perpétuel recommencement, à être toujours les mêmes, et que leur lutte pour leur survie les éloigne de la vie : lutter pour sa survie, tu sais pas trop ce que c’est, toi, si ? Préférons à cette maudite lutte de père en fils et ainsi de suite, dans une absurdité sans fin dont d’aucuns sauront toujours tirer parti, le sabotage (au sens à la fois historique et figuré) : c’est tellement plus libérateur, plus jouissif, c’est tellement plus poétique ! Lucide constat de départ néanmoins, aussitôt contredit par ce ballon d’essai relatif à la création possible de troupes de scouts insoumis, sorte de Mélenchonjugend qui ne serait sans doute que l’avant-garde du nouvel enrégimentement : restons entre nous, camarades; nous reconnaîtrons mieux les nôtres, et les préserverons ainsi des idéologies des enfants ennemis. Et du berceau à la tombe chacun grâce au (non-)Parti de nouveau saura que penser.

Un aparti sans leader désigné, encore moins élu : plus c’est « gazeux », plus « le meilleur d’entre nous » pourra dissiper le gaz le moment venu, n’est-ce pas ? Occupy Occupy, il fallait y penser… La brume, d’ailleurs, n’est pas si épaisse : un jour, le non-leader leader affirme qu’il n’est que le président de son groupe parlementaire, le lendemain ses lieutenants le présentent sur les plateaux comme le Primus de la F.I. (sine pares, en la circonstance). Ou comment cornaquer un mouvement sans en avoir l’air… Le problème, c’est que tout ça se voit !

Comme se voit, depuis l’épilogue des dernières législatives, cette piteuse stratégie de coup d’Etat permanent depuis les bancs de l’opposition : on allait renverser Macron à peine ce dernier avait-il été installé sur son promontoire. Le tout, c’était d’y croire ! Et de le faire croire aux gogos ignorants brinquebalés sans ménagement d’un bout à l’autre de l’échiquier de pacotille en témoignage du respect que tu leur portes. Pardi, un million de gogos défileraient sur les Champs-Elysées ! Pas un de moins ! Et ce alors même que la gloutonne avant-garde avait déjà perçu – ou l’aurait dû – que les carottes étaient cuites. On a beau chercher tous les motifs de disculpation du monde, ça renseigne sur le sérieux de la démarche, et la foi que les gogos pourront lui accorder à l’avenir. Et ça tend à confirmer que la raison est ailleurs que dans ce camp où règnent les passions les plus folles, celles sans lendemain : quel homme de soixante-six ans est-il si dénué de sagesse pour s’agiter ainsi constamment comme un enfant au seuil de la puberté ? Un tel homme peut-il inspirer confiance au plus grand nombre ?

C’est également le sérieux de la démarche qui est en cause dans la volonté d’hégémonie (culturelle) nouvelle dont tu te proclames le héraut. Car, enfin, t’a-t-il échappé que plus aucun mouvement ne fait date. Que face à nous se déploie comme jamais le rouleau compresseur de l’instantanéité permanente. A supposer même qu’elle soit pertinente, comment diable ton hégémonie pourrait-elle, dans le meilleur des cas, durer plus d’un mandat, deux à la rigueur, si ce paramètre cardinal est renvoyé au subconscient ? Hégémonie-mirage, soif de pouvoir avérée…

Et pertinente, l’est-elle à la base ? N’est-elle pas que trou noir qui se devra d’absorber au préalable toute discordance de gauche qui prendrait ses libertés avec la ligne de l’aparti ? La culture doit-elle être enchaînée à un objectif apartisan, l’Art dévoré par le rapport de forces, la multiplicité se fondre dans l’Un ? Tu me dis hégémonie. Pour le coup, je te réponds branlette puérile. Et le show qui va avec !

