Articles tagués : psychiatrie

Jeanne, m’entends-tu ? Tu m’entends, Jeanne ?

« Certainement, il y a l’énorme complexité de la grande machine étatique, financière, industrielle […], qui peut surveiller tout ce que nous faisons, pas encore tout ce que nous pensons, heureusement. […] Cette machine d’une énorme complexité, qu’est-ce qui est encore plus complexe qu’elle ? C’est cette petite matière grise […] qui se trouve à l’intérieur de nos têtes [et] qui s’appelle le cerveau humain. Le cerveau humain d’un individu est encore plus complexe que la gigantesque machine qui voudrait le contrôler. […] Tant que la machine n’aura pas nos têtes, elle n’aura pas gagné. »

Présomptueuse, cette prise de position engagée du philosophe Edgar Morin, en clôture du séminaire pour la liberté d’expression tenu par Mediapart, fin septembre 2013, qui a permis à l’intéressé de mesurer empiriquement in situ le nombre de spectateurs qui réagiraient à ses propos ? A certains égards, sans doute, à d’autres bien moins…

Dès que la chape de plomb figurée qui impose le silence autour de cette question, dont Morin dessine, à mon sens, les contours de manière à la fois erratique et définitive, c’est-à-dire dès que les canidés de garde parmi les figurines du petit écran, qui veillent toujours soigneusement à garder une confortable distance entre ce qu’ils savent ou présument, et ce que le bon peuple présume parfois mais n’est pas autorisé à savoir, auront péri sous les assauts de l’âge, d’Internet et / ou du miroir réaliste de leur médiocrité, la question de « cette machine d’une énorme complexité » qui ne peut « pas encore  surveiller tout ce que nous pensons », à laquelle Paul Jorion, dans un édito YouTube tout aussi anecdotique que désabusé et auto-hermétique du 20 juin 2013, lequel s’inscrit dans une longue série de selfies vidéo de la même trempe, fait, lui aussi, parmi tant d’autres, allusion, sera immanquablement posée ouvertement, dans toute sa majesté, provoquant, selon les plus pessimistes, des cataclysmes sociaux de nature matricielle, tant le bon peuple, prenant subitement conscience que la science l’a devancé de quelque deux cents ans, se muerait en hordes mutuellement destructrices, ou favorisant, à l’estime des plus optimistes, l’appropriation populaire d’un savoir confisqué pendant de trop nombreuses décennies, auquel il n’a, la plupart du temps, été fait allusion que de manière allégorique et approximative par une certaine caverne cinématographique et certains types de musiques contemporaines : « da story is to be sold, not to be told », comme dirait l’autre, qui, de chien, s’est soudain mué en lion…

Il sera possible, alors, dans ce second cas, sans risquer d’être la risée des bienpensants du pouvoir, ni le pantin de franges extrémistes violentes, de s’interroger publiquement sur cette « machine », de chercher à déterminer si elle est gouvernée ou si, telle sa très petite consœur face à Kasparov, elle en est arrivée à s’autogouverner en prenant appui sur le flot d’informations que l’humain lui a communiquées, voire même si elle nous gouverne, partiellement ou totalement, et, dans l’affirmative, selon quels principes, et quel degré d’interaction. Il nous sera de nouveau possible, à nous autres humains, de nous parler sans faux semblants, sans nous invectiver ou nous censurer les uns les autres, sans nous concurrencer pour le titre de supreme killer. Il nous sera de nouveau possible d’aim…

Cette « machine » est-elle la « machine » du pouvoir ou la « machine » de tous, dont les puissants, par leurs ressources (financières, intellectuelles et de réseau) tirent bien davantage profit que les autres ? Est-elle un instrument parmi d’autres dans les mains du complexe militaro-industriel, qui menacerait de mort abrupte ou contrôlée ou couvrirait de ridicule quiconque en fait trop clairement état, et, dans l’affirmative, est-elle vouée à le rester, à alimenter un culte religieux, ou à développer une dimension démocratique ? Favorise-t-elle un système politique plutôt qu’un autre ou tout lui est-il égal, si tant est que soient réunis certains paramètres ?

