Archives mensuelles : avril 2013

Zal rendabiliteit toelaten dat Mozart leeft ? (OPEN BRIEF AAN VIKTOR)

Viktor Ameys

Je kent me niet, kiddo, en eigenlijk hoef je me niet te kennen. Ik ben maar een van de vele toeschouwers die vanmiddag, tussen twee onderwerpen over het Nederlandse vorstenhuis heen, de VRT reportage over jou en je bijzondere aandoening zag. Trots moet je zijn, makker : zoals jou zijn er weinig !

Maar dat lost uw probleem eigenlijk niet op, wat toch wel de bedoeling is. Mocht je, na de uitleg van je ouders, nog met een of andere vraag blijven kampen, het zit zo : iedereen is op jacht naar zijn eigen paaseitjes. Onlangs ben je er toch ook op zoek naar mogen gaan, nietwaar, nadat de klokken of de haas, naargelang wat je het meest aanspreekt, waren langs geweest.

Wel nou, met de firma die aan je ouders de medicatie verkoopt die je zal redden (namelijk Soliris) gaat het niet anders : evenals jou houdt Alexion (1), het bedrijf dat in jouw leven investeert, van paaseitjes. Dit is eigenlijk een metafoor. Later zal je op school wel leren wat dit betekent. Hier alvast een voorproefje : een metafoor is eigenlijk iets met iets anders vergelijken wat er eigenlijk weinig mee te maken heeft, maar toch tot de verbeelding spreekt, zoals wanneer je, komende september, refererend naar je school, zou kunnen zeggen : “naar dat folterhuis wil ik niet terug”. Uiteraard is een school geen folterhuis, maar door ze ermee te vergelijken wek je een soort ironie die je maten wel zullen snappen.

En ironie is in deze nooit ver weg. De laatste tijd heeft Alexion immers veel paaseitjes opgeraapt : verleden jaar 45 % meer dan het jaar voordien (2), en het laatste kwartaal zelfs 81 % meer ten opzichte van het eerste kwartaal van 2012 (3). De Afrikanen, die weten het wel : voor grote farmabedrijven is het elke dag Pasen ! En daar draag jij je steentje toe bij. Is dat niet geweldig ? Stel je voor : met 18.000 € per maand kun je heel wat eitjes kopen, hoor. Een groot deel daarvan is bestemd voor de aandeelhouders van Alexion. Zo eenvoudig is het : hoe meer aandelen je hebt liggen, hoe meer eitjes. Wat je ouders zorgen baart is dat ze helemaal alleen voor de paashaas staan. Daarom vragen ze iedereen (je buren, de ouders van je vrienden, maar ook mensen die ze helemaal niet kennen) om hen hierbij te helpen. Dit heet dan weer solidariteit. Omdat jij zo speciaal bent. Hopelijk leer je later ook wat dit betekent.

Maar dan zegt de boze minister : “hoela, kijk eens hier, zo gemakkelijk zal het niet gaan, hoor !” Zij wil de paashaas er namelijk toe dwingen om zelf ook aan deze actie deel te nemen, door minder hebzuchtig te zijn. Wat er ook van zij, gelijk zal je krijgen, kiddo ! Waarom, vraag je je misschien af ? Omdat jouw voornaam uit het Latijn afstamt, en die betekent : hij die overwint. Nooit vergeten, Viktor ! Het beste toegewenst…

Mvg,

paaseitjes

Yannick

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(1) Dit is de website van deze firma : http://www.alxn.com/

(2) Bron : http://news.alexionpharma.com/press-release/financial-news/alexion-reports-fourth-quarter-and-full-year-2012-results

Alexion - Share value evolutionSteve Squinto & Leonard Bell (Alexion)

Alexion - Steven Squinto & Leonard Bell

(3) Bron : http://news.alexionpharma.com/press-release/financial-news/alexion-reports-first-quarter-2013-results

Lees hier het verhaal van Viktor Ameys : http://www.nieuwsblad.be/article/detail.aspx?articleid=DMF20130429_00560486

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Tibère et la spirale

Spirale littérale

J’étais, tout gosse, fasciné par les escargots. Ne me demandez pas pourquoi ces gastéropodes me passionnaient tant : je serais bien en peine de le dire. Leur sexualité hermaphrodite peut-être, qui leur permet, bien au-delà de l’alternance des rôles d’actif et de passif (termes hautement abusifs, au demeurant), de se relayer dans l’aptitude à enfanter, ce qui rend l’espèce digne d’un film de science-fiction qui, sur une planète où maman et papa – les douces sérénades parisiennes des derniers mois nous l’ont rappelé avec panache – sont tout sauf de vains mots, projette sur le binôme procréatif masculin-féminin vanté avec une si patriotique ferveur une ombre particulièrement floue. De Justin à Justine et de Mauricette à Maurice en un clin d’œil : que la nature est bien faite ! Une piste, peut-être, pour sortir du conflit…

La maison de mon enfance était bordée de champs en friche à perte de vue, ce qui en faisait pour mes compagnons de jeu – j’organisais régulièrement pour eux de mini-courses d’obstacles et d’autres festivités dignes de l’estime que je leur portais – un véritable paradis interlope qui les protégeait des rayons du soleil, auxquels ils sont rétifs. Mon favori était Tibère, un imposant mastodonte d’au moins vingt grammes à la coquille grenat à côté duquel les autres n’en menaient pas large. Je me rappelle encore les agréables sensations qu’il provoquait en moi lorsqu’à la découverte de ce corps humain qui lui était étranger, à lui à qui ses ancêtres avaient dû conseiller de prendre la poudre d’escampette à la vue du moindre de mes congénères, il titillait de sa lentille supérieure gauche, majestueuse de frêlitude, l’extrémité de mon duvet précoce et laissait glisser avec volupté son flasque fondement sur ma peau comme une langue semi-râpeuse dégoulinante du mucus exquis par lequel il me témoignait à son tour son affection. Lorsque Tibère s’est éteint, c’est à tout jamais une partie de mon âme qui l’a accompagné tout là-haut.

Thanksgiving Chapel, Dallas, TX

Comme par un discret clin d’œil de la céleste providence, j’ai pourtant retrouvé, l’autre jour, un peu de mon ancien compagnon sur Internet. Ma madeleine, c’était la chapelle de Thanksgiving de Dallas, TX. Vu de l’extérieur, l’édifice fait penser à un gigantesque gâteau d’anniversaire fossilisé, tout de crème fouettée, qui s’étend en hauteur sur quatre niveaux qui correspondent sans doute aux divers échelons de la grâce sublime : « plus près de toi, Seigneur »…

C’est l’intérieur qu’il faut visiter, fût-ce virtuellement, pour être saisi du vertige de l’astronaute, empreint de l’innocence de l’enfant tournoyant avec allégresse au milieu des constellations. Y sont disposés, en effet, selon un agencement en colimaçon condensé qui peut faire office de trompe-l’œil, une série de vitraux bercés, en ce sombre temple néo-baroque, d’une lumière astrale à laquelle seule une percée au niveau de sa voûte autorise l’accès.

Les vitraux peuvent être interprétés comme autant de marches d’un escalier mythique que l’homme est appelé à gravir pour rejoindre son infinitude. Mieux vaut s’être frotté à l’escalade, ne pas perdre le nord ni céder au tournis, pour atteindre la cime, car 67 est leur nombre, le nombre de l’homme, 76 leur valeur séraphique reflétée, et l’Unité leur primordiale couronne, et des 144 que génère leur fantasmagorique fusion émerge, surréel, Son Nom : Neuf !…

Ce neuf est celui de la nouveauté transversale, celle qui, de la hiérarchie faisant fi, permet de sauter de degré en degré adjacents, obliques ou en vis-à-vis, sans égard pour la gravité linéaire, avec pour seuls bagages la conscience et l’esprit dans ce qui, considéré depuis la base, apparaît comme une spirale bigarrée et chatoyante ni négative, ni positive, mais infinie de couches atemporelles juxtaposées, repliées sur elles-mêmes, détentrices du secret d’une nouvelle consistance, de nouveaux possibles multiversels. L’escargot est l’avenir de l’homme !

Gabriel Loire, Thanksgiving Chapel, Dallas, TX

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Source de la citation entre guillemets dans le dessin : Edward Bernays, Propaganda, Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zones, 2007 (traduit de Propaganda, Horace Liveright, 1928), page 1. Les ajouts et retraits entre crochets sont du blogueur.