L’alcool est (littéralement) une pourriture. Je me souviens que, face à un mendiant praguois qui demandait l’aumône, l’un de mes profs communistes du secondaire, auquel j’ai déjà fait référence ici, m’avait dit que refuser de lui donner de l’argent sous prétexte qu’il l’utiliserait nécessairement pour se bourrer la gueule, et ne lui laisser le choix qu’entre lui acheter l’un ou l’autre produit plus sain au supermarché du coin et ne rien lui donner du tout serait attitude paternaliste de bourgeois. Paradoxalement, ce pourrait aussi trahir une rigidité communiste, le libre arbitre de l’individu concerné n’ayant pas voix au chapitre dans pareille alternative : entre rien et quelque chose, toute personne sensée choisira quelque chose, même si ce n’est pas ce à quoi elle aspirait. Or, si ce à quoi cet individu aspire, disais-tu encore dans ton dialogue avec Mouffe, n’est autre qu’une vie bourgeoise standard, et si les pauvres d’hier, une fois remis à niveau, se joignent à cette aspiration, pourquoi donc mériteraient-ils que l’on s’intéresse à eux ? Ainsi va l’hégémonie, cher JL, qui à la première occasion qui lui en serait donnée, irait à l’encontre non pas uniquement d’un individu, mais de la majorité de ceux-ci, fût-ce au sein d’une hypothétique Constituante…

Pour conclure, il est une question, saugrenue je l’avoue, à laquelle, dans ton cas, contrairement à Corbyn et Sanders (dont le flegme n’a rien cédé aux manipulations médiatiques), je ne saurais répondre avec certitude : si, pendant le réveillon de Noël, un esprit te visitait et te disait que tu auras le pouvoir que tu as toujours tant convoité, ce pouvoir de névrosé, à l’unique condition que tu assassines un individu, un soir dans une ruelle déserte, disons un jeune enfant par exemple, ce dont personne jamais ne saura quoi que ce soit, y renoncerais-tu ?…

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C’est comme ça, is it ?!

« Wir müssen die besseren Faschisten sein, denn der Faschist ist in meinen Augen jemand, der erstmal natürlich das Himmelreich auf Erden holen wollte, also der wirklich was Gutes wollte. Also unter dem Gesichtspunkt ist Hitler selbstverständlich für uns alle ein großer Lehrer, das wird keiner dann ablehnen können. Jetzt aber im speziellen Fall dieser Spiritualität würde ich sagen: Hitler ist ein verhinderter Spiritueller, und er hat das, was in die inneren Ebenen gehört, auf den äußeren Ebenen – Ich beschloß, Politiker zu werden – durchzusetzen versucht.”

Jean-Luc Macron

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Pour en finir avec ce numéro de duettistes : dire heil, camarade patron ? Fuck you, Gramsci !

Il existe, il faudrait être particulièrement sot pour ne pas s’en apercevoir, une alliance objective entre l’Auguste acculturé que les Français se sont choisi par défaut et le petit père des passions tristes qui s’affiche comme son premier opposant. Cette alliance, qui a vu le jour au début de la campagne présidentielle, Mélenchon étant allé jusqu’à vanter plusieurs fois les mérites de son cadet durant ses harangues, perdure aujourd’hui. Et il ne serait pas étonnant que celui qui a pris l’habitude de s’aliéner méthodiquement tous ses alliés de gauche potentiels ait accepté, en revanche, quelque discrète entrevue avec sa bête noire supposée. Qu’importe si tel n’est pas le cas : son double jeu ne serait que plus obséquieux si la répartition des rôles qui en découle était le fruit d’une synergie spontanée…

Que le pseudo-président lâche un Macron – son prolofisme en la matière ne doit rien à la fainéantise de gens qui ne donnent aux Français que l’impression qu’ils leur parlent, alors qu’ils ne font que s’apostropher entre eux à distance devant un public dispensable – et voilà qu’aussitôt l’agitateur professionnel, alléché par le fumet qui s’en dégage, s’y vautre avec volupté, comme il s’est vautré à chaque occasion qui lui en était donnée dans des caracasseries dont le bon peuple de France n’a que foutre : Mélenchon est à Macron ce que la grognasse était à Hollande, et le tortionnaire d’Alger à Mitterrand avant elle : le leurre que se choisit la Cour pour affaiblir le camp d’en face. Certes, personne de sensé ne se plaindra a priori de cette translation stratégique, surtout pas après la victoire triomphale que ladite mère poissarde a servie au nervi du CAC sur un plateau d’argent, mais se réjouir d’être pris pour des gogos n’est-il pas l’apanage des soumis ?