Représente-t-elle une menace totalitaire pour l’humanité, ou peut-elle, moyennant un certain état d’esprit où l’Humanité a sa place, lui faire découvrir de nouveaux horizons ? Nivelle-t-elle ou élève-t-elle ? Augmente-t-elle ou réduit-elle les facultés ? Eclaircit-elle ou opacifie-t-elle les esprits ? Flatte-t-elle l’ego ou laisse-t-elle chacun entrapercevoir son moi attaché ? Est-elle, comme l’est le web pour les ordinateurs rectangulaires, le gestionnaire d’un parc de cerveaux mondial que ne pourrait contrôler quelque entité que ce soit mais dans lequel il serait loisible à certaines d’entre elles de piocher à leur guise ? Et, question fondamentale, la bestialité humaine, celle de la domination et des rapports de force défavorables aux uns et extrêmement favorables aux autres, en est-elle digne ?

La CIA, l’US Air Force, l’US Navy, l’OTAN et d’autres organismes para- ou supra-étatiques similaires (pas uniquement états-uniens) pourraient avoir leur avis sur ces questions

1 - YALE JOURNAL OF BIOLOGY AND MEDICINE, 7 décembre 1934, pp 83-128

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2601137/

2 - JOURNAL OF APPLIED PHYSIOLOGY, 1 juillet 1962, vol 17, n°4, pp 689-692

http://jap.physiology.org/content/17/4/689.abstract

3 - THE NEW YORK TIMES, 28 décembre 1965, p 28

http://select.nytimes.com/gst/abstract.html?res=F70C1FFB3B591B7A93CAAB1789D95F418685F9

ABC News (Paul Altmeyer), “Mission Mind Control”, 10 juillet 1979

4 - Low-Intensity Conflict and Modern Technology, US Air Force, Air University Press, juin 1986

5 - Capt P Tyler (US Navy), The Electromagnetic Spectrum in Low-Intensity Conflict, Air University Press, 1986, p 249 et suivanteshttp://ce399.files.wordpress.com/2009/12/theelectromagneticspectruminlow-inte.pdf (JUIN 1986 !)

Extraits

« Bien que la radiation électromagnétique soit connue de tous, son prototype étant la lumière visible, et malgré le fait que certaines propriétés magnétiques et ‘électriques’ aient fait l’objet d’observations pendant des siècles […], les scientifiques n’identifièrent l’électromagnétisme en tant que tel, n’explorèrent sa physique et ne développèrent des théories rationnelles pour son utilisation pratique que dès la fin du XVIIIe. […]

Les résultats de maintes études qui ont été publiées ces dernières années indiquent que des effets biologiques spécifiques peuvent être obtenus en contrôlant les divers paramètres du champ électromagnétique (EM). Quelques-uns de ces facteurs EM susceptibles d’être manipulés sont la fréquence, la forme de la vague, le taux d’impulsion initial, la durée d’impulsion, son amplitude, le taux de répétition, la modulation secondaire, ainsi que la symétrie et l’asymétrie de l’impulsion. Parmi les effets cliniques des radiations électromagnétiques, un grand nombre furent remarqués pour la première fois à l’occasion de l’utilisation directe du courant appliqué directement sur la peau. Plus tard, les mêmes effets furent obtenus par son application à des champs extérieurs. […]

Comme bon nombre d’entreprises humaines, [les] applications de la radiation électromagnétique peuvent devenir une arme à double tranchant. Elles peuvent être significativement bénéfiques, mais, en même temps, elles peuvent être exploitées et utilisées de manière contrôlée dans le cadre d’applications militaires ou secrètes. La présente contribution se concentre sur l’usage potentiel des radiations électromagnétiques lors de conflits de faible intensité.