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Pureté, autarcie, tyrannie, homogénéité et autres considérations…

Jake Williams en train de lire dans la forêt

« L’homme de bien est dans la société, il n’y a que le méchant qui soit seul. » Le débat remonte à la nuit de l’humanité : est-ce l’homme (entendez : l’individu) qui fait la société (étendez : qui doit la faire) ou la société qui fait l’homme ? C’est dans ces termes absolument manichéens que Diderot le trancha, pour sa part, par une charge à peine déguisée contre Rousseau, en 1757. Dans un énième reportage consacré à la tragédie des Syriens réfugiés dans des camps surpeuplés, à la frontière turque, diffusé l’autre jour, l’un des enfants qui y bivouaquent contre leur gré entre les tentes s’essayait, sans le savoir, à le reformuler comme suit, visant Assad quant à lui, à l’occasion d’une heure de cours improvisée : « les tyrans sont ceux qui pensent n’avoir besoin de personne »…

Je n’ai pas envie de prendre ici la défense de Rousseau : ma connaissance livresque de son œuvre est pour ce faire incomplète. Des bribes que j’en ai lues et de la controverse qui l’opposa aux encyclopédistes, je retiens une chose : j’ai avec lui des points d’accord et des points de désaccord, dont j’ai la faiblesse de penser qu’ils apparaissent avec suffisamment d’emphase dans les autres articles que j’ai écrits sur ce blog. Mon but, dans celui-ci, se limite à démontrer que la pureté peut se manifester de bien des manières, que l’autarcie ne saurait être dans l’absolu synonyme de tyrannie et, partant, que tant l’énoncé initial du paragraphe précédent que le précepte inculqué à l’enfant syrien, qui le conclut, sont puérilement absurdes. Subsidiairement, je m’emploierai en quelques lignes et quelques exemples à trouver un terme plus adéquat pour ce qui constitue, selon moi, le principal péril social contemporain.

Jake Williams est un citoyen britannique d’un certain âge qui nous a récemment fait l’honneur, dans le cadre de la sortie du film qui lui a été consacré, de prendre part à un court échange consécutif à la projection de celui-ci, au cinéma Nova, à Bruxelles. Plusieurs mois par an, Jake s’isole dans une cabane au fin fond de la forêt, et retourne à l’état de nature que Rousseau avait vanté en son temps, et que tant de chantres du progrès technique honnissent. Jake précise qu’il a essayé de convaincre plusieurs amis de partager cette expérience, mais que tous ont décliné sa proposition. Dans le film, minimaliste, on le voit, hirsute et bourru mais serein, tel un amant de Lady Chatterley sans maîtresse, satisfaire à ses besoins fondamentaux : manger, prendre une douche, dormir, etc. On le voit aussi faire appel à son imagination pour construire une barque de fortune par laquelle il se laisse porter sur un petit étang, situé non loin de la forêt où il a élu domicile, ou encore martyriser les branches d’un arbre sur lequel il a installé une hutte semblable à celle du Tom Sawyer de Mark Twain. Ce « recours aux forêts » semble s’être avéré salutaire pour lui. Lors du débat, Jake a révélé une personnalité fragile, affable et profondément humaine : il répondait à toutes les questions sur un ton monocorde d’où était absente toute passion, a fortiori destructrice, comme la télé consensualiste nous a appris à les aimer.

Jake est-il pur ? Tout aussi fourre-tout que peuvent l’être par exemple le populisme ou la drogue, le concept de pureté me pose un sérieux problème, en particulier en raison de la connotation nationale-socialiste qui y est, depuis la deuxième guerre mondiale, associée à tort ou à raison. Commençons par une autre question : Jake est-il un tyran (un « méchant », pour reprendre le mot de Diderot) ? Je répondrai, par blog interposé, au professeur de substitution du gosse syrien cité plus haut que la définition de cette notion qu’il lui a apprise est pour le moins sommaire. Est tyran celui qui cherche à imposer aux autres sa volonté. Si la volonté d’un homme est divergente du chorus ambiant et qu’il s’estime tenu, pour atteindre son équilibre individuel, de s’éloigner de ce chorus, cela ne fait pas de lui une personne peu recommandable. Bien au contraire : c’est la frustration qui pourrait résulter de son obligation à y demeurer en toutes circonstances intégré qui pourrait susciter en lui un mécontentement tel qu’il en ferait pâtir tout son entourage.

C’est le recul que Jake s’autorise qui est refusé à l’homme contemporain dans l’Occident dit civilisé, le recul par rapport à la norme, la vitesse, le changement, la futilité, l’évanescence, la confusion du temps. D’ailleurs, l’intéressé lui-même ne conteste pas le fait qu’il a besoin des autres hommes (et femmes) : le temps qu’il ne passe pas dans la forêt, il le passe en leur compagnie. La logique spartiate à laquelle il se soumet de bon gré n’a pas, pour lui, vocation à s’étendre à la société tout entière : point de tyrannie dans cette solitude !

Selon moi, c’est précisément par cette impossibilité de prendre du recul, qui résulte de la prétendue nécessité d’assumer un rôle à chaque instant – bref de ne pouvoir à aucun moment être (se penser) soi-même – que l’être humain se voit contester son humanité et que l’Humanité entière est menacée, car à force de se laisser porter par les pales du moulin sans jamais se demander pourquoi, ni s’interroger sur le mécanisme qui les opère et la logique qui y préside, l’on concourt certes, le temps que cela dure, à une fragile entente sociale (qui n’a rien d’un contrat), mais par le caractère argileux de la posture, l’effigie univoque qu’elle façonne, l’inhibition de la pensée (donc de la contestation) qui en émane et le mimétisme qui en est la résultante, ce compromis tacite, qui a toutes les allures de la soumission, est susceptible à tout moment soit de basculer par un soudain bouleversement, soit – plus probablement – de se fondre lentement mais sûrement en une normativité de plus en plus proche du totalitarisme.

logo du parti travailliste (socialiste) néerlandais

La solitude peut, si elle est un choix, être révélatrice d’une certaine pureté. Mais lorsqu’elle est le fait d’un individu, quelle est la portée de cette dernière ? Et se présente-t-elle de la même manière d’un individu à l’autre : Kubrick le reclus était-il pur ? La pureté peut être individuelle et collective, mais pour avoir un écho, elle doit être l’attribut d’une collectivité quelconque. Elle présente alors un aspect linéaire, homogène, quasi incontestable. L’homogénéité, elle, ne concerne que le niveau supra-individuel. Dès lors, c’est bel et bien elle qui est en cause.  L’homogénéité ne tolère ni le dissentiment, ni la différence; elle suppose l’absence de choix, qui trouve à s’illustrer, par exemple, dans ce fist rosacé que la coalition gouvernementale néerlandaise, pionnière parmi les pionnières, pourchassée par le spectre d’une extrême-droite dont elle se fait, par là même, le substitut, cherche à introduire sans ménagement dans les cavités intimes des étrangers en situation irrégulière aux Pays-Bas, pour lesquels, en dépit du veto catégorique opposé à son projet, ce samedi, par la totalité du congrès du parti travailliste (socialiste), le délit (virtuel) d’être illégal serait désormais inscrit dans la loi. Coupables et délinquants, les étrangers illégaux, alégaux, à châtier, non pour ce qu’ils font, encore moins pour un éventuel préjudice à autrui que causeraient leurs actes, mais parce qu’ils sont (là) !

Par un discours qui en appelait au respect des engagements pris et à la collégialité, la coqueluche néo-socialiste des médias qui a négocié l’accord gouvernemental (1) a balayé d’un revers de main le vote ultra-majoritaire du congrès de son parti, faisant plus de cas de la parole donnée (où ?) à son partenaire gouvernemental que des réquisitoires humanistes tenus en prélude au congrès par un militant-réfugié (d’origine iranienne) et un ex-élu (de confession juive) notamment ! Il devait, ce néo-socialiste-là, que les caméras ont tenu longtemps dans leur viseur lorsque se chantait l’Internationale, se sentir bien seul hier soir, au moins aussi seul que les illégaux demain, face aux caprices des employeurs illégaux, saisonniers ou non, des négriers du logement insalubre, illégal, des mafias de la prostitution (infantile) illégale, ou de n’importe quel Alexander DeLarge qui les trouverait sous les ponts, si cette jurisprudence funeste d’inspiration tyrannique venait à être votée.

Rousseau, dont les Pays-Bas n’ont certes jamais été férus, n’a-t-il pas écrit qu’il importait « que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre […] » (2) ? Son propos avait trait à la richesse en général, mais il pourrait être étendu à des législations qui mettent, par leur caractère inique, certains individus fragilisés à la merci d’autres, en l’occurrence investis du sésame de l’identité nationale. Les premiers pourraient, comme le sous-entendait l’enfant syrien déjà cité, avoir besoin des seconds, mais, succombant à l’ascendant de ceux-ci, y perdre leur personnalité humaine. Il doit être satisfait aux besoins, mais les besoins ne sauraient vassaliser l’individu : accepter le fait que l’on a besoin des autres n’implique aucunement que l’on se soumette à eux. C’est l’humanité elle-même qui justifie, en civilisation, que les besoins fondamentaux de chacun soient satisfaits de manière inconditionnelle. Et c’est une fois ceux-ci satisfaits qu’il peut être donné libre cours aux affinités électives…

« Habeo ergo sum; non habeo ergo non sum » est devenu le credo de l’homogénéité réactionnaire, que d’aucuns, parmi les disciples du darwinisme social, présentent comme naturel. L’homogénéité est totale dès lors qu’elle implique l’entité (nationale ou supranationale) dans sa totalité. Telle est la pureté délétère. Or, la quadrature du cercle est atteinte lorsque le monopole conjoint de fait de la critique et de la contradiction de cette totalité homogène ou en voie d’homogénéisation revient à des groupes eux-mêmes plus ou moins homogènes (communautés religieuses, culturelles, linguistiques, ou nationales), et qu’au sein de ces groupes la voix individuelle dissonante est souvent reléguée à la marginalité. L’homogénéité d’une substructure sociale ferait ainsi office d’antithèse de l’homogénéité totale.