Que le bâtard avatar de Mao, Trotski, Chavez et Gramsci réunis ait mené la campagne la plus innovante, la plus énergique et la plus programmatique de toutes semble une évidence. Que marginaliser l’ectoplasme politique solférinien relevât de la nécessité pareillement. Mais quand l’entreprise de déconstruction est-elle supposée prendre fin ? Et à qui est-elle censée bénéficier ? Combien de foucades faudra-t-il à la populace lassée encaisser encore entre-temps ?

Dans sa trente-huitième Revue de la semaine, le héraut de la France méprisée se réjouissait qu’Hamon ait appelé à se joindre à sa manifestation du 23 septembre, invitant ses troupes à lui réserver un bon accueil : « on ne fait pas », y affirmait Dr. Mélenchon, « de la bonne politique avec des rancœurs ». Las ! Six jours plus tard, Mister Amer reprochait à son ex-adversaire, dans les colonnes de Marianne, de ne pas avoir accepté qu’il le nomme premier ministre…

Durant la campagne, il avait sèchement envoyé sur les roses un jeune journaliste plus que probablement exploité qui s’était pourtant fait le porte-parole, involontaire peut-être, de plusieurs voix à gauche qui, comme Torreton, se demandaient : « et nous », face à ce spectacle politicien, « on fait quoi ? »

Ce « nous », c’étaient déjà, bien sûr, les futures victimes de la baisse des APL, le monde du travail fragilisé par les ordonnances à venir, les économistes indignés par l’annonce de cadeaux fiscaux sans précédent aux ultra-riches, les sains d’esprit inquiets de la poursuite du nucléaire. Ce « nous », c’étaient déjà les désœuvrés aux deux offres d’emploi déterminantes, c’étaient tous ces petits riens que ce spectacle a confirmés dans leur statut !

Ce weekend, Mister Amer n’ira pas à la Fête de l’Huma. Nouveau caprice de diva. En termes de fairplay, ceux-là non plus n’ont pas toujours été au top depuis 2012. Mais ils ont survécu. Ils existent. Et ils sont de gauche, bon sang de bon soir !

Malgré les rodomontades, les relations avec la CGT semblent elles aussi compromises par l’absence totale de recherche de compromis de la part de l’intransigeant líder máximo hexagonal : comment sinon comme un camouflet interpréter, en effet, l’enchâssement in extremis d’une nouvelle manif syndicale dans le calendrier révolutionnaire, à deux jours du grand raout mélenchoniste ?

« Seuls ceux qui sont devant comptent », déclarait, fin août, l’icône de la nouvelle avant-garde éclairée en conclusion des amFIs d’été de son parti-mouvement. Ça promet ! Et ça en dit long sur l’espace y laissé aux réfractaires créatifs par la Doctrine guidant le peuple…

Depuis un an au moins, je scrute en détail les mouvements et ois avec intérêt toutes les saillies verbales du bonhomme. Je ne lui reproche ni sa gouaille, ni son goût pour la théâtralité. Et comment pourrais-je lui reprocher sa culture ? Une chose, toutefois, le distingue de ceux à qui on le compare parfois, Corbyn ici, Sanders là : outre le plaisir de s’écouter parler, d’imiter l’accent gaullien jusqu’au ridicule, outre l’inflexibilité doctrinaire, le fait de tirer toujours la couverture à soi, la pétulance dans l’insulte, l’inclination au repli, la hargne que parfois rien ne justifie, le mépris du contraste, l’arrogance de la vanité, ou plutôt en marge de tout cela, c’est le facteur humain, que les deux autres n’ont pas hésité à dévoiler, mais qui demeure chez Mister Amer une inconnue de taille : qu’y a-t-il derrière cette carapace blindée, cette machine politique, ce stratège calculateur ? Un divan d’opérette n’a pas suffi à effeuiller l’acteur, dont la part ténébreuse, pour qui ne se découvre de son esprit critique à l’entrée du temple de l’Insoumission, tend toujours fâcheusement à éclipser la lumière du programme.