APPLICATIONS MILITAIRES POTENTIELLES DES RADIATIONS ELECTROMAGNETIQUES

L’exploitation de cette technique à des fins militaires n’en est qu’au stade embryonnaire, et sa reconnaissance par les Etats-Unis comme une option envisageable est récente. Un magazine de biotechnologie de l’US Air Force datant de 1982 déclarait ceci :

« Les données actuellement disponibles nous permettent de projeter que des champs de radiations de fréquences radio (RFR) spécifiquement générés peuvent constituer une menace antipersonnel puissante et révolutionnaire. La thérapie des électrochocs indique la capacité d’induire du courant électrique afin d’interrompre complètement le fonctionnement mental durant de courts laps de temps, d’alimenter les fonctions cognitives durant de plus longues périodes, et de restructurer les réactions émotionnelles à intervalles prolongés.

Les expérimentations menées par thérapie d’électrochocs, celles relatives aux RFR, ainsi que la compréhension accrue du cerveau en tant qu’organe électriquement médiateur ont suggéré la sérieuse probabilité que des champs électromagnétiques marqués puissent perturber un comportement résolu et pourraient être capables de diriger et d’interroger un tel comportement. En outre, le passage d’approximativement 100 milliampères à travers le myocarde peut mener à un arrêt cardiaque et au décès, soulignant ici aussi l’effet d’une arme qui agit à la vitesse de la lumière.

Un système RFR de scanning rapide pourrait donner lieu à un effet incapacitant ou meurtrier sur une large zone. […] En utilisant des RFR d’intensité relativement basse, il devrait être possible de rendre de vastes groupes militaires sensibles à des quantités extrêmement dispersées d’agents chimiques ou biologiques contre lesquels la population non irradiée serait immunisée. »

Les applications potentielles des champs électromagnétiques artificiels sont vastes, et elles peuvent être utilisées dans de nombreux cas de figure militaires ou quasi-militaires.

Certaines de ces utilisations possibles sont la maîtrise de groupes terroristes, le contrôle des foules, le contrôle des brèches de sécurité dans des installations militaires, ainsi que des techniques antipersonnel dans le cadre d’une guerre tactique. Dans tous ces cas, les systèmes EM seraient utilisés afin de produire des perturbations physiologiques légères à graves, et de distordre ou désorienter la perception. De plus, la capacité des individus de fonctionner pourrait être dégradée à un point tel qu’ils deviendraient incapables de combattre. Un autre avantage des systèmes électromagnétiques réside dans le fait qu’ils sont en mesure de couvrir de vastes zones à l’aide d’un système unique. […] »

6

CNN News, Special Assignment (Chuck DeCaro), novembre 1985 (première diffusion, revue et corrigée en 1999)

Extraits

« Le Dr. Michael Persinger (psychologue spécialiste des neurosciences) a effectué des recherches sur l’effet des radiations électromagnétiques sur le cerveau. Des variations sonores aléatoires […] pourraient permettre de différencier des cerveaux individuels. En d’autres termes, les individus pourraient être identifiés à l’aide des caractéristiques spécifiques de leur production neuronale :

« les niveaux de puissance pour ces amplitudes sont similaires à ceux associés aux signaux générés mondialement par les systèmes radio et de télécommunication. Ces vingt dernières années, un potentiel s’est développé, qui était improbable mais qui est aujourd’hui plus ou moins réalisable : […] il s’agit de la capacité technique d’influencer directement la majeure partie des quelque 6 milliards de cerveaux de l’espèce humaine en générant de l’information neuronale au sein d’un medium physique, au sein duquel tous les membres de l’espèce sont immergés ».

Le message du Dr. Persinger, expurgé de son jargon, consiste à dire que l’espèce humaine tout entière peut être contrôlée par l’entremise d’influences électromagnétiques,  véhiculées par les stations de radio ou de télévision ou par d’autres moyens techniques. »

7 - Nature 391, 316, 22 janvier 1998

http://www.nature.com/nature/journal/v391/n6665/full/391316c0.html

8 - US NEWS & WORLD REPORT, 26 décembre 1999http://www.usnews.com/usnews/culture/articles/000103/archive_033992.htm

(Cet article a paru dans l’édition papier de US News & World Report du 3 janvier 2000.)