Peut-être me rétorquerez-vous que c’est précisément ainsi que se sont constituées les nations, et plus largement tout mouvement qui visait l’émancipation pour sa communauté. A cette remarque, je formulerais alors trois objections. Primo, si ce qui sous-tend fondamentalement une homogénéité et l’autre est identique (par exemple la défiance de plusieurs Etats européens prospères vis-à-vis de l’Europe au motif de la concurrence et l’inscription en lettres d’or du principe de concurrence dans la constitution européenne), la tension entre ces homogénéités est en réalité superficielle, puisque toutes deux visent les mêmes objectifs (droitiers) et qu’aucune ne remet en question le credo. Par conséquent, l’homogénéité principielle totale n’est pas menacée. Secundo, plusieurs expériences sociales ont démontré, principalement dans la première partie du siècle dernier, que l’émancipation d’un groupe réfractaire n’induisait pas forcément l’homogénéité de ce groupe, que la discordance individuelle pouvait se concilier au progrès social, voire en être un moteur, et que resituer le débat sur le terrain de la dispute interindividuelle de la démocratie directe avait certes des conséquences pour ce que l’on appelle communément les corps sociaux intermédiaires, mais que c’est aussi l’idée si peu discutée aujourd’hui de la représentation politique, qui semble un fait acquis et figé en sa version actuelle, qui en vacillait sur ses bases, sans pour autant céder de quelque manière que ce soit à la tentation mussolinienne, brandie comme un épouvantail, de nos jours, par quelques chiens de garde aux associations d’idées discutables. La dispute interindividuelle (qui n’est pas la discordance d’un individu) n’est-elle pas, en effet, la véritable antithèse de l’homogénéité (son ennemie, même) ? Tertio, dans tous les mouvements d’émancipation, des intellectuels publics, des penseurs brillants, ont tenu par le passé une place prépondérante. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux se terrent dans leur bunker universitaire, y effectuant des recherches dont eux seuls liront les conclusions, alors que, dans une société réellement démocratique, la place indiquée des intellectuels est au milieu de l’agora. Lorsque l’un ou l’autre sort de son enceinte fortifiée pour prendre part à quelque rare débat public / médiatique digne d’intérêt, son propos est écourté, caricaturé, homogénéisé, et aucun échange véritable n’est possible. Se pose donc ici la question de la place accordée à la pensée originale mise en partage, et de son influence possible à l’ère des médias du divertissement de masse.

La pensée originale, la dispute, sont au centre d’un individualisme nouveau, véritable, à opposer à l’individualisme frelaté de la consommation des mêmes catégories de produits, qui conduit à l’identification de l’individu à ces derniers, donc à son anéantissement. Cet individualisme nouveau, c’est l’individualisme de la pensée, la pensée libérée de tout moule, mais consciente du réel et non épidermique.

J’ai un ami qui est devenu misanthrope. Certains lui ont reproché d’être pur, alors que, contrairement à eux, il est un bâtard culturel aux attaches linguistiques multiples. Certains lui ont reproché d’être pur, alors qu’ils se complaisent dans un carcan bourgeois qu’ils veulent exclusif. Certains lui ont reproché d’être pur, qui ont contrecarré la moindre de ses initiatives en matière de lutte contre les inégalités sociales. Certains lui ont reproché d’être pur, ceux-là même qui, par ailleurs, le regardaient du coin de l’œil et lui répondaient, dans une société réactionnaire, par des éléments de langage, parce qu’il affichait fièrement, face à l’alcool, sa préférence argumentée pour l’herbe. Il en a entendu certains rejeter en bloc le rap, d’autres la musique électronique, d’autres encore la musique classique. En ce qui le concerne, il ne rejette rien a priori, en bloc, aucun genre, aucun style, aucune personnalité : c’est une éponge sélective face à des voix de leurs maîtres. Et des voix, il en a entendues s’élever, celles de féministes lorsque l’on critiquait une femme pour des positions étrangères au genre, celles d’homosexuels outragés lorsqu’un seul des leurs accusait sans fondement un quidam d’être homophobe. Il a assisté par écran interposé à des crucifixions virtuelles orchestrées par des chrétiens contre un metteur en scène de théâtre ! Pris des coups pour sa franchise face à des colporteurs de préjugés sectaires des plus frivoles. Lorsqu’il était à terre, il a vu les autres détourner le regard ou s’enfuir précipitamment. Il a enduré des humiliations parmi les plus perfides  de la part de parvenus bourgeois ou de fils et filles à papa parce qu’il est qui il est, c’est-à-dire pas comme eux. Certains lui reprochent aujourd’hui – il les entend de loin – d’être célinien, de s’être réfugié dans l’autarcie tant cela l’a dégoûté. Mais il se porte bien, merci pour lui ! Il n’a aucune revanche à prendre – la vengeance, c’est pour les frustrés, les minables, les narcissiques, m’a-t-il assuré –,  aucun mode de vie à imposer à d’autres, aucun format auquel les soumettre ! Dans ces conditions, mieux ne vaut-il pas l’autarcie joyeuse que l’homogénéité du médiocre ?

Pour échapper à cette dernière, il est nécessaire que le compromis social soit dérogatoire, vital d’empêcher que la personnalité humaine y soit soumise dans son intégralité et que tous les hommes (toutes les femmes) se le voient imposer. C’est pourquoi des Jake Williams, des Big Lebowskis, des Dudes, des Barons (3), ont eux aussi leur utilité sociale. C’est en quoi l’individu est aussi primordial que la société (lui) est indispensable. C’est en quoi la diversité individuelle sert la cohérence évolutive de l’ensemble. C’est par quoi la hiérarchie, le patriarcat, la tyrannie, seront abolis. A vous qui avez démantelé l’ordre ancien au nom du désir, vous qui détricotez inlassablement aujourd’hui la Providence d’hier, rendez donc désirable votre brinquebalante architecture nouvelle avant de tirer votre révérence. L’engagement social, ça se mérite désormais, cependant que s’effrite votre légitimité !

Jake Williams goes rafting.

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(1)    Lire : https://yannickbaele.wordpress.com/2012/09/13/elections-legislatives-aux-pays-bas-le-vainqueur-numerique-est-le-perdant-politique/

(2)    J.-J. Rousseau, Du contrat social, Marc-Michel Rey (éd.), 1762, p. 112

(3)    Nabil Ben Yadir, Les Barons (film), 2009

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N.B. : cet article a été rédigé dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 avril 2013.

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Il y a quelque chose de pervers au royaume des Pays-Bas…

S’agit-il de l’embargo médiatique – imposé sans doute au nom de quelque supérieure raison – autour de la pédoprédation multirécidiviste plus que présumée du sieur Demmink, cet ancien haut fonctionnaire repris de justesse à la Justice après avoir dodeliné du postérieur à la Défense (sur le service de renseignement duquel il aura indéniablement exercé pendant des décennies sa si bienveillante tutelle), embargo quasi communément respecté dans le pays, alors que ne cessent de s’enflammer les rédactions internationales et presque tout ce que le monde compte de cénacles réputés respectables ? Certes non, ce triste sire ne mérite pas sur ce blog une ligne de plus !

S’agirait-il alors, plus généralement, de la latitude morale qui caractérise le pays depuis les années ’70, aujourd’hui menacée de toutes parts, au nom des excès auxquels elle a donné lieu, par les purs sbires de l’ordre homonyme ? Pas davantage : le quelque chose dont il est question est révélateur d’un état d’esprit contemporain qui s’étend loin au-delà des frontières de ce pays et, dans ce cas, cette misérable boîte noire à rayons nucléaires vers laquelle, par dépit, continue de se tourner l’esprit curieux porteur de l’espoir vain d’y trouver encore quelque fruit juteux qui stimulerait son intelligence plutôt que ses pulsions, en lieu et place des discours convenus, des promos incontournables et des gadgets modernes que cherchent à lui vendre des puces surexcitées qui vont où les porte le vent en prenant toujours bien soin de se couvrir les yeux pour ne pas voir la misère, y tient un rôle prépondérant.

Ce quelque chose, c’est l’intronisation, lundi prochain, du nouveau roi, consécutive à l’éclipse prématurée de l’actuelle tenante du titre, un événement à laquelle la crue télé du cru fait bien sûr la part belle. Certes, la famille d’Orange fait partie des plus grosses fortunes mondiales : elle est littéralement partie prenante à l’économie de son pays puisqu’elle détient un nombre considérable d’actions dans (au moins) une quinzaine de rentables entreprises cotées en bourse, à commencer par Shell. Certes, son arbre généalogique est entaché (lui aussi) de remarquables pas de travers, dont le moins considérable n’est sans doute pas la sympathie nazie de feu le prince Bernhard, fondateur du groupe Bilderberg.