On m’avait dit que l’initiation maçonnique était d’abord un moyen de se découvrir soi-même, de préserver la flamme en soi après avoir œuvré à un cessez-le-feu. Le stade initiatique n’est plus pour Mélenchon qu’un lointain souvenir. Pourtant, derrière les mises en scène, c’est en vain que l’on recherche la paix de l’esprit de l’énergumène qui, comme ci-dessus, ne répond plus de ses pulsions…

Rien de tout cela n’aurait d’importance si celui qui s’avère incapable de discuter avec ses pairs du même bord et du même pays n’était appelé par hypothèse, s’il est autre chose qu’un leurre, à prendre langue avec d’autres produits politiques, de toutes confessions et de toutes latitudes, y compris ceux d’une certaine « gauche radicale » hellène, qui, tout en faisant partie du groupe parlementaire européen qui était aussi le sien, tressent aujourd’hui des lauriers au showman de la Pnyx par ailleurs contempteur de la démocratie parlementaire.

Rien de tout cela n’aurait d’importance si ne subsistait le risque que ceux qui croient en lui se voient une nouvelle fois floués. Car s’il faut toujours, en politique, se méfier comme de la peste des fanatiques, il convient aussi de considérer les comédiens pour ce qu’ils sont.

A mesure que seront nourris de faux espoirs, que sera alimentée à gauche une concurrence fratricide que tous fustigent pourtant de manière générale, et que s’accentuera à l’encontre de la fatche d’avant-garde l’opprobre de l’habituelle palette de chroniqueurs quasi encartés ou que, comme hier, s’adoucira, au contraire, le verbiage de ladite caste, le petit Peuple, excessif rien du tout ou tout du rien, disposera d’indications pour déterminer de quelle catégorie relève son sauveur à lui…

 

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Citation pour citation…

« Les pauvres sont le visage monstrueux  de l’inefficacité du libéralisme à produire autre chose que des névrosés de l’accumulation des fortunes. »

(samedi 13 mai 2017, Villejuif)

Les riches satisfaits au milieu d’océans de pauvres sont le visage monstrueux d’un nouveau féodalisme qui liquide l’humanisme par pertes et profits.

« Les gens qui n’ont jamais reçu de coups sur la figure m’inquiètent toujours un peu lorsqu’ils sont au pouvoir. »

(France Culture, lundi 8 mai 2017)

Lorsqu’ils sont au pouvoir, les gens qui estiment avoir une revanche indistincte à prendre au nom des coups qu’ils ont reçus peuvent s’avérer aussi inquiétants que ceux qui n’en ont reçu aucun.

 

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« Ich bin ein Pariser » !

Après la débâcle d’hier soir, qui fait s’opposer deux périls pour la France, la poursuite de l’oligarchisme et la xénophobie décomplexée (par opposition à la laïcité malheureuse), tous les démocrates que compte le pays seraient appelés à revêtir pronto l’uniforme militaire et à enfiler leurs bottes pour rejoindre sans ciller et avec discipline – ein zwei ein zwei – les rangs d’oignons des forces du Progrès contre la tyrannie de l’unanimisme fasciste. Le premier tour se parait des atours de la démocratie; le second sera un enrôlement forcé ! Et gare aux mauvais Français qui se permettraient d’aller à l’encontre de cette évidence, fût-ce en s’abstenant, en votant blanc ou en glissant par malice un bulletin Mélenchon dans l’urne : la soumission à la chose doit être totale, le score quasi stalinien escompté pour elle de nature à lui conférer un large mandat !

On ne s’étonnera donc pas de l’empressement des sergents recruteurs de la médiacratie à exiger un « soutien sans réserve » à la démolition finale de l’Etat social : quand faut y aller, faut y aller ! Chèque en blanc : telle est la consigne, confirmée en fin de soirée par un Griveaux porte-parole clanique suintant de suffisance (le liant du camp de la Liberté) face à une Duflot décontenancée.