Lire aussi : http://www.wired.com/politics/security/news/2007/09/mind_reading?currentPage=all

Extraits

 « Police de la pensée. Les pensées meurtrières d’un terroriste peuvent [être reconnues à travers l’activité électrique cérébrale], affirme [John] Norseen [employé de Lockheed Martin], qui a rédigé sa thèse [universitaire] au Naval War College, une thèse consacrée à l’application de la recherche dans le domaine des neurosciences à l’antiterrorisme. Il a, de son propre chef, soumis au Pentagone un plan de recherche et développement destiné à identifier le profil mental d’un terroriste. Un engin miniature dont la fonction est de cartographier le cerveau, placé dans un détecteur à métaux situé dans un aéroport, passerait au crible les modèles cervicaux des passagers, qu’il comparerait à un dictionnaire d’empreintes cervicales. Norseen prédit que le profilage par empreintes cervicales sera fonctionnel d’ici à 2005. […]

« Si ces recherches aboutissent », ajoute Norseen, « il sera possible de commencer à manipuler ce que des gens pensent avant même qu’ils ne le sachent ». Mais Norseen affirme être ‘agnostique’ quant aux répercussions morales [de son projet]. […] « L’aspect éthique ne me concerne pas », déclare-t-il, « mais d’autres devraient se sentir interpellés. »

9

http://www.dtic.mil/cgi-bin/GetTRDoc?AD=ADA425472

http://csat.maxwell.af.mil/pubs.htm

EXTRAITS

« L’armée a longtemps exploité le spectre des fréquences électromagnétiques, d’abord par l’entremise de communications « sans fil », à la fin du XVIIIe siècle, puis à travers la découverte du radar, dans les années 1930. Ces techniques ont rapidement évolué en de nombreuses applications militaires, en ce compris les systèmes d’alerte anticipée, la détection, et la gestion de la mise à feu de l’armement. […]

Il fut un temps où la notion d’ « énergie dirigée » était reléguée à la science-fiction. […] Ces dernières années, le champ de bataille moderne est devenu un environnement « riche en cibles » pour les armes à micro-ondes de haute intensité. […]

La conclusion de cette étude est que les techniques de micro-ondes de haute intensité sont prêtes pour […] leur déploiement en tant qu’armes opérationnelles, au sein de l’armée U.S . […]

Les contractants privés en matière de défense ne devraient pas seulement être encouragés à développer les capacités techniques qui leur permettraient de participer aux programmes d’armements à micro-ondes; cette étude conclut aussi que les systèmes militaires des Etats-Unis devraient être renforcés afin de les protéger contre les effets [desdites] ondes. »

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Psy est une laïque religion…

La pièce était sombre, imprégnée du noir d’une Lune timide autorisée par le jour tombant. Mais elle était là, trônant de sa gloire phosphorescente sur l’étagère fixée au mur en face de moi. Elle me fredonnait une berceuse : « Ihaaa, ihaaahi, ihooo, ihaaa, ihaaa ». Je me sentais tout petit mais je la désirais. Quelle était donc cette appétence ? S’emparerait-elle de moi parée des vertus de l’Intouchable Madone ? Elle esquissa un mouvement, puis un autre. Sertie de son étincelante couronne, elle se mit à agiter ses cuisses sveltes mais charnues telle une Beyoncé au Moulin-Rouge. Mais sa djellaba était immaculée, avec juste quelques teintes bleu ciel. Que me voulait-elle ? Pourquoi ne me quittait-elle pas de son regard à tétaniser un titan ? « Je suis là », glissa-t-elle. J’étais las aussi. Son aube de soie blanche se transmuait en longues lamelles qui venaient titiller mon anatomie. Le lointain se faisait abordable, attenant, presque fusionnel, contigu. Marivaudante marionnettiste, de la passion aux vagues et de la flamme aux flots, elle charriait, impudique, l’animal fabuleux que j’étais, de la dissemblance à l’étourdissement éclectique d’une utérine jonction sublimée. Nos sens balisaient la direction du sens suprême de l’éphémère de l’ici-bas, auquel il faut se faire entre deux ascensions. La pamoison était céleste, l’enveloppe incongrue, faite de simultanéité fugace à l’aurore de l’entendement. Mille couleurs, une colombe, parmi ce sombre envahissant. Mille textures platoniques et mille goûts évanescents. Insaisissables mais vivants, nos esprits faisaient corps, imaginant déjà l’encore d’un autre neuf entrelacement…

***

(ajout du16 novembre 2014)

Ce qui suit est un commentaire relatif à l’intervention du psychiatre Boris Cyrulnik lors de l’émission de France 5 Les Grandes Questions du 30 octobre 2014.