Certes, pouvoir mener, aux frais non de la princesse mais du peuple, la dolce vita permanente et échapper ainsi au diktat du travail (au sens le moins noble du terme) que ne cesse d’utiliser (là ou ailleurs) la maîtraille élue pour mater les troupeaux de serfs mérite bien, en retour, quelques critiques, quelqu’ironie, voire même une pincée de cynisme. Le caractère ordurier du traitement réservé, ces dernières semaines, à son altesse, dont les escapades nocturnes de divers acabits semblent n’avoir pour les petits papes cathodiques aucun secret, relève toutefois d’un très différent registre…

Allusions bovines à l’égard d’une princesse dont la délicatesse mérite sans doute un léger polissage, références cocaïnées, one-man show graveleux et vulgarissime qui implique la reine sortante, chanson mielleuse ultra-commerciale composée pour le passage de témoin truffée de fautes grammaticales et à la sémantique douteuse, et clins d’œil répétés à la personnalité supposée bourrine du roi in spe, décrit à demi-mot comme unfit for the job : tout y passe. Et la plèbe se régale, une plèbe pourtant massivement acquise à la monarchie (à hauteur de 80 %, paraît-il), dans ce pays gagné sur la mer où la dissension républicaine fait preuve d’une très protestante discrétion. Molière, Shakespeare et d’autres à leur suite raillaient les mœurs des gens de pouvoir; dans cette pièce contemporaine d’un genre nouveau, ce sont les monarques eux-mêmes qui, dans leur propre rôle, celui qui leur est attribué par le divertissement populaire en tout cas, jouent les fiers écervelés.

C’est dans cette contradiction que la perversion fait son nid, non pas selon la perspective moraliste désuète qui qualifie de perversion tout comportement, tout acte, qui s’écarte d’un hypothétique droit chemin, mais selon une approche plus psychanalytique. Qu’implique, en effet, en ces temps troublés dénués des pseudo-certitudes de naguère, le vaudeville ainsi mis en scène ? Il implique que, pour qui sait voir, le roi sera nu, mais que la monarchie n’en sera pas moins maintenue. En d’autres termes, que l’illusion monarchique sera exposée, mais entretenue malgré cette exposition. Maintenir un roi pour pouvoir lui lancer à la figure des tomates pourries, comme on maintient une illusion de liberté pour mieux la contrecarrer par tous les moyens possibles : comment mieux illustrer la décadence, l’évaporation de l’ambition sociale commune qui a forgé tous les peuples, celui-là en particulier ?

Mais en quoi pareille régression transcende-t-elle la figure royale ? C’est simple : de l’illusion bourgeoise ainsi distillée par des médias qui orchestrent leur prise de pouvoir latente sur le mode de la barbichette que l’on se tient émerge de part et d’autre de l’écran une frustration, qui confine l’ensemble des protagonistes à la passivité et la société dans son ensemble au cliché. Que ne rêverions-nous d’avoir – le terme est de mise – un roi qui bouscule toutes les conventions idiotes et dont le clou du spectacle serait un vibrant plaidoyer en faveur de la république et de la liberté, la sienne et celle de ses ex-sujets ! A supposer qu’un jour l’une ou l’autre tête couronnée de l’une ou l’autre monarchie-croupion européenne rescapée trouve ce courage, elle en serait empêchée par les médias bourgeois !

Le voyeurisme de ces derniers ne vise pas l’émancipation, mais la servitude à des schémas du passé. Leur excitation du public inhibe la pensée. Leur double jeu méprise ceux du bas, qu’ils gavent de démagogie politiquement correcte : les médias anciens sont à la fois l’acteur et l’outil principal qui empêchent le progrès social, définissent le cadre alléchant de la transgression de la norme et rendent simultanément impossible toute transgression significative au grand jour. C’est ce qui en fait, sous des atours modernes, des vecteurs de conservatisme. C’est ce qui annihile l’horizon ! Les médias anciens sont la cause de la schizophrénie latente qui tue les vieilles sociétés à petit feu : ils sont le négatif des films pelliculaires révolus qui se présente comme positif, et ils invitent par la perversion à trucider au second les mythes bourgeois qu’il incomberait encore au premier degré de glorifier !

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Lumière ombrageuse…

Tous, nous avons besoin d’une part d’ombre et de lumière. A la nuit succède le jour, et vice versa ad vitam aeternam, ou presque. Même si la nuit est plus propice à l’ombre, ombre et lumière s’entrelacent en l’être humain. D’importantes réunions scellées du sceau du secret se tiennent en plein jour. Dans des lieus clos et inconnus se tiennent des assemblées qui se disent porteuses de lumière. A l’inverse, des dîners hautement convenus entre amis ou connaissances se déroulent parfois jusqu’aux petites heures. Jusqu’à un certain stade, c’est à chacun et à chaque groupe de déterminer pour lui-même ce qu’il souhaite ou ne souhaite pas révéler.  Mais, même après la décléricalisation, l’influence sociale demeure (paradoxalement) énorme, le carré de dalles noires et blanches dont il importe de ne pas sortir très étroit.

Postulons premièrement que les règles qui s’appliquent à l’individu et au groupe privé d’une part, à l’individu et aux groupes investis d’une mission publique d’autre part, ne sont pas les mêmes. Dans le second cas, il s’agit en fait d’exigences. Cela nous libérera des critiques des anti-moralistes, qui se montrent aussi purs que les moralistes pur jus eux-mêmes dans la défense de leurs causes respectives.

Dans le cas des exigences qui s’appliquent à l’individu et au groupe investis d’un rôle public dans l’exercice de ce rôle, il importe pour le salut social que la part de lumière soit déterminante. Pour autant, principalement en ces temps d’interconnexion instantanée, une certaine part d’ombre y est également requise. Deux cas de figure peuvent illustrer ce propos. Le premier est celui de cette famille d’otages français qui vient d’être libérée au Cameroun : si les autorités publiques n’avaient fait preuve de discrétion, son sort aurait sans doute été compromis. Le second est celui de la politique économique : tout gouvernement contemporain, en Occident, pense marcher sur des œufs s’il annonce trop clairement une intention divergente de la voie de marbre bleu pavée par une coalition de fait de puissants intérêts anonymes. Dans ce cas, c’est l’ombre qui a la part belle, alors que c’est à la lumière qu’elle devrait revenir. Or, c’est de cet alliage contre-nature qu’est née l’uniformisation des choix politiques, qui est la clé de voûte théorique du désarroi populaire. Pourtant, l’histoire récente démontre que, dans ce cas aussi, la lumière peut l’emporter tout en s’alliant à une part d’ombre : l’Equateur n’a-t-il lancé, comme le font quelquefois des entreprises privées, une rumeur de situation économique défavorable pour pouvoir, dans l’ombre, racheter à bas pris une grande partie de sa dette ainsi dévalorisée ?

Mais qu’en est-il de l’individu et du groupe privé ? Limitons-nous ici à quelques considérations relatives à l’intime… Les moyens techniques dont dispose aujourd’hui le consortium militaro-industriel étatique, mais aussi les superficiels gadgets dont il semble nécessaire à l’individu qui se veut moderne de se munir, associés à la promiscuité de plus en plus grande à laquelle chacun est soumis sur une Terre qui n’a jamais compté autant d’habitants renforcent comme jamais auparavant le contrôle social, un contrôle social délétère et intempestif, au sein de sociétés qui continuent pourtant – davantage, sans doute, pour se démarquer de l’extérieur que pour convaincre l’intérieur du monde dit libre – de hisser haut l’étendard de la liberté. Ici aussi, deux exemples royaux peuvent alimenter la réflexion. Le premier a trait à la photo du prince Harry dans son plus simple appareil. Elle a été prise lors d’une soirée privée (dans l’ombre donc) mais, par sa publication, a été propulsée dans la lumière. La liberté de l’abruti(e) à l’origine de cette mini-kabbale de prendre la photo a, de ce fait, écrabouillé la liberté du prince de se mettre à poil. Vainqueur : la morale bourgeoise, puisqu’on peut gager qu’il ne le fera plus de sitôt (à moins qu’il ne se soit agi d’un coup monté pour provoquer l’ire de la ruche). Second cas de figure, un peu pus complexe : la photo de la princesse Kate seins dénudés. Elle a été prise dans un cadre privé (donc dans l’ombre), mais au grand jour (donc en pleine lumière) et vendue à la lumière supposée du grand public. Nous avons pris soin de ne pas aller les mater goulument. Qui a fait de même ? En somme, qui a respecté le droit à l’ombre d’autrui, même en pleine lumière ?

Dans les deux cas, la technique et les gadgets dérobeurs de liberté ont confiné à l’ombre la plus profonde un comportement tout à fait sain contre le gré de ceux qui s’étaient ainsi exposés. Et tout un chacun est aujourd’hui susceptible, dans sa vie professionnelle ou privée, de se voir rappeler, par l’entremise de moyens techniques utilisés à large échelle et à mauvais escient, le caractère divin de l’apposition de la feuille de vigne, reprise à son compte par la médiocrité bourgeoise du double standard.