Il va bien falloir que vous fassiez un pas vers tous ceux qui ne se reconnaissent en rien dans ce que vous proposez et qui, refusant de choisir entre mal et mal moindre, pourraient se laisser tenter par l’abstention, venait en substance de lui lancer l’ex-égérie émeraude, qui avait eu la courtoisie de préciser auparavant que, pour Christ et Nation, elle se pincerait le nez dans l’isoloir dans deux semaines. Pensez-vous ! Pour le caméléon, qui, il y a un mois, tournait encore en dérision l’idée même de culture française, l’heure est désormais au patriotisme : L’Un-Tout, garant en soi de la pluralité républicaine, phagocyte tout contraire ! Tenez, voilà votre centime symbolique : c’est à prendre ou à laisser ! Vingt-quatre pourcents de brebis égarées, c’est une majorité de Français, n’est-ce pas ?

Depuis lors, lieutenants, capitaines et généraux de l’infamie (sociale-)démocrate sont sur la brèche pour traquer le moindre déserteur. Tous ces gradés, qui, à travers leurs trahisons programmatiques, leur double jeu électoral et leurs parjures à répétition, ont porté haut l’étendard de leur camp au cours de l’année écoulée s’érigent désormais en champions de l’Ethique. Si la manœuvre n’avait pas été rendue impossible par le score microscopique de leur candidat, auquel ils ont puissamment contribué, ils auraient, réglant leurs pas sur ceux des corporate Democrats d’outre-Atlantique, reproché à Jean-Luc Sanders leur propre effondrement. L’influence de la Russie, quant à elle, ne pourrait servir d’argument fallacieux que si le ciel venait à tomber sur la tête de Marianne : au secours !

Qu’importe, il reste aux Khomri et autres Cambadélis le plan C : tenter de se refaire une virginité en associant l’insoumission à la chose à un soutien tacite à la peste brune. Mais le mauvais français Mélenchon, insensible au son du clairon, a déjoué le piège, refusant de se poser en tuteur des consciences végétatives de ses électeurs, comme l’exigeait pourtant le vent de Renouveau qui souffle tel un printemps fétide sur un Elysée délabré. Certes, ses marques d’estime à l’égard du Veau d’Or – de la poule aux œufs d’or, pour les plus espiègles –, dont il a étonnamment parsemé sa campagne, ne laissent aucun doute quant au bulletin qu’il insérera dans l’urne, mais le dire haut et fort, une fois encore, sans y avoir été mandaté, eût signifié sa fin par anticipation, car qui aura soutenu celui qui, dès que le brouillard qui enveloppe son imposture se sera estompé, verra sa popularité rejoindre celle de son distingué prédécesseur dans les abysses des navires échoués sera sans hésitation cloué au pilori, pour autant, bien sûr, qu’il existe encore une gauche d’ici là…

Car cette chose-là, comme chacun sait, n’est plus à la mode. Ou, plus exactement, elle est victime d’une nouvelle tendance : celle qui en émousse les contours jusqu’à les rendre indéfinissables, et la rendre insipide et honnie. Ainsi, hier soir, entre deux homélies, Père Plenel, pas étonné pour un sou par le résultat, tant celui-ci était inscrit dans les astres, ouvrit sur Mediapart avec sa coutumière duplicité trotsko-jésuitique le chantier du nouveau  quinquennat en posant la question qui s’impose : « et maintenant, comment va la gauche ? ».

Pour y répondre, trois jeunes femmes, une thuriféraire du revenu universel, une mauvaise Française et… un suppôt de la chose ! Comment va la gauche, en effet, elle qui, après addition, a recueilli sensiblement moins de suffrages qu’il y a cinq ans, payant une proximité d’étiquettes avec des affairistes sans foi ni loi ?

Il y avait « je suis Charlie ». « Je suis Emmanuel » a pris le relais : ave le flan nouveau ! Ave la gauche ! Et ave la République !

 

 

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