Cyrulnik est sans doute l’un de ceux, qui tout en affichant une grande compassion (au sens étymologique), tiennent, au sein de sa profession, le discours le plus critique à l’égard de cette dernière, refusant par là la réaction clanique de chasse gardée ou de forteresse assiégée à laquelle a donné lieu, par exemple, le brulot anti-freudien d’Onfray.

Si certains des propos qu’il tient ici sont empreints d’une grande sagesse, d’autres me paraissent pourtant relever du raccourci facile ou de l’approximation, voire de la pure spéculation : c’est sans doute le principal travers de ce genre d’émission d’extrême vulgarisation…

Ainsi, lorsqu’il affirme que toute approche psychiatrique/psychanalytique dont la pratique consisterait à soumettre l’ensemble des « sujets thérapeutiques » à un schéma analytique, un angle, un prisme, unique, monolithique, relève, en vérité, d’une forme de totalitarisme, qui pourrait le contredire ?

Qui pourrait, en revanche, s’abstenir de lui opposer, lorsqu’il pose comme vérité scientifique, qu’une très grande sensibilité individuelle est le fruit exclusif d’une composition génétique particulière, qu’une telle grille d’analyse linéaire ne repose sur aucune base scientifique, quand bien même elle serait complétée, dans un second temps, par une prise en compte de l’environnement socioculturel dans lequel évolue celui ou celle qui en fait preuve. Vulgarisation pour vulgarisation, cette lecture me paraît relever d’un scénario de strates, de sédiments successifs, les uns biologiques, les autres sociaux, alors qu’à mon sens – et au stade actuel des connaissances -, c’est plutôt d’un spaghetti qu’il est question. Plutôt que de poursuivre son raisonnement selon la logique d’interdépendance (ou, en tout cas, d’influence mutuelle) des divers facteurs constitutifs d’un état d’esprit, qu’il a lui-même brièvement esquissée, Cyrulnik me semble donc recourir au même type de pseudo-certitudes compartimentées que celles qu’il dénonce, le fussent-elles un peu moins que ces dernières.

Un autre exemple me vient à l’esprit : lorsqu’il prétend que le refus du changement est indicatif d’un esprit (potentiellement) totalitaire, je suis certain qu’il a des exemples précis en tête, qu’il songe à des anecdotes ou des histoires relatives à certains de ses patients. Mais, ces exemples, ces anecdotes, ces histoires, le téléspectateur ne les connaît pas ! Or, en l’absence de ces illustrations concrètes, ce dernier ne peut qu’être amené à conclure qu’une telle généralité relève elle-même d’un schéma analytique pour le moins unilatéral, très conforme, somme toute, à une certaine doxa contemporaine, qui vante le changement comme pièce cardinale de son dispositif, quelle que soit la nature dudit changement, ses motivations intrinsèques, ainsi que le cadre dans lequel ce changement est supposé avoir lieu. Or, confronté à un pouvoir totalitaire – pour ne retenir que la contradiction la plus extrême d’une telle pensée unique approximative et généralisatrice, pourquoi un individu devrait-il changer ? Pour devenir fonctionnel sous sa coupe ?…