C’est également cette médiocrité qui œuvre, par la sournoise entremise d’une morale puritaine périmée, d’une hiérarchie (professionnelle, par exemple) outrageusement submissive, et d’une instrumentalisation perverse (donc, en l’occurrence, dans l’ombre), à mettre en cage dans le sombre la nudité lumineuse revendiquée par ceux qui s’exposent sciemment aux yeux des autres, sur internet par exemple, à savoir l’écrasante majorité des membres des nouvelles générations (en ce compris des wieners plus celèbres), corrélant ainsi de facto l’ombre saine et celle qui, en presqu’aucun cas, ne souffrirait la lumière. Nous choisissons de définir cette dernière comme celle qui néglige voire piétine sciemment le libre arbitre éclairé d’autrui. Par exemple le meurtre. Par exemple la pédosexualité. Par exemple la torture. C’est aussi dans l’ombre, en effet, que se déroulent toutes ces pratiques. Lorsqu’elles viennent à être révélées, elles sont projetées dans une lumière aussi crue que l’obscurité dont elles émanent, tandis que devraient, à l’estime de certains, rester absolument dans l’ombre, aux côtés, pour ainsi écrire, de cette bassesse véritable, des actes ou des conduites qui ne répondent pas au critère fondamental énoncé.

Nous sommes d’avis que notre temps n’a besoin d’aucune morale, ou plutôt qu’il trouverait grâce à s’articuler autour d’une morale qui serait l’addition d’éthiques individuelles, car toute morale traditionnelle s’impose du haut et ne fait en rien appel à la responsabilité de chacun de penser par principes son environnement et ses actes, et de mesurer ces derniers à l’aune desdits principes. En conséquence, s’il devrait idéalement être interdit d’interdire, comme il se disait en mai, il devrait, en revanche, être obligatoire de penser ses propres limites, grande lacune de la chienlit. L’enjeu est la destruction par consensus des piliers de l’ombre qui n’ont plus la moindre raison d’être dans le but de fluidifier la liberté (!) de l’ombre consensuelle d’accéder sans entrave à la lumière tout en imposant la lumière éclatante à l’ombre bestiale. C’est selon que les sociétés et les individus seront ou non en mesure de faire leurs cette nouvelle morale que sera atteint ou non l’équilibre de l’humanité, qu’éclora ou non la maturité sociale post-bourgeoise, que verra le jour ou non l’harmonie tranquille permanente mais négociée, et que jaillira ou non la lumière du jugement…

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Femin : « que toutes les femmes crient comme des truies opportunistes, et elles seront libres ! » (non-article épiphénoménal)

C’est à vous ! Choisissez parmi les titres suivants le plus approprié selon vous. C’est celui qui aura reçu le plus de votes qui figurera à la une du prochain numéro de L’Observateur Nouveau…

1/ « Femen, la revanche des machos athées »

2/ « Femen : « chuis à poil sous ma burqa… »»

3/ « Femen : « que tu crois qu’on est connes peut-être ? »

4/ « Femen : ça, c’est du journalisme ! »

5/ « Femen : « tu veux les voir ? »»

6/ « Femen : de Kiev à Paris, il n’y a que quelques bites… »

7/ « Femen : – C’est combien, la fessée ? – 5 Evros ! – Et on peut toucher les bottes ? »

Oh Man !

8/ « Femen : et vous voudriez qu’on bande !… »

9/ « Femen : le Lesbisch Commando est de retour ! »

10/ « Femen : «  Facies et feminalia linea ut operiant carnem turpitudinis suae a renibus usque ad femina. » (Vulgate, Exode, 28:42). »

11/ « Femen : « Fourest à poil dans la backroom ! »»

12/ « Femen, le produit »

Saez, J'accuse

13/ « Femen : serviettes et torchons »

14/ « Femen, le féminin fait man »

15/ « Femen, le pinacle de la ‘culture’ néolibérale »

Une racoleuse d'un journal en perte de lecteurs

16/ « Femen : la vieille Beauvoir à poil et en fantôme se lamente »

17/ « Femen : « y a pas plus gaga que nous »»

18/ « Femen : « born this way ! » »

19/ « Femen : « rrrr ! aaah ! aaah ! reu ! » »

20/ « Femen : au cul, au cul, aucune utilité »

21/ « Femen : le miroir déformant sort le féminisme bourgeois de sa torpeur. »

Mademoiselle de cire

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22/ « Femen partout, féminisme nulle part »

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-03-12-Femen

(Mona Chollet in Le Monde diplomatique, carnet, 12/03/13)

Mgr Léonard

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QCM : Dieu existe-t-il ? 1/ Oui – 2/ Non – 3/ Ca fait « pshiiit » – 4/ Chais pas, mek !

God nee nee nee !

Si Dieu n’existe pas, alors il n’y a que l’homme. S’il n’y a que l’homme, il n’y a que certains hommes. S’il n’y a que certains hommes, il doit y avoir la domination par ceux-là de tous les autres, leur destruction le besoin échéant. Tout comme si Dieu existe…

Le premier postulat a-t-il plus grande valeur que le second ? Est-il plus étayé que lui, ou l’exclusivité de Dieu, de sa parole, de ses manifestations et intentions présumées, de la représentation de son dessein éventuel, l’ont-ils rendu pour certains hommes nécessaire dans leur quête émancipatrice par rapport à d’autres hommes ? « Dieu est, donc l’homme est esclave. L’homme est intelligent, juste, libre, donc Dieu n’existe pas », a écrit Bakounine en d’autres temps (1). Tuer la métaphysique était l’impératif, tâche depuis lors accomplie par la nouvelle rationalité occidentale (en attendant sa ressuscitation ?). Il le fallait, car elle ne pouvait sans la religion se concevoir. Mais qui de la première la seconde soustrait demeure avec un doute et deux hypothèses au moins.

Ainsi, de la même manière que tous les exercices de conception d’un Etre supérieur répondaient à leurs origines respectives à des buts essentiellement politiques, paradoxalement séculiers, foncièrement dominateurs, au sein de sociétés antiques dont la face négative du chaos était rarement absente, lesquels buts ont vu leur perpétuation assurée précisément selon ces schémas, la conviction que Dieu n’est pas répond à des buts essentiellement politiques, ouvertement séculiers et foncièrement dominateurs. Le miroir a changé de nature; il n’a pas volé en éclats. A une croyance s’est ajoutée une autre. Or, la croyance est, depuis l’émergence de la civilisation, l’adjuvant principal de la domination, et plus l’on domine, moins l’on croit. Que cette seconde croyance se soit, dans la chrétienté, développée comme une volonté d’affranchissement de la première (qui n’est la première que pour qui croit en elle) n’a, pour le regard neutre de l’observateur contemporain, aucune importance quant au (non-) fait prétendument discuté lui-même, puisque ce dernier a été soumis à une histoire, à des histoires, à une succession de romans épiques qui ne s’assument pas comme tels, à des rites fédérateurs en série et à des séries de réformes.

La plupart du temps, la croyance est un instinct, une intuition, qui peut mal tourner, se muer d’une part en diktats, d’autre part en servitude, volontaire ou non. Ni l’intuition, ni l’instinct en tant que tels ne sont ici en cause : l’intuition de l’existence du boson de Higgs, récemment étayée, remonte aux années ’60, et longue est la liste de telles intuitions scientifiques corroborées a posteriori, tout aussi longue sans doute que celle de celles qui n’ont pas trouvé confirmation. Quoi qu’il en soit, faire passer au second plan l’objet de l’étude et de la spéculation – Dieu, pour ne pas le nommer – puis réfuter l’hypothèse de son existence sur base d’une réfutation de ce en quoi il est travesti, à savoir le monopole politique plus haut évoqué, relève de l’évident traquenard scientifique et philosophique, de la religion opiacée, dans ce cas-ci aussi : c’est non pas à Dieu que s’en prennent en vérité les athées, mais à l’imposition d’une croyance, et le hiatus est de taille monumentale.

Les questions qu’il incomberait donc, dans ce débat, de se poser sont les suivantes :

–          Pourquoi l’esprit humain s’accommode-t-il si difficilement du doute, c’est-à-dire de la multiplicité des hypothèses et pourquoi des incertitudes faites certitudes le réconfortent-elles au point de recueillir dans de nombreux cas son assentiment ? En d’autres termes, l’esprit humain aspire-t-il de manière privilégiée (naturellement ?) à la lumière ou à l’obscurité ?

–          En quoi l’existence de Dieu, si l’homme parvenait un jour à la prouver, renforcerait ou déforcerait-elle les croyances religieuses qui cherchent à s’imposer par diktat (affirmé ou diffus) ?

–          Comment dissocier, à l’avantage du public (des masses, selon le vocable ancien), la possibilité de l’existence de Dieu de ces croyances, et est-ce là l’intérêt du progressiste ?

–          Certaines interprétations de la technique contemporaine (2) exercent-elles une influence sur la perpétuation de telles croyances ?

thijsvangasteren.blogspot.be

–          Subsidiairement, quelles sont les implications sociales d’une conception fondamentalement élitaire – pour ne pas écrire hiérarchiquement religieuse (3) –  de la technologie contemporaine (4) ? Comment sa vulgarisation (5) pourrait-elle, le cas échéant, (mieux) se mettre en œuvre, et quelles en seraient les conséquences, tant pour la société que pour l’image et le rôle public de la science elle-même ?

–          La technique (la science, de manière plus générale) a-t-elle vocation à constituer une passerelle vers la résolution de la question de l’existence de Dieu ?

–          Dans l’affirmative comme dans le cas contraire, ses applications visent-elles l’émancipation de tout dessein théologique ou la servitude à une théologie sociale ?

–          La non-existence de Dieu, si elle était prouvée, serait-elle, pour l’Humanité et l’individu, source absolue d’affranchissement ?

God ja ja ja !

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(1)    Mikhail Bakounine, Fédéralisme, socialisme et antithéologisme, Lettres sur le patriotisme, Dieu et l’Etat, Paris, Stock, 1972, p. 101

(2)    ‘Technique’ est ici l’équivalent moins populaire dans le langage courant actuel du mot ‘technologie’, anglicisme dans cette acception.

(3)    ‘Religieuse’ est ici à comprendre selon son sens étymologique (> latin ‘religare’, qui signifie ‘relier’)

(4)    Dans ce cas, le terme ‘technologie’ doit être compris selon son exacte définition en français, à savoir à la fois l’étude de la technique, la connaissance que nous en avons et le discours que nous portons sur elle.

(5)    ‘Vulgarisation’ au sens de mise en commun, bien sûr…

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N.B. : ceci n’est l’article ni d’un croyant, ni d’un athée (c’est-à-dire non pas quelqu’un qui ne croit pas, mais quelqu’un qui nie l’existence de Dieu, donc qui croit à son inexistence), et s’il pourrait être celui d’un agnostique au sens étymologique, il ne l’est pas selon la définition que donne de ce terme le Larousse online

Agnosticisme (nom masculin > anglais agnosticism, du grec agnostôs, inconnu) : doctrine qui considère que l’absolu est inaccessible à l’esprit humain et qui préconise le refus de toute solution aux problèmes métaphysiques.

***

Nema. Raseac ot su reviled dna. Noitatpmet otni su deal … enif, su ot ti evig annaw uoy fi ¿ ssenevigrof deen ew dluohs yhw. Doolb ylthgin ruo thginot su evig. Emit fo gninnigeb eht ecnis sah ti sa, enod eb lliw yht. Deniatniam eb htrae no modgink yht. Eman yht eb dewollah, lleh ni tra ohw rehtaf ruo.

When the inner is exiled, the universal is within reach. Not as a promise, merely as a possibility. Petrified in their egos they were when the lightning struck. Not immobile. Incredulously afraid. Not frail, but feeble. In one case, and in the other. Their fear has become aggression. Belief is aggression. Unable to stand alone, they needed a father. The One was looking elsewhere, they fell for the other. Unsuspectingly ? Stuck in the no human’s land, universal lost. Bonds against religion. Futile bonds again. Contrary duplication, involving conquest. Yet, the universal cannot be conquered. Fine-tuned at most, from below always. With a little help from above. Conflicting fantasy stories soaked with the magic just lost, making room for a new reality too often perceived as magical. No essence. Stories forever reiterated and embraced for the soothing comfort their reiteration provides. Oh, Lord ! Oh, Lord of Transgression ! And what a transgression it is to bow down in the dark ! Believe ! Believe, artificial addition of narcissistic infatuations ! Believe and let die, as you’re turning in circles invoking novelty, your alternative carved in the marble of continuity… Believe and kill, if such is what appeases your spleen ! I get mine from looking at you ! Hide, shameful followers, hide in the torpor of the new bourgeoisie ! Believe ! Believe ! Believe ! And when you don’t believe any more, rule those who do ! Follow, and never be ! Dupe as you have been duped, and be duped once more ! Lead, and never grow ! Kill, and die for me !

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La violence est nécessaire; elle doit être abolie !

Jean-Paul Galibert 13 juin 2013 à 3:28 Réponse

C’est tout le problème:
le bénévolat est-il la solution, ou le comble du problème?
En théorie, je ne crois plus guère à la contradiction:
j’ai donc envie de dire les deux, ce qui complique beaucoup,
à moins de vouloir se libérer par son oppression elle-même,
ou du moins par une partie présentable du système oppressif,
opposable à la partie la moins présentable…
Merci, et à bientôt…

Yannick Baele 14 juin 2013 à 8:51

A l’échelle de la société, le bénévolat demeurera un pis-aller illusoire tant que, face à un pseudo-pouvoir politique focalisé sur la superstructure, qui s’écarte de plus en plus effrontément de l’idéal démocratique, méprise et réprime la contestation populaire, et ignore les propositions cohérentes de « réformes » qui bénéficieraient à la communauté tout entière, il ne s’accompagnera pas d’une violence rationnelle et irrésistible dirigée avec méthode depuis la base contre les oppresseurs.

Jean-Paul Galibert 15 juin 2013 à 10:12

A moins d’avoir mal compris,
j’ai envie de vous dire que Je n’aime pas plus
votre violence rationnelle que toute autre violence.
Le peuple n’a pas besoin de violence, il a le nombre.
La violence vient donc d’ailleurs,
mais de quel droit?

Yannick Baele 15 juin 2013 à 4:17

Je vous lis depuis plusieurs mois à présent et, sans vouloir paraître présomptueux, je me doutais que vous me répondriez cela. C’est une chose de ne pas apprécier la violence : par définition, elle est l’adversaire de tout humaniste qui se respecte. C’en est une autre de demander à ceux qui subissent quotidiennement la violence organisée (rationnelle, elle aussi) du système que vous définissez comme « hypercapitaliste » que de tendre en permanence l’autre joue. Ecrivant cela, je pense notamment à feu Mohamed Bouazizi, à ses alter egos grecs de plus en plus nombreux, à ces familles que des banques rapaces sauvées du naufrage par leurs impôts notamment jettent impunément et en masse à la rue, en Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis, tandis que des milliers de milliards de $ et d’€ sont parqués dans les paradis fiscaux. Je pense aussi à la répression de plus en plus musclée des polices anti-émeutes, même face à des manifestants pacifiques (Seattle, Madrid, Rome), ainsi qu’à l’application de deux poids deux mesures entre la criminalité des pauvres, particulièrement celle qui relève de délits dont s’est inspiré Hugo pour Valjean, et celle en col blanc.

Face à un tel cocktail, qui trahit ouvertement, désormais, le refus, de la part de nombre d’autorités publiques, du dialogue avec le peuple, avec la rue, et face aux vexations impérialistes autrement plus frustrantes encore qu’ont à subir toutes sortes de peuples localisés du mauvais côté de la barrière, face, enfin, à l’estompement de la notion de justice,  qui a fait dire à l’un ou l’autre responsable politique de premier plan, après un raid à moitié illégal au Pakistan, que Satan avait été liquidé par les shérifs et que justice avait donc, en toute logique, été rendue, je n’ai pas honte d’affirmer, en effet, que je préfère intellectuellement une violence réfléchie dirigée avec méthode contre la lie de l’humanité à une réédition épidermique d’attentats de masse qui coûteraient la vie à je ne sais combien d’innocents de plus, ainsi qu’à la répétition d’émeutes idiotes et irréfléchies, comme celle de Londres en 2011, dont ont eu à pâtir de pauvres hères qui partagent pourtant les conditions sociales des hooligans à la manœuvre.

Comprenez bien que je ne pratique aucun amalgame, que je n’esquisse les contours d’aucune catégorie particulière autre que celle composée des rapaces (des individus, donc) qui assument pleinement et font mettre en œuvre par leurs valets les politiques qui mènent aux dégâts ci-dessus décrits, et ont allumé les mèches cramoisies de l’essentiel des guerres récentes que le monde a traversées.

Je l’ai écrit dans l’un de mes articles : le Projet de Paix perpétuelle de Kant m’a fasciné par sa candeur désarmante. J’y souscrirais sans réserve pour le temps présent si les conditions de l’atrophie générale de la violence étaient réunies. Elles ne le sont pas, malheureusement, en raison de l’arrogance d’un groupe restreint de happy few immensément riches qui impriment, depuis leur réalité parallèle (voir Cosmopolis, de Cronenberg), leurs désirs mégalomaniaques et narcissiques au reste du monde, qu’ils pillent systématiquement.

Or, face à l’uniformisation des options politiques convenables, en matière socio-économique, quel poids pourrait donc revêtir « le nombre », étant entendu que je suppose que c’est aux élections que vous faites référence, les manifs bien encadrées n’ayant plus, comme je l’ai écrit, la moindre influence en la matière ? Je ne puis ici m’empêcher de tracer, toutes proportions gardées, des parallèles avec le nombre de sans-culottes face à l’Ancien Régime. Car c’est bien de cela qu’il sera, à courbe inchangée, progressivement question, selon moi, sous des atours modernes et dans un contexte de post-répartition des richesses, de post-Etat-Providence, qui tourne le dos au bien commun général. Prend-on, pensez-vous, suffisamment la mesure des conséquences de la suprématie de plus en plus affirmée (et de plus en plus soutenue politiquement) des Übermenschen contemporains aux commandes de la vie des hommes ordinaires, qui refoulent leur appartenance humaine avec tant d’aplomb ? Que vous évoque, par exemple, la qualification de « serfs » utilisée, selon feu Aaron Russo, par Nick Rockefeller, pour décrire ceux-ci, à l’occasion d’une discussion amicale qu’il avait tenue avec lui ?