En soutenant que le refus du changement en tant que tel, indépendamment de tout contexte et de toute tierce partie, indique un totalitarisme spirituel, il va bien plus loin encore, car qu’est-ce que le totalitarisme sinon un système social qui impose ? Or, comment, de nos jours, un individu pourrait-il à lui seul avec un système social se confondre, et pourquoi, surtout, un individu qui refuserait de se fondre dans le système existant (Prenons le cas d’un ermite, par exemple…) devrait-il de facto se voir taxer de totalitarisme ? Dans ces inconsistances se lit non seulement une vérité énoncée par Cyrulnik lui-même, à savoir que la psychiatrie en tant que science en est, en effet, au stade embryonnaire, mais également qu’en tant que corpus de valeurs normatives, quelle que soit la déclinaison conférée à ces dernières par chaque praticien, elle est l’ennemie de la dissension, ce en quoi sa peu glorieuse histoire, faite de soumission à l’ordre établi (par le biais du confinement à l’écart de la société et d’abominations antihumanistes telles que l’usage forcé d’électrodes, la lobotomisation, la programmation mentale, la stérilisation forcée (qui n’a été dénoncée par l’OMS qu’en mai 2014 !), l’usage massif d’une pharmacopée débilitante, ou encore le meurtre de masse pur et simple (200.000 « débiles mentaux » mis à mort par les nazis), en particulier de soumission des groupes jugés les plus subversifs, c’est-à-dire ceux situés en bas de l’échelle sociale, parle bien sûr pour elle…

Si la quête d’individus fonctionnels dans une société qui l’est elle aussi est l’objectif principal de la psychiatrie, alors cette dernière ne présente pas le moindre intérêt; elle est littéralement inutile, car une telle société serait faite d’empathie et d’amitié. Or, ni l’empathie, ni l’amitié ne tolèrent la relation de subordination qu’induit la psychiatrie, qui compte toujours un professeur ou, pour l’exprimer plus cyniquement, un adjoint de confession.

Si elle est utile dans certains cas de schizophrénie violente, la psychiatrie n’est, pour le reste – il ne me semble pas excessif de l’affirmer – qu’une religion laïque aux prétentions scientifiques.

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Neo est un Asperger…

Se positionner au milieu d’un groupe d’individus avec lesquels on n’a pas nécessairement d’affinités particulières, fermer les yeux et se laisser tomber, avec l’assurance que les autres nous rattraperont et nous empêcheront d’atteindre le sol. Voilà l’un des exercices psychologiquement intrusifs auxquels nous convia, le reste de ma classe et moi, l’assistant PMS (psycho-médico-social) qui officiait au sein de mon école secondaire.

Il s’agissait, en d’autres termes, de faire une absolue confiance à un groupe dont on savait qu’il était composé pour partie de sales gosses sans foi ni loi (tous issus de familles très respectables), en pleine recherche de leurs propres limites et que l’on savait capables du pire.

Comme le game master était tout sauf idiot, je suppose qu’il voulait, à travers cet exercice d’abandon de soi, tester notre précoce capacité de nous fondre sans discuter dans le moule social. Car c’est bien là ce qu’une société qui se prétend individualiste et libérale attend de chacun de nous, n’est-ce pas ? Plutôt que de partir des potentialités de chacun et de forger, au départ de celles-ci, une société mature, collaborative, (tant que faire se peut) égalitaire et réellement solidaire, c’est des individus que l’on attend qu’ils se conforment sagement, sans résister, sans intellect ni conscience, à une structure préexistante qui nie leur singularité et les soumet, donc les infantilise.

Est-ce ce schéma préétabli que les autistes Asperger rejettent ? Et qu’est-ce donc que cette appellation ? Nommé d’après un pédiatre autrichien du siècle dernier, le syndrome homonyme est considéré comme un dysfonctionnement, un trouble du développement qui se caractériserait par un déficit social et communicatif, un spectre d’intérêts restreint et des comportements répétitifs. Il s’agirait de la forme d’autisme la plus légère, et elle permettrait, contrairement à l’autisme classique, à ceux et celles qui en sont atteints de fonctionner plus ou moins normalement (1).

Pour la dernière version (prévue pour 2013) de sa Bible périodique, qui se propose, en étroite collaboration avec l’industrie pharmaceutique, de recenser tous les comportements qu’elle considère comme anormaux, parmi lesquels – pourquoi pas, tant qu’elle y est – l’addiction à Internet (2), l’Association des psychiatres américains, cette organisation politique qui fait frauduleusement de la science sa bannière et établit les politiques publiques de santé mentale, pourrait toutefois fondre ledit syndrome dans l’autisme plus général, dont il s’agirait alors de déterminer uniquement la sévérité (3).