Mais voici que des voix s’élèvent : « théorie du complot », les entends-je scander en chœur. Que nenni : ce serait trop simple ! Coalition tout ce qu’il y a de plus humainement classique d’intérêts marginaux dominateurs suffira amplement. Cela posé, à supposer que toute violence sociale soit à proscrire, comme vous le soutenez, et considérant que je pense avoir démonté en quelques lignes l’influence du nombre, que vous mettiez en avant par ailleurs comme la panacée (Démentez-moi si tel n’est pas le cas.), quel serait donc votre remède pour permettre aux sociétés de se défaire du joug (même relatif) d’une domination, en l’occurrence celle de la plupart des détenteurs du grand patrimoine ? Vous écrivez que vous avez envie de me dire que vous n’aimez pas plus « ma » violence rationnelle que toute autre violence. Mais la violence antisociale brièvement illustrée ci-dessus n’est pas un leurre. Comment proposez-vous, dès lors, de la contrer ?

Jean-Paul Galibert 16 juin 2013 à 8:00

Je suis en train de préparer un ouvrage là dessus.
Cela prend du temps, car on n’a pas le droit de faire d’erreur sur ces questions
quant on mesure le prix des erreurs (devenues des horreurs)
de nos prédécesseurs les mieux intentionnés.
Pur le dire en un mot,
toutes les idées sont bonnes
lorsqu’elles rassemblent l’humanité,
du plan le plus intime au plan le plus mondial,
contre la rentabilité, l’hypercapitalisme, l’hypertravail.
A nous, d’avoir des idées rendant le nombre capable de peser.
Beaucoup de gens aimeraient agir sans savoir comment.
Pourquoi pas une couleur, un symbole, un horaire, des lieux,
des pétitions, des reblogs, des liens, des jeux?
Je cois que nous manquons de mots communs,
au plan interculturel, au plan mondial
Nous manquons d’utopie, aussi.
la gratuité, par exemple, nous attend.
Un petit groupe, plein d’idées,
pourrait faire de grandes choses
simplement par ses idées.
Si nous boudons cet effort,
d’autres le feront,
mais ce sera contre nous.

Je vous lis toujours avec un grand plaisir
A bientôt

Yannick Baele 17 juin 2013 à 10:24

Qu’est-ce donc là que cette forme ? Celle du hasard ? D’une espèce d’hippocampe rabougri ? La représentation de la visqueuse arme à feu charnelle d’ExistenZ, peut-être ?

Je ne sais à quelles horreurs vous faites références. En ce qui me concerne, je suis sevré contre celles auxquelles je pense. Et j’en viens à m’interroger sur d’autres. Prenez Cuba, par exemple (pas celui du film) : dictature sans embargo ?…

Conscient des dérives intrinsèques des bonnes intentions, qui ont sans doute le tort de concevoir une vertu absolue (encore qu’essentiellement subjective) appliquée à une créature par conception duale, je le suis aussi de leurs interprétations hâtives, perverses et erronées : si je détermine, moi, après réflexion et analyse, que la piste des cibles à atteindre trouve son origine dans le Dow, le Cac et leurs équivalents, plus interconnectés que jamais, comment pourrais-je empêcher un autre de se laisser aller, par pulsion, à choisir les cibles de son choix qui n’ont objectivement aucune part dans le cours du monde tel qu’il va actuellement ?

C’est la question à résoudre, en effet, et la modification de fond en comble d’un enseignement antédiluvien dans son contenu, son organisation et sa structure, qui devrait intégrer uniformément (c’est-à-dire de manière égalitaire) les nouveaux supports, mais aussi favoriser la participation ET SURTOUT l’esprit critique, être le plus transversal possible et accueillir enfin plusieurs disciplines cruciales qui fondent le citoyen et la personne et y font jusqu’à présent défaut est à cet égard fondamentale.

Est-il logique que l’enseignement secondaire, nommé humanités en Belgique, ne dispense pas ne fût-ce qu’une introduction notionnelle au droit, dès lors que la Justice est l’un des trois piliers officiels de toute démocratie ? Est-il concevable, pour vous qui êtes français, que l’enseignement secondaire de mon pays soit expurgé de toute philosophie ? Et, par conséquent, est-il souhaitable que ces matières, pour ne retenir ici que celles-là, n’effleurent JAMAIS, s’ils ne sont pas autodidactes, ceux qui, ayant la chance pécuniaire d’entreprendre des études universitaires par la suite, optent pour des filières qui ne les intègrent pas ?

Pour autant, évacuer la question de la violence sociale, sans même s’autoriser à y réfléchir est-il philosophiquement pertinent (De toute évidence, vous ne le faites pas, puisque vous m’annoncez que vous publierez sur la question…), a fortiori si l’on est dépourvu d’alternatives claires, étayées et pensées (pas à elle, mais in globo, elle y compris)? Aurait-on pu mettre fin au nazisme sans violence rationnelle et irrésistible (comparaison n’étant pas raison en toutes choses) ? Ne tend-on pas parfois à oublier que, si elle est extrêmement confortable, innée même en ce qui me concerne (J’ignore votre âge…), la société pacifiée est une réalité de courte germination, par ailleurs extrêmement localisée (aux dépens d’autres latitudes et longitudes ?) ?

« Pourquoi pas une couleur, un symbole, un horaire, des lieux, des pétitions, des reblogs, des liens, des jeux ? » vous interrogez-vous. Toutes ces propositions sont louables et elles ont tant ma faveur que je les ai toutes entreprises, comme tant d’autres de mes congénères inexistants. Mais se pose la question de la compatibilité des langages : doit-on s’adapter, si l’on veut faire mouche, au mode d’expression de son interlocuteur (en l’occurrence la rapacité abominable du système financier), au risque de se laisser soi-même progressivement transformer, ou demeurer, au contraire, égal à soi-même, en hauteur et positif, en toutes occasions ? La question se décline sans doute largement en fonction des spécialités de chacun.

Quoi qu’il en soit, faire mûrir les esprits et les coaliser requiert du temps (individualisé, pour partie). Or, si la politique est oisive, l’argent et sa concentration vont, en revanche, très vite, de plus en plus vite. Ainsi, une chaîne de télévision belge rapportait il y a quelques jours que la nouvelle chaude tendance, dans les salles de notation, était le délit d’initié en secondes : plusieurs firmes spécialisées effectuent régulièrement, sur base d’une collection détaillée d’indicateurs économiques et de chiffres d’entreprises, des prévisions à court et moyen terme, qu’elles communiquent aux agences de presse à une heure donnée de la journée. Or, de nouveaux acteurs sont apparus, qui ont pour mission, au nom d’intérêts surpuissants, de payer les premières de confortables sommes pour bénéficier desdites informations quelques minutes ou secondes à peine avant les autres, de sorte qu’introduits en avant-première dans des réseaux d’ordinateurs surpuissants, les divers paramètres permettent parfois à ces derniers de rapporter, en une fraction de seconde, à l’aide de logarithmes hypersophistiqués, des centaines de millions aux employeurs des poseurs d’ordres concernés…

Si, au moins, nous pouvions compter sur les adjuvants politiques progressistes classiques, ceux dont on se demande avec insistance comment ils peuvent continuer de recueillir le nombre de voix qu’ils recueillent, pour freiner certaines évolutions des quatre fers (au G8 et ailleurs), à défaut de réorienter la barque, et commencer à organiser la recitoyennisation, la situation n’apparaîtrait sans doute pas aussi désespérante…

Sachez que loin de bouder, je m’enthousiasme à votre idée. Mais vous savez comme moi que sans l’adoubement requis, point de salut à une échelle significative…

Bonne journée !

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Pour un argumentaire philosophique fouillé sur la question (quoique quelque peu daté), lire : http://www.marxau21.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=35:pour-une-theorie-de-la-violence&catid=44:labica-georges&Itemid=65

N.B. : exceptionnellement, cet article a été rédigé a posteriori (entre le 13 et le 17/06/13).

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« Season 9 – The Spread Out Day »

Virgil Gheorghiu, La 25e heure

Avec, cette saison, les personnages principaux suivants…

–          Jock Wanker, héros

–          Pénélope, assistante personnelle de Jock

–          Seth Gunman, amateur d’armes, membre de la NRA

–          Steve Brown, pote à Seth

–          Peter Shephart, terroriste kamikaze

–          Joan Void, mercenaire

–          Rahim Amiri, leader des Mojahidin anti-Ayatollah (MAA)

–          Lydia Deschanel, chef de division à la NSA

–          Palmer Husseini, Président du Monde Libre

–          Carlton Feldman, CEO adjoint de Liquid Martine ®

–          Graham Krachinsky, coach d’entreprise

–          Kristof Schweinhertz, délégué autrichien à l’OPEC

–          Travis Winthorpe, richissime homme d’affaires anglo-américain

______________________________

JOAN : vous avez le feu vert. Mais n’oubliez pas ce que je vous ai dit : il y aura des caméras partout autour des tribunes. N’ayez pas l’air suspect et soyez le plus méconnaissables possible.

SETH : on a nos casquettes des Chicago Pitbulls.

JOAN : bon, et souvenez-vous : un max de victimes.

SETH : comptez sur nous ! Husseini van enfin comprendre que le deuxième amendement est sacré !

BOSTON, MA, 2:50 PM, Eastern Time

Boston bombings, April 15, 2013

Mr. President

GRAHAM : bonjour Monsieur le Président.

PALMER : comment avez-vous eu ce numéro ? C’est ma ligne directe !

GRAHAM : ne perdons pas de temps, Monsieur le Président. Comme vous l’entendez, j’utilise un mécanisme de distorsion vocale. Le plus sophistiqué de vos filtres d’analyse ne parviendra pas à le percer. Et comme vous vous en doutez, il est inutile d’essayer de tracer cet appel : il a été rerouté par une dizaine de serveurs anonymes répartis aux quatre coins de la planète. Au fait : votre première réaction aux attentats de Boston nous a beaucoup déçus.

PALMER : qui êtes-vous ?

GRAHAM : n’insultez pas mon intelligence, Monsieur le Président. Heureusement, vous vous êtes repris par la suite. Vous allez convoquer une conférence de presse cet après-midi, à cinq heures cinquante précises.

PALMER : pourquoi le ferais-je ?

GRAHAM : parce que vous connaissez les conséquences si vous ne le faites pas.

PALMER : et quel serait le but de cette conférence de presse ?

GRAHAM : vous allez annoncer que vous renoncez au projet de loi sur le contrôle accru des armes à feu.

PALMER : ce projet de loi est vital pour les Etats-Unis après le massacre de Newtown.

GRAHAM : vous savez ce que vous avez à faire, Monsieur le Président. Nous vous recontacterons plus tard.

***

UN ANALYSTE DE LA NSA : nous avons intercepté une série de messages alarmants, Madame. Quelque chose d’important serait en train de se préparer du côté de Dallas.

LYDIA : donnez-moi le dossier. Je vais le transmettre immédiatement au général.

L’ANALYSTE : voici, Madame.

***

LYDIA : l’un de nos analystes a trouvé quelque chose de compromettant concernant notre action au Texas.

CARLTON : vous m’appelez sur une ligne sécurisée, au moins.

LYDIA : vous me prenez pour une débutante ?

CARLTON : bon. Qui d’autre est au courant ?

LYDIA : je pense qu’il n’y a que lui.

CARLTON : brûlez ces informations.

LYDIA : bien, Monsieur.

***

JOAN : il est temps de vous préparer.

RAHIM : notre contact n’attend plus que nos instructions. Tout est prêt.

JOAN : c’est ce Peter, c’est ça ? On peut lui faire confiance ?

RAHIM : il est un peu lent, mais il fera le nécessaire.

JOAN : on compte sur vous.

RAHIM : c’est une mission qu’Allah m’a confiée. Je ne Le décevrai pas. Dubareh kei behem zang mizani ?

JOAN : soon, my love, very soon

***

JOCK : Pénélope, c’est Jock. T’as mon update sur Boston ?

PENELOPE : Jock, c’est toi ?

JOCK, j’viens de te le dire, non ? Péné, focusse steplaît !

PENELOPE : mais on t’a cherché partout…

JOCK : ouais, je sais. J’étais dans un karaoké à LA, c’est une longue histoire… Je suis en route vers le BuSH as we speak.

PENELOPE : c’est plus le Bureau des Super-Héros, Jock. On a été absorbé par l’Office de Vigilance Nationale Intégré. Et, non, pas grand-chose de neuf à part quelques images CCTV qui pourraient nous en dire plus sur deux suspects.

JOCK : kay, on se voit in a sec

***

WASHINGTON, DC, 5:50 PM, Eastern Time

Graham Krachinsky

GRAHAM : vous n’avez pas dit exactement ce que je vous avais demandé de dire, Monsieur le Président. Le premier round ? Vous jouez avec le feu.

PALMER : écoutez, ce pays ne négocie…

GRAHAM : …pas avec les terroristes, je sais. Je vous ai vu cligner des yeux plusieurs fois, Monsieur le Président. Je vous ai entendu parler de changement. Une situation temporaire ? Vous m’avez presque convaincu lorsque vous avez dit vouloir éviter une répétition de cette tragédie qui nous a tous secoués, en début de semaine. Mais il ne s’agit pas d’émotions, Monsieur le Président, mais d’ordres. Et pour vous montrer que nous sommes sérieux, nous nous voyons contraints de passer à la phase 2. Suivez l’actualité de ces prochaines heures, peut-être serai-vous plus coopératif ensuite…

PALMER : écoutez, salopard, vous parlez au Président des Etats-Unis…

GRAHAM : et si vous tenez à éviter l’instauration de la loi martiale, je vous conseille la plus grande discrétion…

***

GRAHAM : bonjour, messieurs, nous sommes en conference call. Je vous appelais pour vous informer que tout se déroule selon l’agenda que nous avons établi.

TRAVIS : ça vaudrait mieux, Graham. C’est votre tête qui est en jeu. J’ai investi des centaines de millions dans ce projet.

Yacht de Travis

KRISTOF : was ist der folgende Schritt ?

GRAHAM : quelque chose qui ne pourra vous laisser indifférent, Kristof, une action hautement symbolique…

CARLTON : quand sommes-nous supposés entrer en jeu ?

GRAHAM : patience, mon ami…

WEST, TX, 8:50 PM, Eastern Time

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Aucune légèreté, mais un peu de lourdeur, sans doute, dans ce qui précède. Nos pensées n’en vont pas moins à toutes les victimes d’attentats de par le monde et à leurs proches, que leur involontaire condition soit l’œuvre putride de loups égarés, enragés et lâches, le fait de groupuscules instables aux revendications douteuses, ou la conséquence d’un chantage entre Etats, avec les intérêts industriels y afférents en toile de fond…

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Qu’est-ce que la bienveillance ?

La bienveillance est-elle un sentiment ou une attitude ? Elle est subjective, en tout cas, donc elle n’est pas uniforme. Mais qu’a-t-on écrit en écrivant cela ? La bienveillance est un risque que l’on prend par rapport à un autrui dont on ne sait, dont on ne peut savoir a priori, s’il est lui-même bienveillant. En ce sens, elle exige de celui qui en fait preuve une mise en danger, consciente ou inconsciente. Puisqu’elle n’est pas uniforme, elle n’est pas davantage univoque : de la même manière que, paraît-il, qui aime bien châtie bien, qui est ou se veut bienveillant peut, pour dessiller la perspective d’un ami, d’un proche, d’un partenaire sentimental, toutes relations pouvant également se lier au féminin, l’amener à se confronter à un réel auquel il ne lui serait guère plaisant de se frotter. Mais, en tout état de cause, la bienveillance suppose une fin heureuse, laquelle implique à son tour un constant respect de son objet et, par conséquent, le refus de son instrumentalisation.

La bienveillance n’est pas une charité; elle peut être une forme d’amour. Elle peut même être l’amour lui-même, universel, inconditionnel et promoteur de liberté. Elle est tantôt un clin d’œil, fugace par définition, tantôt un accompagnement. La bienveillance n’a d’autre exigence qu’elle-même ; elle est désintéressée, mais pas vide de sens. La bienveillance véritable suppose, en effet, l’empathie avec le sujet autre, cette empathie qui permettra de mieux définir ses attentes individuelles à lui plutôt que de lui imposer les siennes propres. Si elle n’est pas vide de sens, elle n’en requiert donc pas moins une neutralité a priori et une attention privilégiée, condition de la redéfinition du ‘care’ tant honni par certains. La bienveillance est donc un ferment social, un ferment en l’absence prolongée duquel la bestialité peut apparaître : confinez un enfant dans une cave lugubre, et l’enfant sera pétri de monstruosité, non la sienne mais celle que lui auront infusée ses bourreaux. Confinez des peuples entiers dans le tunnel d’obscurité de l’austérité, et les vieux démons ressurgiront.

Le culte de la compétition, un fléau tel que le VIH, la communautarisation clanique qui résulte de l’organisation en réseaux, mais aussi, plus diffusément, la perte de repères permanents provoquée par l’entrelacs apparemment inextricable des manifestations supposées relever du réel et de celles réputées ressortir au virtuel sont quelques-uns des facteurs qui expliquent que la suspicion ait supplanté la forme embryonnaire de la bienveillance qui se manifestait dans le modèle patriarcal traditionnel, à savoir une bienveillance univoque, quant à elle, car pétrie d’une logique systémique. Commune à cette bienveillance embryonnaire et à la suspicion est l’interférence, c’est-à-dire l’incapacité de laisser se développer à son terme les potentialités de chaque individu. La bienveillance, essentiellement vectrice de créativité et profondément démocratique, est un gain de temps balayé par l’organisation sociale contemporaine au nom d’une rentabilité élitiste qui impose le stress pour diviser le ferment…

Amulf Reiner, Meine Trauer

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