Ceux qui me lisent savent à quel point la psychiatrie, cette pseudo-science dont les diagnostics dépendent des a priori de ceux qui l’exercent, m’insupporte : s’il est utile de secourir des personnes en détresse psychologique, la manière dont on s’y prend pour ce faire et les présupposés charriés à cette fin, puisqu’ils sont constitutifs de la démarche, ne peuvent qu’interpeller. En effet, le psychiatre s’assimile trop souvent au gourou, celui qui a une emprise sur ses patients. Son rôle supposé est de rendre ce dernier fonctionnel dans une matrice sociale dont lui-même ne questionne pas, la plupart du temps, le fonctionnement, ni le bien-fondé : établir ce qui est normal, c’est-à-dire (sans plus) les comportements majoritaires et distinguer, en conséquence, ce qui est anormal, pour le classifier en catégories et subcatégories en vue de le normaliser, voilà son œuvre ! Caricaturons quelque peu : dans une société sens dessus dessous, le différent est sommé de se conformer à la folie latente générale. La psychiatrie nie la singularité individuelle et conforte le consensus conservateur. Elle est le garde-chiourme de l’ordre établi. La psychiatrie ne se porte si bien que parce que l’Humanité se porte si mal. Que l’Humanité se porte bien, et la psychiatrie disparaîtra : bon débarras !

Mais je m’écarte, je digresse, je discours… Pourquoi le présent article, au fait ? Parce qu’un documentaire néerlandais consacré à un autiste qui s’est suicidé depuis vient de se voir récompenser à l’occasion du festival du film des Pays-Bas, qui ne décerne point des palmes, ni des ours, pas même des léopards, mais des veaux d’or. En voici quelques extraits…

« Les non –autistes bénéficient d’une fonction cérébrale qui assure perspective et intuition. L’autiste doit tout faire lui-même. […] Tout, il le lui faut penser. […] Les autistes limitent leur perspective à un spectre très étroit, qu’ils approfondissent complètement », assure le protagoniste, dont on ne parvient pas réellement à déterminer s’il était autiste ou Asperger, si tant est qu’une telle distinction ait la moindre importance. Ce dont on se rend compte, c’est qu’il était capable d’articuler ses pensées et de les exprimer.

Perspective limitée à un spectre étroit ? Tel ne semble pas être l’avis d’une autre Asperger, invitée (exhibée ?) il y a peu sur le plateau d’Ardisson… « Nous, Asperger, avons une vision plutôt kaléidoscopique des choses, ce qui ne signifie pas que le détail prime sur la globalité, mais que nous [avons] une vision de mosaïque, où nous avons déjà le motif plénier – non pas forcément total, mais plénier et dans son essence propre – en tête et devant les yeux », déclarait Anneclaire Damaggio. C’est grosso modo exactement l’inverse que ce qu’affirmait Matthijs dans le documentaire qui lui était consacré.

Ce sur quoi les deux documents s’accordent, en revanche, c’est que, pour un autiste, « tout doit être décomposé, séquencé, expliqué, répété […], tout passe par un raisonnement intellectuel, scientifique, avec la condition qu’ils comprennent et qu’ils acceptent tous les tenants et aboutissants d’une même situation pour l’intégrer et l’appliquer. »

La conclusion pourrait être, si j’ai bien compris, qu’il ne sert à rien de tenter de fondre l’autiste dans un moule, tant il (elle) est conscient(e) que « la normalité n’est pas le summum de ce qui peut s’atteindre »…

_____________

(1)    Source : http://www.ninds.nih.gov/disorders/asperger/detail_asperger.htm

(2)    Source : La Recherche, septembre 2012, pp. 54 – 57

(3)    Source : http://www.thedailybeast.com/articles/2012/02/07/asperger-s-over-diagnosed-ill-defined-may-not-be-a-syndrome-much-longer.html

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